
Dāna-dharma: Types of Charity, Worthy Recipients, Vrata-Timings, and Śiva–Viṣṇu Propitiation
Après la formule de clôture du chapitre précédent, Vyāsa ouvre un nouveau cycle d’instruction en exposant le dāna-dharma incomparable, rattaché à l’enseignement jadis donné par Brahmā aux sages brahmavādin. Le dāna est défini comme l’offrande fidèle des richesses à un récipiendaire digne, procurant à la fois bhukti (bienfaits et jouissances légitimes) et mukti (libération). La charité est classée en nitya (quotidienne), naimittika (occasionnelle/expiatoire), kāmya (en vue d’un résultat) et, au sommet, la vimala-dāna (don pur), faite aux connaisseurs de Brahman pour plaire au Seigneur avec une intention conforme au dharma. Viennent ensuite des règles pratiques : donner après avoir rempli les devoirs du foyer ; privilégier les śrotriya et les vertueux ; parmi les dons de terre, de nourriture et de savoir, le jñāna-dāna est proclamé suprême. Le texte intègre aussi les vrata et les rites du calendrier (pleine lune de Vaiśākha, Māgha dvādaśī, amāvāsyā, kṛṣṇa-caturdaśī, kṛṣṇāṣṭamī, ekādaśī–dvādaśī) et associe sésame, or, miel, ghee et jarres d’eau à l’apaisement des fautes et au mérite akṣaya. Il relie ensuite les fruits désirés à des divinités précises (Indra, Brahmā, Sūrya, Agni, Vināyaka, Soma, Vāyu, Hari, Virūpākṣa), affirmant le sāmanvaya : la délivrance se recherche par Hari, et aussi par Maheśvara pour le yoga et la connaissance de la souveraineté (aiśvarya-jñāna). La dernière partie met en garde contre l’entrave aux dons, le don aux indignes et l’acceptation impropre ; elle prescrit une subsistance mesurée, l’absence d’avidité et une conduite domestique disciplinée menant au renoncement. Le chapitre se clôt en présentant le gṛhastha-dharma comme un culte continu de l’unique Seigneur sans commencement, au-delà de Prakṛti, conduisant à la Demeure suprême, préparant les enseignements suivants sur la pratique durable et la transmission du dharma.
Verse 1
इति श्रीकूर्मपुराणे षट्साहस्त्र्यां संहितायामुपरिविभागे पञ्चविंशो ऽध्यायः इन् रेए निछ्त् ज़ुल्äस्सिगे ज़ेइछेन्: व्यास उवाच अथातः संप्रवक्ष्यामि दानधर्ममनुत्तमम् / ब्रह्मणाभिहितं पूर्वमृषीणां ब्रह्मवादिनाम्
Ainsi, dans le Śrī Kūrma Purāṇa—au sein de la Ṣaṭsāhasrī Saṃhitā de la section ultérieure—s’achève le vingt-cinquième chapitre. Vyāsa dit : « À présent, j’exposerai le dharma incomparable du don (dāna), jadis proclamé par Brahmā aux ṛṣis, ceux qui parlent de Brahman. »
Verse 2
अर्थानामुदिते पात्रे श्रद्धया प्रतिपादनम् / दानमित्यभिनिर्दिष्टं भुक्तिमुक्तिफलप्रदम्
Offrir ses biens, avec foi (śraddhā), à un récipiendaire digne est déclaré être le « dāna » (don). Il confère les fruits de la jouissance en ce monde comme de la libération.
Verse 3
यद् ददाति विशिष्टेभ्यः श्रद्धया परया युतः / तद् वै वित्तमहं मन्ये शेषं कस्यापि रक्षति
Tout ce qu’un homme donne aux dignes, uni à une foi suprême, cela seul, je le tiens pour la vraie richesse ; le reste n’est que gardé en dépôt pour quelqu’un d’autre.
Verse 4
नित्यं नैमित्तिकं काम्यं त्रिविधं दानमुच्यते / चतुर्थं विमलं प्रोक्तं सर्वदानोत्तमोत्तमम्
La charité (dāna) est dite de trois sortes : la régulière (nitya), l’occasionnelle (naimittika) et celle inspirée par le désir (kāmya). Une quatrième, nommée « vimala », le don pur, est proclamée la plus excellente de toutes les offrandes.
