
Ce chapitre présente, sous forme de dialogue, un exposé rituel d’une grande technicité. Anarta interroge sur l’ekoddiṣṭa-vidhi (śrāddha destiné à un défunt particulier), notamment en lien avec le modèle pārvaṇa déjà connu. Bhartṛyajña répond en décrivant le calendrier et l’enchaînement des śrāddhas liés aux rites funéraires : les actes avant la collecte des os (sañcayana), l’accomplissement au lieu du décès, un ekoddiṣṭa sur la route à l’endroit où l’on s’est reposé, puis un troisième au site du sañcayana. Le chapitre énumère aussi neuf śrāddhas selon les jours (dont les 1er, 2e, 5e, 7e, 9e et 10e). Il prescrit ensuite un minimalisme pour l’ekoddiṣṭa : deva-hīna (sans culte aux devas), un seul argha, un seul pavitra, et omission de l’āvāhana. Des avertissements liturgiques et grammaticaux suivent : il faut employer correctement les vibhaktis (désinences casuelles) pour « pitṛ/pitā », le gotra et les formes du nom (śarman), car l’erreur rend le śrāddha sans effet à l’égard des pitṛ. Le discours se tourne alors vers le sapīṇḍīkaraṇa : normalement après un an, mais parfois plus tôt selon certaines conditions. Il explique comment les offrandes destinées au preta sont redistribuées, au moyen de mantras précis, dans trois récipients des pitṛ et trois piṇḍas des pitṛ, en évitant — selon l’avis ici rapporté — un quatrième destinataire. Après le sapīṇḍīkaraṇa, l’ekoddiṣṭa est interdit (avec quelques exceptions et précautions), et séparer un preta déjà sapīṇḍīkṛta en un piṇḍa distinct est tenu pour une faute rituelle grave. Enfin, le texte précise le cas où le père est décédé mais le grand-père vit : l’ordre correct des noms est essentiel, et au jour du décès du grand-père un śrāddha pārvaṇa est prescrit ; jusqu’à l’établissement de la sapīṇḍatā, certains actes de śrāddha ne doivent pas être accomplis de la même manière.
Verse 1
आनर्त उवाच । एकोद्दिष्टविधिं ब्रूहि मम त्वं वदतां वर । पार्वणं तु यथा प्रोक्तं विस्तरेण महामते
Ānarta dit : Ô le meilleur des orateurs, enseigne-moi la procédure du Śrāddha Ekoddiṣṭa (destiné à un seul) ; de même que tu as expliqué en détail le rite Pārvaṇa, ô sage au grand cœur.
Verse 2
भर्तृयज्ञ उवाच । त्रीणि संचयनादर्वाक्तानि त्वं शृणु सांप्रतम् । यस्मिन्स्थाने भवेन्मृत्युस्तत्र श्राद्धं तु कारयेत्
Bhartṛyajña dit : Écoute maintenant de ma bouche les trois Śrāddha à accomplir avant le saṃcayana (la collecte des ossements). Là même où survient la mort, c’est en ce lieu qu’il faut faire célébrer le Śrāddha.
Verse 3
एकोद्दिष्टं ततो मार्गे विश्रामो यत्र कारितः । ततः संचयनस्थाने तृतीयं श्राद्धमिष्यते
Ensuite, le Śrāddha Ekoddiṣṭa doit être accompli sur la route, à l’endroit où l’on fait halte pour se reposer. Puis, au lieu du saṃcayana (la collecte des restes), est prescrit le troisième Śrāddha.
Verse 4
प्रथमेऽह्नि द्वितीयेह्नि पञ्चमे सप्तमे तथा । नवमे दशमे चैव नव श्राद्धानि तानि च
Le premier jour, le deuxième, le cinquième, le septième, le neuvième, et aussi le dixième : ceux-là sont comptés parmi les neuf Śrāddha (à observer).
