
Adhyāya 88 — निर्वाणदीक्षाकथनं (Teaching of the Nirvāṇa-Initiation)
Ce chapitre s’ouvre après la purification du rite de Śānti et enseigne la nirvāṇa-dīkṣā dans le cadre d’Īśāna (Śiva). Le Seigneur prescrit le sandhāna (enchaînements de mantras) et l’orientation tattva Śakti–Śiva, en énumérant les structures phonémiques (seize varṇa de a à visarga) et les correspondances du corps subtil (nāḍī Kuhū/Śaṅkhinī ; vāyu Devadatta/Dhanañjaya). Le rite se poursuit par des actes dits Śānti-atīta : frapper et fendre le kalā-pāśa, entrer et séparer par des finales mantriques précises (phaḍ/namo), et coordonner mudrā et prāṇāyāma (pūraka–kumbhaka–recaka) afin de tirer le pāśa vers le haut et d’installer le feu dans le kuṇḍa. Sadāśiva est invoqué et adoré ; le disciple est rituellement vivifié (caitanya-vibhāga), « implanté » dans le symbolisme du sein de Devī, puis libéré par le japa et des offrandes homa comptées avec exactitude (25, puis 5 et 8). Le chapitre culmine avec l’adhikāra-samarpana à Sadāśiva, des pratiques de laya jusqu’au dvādaśānta, le guṇāpadāna (six installations de qualités), l’apaisement final par des gouttes d’amṛta, les bénédictions et la clôture formelle du makha.
Verse 1
इत्य् आदिमहापुराणे आग्नेये निर्वाणदीक्षायां शान्तिशोधनं नाम सप्तशीतितमो ऽध्यायः अथाष्टाशीतितमो ऽध्यायः निर्वाणदीक्षाकथनं ईश्वर उवाच सन्धानं शान्त्यतीतायाः शान्त्या सार्धं विशुद्धया कुर्वीत पूर्ववत्तत्र तत्त्ववर्णादि तद् यथा
Ainsi, dans l’Agni Purāṇa, au sein de la section sur l’initiation au nirvāṇa (nirvāṇa-dīkṣā), le chapitre intitulé « Purification du rite de Śānti » est le quatre-vingt-septième. Commence maintenant le quatre-vingt-huitième chapitre, « Enseignement de l’initiation au Nirvāṇa ». Le Seigneur dit : « On accomplira le sandhāna (jonction/connexion) du procédé qui a dépassé la Śānti, conjointement avec la Śānti et avec la purification parfaite, exactement comme auparavant ; là, l’exposé commençant par les tattva (principes) et les varṇa (lettres/couleurs), etc., est comme suit. »
Verse 2
ॐ हीं क्षौं हौं हां इति सन्धानानि उभौ शक्तिशिवौ तत्त्वे भुवनाष्टकसिद्धिकं दीपकं रोचिकञ्चैव मोचकं चोर्ध्वगामि च
« Oṃ, hīṃ, kṣauṃ, hauṃ, hāṃ » — tels sont les sandhāna (enchaînements mantriques). Dans le tattva des deux — Śakti et Śiva — ils confèrent l’accomplissement sur les huit mondes (bhuvanāṣṭaka). Ce sont les siddhi nommées Dīpaka, Rocika, Mocaka, et aussi Ūrdhvagāmin.
Verse 3
व्योमरूपमनाथञ्च स्यादनाश्रितनष्टमं ओङ्कारपदमीशाने मन्त्रो वर्णाश् च षोडश
Dans le cadre d’Īśāna (Śiva), le mantra est de nature spatiale (vyoman), sans protecteur (anātha) et comme « sans appui et dissous » (anāśrita-naṣṭa). Son assise est la syllabe Oṃ (oṅkāra-pada), et ses phonèmes constitutifs sont au nombre de seize.
