
L’Adhyāya 61 raconte d’abord une rencontre de cour à Dvārakā, empreinte de théologie, puis se tourne vers des prescriptions rituelles concrètes. Ghaṭotkaca arrive à Dvārakā avec son fils Barbarīka; les défenseurs de la cité le prennent d’abord pour un rākṣasa hostile, avant de reconnaître en lui un dévot venu demander audience. Dans l’assemblée, Barbarīka interroge Śrī Kṛṣṇa sur ce qu’est le véritable « śreyas » au milieu de voies concurrentes—dharma, austérité, richesse, renoncement, jouissance, libération. Kṛṣṇa répond par une éthique propre à chaque varṇa : les brāhmaṇas sont voués à l’étude, à la maîtrise de soi et au tapas; les kṣatriyas à la force disciplinée, à la répression des méchants et à la protection des justes; les vaiśyas au savoir pastoral/agricole et au commerce; les śūdras au service et aux métiers soutenant les « deux-fois-nés », avec des devoirs fondamentaux de bhakti. Barbarīka étant né kṣatriya, Kṛṣṇa lui prescrit d’acquérir d’abord un bala sans égal par l’adoration de Devī à Guptakṣetra, où plusieurs Déesses (digdēvīs et formes de Durgā) doivent être honorées par offrandes et louanges. Il est dit que leur satisfaction accorde force, prospérité, renommée, bien-être familial, ciel, et même mokṣa. Kṛṣṇa donne à Barbarīka le nom de « Suhṛdaya » et l’envoie au lieu sacré; après un culte soutenu aux trois temps (tri-kāla), les Déesses apparaissent, confèrent leur puissance et conseillent de demeurer encore pour s’associer à la victoire. Un brāhmaṇa nommé Vijaya survient ensuite, en quête de vidyā-siddhi; par un oracle en rêve, les Déesses lui ordonnent de solliciter l’aide de Suhṛdaya. Le chapitre détaille alors une séquence rituelle nocturne : jeûne, culte au sanctuaire, tracé du maṇḍala, pieux protecteurs, consécration des armes, ainsi qu’un mantra de Gaṇapati et une procédure précise de tilaka/pujā/homa visant à lever les obstacles et accomplir l’intention, avant de se clore par le colophon.
Verse 1
सूत उवाच । ततो घटोत्कचो मुक्त्वा तत्र कामकटंकटाम् । पुत्रेणानुगतो धीमान्वियता द्वारकां ययौ
Sūta dit : Alors le sage Ghaṭotkaca, laissant là Kāmakataṅkaṭā, s’en alla par les airs vers Dvārakā, suivi de son fils.
Verse 2
आगच्छन्तं च तंदृष्ट्वा राक्षसं राक्षसानुगम् । द्वारकावासिनो योधाश्चक्रुरत्युल्बणं रवम्
Voyant ce rākṣasa s’avancer, escorté d’autres rākṣasas, les guerriers demeurant à Dvārakā poussèrent un cri d’une farouche violence.
Verse 3
ग्रामे ग्रामे सुसंनद्धा नवलक्षमिता रथाः । राक्षसौ द्वौ समायातौ पात्येतां विशिखैरिति
De village en village, des chars bien armés—innombrables—furent préparés, en disant : «Deux rākṣasas sont venus ; qu’ils soient abattus par nos flèches».
Verse 4
तान्गृहीतायुधान्दृष्ट्वा यदुवीरान्घटोत्कचः । प्रगृह्य विपुलं बाहुं जगौ तारस्वरेण सः
Voyant les héros Yadu, armes en main, Ghaṭotkaca leva son bras puissant et parla d’une voix forte et limpide.
Verse 5
राक्षसं वित्त मां वीरा भीमपुत्रं घटोत्कचम् । सुप्रियं वासुदेवस्य प्रणामार्थमुपागतम्
«Sachez-le, ô héros : je suis le rākṣasa Ghaṭotkaca, fils de Bhīma, cher à Vāsudeva ; je suis venu ici pour offrir mes salutations.»
