
वंशानुवर्णनम् — सात्वतवंशः, स्यमन्तक-प्रसङ्गः, कृष्णावतारः, शिवप्रसादः (पाशुपतयोगः)
Sūta commence en exposant en détail la lignée des Sātvata à travers la succession des quatre fils (Bhajana, Bhrājamāna, Devāvṛdha, Andhaka). Il célèbre la renommée de Devāvṛdha et fait l’éloge de Babhru, puis déroule la généalogie de Vṛṣṇi, Śini, Śvaphalka, Akrūra et d’autres, en évoquant l’épisode de Satrājit, du Soleil, du joyau Syamantaka, de Prasena et de la chasse. La lignée se poursuit jusqu’à Āhuka, Ugrasena, Devaka, Vasudeva, Devakī et Rohiṇī; sont racontés la descente de Rāma et de Kṛṣṇa, la crainte de Kaṃsa, Yogānidrā–Kauśikī, l’échange du nourrisson par Vasudeva, la mise à mort de Kaṃsa, la descendance de Kṛṣṇa et ses liens avec Rukmiṇī et Jāmbavatī. Le centre śaiva du chapitre: pour obtenir un fils à Jāmbavatī, Kṛṣṇa accomplit des austérités, se rend à l’āśrama de Vyāghrapāda, reçoit l’initiation au Pāśupata-yoga, et Rudra lui accorde une grâce d’où naît Sāmba. Enfin sont décrits l’anéantissement du clan Vṛṣṇi, le séjour à Prabhāsa, l’abandon du corps par la ruse du chasseur Jarā, et la phalaśruti: lire et entendre ce chapitre mène au monde vaiṣṇava; ainsi se clôt le récit dynastique et se prépare la suite en vue de la délivrance.
Verse 1
इति श्रीलिङ्गमहापुराणे पूर्वभागे वंशानुवर्णनं नामाष्टषष्टितमो ऽध्यायः सूत उवाच सात्वतः सत्यसम्पन्नः प्रजज्ञे चतुरः सुतान् भजनं भ्राजमानं च दिव्यं देवावृधं नृपम्
Ainsi, dans le Śrī Liṅga Mahāpurāṇa, dans le Pūrva-bhāga, commence le soixante-neuvième chapitre intitulé « Description généalogique ». Sūta dit : Sātvata, accompli en véracité, engendra quatre fils—Bhajana, Bhrājamāna, le lumineux Divya, et le roi Devāvṛdha.
Verse 2
अन्धकं च महाभागं वृष्णिं च यदुनन्दनम् तेषां निसर्गांश्चतुरः शृणुध्वं विस्तरेण वै
Et Andhaka, le très fortuné, ainsi que Vṛṣṇi, la joie des Yadus—écoutez de moi, en plein détail, les quatre dispositions innées (nisarga) propres à leur lignée.
Verse 3
सृञ्जय्यां भजनाच्चैव भ्राजमानाद्विजज्ञिरे अयुतायुः शतायुश् च बलवान् हर्षकृत्स्मृतः
De Sṛñjayā et aussi de Bhajanā, Bhrājamāna engendra deux fils—Ayutāyu et Śatāyu ; et un autre naquit encore, renommé Balavān, dont on se souvient comme Harṣakṛt (celui qui apporte la joie).
Verse 4
तेषां देवावृधो राजा चचार परमं तपः पुत्रः सर्वगुणोपेतो मम भूयादिति स्मरन्
Parmi eux, le roi Devāvṛdha accomplit l’austérité la plus haute, se souvenant d’un vœu à l’esprit unifié : «Puissé-je avoir un fils pourvu de toutes les vertus.»
Verse 5
तस्य बभ्रुरिति ख्यातः पुण्यश्लोको नृपोत्तमः अनुवंशपुराणज्ञा गायन्तीति परिश्रुतम्
De lui naquit le roi renommé Babhrū, souverain éminent dont la gloire sanctifie. La tradition rapporte que ceux qui connaissent les Purāṇa et les lignées royales (anuvaṃśa) chantent ses louanges.
Verse 6
गुणान्देवावृधस्याथ कीर्तयन्तो महात्मनः यथैव शृणुमो दूरात् संपश्यामस्तथान्तिकात्
Alors les Deva, louant les vertus de ce vénérable Grand Être, dirent : «Comme nous l’entendions de loin, ainsi maintenant nous le voyons de nos propres yeux, tout près».
Verse 7
बभ्रुः श्रेष्ठो मनुष्याणां देवैर्देवावृधः समः पुरुषाः पञ्च षष्टिस्तु षट् सहस्राणि चाष्ट च
Babhrū fut le plus éminent parmi les hommes, égal à Devāvṛdha parmi les dieux. Et les hommes étaient au nombre de soixante-cinq, et aussi de six mille huit (selon le décompte).
Verse 8
ये ऽमृतत्वमनुप्राप्ता बभ्रोर्देवावृधादपि यज्वा दानमतिर्वीरो ब्रह्मण्यस्तु दृढव्रतः
Ceux qui atteignirent l’immortalité—au-delà même de Babhrū et de Devāvṛdha—étaient des célébrants du sacrifice (yajvā), voués aux rites sacrés, héroïques en vertu, portés au don, fermes dans leurs vœux, et respectueux de l’ordre brahmanique. Par un tel dharma, le paśu (l’âme liée) est conduit vers la grâce du Pati (le Seigneur) et vers l’état au-delà de la mort.