Verse 4
अकारादिविसर्गान्ता वीजेन देहकारकौ कुहूश् च शङ्खिनी नाड्यौ देवदत्तधनञ्जयौ
De « a » jusqu’au visarga (ḥ) se trouvent les constituants (phonémiques) ; on les nomme aussi bīja et deha-kāraka. De même, les deux nāḍī sont Kuhū et Śaṅkhinī, et (parmi les souffles vitaux) se trouvent Devadatta et Dhanañjaya.
Verse 5
मरुतौ स्पर्शनं श्रोत्रं इन्द्रिये विषयो नभः शब्दो गुणो ऽस्यावस्था तु तुर्यातीता तु पञ्चमी
Dans le principe du vent (vāyu) résident le toucher et l’ouïe (comme organe sensoriel correspondant). Son objet est l’espace (ākāśa) ; sa qualité est le son. Son état est le transcendant « turyātīta », proclamé comme le cinquième.
Verse 6
हेतुः सदाशिवो देव इति तत्त्वादिसञ्चयं सञ्चिन्त्य शान्त्यतीताख्यं विदध्यात्ताडनादिकं
Après avoir contemplé l’ensemble de l’agrégat des principes (tattva) et des catégories connexes—en reconnaissant que le divin Sadāśiva est la cause ultime—on doit accomplir le rite nommé Śānti-Atīta, en commençant par le frappement prescrit (tāḍana) et les actes associés.
Verse 7
कलापाशं समाताड्य फडन्तेन विभिद्य च प्रविश्यान्तर् नमो ऽन्तेन फडन्तेन वियोजयेत्
Après avoir frappé le nœud coulant (pāśa) de Kalā, puis l’avoir fendu par le mantra se terminant par « phaḍ », on doit pénétrer à l’intérieur ; ensuite, par le mantra se terminant par « namo », et de nouveau par celui se terminant par « phaḍ », on doit opérer la séparation (délivrance/disjonction).
Verse 8
शिखाहृत्सम्पुटीभूतं स्वाहान्तं सृणिमुद्रया पूरकेण समाकृष्य पाशं मस्तकसूत्रतः
Après avoir enfermé (le mantra) dans le « coffret » formé par la mèche sommitale (śikhā) et le cœur, en le terminant par « svāhā », on doit, au moyen de la Sṛṇī-mudrā et par l’inspiration (pūraka), attirer le nœud coulant (pāśa) vers le haut le long du fil de la tête (mastaka-sūtra).
Verse 9
कुम्भकेन समादाय रेचकेनोद्भवाख्यया हृत्सम्पुटनमो ऽन्तेन वह्निं कुण्डे निवेशयेत्
Après avoir recueilli (le feu sacré) par la rétention du souffle (kumbhaka), puis par l’expiration—dite « udbhavā »—avec la fermeture du cœur et la finale « namaḥ », on doit installer le feu dans le kuṇḍa (foyer rituel).
Verse 10
अस्याः पूजादिकं सर्वं निवृत्तेरिव साधयेत् सदाशिवं समावाह्य पूजयित्वा प्रतर्प्य च
On accomplira tous les actes, à commencer par le culte, pour ce (rite/divinité) comme on les accomplit pour Nivṛtti ; après avoir dûment invoqué Sadāśiva, on le vénérera puis on le satisfera par les offrandes de tarpaṇa.
Verse 11
सदा ख्याते ऽधिकारे ऽस्मिन् मुमुक्षुं दीक्षयाम्यहं भाव्यं त्वयानुकूलेन भक्त्या विज्ञापयेदिति
Dans ce rite, sans cesse proclamé et bien connu, j’initie (par dīkṣā) le chercheur de délivrance. Ce qui doit être fait, tu le soumettras (au guru/à la divinité) avec une disposition favorable et avec dévotion ; telle est la déclaration.
