
Sūta raconte que les Sanakādi Kumāras, après avoir honoré la question de Nārada, visitent le domaine de Śiva, reçoivent l’essence du Śiva-Āgama et poursuivent leur errance comme des « tīrtha vivants ». Nārada obtient la connaissance réalisée qu’il désirait, la rapporte à Brahmā et se rend au mont Kailāsa. Vient ensuite une topographie poétique de Kailāsa—flore divine, oiseaux, siddhas, apsarās et l’Alakanandā—qui culmine dans la vision de Kapardin/Virūpākṣa/Chandraśekhara assis au milieu des yogins. Śiva l’accueille avec bonté ; Nārada demande la connaissance Śāmbhava qui délivre l’âme liée du paśu–pāśa, et Śiva enseigne l’aṣṭāṅga-yoga. Puis Nārada se présente devant Nārāyaṇa, et le texte s’oriente vers le Purāṇa-māhātmya : autorité comparable au Veda, bienfaits de l’écoute et de la récitation dans les temples et les assemblées savantes, mérite des pèlerinages aux tīrtha (Mathurā, Prayāga, Setu, Kāñcī, Puṣkara, etc.), et manière juste d’honorer l’exposant par des dons, le homa et le repas offert aux brāhmaṇas. Le chapitre s’achève en proclamant Nārāyaṇa suprême, en déclarant le Nārada Purāṇa le premier des Purāṇa, et en refermant le cadre de la session sacrificielle lorsque Sūta retourne auprès de Vyāsa.
Verse 1
सूत उवाच । इत्येवमुक्त्वा मुनिना हि पृष्टास्ते वै कुमाराः किल नारदेन । संपूजिताः शास्त्रविदां वरिष्ठाः कृताह्निका जग्मुरुमेशलोकम् ॥ १ ॥
Sūta dit : Après que le muni eut ainsi parlé, ces Kumāras—interrogés par le sage Nārada—furent honorés comme il se doit. Les plus éminents parmi les connaisseurs des śāstras, ayant accompli leurs rites quotidiens, ils partirent vers le séjour d’Umeśa (Śiva).
Verse 2
तत्रेशमग्र्यर्कनिभैर्मुनींद्रैः श्रीवामदेवादिभिरर्चितांघ्रिम् । सुरासुरेन्द्रैरभिवंद्यमुग्रं नत्वाज्ञया तस्य निषेदुरुर्व्याम् ॥ २ ॥
Là, le Seigneur—dont les pieds étaient vénérés par les plus grands des munis, resplendissants comme le soleil levant, conduits par le vénérable Vāmadeva—était salué même par les chefs des devas et des asuras. S’étant prosternés devant cet Être redoutable, ils s’assirent sur la terre selon Son ordre.
Verse 3
श्रुत्वाथ तत्राखिलशास्त्रसारं शिवागमं ते पशुपाशमोक्षणम् । जग्मुस्ततो ज्ञानघनस्वरूपा नत्वा पुरारिं स्वपितुर्निकाशम् ॥ ३ ॥
Ayant entendu là le Śiva-Āgama —l’essence de tous les śāstra, qui délivre le jīva de ses liens—, eux dont la nature était un savoir condensé s’en allèrent; puis, après s’être inclinés devant Śiva, l’ennemi de Tripura, ils gagnèrent la présence de leur propre père.
Verse 4
तत्पादपद्मे प्रणतिं विधाय पित्रापि सत्कृत्य सभाजितास्ते । लब्ध्वाशिषोऽद्यापि चरन्ति शश्वल्लोकेषु तीर्थानि च तीर्थभूताः ॥ ४ ॥
Après s’être prosternés avec révérence aux lotus de ses pieds, ils furent honorés et accueillis avec respect même par leur père. Ayant reçu ses bénédictions, ils parcourent encore aujourd’hui sans cesse les mondes, visitant les tīrtha, et devenant eux-mêmes des tīrtha vivants.
Verse 5
जग्मुस्ततो वै बदरीवनान्ते सुरेन्द्रवर्गैरुपसेव्यमानम् । दध्युश्चिरं विष्णुपदाब्जमव्ययं ध्यायन्ति यद्यतयो वीतरागाः ॥ ५ ॥
Alors, ils gagnèrent les profondeurs de la forêt de Badarī, vers l’impérissable lotus des pieds de Viṣṇu—servi avec révérence par les cohortes d’Indra et des dieux—et ils le contemplèrent longuement, comme les yati sans passion le méditent.