Verse 9
कीर्तिमांश् च महातेजाः सात्वतानां महारथः तस्यान्ववाये सम्भूता भोजा वै दैवतोपमाः
Et il y eut Kīrtimān, d’un éclat puissant, grand guerrier de char parmi les Sātvata. De sa lignée naquirent les Bhoja, vraiment semblables aux dieux par la stature et l’excellence.
Verse 10
गान्धारी चैव माद्री च वृष्णिभार्ये बभूवतुः गान्धारी जनयामास सुमित्रं मित्रनन्दनम्
Gāndhārī et Mādrī devinrent des épouses dans la lignée des Vṛṣṇi. Et Gāndhārī enfanta Sumitra, la joie de Mitra ; ainsi se poursuivit la lignée établie, par laquelle le dharma est maintenu sous le Seigneur (Pati).
Verse 11
माद्री लेभे च तं पुत्रं ततः सा देवमीढुषम् अनमित्रं शिनिं चैव तावुभौ पुरुषोत्तमौ
Puis Mādrī enfanta ce fils ; ensuite elle mit au monde Devamīḍhuṣa, ainsi qu’Anamitra et Śini, tous deux éminents parmi les hommes.
Verse 12
अनमित्रसुतो निघ्नो निघ्नस्य द्वौ बभूवतुः प्रसेनश् च महाभागः सत्राजिच्च सुतावुभौ
D’Anamitra naquit Nighna. Et Nighna eut deux fils : Prasena, le très fortuné, et Satrājit ; tous deux étaient ses fils.
Verse 13
तस्य सत्राजितः सूर्यः सखा प्राणसमो ऽभवत् स्यमन्तको नाम मणिर् दत्तस्तस्मै विवस्वता
Pour Satrājit, le Soleil (Vivasvān) devint un ami aussi cher que la vie même ; et Vivasvān lui accorda le joyau nommé Syamantaka.
Verse 14
पृथिव्यां सर्वरत्नानाम् असौ राजाभवन्मणिः कदाचिन्मृगयां यातः प्रसेनेन सहैव सः
Sur la terre, parmi tous les joyaux, cette gemme était renommée comme le roi des trésors. Un jour, il partit à la chasse avec Prasena.
Verse 15
वधं प्राप्तो ऽसहायश् च सिंहादेव सुदारुणात् अथ पुत्रः शिनेर्जज्ञे कनिष्ठाद् वृष्णिनन्दनात्
Sans soutien, il trouva la mort sous les griffes d’un lion d’une férocité extrême. Puis, du plus jeune fils de Śini—cher aux Vṛṣṇis—naquit un fils, assurant la continuité de la lignée.
Verse 16
सत्यवाक् सत्यसम्पन्नः सत्यकस्तस्य चात्मजः सात्यकिर्युयुधानस्तु शिनेर्नप्ता प्रतापवान्
Satyavāk—dont la parole est vérité—était comblé de vérité et accompli dans le satya ; son fils fut Satyaka. Et Sātyaki, nommé Yuyudhāna, vaillant petit-fils de Śini, était un homme d’une grande prouesse.
Verse 17
असंगो युयुधानस्य कुणिस्तस्य सुतो ऽभवत् कुणेर् युगंधरः पुत्रः शैनेया इति कीर्तिताः
De Yuyudhāna naquit Asaṅga ; d’Asaṅga vint Kuṇista. Et le fils de Kuṇi fut Yugaṃdhara. Ceux-ci sont célébrés comme la lignée des Śaineyā.
Verse 18
माद्र्याः सुतस्य संजज्ञे सुतो वार्ष्णिर्युधाजितः श्वफल्क इति विख्यातस् त्रैलोक्यहितकारकः
Du fils de Mādrī naquit un descendant des Vṛṣṇis nommé Yudhājit ; il devint célèbre sous le nom de Śvaphalka, bienfaiteur voué au bien des trois mondes—agissant selon le dharma soutenu par Pati (Śiva), Celui qui délie les liens (pāśa) des êtres (paśu).
Verse 19
श्वफल्कश् च महाराजो धर्मात्मा यत्र वर्तते नास्ति व्याधिभयं तत्र नावृष्टिभयमप्युत
Là où demeure le grand roi Śvaphalka—âme établie dans le dharma—il n’est point de crainte de maladie ; ni même de crainte de sécheresse. Telle est la puissance protectrice de l’ordre juste, soutenu par la bhakti envers Pati (Śiva), qui desserre les liens (pāśa) se manifestant en souffrance collective.
Verse 20
श्वफल्कः काशिराजस्य सुतां भार्यामवाप सः गान्दिनीं नाम काश्यो हि ददौ तस्मै स्वकन्यकाम्
Śvaphalka prit pour épouse la fille du roi de Kāśī. En vérité, le roi de Kāśī (Kāśya) lui donna sa propre fille vierge, nommée Gāndinī.
Verse 21
सा मातुरुदरस्था वै बहून्वर्षगणान्किल वसन्ती न च संजज्ञे गर्भस्था तां पिताब्रवीत्
En vérité, elle demeura dans le sein de sa mère durant de nombreuses années, sans pourtant naître. Alors qu’elle était encore en gestation, son père lui adressa la parole.
