
Gṛhastha Livelihood, Āpad-dharma, and Sacrificial Stewardship of Wealth
Après l’exposé des devoirs du maître de maison, Vyāsa annonce un enseignement ciblé sur le « dharma suprême » et la conduite juste des deux-fois-nés. Le chapitre classe les gṛhastha en pratiquants disciplinés (sādhaka) et non-pratiquants (asādhaka), puis hiérarchise les moyens de subsistance permis, surtout en temps de détresse (āpad-dharma) : l’enseignement/le service sacerdotal et l’acceptation de dons sont la norme ; le commerce et l’agriculture sont des recours ; le prêt à intérêt est jugé plus rude et blâmable. Même lorsque la vie matérielle devient pragmatique, le texte exige l’intégrité brāhmaṇa—des moyens droits, sans tromperie—et lie la prospérité à la réciprocité rituelle : offrandes aux Deva et aux Pitṛ, honneur rendu aux brāhmaṇa, et partage d’une part des récoltes. Il avertit que la richesse thésaurisée sans rites appropriés mène à une renaissance dégradée. La conclusion replace l’économie dans la théorie des puruṣārtha : l’artha n’est légitime que s’il est acquis pour le dharma ; le kāma ne doit pas transgresser le dharma ; et la richesse doit s’écouler vers dāna, homa et le culte, orientant le propos vers une appréciation plus védantique-yogique des buts de la vie et de la libération.
Verse 1
इति श्रीकूर्मपुराणे षट्साहस्त्र्यां संहितायामुपरिविभागे चतुर्विशो ऽध्यायः इन् रेए निछ्त् ज़ुल्äस्सिगे ज़ेइछेन्: व्यास उवाच एष वो ऽभिहितः कृत्स्नो गृहस्थाश्रमवासिनः / द्विजातेः परमो धर्मो वर्तनानि निबोधत
Ainsi s’achève le vingt-quatrième chapitre de l’Upari-bhāga du Śrī Kūrma Purāṇa, dans la Saṃhitā Ṣaṭ-sāhasrī. Vyāsa dit : « L’enseignement entier destiné à ceux qui demeurent dans l’āśrama du maître de maison vous a été exposé. Comprenez maintenant le dharma suprême des deux-fois-nés et les règles de la juste conduite. »
Verse 2
द्विविधस्तु गृही ज्ञेयः साधकश्चाप्यसाधकः / अध्यापनं याजनं च पूर्वस्याहुः प्रतिग्रहम् / कुसीदकृषिवाणिज्यं प्रकुर्वोतास्वयङ्कृतम्
Le maître de maison est connu de deux sortes : le sādhaka, pratiquant discipliné, et le non-sādhaka. Pour le premier, on déclare comme devoirs l’enseignement, l’office des yajñas et l’acceptation des dons. Mais le second s’adonne au prêt à intérêt, à l’agriculture et au commerce — occupations conçues de soi-même pour le gain mondain.
Verse 3
कृषेरभावाद् वाणिज्यं तदभावात् कुसीदकम् / आपत्कल्पो ह्यं ज्ञेयः पूर्वोक्तो मुख्य इष्यते
Quand l’agriculture n’est pas possible, qu’on prenne le commerce ; et quand même cela n’est pas possible, qu’on recoure au prêt à intérêt. Qu’on comprenne cela comme règle en temps de détresse (āpad-dharma) ; toutefois, le devoir principal énoncé plus haut est tenu pour premier.
Verse 4
स्वयं वा कर्षणं कुर्याद् वाणिज्यं वा कुसीदकम् / कष्टा पापीयसी वृत्तिः कुसीदं तद् विवर्जयेत्
On peut labourer soi-même, ou bien se livrer au commerce ; mais le prêt à intérêt est un gagne-pain rude et plus pécheur. Qu’on renonce donc à l’usure.
Verse 5
क्षात्रवृत्तिं परां प्रहुर्न स्वयं कर्षणं द्विजैः / तस्मात् क्षात्रेण वर्तेत वर्तनेनापदि द्विजः
Ils proclament que le mode de vie kṣātra—la charge de protéger et de gouverner—est la voie la plus haute, et non le fait de labourer soi-même pour les deux-fois-nés. Ainsi, le deux-fois-né doit vivre selon les devoirs kṣātra; mais en temps de détresse, il peut subsister par tout moyen de subsistance disponible.