Verse 6
नारदोऽपि ततो विप्रा कुमारेभ्यः समीहितम् । लब्ध्वा ज्ञानं सविज्ञानं भृशं प्रीतमना ह्यभूत् ॥ ६ ॥
Alors Nārada aussi, ô brāhmaṇa, reçut des Kumāra la connaissance désirée—le jñāna avec le vijñāna, la compréhension réalisée—et son cœur fut rempli d’une joie immense.
Verse 7
स तस्मात्स्वर्णदीतीरादागत्य पितुरन्तिके । प्रणम्य सत्कृतः पित्रा ब्रह्मणा निषसाद च ॥ ७ ॥
Alors, venant de la rive de la rivière Svarṇadī jusqu’à la présence de son père, il se prosterna; et, dûment honoré par son père Brahmā, il s’assit.
Verse 8
कुमारेभ्यः श्रुतं यच्च ज्ञानं विज्ञानसंयुतम् । वर्णयामास तत्त्वेन सोऽपि श्रुत्वा मुमोद च ॥ ८ ॥
Quel que fût le savoir qu’il avait entendu des Kumāra—un savoir uni à la compréhension réalisée—il l’exposa ensuite avec vérité, selon la réalité même; et l’autre, en l’entendant, s’en réjouit aussi.
Verse 9
अथ प्रणम्य शिरसा लब्धाशीर्मुनिसत्तमः । आजगाम च कैलासं मुनिसिद्धनिषेवितम् ॥ ९ ॥
Alors, inclinant la tête en signe de révérence et ayant reçu la bénédiction, le meilleur des sages se rendit au mont Kailāsa, fréquenté par les munis et les Siddhas accomplis.
Verse 10
नानाश्चर्यमयं शश्वत्सर्वर्त्तुकुसुमद्रुमैः । मंदारैः पारिजातैश्च चंपकाशोकवंजुलैः ॥ १० ॥
Ce lieu est à jamais rempli de maintes merveilles, toujours orné d’arbres qui fleurissent en toute saison—mandāra et pārijāta, ainsi que campaka, aśoka et vañjula.
Verse 11
अन्यैश्च विविधैर्वृक्षैर्नानापक्षिगणावृतैः । वातोद्धूतशिखैः पांथानाह्वयद्भिरिवावृतम् ॥ ११ ॥
Il était encore couvert de bien d’autres arbres variés, entouré de volées d’oiseaux divers; leurs cimes, agitées par le vent, semblaient, pour ainsi dire, appeler les voyageurs du chemin.
Verse 12
नानामृगगणाकीर्णं सिद्धकिन्नरसंकुलम् । सरोभिः स्वच्छसलिलैर्लसत्कांचनपंकजैः ॥ १२ ॥
Il était rempli de troupeaux d’animaux de toutes sortes, foisonnant de Siddhas et de Kinnaras, et embelli de lacs aux eaux limpides où brillaient de splendides lotus d’or.
Verse 13
शोभितं सारसैर्हंसैश्चक्राह्वाद्यैर्निनादितम् । स्वर्द्धनीपातनि र्घृष्टं क्रीडद्भिश्चाप्सरोगणैः ॥ १३ ॥
Ce lieu était embelli par les grues et les cygnes, retentissant des appels du cakravāka et d’autres oiseaux; et il resplendissait grâce aux troupes d’Apsarās qui s’y ébattaient, leurs parures étincelant de vive clarté.
Verse 14
सलिलेऽलकनंदायाः कुचकुंकुमपिंगले । आमोदमुदितैर्नागैः सलिलैः पुष्करोद्धृतैः ॥ १४ ॥
Dans les eaux de l’Alakanandā—fauves, comme teintées du kumkuma des seins des femmes—les éléphants, réjouis par le parfum, soulèvent l’eau de leurs trompes et s’y ébattent.
Verse 15
स्नापयद्भिः करेणूश्च कलभांश्च समाकुले । अथ श्वेताभ्रसदृशे श्रृंगे तस्य च भूभृतः ॥ १५ ॥
Là, tout était encombré d’éléphantes qui baignaient leurs petits, dans une agitation foisonnante. Puis, sur le sommet de cette montagne, blanc comme un nuage, le récit se poursuit.
