Adhyaya 123
Bhumi KhandaAdhyaya 12362 Verses

Adhyaya 123

The Nature of Knowledge, the Guru as Living Tīrtha, and the Law of Final Remembrance

Le chapitre PP.2.123 s’ouvre sur une réflexion sur le jñāna (la connaissance) : il est dit sans corps, sans membres ni organes des sens, et pourtant lumière suprême qui détruit les ténèbres et révèle la Demeure suprême. Le texte devient ensuite prescriptif, enseignant que la paix, la maîtrise des sens, la mesure, la solitude et le discernement sont les conditions intérieures d’où naît la connaissance. Vient alors un récit exemplaire : Kuṃjala explique comment la fréquentation trompeuse et l’illusion l’ont fait choir dans une naissance animale, tandis que la grâce du guru et le yoga intérieur ont rétabli une connaissance pure et sans tache. Le chapitre culmine dans la loi selon laquelle l’ultime état mental façonne la prochaine naissance, et il exalte le Guru comme le plus haut « tīrtha vivant et mobile ». Enfin, Viṣṇu/Hari conclut l’épisode, dirige Vena vers le sacrifice et la charité, et promet la délivrance par la grâce divine.

Shlokas

Verse 1

सिद्ध उवाच । श्रूयतामभिधास्यामि ज्ञानरूपं तवाग्रतः । ज्ञानस्य नास्ति वै देहो हस्तौ पादौ च चक्षुषी

Le Siddha dit : «Écoute ; devant toi je décrirai la véritable nature de la connaissance. En vérité, la connaissance n’a pas de corps—ni mains, ni pieds, ni yeux.»

Verse 2

नासाकर्णौ न ज्ञानस्य नास्ति चैवास्थिसंग्रहः । केन दृष्टं तु वै ज्ञानं कानि लिंगानि तस्य वै

La connaissance n’a ni nez ni oreilles, et ne possède pas non plus d’ossature. Par quoi donc voit-on réellement la connaissance, et quels en sont les signes distinctifs ?

Verse 3

आकारैर्वर्जितं नित्यं सर्वं वेत्ति स सर्ववित् । दिवाप्रकाशकः सूर्यो रात्रौ प्रकाशयेच्छशी

Celui qui demeure à jamais libre de toute forme connaît tout ; il est l’Omniscient. Le Soleil illumine le jour, et la Lune éclaire la nuit.

Verse 4

गृहं प्रकाशयेद्दीपो लोकमध्ये स्थिता अमी । तत्पदं केन वै धाम्ना दृश्यते शृणु सत्तम

De même qu’une lampe éclaire une maison, ainsi ces lumières se tiennent au milieu du monde. Écoute donc, ô le meilleur des vertueux : par quelle splendeur perçoit-on cette Demeure Suprême ?

Verse 5

न विंदंति हि मूढास्ते मोहिता विष्णुमायया । कायमध्ये स्थितं ज्ञानं ध्यानदीप्तमनौपमम्

Ces insensés, abusés et fascinés par la māyā de Viṣṇu, ne reconnaissent pas la connaissance incomparable qui demeure dans le corps, embrasée par la méditation.

Verse 6

तत्पदं तेन दृश्येत चंद्रसूर्यादिभिर्न च । हस्तपादौ विना ज्ञानमचक्षुः कर्णवर्जितम्

Cette Demeure Suprême n’est vue que par Cela (par le Suprême lui-même), non par la lune, le soleil et autres. Cette connaissance est sans mains ni pieds, sans yeux, et dépourvue d’oreilles.

Verse 7

तस्य सर्वत्र गतिरस्ति सर्वं गृह्णाति पश्यति । सर्वमाघ्राति विप्रेंद्र शृणोत्येवं न संशयः

Il se meut partout ; il saisit tout et voit tout. Il hume tout également, ô le meilleur des brahmanes, et il entend de même : là-dessus, point de doute.