Verse 5
अहन्यहनि यत् किञ्चिद् दीयते ऽनुपकारिणे / अनुद्दिश्य फलं तस्माद् ब्राह्मणाय तु नित्यकम्
Tout ce qui, si peu que ce soit, est donné jour après jour à celui qui ne peut rendre service—sans viser aucun fruit—doit être offert régulièrement à un Brāhmaṇa comme don constant, quotidien.
Verse 6
यत् तु पापोपशान्त्यर्थं दीयते विदुषां करे / नैमित्तिकं तदुद्दिष्टं दानं सद्भिरनुष्ठितम्
Mais le don remis entre les mains des savants afin d’apaiser ou d’expier le péché est déclaré « naimittika » : une charité occasionnelle, fondée sur une cause, accomplie par les vertueux.
Verse 7
अपत्यविजयैश्वर्यस्वर्गार्थं यत् प्रदीयते / दानं तत् काम्यमाख्यातमृषिभिर्धर्मचिन्तकैः
Le don offert dans le but d’obtenir descendance, victoire, souveraineté ou ciel est déclaré par les ṛṣi—ceux qui méditent le dharma—« kāmya-dāna », une charité mue par le désir de fruits.
Verse 8
यदीश्वरप्रीणनार्थं ब्रह्मवित्सु प्रदीयते / चेतसा धर्मयुक्तेन दानं तद् विमलं शिवम्
Quand un don est offert aux connaisseurs de Brahman afin de réjouir le Seigneur (Īśvara), avec un esprit accordé au dharma, cette charité devient « vimala » : sans tache et de bon augure, véritablement semblable à Śiva par sa pureté.
Verse 9
दानधर्मं निषेवेत पात्रमासाद्य शक्तितः / उत्पत्स्यते हि तत्पात्रं यत् तारयति सर्वतः
Qu’on pratique le dharma du don, après avoir trouvé un réceptacle digne et selon sa propre capacité ; car ce réceptacle même, digne, se manifeste et devient, de toute manière, un moyen de délivrance pour le donateur.
Verse 10
कुटुम्बभक्तवसनाद् देयं यदतिरिच्यते / अन्यथा दीयते यद्धि न तद् दानं फलप्रदम्
Après avoir pourvu au foyer—nourriture et vêtements—ce qui reste doit être donné. Mais ce qui est donné autrement, en négligeant ces devoirs, n’est pas un don porteur de fruit spirituel.
Verse 11
श्रोत्रियाय कुलीनाय विनीताय तपस्विने / वृत्तस्थाय दरिद्राय प्रदेयं भक्तिपूर्वकम्
Qu’on donne, avec dévotion et respect, au śrotriya instruit des Veda, à l’homme de noble conduite et de bonne lignée, à l’humble, à l’ascète, et au pauvre qui vit par des moyens justes.
Verse 12
यस्तु दद्यान्महीं भक्त्या ब्राह्मणायाहिताग्नये / स याति परमं स्थानं यत्र गत्वा न शोचति
Mais celui qui, avec dévotion, offre une terre à un brāhmane āhitāgni, gardien des feux sacrés, atteint la demeure suprême ; y étant parvenu, il ne s’afflige plus.
Verse 13
इक्षुभिः संततां भुमिं यवगोधूमशलिनीम् / ददाति वेदविदुषे यः स भूयो न जायते
Quiconque offre à un connaisseur des Veda une terre abondamment plantée de canne à sucre et riche en orge, blé et riz, ce donateur ne renaît plus (il obtient la délivrance).
Verse 14
गोचर्ममात्रामपि वा यो भूमिं संप्रयच्छति / ब्राह्मणाय दरिद्राय सर्वपापैः प्रमुच्यते
Quiconque offre une terre—fût‑ce seulement de la mesure d’une peau de vache—à un brāhmane pauvre, est délivré de tous les péchés.
Verse 15
भूमिदानात् परं दानं विद्यते नेह किञ्चन / अन्नदानं तेन तुल्यं विद्यादानं ततो ऽधिकम्
En ce monde, nul don n’est plus élevé que le don de la terre. Le don de nourriture lui est égal, et le don de la connaissance lui est supérieur.
Verse 16
यो ब्राह्मणाय शान्ताय शुचये धर्मशालिने / ददाति विद्यां विधिना ब्रह्मलोके महीयते
Celui qui, selon la règle juste, transmet la connaissance sacrée à un brāhmane paisible, pur et établi dans le dharma, est honoré et élevé dans le monde de Brahmā.