Verse 16
वटं कालाभ्रसदृशं ददर्श शतयोजनम् । तस्याधस्तात्समासीनं योगिमण्डलमध्यगम् ॥ १६ ॥
Il aperçut un banian (vaṭa), sombre comme un amas de nuées d’orage, s’étendant sur cent yojanas; et, sous lui, il vit un être assis, établi au centre même d’un cercle de yogins.
Verse 17
कपर्दिनं विरूपाक्ष व्याघ्रचर्मांबरावृतम् । भूतिभूषितसर्वांगं नागभूषणभूषितम् ॥ १७ ॥
Il est Kapardin, le Seigneur aux cheveux nattés; Virūpākṣa, au regard singulier; revêtu d’un vêtement de peau de tigre. Tout son corps est paré de cendre sacrée (vibhūti) et orné de serpents comme de joyaux.
Verse 18
रुद्राक्षमालया शश्वच्छोभितं चंद्रशेखरम् । तं दृष्ट्वा नारदो विप्रा भक्तिनम्रात्मकंधरः ॥ १८ ॥
Ô brāhmaṇas ! Voyant Chandrashekhara (Śiva), toujours paré d’un chapelet de graines de rudrākṣa, Nārada s’inclina avec bhakti, abaissant la tête en signe de vénération.
Verse 19
ननाम् शिरसा तस्य पादयोर्जगदीशितुः । ततः प्रसन्नमनसा स्तुत्वा वाग्भिर्वृषध्वजम् ॥ १९ ॥
Il se prosterna, la tête aux pieds du Seigneur du monde ; puis, l’esprit paisible et comblé, il loua de ses paroles Vṛṣadhvaja (Śiva).
Verse 20
निषसादाज्ञया स्थाणोः सत्कृतो योगिभिस्तदा । अथापृच्छच्च कुशलं नारदं जगतां गुरुः ॥ २० ॥
Alors, sur l’ordre de Sthāṇu (Śiva), Nārada s’assit, et les yogis l’honorèrent. Puis le Guru des mondes interrogea Nārada sur son bien-être.
Verse 21
स च प्राह प्रसादेन भवतः सर्वमस्ति मे । सर्वेषां योगिवर्याणां श्रृण्वतां तत्र वाडवाः ॥ २१ ॥
Et il dit : « Par ta grâce, pour moi tout est accompli. » Tandis que les plus éminents yogis écoutaient en ce lieu, les Vāḍavas (les sages assemblés) l’entendirent aussi.
Verse 22
पप्रच्छ शांभवं ज्ञानं पशुपाशविमोक्षणम् । स शिवः सादरं तस्य भक्त्या संतुष्टमानसः ॥ २२ ॥
Il s’enquit de la connaissance Śāmbhava, la sagesse libératrice qui délivre l’âme liée des entraves de Paśu et de Pāśa. Le Seigneur Śiva, le cœur satisfait par la bhakti de ce dévot, lui répondit avec respect et sollicitude.
Verse 23
योगमष्टांगसंयुक्तं प्राह प्रणतवत्सलः । स लब्ध्वा शांभवं ज्ञानं शंकराल्लोकशंकरात् ॥ २३ ॥
Plein de tendresse pour ceux qui se prosternent avec révérence, il enseigna le Yoga pourvu des huit membres. Ayant reçu de Śaṅkara, bienfaiteur des mondes, la connaissance Śāmbhava, il la proclama.
Verse 24
सुप्रसन्नमना नत्वा ययौ नारायणांतिकम् । तत्रापि नारदोऽभीक्ष्णं गतागतपरायणः ॥ २४ ॥
L’esprit entièrement réjoui, il se prosterna puis se rendit auprès de Nārāyaṇa. Là encore, Nārada se consacra sans cesse à venir et revenir, assidu dans sa présence.
Verse 25
सेवितं योगिभिः सिद्धैर्नारायणमतोषयत् । एतद्वः कीर्तितं विप्रा नारदीयं महन्मया ॥ २५ ॥
Cet enseignement/texte sacré, honoré par les yogis et les sages accomplis, réjouit Nārāyaṇa. Ô brāhmaṇas, ainsi vous ai-je proclamé ce grand Nāradīya Purāṇa.
