
Vānaprastha-Dharma: Forest Discipline, Vaikhānasa Austerities, and Śiva-Āśrama as the Liberative Refuge
Clôturant l’unité précédente et poursuivant l’enseignement de Vyāsa, ce chapitre fait passer le chercheur de la seconde phase du gṛhastha au vānaprastha, en prescrivant le moment propice du départ et la discipline du résident de la forêt. Il décrit la conduite quotidienne—honorer l’hôte, bains rituels, culte, svādhyāya, parole maîtrisée—ainsi que les rites védiques du feu et les sacrifices lunaires et saisonniers. Il impose des règles alimentaires strictes, privilégiant la pureté des aliments nés de la forêt, interdisant ceux du village ou des terres labourées, et certains objets prohibés. Puis il élève la pratique vers des austérités graduées (tapas saisonniers, observances de type kṛcchra), yama-niyama et Yoga avec récitation de Rudra, étude upaniṣadique (Atharvaśiras) et discipline du Vedānta. Un mouvement clé est l’intériorisation des feux sacrés dans le Soi, du rituel extérieur à la réalisation méditative, avant d’énoncer les renoncements de fin de vie (mahāprāsthāna, anaśana, entrée dans le feu) selon le brahmārpaṇa-vidhi. Il conclut que le refuge dans le bienheureux Śiva-āśrama détruit l’inauspice accumulée et confère l’état suprême de Paramaiśvara, préparant les enseignements suivants sur la renonciation et la mokṣa.
Verse 2
निक्षिप्य भार्यां पुत्रेषु गच्छेद् वनमथापि वा / दृष्ट्वापत्यस्य चापत्यं जर्जरीकृतविग्रहः
Après avoir confié son épouse à ses fils, qu’il parte lui aussi vers la forêt. Et lorsque, le corps usé et brisé, il voit les enfants de ses enfants, qu’il se tourne vers la vie forestière (vānaprastha), étape suivante du dharma.
Verse 3
शुक्लपक्षस्य पूर्वाह्ने प्रशस्ते चोत्तरायणे / गत्वारण्यं नियमवांस्तपः कुर्यात् समाहितः
Dans la quinzaine claire (śukla-pakṣa), le matin, à une heure favorable, et durant uttarāyaṇa (la course du soleil vers le nord), qu’il gagne la forêt. Observant la discipline et l’esprit rassemblé, qu’il accomplisse l’austérité (tapas).
Verse 4
फलमूलानि पूतानि नित्यमाहारमाहरेत् / यताहारो भवेत् तेन पूजयेत् पितृदेवताः
Qu’il prenne chaque jour pour nourriture des fruits et des racines purifiés. Par cette même alimentation réglée, qu’il honore les divinités ancestrales, les Pitṛs.
Verse 5
पूजयित्वातिथिं नित्यं स्नात्वा चाभ्यर्चयेत् सुरान् / गृहादाहृत्य चाश्नीयादष्टौ ग्रासान् समाहितः
Après avoir honoré chaque jour l’hôte, et s’être baigné, qu’il adore les dieux. Puis, apportant la nourriture de sa propre demeure, qu’il mange huit bouchées, demeurant calme et attentif.
Verse 6
जटाश्च बिभृयान्नित्यं नखरोमाणि नोत्सृजेत् / स्वाध्यायं सर्वदा कुर्यान्नियच्छेद् वाचमन्यतः
Qu’il porte toujours les mèches emmêlées de l’ascète (jaṭā) et ne néglige pas de tailler ongles et poils du corps. Qu’il s’adonne sans cesse au svādhyāya (étude sacrée) et retienne sa parole, loin des propos mondains et futiles.
Verse 7
अग्निहोत्रं च जुहुयात् पञ्चयज्ञान् समाचरेत् / मुन्यन्नैंर्विविधैर्मेध्यैः शाकमूलफलेन वा
Qu’il accomplisse l’oblation d’Agnihotra et pratique selon la règle les cinq grands sacrifices. Qu’il se nourrisse d’aliments purs, dignes des sages—de diverses sortes—ou bien de légumes, de racines et de fruits.
Verse 8
चीरवासा भवेन्नित्यं स्नायात् त्रिषवणं शुचिः / सर्वभूतानुकम्पी स्यात् प्रतिग्रहविवर्जितः
Qu’il porte toujours un vêtement simple, d’écorce ou de toile, qu’il se baigne pur aux trois jonctions du jour, qu’il soit compatissant envers tous les êtres et qu’il s’abstienne d’accepter des dons qui l’enchaînent.
