Adhyaya 120
Avanti KhandaReva KhandaAdhyaya 120

Adhyaya 120

Ce chapitre présente une étiologie de tīrtha et un enseignement sur les mérites, centré sur « Kambukeśvara/Kambu » et sur l’origine du nom Kambu Tīrtha. Śrī Mārkaṇḍeya y déroule la lignée depuis Hiraṇyakaśipu jusqu’à Prahlāda, puis à travers Virocana, Bali, Bāṇa, Śambara, pour aboutir à Kambu. Celui-ci, un asura, prend conscience d’une crainte existentielle devant la puissance cosmique de Viṣṇu et comprend que l’hostilité envers Hari ne peut procurer un bien durable. Kambu entreprend alors une ascèse sur les eaux de la Narmadā : mauna (silence sacré), bains disciplinés, tenue et régime austères, et longue adoration de Mahādeva. Śiva, satisfait, lui accorde une grâce, tout en précisant une contrainte théologique : nul être, pas même Śiva, ne peut abolir la suprématie de Viṣṇu dans le conflit cosmique ; la haine de Hari ne mène pas à la prospérité stable. Après le départ de Śiva, Kambu établit sur ce lieu une forme pacifique et exempte de maladie de Śiva ; l’endroit est dès lors nommé Kambu Tīrtha, loué comme destructeur des grandes fautes. La phalaśruti finale affirme que le bain et le culte—surtout l’adoration solaire avec les louanges du Ṛg/Yajus/Sāman—donnent des fruits comparables aux rites védiques ; les offrandes aux ancêtres et le culte d’Īśāna procurent un mérite semblable à l’Agniṣṭoma ; et mourir là conduit, dit-on, au Rudra-loka.

Shlokas

Verse 1

श्रीमार्कण्डेय उवाच । अतः परं प्रवक्ष्यामि कम्बुकेश्वरमुत्तमम् । हिरण्यकशिपुर्दैत्यो दानवो बलदर्पितः

Śrī Mārkaṇḍeya dit : «À présent, je vais proclamer le suprême Kambukeśvara. Il y avait le dānava Hiraṇyakaśipu, un daitya, grisé par l’orgueil de sa puissance.»

Verse 2

अवध्यः सर्वलोकानां त्रिषु लोकेषु विश्रुतः । तस्य पुत्रो महातेजाः प्रह्लादो नाम नामतः

Dans les trois mondes, il était renommé comme invincible à tous les êtres. Son fils, rayonnant d’une grande splendeur spirituelle, était connu sous le nom de Prahlāda.

Verse 3

विष्णुप्रसादाद्भक्त्या च तस्य राज्ये प्रतिष्ठितः । विरोचनस्तस्य सुतस्तस्यापि बलिरेव च

Par la grâce de Viṣṇu et par la dévotion, il fut solidement établi dans son royaume. Son fils fut Virocana, et le fils de Virocana fut, en vérité, Bali.

Verse 4

बलिपुत्रोऽभवद्बाणस्तस्मादपि च शम्बरः । शम्बरस्यान्वये जातः कम्बुर्नाम महासुरः

Le fils de Bali fut Bāṇa ; de lui vint Śambara. Dans la lignée de Śambara naquit un grand asura nommé Kambu.

Verse 5

ज्ञात्वा विष्णुमयं घोरं महद्भयमुपस्थितम् । दानवानां विनाशाय नान्यो हेतुः कदाचन

Ayant reconnu qu’un terrible et immense péril, pénétré de Viṣṇu, s’était présenté, il comprit que, pour l’anéantissement des dānavas, il n’est jamais d’autre cause que cette puissance divine.

Verse 6

स त्यक्त्वा पुत्रदारांश्च सुहृद्बन्धुपरिग्रहान् । चचार मौनमास्थाय तपः कम्बुर्महामतिः

Ayant renoncé à ses fils et à son épouse, ainsi qu’à tout attachement envers amis et parents, Kambu—ferme dans sa résolution—prit le vœu du silence et s’adonna aux austérités.

Verse 7

अक्षसूत्रकरो भूत्वा दण्डी मुण्डी च मेखली । शाकयावकभक्षश्च वल्कलाजिनसंवृतः

Tenant le rosaire en main, portant le bâton, la tête rasée et la ceinture au flanc, il se nourrissait de légumes et d’orge, vêtu d’écorce et de peau d’antilope.

Verse 8

स्नात्वा नित्यं धृतिपरो नर्मदाजलमाश्रितः । पूजयंस्तु महादेवमर्बुदं वर्षसंख्यया

Se baignant chaque jour, constant dans sa fermeté et soutenu par les eaux de la Narmadā, il poursuivit le culte de Mahādeva durant un « arbuda », un nombre immense d’années.

Verse 9

ततस्तुतोष भगवान्देवदेवो महेश्वरः । उवाच दानवं काले मेघगम्भीरया गिरा

Alors le Seigneur Bienheureux—Maheśvara, Dieu des dieux—fut satisfait. En temps opportun, il parla au Dānava d’une voix profonde comme les nuées d’orage.

Verse 10

भोभोः कम्बो महाभाग तुष्टोऽहं तव सुव्रत । इष्टं व्रतानां परमं मौनं सर्वार्थसाधनम्

«Ho, ho, Kambu, ô bienheureux ! Je suis satisfait de ton vœu excellent. Parmi les vœux, le plus haut est le silence suprême (mauna), qui accomplit toute fin.»

Verse 11

चरितं च त्वया लोके देवदानवदुश्चरम् । वरं वृणीष्व भद्रं ते यत्ते मनसि रोचते

Et tu as accompli en ce monde un exploit difficile même pour les Deva et les Dānava. Choisis une grâce—qu’elle te soit propice—tout ce que ton cœur désire.