Verse 6
निवेदयत मां प्राप्तं यादवेन्द्राय सात्मजम् । इति तस्य वचः श्रुत्वा ते कृष्णाय न्यवेदयन्
«Annoncez au seigneur des Yādavas que je suis arrivé, avec mon fils.» Ayant entendu ces paroles, ils en informèrent Kṛṣṇa.
Verse 7
आह देवः सभास्थश्च शीघ्रमत्राव्रजत्वसौ । ततः प्रवेशयामासुर्द्वारकां ते घटोत्कचम्
Le Seigneur, assis dans l’assemblée, dit : « Qu’il vienne ici sans tarder. » Alors ils firent entrer Ghaṭotkaca dans Dvārakā.
Verse 8
सपुत्रः सोऽपि रम्याणि वनान्युपवनानि च । क्रीडाशैलांश्च हर्म्याणि संपश्यन्नागतः सभाम्
Lui aussi, avec son fils, contempla les forêts et les jardins charmants, les collines de plaisance et les palais, puis parvint à la salle de l’assemblée.
Verse 9
स तत्र उग्रसेनं च वसुदेवं च सात्यकिम् । अक्रूररामप्रमुखान्ववन्दे कृष्णमेव च
Là, il se prosterna devant Ugrasena, Vasudeva et Sātyaki ; devant Akrūra, Rāma et les autres chefs, et aussi devant Kṛṣṇa lui-même.
Verse 10
तं पादयोर्निपतितं समालिंग्य सहात्मजम् । साशिषं स्वसमीपस्थमुपवेश्येदमब्रवीत्
Lorsqu’il tomba à ses pieds, Kṛṣṇa l’embrassa avec son fils, le bénit, le fit asseoir tout près de lui, puis parla ainsi.
Verse 11
पुत्र राक्षसशार्दूल कुरूणां कुलवर्धन । कुशलं सर्वतः कच्चित्किमर्थस्ते समागमः
« Ô mon fils — tigre parmi les Rākṣasas, accroisseur de la lignée des Kuru — es-tu en paix et en sûreté de toute manière ? Dans quel dessein es-tu venu ici ? »
Verse 12
घटोत्कच उवाच । देव युष्मत्प्रसादेन सर्वतः कुशलं मम । श्रूयतां कारणं स्वामिन्यदर्थमहमागतः
Ghaṭotkaca dit : Ô Seigneur, par ta grâce je vais bien en tout. Écoute maintenant, ô Maître, la raison—le dessein pour lequel je suis venu.
Verse 13
देवोपदिष्ट भार्यायां जातोऽयं तनयो मम । स च प्रश्नं वक्ष्यति त्वां श्रूयतामागतस्त्वतः
De l’épouse accordée selon l’injonction divine est né ce fils qui est le mien. Il te posera une question—daigne l’entendre ; c’est pour cela que je suis venu vers toi.
Verse 14
श्रीकृष्ण उवाच । वत्स मौर्वेय ब्रूहि त्वं सर्वं पृच्छ यदिच्छसि । यथा घटोत्कचो मह्यं सुप्रियश्च तथा भवान्
Śrī Kṛṣṇa dit : Cher enfant, fils de Mūrvi, parle librement ; demande tout ce que tu désires. De même que Ghaṭotkaca m’est très cher, toi aussi tu l’es.
Verse 15
बर्बरीक उवाच । प्रणम्य त्वामादिदेवं मनोबुद्धिसमाधिभिः । प्रक्ष्यामि केन श्रेयः स्याज्जंतोर्जातस्य माधव
Barbarīka dit : M’étant prosterné devant toi, Seigneur primordial, avec l’esprit, l’intelligence et la contemplation recueillie, je demande, ô Mādhava : Par quoi le bien suprême advient-il à l’être né en ce monde ?
Verse 16
केचिच्छ्रेयो धर्ममाहुरैश्वर्यं त्यागभोजनम् । केचिद्दमं तपो द्रव्यं भोगान्मुक्तिं च केचन
Les uns déclarent que le dharma est le bien suprême ; d’autres disent que ce sont la souveraineté et la prospérité, ou bien vivre dans le renoncement avec une nourriture frugale. Certains parlent de maîtrise de soi, d’austérité, de richesses, de jouissances—et d’autres encore de la libération hors des jouissances.