Verse 6
तेन चावाप्यजीवंस्तु वैश्यवृत्तिं कृषिं व्रजेत् / न कथञ्चन कुर्वोत ब्राह्मणः कर्म कर्षणम्
Si, par ce moyen encore, on ne peut assurer sa subsistance, qu’on adopte alors le mode de vie vaiśya, à savoir l’agriculture. Toutefois, un brāhmaṇa ne doit en aucune circonstance accomplir le travail du labour.
Verse 7
लब्धलाभः पितॄन् देवान् ब्राह्मणांश्चापि पूजयेत् / ते तृप्तास्तस्य तं दोषं शमयन्ति न संशयः
Ayant obtenu le fruit désiré, qu’il rende un culte aux Pitṛs (ancêtres), aux Devas et aussi aux brāhmaṇas. Satisfaits, ils apaisent assurément la faute de cet homme : il n’y a là aucun doute.
Verse 8
देवेभ्यश्च पितृभ्यश्च दद्याद् भागं तु विंशकम् / त्रिंशद्भागं ब्राह्मणानां कृषिं कुर्वन् न दुष्यति
Qu’on mette de côté un vingtième pour les Devas et les Pitṛs, et un trentième pour les brāhmaṇas. Celui qui cultive la terre tout en faisant ces offrandes n’encourt pas de faute.
Verse 9
वणिक् प्रदद्याद् द्विगुणं कुसीदी त्रिगुणं पुनः / कृषीवलो न दोषेण युज्यते नात्र संशयः
Le marchand peut rembourser le double, et l’usurier professionnel peut, à son tour, rembourser le triple; mais le cultivateur n’est pas tenu pour fautif à ce sujet : il n’y a là aucun doute.
Verse 10
शिलोञ्छं वाप्याददीत गृहस्थः साधकः पुनः / विद्याशिल्पादयस्त्वन्ये बहवो वृत्तिहेतवः
Le maître de maison, s’il est discipliné, peut aussi adopter le mode de subsistance appelé śiloñcha, en glanant ce qui reste dans les champs. En outre, l’étude, les métiers et d’autres activités semblables sont nombreux, chacun étant un moyen de subsistance.
Verse 11
असाधकस्तु यः प्रोक्तो गृहस्थाश्रमसंस्थितः / शिलोञ्छे तस्य कथिते द्वे वृत्ती परमर्षिभिः
Mais le maître de maison dit asādhaka, établi dans le gṛhastha-āśrama sans être pratiquant, au sujet du śiloñcha et de la collecte, les grands sages lui ont enseigné deux modes de subsistance.
Verse 12
अमृतेनाथवा जीवेन्मृतेनाप्यथवा यदि / अयाचितं स्यादमृतं मृतं भेक्षं तु याचितम्
Qu’il vive de l’« immortel » (amṛta), un soutien pur et sans blâme; ou, si cela manque, même du « mort » (mṛta), un soutien inférieur. Ce qui vient sans être demandé est dit « immortel »; mais l’aumône obtenue en mendiant est dite « morte ».
Verse 13
कुशूलधान्यको वा स्यात् कुम्भीधान्यक एव वा / त्र्यहैहिको वापि भवेदश्वस्तनिक एव च
Il peut être de ceux qui gardent le grain dans un grenier, ou de ceux qui le conservent dans des jarres; ou bien vivre avec des provisions pour trois jours, voire n’avoir de quoi subsister que jusqu’au lendemain.
Verse 14
चतुर्णामपि चैतेषां द्विजानां गृहमेधिनाम् / श्रेयान् परः परो ज्ञेयो धर्मतो लोकजित्तमः
Parmi ces quatre sortes de maîtres de maison, nés deux fois, chacun des suivants doit être compris comme supérieur au précédent par la vertu du dharma, toujours plus apte à « conquérir les mondes », c’est-à-dire à obtenir un mérite spirituel et cosmique plus élevé.