Verse 8

नास्ति ज्ञानसमो दीपः सर्वांधकारनाशने । स्वर्गे भूमौ च पाताले स्थाने स्थाने च दृश्यते

Il n’est point de lampe égale à la connaissance pour dissiper toute obscurité ; on la voit partout — au ciel, sur la terre et dans le monde d’en bas.

Verse 9

कायमध्ये स्थितं ज्ञानं न विंदंति कुबुद्धयः । ज्ञानस्थानं प्रवक्ष्यामि यस्माज्ज्ञानं प्रजायते

La sagesse demeure au sein du corps, mais les esprits égarés ne la trouvent pas. Je dirai le siège de la connaissance, d’où naît la vraie compréhension.

Verse 10

प्राणिनां हृदये नित्यं निहितं सर्वदा द्विज । कामादीन्सुमहाभोगान्महामोहादिकांस्तथा

Ô deux-fois-né, dans le cœur des êtres vivants demeurent sans cesse le désir et le reste : de grands plaisirs, ainsi que la grande illusion et ses états apparentés.

Verse 11

विवेकवह्निना सर्वान्दिधक्षति सदैव यः । सर्वशांतिमयोभूत्वा इंद्रियार्थं प्रमर्द्दयेत्

Celui qui, sans cesse, consume tout par le feu du discernement, devenu tout entier paix, doit dompter les objets des sens.

Verse 12

ततस्तु जायते ज्ञानं सर्वतत्त्वार्थदर्शकम् । तत्त्वमूलमिदं ज्ञानं निर्मलं सर्वदर्शकम्

Alors surgit la connaissance qui révèle le sens de tous les tattvas. Enracinée dans la vérité, cette connaissance est pure, sans tache et illuminant tout.

Verse 13

तस्माच्छांतिं कुरुष्व त्वं सर्वसौख्यप्रवर्द्धिनीम् । समः शत्रौ च मित्रे च यथात्मनि तथापरे

Ainsi, cultive la paix, qui accroît toute félicité. Sois égal d’esprit envers l’ennemi comme envers l’ami, et envers autrui comme envers toi-même.

Verse 14

भव स्वनियतो नित्यं जिताहारो जितेंद्रियः । मैत्रं नैव प्रकर्तव्यं वैरं दूरे परित्यजेत्

Sois à jamais discipliné; sobre la nourriture, modéré, et maître de tes sens. Ne noue pas d’intimités à la hâte, et rejette au loin l’inimitié.

Verse 15

निःसंगो निःस्पृहो भूत्वा एकांतस्थानमाश्रितः । सर्वप्रकाशको ज्ञानी सर्वदर्शी भविष्यसि

Devenu sans attache et sans convoitise, et t’étant réfugié en un lieu retiré, tu deviendras un connaissant qui illumine tout, un sage qui voit tout.

Verse 16

एकस्थानस्थितो वत्स त्रैलोक्ये यद्भविष्यति । वृत्तांतं वेत्स्यसि त्वं तु मत्प्रसादान्न संशयः

En demeurant en un seul lieu, cher enfant, tu connaîtras ce qui adviendra dans les trois mondes. Par ma grâce, tu sauras tout le récit, sans aucun doute.

Verse 17

कुंजल उवाच । सिद्धेन तेन मे विप्र ज्ञानरूपं प्रकाशितम् । तस्य वाक्ये स्थितो नित्यं तद्भावेनापि भावितः

Kuṃjala dit : «Ô brāhmane, par ce siddha accompli, la vraie forme de la connaissance m’a été révélée. Toujours établi dans sa parole, j’ai aussi été façonné et imprégné de son propre état».

Verse 18

त्रैलोक्ये वर्त्तते यद्यदेकस्थाने स्थितो ह्यहम् । तत्तदेव प्रजानामि प्रसादात्तस्य सद्गुरोः

Bien que je demeure établi en un seul lieu, tout ce qui advient dans les trois mondes—cela même je le connais, par la grâce de ce véritable Guru.