Verse 22
जायस्व शीघ्रं भद्रं ते किमर्थं चाभितिष्ठसि प्रोवाच चैनं गर्भस्था सा कन्या गान्दिनी तदा
«Naîs vite — que l’auspice soit sur toi ! Pourquoi demeures-tu encore au-dedans ?» Ainsi, en ce temps-là, la jeune fille Gāndinī, parlant depuis le sein maternel, lui répondit.
Verse 23
वर्षत्रयं प्रतिदिनं गामेकां ब्राह्मणाय तु यदि दद्यास्ततः कुक्षेर् निर्गमिष्याम्यहं पितः
«Père, si pendant trois ans tu donnais chaque jour une vache à un brāhmaṇa, alors je pourrai sortir du ventre, ô père.»
Verse 24
तथेत्युवाच तस्या वै पिता काममपूरयत् दाता शूरश् च यज्वा च श्रुतवानतिथिप्रियः
Disant : «Qu’il en soit ainsi», son père accomplit véritablement son vœu. Il était généreux dans le don, vaillant, célébrant du yajña, instruit des enseignements sacrés et joyeux d’honorer les hôtes. Par une telle conduite dharmique, le maître de maison soutient la voie śaiva : il purifie le karma par dāna, yajña et service, préparant le paśu (l’âme) à se tourner vers Pati, le Seigneur Śiva.
Verse 25
तस्याः पुत्रः स्मृतो ऽक्रूरः श्वफल्काद्भूरिदक्षिणः रत्ना कन्या च शैवस्य ह्य् अक्रूरस्तामवाप्तवान्
D’elle naquit Akrūra ; et de Śvaphalka naquit Bhūridakṣiṇa, d’une immense libéralité. Ratnā, fille de la lignée śaiva (dévots de Śiva), fut obtenue en mariage par Akrūra.
Verse 26
अस्यामुत्पादयामास तनयांस्तान्निबोधत उपमन्युस् तथा माङ्गुर् वृतस्तु जनमेजयः
En elle, il engendra des fils—écoute et retiens-les : Upamanyu, ainsi que Māṅgu, Vṛta et Janamejaya.
Verse 27
गिरिरक्षस्तथोपेक्षः शत्रुघ्नो यो ऽरिमर्दनः धर्मभृद् वृष्टधर्मा च गोधनो ऽथ वरस् तथा
Il est le Protecteur des montagnes, et Celui qui demeure dans l’équanimité, détaché du jeu des contraires. Il est le Tueur des ennemis, l’Écraseur des adversaires ; le Soutien du Dharma, et Celui qui fait pleuvoir le Dharma comme grâce. Il est le Donateur de vaches et de prospérité, et Il est aussi le Don suprême lui-même.
Verse 28
आवाहप्रतिवाहौ च सुधारा च वराङ्गना अक्रूरस्योग्रसेन्यां तु पुत्रौ द्वौ कुलनन्दनौ
Āvāha et Prativāha, ainsi que Sudhārā, la noble dame. D’Akrūra et d’Ugrasenyā naquirent deux fils, joie et soutien de la lignée.
Verse 29
देववानुपदेवश् च जज्ञाते देवसंमतौ सुमित्रस्य सुतो जज्ञे चित्रकश् च महायशाः
Naquirent Devavān et Upadeva—tous deux estimés parmi les dieux. Et à Sumitra naquit un fils, Citraka, de grande renommée.
Verse 30
चित्रकस्याभवन्पुत्रा विपृथुः पृथुरेव च अश्वग्रीवः सुबाहुश् च सुधासूकगवेक्षणौ
À Citraka naquirent des fils—Vipṛthu et aussi Pṛthu; Aśvagrīva et Subāhu; et de même Sudhāsūka et Gavekṣaṇa. Ainsi la lignée se poursuivit en une succession ordonnée, sous la gouvernance invisible de Pati (Śiva), qui maintient le dharma au fil des âges.
Verse 31
अरिष्टनेमिरश्वश् च धर्मो धर्मभृदेव च सुभूमिर्बहुभूमिश् च श्रविष्ठाश्रवणे स्त्रियौ
Il est Ariṣṭanemi et aussi Aśva; Il est Dharma, et le porteur divin du Dharma. Il est Subhūmi et Bahubhūmi; et Il est Śraviṣṭhā et Śravaṇa—ces deux-là étant aussi vénérées comme des formes féminines.
Verse 32
अन्धकात्काश्यदुहिता लेभे च चतुरः सुतान् कुकुरं भजमानं च शुचिं कम्बलबर्हिषम्
D’Andhaka, la fille de Kaśyapa enfanta quatre fils—Kukura, Bhajamāna, Śuci et Kambalabarhiṣa. Ainsi la lignée s’étendit sous la gouvernance de Pati (Śiva), tandis que les âmes incarnées (paśu) demeurent dans les liens du karma (pāśa).
Verse 33
कुकुरस्य सुतो वृष्णिर् वृष्णेः शूरस्ततो ऽभवत् कपोतरोमातिबलस् तस्य पुत्रो विलोमकः
De Kukura naquit Vṛṣṇi; de Vṛṣṇi surgit Śūra. De lui vint Kapotaromātibala, et son fils fut Vilomaka.