Verse 5
वैतरिण्याश्च संप्राप्तौ प्रेतस्तृप्तिमवाप्नुयात् । एकोद्दिष्टं दैवहीनमेकार्घैकपवित्रकम्
En parvenant à la Vaitaraṇī, l’esprit du défunt obtient l’apaisement. Le rite Ekoddiṣṭa (Śrāddha) s’accomplit sans offrandes aux dieux, avec un seul arghya et un seul pavitra (anneau de kuśa).
Verse 6
आवाहनपरित्यक्तं कार्यं पार्थिवसत्तम । तृप्तिप्रश्नस्तथा कार्यः स्वदितं च सकृत्ततः
Ô roi des plus nobles, il convient de l’accomplir sans l’invocation rituelle (āvāhana). Qu’on interroge aussi sur la satisfaction (tṛpti) ; puis, après cela, la dégustation (de l’offrande/nourriture) ne doit se faire qu’une seule fois.
Verse 7
अभिरम्यतामिति मन्त्रेण ब्राह्मणस्य विसर्जनम् । अच्छिन्नाग्रमभिन्नाग्रं कुर्याद्दर्भतृणद्वयम् । पवित्रं तद्विजानीयादेकोद्दिष्टे विधीयते
Avec le mantra « abhiramyatām », qu’on congédie respectueusement le brāhmane. Qu’on prépare deux brins de darbha (kuśa) dont les pointes ne soient ni coupées ni fendues ; sachez que c’est là le « pavitra » (anneau/herbe purificatrice). Telle est la règle pour le rite ekoddiṣṭa.
Verse 8
सर्वत्रैव पितः प्रोक्तं पिता तर्पणकर्मणि । पित्र्ये संकल्पकाले च पितुरक्षय्यदापने
Partout on énonce la forme « pitaḥ » ; mais dans l’acte de tarpaṇa on emploie « pitā ». De même, au moment du saṅkalpa des ancêtres et lors de l’offrande d’un akṣayya-dāna, la forme correcte est « pituḥ ».
Verse 9
गोत्रं स्वरांतं सर्वत्र गोत्रे तर्पणकर्मणि । गोत्राय कल्पनविधौ गोत्रस्याक्षय्यदापने
Le nom du gotra, avec sa finale et son accent justes, doit être énoncé partout. Dans le rite de tarpaṇa on emploie « gotre » ; dans la procédure d’arrangement/assignation on emploie « gotrāya » ; et dans l’acte d’akṣayya-dāna on emploie « gotrasya ».
Verse 10
शर्मन्नर्घ्यादिकर्तव्ये शर्मा तर्पणकर्मणि । शर्मणे सस्यदाने च शर्मणोऽक्षय्यके विधौ
Lorsqu’on accomplit l’arghya et les offrandes qui s’y rattachent, qu’on emploie la forme nominale «śarman». Dans le rite de tarpaṇa, qu’on dise «śarmā». Dans le don de grains (sasya-dāna), qu’on dise «śarmaṇe»; et dans la procédure du don akṣayya (impérissable), qu’on dise «śarmaṇaḥ/śarmaṇo».
Verse 11
मातर्मात्रे तथा मातुरासने कल्पनेऽक्षये । गोत्रे गोत्रायै गोत्रायाः प्रथमाद्या विभक्तयः
De même, pour la mère, qu’on prononce «mātar», «mātre» et «mātuḥ» selon les contextes du siège, de la disposition et de l’offrande akṣayya. Pour le gotra, on emploie «gotre», «gotrāyai» et «gotrāyāḥ» — ce sont les désinences casuelles, à partir du premier cas (nominatif) et au-delà, selon le besoin.
Verse 12
देवि देव्यै तथा देव्या एवं मातुश्च कीर्तयेत् । प्रथमा च चतुर्थी च षष्ठी स्याच्छ्राद्धसिद्धये
De même, qu’on prononce «devi», «devyai» et «devyā»—et pareillement pour la mère. Pour que le śrāddha s’accomplisse avec succès, il faut employer les formes du premier, du quatrième et du sixième cas.