Verse 9
दर्शेन पौर्णमासेन यजेत् नियतं द्विजः / ऋक्षेष्वाग्रयणे चैव चातुर्मास्यानि चाहरेत् / उत्तरायणं च क्रमशो दक्षस्यायनमेव च
Le dvija discipliné doit accomplir régulièrement les sacrifices de Darśa et de Paurṇamāsa à la nouvelle et à la pleine lune. Il doit aussi célébrer l’Āgrayaṇa aux asterismes requis et observer les offrandes saisonnières du Cāturmāsya. De même, selon l’ordre prescrit, qu’il accomplisse les rites du parcours nord du Soleil (Uttarāyaṇa) et du parcours sud (Dakṣiṇāyana).
Verse 10
वासन्तैः शारदैर्मेध्यैर्मुन्यन्नैः स्वयमाहृतैः / पुरोडाशांश्चरूंश्चैव विधिवन्निर्वपेत् पृथक्
Avec des aliments purs et rituellement aptes du printemps et de l’automne—nourriture de sage cueillie de sa propre main—qu’il prépare et offre selon la règle, séparément, les gâteaux sacrificiels (puroḍāśa) et les oblations cuites (caru).
Verse 11
देवताभ्यश्च तद् हुत्वा वन्यं मेध्यतरं हविः / शेषं समुपभुञ्जीत लवणं च स्वयं कृतम्
Après avoir offert cette oblation aux divinités, qu’on prenne pour nourriture sacrificielle ce qui naît de la forêt, plus pur encore; puis qu’on consomme le reste, avec le sel préparé de sa propre main.
Verse 12
वर्जयेन्मधुमांसानि भौमानि कवकानि च / भूस्तृणं शिग्रुकं चैव श्लेष्मातकफलानि च
Qu’on s’abstienne du miel et de la viande; ainsi que des aliments nés de la terre, tels que champignons et moisissures; de même le bhūstṛṇa (herbe rampante), le śigruka (moringa) et les fruits du śleṣmātaka.
Verse 13
न फालकृष्टमश्नीयादुत्सृष्टमपि केनचित् / न ग्रामजातान्यार्तो ऽपि पुष्पाणि च फलानि च
Qu’il ne mange pas ce qui a été obtenu par le labour (produit du champ), ni ce que quiconque a rejeté. Même dans la détresse, qu’il ne prenne ni fleurs ni fruits issus du village (appartenant à l’habitation).
Verse 14
श्रावणेनैव विधिना वह्निं परिचरेत् सदा / न द्रुह्येत् सर्वभूतानि निर्द्वन्द्वो निर्भयो भवेत्
Par la discipline même transmise par l’écoute sacrée (śravaṇa), qu’on serve sans cesse le feu du sacrifice. Qu’on ne nourrisse aucune malveillance envers les êtres; affranchi des paires d’opposés, on devient sans crainte.
Verse 15
न नक्तं किञ्चिदश्नीयाद् रात्रौ ध्यानपरो भवेत् / जितेन्द्रियो जितक्रोधस्तत्त्वज्ञानविचिन्तकः / ब्रह्मचारी भवेन्नित्यं न पत्नीमपि संश्रयेत्
Qu’il ne mange rien la nuit; la nuit, qu’il soit voué à la méditation. Les sens maîtrisés et la colère domptée, qu’il contemple la connaissance du réel (tattva-jñāna). Qu’il demeure toujours brahmacārin, sans s’appuyer même sur une épouse.
Verse 16
यस्तु पत्न्या वनं गत्वा मैथुनं कामतश्चरेत् / तद् व्रतं तस्य लुप्येत प्रायश्चित्तीयते द्विजः
Mais si un « deux-fois-né », étant allé en forêt avec son épouse, s’unit charnellement par désir, son vœu est tenu pour rompu ; ce brāhmane doit accomplir une expiation (prāyaścitta).
Verse 17
तत्र यो जायते गर्भो न संस्पृश्यो द्विजातिभिः / न हि वेदे ऽधिकारो ऽस्य तद्वंशेप्येवमेव हि
L’enfant conçu en ce lieu ne doit pas être touché par les deux-fois-nés ; car il n’a pas droit au Veda, et la même règle s’applique de même à sa lignée.
Verse 18
अधः शयीत सततं सावित्रीजाप्यतत्परः / शरण्यः सर्वभूतानां संविभागपरः सदा
Qu’il dorme toujours sur une couche basse, qu’il se voue à la récitation du mantra Sāvitrī (Gāyatrī), qu’il devienne refuge pour tous les êtres, et qu’il demeure sans cesse appliqué au partage et à la répartition équitable.
Verse 19
परिवादं मृषावादं निद्रालस्यं विवर्जयेत् / एकाग्निरनिकेतः स्यात् प्रोक्षितां भूमिमाश्रयेत्
Qu’il évite la médisance, le mensonge, le sommeil et la paresse. Qu’il n’entretienne qu’un seul feu sacré, demeure sans demeure fixe, et repose sur une terre aspergée rituellement pour être purifiée.