Verse 26
उपाख्यानं वेदसमं सर्वशास्त्रनिदर्शनम् । चतुष्पादसमायुक्तं श्रृण्वतां ज्ञानवर्द्धनम् ॥ २६ ॥
Ce récit sacré est l’égal des Veda, un compendium qui manifeste l’essence de tous les śāstra ; achevé en ses quatre parties, il accroît la connaissance de ceux qui l’écoutent.
Verse 27
य एतत्कीर्तयेद्विप्रा नारदीयं शिवालये । समाजे द्विजमुख्यानां तथा केशवमंदिरे ॥ २७ ॥
Ô brāhmaṇas, quiconque récite ce Nāradīya — dans un temple de Śiva, au sein d’une assemblée des plus éminents dvija, ou de même dans un temple de Keśava — (obtient le mérite promis).
Verse 28
मथुरायां प्रयागे च पुरुषोत्तमसन्निधौ । सेतौ काञ्च्यां कुशस्थल्यां गंगाद्वारे कुशस्थले ॥ २८ ॥
À Mathurā, à Prayāga, en la présence même de Puruṣottama; à Setu, à Kāñcī, à Kuśasthalī, à Gaṅgādvāra et à Kuśasthala—tel est proclamé le mérite de la sainte proximité.
Verse 29
पुष्करेषु नदीतीरे यत्र कुत्रापि भक्तिमान् । स लभेत्सर्वयज्ञानां तीर्थानां च फलं महत् ॥ २९ ॥
Le dévot, où qu’il se tienne sur la rive du fleuve à Puṣkara, obtient un grand mérite—le fruit de tous les yajña et de tous les tīrtha.
Verse 30
दानानां चापि सर्वेषां तपसां वाप्यशेषतः । उपवासपरो वापि हविष्याशी जितेंद्रियः ॥ ३० ॥
Même si l’on accomplit toutes les formes de dāna et toutes les austérités sans rien omettre—voué au jeûne, se nourrissant de l’offrande (haviṣya) et maître de ses sens—(telle est la discipline évoquée).
Verse 31
श्रोता चैव तथा वक्ता नारायणपरायणः । शिवभक्तिरतो वापि श्रृण्वन् सिद्धिमवाप्नुयात् ॥ ३१ ॥
Qu’il soit auditeur ou récitant, celui qui se voue à Nārāyaṇa—ou même celui qui s’adonne avec bhakti à Śiva—en écoutant (cet enseignement purānique) obtient la siddhi, l’accomplissement spirituel.
Verse 32
अस्निन्नशेषपुण्यानां सिद्धीनां च समुद्भवः । कथितः सर्वपापघ्नः पठतां श्रृण्वतां सदा ॥ ३२ ॥
Il est proclamé que, pour ceux qui le lisent sans cesse et pour ceux qui l’écoutent sans cesse, ceci est la source de tous les mérites et de toutes les siddhi, et l’anéantisseur de tous les péchés.
Verse 33
कलिदोषहरं पुंसां सर्वसंपत्तिवर्द्धनम् । सर्वेषामीप्सितं चेदं सर्वज्ञानप्रकाशकम् ॥ ३३ ॥
Pour les êtres humains, cet enseignement efface les fautes de l’âge de Kali, accroît toute prospérité, accomplit le désir de tous et illumine toute connaissance.
Verse 34
शैवानां वैष्णवानां च शाक्तानां सूयसेविनाम् । तथैव गाणपत्यानां वर्णाश्रमवतां द्विजाः ॥ ३४ ॥
Parmi les śaivas et les vaiṣṇavas, parmi les śāktas et les adorateurs de Sūrya, et de même parmi les dévots de Gaṇapati, se trouvent des « deux-fois-nés » établis dans les disciplines du varṇa et de l’āśrama.
Verse 35
तपसां च व्रतानां च फलानां संप्रकाशकम् । मंत्राणां चैव यंत्राणां वेदांगानां विभागशः ॥ ३५ ॥
Il éclaire les fruits des austérités et des vœux sacrés, et expose avec ordre les mantras et les yantras, ainsi que les divisions des Vedāṅgas.