Verse 13
विभक्तिरहितं श्राद्धं क्रियते वा विपर्ययात् । अकृतं तद्विजानीयात्पितृणां नोपतिष्ठति
Si l’on accomplit le śrāddha sans les désinences casuelles appropriées—ou si, par erreur, on les inverse—sachez que ce rite est comme non accompli; il n’atteint pas et ne satisfait pas les Pitṛs (Ancêtres).
Verse 14
तस्मात्सर्वप्रयत्नेन ब्राह्मणेन विजानता । विभक्तिभिर्यथोक्ताभिः श्राद्धे कार्यो विधिः सदा
C’est pourquoi un Brāhmaṇa instruit doit, avec tous ses efforts, accomplir toujours le rite du śrāddha en employant les formes casuelles exactement telles qu’elles sont prescrites.
Verse 15
ततः सपिंडीकरणं वत्सरा दूर्ध्वतः स्थितम् । वृद्धिर्वाऽगामिनी चेत्स्यात्तदार्वागपि कारयेत्
Ensuite, le sapiṇḍīkaraṇa (rite qui unit le défunt à la lignée des piṇḍa des ancêtres) est prescrit après une année. Mais si une autre mort menace dans la lignée, on peut l’accomplir plus tôt.
Verse 16
पार्वणोक्तविधानेन त्रिदैवत्यमदैविकम् । प्रेतमुद्दिश्य कर्तव्यमेको द्दिष्टं च पार्थिव
Selon la règle enseignée pour le śrāddha pārvana, l’offrande aux trois divinités doit être accomplie sans invoquer d’autres dieux étrangers. En visant le défunt comme preta, qu’on accomplisse le rite ekoddiṣṭa, ô roi.
Verse 17
एकेनैव तु पाकेन मम चैतन्मतं स्मृतम् । अर्घपात्रं समादाय यत्प्रेतार्थं प्रकल्पितम्
Selon la tradition que je tiens pour juste, une seule cuisson doit être employée. Prenant le vase d’arghya préparé pour le preta, qu’on agisse ensuite selon ce dessein funéraire.
Verse 18
पितृपात्रेषु त्रिष्वेव त्रिधा तच्च परिक्षिपेत् । एवं पिंडं त्रिधा कृत्वा पितृपिंडेषु च त्रिषु
Dans les trois récipients destinés aux Pitṛ (Pères ancestraux), qu’on répartisse cette offrande en trois parts. De même, divisant le piṇḍa en trois, qu’on les place parmi les trois piṇḍa des ancêtres.
Verse 19
ये समानेति मन्त्राभ्यां न स्यात्प्रेतस्ततः परम् । अवनेजनं ततः कृत्वा पितृपूर्वं यथाक्रमम्
Par les deux mantras commençant par « ye samāne… », dès lors il n’est plus tenu pour un preta. Ensuite, après le rite d’ablution purificatrice, qu’on poursuive selon l’ordre, en commençant par les Pitṛ (Pères ancestraux).
Verse 20
गन्धधूपादिकं सर्वं पुनरेव प्रदापयेत् । पितृपूर्वं समुच्चार्य वर्जयेच्च चतुर्थकम्
Toutes les offrandes, telles que les parfums et l’encens, doivent être présentées de nouveau. En récitant selon l’ordre qui commence par les Pitṛ (Pères ancestraux), on doit omettre la quatrième part.
Verse 21
केचिच्चतुर्थं कुर्वंति प्रेतं च स्वपितुस्ततः । पितुः पूर्वं भवेच्छ्राद्धं परं नैतन्मतं मम
Certains accomplissent une quatrième part puis considèrent leur propre père comme un preta (esprit errant). Selon ce procédé, le śrāddha pour le père viendrait d’abord ; mais telle n’est pas mon opinion.