Verse 20
मृगैः सह चरेद् वासं तैः सहैव च संवसेत् / शिलायां शर्करायां वा शयीत सुसमाहितः
Qu’il demeure et chemine dans la forêt avec les cerfs, vivant comme ils vivent ; et, recueilli et pleinement attentif, qu’il s’étende pour se reposer sur la roche nue ou sur le gravier.
Verse 21
सद्यः प्रक्षालको वा स्यान्माससंचयिको ऽपि वा / षण्मासनिचयो वा स्यात् समानिचय एव वा
Il peut être celui qui se purifie aussitôt, ou celui qui accumule l’expiation durant un mois; ou encore durant six mois, voire pendant une année entière.
Verse 22
त्यजेदाश्वयुजे मासि संपन्नं पूर्वसंचितम् / जीर्णानि चैव वासांसि शाकमूलफलानि च
Au mois d’Āśvayuja, il faut délaisser (ou offrir en don) les provisions amassées auparavant; de même les vêtements usés, et renoncer aussi aux légumes, aux racines et aux fruits.
Verse 23
दन्तोलूखलिको वास्यात् कापोतीं वृत्तिमाश्रयेत् / अश्मकुट्टो भवेद् वापि कालपक्वभुगेव वा
Il peut vivre selon la manière ‘dent et mortier’ (ne subsistant que de ce qui s’obtient à peine), ou adopter la subsistance ‘à la façon du pigeon’; ou devenir un ‘aśma-kuṭṭa’, préparant la nourriture en la pilant avec une pierre, ou ne vivre que de ce qui mûrit en son temps.
Verse 24
नक्तं चान्न समश्नीयाद् दिवा चाहृत्य शक्तितः / चतुर्थकालिको वा स्यात् स्याद्वाप्यष्टमकालिकः
Il ne doit pas manger la nuit; qu’il se procure plutôt sa nourriture le jour selon ses forces, et qu’il vive en mangeant au quatrième moment du jour—voire au huitième.
Verse 25
चान्द्रायणविधानैर्वा शुक्ले कृष्णे च वर्तयेत् / पक्षे पक्षे समश्नीयाद् यवागूं क्वथितां सकृत्
Ou bien, selon les prescriptions de l’observance Cāndrāyaṇa, qu’il se règle durant les quinzaines claire et sombre; et, à chaque quinzaine, qu’il ne prenne qu’une seule fois une mesure égale de bouillie d’orge cuite.
Verse 26
पुष्पमूलफलैर्वापि केवलैर्वर्तयेत् सदा / स्वाभाविकैः स्वयं शीर्णैर्वैखानसमते स्थितः
Établi dans la discipline vaikhānasa, qu’il se nourrisse toujours uniquement de fleurs, de racines et de fruits—surtout de ceux que la nature donne et qui sont tombés d’eux‑mêmes.
Verse 27
भूमौ वा परिवर्तेत तिष्ठेद् वा प्रपदैर्दिनम् / स्थानासनाभ्यां विहरेन्न क्वचिद् धैर्यमुत्सृजेत्
Il peut se rouler à même le sol, ou demeurer tout le jour debout sur la pointe des pieds; il peut passer le temps en alternant station debout et assise—mais en aucune circonstance il ne doit abandonner la constance (dhairya).
Verse 28
ग्रीष्मे पञ्चतपाश्च स्याद् वर्षास्वभ्रावकाशकः / आर्द्रवासास्तु हेमन्ते क्रमशो वर्धयंस्तपः
En été, qu’il accomplisse l’austérité des « cinq feux » (pañcatapa) ; pendant la saison des pluies, qu’il demeure à découvert sous les nuées ; et en hiver, qu’il porte des vêtements humides—ainsi, de saison en saison, il accroît progressivement son tapas.
Verse 29
उपस्पृश्य त्रिषवणं पितृदेवांश्च तर्पयेत् / एकपादेन तिष्ठेत मरीचीन् वा पिबेत् तदा
Après avoir accompli l’ācamana et le rite des trois moments (trisavana) aux trois sandhyās, qu’il offre le tarpana aux Pères (pitṛs) et aux Dieux. Puis, comme discipline, qu’il se tienne sur un seul pied, ou même alors « boive » les rayons du soleil (marīci) en vœu de retenue.
Verse 30
पञ्चाग्निर्धूमपो वा स्यादुष्मपः सोमपो ऽपि वा / पयः पिबेच्छुक्लपक्षे कृष्णापक्षे तु गोमयम् / शीर्णपर्णाशनो वा स्यात् कृच्छ्रैर् वा वर्तयेत् सदा
Il peut entreprendre l’austérité des « cinq feux » (pañcāgni), ou vivre en « buvant la fumée », ou en « buvant la vapeur brûlante », ou même en se soutenant de soma. Durant la quinzaine claire (śukla pakṣa), qu’il boive du lait; mais durant la quinzaine sombre (kṛṣṇa pakṣa), qu’il prenne de la bouse de vache. Ou bien qu’il se nourrisse de feuilles tombées et flétries; ainsi doit-il toujours se maintenir par de rudes disciplines expiatoires (kṛcchra).