Verse 17
दद्यादहरहस्त्वन्नं श्रद्धया ब्रह्मचारिणे / सर्वपापविनिर्मुक्तो ब्रह्मणः स्थानमाप्नुयात्
Si l’on donne chaque jour, avec foi, de la nourriture à un brahmacārin (étudiant védique discipliné), on est libéré de tous les péchés et l’on atteint la demeure de Brahmā.
Verse 18
गृहस्थायान्नदानेन फलं प्राप्नोति मानवः / आममेवास्य दातव्यं दत्त्वाप्नोति परां गतिम्
L’homme obtient du mérite par le don de nourriture au maître de maison. Qu’on lui offre une nourriture fraîchement préparée ; en la donnant, on atteint l’état suprême.
Verse 19
वैशाख्यां पौर्णमास्यां तु ब्राह्मणान् सप्त पञ्च वा / उपोष्य विधिना शान्तः शुचिः प्रयतमानसः
Au jour de pleine lune de Vaiśākha, après avoir observé le jeûne selon la règle, qu’on honore sept—ou du moins cinq—brāhmaṇas, demeurant paisible, pur et l’esprit bien maîtrisé.
Verse 20
पूजयित्वा तिलैः कृष्णैर्मधुना न विशेषतः / गन्धादिभिः समभ्यर्च्य वाचयेद् वा स्व्यं वदेत्
Après avoir accompli le culte avec du sésame noir—et de même avec du miel, sans distinction particulière—qu’on honore dûment par des parfums et autres offrandes; puis qu’on fasse réciter le texte sacré, ou qu’on le récite soi-même.
Verse 21
प्रीयतां धर्मराजेति यद् वा मनसि वर्तते / यावज्जीवकृतं पापं तत्क्षणादेव नश्यति
Si ne serait-ce qu’une pensée surgit dans l’esprit : «Que Dharmarāja (Yama), Seigneur de la Justice, soit satisfait», alors tous les péchés amassés durant la vie entière sont détruits à l’instant même.
Verse 22
कृष्णाजिने तिलान् कृत्त्वा हिरण्यं मधुसर्पिषी / ददाति यस्तु विप्राय सर्वं तरति दुष्कृतम्
Celui qui dépose du sésame sur une peau d’antilope noire et l’offre à un brāhmaṇa, avec de l’or, du miel et du ghee, franchit et dépasse tout démérite issu des fautes.
Verse 23
कृतान्नमुदकुम्भं च वैशाख्यां च विशेषतः / निर्दिश्य धर्मराजाय विप्रेभ्यो मुच्यते भयात्
Celui qui offre de la nourriture apprêtée et une jarre d’eau—surtout durant le mois de Vaiśākha—et consacre ce don à Dharmarāja (Yama), est délivré de la peur grâce aux offrandes faites aux brāhmaṇas.
Verse 24
सुवर्णतिलयुक्तैस्तु ब्राह्मणान् सप्त पञ्च वा / तर्पयेदुदपात्रैस्तु ब्रह्महत्यां व्यपोहति
En offrant la tarpaṇa (libation d’eau) à sept—ou du moins à cinq—brāhmaṇas au moyen de récipients contenant du sésame mêlé d’or, on efface le péché de brahmahatyā (le meurtre d’un brāhmaṇa).
Verse 25
माघमासे तु विप्रस्तु द्वादश्यां समुपोषितः / शुक्लाम्वरधरः कृष्णैस्तिलैर्हुत्वा हुताशनम्
Au mois de Māgha, le brāhmaṇa doit observer comme il se doit le jeûne au jour de Dvādaśī ; vêtu de blanc, après avoir allumé convenablement le feu sacré, qu’il y offre du sésame noir.
Verse 26
प्रदद्याद् ब्राह्मणेभ्यस्तु तिलानेव समाहितः / जन्मप्रभृति यत्पापं सर्वं तरति वै द्विजः
L’esprit recueilli, qu’on donne du sésame aux brāhmaṇas ; par cet acte, le dvija (deux fois né) franchit assurément tout péché amassé depuis la naissance.
Verse 27
अमावस्यामनुप्राप्य ब्राह्मणाय तपस्विने / यत्किचिद् देवदेवेशं दद्याच्चोद्दिश्य शङ्करम्
Quand vient le jour d’Amāvasyā (nouvelle lune), qu’on donne une offrande—selon ses moyens—à un brāhmaṇa ascète, en la dédiant à Śaṅkara, Dieu des dieux, Seigneur des devas.