Verse 34
तस्यासीत् तुम्बुरुसखो विद्वान्पुत्रो नलः किल ख्यायते स सुनाम्ना तु चन्दनानकदुन्दुभिः
Il eut un fils sage nommé Nala, renommé comme compagnon de Tumburu; et par son nom illustre il fut célébré comme Candanānaka-dundubhi—celui dont la musique résonnait tel un tambour embaumé de santal.
Verse 35
तस्मादप्यभिजित्पुत्र उत्पन्नो ऽस्य पुनर्वसुः अश्वमेधं स पुत्रार्थम् आजहार नरोत्तमः
De lui naquit aussi Punarvasu, fils d’Abhijit. Cet homme, le meilleur des mortels, accomplit le sacrifice de l’Aśvamedha afin d’obtenir un fils, recherchant une descendance sous l’Ordre suprême qui, en définitive, repose en Pati, le Seigneur Śiva.
Verse 36
तस्य मध्ये ऽतिरात्रस्य सदोमध्यात्समुत्थितः ततस्तु विद्वान् सर्वज्ञो दाता यज्वा पुनर्वसुः
Au cœur de ce sacrifice Atirātra, il surgit du centre même de la salle du Sadas. Alors apparut Punarvasu — connaisseur du rite, omniscient, généreux donateur et sacrifiant dûment consacré — resplendissant de la puissance védique, voué au Seigneur suprême (Pati).
Verse 37
तस्यापि पुत्रमिथुनं बभूवाभिजितः किल आहुकश्चाहुकी चैव ख्यातौ कीर्तिमतां वरौ
De lui, dit-on, naquit aussi une paire d’enfants : le fils Āhuka et la fille Āhukī ; tous deux renommés, les premiers parmi les illustres.
Verse 38
आहुकात् काश्यदुहितुर् द्वौ पुत्रौ संबभूवतुः देवकश्चोग्रसेनश् च देवगर्भसमावुभौ
D’Āhuka, par la fille de Kāśya, naquirent deux fils — Devaka et Ugrasena — tous deux d’origine noble, comme issus d’un sein divin, et de naissance propice.
Verse 39
देवकस्य सुता राज्ञो जज्ञिरे त्रिदशोपमाः देववान् उपदेवश् च सुदेवो देवरक्षितः
Du roi Devaka naquirent des fils, semblables aux dieux par leur splendeur : Devavān, Upadeva, Sudeva et Devarakṣita, renommés pour une excellence digne des devas.
Verse 40
तेषां स्वसारः सप्तासन् वसुदेवाय ता ददौ वृषदेवोपदेवा च तथान्या देवरक्षिता
Ils avaient sept sœurs ; Vasudeva les donna en mariage. Parmi elles se trouvaient Vṛṣadevā, Upadevī et d’autres—des femmes placées sous la garde et la protection des Devas.
Verse 41
श्रीदेवा शान्तिदेवा च सहदेवा तथापरा देवकी चापि तासां च वरिष्ठाभूत्सुमध्यमा
Il y avait Śrīdevā, Śāntidevā, Sahadevā, et encore une autre ; et Devakī aussi. Parmi elles, Sumadhyamā fut tenue pour la plus éminente.
Verse 42
नवोग्रसेनस्य सुतास् तेषां कंसस्तु पूर्वजः तेषां पुत्राश्च पौत्राश् च शतशो ऽथ सहस्रशः
Novograsena eut de nombreux fils ; parmi eux, Kaṃsa était l’aîné. De cette lignée naquirent des fils et des petits-fils—par centaines, et même par milliers.
Verse 43
देवकस्य सुता पत्नी वसुदेवस्य धीमतः बभूव वन्द्या पूज्या च देवैरपि पतिव्रता
La fille de Devaka devint l’épouse dévouée du sage Vasudeva. Inébranlable dans le vœu de fidélité au mari (pativratā), elle fut vénérée et honorée—même par les Devas.
Verse 44
रोहिणी च महाभागा पत्नी चानकदुन्दुभेः पौरवी बाह्लिकसुता संपूज्यासीत्सुरैरपि
Rohiṇī—la très fortunée—fut l’épouse d’Ānakadundubhi. Elle était une Pauravī, fille de Bāhlika, et fut vénérée même par les Devas.
Verse 45
असूत रोहिणी रामं बलश्रेष्ठं हलायुधम् आश्रितं कंसभीत्या च स्वात्मानं शान्ततेजसम्
Rohiṇī enfanta Rāma (Balarāma), le plus éminent en force, brandissant la charrue pour arme ; et, par crainte de Kaṃsa, il y prit refuge, rayonnant de l’éclat paisible de son propre Soi.
Verse 46
जाते रामे ऽथ निहते षड्गर्भे चातिदक्षिणे वसुदेवो हरिं धीमान् देवक्यामुदपादयत्
Après la naissance de Rāma, et après que les six embryons eurent été mis à mort — à l’instant le plus faste — le sage Vasudeva fit naître Hari de Devakī. Dans la vision purānique, de telles descentes adviennent par l’ordonnance de Pati (le Seigneur suprême), afin de relâcher le pasha (l’entrave) qui lie le pashu (l’âme individuelle).