Verse 31
योगाभ्यासरतश्च स्याद् रुद्राध्यायी भवेत् सदा / अथर्वशिरसो ऽध्येता वेदान्ताभ्यासतत्परः
Qu’il soit voué à la pratique du Yoga, toujours appliqué à la récitation et à la contemplation de Rudra. Qu’il étudie l’Atharvaśiras (Upaniṣad) et demeure assidu à la discipline continue du Vedānta.
Verse 32
यमान् सेवेत सततं नियमांश्चाप्यतन्द्रितः / कृष्णाजिनी सोत्तरीयः शुक्लयज्ञोपवीतवान्
Qu’il pratique sans cesse les yama et, sans négligence, les niyama également ; qu’il porte une peau de daim noir avec un vêtement supérieur, et le yajñopavīta blanc, le cordon sacré du sacrifice.
Verse 33
अथ चाग्नीन् समारोप्य स्वात्मनि ध्यानतत्परः / अनग्निरनिकेतः स्यान्मुनिर्मोक्षपरो भवेत्
Ensuite, ayant établi intérieurement les feux sacrés en son propre Soi et se vouant entièrement à la méditation de l’Ātman, qu’il vive sans feu extérieur et sans demeure fixe ; un tel muni devient tout entier tourné vers la délivrance (mokṣa).
Verse 34
तापसेष्वेव विप्रेषु यात्रिकं भैक्षमाहरेत् / गृहमेधिषु चान्येषु द्विजेषु वनवासिषु
Le pèlerin en voyage ne doit demander l’aumône qu’aux brahmanes ascètes ; et de même aux autres dvija — qu’ils soient maîtres de maison ou habitants de la forêt.
Verse 35
ग्रामादाहृत्य वाश्नीयादष्टौ ग्रासान् वने वसन् / प्रतिगृह्य पुटेनैव पाणिना शकलेन वा
Vivant dans la forêt, qu’il apporte la nourriture du village et ne mange que huit bouchées. Après l’avoir reçue, qu’il ne la prenne que dans le creux des mains — avec les paumes jointes en coupe, avec la main elle-même, ou au moyen d’un petit morceau servant de cuiller.
Verse 36
विविधाश्चोपनिषद आत्मसंसिद्धये जपेत् / विद्याविशेषान् सावित्रीं रुद्राध्यायं तथैव च
Pour la parfaite réalisation du Soi, qu’on récite diverses Upaniṣad ; et qu’on pratique de même les sciences sacrées particulières, telles la Sāvitrī (Gāyatrī) et le Rudrādhyāya aussi.
Verse 37
महाप्रास्थानिकं चासौ कुर्यादनशनं तु वा / अग्निप्रवेशमन्यद् वा ब्रर्ह्मार्पणविधौ स्थितः
Établi dans la discipline de l’offrande de soi à Brahman (brahmārpaṇa-vidhi), il peut entreprendre le Grand Départ (mahāprāsthāna), ou bien observer le jeûne jusqu’à la mort (anaśana) ; ou entrer dans le feu, ou accomplir quelque autre acte ultime, tout en demeurant ferme dans ce rite d’offrande à Brahman.
Verse 38
यस्तु सम्यगिममाश्रमं शिवं संश्रयेदशिवपुञ्जनाशनम् / तापसः स परमैश्वरं पदं याति यत्र जगतो ऽस्य संस्थितिः
Mais l’ascète qui, comme il convient, se réfugie dans cet āśrama béni de Śiva—qui détruit l’amas d’inauspiciosité accumulée—atteint l’état souverain du Seigneur, la demeure Paramaiśvara, où se trouve le fondement même de la stabilité de cet univers.
The shift is defined by a ritually timed forest-departure, adoption of regulated austerity and forest-born diet, continued Vedic obligations (fire-rites and seasonal/lunar sacrifices), and increasing restraint that culminates in yogic meditation and internalization of the sacred fires.
It begins with meticulous śrauta-smārta observances and purity disciplines, then progressively intensifies tapas and ethical restraints, finally directing the practitioner to Rudra-upāsanā, Upaniṣadic recitation, Vedānta discipline, and the inward installation of fires—signaling a movement from external rite to internal realization.
Śiva-āśrama is presented as the refuge that destroys accumulated inauspiciousness and stabilizes the seeker in the liberative goal; it frames the culmination of disciplined Varnāśrama as a Śaiva-Vedāntic attainment of the Paramaiśvara state.