
Sanātana enseigne à Nārada et à l’assemblée des brāhmaṇas les vratas de Navamī (neuvième jour lunaire) tout au long des douze mois. Il commence par Caitra Śukla-Navamī, Śrī Rāma-navamī : jeûne (ou ekabhukta après la célébration de midi), repas offerts aux brāhmaṇas avec des douceurs, et dons—vaches, terres, sésame, or, vêtements, ornements—qui effacent les fautes et mènent à la demeure de Viṣṇu. Le discours se tourne ensuite vers des cadres śākta : Mātṛ-vrata lié à Bhairava ; culte des soixante-quatre Yoginīs et de Bhadrakālī ; adoration de Caṇḍikā avec des pétales de lotus. Les mois suivants prescrivent l’Umā-vrata (Navamī de Jyeṣṭha), la vénération nocturne d’Indra (visualisé blanc sur Airāvata), la forme Kaumārī de Caṇḍikā en Śrāvaṇa (repas nocturne ou jeûnes de quinzaine), et la Nandā Navamī de Bhādrapada pour Durgā. En Āśvina, la Mahāpūrvā comprend le culte de l’arbre śamī et l’hommage nocturne aux armes/emblèmes, culminant en bali à Bhadrakālī et en dakṣiṇā. En Kārtika, l’Akṣayā Navamī comporte tarpaṇa à la racine de l’aśvattha et arghya à Sūrya ; puis viennent Nandinī (Mārgaśīrṣa), le culte de Mahāmāyā (Pauṣa), Mahānandā (Māgha) et Ānandā (Phālguna), proclamant un mérite impérissable et l’accomplissement des vœux.
Verse 1
सनातन उवाच । अथ वक्ष्यामि विप्रेंद्र नवम्यास्ते व्रतानि वै । यानि कृत्वा नरा लोके लभंते वांछितं फलम् ॥ १ ॥
Sanātana dit : Maintenant, ô le meilleur des brāhmaṇa, je vais exposer les vœux à observer au jour de Navamī. En les accomplissant, les hommes en ce monde obtiennent les fruits qu’ils désirent.
Verse 2
चैत्रस्य शुक्लपक्षे तु श्रीरामनवमीव्रतम् । तत्रोपवासं विधिवच्छक्तो भक्तः समाचरेत् ॥ २ ॥
Dans la quinzaine claire de Caitra se trouve le vœu de Śrī Rāma-navamī. En cette occasion, le dévot qui en a la capacité doit observer le jeûne selon le rite prescrit.
Verse 3
अशक्तश्चैकभक्तं वै मध्याह्नोत्सवतः परम् । विप्रान्संभोज्य मिष्टान्नै रामप्रीति सुमाचरेत् ॥ ३ ॥
Mais celui qui ne peut accomplir l’observance entière devra, après la fête de midi, garder le vœu de ne prendre qu’un seul repas; puis, ayant nourri avec respect les brāhmaṇas de mets sucrés, qu’il le pratique correctement pour la joie de Śrī Rāma.
Verse 4
गोभूतिलहरिरण्याद्येर्वस्त्रालंकरणेस्तथा । एव यः कुरुते भक्त्या श्रीरामनवमीव्रतम् ॥ ४ ॥
Ainsi, quiconque observe avec dévotion le vœu de Śrī Rāmanavamī—en offrant des vaches, des terres, du sésame, de l’or, ainsi que des vêtements et des ornements—accomplit réellement le vrata tel qu’il est prescrit.
Verse 5
विधूय चेहपापानि व्रजेद्विष्णोः परं पदम् । उक्तं मातृव्रतं चात्र भैरवेण समन्विताः ॥ ५ ॥
Ayant secoué les péchés amassés ici même (en cette vie), on atteint la demeure suprême de Viṣṇu. Ici encore est décrit le Mātṛ-vrata, le vœu de la Mère (Déesse), conjointement avec son lien à Bhairava.
Verse 6
स्रग्गंधवस्रनमनैवेद्यैश्चतुःष्टिस्तु योगिनीः । अत्रैव भद्रकालो तु योगिनीनां महाबला ॥ ६ ॥
Par des guirlandes, des parfums, des vêtements, des prosternations et des naivedya (offrandes de nourriture), on doit adorer les soixante-quatre Yoginīs. Ici même est aussi vénérée Bhadrakālī, d’une puissance immense parmi les Yoginīs.