Verse 17
तदेवं शतसंख्येषु श्रेयस्सु पुरुषोत्तम । मम चैवं कुलस्यास्य श्रेयो यद्ब्रूहि निश्चितम्
Ainsi, parmi des centaines de biens dits « suprêmes », ô Puruṣottama, dis-moi avec certitude quel est le bien véritablement suprême pour moi — et pour cette lignée également.
Verse 18
श्रीकृष्ण उवाच । वत्स पृथक्पृथक्प्रोक्तं वर्णानां श्रेय उत्तमम् । ब्राह्मणानां तपो मूलं दमोऽध्ययनमेव च
Śrī Kṛṣṇa dit : Cher enfant, le bien suprême a été enseigné distinctement pour chaque varṇa. Pour les brāhmaṇas, la racine est l’austérité (tapas), avec la maîtrise de soi et l’étude des Écritures sacrées.
Verse 19
धर्मप्रकटनं चापि श्रेय उक्तं मनीषिभिः । बलं साध्यं पूर्व मेव क्षत्रियाणां प्रकीर्तितम्
Les sages déclarent aussi que manifester et soutenir le dharma est un bien suprême. Et pour les kṣatriyas, la force —avant tout— a été proclamée comme ce qu’il faut cultiver.
Verse 20
दुष्टानां शासनं चापि साधूनां परिपालनम् । पाशुपाल्यं च वैश्यानां कृषिर्विज्ञानमेव च
De plus : châtier les méchants et protéger les vertueux. Pour les vaiśyas, l’élevage et le soin du bétail, l’agriculture et le savoir pratique sont, en vérité, des devoirs loués.
Verse 21
शूद्रस्य द्विजशुश्रूषा तया जीवन्वणिग्भवेत् । शिल्पैर्वा विविधैर्जीवेद्द्विजातिहितमाचरन्
Pour un śūdra, le service rendu aux dvijas (les « deux fois nés ») est le moyen de subsistance approprié ; par là, il peut même prospérer comme marchand. Ou bien il peut vivre de divers métiers, agissant toujours pour le bien des dvijas.
Verse 22
भार्यारतिर्भृत्यपोष्टा शुचिः श्रद्धा परायणः । नमस्कारेण मन्त्रेण पंचयज्ञान्न हापयेत्
Qu’il soit dévoué à son épouse, qu’il soutienne ses dépendants et ses serviteurs, qu’il demeure pur et solidement établi dans la foi. Par la prosternation et le mantra, qu’il ne néglige pas les cinq sacrifices quotidiens.
Verse 23
तद्भवान्क्षत्रियकुले जातोऽसि कुरु तच्छृणु । बलं साधय पूर्वं त्वमतुलं तेन शिक्षय
Puisque tu es né dans une lignée de kṣatriya, fais ce que je dis—écoute. D’abord, acquiers une force sans égale; par elle, entraîne-toi et discipline-toi toi-même.
Verse 24
दुष्टान्पालय साधूंश्च स्वर्गमेवमवाप्स्यसि । बलं च लभ्यते पुत्र देवीनां सुप्रसादतः
Réprime et gouverne les méchants, et protège les vertueux : ainsi tu atteindras le ciel. Et la force aussi, mon fils, s’obtient par la grâce bienveillante des Déesses.
Verse 25
तद्भवान्बलप्राप्त्यर्थं देव्याराधनमाचर
Ainsi, afin d’obtenir la force, pratique l’adoration de la Déesse (Devī).
Verse 26
बर्बरीक उवाच । कस्मिन्क्षेत्रे च कां देवीं कथमाराधयाम्यहम् । एतत्प्रसादप्रवणं मनः कृत्वा निवेदय
Barbarīka dit : Dans quel lieu sacré, quelle Déesse, et de quelle manière dois-je l’adorer ? L’esprit incliné vers sa grâce, je te prie de me l’exposer.