Verse 47
स एव परमात्मासौ देवदेवो जनार्दनः हलायुधश् च भगवान् अनन्तो रजतप्रभः
Lui seul est le Paramātman, le Dieu des dieux. Il est Janārdana ; il est le Bienheureux qui brandit la charrue pour arme ; il est Ananta, l’Infini, rayonnant d’une splendeur d’argent : tous ces noms désignent l’unique Pati (Seigneur) au-delà de tout.
Verse 48
लिफ़े ओफ़् कृष्ण भृगुशापछलेनैव मानयन्मानुषीं तनुम् बभूव तस्यां देवक्यां वासुदेवो जनार्दन
Respectant la condition née de la malédiction de Bhṛgu, Janārdana—Vāsudeva—assuma un corps humain et naquit de Devakī. Ainsi la descente du Seigneur se déploie dans la trame de la causalité karmique, tandis que le Pati suprême demeure intact, guidant les âmes pashu vers la délivrance.
Verse 49
उमादेहसमुद्भूता योगनिद्रा च कौशिकी नियोगाद्देवदेवस्य यशोदातनया ह्यभूत्
Née du corps même d’Umā, cette Somnolence yogique—Kauśikī—sur l’ordre du Dieu des dieux (Mahādeva), devint en vérité la fille de Yaśodā.
Verse 50
सा चैव प्रकृतिः साक्षात् सर्वदेवनमस्कृता पुरुषो भगवान्कृष्णो धर्ममोक्षफलप्रदः
Elle est, en vérité, Prakṛti elle-même—la Réalité manifestée—révérée par tous les dieux. Et Lui est le Puruṣa suprême, le Seigneur bienheureux, Kṛṣṇa à la teinte sombre, qui accorde les fruits du dharma et de la délivrance (mokṣa).
Verse 51
तां कन्यां जगृहे रक्षन् कंसात्स्वस्यात्मजं तदा चतुर्भुजं विशालाक्षं श्रीवत्सकृतलाञ्छनम्
Alors, pour protéger son propre enfant de Kaṃsa, il prit cette fillette; et à cet instant l’enfant apparut avec quatre bras, de larges yeux, portant sur la poitrine la marque de Śrīvatsa.
Verse 52
शङ्खचक्रगदापद्मं धारयन्तं जनार्दनम् यशोदायै प्रदत्त्वा तु वसुदेवश् च बुद्धिमान्
Puis le sage Vasudeva confia à Yaśodā Janārdana lui-même—le Seigneur portant conque, disque, massue et lotus—afin que le dessein divin se poursuive au-delà des liens (pāśa) qui voilent la volonté du Pati.
Verse 53
दत्त्वैनं नन्दगोपस्य रक्षतामिति चाब्रवीत् रक्षकं जगतां विष्णुं स्वेच्छया धृतविग्रहम्
L’ayant remis à Nanda le vacher, il dit : « Protège-le. » Ainsi (l’enfant fut confié à) Viṣṇu, Protecteur des mondes, qui, de sa propre volonté, avait assumé une forme corporelle. Dans la vision śaiva, de telles descentes protectrices agissent sous l’ordonnance suprême du Pati (Śiva) : par sa śakti, le cosmos est soutenu et les paśu (âmes liées) sont préservés des rets (pāśa) de la peur et du mal.
Verse 54
प्रसादाच्चैव देवस्य शिवस्यामिततेजसः रामेण सार्धं तं दत्त्वा वरदं परमेश्वरम्
Par la pure grâce du dieu Śiva, dont l’éclat est sans mesure, ce Seigneur suprême—dispensateur de bienfaits—fut accordé comme une faveur divine, avec Rāma.
Verse 55
भूभारनिग्रहार्थं च ह्य् अवतीर्णं जगद्गुरुम् अतो वै सर्वकल्याणं यादवानां भविष्यति
Afin de contenir le fardeau de la terre, le Jagadguru est descendu; ainsi, pour les Yādava, toute bénédiction et tout auspice s’accompliront à coup sûr.
Verse 56
अयं स गर्भो देवक्या यो नः क्लेश्यान्हरिष्यति उग्रसेनात्मजायाथ कंसायानकदुन्दुभिः
«C’est bien l’enfant dans le sein de Devakī, celui qui ôtera nos afflictions (kleśa).» Ainsi Ānakadundubhi (Vasudeva) parla à Kaṃsa, fils d’Ugrasena. Dans le sens shaiva plus profond, le verset annonce l’arrivée d’un agent investi de puissance divine, par qui Pati (le Seigneur) desserre le pasha (lien) et met fin aux kleśa qui tourmentent le pashu (l’âme liée).
Verse 57
निवेदयामास तदा जातां कन्यां सुलक्षणाम् अस्यास्तवाष्टमो गर्भो देवक्याः कंस सुव्रत
Alors il annonça qu’une fillette aux signes excellents était née, disant : «Ô Kaṃsa, ferme dans ton vœu, voici pour toi la huitième conception (issue) de Devakī.»
Verse 58
मृत्युर् एव न संदेह इति वाणी पुरातनी ततस्तां हन्तुमारेभे कंसः सोल्लङ्घ्य चांबरम्
«La mort, assurément—sans aucun doute» : ainsi parla l’antique voix prophétique. Alors Kaṃsa, bondissant de son siège élevé, se mit à vouloir la tuer.