Verse 19

एतत्ते सर्वमाख्यातमात्मवृत्तांतमेव हि । अन्यत्किं ते प्रवक्ष्यामि तद्ब्रूहि द्विजसत्तम

Tout cela t’a été déclaré—ce n’est en vérité que le récit de ma propre histoire. Que pourrais-je encore t’expliquer ? Dis-le-moi, ô le meilleur des deux-fois-nés.

Verse 20

च्यवन उवाच । कीरयोनिं कथं प्राप्तो भवाञ्ज्ञानवतां वरः । तन्मे त्वं कारणं ब्रूहि सर्वसंदेहनाशनम्

Cyavana dit : « Comment as-tu obtenu naissance dans le sein d’un perroquet, toi qui es le premier parmi les sages ? Dis-m’en la cause, celle qui anéantit tous les doutes ».

Verse 21

कुंजल उवाच । संसर्गाज्जायते पापं संसर्गात्पुण्यमेव हि । तस्माद्विवर्जयेच्छुद्धो भव्यं विरुद्धमेव च

Kuṃjala dit : De la fréquentation naît le péché ; de la fréquentation, en vérité, naît aussi le mérite. C’est pourquoi l’homme au mental pur doit éviter la compagnie de ce qui est impropre et de ce qui est contraire au dharma.

Verse 22

लुब्धकेनापि पापेन केनाप्येकः शुकः शिशुः । बंधयित्वा समानीतो विक्रयार्थं समुद्यतः

Un chasseur pécheur captura un unique oisillon de perroquet ; il le ligota, l’emmena avec lui et se mit en route dans l’intention de le vendre.

Verse 23

चाटुकांर सुरूपं तं पटुवाक्यं समीक्ष्य च । गृहीतो ब्राह्मणैकेन मम प्रीत्या समर्पितः

Voyant qu’il était flatteur, beau de forme et habile en parole, un certain brāhmane l’accepta et, par affection pour moi, me l’offrit.

Verse 24

ज्ञानध्यानस्थितो नित्यमहमेव द्विजोत्तम । समे बालस्वभावेन कौतुकात्करसंस्थितः

Toujours établi dans la connaissance et la méditation, moi seul demeure ainsi, ô meilleur des deux-fois-nés. Sur un sol égal, avec une nature d’enfant, je reste posé dans la main, par simple curiosité.

Verse 25

तस्य कौतुकवाक्यैर्वा मुग्धोऽहं द्विजसत्तम । शुकस्य पुत्ररूपस्य नित्यं तत्परमानसः

Ô meilleur des brāhmanes, je fus charmé par ses paroles enjouées, et mon esprit demeurait sans cesse tourné vers lui, qui se montrait sous la forme du fils de Śuka.

Verse 26

मामेवं वदते सोपि ताततातेति आस्यताम् । स्नातुं गच्छ महाभाग देवमर्चय सांप्रतम्

Comme je parlais ainsi, lui aussi répondit : «Cher, cher, assieds-toi, je t’en prie». Puis il dit : «Va maintenant, ô fortuné, te baigner et adore sur-le-champ la Divinité».

Verse 27

इत्यादिचाटुकैर्वाक्यैर्मामेवं परिभाषयेत् । तस्यवाक्यविनोदेन विस्मृतं ज्ञानमुत्तमम्

Par de telles paroles flatteuses, il me parlait ainsi ; et, par l’agrément de son discours, ma connaissance suprême glissa hors de ma mémoire.

Verse 28

पुष्पार्थं फलभोगार्थं गतोहं वनमेव च । नीतः शुको बिडालेन मम दुःखस्य हेतवे

Je suis allé dans la forêt pour des fleurs et pour goûter à ses fruits ; mais un chat a emporté le perroquet, devenant ainsi la cause de ma douleur.

Verse 29

मम संसर्गिभिः सर्वैर्वयस्यैः साधुचारिभिः । बिडालेन हतः पक्षी तेनैव भक्षितो हि सः

En présence de tous mes compagnons — amis de bonne conduite — un chat tua l’oiseau, et c’est bien ce même chat qui le dévora.