Verse 27
सूत उवाच । इति पृष्टः क्षणं ध्यात्वा प्राह दामोदरो विभुः । वत्स क्षेत्रं प्रवक्ष्यामि यत्र तप्स्यसि तत्तपः । गुप्तक्षेत्रमिति ख्यातं महीसागरसंगमे
Sūta dit : Ainsi interrogé, le puissant Dāmodara demeura un instant en contemplation, puis répondit : « Mon enfant, je te révélerai la contrée sacrée où tu accompliras cette austérité. On la nomme Guptakṣetra, au lieu où la terre et l’océan se rejoignent. »
Verse 28
तत्र त्रिभुवने याश्च संति देव्यः पृथग्विधाः । नारदेन समानीतास्ताश्चैक्यं सुमहात्मना
Là, les innombrables formes des Déesses répandues dans les trois mondes furent rassemblées par Nārada, et, par une puissance à l’âme immense, elles s’unirent en une seule.
Verse 29
चतस्रस्तस्य दिग्देव्यो नव दुर्गाश्च संति याः । समाराधय ता गत्वा तासामैक्यं हि दुर्लभम्
Là se tiennent quatre Déesses gardiennes des directions, ainsi que neuf Durgā. Va les adorer avec ferveur, car l’unité de ces puissances est véritablement rare à obtenir.
Verse 30
नित्यं पूजय ताः पुत्र पुष्पधूपविलेपनैः । स्तुतिभिश्चोपहारैश्च यथा तुष्यति तास्तव
Vénère-les chaque jour, mon fils, avec des fleurs, de l’encens et des onguents parfumés ; et aussi par des hymnes et des offrandes, afin qu’elles soient satisfaites de toi.
Verse 31
तुष्टासु देवीषु बलं धनं च कीर्तिश्च पुत्राः सुभगाश्च दाराः । स्वर्गस्तथा मुक्तिपदं च सत्सुखं न दुर्लभं सत्यमेतत्तवोक्तम्
Lorsque les Déesses sont satisfaites, viennent la force, la richesse, la renommée, des fils dignes et des épouses de bon augure. Même le ciel, l’état de délivrance et la félicité véritable ne sont pas difficiles à atteindre. C’est la vérité : ce que tu as dit est juste.
Verse 32
सूत उवाच । एवमुक्त्वा बर्बरीकं कृष्णः प्राह घटोत्कचम् । घटोत्कचार्य पुत्रस्ते दृढं सुहृदयो ह्यसौ
Sūta dit : Après avoir ainsi parlé à Barbarīka, Kṛṣṇa s’adressa à Ghaṭotkaca : « Ô noble Ghaṭotkaca, ton fils est vraiment un ami au cœur ferme et loyal. »
Verse 33
तस्मात्सुहृदयेत्येवं दत्तं नाम मया द्विकम् । एवमुक्त्वा समालिंग्य संतर्ज्य विविधैर्धनैः
«C’est pourquoi je lui ai donné ce nom double : “Suhṛdaya”.» Ayant parlé ainsi, il l’embrassa et l’honora encore de divers présents de richesse.
Verse 34
गुप्तक्षेत्राय भगवान्बर्बरीकं समादिशत् । सोऽथ कृष्णं नमस्कृत्य पितरं यादवांश्च तान्
Alors le Seigneur ordonna à Barbarīka de se rendre à Guptakṣetra. Aussitôt, il se prosterna devant Kṛṣṇa, devant son père et devant ces Yādavas.
Verse 35
अनुज्ञाप्य च तान्सर्वान्गुप्तक्षेत्रं समाव्रजत् । घटोत्कचोऽपि कृष्णेन विसृष्टः स्ववनं ययौ
Après avoir pris congé de tous, il partit pour Guptakṣetra. Ghaṭotkaca aussi, congédié par Kṛṣṇa, retourna à sa demeure forestière.
Verse 36
स्मरन्पुत्रगुणान्पत्न्या स्वराज्यं समपालयत् । ततः सुहृदयो धीमान्दग्धस्थल्यां कृताश्रमः
Se souvenant des vertus de son fils et de son épouse, il continua de gouverner son royaume. Puis le sage Suhṛdaya établit son āśrama à Dagdhasthalī.