Verse 59
उवाचाष्टभुजा देवी मेघगंभीरया गिरा रक्षस्व तत्स्वकं देहम् आयातो मृत्युरेव ते
La Déesse aux huit bras parla d’une voix profonde comme le tonnerre des nuées : «Protège ton propre corps : la mort elle-même est venue sur toi.»
Verse 60
रक्षमाणस्य देहस्य मायावी कंसरूपिणः किं कृतं दुष्कृतं मूर्ख जातः खलु तवान्तकृत्
Tandis que tu t’efforces de protéger ce corps, un magicien d’illusion—revêtu de la forme de Kaṁsa—demande : «Quel péché ai-je commis, ô insensé ? En vérité, celui qui s’est levé est ton propre artisan de mort.»
Verse 61
देवक्याः स भयात्कंसो जघानैवाष्टमं त्विति स्मरन्ति विहितो मृत्युर् देवक्यास् तनयो ऽष्टमः
Par crainte, Kaṁsa tua (l’enfant), pensant : «C’est le huitième.» Pourtant, on se souvient que la mort ordonnée pour Kaṁsa était le huitième fils de Devakī, destiné à devenir la Mort même de Kaṁsa.
Verse 62
यस्तत्प्रतिकृतौ यत्नो भोजस्यासीद्वृथा हरेः प्रभावान्मुनिशार्दूलास् तया चैव जडीकृतः
L’effort du roi Bhoja pour se venger fut entièrement vain ; car, par la puissance irrésistible de Hari, ô sages au courage de tigre, il fut rendu inerte et hébété par cette force même.
Verse 63
कंसो ऽपि निहतस्तेन कृष्णेनाक्लिष्टकर्मणा निहता बहवश्चान्ये देवब्राह्मणघातिनः
Kaṁsa aussi fut mis à mort par ce Kṛṣṇa, dont les actes sont sans effort ; et beaucoup d’autres encore, meurtriers des Devas et des Brāhmaṇas, furent détruits. Ainsi le Seigneur (Pati) rétablit le dharma en ôtant les forces d’adharma, telles un pasha, qui lient et tourmentent les êtres (paśus).
Verse 64
तस्य कृष्णस्य तनयाः प्रद्युम्नप्रमुखास् तथा बहवः परिसंख्याताः सर्वे युद्धविशारदाः
De ce Kṛṣṇa, il y eut de nombreux fils—Pradyumna en tête—en grand nombre, et tous étaient experts et accomplis dans l’art de la guerre.
Verse 65
कृष्णपुत्राः समाख्याताः कृष्णेन सदृशाः सुताः पुत्रेष्वेतेषु सर्वेषु चारुदेष्णादयो हरेः
Ils furent proclamés fils de Kṛṣṇa, des fils semblables à Kṛṣṇa lui-même. Parmi tous les fils de Hari, Cārudeṣṇa et les autres furent les plus éminents.
Verse 66
विशिष्टा बलवन्तश् च रौक्मिणेयारिसूदनाः षोडशस्त्रीसहस्राणि शतमेकं तथाधिकम्
Ils étaient d’exception et pleins de force, pourfendeurs des ennemis du fils de Rukmiṇī. Et (il avait) seize mille femmes, et cent de plus encore.
Verse 67
कृष्णस्य तासु सर्वासु प्रिया ज्येष्ठा च रुक्मिणी तया द्वादशवर्षाणि कृष्णेनाक्लिष्टकर्मणा
Parmi toutes les épouses de Kṛṣṇa, Rukmiṇī était à la fois l’aînée et la plus aimée. Avec elle, Kṛṣṇa—dont les actes sont sans peine et sans trouble—demeura douze années (en douce harmonie).
Verse 68
उष्यता वायुभक्षेण पुत्रार्थं पूजितो हरः चारुदेष्णः सुचारुश् च चारुवेषो यशोधरः
Lorsque Hara (Śiva) fut vénéré par un ascète demeurant dans l’austérité, ne se nourrissant que d’air et désirant un fils, Il fut connu sous les noms de Cārudeṣṇa, Sucāru (le Très-Beau), Cāruveṣa (au Beau Vêtement) et Yaśodhara (Porteur de Gloire).
Verse 69
चारुश्रवाश्चारुयशाः प्रद्युम्नः साम्ब एव च एते लब्धास्तु कृष्णेन शूलपाणिप्रसादतः
Cāruśravā et Cāruyaśā, ainsi que Pradyumna et Sāmba—tous furent accordés à Kṛṣṇa par la grâce bienveillante de Śūlapāṇi (Śiva, le Porteur du Trident).
Verse 70
तान् दृष्ट्वा तनयान्वीरान् रौक्मिणेयांश् च रुक्मिणीम् जाम्बवत्यब्रवीत्कृष्णं भार्या कृष्णस्य धीमतः
Voyant ces fils héroïques — les Raukmineya, enfants de Rukmiṇī — Jāmbavatī, l’épouse de Kṛṣṇa au cœur avisé, s’adressa à Kṛṣṇa.