Verse 30

श्रुत्वा मृत्युं गतं विप्र शुकं तं चाटुकारकम् । महता दुःखभावेन असुखेनातिदुःखितः

Ô brāhmane, en apprenant que Śuka — le flatteur — était mort, il fut accablé, extrêmement affligé, submergé d’une grande tristesse et d’une profonde angoisse.

Verse 31

तस्य दुःखेन मुग्धोस्मि तीव्रेणापि सुपीडितः । महता मोहजालेन बद्धोऽहं द्विजपुंगव

Je suis déconcerté par sa souffrance et cruellement accablé par sa violence. Ô le meilleur des brāhmanes, je suis pris dans un vaste filet d’illusion.

Verse 32

प्रालपं रामचंद्रेति शुकराजेति पंडित । श्लोकराजेति तं विप्र मोहाच्चलितमानसः

L’esprit ébranlé par l’illusion, il ne cessait de bredouiller : « Rāmacandra ! » et « Śukarāja ! » — et, ô brāhmane savant, il l’appelait même « Ślokarāja ».

Verse 33

ततोऽहं दुःखसंतप्तः संजातः स्वेनकर्मणा । वियोगेनापि विप्रेंद्र शुकस्य शृणु सांप्रतम्

Alors je fus brûlé par la douleur, réduit à cet état par mes propres actes. Et maintenant, ô le meilleur des brāhmaṇas, écoute aussi au sujet de Śuka, au sujet de sa séparation.

Verse 34

विस्मृतं तन्मया ज्ञानं सिद्धेनापि प्रकाशितम् । संस्मरञ्छोकसंतप्तस्तं शुकं चाटुकारकम्

Cette connaissance, bien qu’elle eût été révélée par un sage accompli, je l’ai oubliée. En me souvenant de ce perroquet flatteur, Śuka, je suis brûlé de chagrin.

Verse 35

वत्सवत्सेति नित्यं वै प्रलपञ्छृणु भार्गव । गद्यपद्यमयैर्वाक्यैः संस्कृताक्षरसंयुतैः

Ô Bhārgava, écoute-le babiller sans cesse : « vatsa, vatsa ! », parlant en phrases de prose et de vers, tissées de syllabes sanskrites raffinées.

Verse 36

त्वां विना कश्च मां वत्स बोधयिष्यति सांप्रतम् । कथाभिस्तु विचित्राभिः पक्षिराजप्रसाद्य माम्

Sans toi, cher enfant, qui m’éclairera en cet instant ? Ainsi donc, ô roi des oiseaux, par tes récits merveilleux, réjouis-moi et accorde-moi ta grâce.

Verse 37

अस्मिन्सुनिर्जनोद्याने विहाय क्व गतो भवान् । केन दोषेण लिप्तोस्मि तन्मे कथय सांप्रतम्

Dans ce jardin si désert, m’ayant laissé, où es-tu allé ? Par quelle faute suis-je souillé ? Dis-le-moi à l’instant.

Verse 38

एवंविधैरहं वाक्यैः करुणैस्तैस्तु मोहितः । एवमादि प्रलप्याहं शोकेनापि सुपीडितः

Séduit par de telles paroles pleines de compassion, je parlai ainsi, me lamentant de la sorte, et j’étais cruellement accablé par la douleur.

Verse 39

मृतोहं तेन मोहेन तद्भावेनापि मोहितः । मरणे यादृशो भावो मतिश्चासीच्च यादृशी

Je mourus à cause de cette illusion, et je fus encore troublé par cet état même de l’esprit. Tel fut le sentiment à l’instant de la mort, telle aussi fut ma disposition et mon intelligence.

Verse 40

तादृशेनापि भावेन जातोऽहं द्विजसत्तम । गर्भवासो मया प्राप्तो ज्ञानस्मृतिविधायकः

Même avec une telle disposition, ô le plus excellent des brahmanes, je naquis; et j’obtins un séjour dans le sein maternel qui confère connaissance et souvenir.