Verse 37
त्रिकालं पूजयामास देवीः कर्मसमाधिभिः । नित्यं पुष्पैश्च धूपैश्च उपहारैः पृथग्विधैः
Trois fois par jour, il rendait un culte aux Déesses avec la discipline du rite et la concentration du samādhi; chaque jour, il offrait des fleurs, de l’encens et maintes sortes d’offrandes sacrées.
Verse 38
तस्याराधयतो देव्यस्तुतुषुर्हायनैस्त्रिभिः । ततः प्रत्यक्षतो भूत्वा बलात्तस्य महात्मनः
Comme il persévérait dans l’adoration, les Déesses furent satisfaites au bout de trois années. Alors, se rendant visibles devant lui, elles se tinrent prêtes à accorder puissance à ce grand d’âme.
Verse 39
बलं यत्त्रिषु लोकेषु कस्यचिन्नास्ति दुर्लभम् । ऊचुश्च कंचित्कालं त्वं वसात्रैव महाद्युते
Elles dirent : « Nous t’accorderons une force sans pareille dans les trois mondes. Et pour un temps, ô toi d’éclat immense, demeure ici même. »
Verse 40
संगत्या विजयस्य त्वं भूयः श्रेयो ह्यवाप्स्यसि । इत्युक्तः सर्वदेवीभिः स तत्रैव व्यवस्थितः
« Par l’union avec la Victoire, tu obtiendras un bien encore plus grand. » Ainsi instruit par toutes les Déesses, il demeura établi en ce lieu même.
Verse 41
आजगामाथ विजयो नाम्ना मागधब्राह्मणः । स सर्वां पृथिवीं कृत्वा पादाक्रांतां द्विजोत्तमः
Alors arriva un brāhmaṇa de Magadha nommé Vijaya — excellent « deux-fois-né » — qui avait parcouru toute la terre, comme s’il l’avait placée sous ses pas.
Verse 42
काश्यां विद्याबलं प्राप्य साधनार्थमुपाययौ । गुहेश्वरमुखान्येष सप्तलिंगान्यपूजयत्
À Kāśī, ayant acquis la force de la science des mantras, il s’approcha de ce lieu pour accomplir sa sādhana ; à commencer par Guheśvara, il vénéra sept liṅgas.
Verse 43
आराधयामास चिरं देवीर्विद्याफलाप्तये । ततस्तुष्टास्तस्य देव्यः स्वप्ने प्रोचुरिदं वचः
Longtemps, il apaisa les Déesses afin d’obtenir le fruit de la science des mantras. Puis, satisfaites de lui, les Déesses lui dirent ces paroles en songe.
Verse 44
विद्यां साधय त्वं साधो सिद्धमातुः पुरोंऽगणे । अयं भक्तः सुहृदयः साहाय्यं ते करिष्यति
«Ô homme de bien, accomplis ta science-mantra dans la cour, devant Siddhamātā. Ce dévot au cœur bienveillant t’apportera son aide.»
Verse 45
ततस्तद्वचनं श्रुत्वा विजयः स्वप्नमध्यतः । उत्थाय गत्वा देव्यास्तं वव्रे भीमात्म जात्मजम्
Entendant ces paroles, Vijaya s’éveilla au milieu de son rêve ; se levantant et sortant, il rechercha pour aide ce fils d’un homme à la nature puissante, comme la Déesse l’avait indiqué.
Verse 46
सोऽपि देवीवचः श्रुत्वा मेने साहाय्यकारणम् । ततः कृष्णचतुर्दश्यामुपोष्य विजयः शुचिः
Lui aussi, entendant la parole de la Déesse, comprit qu’il devait être l’instrument de l’aide. Puis, au quatorzième jour lunaire de la quinzaine sombre, Vijaya, purifié, entreprit le jeûne.
Verse 47
स्नात्वाभ्यर्च्यैव लिंगानि देवीश्चैवार्चयत्पृथक् । कृत्वा स्नानमुपोष्यैव बर्बरीकोंऽतिकेऽभवत्
Après s’être baigné, il adora les liṅga, et vénéra aussi, séparément, les Déesses. Ainsi purifié et demeuré en jeûne, il se rendit en présence de Barbarīka.