Verse 7
ब्राह्मणश्रेष्टः सर्वासामाधिपत्येऽभिषेचिता । तस्मात्तां पूजयेच्चात्र सोपवासो जितेंद्रियः ॥ ७ ॥
Le plus éminent des brāhmaṇas l’a consacrée (abhiṣeka) à la souveraineté sur toutes. C’est pourquoi, ici, on doit l’adorer en jeûnant (upavāsa) et en maîtrisant les sens.
Verse 8
राधे नवम्यां दलयोश्चंडिकां यस्तु पूजयेत् । विधिना स विमानेन देवतैः सह मोदते ॥ ८ ॥
Ô Rādhe, celui qui, au neuvième tithi, vénère Caṇḍikā selon le rite et avec des pétales de lotus, se réjouit avec les dieux dans un vimāna, char céleste.
Verse 9
ज्येष्ठशुक्लनवम्यां तु सोपवासो नरोत्तमः । उमां संपूज्य विधिवत्कुमारीर्भोजयेद्द्विजान् ॥ ९ ॥
Au neuvième tithi de la quinzaine claire de Jyeṣṭha, le meilleur des hommes doit jeûner; après avoir honoré Umā selon la règle, qu’il nourrisse les kumārīs et les deux-fois-nés (brāhmaṇas).
Verse 10
स्वभक्त्या दक्षिणां दत्वा शाल्यन्नं पयसाऽश्नुयात् । उमाव्रतमिदं विप्र यः कुर्याद्विधिवन्नरः ॥ १० ॥
Avec bhakti, après avoir offert la dakṣiṇā prescrite, qu’il prenne un mets de riz avec du lait. Ô brāhmaṇa, tel est le vœu d’Umā; celui qui l’accomplit selon le vidhi mène l’observance à sa perfection.
Verse 11
स भुक्त्वेह वरान्भोगानंते स्वर्गगतिं लभेत् । आषाढे मासि विप्रेंद्र यः कुर्यात्पक्षयोर्द्विज ॥ ११ ॥
Ô le meilleur des brāhmaṇas, le deux-fois-né qui accomplit (cette observance) au mois d’Āṣāḍha, dans les deux quinzaine, jouit ici de plaisirs choisis et, à la fin, obtient la voie vers le ciel.
Verse 12
नक्तं चैंद्रीं समभ्यर्च्येदैरावतगतां सिताम् । स भवेद्वैवलोके तु भोगभारग्देवयानगः ॥ १२ ॥
Si, la nuit, l’on vénère Indrā (la déesse liée à Indra), la contemplant blanche et resplendissante, montée sur Airāvata, alors, dans le monde de Vaivasvata, on devient porteur de jouissances et voyageur par le véhicule céleste des dieux.
Verse 13
श्रावणे मासि विप्रेन्द्र यः कुर्यान्नक्तभोजनम् । पक्षयोरुपवासं वा कौमारीं चंडिकां यजेत् ॥ १३ ॥
Ô le meilleur des brahmanes ! Au mois de Śrāvaṇa, quiconque observe le vœu de ne manger que la nuit, ou jeûne durant les deux quinzaines, doit adorer Caṇḍikā sous sa forme Kaumārī.
Verse 14
एवं पापहरां गंधैः पुष्पैर्धूपैश्च दीपकैः । नैवेद्यैर्विविधैश्चैव कुमारीभोजनैस्तथा ॥ १४ ॥
Ainsi, le culte doit être accompli d’une manière qui détruit les péchés : avec des parfums, des fleurs, de l’encens et des lampes ; avec divers naivedya (offrandes de nourriture) et aussi en nourrissant de jeunes filles (kumārī).
Verse 15
एवं यः कुरुते भक्त्या कौमारीव्रतमुत्तमम् । स विमानेन गच्छेद्वै देवीलोकं सनातनम् ॥ १५ ॥
Ainsi, quiconque accomplit avec bhakti l’excellent vœu de Kaumārī ira vraiment, dans un vimāna (char céleste), au royaume éternel de la Déesse.
Verse 16
भाद्रे तु नवमी शुक्ला नंदाह्वा परिकीर्तिता । तस्यां यः पूजयेद्दुर्गां विधिवच्चोपचारकैः ॥ १६ ॥
Au mois de Bhādrapada, le neuvième jour lunaire de la quinzaine claire (śukla) est proclamé « Nandā ». Celui qui, ce jour-là, adore la Déesse Durgā selon le rite, avec les upacāra prescrits, obtient des fruits auspices.