Verse 28
प्रीयतामीश्वरः सोमो महादेवः सनातनः / सप्तजन्मकृतं पापं तत्क्षणादेव नश्यति
Que le Seigneur Soma—Mahādeva, l’Éternel—soit satisfait. Le péché amassé durant sept naissances est détruit à l’instant même.
Verse 29
यस्तु कृष्णचतुर्दश्यां स्नात्वा देवं पिनाकिनम् / आराधयेद् द्विजमुखे न तस्यास्ति पुनर्भवः
Mais quiconque, au quatorzième jour de la quinzaine sombre (Kṛṣṇa-caturdaśī), se baigne puis adore le Seigneur Pinākin (Śiva), le rite étant accompli par la bouche d’un deux-fois-né (un brāhmaṇa officiant), pour lui il n’y a plus de nouvelle naissance.
Verse 30
कृष्णाष्टम्यां विशेषेण धार्मिकाय द्विजातये / स्नात्वाभ्यर्च्य यथान्यायं पादप्रक्षालनादिभिः
Surtout en Kṛṣṇāṣṭamī, le deux-fois-né, établi dans le dharma, doit se baigner puis adorer selon la règle, accomplissant les services coutumiers tels que le lavage des pieds et les soins associés.
Verse 31
प्रीयतां मे महादेवो दद्याद् द्रव्यं स्वकीयकम् / सर्वपापविनिर्मुक्तः प्राप्नोति परमां गतिम्
«Que Mahādeva (Śiva) soit satisfait de moi ; qu’il m’accorde ce qui est véritablement mien (la richesse légitime). Délivré de tous les péchés, on atteint l’état suprême.»
Verse 32
द्विजैः कृष्णचतुर्दश्यां कृष्णाष्टम्यां विशेषतः / अमावास्यायां भक्तैस्तु पूजनीयस्त्रिलोचनः
Les deux-fois-nés doivent adorer Trilocana (Śiva) au quatorzième jour de la quinzaine sombre (kṛṣṇa-caturdaśī) et, plus spécialement encore, au huitième jour sombre (kṛṣṇāṣṭamī) ; et au jour de nouvelle lune (amāvāsyā), les dévots doivent aussi l’adorer.
Verse 33
एकादश्यां निराहारो द्वादश्यां पुरुषोत्तमम् / अर्चयेद् बाह्मणमुखे स गच्छेत् परमं पदम्
En jeûnant sans nourriture à Ekādaśī, puis, à Dvādaśī, en adorant Puruṣottama par la bouche (comme incarnation vivante) d’un brāhmaṇa, un tel homme atteint la Demeure suprême.
Verse 34
एषा तिथिर्वैष्णवीं स्याद् द्वादशी शुक्लपक्षके / तस्यामाराधयेद् देवं प्रयत्नेन जनार्दनम्
Cette tithi est appelée le jour sacré vaiṣṇava : la Dvādaśī de la quinzaine claire. En ce jour, qu’on adore avec un effort fervent le Seigneur Janārdana.
Verse 35
यत्किञ्चिद् देवमीशानमुद्दिश्य ब्राह्मणे शुचौ / दीयते विष्णवे वापि तदनन्तफलप्रदम्
Tout don—si minime soit-il—fait à un brāhmaṇa pur, en l’offrant à Īśāna (le Seigneur) ou même à Viṣṇu, devient dispensateur de fruits sans fin.
Verse 36
यो हि यां देवतामिच्छेत् समाराधयितुं नरः / ब्राह्मणान् पूजयेद् यत्नात् सतस्यां तोषयेत् ततः
En vérité, quelle que soit la divinité qu’un homme veuille apaiser, qu’il honore d’abord avec soin les brāhmaṇas ; ensuite, qu’il satisfasse cette même divinité.
Verse 37
द्विजानां वपुरास्थाय नित्यं तिष्ठन्ति देवताः / पूज्यन्ते ब्राह्मणालाभे प्रतिमादिष्वपि क्वचित्
Revêtant le corps même des « deux-fois-nés » (dvija), les divinités y demeurent sans cesse. Quand aucun brāhmaṇa n’est disponible, on les adore parfois aussi dans des images et autres supports.
Verse 38
तस्मात् सर्वप्रयत्नेन तत् तत् फलमभीप्सता / द्विजेषु देवता नित्यं पूजनीया विशेषतः
Ainsi, celui qui désire ces fruits particuliers doit, de tout son effort, vénérer toujours la divinité présente parmi les deux-fois-nés (dvija), tout spécialement et avant tout.