Verse 48
प्रथमायां ततो रात्रौ ययौ सिद्धांबिकापुरः । मंडलं तत्र कृत्वा च भगाकारं करान्नव
Puis, la première nuit, il se rendit devant Siddhāmbikā. Là, il traça un maṇḍala, le façonnant en forme de yoni (bhaga) avec neuf « portes » (divisions).
Verse 49
अष्टदिक्ष्वष्टकीलांश्च निखन्यैव ससूत्रकान् । कृष्णाजिनधरो भूत्वा बर्बरीकसमन्वितः
Dans les huit directions, il enfonça huit pieux, chacun lié de fils. Revêtu d’une peau d’antilope noire et accompagné de Barbarīka, il poursuivit le rite.
Verse 50
शिखामाबद्ध्य दिग्बंधं कृत्वा रेभे ततो विधिम् । मध्ये वै मंडलस्यापि कुंडे शुभ्रे त्रिमेखलं
Ayant noué la mèche du sommet (śikhā) et établi la protection des directions (digbandha), il commença alors le rite prescrit. Au centre même du maṇḍala, dans un kuṇḍa pur et blanc, il disposa l’agencement à triple ceinture (trimēkhala).
Verse 51
समर्प्य च ततः खड्गं खादिरं मंत्रतेजितम् । संस्थाप्य कीलानभितो बर्बरीकमथाब्रवीत्
Puis il offrit l’épée de bois de khadira, vivifiée par la puissance du mantra. Ayant ensuite fixé des pieux tout autour, il s’adressa à Barbarīka.
Verse 52
शुचिर्विनिद्रः संतिष्ठ स्तवं देव्याः समुद्गिरन् । यावत्कर्म करोम्येष यथा विघ्नं न जायते
Demeure pur et pleinement éveillé, debout, en récitant l’hymne de la Déesse, jusqu’à ce que j’achève ce rite, afin qu’aucun obstacle ne surgisse.
Verse 53
इत्युक्ते संस्थिते तत्र बर्बरीके महाबले । विजयः शोषणं दाहं प्लावनं कृतवान्यमी
Cela dit, tandis que le très puissant Barbarīka demeurait en poste en ce lieu, Vijaya accomplit alors, selon l’exigence du rite, les actes d’assèchement, de combustion et d’inondation.
Verse 54
ततः सुखासनो भूत्वा गुंगुरुभ्यो नमः इति । मंत्रमष्टोत्तरशतं जप्त्वा गुरुभ्यः प्रणम्य च । ततो गणेश्वरविधानमारब्धवान्
Puis, assis à l’aise, disant : «Hommage aux vénérables gurus», il récita le mantra cent huit fois ; s’étant prosterné devant les gurus, il entreprit ensuite l’ordonnance rituelle de Gaṇeśvara.
Verse 55
अथातः संप्रवक्ष्यामि मंत्रं गणपतेः परम्
À présent donc, je vais proclamer le mantra suprême de Gaṇapati.
Verse 56
सर्वकार्यकरं स्वल्पं महार्थं सर्वसिद्धिदम्
Il accomplit toute entreprise ; bref mais d’une grande portée, il confère toute réussite et tout siddhi.