Verse 36
तथागमानां सांख्यानां वेदानां चैव संग्रहम् । य एतत्पठते भक्त्या श्रृणुयाद्वा समाहितः ॥ ३६ ॥
De même, il renferme un compendium des Āgamas, des enseignements du Sāṃkhya et des Vedas. Quiconque le récite avec dévotion, ou l’écoute l’esprit recueilli, reçoit le mérite d’une telle étude.
Verse 37
स लभेद्वांछितान्कामान्देवादिष्वपि दुर्लभान् । श्रुत्वेदं नारदीयं तु पुराणं वेदसंमितम् ॥ ३७ ॥
En entendant ce Nārada Purāṇa—tenu pour d’autorité égale à celle du Veda—on obtient les désirs souhaités, même ceux qui sont difficiles à atteindre jusque parmi les dieux.
Verse 38
वाचकं पूजयेद्भक्त्या धनरत्नांशुकादिभिः । भूमिदानैर्गवां दानै रत्नदानैश्च संततम् ॥ ३८ ॥
Avec bhakti, qu’on honore le récitant ou l’exégète par des richesses, des joyaux, des vêtements et autres présents; et sans cesse aussi par le don de terres, le don de vaches et le don de gemmes précieuses.
Verse 39
हस्त्यश्वरथदानैश्च प्रीणयेत्सततं गुरुम् । यस्तु व्याकुरुते विप्राः पुराणं धर्मसंग्रहम् ॥ ३९ ॥
Qu’on réjouisse sans cesse le guru par des dons tels que des éléphants, des chevaux et des chars. Mais, ô brāhmaṇas, celui qui expose ce Purāṇa—recueil du Dharma—est plus encore digne d’un tel hommage.
Verse 40
चतुर्वर्गप्रदं नॄणां कोऽन्यस्तत्सदृशो गुरुः । कायेन मनसा वाचा धनाद्यैरपि संततम् ॥ ४० ॥
Quel autre guru serait comparable à celui qui accorde aux hommes les quatre buts de l’existence ? Aussi faut-il le servir sans cesse par le corps, l’esprit et la parole, et même par les richesses et autres moyens.
Verse 41
प्रियं समाचरेत्तस्य गुरोर्द्धर्मोपदेशिनः । श्रुत्वा पुराणं विधिवद्धोमं कृत्वा सुरार्चनम् ॥ ४१ ॥
Qu’on agisse de manière agréable à ce guru, instructeur du Dharma. Après avoir entendu le Purāṇa, qu’on accomplisse le homa (offrande au feu) selon la règle et qu’on adore les divinités.
Verse 42
ब्राह्मणान्भोजयेत्पश्चाच्छतं मिष्टान्नपायसैः । दक्षिणां प्रददेच्छक्त्या भक्त्या प्रीयेत माधवः ॥ ४२ ॥
Ensuite, qu’on nourrisse cent brāhmaṇas de mets sucrés et de riz au lait (pāyasa) ; et, selon ses moyens, qu’on leur donne la dakṣiṇā (don d’honneur). Par une telle bhakti, Mādhava (Viṣṇu) est comblé.
Verse 43
यथा श्रेष्ठा नदी गंगा पुष्करं च सरो यथा । काशी पुरी नगो मेरुर्देवो नारायणो हरिः ॥ ४३ ॥
De même que la Gaṅgā est la plus éminente des rivières et Puṣkara le plus éminent des lacs; de même que Kāśī est la plus éminente des cités et Meru la plus éminente des montagnes—ainsi, parmi les dieux, Nārāyaṇa (Hari) est le Suprême.
Verse 44
कृतं युगं सामवेदो धेनुर्विप्रोऽन्नमंबु च । मार्गो मृगेंद्रः पुरुषोऽश्वत्थः प्रह्लाद आननम् ॥ ४४ ॥
Le Kṛta Yuga; le Sāma Veda; la vache; le brāhmaṇa; la nourriture et l’eau; la voie; le seigneur des bêtes (le lion); le Puruṣa; l’arbre aśvattha (figuier sacré); Prahlāda; et le visage—telles sont les correspondances énoncées.
Verse 45
उच्चैः श्रवा वसंतश्च जपः शेषोऽर्यमा धनुः । पावको विष्णुरिंद्रश्च कपिलो वाक्पतिः कविः ॥ ४५ ॥
Il est Uccaiḥśravā; Il est Vasantā (le Printemps); Il est Japa (la répétition sacrée); Il est Śeṣa; Il est Aryamā; Il est l’Arc; Il est Pāvaka (le Feu); Il est Viṣṇu; Il est Indra; Il est Kapila; Il est Vākpati (Seigneur de la Parole); et Il est Kavi (le Voyant-Poète omniscient).