Verse 22
सपिण्डीकरणादूर्ध्वमेकोद्दिष्टं न कारयेत् । क्षयाहं च परित्यज्य शस्त्राहत चतुर्दशीम्
Après le rite de sapiṇḍīkaraṇa, on ne doit pas faire accomplir d’ekoddiṣṭa. De plus, en écartant le kṣayāha (jour néfaste de perte) et le quatorzième jour lié à la mort par les armes, qu’on choisisse des moments propices pour le rite aux ancêtres.
Verse 23
यः सपिण्डीकृतं प्रेतं पृथक्पिण्डे नियोजयेत् । अकृतं तद्विजानीयात्पितृहा चोपजायते
Quiconque assigne à un défunt — déjà rendu sapiṇḍa — un piṇḍa distinct, qu’il sache que le rite est comme non accompli ; et il encourt la faute grave de trahir les Pitṛ (Pères ancestraux).
Verse 24
पिता यस्य तु निर्वृत्तो जीवते च पितामहः । पितुः स नाम संकीर्त्य कीर्तयेत्प्रपितामहम्
Si le père d’un homme est décédé tandis que le grand-père est encore vivant, alors, après avoir prononcé le nom du père, il faut prononcer le nom de l’arrière-grand-père.
Verse 25
पितामहस्तु प्रत्यक्षं भुक्त्वा गृह्णाति पिण्डकम् । पितामहक्षयाहे च पार्वणं श्राद्धमिष्यते
Le grand-père, étant présent, en jouit directement et reçoit le piṇḍa. Et au jour de kṣayāha lié au grand-père, le śrāddha pārvana est prescrit.
Verse 26
जनकं स्वं परित्यज्य कथंचिन्नास्य दीयते । तस्याकृतेन श्राद्धेन न स्वल्पं पितृतो भयम्
Si, délaissant son propre père, on ne lui donne d’aucune manière aucune offrande, alors, par ce śrāddha laissé inaccompli, la crainte (du blâme et de ses suites) venant des Pitṛ, les Pères ancestraux, n’est pas mince.
Verse 27
अमावास्यासु सर्वासु मृते पितरि पार्वणम् । नभस्यापरपक्षस्य मध्ये चैतदुदाहृतम्
À chaque jour d’amāvāsyā (nouvelle lune), lorsque le père est décédé, on doit accomplir le Pārvaṇa-śrāddha. Cela est aussi prescrit pour le milieu de la quinzaine sombre du mois de Nabhas (Bhādrapada).
Verse 28
यावत्सपिंडता नैव न तावच्छ्राद्धमाचरेत्
Tant que la sapiṇḍatā (l’intégration rituelle à la lignée ancestrale du piṇḍa) n’a pas eu lieu, on ne doit pas accomplir le śrāddha.
Verse 29
जनके मृत्युमापन्ने श्राद्धपक्षे समागते । पितामहादेः कर्तव्यं श्राद्धं यन्नैकपिंडता
Lorsque le père a rencontré la mort et que vient la saison du śrāddha (śrāddha-pakṣa), on doit accomplir le śrāddha pour le grand-père et les autres ancêtres, car l’état d’un piṇḍa unique partagé (naika-piṇḍatā) n’est pas encore établi.
Verse 225
इति श्रीस्कांदे महापुराण एकाशीतिसाहस्र्यां संहितायां षष्ठे नागरखण्डे हाटकेश्वरक्षेत्रमाहात्म्ये सपिंडीकरणविधिवर्णनंनाम पञ्चविंशत्युत्तरद्विशततमोऽध्यायः
Ainsi s’achève le chapitre 225 — « Description du rite de Sapiṇḍīkaraṇa » — dans le Hāṭakeśvara-kṣetra-māhātmya, au sein de la sixième section, le Nāgara Khaṇḍa, du Śrī Skanda Mahāpurāṇa, dans la compilation de quatre-vingt-un mille ślokas.