Verse 15
षट्कर्मैको भवत्येषां त्रिभिरन्यः प्रवर्तते / द्वाभ्यामेकश्चतुर्थस्तु ब्रह्मसत्रेण जीवति
Parmi ces brāhmanes, l’un vit en accomplissant les six devoirs prescrits ; un autre se soutient par trois ; un autre par deux ; tandis qu’un quatrième vit en célébrant un Brahma-satra, longue session sacrificielle védique.
Verse 16
वर्तयंस्तु शिलोञ्छाभ्यामग्निहोत्रपरायणः / इष्टीः पार्वायणान्तीयाः केवला निर्वपेत् सदा
Vivant de glanage et de la collecte des grains tombés, voué à l’Agnihotra, il doit offrir sans cesse les simples sacrifices iṣṭi prescrits pour les rites de clôture des observances saisonnières (pārvāyaṇa).
Verse 17
न लोकवृतिं वर्तेत वृत्तिहेतोः कथञ्चन / अजिह्मामशठां शुद्धां जीवेद् ब्राह्मणजीविकाम्
Pour gagner sa vie, il ne doit en aucune manière adopter les usages du monde. Qu’il vive plutôt selon le mode de subsistance d’un brāhmane : droit, sans tromperie, sans ruse, et pur.
Verse 18
याचित्वा वापि सद्भ्यो ऽन्नं पितॄन्देवांस्तु तोषयेत् / याचयेद् वा शुचिं दान्तं न तृप्येत स्वयं ततः
Même s’il doit mendier sa nourriture auprès des justes, qu’il s’en serve pour satisfaire les Pitṛs (ancêtres) et les Devas. Ou qu’il demande à un homme pur et maître de lui ; mais qu’il ne se complaise pas lui-même de cette nourriture.
Verse 19
यस्तु द्रव्यार्जनं कृत्वा गृहस्थस्तोषयेन्न तु / देवान् पितृंश्च विधिना शुनां योनिं व्रजत्यसौ
Mais le maître de maison qui, après avoir amassé des biens, ne satisfait pas dûment les Devas et les Pitṛs selon les rites prescrits, va en vérité dans un ventre canin (renaît parmi les chiens).
Verse 20
धर्मश्चार्थश्च कामश्च श्रेयो मोक्षश्चतुष्टयम् / धर्माविरुद्धः कामः स्याद् ब्राह्मणानां तु नेतरः
Dharma, Artha, Kāma et le Bien suprême—Mokṣa—sont enseignés comme les quatre buts de l’existence humaine. Pour les brāhmaṇas, le désir (kāma) ne doit être poursuivi que s’il ne contredit pas le dharma; autrement, non.
Verse 21
योर्ऽथो धर्माय नात्मार्थः सोर्ऽथो ऽनर्थस्तथेतरः / तस्मादर्थं समासाद्य दद्याद् वै जुहुयाद् यजेत्
La richesse acquise pour le Dharma—et non pour le seul intérêt personnel—est la véritable « richesse »; mais celle recherchée uniquement pour soi devient malheur. Ainsi, une fois les moyens obtenus, qu’on fasse l’aumône, qu’on offre des oblations au feu et qu’on accomplisse le sacrifice (yajña).
It distinguishes the disciplined practitioner (sādhaka) from the non-practitioner (asādhaka) to show that livelihood choices and austerity-levels vary by spiritual commitment, yet both are accountable to dharma and ritual reciprocity.
Normatively, the twice-born live through teaching and officiating sacrifices (with permitted gift-receipt); if necessary they may adopt trade; if even that fails, lending at interest is permitted only as a last resort, and is still portrayed as more sinful than other means.
Śiloñcha is subsistence by gleaning what remains in fields (and collecting fallen grains). It is presented as a legitimate, often higher, mode of support for disciplined householders because it minimizes harm and dependence on profit-driven activity.
The chapter prescribes satisfying Devas and Pitṛs and honoring brāhmaṇas, including setting aside proportional shares from produce; prosperity is framed as stewardship that must circulate through yajña and dāna.
It teaches that artha is truly ‘wealth’ only when acquired for dharma; kāma is permissible only when non-conflicting with dharma; and the highest aim is mokṣa—therefore wealth should support charity, fire-offerings, and sacrificial worship rather than private indulgence.