Verse 39
विभूतिकामः सततं पूजयेद् वै पुरन्दरम् / ब्रह्मवर्चसकामस्तु ब्रह्माणं ब्रह्मकामुकः
Celui qui désire sans cesse la prospérité et la gloire souveraine doit vénérer Purandara (Indra). Mais celui qui aspire au brahma-varcas — rayonnement sacré, splendeur védique — doit adorer Brahmā, tendu vers l’excellence brahmanique.
Verse 40
आरोग्यकामो ऽथ रविं धनकामो हुताशनम् / कर्मणां सिद्धिकामस्तु पूजयेद् वै विनायकम्
Qui recherche la santé doit vénérer Ravi (le Soleil). Qui recherche la richesse doit vénérer Hutāśana (Agni, le Feu). Mais celui qui désire la réussite des actes et des rites doit adorer Vināyaka (Gaṇeśa), ôteur des obstacles.
Verse 41
भोगकामस्तु शशिनं बलकामः समीरणम् / मुमुक्षुः सर्वसंसारात् प्रयत्नेनार्चयेद्धरिम्
Celui qui désire les jouissances doit vénérer la Lune ; celui qui aspire à la force doit vénérer le Vent. Mais le chercheur de délivrance hors de tout le saṃsāra doit, avec un effort fervent, adorer Hari.
Verse 42
यस्तु योगं तथा मोक्षमन्विच्छेज्ज्ञानमैश्वरम् / सोर्ऽचयेद् वै विरूपाक्षं प्रयत्नेनेश्वरेश्वरम्
Mais quiconque recherche le Yoga et la délivrance, ainsi que la connaissance souveraine (aiśvara), doit, avec un zèle fervent, adorer Virūpākṣa, le Seigneur des seigneurs.
Verse 43
ये वाञ्छन्ति महायोगान् ज्ञानानि च महेश्वरम् / ते पूजयन्ति भूतेशं केशवं चापि भोगिनः
Ceux qui aspirent aux grands yogas, aux connaissances libératrices et à Maheśvara — eux qui goûtent aux buts de la vie — vénèrent Bhūteśa et vénèrent aussi Keśava.
Verse 44
वारिदस्तृप्तिमाप्नोति सुखमक्षय्यमन्नदः / तिलप्रदः प्रजामिष्टां दीपदश्चक्षुरुत्तमम्
Celui qui donne l’eau obtient le contentement; celui qui donne la nourriture obtient une joie impérissable. Celui qui offre le sésame reçoit une descendance chérie, et celui qui offre une lampe obtient une vue excellente (illumination).
Verse 45
भूमिदः सर्वमाप्नोति दीर्घमायुर्हिरण्यदः / गृहदो ऽग्र्याणि वेश्मानि रूप्यदो रूपमुत्तमम्
Celui qui donne la terre obtient tout; celui qui donne l’or obtient une longue vie. Celui qui donne une maison reçoit les demeures les plus nobles, et celui qui donne l’argent obtient une beauté excellente.
Verse 46
वासोदश्चन्द्रसालोक्यमश्विसालोक्यमश्वदः / अनडुदः श्रियं पुष्टां गोदो व्रध्नस्य विष्टपम्
Celui qui offre des vêtements atteint le monde de la Lune; celui qui offre un cheval atteint le monde des Aśvin. Celui qui offre un taureau obtient une prospérité bien nourrie, et celui qui offre des vaches atteint le séjour céleste de Vradhna.
Verse 47
यानशय्याप्रदो भार्यामैश्वर्यमभयप्रदः / धान्यदः शाश्वतं सौख्यं ब्रह्मदो ब्रह्मसात्म्यताम्
Celui qui donne des véhicules et des lits obtient une épouse vertueuse; celui qui accorde l’intrépidité obtient souveraineté et protection. Celui qui donne des grains obtient une félicité durable; et celui qui donne la connaissance de Brahma atteint l’unité avec Brahman.
Verse 48
धान्यान्यपि यथाशक्ति विप्रेषु प्रतिपादयेत् / वेदवित्सु विशिष्टेषु प्रेत्य स्वर्गं समश्नुते
Selon ses moyens, qu’on offre des grains en don aux sages brahmanes, surtout à ceux qui excellent comme connaisseurs du Veda; après la mort, on atteint le ciel.