Verse 46
अर्जुनो हनुमान्दर्भश्चित्तं चित्ररथोंऽबुजम् । उर्वशी कांचनं यद्वच्छ्रेष्टाश्चैते स्वजातिषु ॥ ४६ ॥
De même qu’Arjuna, Hanumān, l’herbe darbha, le mental, Citraratha, le lotus, Urvaśī et l’or sont chacun tenus pour les plus éminents dans leur propre catégorie, de même ceux-ci sont regardés comme les meilleurs dans leurs genres respectifs.
Verse 47
तथैव नारदीयं तु पुराणेषु प्रकीर्तितम् । शांतिरस्तु शिवं चास्तु सर्वेषां वो द्विजोत्तमाः ॥ ४७ ॥
Ainsi, le Nārada Purāṇa a été proclamé parmi les Purāṇas. Qu’il y ait paix; qu’il y ait auspice et bénédiction pour vous tous, ô meilleurs des dvijas (les deux-fois-nés).
Verse 48
गमिष्यामि गुरोः पांर्श्वं व्यासस्यामिततेजसः । इत्युक्त्वाभ्यर्चितः सूतः शौनकाद्यैर्महात्मभिः ॥ ४८ ॥
«J’irai auprès de mon guru, Vyāsa, à la splendeur incommensurable.» Ayant ainsi parlé, le Sūta—honoré et vénéré par les grandes âmes, Śaunaka et les autres—se prépara à partir.
Verse 49
आज्ञप्तश्च पुनः सर्वैर्दर्शनार्थं गुरोर्ययौ । तेऽपि सर्वे द्विजश्रेष्ठाः शौनकाद्याः समाहिताः । श्रुतं सम्यगनुष्ठाय तत्र तस्थुश्च सत्रिणः ॥ ४९ ॥
Puis, de nouveau mandaté par eux tous pour aller voir son guru, il s’y rendit. Quant aux meilleurs des deux-fois-nés—Śaunaka et les autres—l’esprit recueilli, après avoir accompli comme il se doit ce qu’ils avaient entendu, ils demeurèrent là en tant qu’officiants de la session sacrificielle (satra).
Verse 50
कलिकल्मषविषनाशनं हरिं यो जपपूजनविधिभेषजोपसेवी । स तु निर्विषमनसा समेत्य यागं लभते सतमभीप्सितं हि लोकम् ॥ ५० ॥
Celui qui sert Hari—destructeur du poison des souillures du Kali—par le remède salutaire du japa et du culte prescrit, celui-là, l’esprit délivré de tout venin (impureté), ayant mené le yajña à son accomplissement, obtient le monde, l’état véritablement désiré.
Verse 51
इति श्रीबृहन्नारदीयपुराणे बृहदुपाख्याने चतुर्थपादे पुराणमहिमावर्णनं नाम पंचविंशोत्तरशततमोऽध्यायः ॥ १२५ ॥
Ainsi s’achève le cent vingt-cinquième chapitre, intitulé «Description de la Gloire du Purāṇa», dans le Śrī Bṛhannāradīya Purāṇa, au sein du Grand Récit (Bṛhad-upākhyāna), dans le Quatrième Pada.
It is presented as mokṣa-dharma par excellence: a liberating wisdom that cuts the paśu–pāśa fetters (the bound soul and its bonds). Its placement within Śiva’s instruction to Nārada authorizes the teaching through direct divine transmission and links Purāṇic listening/recitation to yogic release.
Hearing or reciting with devotion—especially in Śiva or Keśava temples or among learned twice-born—combined with guru-honoring acts (dakṣiṇā, gifts, land/cows/wealth), post-recitation homa and deity worship, and feeding brāhmaṇas according to capacity.
Nārada receives liberating instruction from Śiva (Śāmbhava-jñāna and yoga) and then repeatedly attends Nārāyaṇa; the merit statements explicitly include devotees of Nārāyaṇa and even devotees of Śiva, portraying the Purāṇa as a shared śāstric vehicle across sectarian disciplines.