Verse 71
मम त्वं पुण्डरीकाक्ष विशिष्टं गुणवत्तरम् सुरेशसंमितं पुत्रं प्रसन्नो दातुमर्हसि
Ô Seigneur aux yeux de lotus, sois favorable et accorde-moi un fils : éminent, riche en vertus, et comparable en grandeur aux seigneurs des dieux.
Verse 72
जाम्बवत्या वचः श्रुत्वा जगन्नाथस्ततो हरिः तपस्तप्तुं समारेभे तपोनिधिरनिन्दितः
Ayant entendu les paroles de Jāmbavatī, Hari — Seigneur de l’univers — entreprit alors les austérités. Irréprochable et trésor de tapas, il s’appliqua à l’ardeur de la discipline spirituelle.
Verse 73
सो ऽथ नारायणः कृष्णः शङ्खचक्रगदाधरः व्याघ्रपादस्य च मुनेर् गत्वा चैवाश्रमोत्तमम्
Puis Nārāyaṇa — Kṛṣṇa au teint sombre, portant la conque, le disque et la massue — se rendit à l’ermitage excellent du sage Vyāghrapāda.
Verse 74
ऋषिं दृष्ट्वा त्वङ्गिरसं प्रणिपत्य जनार्दनः दिव्यं पाशुपतं योगं लब्धवांस्तस्य चाज्ञया
Voyant le rishi Aṅgiras, Janārdana se prosterna ; et, sur son ordre, il obtint le Yoga Pāśupata divin — la discipline qui mène le paśu (l’âme liée) au-delà du pāśa (les liens) vers le Pati, Śiva, le Seigneur.
Verse 75
प्रलुप्तश्मश्रुकेशश् च घृताक्तो मुञ्जमेखली दीक्षितो भगवान्कृष्णस् तताप च परंतपः
Après s’être rasé la barbe et les cheveux, s’être oint de ghee et s’être ceint d’une ceinture d’herbe muñja, le Seigneur bienheureux Kṛṣṇa—dûment initié—entreprit l’ascèse, ô brûleur d’ennemis.
Verse 76
ऊर्ध्वबाहुर् निरालंबः पादाङ्गुष्ठाग्रधिष्ठितः फलाम्बनिलभोजी च ऋतुत्रयम् अधोक्षजः
Les bras levés, sans aucun appui, se tenant sur la pointe des gros orteils, ne vivant que de fruits, d’eau et d’air—endurant les trois saisons—il est Adhokṣaja, le Seigneur transcendant au-delà de la portée des sens.
Verse 77
तपसा तस्य संतुष्टो ददौ रुद्रो बहून् वरान् साम्बं जांबवतीपुत्रं कृष्णाय च महात्मने
Satisfait de son ascèse, Rudra accorda de nombreux bienfaits; et au magnanime Kṛṣṇa il donna Sāmba, le fils né de Jāmbavatī.
Verse 78
तथा जांबवती चैव सांबं भार्या हरेः सुतम् प्रहर्षमतुलं लेभे लब्ध्वादित्यं यथादितिः
De même, Jāmbavatī, l’épouse de Hari, obtint Sāmba pour fils; et elle connut une joie incomparable, telle Aditi lorsqu’elle obtint Āditya, le Soleil.
Verse 79
बाणस्य च तदा तेन छेदितं मुनिपुङ्गवाः भुजानां चैव साहस्रं शापाद्रुद्रस्य धीमतः
Ô meilleurs des sages, par ce puissant héros, les mille bras de Bāṇa furent alors tranchés; telle fut la conséquence de la malédiction du sage Rudra.
Verse 80
अथ दैत्यवधं चक्रे हलायुधसहायवान् तथा दुष्टक्षितीशानां लीलयैव रणाजिरे
Alors, aidé par Halāyudha (Balarāma), il accomplit l’abattement des Dāitya ; et sur le champ de bataille il soumit pareillement les rois iniques de la terre—comme un simple līlā divin, sans peine et sans obstacle.
Verse 81
स हत्वा देवसम्भूतं नरकं दैत्यपुङ्गवम् ब्राह्मणस्योर्ध्वचक्रस्य वरदानान्महात्मनः
Ayant tué Naraka—le plus éminent des Dāitya, né des Devas—il le fit grâce au don (vara) accordé par le brāhmane magnanime Urdhvacakra. Ainsi, même la puissance d’un asura est tranchée lorsque le dharma est armé de la grâce qui découle de la sainteté et du juste ordre.
Verse 82
स्वोपभोग्यानि कन्यानां षोडशातुलविक्रमः शताधिकानि जग्राह सहस्राणि महाबलः
Ce puissant héros, d’une vaillance sans égale dès l’âge de seize ans, prit pour son propre plaisir des milliers de jeunes filles—en vérité, plus de cent mille—manifestant ainsi la force du pasha (lien d’asservissement) né du désir sans frein ; et seule la grâce de Pati, Śiva, peut finalement trancher ce lien.
Verse 83
शापव्याजेन विप्राणाम् उपसंहृतवान् कुलम् संहृत्य तत्कुलं चैव प्रभासे ऽतिष्ठदच्युतः
Sous le prétexte de la malédiction des brāhmanes, Acyuta mena cette lignée à sa dissolution ; et, après avoir ainsi retiré et éteint ce clan même, il demeura à Prabhāsa.