Verse 49
गवां घासप्रदानेन सर्वपापैः प्रमुच्यते / इन्धनानां प्रदानेन दीप्ताग्निर्जायते नरः
En offrant du fourrage aux vaches, l’homme est délivré de tous les péchés; et en offrant du bois à brûler, il fait naître en lui un feu intérieur, ardent et de bon augure.
Verse 50
फलमूलानि शाकानि भोज्यानि विविधानि च / प्रदद्याद् ब्राह्मणेभ्यस्तु मुदा युक्तः सदा भवेत्
Qu’on offre aux brahmanes fruits, racines, légumes et maints aliments salutaires; uni sans cesse à la joie, que le donateur demeure le cœur allègre dans l’acte d’offrir.
Verse 51
औषधं स्नेहमाहारं रोगिणे रोगशान्तये / ददानो रोगरहितः सुखी दीर्घायुरेव च
Celui qui donne remèdes, onguents (huiles/ghī) et nourriture nourrissante au malade pour apaiser son mal, devient exempt de maladie, heureux, et véritablement longévif.
Verse 52
असिपत्रवनं मार्गं क्षुरधारासमन्वितम् / तीव्रितापं च तरति छत्रोपानत्प्रदो नरः
L’homme qui offre ombrelles et chaussures traverse le chemin de la forêt aux feuilles-épées, tranchantes comme des rasoirs, et dépasse son tourment brûlant.
Verse 53
यद् यदिष्टतमं लोके यच्चापि दयितं गृहे / तत्तद् गुणवते देयं तदेवाक्ष्यमिच्छता
Ce qui est le plus chéri dans le monde et le plus aimé au foyer : celui qui désire un mérite impérissable doit donner précisément cela à un récipiendaire digne et vertueux.
Verse 54
अपने विषुवे चैव ग्रहणे चन्द्रसूर्ययोः / संक्रान्त्यादिषु कालेषु दत्तं भवति चाक्षयम्
Le don offert au solstice et à l’équinoxe, ainsi qu’aux éclipses de la lune et du soleil—et encore aux temps sacrés tels que le saṅkrānti et autres auspices—devient akṣaya, un mérite impérissable.
Verse 55
प्रयागादिषु तीर्थेषु पुण्येष्वायतनेषु च / दत्त्वा चाक्षयमाप्नोति नदीषु च वनेषु च
En donnant dans les tīrtha sacrés tels que Prayāga, et dans les sanctuaires saints—sur les rives des fleuves et même dans les forêts—on obtient un mérite akṣaya, inépuisable.
Verse 56
दानधर्मात् परो धर्मो भूतानां नेह विद्यते / तस्माद् विप्राय दातव्यं श्रोत्रियाय द्विजातिभिः
Pour les êtres, en ce monde il n’est pas de dharma plus élevé que le dharma du don. Aussi les « deux-fois-nés » doivent-ils offrir aux brāhmaṇa—surtout au śrotriya, instruit du Veda et établi dans la discipline sacrée.
Verse 57
स्वगायुर्भूतिकामेन तथा पापोपशान्तये / मुमुक्षुणा च दातव्यं ब्राह्मणेभ्यस्तथान्वहम्
Désirant sa propre longévité et prospérité, pour apaiser les fautes, et aussi celui qui aspire à la délivrance (mokṣa)—qu’il donne aux brāhmaṇa, ainsi, jour après jour.
Verse 58
दीयमानं तु यो मोहाद् गोविप्राग्निसुरेषु च / निवारयति पापात्मा तिर्यग्योनिं व्रजेत् तु सः
Mais celui qui, par égarement, empêche ce qui est en train d’être donné—aux vaches, aux brāhmaṇa, au feu sacré Agni ou aux dieux—cet esprit pécheur va, en vérité, vers une naissance animale.
Verse 59
यस्तु द्रव्यार्जनं कृत्वा नार्चयेद् ब्राह्मणान् सुरान् / सर्वस्वमपहृत्यैनं राजा राष्ट्रात् प्रवासयेत्
Mais celui qui, après avoir amassé des richesses, n’honore ni ne vénère les brāhmanes et les dieux—le roi doit lui confisquer tous ses biens et le bannir du royaume.
Verse 60
यस्तु दुर्भिक्षवेलायामन्नाद्यं न प्रयच्छति / म्रियमाणेषु विप्रेषु ब्राह्मणः स तु गर्हितः
Mais ce brāhmane qui, au temps de famine, ne donne ni nourriture ni subsistance—alors que des brāhmanes savants meurent—est véritablement blâmable et voué au reproche.