Verse 12
पित्रोरावाहनं पूजां कृत्वा तर्पणसन्निधी हृत्सम्पुटात्मवीजेन शिष्यं वक्षसि ताडयेत्
Après avoir accompli l’invocation des deux ancêtres et leur culte, et en étant présent au rite de tarpaṇa (libation), le maître, au moyen du bīja-mantra du « hṛt-sampuṭa » (coffret du cœur), doit frapper/taper la poitrine du disciple.
Verse 13
ॐ हां हूं हं फट् प्रविश्य चाप्यनेनैव चैतन्यं विभजेत्ततः शस्त्रेण पाशसंयुक्तं ज्येष्ठयाङ्कुशमुद्रया
En prononçant « oṃ hāṃ hūṃ haṃ phaṭ », on fera entrer la puissance du mantra dans l’instrument. Par ce même mantra, on répartira/activera ensuite la conscience (caitanya) en lui ; puis l’on consacrera l’arme avec le lacet (pāśa), au moyen de la mudrā Jyeṣṭhā-Āṅkuśa (aiguillon).
Verse 14
ॐ हां हूं हं फट् स्वाहान्तेन तदाकृष्य तेनैव पुटितात्मना गृहीत्वा तन्नमो ऽन्तेन निजात्मनि नियोजयेत्
Par le mantra se terminant par « svāhā » — « oṃ hāṃ hūṃ haṃ phaṭ svāhā » — on attirera vers soi cette essence/puissance ; et par ce même mantra, s’étant scellé/fortifié et l’ayant saisie, on l’installera en soi au moyen du mantra se terminant par « namo ».
Verse 15
ॐ हां हं हीं आत्मने नमः ॐ हां हुं हः फट् इति ख, चिह्नितपुस्तकपाठः ॐ हां हं ह्रीमात्मने नम इति ख, चिह्नितपुस्तकपाठः पूर्ववत् पितृसंयोगं भावयित्वोद्भवाख्यया वामया तदनेनैव देव्या गर्भे नियोजयेत्
« Oṃ hāṃ haṃ hīṃ—hommage à l’Ātman, le Soi. » (Dans une autre leçon manuscrite marquée : « Oṃ hāṃ huṃ haḥ phaṭ » ; et dans une autre : « Oṃ hāṃ haṃ hrīṃ—hommage à l’Ātman. ») Après avoir, comme précédemment, contemplé l’union avec le principe paternel, on doit, par la puissance gauche (féminine) nommée « Udbhavā », et par ce mantra/moyen même, déposer le jīva/la semence dans le sein de la Déesse (la matrice génératrice).
Verse 16
गर्भाधानादिकं सर्वं पूर्वोक्तविधिना चरेत् मूलेन पाशशैथिल्ये निष्कृत्यैव शतं जपेत्
On accomplira tous les rites à commencer par le garbhādhāna (rite de la conception) selon la méthode exposée plus haut. Et, pour relâcher l’entrave (pāśa)—délivrance des liens karmiques—après avoir accompli l’acte expiatoire, on récitera cent fois le mantra racine (mūla-mantra).
Verse 17
मलशक्तितिरोधाने पाशानाञ्च वियोजने पञ्चपञ्चाहुतीर्दद्यादायुधेन यथा पुरा
Pour voiler (réprimer) la puissance de l’impureté (mala-śakti) et pour délier les liens (pāśa), on offrira cinq séries de cinq oblations (vingt-cinq au total) au moyen de l’instrument rituel prescrit (āyudha), comme on le faisait jadis.
Verse 18
पाशानायुधमन्त्रेण सप्रवाराभिजप्तया छिन्द्यादस्त्रेण कर्तर्या कलावीजयुजा यथा
Après avoir dûment investi de puissance, par la récitation du mantra de l’arme Pāśa avec sa formule de Pravara, on tranchera le lien/l’obstacle au moyen de l’arme Tranchante (Kartarī-astra), selon la règle prescrite, en employant le Kalā-bīja.