Verse 12

कम्बुरुवाच । यदि प्रसन्नो देवेश यदि देयो वरो मम । अक्षय्यश्चाव्ययश्चैव स्वेच्छया विचराम्यहम्

Kambu dit : «Si tu es satisfait, ô Seigneur des dieux, et si une grâce doit m’être accordée, que je sois impérissable et inaltérable, et que je puisse errer librement selon mon propre vouloir».

Verse 13

दैत्यदानवसङ्घानां संयुगेष्वपलायिता । भयं चान्यन्न विद्येत मुक्त्वा देवं गदाधरम्

Dans les combats contre les troupes de Daitya et de Dānava, que je ne prenne jamais la fuite. Et que je ne connaisse nulle autre crainte—sinon celle du dieu qui porte la massue.

Verse 14

तस्याहं संयुगे साध्यो येनोपायेन शङ्कर । भवामि न सदा कालं तं वदस्व वरं मम

Par quel moyen, ô Śaṅkara, pourrait-il me vaincre au combat ? Dis-le-moi, afin que je ne sois pas à sa merci en tout temps : telle est la grâce que je demande.

Verse 15

ईश्वर उवाच । मम संनिहितो यत्र त्वं भविष्यसि दानव । तत्र विष्णुभयं नास्ति वसात्र विगतज्वरः

Īśvara dit : «Ô Dānava, partout où tu demeureras avec ma présence auprès de toi, il n’y aura nulle crainte de Viṣṇu. Demeure là, délivré de toute peine».

Verse 16

तस्य देवाधिदेवस्य वेदगर्भस्य संयुगे । शङ्खचक्रधरस्येशा नाहं सर्वे सुरासुराः

Dans la bataille contre ce Dieu des dieux—Viṣṇu, matrice même des Veda, porteur de la conque et du disque—ni moi, ni l’ensemble des dieux et des démons réunis, ne sommes son maître.

Verse 17

किं पुनर्यो द्विषत्येनं लोकालोकप्रभुं हरिम् । स सुखी वर्तते कालं न निमेषं मतं मम

Que dire alors de celui qui hait Hari, Seigneur du manifeste et du non-manifeste ? À mon avis, un tel être ne peut demeurer heureux ne fût-ce qu’un instant.

Verse 18

तस्मात्त्वं परया भक्त्या सर्वभूतहिते रतः । वसिष्यसि चिरं कालमित्युक्त्वादर्शनं गतः

«Ainsi donc, animé de la bhakti suprême et voué au bien de tous les êtres, tu vivras longtemps.» Ayant parlé ainsi, la divinité disparut à la vue.

Verse 19

गते चादर्शनं देवे तत्र तीर्थे महामतिः । स्थापयामास देवेशं शिवं शान्तमनामयम्

Lorsque le dieu eut disparu à la vue, le grand sage, en ce tīrtha, établit Śiva, Seigneur des dieux, paisible et exempt de toute souffrance.

Verse 20

तस्मिंस्तीर्थे महादेवं स्थापयित्वा दिवं गतः । तदाप्रभृति तत्पार्थ कम्बुतीर्थमिति श्रुतम् । विख्यातं सर्वलोकेषु महापातकनाशनम्

Après avoir établi Mahādeva en ce tīrtha, il gagna le ciel. Dès lors, ô Pārtha, on l’appela «Kambu-tīrtha», renommé dans tous les mondes pour détruire les grands péchés.

Verse 21

कम्बुतीर्थे नरः स्नात्वा विधिनाभ्यर्च्य भास्करम् । ऋग्यजुःसाममन्त्रैश्च स्तूयमानो नृपोत्तम

Ô le meilleur des rois : celui qui se baigne à Kambu-tīrtha et, selon le rite prescrit, vénère Bhāskara, tandis qu’il est loué par les mantras du Ṛg, du Yajus et du Sāma, obtient un grand mérite.

Verse 22

तस्य पुण्यं समुद्दिष्टं ब्राह्मणैर्वेदपारगैः । तत्सर्वं तु शृणुष्वाद्य ममैव गदतो नृप

Son mérite a été proclamé par des brāhmaṇas passés maîtres des Veda. Écoute tout cela aujourd’hui, ô roi, tandis que je l’énonce moi-même.

Verse 23

ऋग्यजुःसामगीतेषु साङ्गोपाङ्गेषु यत्फलम् । तत्फलं समवाप्नोति गायत्रीमात्रमन्त्रवित्

Quel que soit le fruit contenu dans les récitations du Ṛg, du Yajus et du Sāma, avec leurs membres auxiliaires et secondaires, ce même fruit est obtenu par celui qui ne connaît ne fût-ce que la seule Gāyatrī comme mantra.

Verse 24

तत्र तीर्थे तु यः स्नात्वा तर्पयेत्पितृदेवताः । पूजयेद्देवमीशानं सोऽग्निष्टोमफलं लभेत्

Quiconque se baigne en ce tīrtha, offre le tarpaṇa aux Pitṛs et aux divinités, et adore le Seigneur Īśāna, obtient le fruit du sacrifice Agniṣṭoma.

Verse 25

अकामो वा सकामो वा तत्र तीर्थे कलेवरम् । यस्त्यजेन्नात्र सन्देहो रुद्रलोकं स गच्छति

Qu’il soit sans désir ou plein de désirs, celui qui quitte son corps en ce tīrtha—sans aucun doute—va au monde de Rudra.

Verse 120

। अध्याय

« Chapitre » (colophon ou marqueur de section indiquant la fin ou la transition de l’adhyāya).