Verse 41

स्मृतं पूर्वकृतं कर्म स्वयमेव विचेष्टितम् । मया पापेन मूढेन किं कृतं ह्यकृतात्मना

Je me suis souvenu de l’acte jadis accompli, que j’ai moi‑même délibérément entrepris. Qu’ai‑je fait, moi pécheur et insensé, à l’âme indomptée ?

Verse 42

गर्भयोगसमारूढः पुनस्तं चिंतयाम्यहम् । तेन मे निर्मलं ज्ञानं जातं वै सर्वदर्शकम्

De nouveau établi dans le garbha‑yoga, je médite encore sur Lui. De là s’est levée en moi une connaissance sans tache, une vision qui, en vérité, voit tout.

Verse 43

गुरोस्तस्य प्रसादाच्च प्राप्तं वै ज्ञानमुत्तमम् । तस्यवाक्योदकैः स्वच्छैः कायस्य मलमेव च

Par la grâce de ce guru, on obtient vraiment la connaissance suprême ; et par ses paroles, limpides comme l’eau, même l’impureté du corps est comme lavée.

Verse 44

सबाह्याभ्यंतरं विप्र क्षालितं निर्मलं कृतम् । तिर्यक्त्वं च मया प्राप्तं शुकजातिसमुद्भवम्

Ô brāhmane, j’ai été lavé—au dehors comme au dedans—et rendu pur ; et j’en suis venu aussi à obtenir une naissance animale, issue de l’espèce du perroquet.

Verse 45

शुकस्य ध्यानभावेन मरणे समुपस्थिते । तस्मिन्काले मृतो विप्र तद्भावेनापि भावितः

Quand la mort s’approcha par la force de la méditation sur Śuka, ce brāhmane mourut à cet instant même, l’esprit entièrement façonné par ce même état de contemplation.

Verse 46

तादृशोऽस्मि पुनर्जातः शुकरूपो महीतले । मरणे यादृशो भावः प्राणिनां परिजायते

Ainsi je renaquis sur la terre sous la forme d’un sanglier ; car l’état d’esprit qui naît chez les êtres au moment de la mort, selon lui advient la naissance suivante.

Verse 47

तादृशाः स्युस्तु सत्वास्ते तद्रूपास्तत्परायणाः । तद्गुणास्तत्स्वरूपास्ते भावभूता भवंति हि

Les êtres deviennent vraiment semblables à l’objet de leur contemplation : ils en prennent la forme, s’y vouent entièrement, en assument les qualités et—devenus cette même disposition—parviennent réellement à cet état.

Verse 48

मृत्यकालस्य विप्रेंद्र भावेनापि न संशयः । अतुलं प्राप्तवाञ्ज्ञानमहमत्र महामते

Ô le meilleur des brāhmaṇas, il n’y a aucun doute—même dans la disposition intérieure—quant à l’heure de la mort. Ici, ô grand d’esprit, j’ai obtenu une connaissance incomparable.

Verse 49

तेन सर्वं विपश्यामि यद्भूतं यद्भविष्यति । वर्तमानं महाप्राज्ञ ज्ञानेनापि महामते

Par cela, je vois clairement tout : ce qui fut, ce qui sera et ce qui est présent, ô très sage, ô grand d’esprit, et cela même par la connaissance.

Verse 50

सर्वं विदाम्यहं ह्यत्र संस्थितोपि न संशयः । तारणाय मनुष्याणां संसारे परिवर्तताम्

Ici, tout en demeurant présent, je connais tout ; il n’y a aucun doute. Je le fais pour la délivrance des hommes qui ne cessent de tourner dans le saṃsāra.

Verse 51

नास्ति तीर्थं गुरुसमं बंधच्छेदकरं द्विज । एतत्ते सर्वमाख्यातं शृणु भार्गवनंदन

Ô brāhmaṇa, il n’est point de tīrtha égal au Guru, qui tranche les liens de l’asservissement mondain. Tout cela t’a été exposé ; écoute maintenant, ô cher fils de Bhṛgu.