Verse 19
ॐ हां शान्त्यतीतकलापाशाय हः हूं फट् विसृज्य वर्तुलीकृत्य पाशानस्त्रेण पूर्ववत् घृतपूर्णे श्रुवे दत्वा कलास्त्रेणैव होमयेत्
En prononçant : « Oṃ hāṃ—au nœud coulant (pāśa) de Kalā qui transcende l’apaisement (śānti) : haḥ hūṃ phaṭ », on doit projeter le mantra, le disposer en cercle et, comme prescrit précédemment, employer le Pāśāstra. Puis, en déposant du ghee dans la louche rituelle (śruva) remplie de ghee, on accomplira le homa au moyen du seul Kalāstra.
Verse 20
अस्त्रेण जुहुयात् पज्च पाशाङ्कुशनिवृत्तये प्रायश्चित्तनिषेधार्थं दद्यादष्टाहुतीस्ततः
On doit offrir cinq oblations avec le mantra-arme (Astra) afin d’écarter le nœud coulant (pāśa) et l’aiguillon (aṅkuśa), c’est-à-dire les entraves et les obstacles coercitifs. Ensuite, pour barrer toute nécessité d’expiation (prāyaścitta) ultérieure, on offrira huit oblations.
Verse 21
सदाशिवं हृदावाह्य कृत्वा पूजनतर्पणे पूर्वोक्तविधिना कुर्यादधिकारसमर्पणं
Après avoir invoqué Sadāśiva dans le cœur, et après avoir accompli le culte ainsi que les libations (tarpana) selon la procédure énoncée plus haut, on doit alors procéder à la remise (samarpana) de l’autorité rituelle (adhikāra).
Verse 22
ॐ हां सदाशिव मनोविन्दु शुल्कं गृहाण स्वाहा निःशेषदग्धपाशस्य पशोरस्य सदाशिव बन्धाय न त्वया स्थेयं शिवाज्ञां श्रावयेदिति
« Oṃ. Hāṃ. Ô Sadāśiva, reçois la rétribution-offrande, la semence de l’esprit (manovindu) ; svāhā. Pour cet être lié (paśu), dont les liens (pāśa) ont été entièrement consumés : ô Sadāśiva, ce rite vise à l’attacher à Toi ; qu’il ne demeure pas séparé selon son propre vouloir — ainsi doit-on lui faire entendre et recevoir l’ordre de Śiva. »
Verse 23
मूलेन जुहुयात् पूर्णां विसृजेत्तु सदाशिवं ततो विशुद्धमात्मानं शरच्चन्द्रमिवोदितं
Avec le mantra racine (mūla-mantra), on doit offrir l’oblation complète dans le feu ; puis on doit congédier rituellement Sadāśiva (clôturant le rite). Ensuite, on doit contempler son propre Soi comme entièrement purifié, tel la lune d’automne s’élevant dans un ciel limpide.
Verse 24
संहारमुद्रया रौद्र्या संयोज्य गुरुरात्मनि कुर्वीत शिष्यदेहस्थमुद्धृत्योद्भवमुद्रया
Après avoir uni le rite en lui-même au moyen de la farouche Saṃhāra-mudrā (raudra), le guru doit alors élever ce qui demeure dans le corps du disciple et l’accomplir par l’Udbhava-mudrā.
Verse 25
दद्यादाप्यायनायास्य मस्तके ऽर्घ्याम्बुविन्दुकं क्षमयित्वा महाभक्त्या पितरौ विसृजेत्तथा
Ensuite, pour sa revitalisation, on déposera sur sa tête une goutte d’eau d’arghya ; puis, après avoir demandé pardon avec une grande dévotion, on congédiera de même les deux Ancêtres.
Verse 26
वामया हृदयेनैवेति ग, चिह्नितपुस्तकपाठः खेदितौ शिष्यदीक्षायै यन्मया पितरौ युवां कारुण्यनान्मोक्षयित्वा तद्व्रज त्वं स्थानमात्मनः
«(J’ai agi) certes avec un cœur tourné à gauche (contraire)» — ainsi lit-on dans la variante manuscrite marquée. «Puisque moi, par compassion, je vous ai délivrés, vous deux parents, de la souffrance pour l’initiation (dīkṣā) du disciple, partez maintenant vers votre demeure propre et légitime.»