Verse 61
न तस्मात् प्रतिगृह्णीयुर्न विशेयुश्च तेन हि / अङ्कयित्वा स्वकाद् राष्ट्रात् तं राजा विप्रवासयेत्
Ainsi, nul ne doit accepter de dons de sa part, ni le fréquenter ni se mêler à lui. L’ayant marqué d’un signe d’infamie, le roi doit le bannir de son propre royaume.
Verse 62
यस्त्वसद्भ्यो ददातीह स्वद्रव्यं धर्मसाधनम् / स पूर्वाभ्यधिकः पापी नरके पच्यते नरः
Mais celui qui, en ce monde, donne sa propre richesse aux indignes, croyant y trouver un moyen de dharma, devient plus pécheur qu’auparavant ; cet homme est comme cuit en enfer.
Verse 63
स्वाध्यायवन्तो ये विप्रा विद्यावन्तो जितेन्द्रियाः / सत्यसंयमसंयुक्तास्तेभ्यो दद्याद् द्विजोत्तमाः
À ces brāhmanes voués au svādhyāya (l’étude védique), dotés d’un savoir véritable et maîtres de leurs sens—unis à la vérité et à la maîtrise de soi—le meilleur des deux-fois-nés doit faire l’aumône.
Verse 64
सुभुक्तमपि विद्वांसं धार्मिकं भोजयेद् द्विजम् / न तु मूर्खमवृत्तस्थं दशरात्रमुपोषितम्
Même s’il a déjà bien mangé, il convient de nourrir le dvija savant et vertueux; mais il ne faut pas nourrir l’insensé de mauvaise conduite, fût-il resté à jeun dix nuits.
Verse 65
सन्निकृष्टमतिक्रम्य श्रोत्रियं यः प्रयच्छति / स तेन कर्मणा पापी दहत्यासप्तमं कुलम्
Celui qui, délaissant un śrotriya —brahmane connaisseur du Veda— digne et tout proche, offre son don ailleurs, devient par cet acte même pécheur et consume sa lignée jusqu’à la septième génération.
Verse 66
यदिस्यादधिको विप्रः शीलविद्यादिभिः स्वयम् / तस्मै यत्नेन दातव्यं अतिक्रम्यापि सन्निधिम्
S’il se trouve un brāhmaṇa supérieur par sa conduite, son savoir et autres qualités, c’est à lui qu’il faut donner avec un soin particulier, fût-ce en dépassant ceux qui ne sont que proches.
Verse 67
यो ऽर्चितं प्रतिगृह्णीयाद् दद्यादर्चितमेव च / तावुभौ गच्छतः स्वर्गं नरकं तु विपर्यये
Celui qui reçoit ce qui a été dûment consacré et offert avec honneur, et celui qui, de même, ne donne que ce qui est consacré—tous deux vont au ciel. Mais si l’on fait l’inverse (donner ou recevoir ce qui n’est pas sanctifié), cela mène à l’enfer.
Verse 68
न वार्यपि प्रयच्छेत नास्तिके हैतुके ऽपि च / पाषण्डेषु च सर्वेषु नावेदविदि धर्मवित्
Le connaisseur du dharma ne doit donner même pas de l’eau à un nāstika (incrédule), fût-il habile raisonneur; ni à aucun des pāṣaṇḍas (sectaires hérétiques), ni à celui qui n’est pas versé dans le Veda.
Verse 69
अपूपं च हिरण्यं च गामश्वं पृथिवीं तिलान् / अविद्वान् प्रतिगृह्णानो भस्मी भवति काष्ठवत्
L’homme sans science et indigne qui reçoit des dons—gâteaux, or, vaches et chevaux, terres ou sésame—court à sa perte et devient cendre, tel un morceau de bois.
Verse 70
द्विजातिभ्यो धनं लिप्सेत् प्रशस्तेभ्यो द्विजोत्तमः / अपि वा जातिमात्रेभ्यो न तु शूद्रात् कथञ्चन
Le meilleur des deux-fois-nés doit rechercher la richesse auprès des deux-fois-nés réputés; et, s’il le faut, même auprès de ceux qui ne le sont que par naissance, mais jamais, en aucune circonstance, auprès d’un Śūdra.
Verse 71
वृत्तिसङ्कोचमन्विच्छेन्नेहेत धनविस्तरम् / धनलोभे प्रसक्तस्तु ब्राह्मण्यादेव हीयते
Qu’on recherche un moyen d’existence sobre et mesuré, sans s’efforcer d’étendre la richesse. Celui qui s’attache à l’avidité des biens déchoit de la véritable brahmanité.