Verse 57
ओंगांगींगूंगैंगौंगः सप्ताक्षरोऽयं महामंत्रः । ओंगणपतिमंत्रस्य गणको नाम ऋषिः विघ्नेश्वरो देवता गं बीजम् ओंशक्तिः पूजार्थे जपार्थे वा तिलकार्थे वा मनस ईप्सितार्थे होमार्थे वा विनियोग इति । साध कस्य पूर्वं तिलककरणम् । ओंगांगणपतये नमः । इति तिलकस्योपरि अक्षतान्दद्यात् अनेन मन्त्रेण । ॐ गांगणपतये नमः । इति तिलकमंत्रः । ओंगां गणपतये नमः । अनेन मंत्रेण गणेशाय पुष्पांजलित्रयं दद्यात् । मूलमंत्रेणात्र चंदनगंधपुष्पधूपदीपनैवेद्यपूगीफल तांबूलादिकं दद्यात् । अत ऊर्ध्वं मूलमन्त्रेण जपं कुर्यात् । अष्टोत्तरशतं सहस्रं लक्षं कोटिं चेति यथाशक्ति जप्त्वा दशांशहोमार्थे गणेशाग्नये आवाहयामीति अग्निमावाह्य । ॐ गां गणपतये स्वाहेति मन्त्रेण गुग्गुलगुटिकाभिर्होमं विदध्याद्विनियोगं चेति गाणेश्वरो ताकल्पः । य एवं सर्व विघ्नेषु साधयेन्मन्त्रमुत्तमम् । सर्वविघ्नानि नश्यंति मनोभीष्टं च सिध्यति
« Oṃ gāṃ gīṃ gūṃ gaiṃ gauṃ gaḥ »—tel est le grand mantra de sept syllabes. Pour le mantra d’Oṃ–Gaṇapati, Gaṇaka est le ṛṣi (voyant) ; Vighneśvara est la divinité ; « gaṃ » est la bīja (graine) ; et « oṃ » est la śakti (puissance). Son emploi convient au culte, au japa, à l’apposition du tilaka sur le front, à l’obtention des fins désirées par l’esprit, et au homa. D’abord le sādhaka doit tracer le tilaka ; puis, sur ce tilaka, déposer l’akṣata (riz intact) en disant : « Oṃ gāṃ gaṇapataye namaḥ ». Par ce mantra, qu’il offre à Gaṇeśa trois poignées de fleurs ; et, par le mantra racine, qu’il présente santal, parfums, fleurs, encens, lampe, naivedya (offrande de nourriture), noix d’arec, fruits, bétel et autres. Ensuite, qu’il accomplisse le japa avec le mantra racine—108, 1 000, 100 000, voire un koṭi, selon sa force—puis qu’il fasse le homa du dixième, en invoquant le feu de Gaṇeśa. Avec le mantra « Oṃ gāṃ gaṇapataye svāhā », qu’il offre au feu des pastilles de guggulu. Telle est la procédure rituelle de Gaṇeśvara. Celui qui, ainsi, applique ce mantra excellent face à tous les obstacles—toutes entraves s’évanouissent, et le vœu du cœur s’accomplit.
Verse 58
डाकिन्यो यातुधानाश्च प्रेताद्याश्च भयंकराः । शत्रूणां जायते नाशो वशीकरणमेव च
Les dākinī, les yātudhāna et les êtres terrifiants tels que les preta sont maîtrisés ; les ennemis vont à leur perte, et l’on obtient la domination sur les forces adverses.
Verse 59
इमं गाणेश्वरं कल्पं विजानन्विजयोऽपि च । तिलकं विधिना कृत्वा जप्त्वा चाष्टोत्तरं शतम्
Connaissant cette procédure rituelle de Gaṇeśvara, Vijaya lui aussi—après avoir posé le tilaka selon la règle—récita (le mantra) cent huit fois.
Verse 60
दशांशं गुटिका हुत्वा पूज्य सिद्धिविनायकम् । सिद्धेयक्षेत्रपालस्य चक्रे पूजां ततो निशि
Après avoir offert des pastilles de guggulu comme dixième part du homa et avoir vénéré Siddhi-Vināyaka, il accomplit ensuite, dans la nuit, le culte du Yakṣa accompli, gardien de l’enceinte sacrée.
Verse 61
इति श्रीस्कांदे महापुराण एकाशीतिसाहस्र्यां संहितायां प्रथमे माहेश्वरखण्डे कौमारिकाखण्डे महाविद्यासाधने गाणेश्वरकल्पवर्णनंनामैकषष्टितमोऽध्यायः
Ainsi s’achève le soixante et unième chapitre, intitulé « Description du Kalpa de Gaṇeśvara », dans la section Mahāvidyā-sādhana du Kaumārikākhaṇḍa, au sein du premier Māheśvarakhaṇḍa du Śrī Skanda Mahāpurāṇa (recension de 81 000 vers).