Verse 27
शिखामन्त्रितकर्तर्या बोधशक्तिस्वरूपिणीं शिखां छिद्याच्छिवास्त्रेण शिष्यस्य चतुरङ्गुलां
Avec des ciseaux consacrés par mantra, on coupera la śikhā du disciple—tenue pour la forme même de la puissance d’éveil (bodha-śakti)—au moyen du Śivāstra (l’arme de Śiva), sur une longueur de quatre doigts.
Verse 28
ॐ क्लीं शिखायै हूं फट् ॐ हः अस्त्राय हूं फट् स्रुचि तां घृतपूर्णायां गोविड्गोलकमध्यगां संविधायास्त्रमन्त्रेण हूं फडन्तेन होमयेत्
«(Réciter :) “Oṃ klīṃ—à la śikhā : hūṃ phaṭ”; et “Oṃ haḥ—à l’astra : hūṃ phaṭ”.» Après avoir disposé correctement la louche (srūci) dans un récipient rempli de ghee, avec une boulette de bouse de vache au centre, on accomplira l’homa en proférant le mantra de l’astra se terminant par «hūṃ phaṭ».
Verse 29
ॐ हौं हः अस्त्राय हूं फट् प्रक्षाल्य स्रुक्स्रुवौ शिष्यं संस्नाप्याचम्य च स्वयं योजनिकास्थानमात्मानं शस्त्रमन्त्रेण ताडयेत्
En récitant : «Oṃ hauṃ haḥ—à l’Astra (projectile protecteur) : hūṃ phaṭ», après avoir lavé la louche et la cuillère verseuse (srūk–srūva), avoir baigné le disciple, puis accompli lui-même l’ācamana, il doit frapper/toucher rituellement son propre corps au point yojanikā au moyen du mantra de l’arme.
Verse 30
वियोज्याकृष्य सम्पूज्य पूर्ववद् द्वादशान्ततः आत्मीयहृदयाम्भोजकर्णिकायां निवेशयेत्
L’ayant d’abord séparé, puis attiré en soi et pleinement vénéré comme auparavant, depuis le dvādaśānta (la «fin des douze»), on doit l’établir dans le péricarpe du lotus de son propre cœur.
Verse 31
पूरितं श्रुवमाज्येन विहिताधोमुखश्रुचा नित्योक्तविधिनाअदाय शङ्खसन्निभमुद्रया
Après avoir rempli la louche (śruva) de ghee, et, avec la cuillère (śruc) prescrite tournée vers le bas, l’ayant prise selon la règle énoncée pour le rite quotidien, on doit (l’offrir/le manier) avec la mudrā semblable à une conque (śaṅkha).
Verse 32
प्रसारितशिरोग्रीवो नादोच्चारानुसारतः समदृष्टिशिवश्चान्तः परभावसमन्वितः
La tête et le cou étendus et alignés, conformément à la juste profération du son sacré (nāda), il doit demeurer intérieurement paisible—voyant tout d’un regard égal, établi dans l’auspiciosité de Śiva et pourvu de la contemplation de la Réalité suprême.
Verse 33
कुम्भमण्डलवह्निभ्यः शिष्यादपि निजात्मनः गृहीत्वा षड्विधविधानं श्रुगग्रे प्राणनाडिकं
Ayant pris (et établi) le canal du prāṇa (prāṇa-nāḍikā) à la pointe de la louche, en le tirant du kumbha, du maṇḍala et des feux rituels—et même du disciple et de soi-même—on doit appliquer la prescription selon les six modes.