Verse 72
वेदानधीत्य सकलान् यज्ञांश्चावाप्य सर्वशः / न तां गतिमवाप्नोति सङ्कोचाद् यामवाप्नुयात्
Même après avoir étudié tous les Veda et obtenu en tout les fruits des sacrifices, on n’atteint pas l’état suprême que l’on aurait pu atteindre, à cause du resserrement intérieur et de l’étroitesse du cœur.
Verse 73
प्रतिग्रहरुचिर्न स्यात् यात्रार्थं तु समाहरेत् / स्थित्यर्थादधिकं गृह्णन् ब्राह्मणो यात्यधोगतिम्
Un brāhmaṇa ne doit pas se complaire à recevoir des dons; qu’il ne recueille que ce qui est nécessaire pour le voyage de la vie. S’il prend plus que ce qu’exige la simple subsistance, le brāhmaṇa tombe en un état inférieur.
Verse 74
यस्तु याचनको नित्यं न स स्वर्गस्य भाजनम् / उद्वेजयति भूतानि यथा चौरस्तथैव सः
Mais celui qui demeure sans cesse mendiant n’est pas digne de recevoir le ciel; car il trouble les êtres vivants—tel un voleur, il est véritablement ainsi.
Verse 75
गुरून् भृत्यांश्चोज्जिहीर्षुरर्चिष्यन् देवतातिथीन् / सर्वतः प्रतिगृह्णीयान्न तु तृप्येत् स्वयं ततः
Désireux d’élever ses maîtres et ceux qui dépendent de lui, et voulant honorer les divinités et les hôtes, on peut recevoir des dons de toutes parts; mais qu’on n’en tire pas pour soi une complaisance ni une satisfaction d’indulgence personnelle.
Verse 76
एवं गृहस्थो युक्तात्मा देवतातिथिपूजकः / वर्तमानः संयातात्मा याति तत् परमं पदम्
Ainsi, le maître de maison, l’âme accordée au yoga, voué au culte des divinités et à l’accueil des hôtes, vivant avec un esprit bien maîtrisé, parvient à cette Demeure Suprême.
Verse 77
पुत्रे निधाय वा सर्वं गत्वारण्यं तु तत्त्ववित् / एकाकी विचरेन्नित्यमुदासीनः समाहितः
Ou bien, après avoir tout confié à son fils, le connaisseur de la vérité doit gagner la forêt et vivre toujours seul—détaché, impartial, et l’esprit fermement recueilli.
Verse 78
एष वः कथितो धर्मो गृहस्थानां द्विजोत्तमाः / ज्ञात्वानुतिष्ठेन्नियतं तथानुष्ठापयेद् द्विजान्
Ainsi vous a été exposé le dharma des maîtres de maison, ô meilleurs des deux-fois-nés. L’ayant compris, qu’on le pratique avec régularité et, de même, qu’on amène les autres deux-fois-nés à l’observer.
Verse 79
इति देवमनादिमेकमीशं गृहधर्मेण समर्चयेदजस्त्रम् / समतीत्य स सर्वभूतयोनिं प्रकृतिं याति परं न याति जन्म
Ainsi, il faut vénérer sans relâche l’unique Seigneur, Dieu sans commencement, par les devoirs du dharma de la vie domestique. Ayant transcendé Prakṛti, matrice de tous les êtres, on atteint le Suprême et l’on ne revient plus à la naissance.
Nitya is small daily giving without expectation; naimittika is occasion-based giving for pacifying sin; kāmya is giving aimed at specific results (progeny, victory, heaven, power); vimala is the pure gift offered to Brahmavid knowers to please the Lord with a dharma-aligned mind.
The chapter states no gift exceeds land; food is equal to land; and the gift of knowledge (sacred learning) is greater still, culminating in Brahma-world honor and ultimately Brahman-assimilation when Brahma-knowledge is given.
It mandates giving to learned, disciplined, Veda-grounded, virtuous recipients (especially śrotriyas), warns that giving to the unworthy increases sin, and prohibits giving even water to atheists or pāṣaṇḍas; it also condemns improper acceptance and greed-driven accumulation.
It assigns liberation to worship of Hari, yet also states that seekers of yoga, liberation, and sovereign knowledge should worship Virūpākṣa (Śiva); it further pairs Bhūteśa (Śiva) with Keśava (Viṣṇu), presenting complementary paths within one dharmic framework.