Verse 84
तदा तस्यैव तु गतं वर्षाणामधिकं शतम् कृष्णस्य द्वारकायां वै जराक्लेशापहारिणः
Alors, dans cette même Dvārakā de Kṛṣṇa—célèbre pour dissiper les peines de la vieillesse et de la souffrance—plus de cent années s’étaient écoulées.
Verse 85
विश्वामित्रस्य कण्वस्य नारदस्य च धीमतः शापं पिण्डारके ऽरक्षद् वचो दुर्वाससस्तदा
Alors, à Piṇḍāraka, la parole du sage Durvāsas les protégea de la malédiction proférée par Viśvāmitra, Kaṇva et le clairvoyant Nārada.
Verse 86
त्यक्त्वा च मानुषं रूपं जरकास्त्रच्छलेन तु अनुगृह्य च कृष्णो ऽपि लुब्धकं प्रययौ दिवम्
Sous le prétexte de la flèche de Jara, Kṛṣṇa délaissa sa forme d’apparence humaine; et, ayant accordé sa grâce même au chasseur, il s’en alla vers le séjour céleste. Dans la vision śaiva, cela signifie que le Seigneur renonce, par volonté divine, à son corps tissé de māyā, tandis que la compassion desserre le pāśa (l’entrave) même du pashu inconscient, l’âme liée.
Verse 87
अष्टावक्रस्य शापेन भार्याः कृष्णस्य धीमतः चौरैश्चापहृताः सर्वास् तस्य मायाबलेन च
Par la malédiction d’Aṣṭāvakra, toutes les épouses du sage Kṛṣṇa furent enlevées par des voleurs, sous l’effet aussi de cette māyā née de la malédiction.
Verse 88
बलभद्रो ऽपि संत्यज्य नागो भूत्वा जगाम च महिष्यस्तस्य कृष्णस्य रुक्मिणीप्रमुखाः शुभाः
Même Balabhadra, délaissant son corps, s’en alla après être devenu un Nāga (serpent). Et les reines auspiciennes de Kṛṣṇa —Rukmiṇī en tête— quittèrent elles aussi l’état mortel. Dans la vision śaiva, ces départs marquent le relâchement du pāśa (l’entrave) lorsque la forme destinée est abandonnée, tandis que Pati seul demeure le socle inébranlable de toutes les transformations.
Verse 89
सहाग्निं विविशुः सर्वाः कृष्णेनाक्लिष्टकर्मणा रेवती च तथा देवी बलभद्रेण धीमता
Toutes entrèrent dans le feu sacré avec Kṛṣṇa, dont l’action est infatigable et sans tache; et de même la déesse Revatī entra avec le sage Balabhadra.
Verse 90
प्रविष्टा पावकं विप्राः सा च भर्तृपथं गता प्रेतकार्यं हरेः कृत्वा पार्थः परमवीर्यवान्
Ô brāhmanes, elle entra dans le feu et suivit la voie de son époux. Après avoir accompli les rites funéraires pour Hari, Pārtha, doué d’une vaillance suprême, poursuivit sa route.
Verse 91
रामस्य च तथान्येषां वृष्णीनामपि सुव्रतः कन्दमूलफलैस्तस्य बलिकार्यं चकार सः
Ce sage discipliné, aux vœux excellents, accomplit aussi les rites d’offrande prescrits pour Rāma et pour les autres Vṛṣṇis, en faisant les bali avec racines, tubercules et fruits.
Verse 92
द्रव्याभावात् स्वयं पार्थो भ्रातृभिश् च दिवं गतः एवं संक्षेपतः प्रोक्तः कृष्णस्याक्लिष्टकर्मणः
Lorsque les ressources furent épuisées, Pārtha (Arjuna), avec ses frères, partit pour le ciel. Ainsi, en bref, a été exposé le cours sans peine et sans trouble des actes de Kṛṣṇa.
Verse 93
प्रभावो विलयश्चैव स्वेच्छयैव महात्मनः इत्येतत्सोमवंशानां नृपाणां चरितं द्विजाः
Leur puissance et leur dissolution survinrent aussi uniquement par la libre volonté de cette Grande Âme (le Seigneur). Ainsi, ô deux-fois-nés, est racontée la destinée des rois de la lignée Soma (lunaire).
Verse 94
यः पठेच्छृणुयाद्वापि ब्राह्मणान् श्रावयेदपि स याति वैष्णवं लोकं नात्र कार्या विचारणा
Quiconque le récite, ou même l’entend, ou fait réciter ce texte par des brāhmanes, atteint le monde vaiṣṇava ; il n’y a ici ni doute ni autre délibération à avoir.
In the section where Krishna, responding to Jambavati’s desire for a distinguished son, performs intense tapas, receives Pashupata Yoga by a rishi’s instruction, and Rudra grants boons—resulting in the birth of Samba (jambavati-putra) by Shulapani’s prasada.
It functions as a Shaiva sadhana-marker: diksha-like discipline, austerity, and Rudra-anugraha culminating in siddhi/vara. In narrative terms it shows that even an avatara aligns with Shaiva tapas-vidhi to obtain dharmic outcomes.
The closing verses state that one who reads, hears, or causes Brahmanas to hear this account attains Vaishnava-loka—presenting genealogical remembrance and devotion as a moksha-supporting act.