Verse 34
सञ्चिन्त्य विन्दुवद् ध्यात्वा क्रमशः सप्तधा यथा प्रथमं प्राणसंयोगस्वरूपमपरन्ततः
Après y avoir réfléchi et l’avoir médité comme un point (bindu), on doit progresser pas à pas selon une séquence en sept degrés ; d’abord, (contempler) la nature essentielle de l’union du prāṇa, puis ensuite (les étapes suivantes).
Verse 35
अ, ङ, चिह्नितपुस्तकपाठः ॐ ह्रीं शिखायै ह्रं फडिति ग, चिह्नितपुस्तकपाठः गोविन्दलोकमध्यगामिति ख, चिह्नितपुस्तकपाठः वियोज्याकृष्य सङ्गृह्येति ख, ङ, चिह्नितपुस्तकपाठः कुण्डमण्डलवह्निभ्य इति ख, चिह्नितपुस्तकपाठः हृदयादिक्रमोच्चारविसृष्टं मन्त्रसञ्ज्ञकं पूरकं कुम्भकं कृत्वा व्यादाय वदनं मनाक्
Les leçons de manuscrits marqués consignent des variantes de formules mantriques, telles que : « Oṃ hrīṃ—à la śikhā (mèche du sommet du crâne), hraṃ, phaḍ » ; ainsi que des lectures comme « étant entré au milieu du monde de Govinda », « ayant séparé, attiré et rassemblé », et « (salutation) aux feux du kuṇḍa et du maṇḍala ». La récitation rituelle, émise selon un ordre commençant par le cœur et ainsi de suite, est appelée « mantra » ; puis, après avoir accompli l’inspiration (pūraka) et la rétention du souffle (kumbhaka), on doit entrouvrir légèrement la bouche.
Verse 36
सुषुम्णानुगतं नादस्वरूपन्तु तृतीयकं सप्तमे कारणे त्यागात्प्रशान्तविखरं लयः
Le troisième (stade) est le Son intérieur (nāda), dont la forme chemine dans la Suṣumṇā (canal central). En l’abandonnant (même cela) au septième niveau causal, survient la dissolution (laya) : toute agitation y est apaisée et la dispersion cesse.
Verse 37
शक्तिनादोर्ध्वसञ्चारस्तच्छक्तिविखरं मतं प्राणस्य निखिलस्यापि शक्तिप्रमेयवर्जितं
L’ascension engendrée par le courant sonore de Śakti est tenue pour le « sommet de cette Śakti ». En vérité, même le Prāṇa qui pénètre tout est exempt de toute mesure ou étalon mesurable (prameya) de Śakti.
Verse 38
तत्कालविखरं षष्ठं शक्त्यतीतञ्च सप्तमं तदेतद् योजनास्थानं विखरन्तत्त्वसञ्ज्ञकं
Le sixième est appelé Tatkāla-vikhara, et le septième, Śaktyatīta. Cette série constitue l’agencement des positions (yojanā-sthāna) connu sous le nom de classification du Vikharan-tattva.
Verse 39
पूरकं कुम्भकं कृत्वा व्यादाय वदनं मनाक् शनैर् उदीरयन् मूलं कृत्वा शिष्यात्मनो लयं
Après avoir accompli l’inspiration (pūraka) et la rétention (kumbhaka), en entrouvrant légèrement la bouche, on doit expirer lentement ; prenant la « racine » (mūla) pour base, on doit opérer la dissolution (laya) du soi individuel du disciple (dans l’absorption méditative visée).
Verse 40
हकारे तडिदाकारे षडध्वजप्राणरूपिणि उकारं परतो नाभेर्वितस्तिं व्याप्य संस्थितं
Dans la syllabe « ha », de forme semblable à l’éclair et qui incarne le souffle vital parcourant les six voies (ṣaḍ-adhvan), on doit placer la syllabe « u » au-delà d’elle, établie au nombril et se déployant sur l’étendue d’une vitasti (une paume).