Verse 52

यत्त्वया पृच्छितं विप्र तत्ते सर्वं प्रकाशितम् । स्थलजाच्चोदकात्सर्वं बाह्यं मलं प्रणश्यति

Ô brāhmaṇa, tout ce que tu as demandé t’a été pleinement éclairci. Par l’eau s’anéantit toute souillure extérieure, qu’elle vienne du contact avec le sol ou d’ailleurs.

Verse 53

जन्मांतरकृतान्पापान्गुरुतीर्थं प्रणाशयेत् । संसारतारणायैव जंगमं तीर्थमुत्तमम्

La sainte présence du Guru, tel un tīrtha sacré, anéantit les péchés commis en d’autres naissances ; et pour franchir le saṃsāra, le tīrtha vivant et mouvant est le suprême.

Verse 54

विष्णुरुवाच । शुक एवं महाप्राज्ञश्च्यवनाय महात्मने । तत्त्वं प्रकाशयित्वा तु विरराम नृपोत्तम

Viṣṇu dit : Ainsi Śuka, le très sage, après avoir dévoilé la vérité au grand-âme Cyavana, se tut, ô le meilleur des rois.

Verse 55

एतत्ते सर्वमाख्यातं जंगमं तीर्थमुत्तमम् । वरं वरय भद्रं ते यत्ते मनसि वर्त्तते

Ainsi t’ai-je tout exposé au sujet de ce tīrtha mouvant, suprême. À présent, choisis une grâce — bénédiction sur toi — ce qui demeure en ton cœur.

Verse 56

वेन उवाच । नाहं राज्यस्य कामार्थी नान्यत्किंचित्प्रकामये । सदेहो गंतुमिच्छामि तव कायं जनार्दन

Vena dit : «Je ne désire pas la royauté par soif de pouvoir, ni ne convoite quoi que ce soit d’autre. Ô Janārdana, je souhaite entrer — le corps intact — dans Ta forme divine.»

Verse 57

एवं वरमहं मन्ये यदि दातुमिहेच्छसि । विष्णुरुवाच । यज त्वमश्वमेधेन राजसूयेन भूपते

«Telle est la grâce que je tiens pour juste, si tu veux vraiment l’accorder ici.» Viṣṇu dit : «Ô roi, accomplis les sacrifices Aśvamedha et Rājasūya.»

Verse 58

गो भू स्वर्णाम्बुधान्यानां कुरु दानं महामते । दानान्नश्यति वै पापं ब्रह्मवध्यादिघोरकम्

Ô toi au grand esprit, fais l’aumône de vaches, de terres, d’or, d’eau et de grains. Par de tels dons, le péché s’éteint vraiment, même les fautes terribles telles que la brahmahatyā et autres.

Verse 59

चतुर्वर्गस्तु दानेन सिद्ध्यत्येव न संशयः । तस्माद्दानं प्रकर्तव्यं मामुद्दिश्य च भूपते

Les quatre buts de la vie humaine s’accomplissent assurément par le don; il n’y a là aucun doute. C’est pourquoi, ô roi, il faut faire l’aumône en me la dédiant.

Verse 60

यादृशेनापि भावेन मामुद्दिश्य ददाति यः । तादृशं तस्य वै भावं सत्यमेवं करोम्यहम्

Quiconque fait une offrande en me gardant à l’esprit, quel que soit l’élan de son cœur, je lui accorde en vérité un fruit conforme à cet élan même.

Verse 61

ऋषीणां दर्शनात्स्पर्शाद्भ्रष्टस्ते पापसंचयः । आगमिष्यसि यज्ञांते मम देहं न संशयः

Par la vue et le toucher des ṛṣis, l’amas de tes péchés accumulés est tombé. À la fin du yajña, tu viendras à mon corps; il n’y a aucun doute.

Verse 62

एवमाभाष्य तं वेनमंतर्द्धानं गतो हरिः

Après avoir ainsi parlé à Vena, Hari (Viṣṇu) disparut aux regards.