Verse 17
सोऽश्वमेधफलं लब्ध्वा विष्णुलोके महीयते । आश्विने शुक्लनवमी महापूर्वा प्रकीर्तिता ॥ १७ ॥
Ayant obtenu un mérite égal à celui du sacrifice de l’Aśvamedha, on est honoré dans le monde de Viṣṇu. Ainsi, le neuvième jour lunaire de la quinzaine claire d’Āśvina est proclamé comme la très sainte « Mahāpūrvā ».
Verse 18
अपराह्णे शमीपूजा कार्याऽस्यां प्राग्दिशि द्विज । ततो निशायां प्राग्यामे खङ्गं धनुरिषून्गदाम् ॥ १८ ॥
Ô deux-fois-né, l’après-midi, on doit ici accomplir le culte de l’arbre śamī, tourné vers l’Orient. Puis, à la première veille de la nuit, (qu’on vénère) l’épée, l’arc, les flèches et la massue.
Verse 19
शूलं शक्तिं च परशुं धुरिकां चर्म खेटकम् । छत्रं ध्वजं गजं चाश्व गोवृषं पुस्तकं तुलाम् ॥ १९ ॥
(Qu’on vénère aussi) le trident, la lance (śakti), la hache (paraśu), le joug; le bouclier de cuir; l’ombrelle et l’étendard; l’éléphant et le cheval; la vache et le taureau; le livre; et la balance (tulā).
Verse 20
दंडं पाशं चक्रशंखौ गंधाद्यैरुपचारकैः । संपूज्य महिषं तत्र भद्रकाल्यै समालभेत् ॥ २० ॥
Après avoir dûment vénéré le bâton (daṇḍa), le lacet (pāśa), le disque (cakra) et la conque (śaṅkha) avec des offrandes rituelles telles que parfums et autres, on doit y offrir un buffle en oblation sacrificielle à Bhadrakālī.
Verse 21
एवं बलिं विधायाथ भुक्त्वा पवान्नमेव च । द्विजेभ्यो दक्षिणां दत्वा व्रतं तत्र समापयेत् ॥ २१ ॥
Ainsi, après avoir offert le bali rituel et n’avoir ensuite consommé que la nourriture sanctifiée (pavānna), on doit donner la dakṣiṇā aux deux-fois-nés (brāhmaṇas) et, de cette manière, achever le vœu (vrata) en ce lieu.
Verse 22
एवं यः पूजयेद्दुर्गां नॄणां दुर्गतिनाशिनीम् । इह भुक्त्वा वरान्भोगानंते स्वर्गतिमाप्नुयात् ॥ २२ ॥
Ainsi, quiconque vénère la Déesse Durgā —celle qui détruit l’infortune des hommes— jouit ici-bas de plaisirs excellents, et, à la fin, atteint la voie qui mène au ciel.
Verse 23
कार्तिके शुक्लनवमी याऽक्षया सा प्रकीर्तता । तस्यामश्वत्थमूले वै तर्प्पणं सम्यगाचरेत् ॥ २३ ॥
Au mois de Kārtika, la Navamī (neuvième jour lunaire) de la quinzaine claire est proclamée jour « Akṣayā » (impérissable). Ce jour-là, qu’on accomplisse comme il se doit le tarpaṇa (offrande d’eau) au pied de l’aśvattha (figuier sacré).
Verse 24
देवानां च ऋषीणां च पितॄणां चापि नारद । स्वशाखोक्तैस्तथा मंत्रैः सूर्यायार्घ्यं ततोऽर्पयेत् ॥ २४ ॥
Et, ô Nārada, pour les dieux, les ṛṣi et aussi les pitṛ (ancêtres), qu’on offre ensuite l’arghya (libation d’eau) au Soleil, en récitant les mantras prescrits par sa propre śākhā védique.
Verse 25
ततो द्विजान्भोजयित्वा मिष्टान्नेन मुनीश्वर । स्वयं भुक्त्वा च विहरेद्द्विजेभ्यो दत्तदक्षिणः ॥ २५ ॥
Ensuite, ô seigneur des sages, après avoir nourri les dvija (brahmanes) de mets doux et choisis, et leur avoir remis la dakṣiṇā (don d’honneur) qui leur est due, qu’on prenne soi-même le repas puis qu’on demeure dans une quiétude agréable.
Verse 26
एवं यः कुरुते भक्त्या जपदानं द्विजार्चनम् । होमं च सर्वमक्षय्यं भवेदिति विधेर्वयः ॥ २६ ॥
Ainsi, quiconque accomplit avec bhakti le japa (récitation), le dāna (don), le dvija-arcana (vénération des dvija) et le homa (offrande au feu), tout cela devient akṣayya (impérissable) : telle est l’ordonnance du vidhi (règle sacrée).