Verse 41
ततः परं मकारन्तु हृदयाच्चतुरङ्गुलं ओङ्कारं वाचकं विष्णोस्ततो ऽष्टाङ्गुलकण्ठकं
Ensuite, on placera la syllabe « ma » à quatre aṅgula (largeurs de doigt) au-dessus du cœur ; puis, en tant que désignateur de Viṣṇu, on placera la syllabe « oṁ » à la gorge, à huit aṅgula (au-dessus du cœur).
Verse 42
चतुरङ्गुलतालुस्थं मकारं रुद्रवाचकं तद्वल्ललाटमध्यस्थं विन्दुमीश्वरवाचकं
La syllabe « ma », située au palais (tālu) selon la mesure de quatre aṅgula, désigne Rudra ; de même, le bindu (point nasal), placé au milieu du front, désigne Īśvara.
Verse 43
नादं सदाशिवं देवं ब्रह्मरन्ध्रावसानकं शक्तिं च ब्रह्मरन्ध्रस्थां त्यजन्नित्यमनुक्रमात्
En méditant, selon l’ordre prescrit, sur le Nāda comme la divinité Sadāśiva dont l’aboutissement se situe au Brahmarandhra, puis—pas à pas—en abandonnant l’identification à la Śakti établie au Brahmarandhra, on doit s’exercer à cela continuellement.
Verse 44
दिव्यं पिपीलिकास्पर्शं तस्मिन्नेवानुभूय च द्वादशान्ते परे तत्त्वे परमानन्दलक्षणे
En éprouvant là même une sensation divine, semblable au contact ou au picotement des fourmis, on parvient au Dvādaśānta—la Réalité suprême—dont le signe est la béatitude la plus haute (paramānanda).
Verse 45
भावशून्ये मनो ऽतीते शिवे नित्यगुणोदये विलीय मानसे तस्मिन् शिष्यात्मानं विभावयेत्
Lorsque le mental s’est résorbé en ce Śiva—vide de toute construction mentale, au-delà du mental, et source toujours jaillissante de qualités auspicieuses durables—alors le maître doit amener le disciple à contempler son propre Soi comme établi en Cela.
Verse 46
विमुञ्चन् सर्पिषो धारां ज्वालान्ते ऽपि परे शिवे योजनिकास्थिरत्वाय वौषडन्तशिवाणुना
Qu’il verse un flot continu de ghee, jusque sur la pointe même de la flamme, pour le Śiva suprême; (et cela) afin qu’il demeure stable sur la distance d’un yojana, en concluant par le mantra de Śiva terminé par l’exclamation «vauṣaṭ».
Verse 47
वौषडन्तशिवात्मनेति ख, चिह्नितपुस्तकपाठः दत्वा पूर्णां विधानेन गुणापदानमचरेत् ॐ हां आत्मने सर्वज्ञो भव स्वाहा ॐ हां आत्मने परितृप्तो भव स्वाहा ॐ ह्रूं आत्मने अनादिबोधो भव स्वाहा ॐ हौं आत्मने स्वतन्त्रो भव स्वाहा ॐ हौं आत्मनलुप्तशक्तिर्भव स्वाहा ॐ हः आत्मने अनन्तशक्तिर्भवस्वाहाइत्थं षड्गुणमात्मानं गृहीत्वा परमाक्षरात्
Après avoir donné l’offrande complète selon le rite prescrit, on doit accomplir la donation/installation des qualités (guṇāpadāna). (Réciter:) «Oṃ hāṃ—au Soi: deviens omniscient, svāhā.» «Oṃ hāṃ—au Soi: deviens pleinement comblé, svāhā.» «Oṃ hrūṃ—au Soi: deviens l’éveil/la gnose sans commencement, svāhā.» «Oṃ hauṃ—au Soi: deviens autonome, svāhā.» «Oṃ hauṃ—au Soi: deviens d’une puissance infaillible, svāhā.» «Oṃ haḥ—au Soi: deviens d’une puissance infinie, svāhā.» Ainsi, prenant le soi doté de six qualités, (on avance) à partir de la Syllabe suprême (paramākṣara).
Verse 48
विधिना भावनोपेतः शिष्यदेहे नियोजयेत् तीव्राणुशक्तिसम्पातजनितश्रमशान्तये
Pourvu de la visualisation contemplative (bhāvanā) appropriée et en suivant la procédure prescrite, on doit l’appliquer au corps du disciple afin d’apaiser la fatigue engendrée par l’impact d’énergies subtiles intenses.
Verse 49
शिष्यमूर्धनि विन्यस्येदर्घ्यादमृतविन्दुकं प्रणमय्येशकुम्भादीन् शिवाद्दक्षिणमण्डले
En déposant sur le sommet de la tête du disciple une goutte de « nectar » prise de l’eau d’arghya, il doit ensuite faire en sorte que (le disciple) se prosterne devant Īśa, les kumbha(s) rituels et les autres divinités du maṇḍala, à la droite de Śiva dans le maṇḍala.
Verse 50
सौम्यवक्त्रं व्यवस्थाप्य शिष्यं दक्षिणमात्मनः त्वयैवानुगृहीतो ऽयं मूर्तिमास्थाय मामकीं
Avec un visage doux et de bon augure, place le disciple à ta droite ; sache que celui-ci n’a été gratifié que par toi seul, car j’ai assumé ma propre forme (présence).
Verse 51
देवे वह्नौ गुरौ तस्माद्भक्तिं चाप्यस्य वर्धय इति विज्ञाप्य देवेशं प्रणम्य च गुरुः स्वयं
Ainsi, envers la Divinité, envers le Feu (Agni) et envers le Guru, fais croître aussi sa dévotion. Ayant ainsi exposé sa requête au Seigneur des dieux, le Guru lui-même se prosterna.
Verse 52
ं हुं आत्मन्निति ग, चिह्नितपुस्तकपाठः ॐ हौं आत्मन्निति घ, ङ, चिह्नितपुस्तकपाठः ॐ हैं आत्मन्निति ख, चिह्नितपुस्तकपाठः शिवदक्षिणमण्डले इति ग, चिह्नितपुस्तकपाठः भक्तिं नाथास्य वर्धयेति ख, ङ, चिह्नितपुस्तकपाठः श्रेयस्तवास्त्विति ब्रूयादाशिषं शिष्यमादरात् ततः परमया भक्त्या दत्वा देवे ऽष्टपुष्पिकां पुत्रकं शिवकुम्भेन संस्नाप्य विसृजेन्मखं
« (Dans certaines recensions, la lecture du mantra est) “ṃ huṃ, ô Soi”; (dans d’autres) “oṃ hauṃ, ô Soi”; et (ailleurs) “oṃ haiṃ, ô Soi”. (Certaines leçons ajoutent :) “dans le maṇḍala méridional de Śiva” ; (et d’autres :) “Puisse-je accroître la dévotion de ce Seigneur.” Ensuite, avec respect, il doit adresser au disciple une bénédiction : “Que l’auspice soit tien.” Après cela, avec une dévotion suprême, ayant offert à la divinité l’oblation des huit fleurs, il doit baigner le garçon (disciple/fils) avec le Śiva-kumbha (vase de consécration) et clore (congédier) le rite (makha).
The chapter emphasizes stepwise ritual engineering: sandhāna-mantras, mantra-endings (phaḍ/namo/svāhā/vauṣaṭ), specific mudrās, prāṇāyāma sequencing (pūraka–kumbhaka–recaka), and exact homa counts (25, then 5 and 8, culminating in pūrṇāhuti) to effect pāśa-viyojana and adhikāra-samarpana to Sadāśiva.
By mapping bodily, sonic, and fire-ritual procedures onto Śaiva metaphysics: bonds (pāśa) are ritually loosened and ‘burnt’, the disciple is led through laya up to dvādaśānta, and the self is stabilized via guṇāpadāna—presenting liberation as a disciplined transformation enacted through Agamic precision.