Verse 27
मार्गे तु शुक्लनवमी नंदिनी परिकीर्तिता । तस्यामुपोषितो यस्तु जगदंबां प्रपूजयेत् ॥ २७ ॥
Au mois de Mārgaśīrṣa, la Navamī de la quinzaine claire est célébrée sous le nom de « Nandinī ». Celui qui jeûne (upoṣa) ce jour-là et vénère comme il convient Jagadambā, la Mère de l’univers, acquiert du mérite.
Verse 28
गंधाद्यैः सोऽश्वमेधस्य फलभाङ्नात्र संशयः । पौषे शुक्लनवम्यां तु महामायां प्रपूजयेत् ॥ २८ ॥
En offrant des parfums et autres présents semblables, il devient bénéficiaire du mérite du sacrifice Aśvamedha—sans aucun doute. Au neuvième jour (Navamī) de la quinzaine claire du mois de Pauṣa, qu’on vénère Mahāmāyā avec une révérence totale.
Verse 29
एकभक्तपरो विप्र वाजपेयफलाप्तये । माघमासे तु वा शुक्ला नवमी लोकपूजिता ॥ २९ ॥
Ô brāhmane, celui qui observe le vœu d’ekabhakta—un seul repas par jour—obtient le fruit du sacrifice Vājapeya. Au mois de Māgha, la Navamī de la quinzaine claire est honorée par le monde entier.
Verse 30
महानंदेति सा प्रोक्ता सदानंदकरी नृणाम् । तस्यां स्नानं तथा दानं जपो होम उपोषणम् ॥ ३० ॥
Elle est déclarée « Mahānandā », dispensatrice de félicité constante aux hommes. En elle, qu’on accomplisse le bain sacré, le don (dāna), la récitation (japa), l’offrande au feu (homa) et le jeûne (upavāsa).
Verse 31
सर्वमक्षयतां याति नात्र कार्या विचारणा । फाल्गुनामलपक्षस्य नवमी या द्विजोत्तम ॥ ३१ ॥
À la Navamī de la quinzaine claire de Phālguna, ô meilleur des deux-fois-nés, tout devient inépuisable—nul besoin d’hésitation ni d’examen.
Verse 32
आनंदा सा महापुण्या सर्वपापहरा स्मृता । सोपवासोऽर्चयेत्तत्र यस्त्वानंदां द्विजोत्तम ॥ ३२ ॥
Cette observance appelée « Ānandā » est mémorisée comme hautement méritoire et comme celle qui ôte tous les péchés. Ô meilleur des deux-fois-nés, quiconque y vénère Ānandā en jeûnant (upavāsa) en reçoit le fruit purificateur.
Verse 33
स लभेद्वांछितान्कामान्सत्यं सत्यं मयोदितम् ॥ ३३ ॥
Il obtient assurément les buts désirés ; ceci est vérité—vérité—proclamée par moi.
Verse 34
इति श्रीबृहन्नारदीयपुराणे पूर्वभागे बृहदुपाख्याने चतुर्थपादे द्वादशमासस्थितनवमीव्रतकथनं नामाष्टादशाधिकशततमोऽध्यायः ॥ ११८ ॥
Ainsi s’achève, dans le Śrī Bṛhannāradīya Purāṇa, dans le Pūrva-bhāga (Section antérieure), au sein du Grand Récit (Bṛhad-upākhyāna), dans le Quatrième Quart (Caturtha-pāda), le cent dix-huitième chapitre intitulé «Récit du vœu de Navamī observé durant les douze mois».
It is presented as the paradigmatic Caitra Śukla-Navamī vrata: fasting (or one-meal alternative), brāhmaṇa-feeding, and prescribed dāna, with explicit phala—sin-removal and attainment of Viṣṇu’s supreme abode—making it a model Navamī observance in the monthly cycle.
The rite expands beyond standard pūjā into a sequence of emblem/weapon worship: śamī-tree worship in the afternoon (east-facing), then first-watch night worship of arms and symbols (sword, bow, mace, trident, etc.), concluding with bali to Bhadrakālī, followed by sanctified food and dakṣiṇā to brāhmaṇas.
It highlights ‘imperishable’ (akṣaya) merit through tarpaṇa at the aśvattha root and Sūrya-arghya using one’s own śākhā mantras, plus brāhmaṇa-feeding and dakṣiṇā; it generalizes that japa, dāna, dvija-arcana, and homa done then become inexhaustible.