
Sūrya-vaṃśa Genealogy and the Supremacy of Tapas: Gāyatrī-Japa, Rudra-Darśana, and Śatarudrīya Upadeśa
Le chapitre poursuit le mouvement purāṇique des origines cosmiques vers une histoire humaine réglée : il énumère les épouses de Sūrya et sa descendance, puis déroule la généalogie du Sūrya-vaṃśa depuis Manu jusqu’à Ikṣvāku et les rois successifs, jusqu’à Māndhātṛ et des héritiers ultérieurs. Le récit bifurque lorsqu’un roi de la lignée tardive cherche un fils juste et reçoit l’injonction de vénérer Nārāyaṇa/Vāsudeva, montrant la bhakti comme source de lignée et de dharma. L’accent se déplace ensuite vers un roi-ṛṣi exemplaire : après des conquêtes et un Aśvamedha, il demande aux ṛṣis assemblés si le yajña, le tapas ou le renoncement procure le bien suprême. Les sages répondent d’un même élan : les sacrifices et les devoirs du foyer mûrissent vers la vie forestière, mais le tapas est proclamé à maintes reprises comme l’essence des śāstra menant à la délivrance. Le roi remet alors le pouvoir à son fils (en maintenant l’ordre des varṇa), entreprend un long Gāyatrī-japa et reçoit de Brahmā la grâce d’une vie prolongée. Par une ascèse plus profonde, il voit Rudra comme Ardhanārīśvara/Nīlakaṇṭha, reçoit l’enseignement du Śatarudrīya-japa et de l’observance des cendres, puis s’élève à travers la station de Brahmā et l’orbe solaire vers Maheśvara—concluant par la promesse du fruit de l’écoute (śravaṇa-phala) et ouvrant la suite pour une synthèse continue du dharma et du yoga.
Verse 1
इति श्रीकूर्मपुराणे षट्साहस्त्र्यां संहितायां पूर्वविभागे अष्टादशो ऽध्यायः सूत उवाच अदितिः सुषुवे पुत्रमादित्यं कश्यपात् प्रभुम् / तस्यादित्यस्य चैवसीद् भार्याणां तु चतुष्टयम् / संज्ञा राज्ञी प्रभा छाया पुत्रांस्तासां निबोधत
Ainsi, dans le Śrī Kūrma Purāṇa, dans la Saṃhitā Ṣaṭsāhasrī, dans la section antérieure, commence le dix-huitième chapitre. Sūta dit : Aditi enfanta, de Kaśyapa, un fils, Āditya, le Seigneur. Et cet Āditya eut quatre épouses : Saṃjñā, Rājñī, Prabhā et Chāyā. Écoutez maintenant les fils nés d’elles.
Verse 2
संज्ञा त्वाष्ट्री च सुषुवे सूर्यान्मनुमनुत्तमम् / यमं च यमुनां चैव राज्ञी रैवतमेव च
Saṃjñā, fille de Tvaṣṭṛ, enfanta de Sūrya le très excellent Manu ; et aussi Yama et Yamunā, ainsi que Rājñī et Raivata.
Verse 3
प्रभा प्रभातमादित्याच्छाया सावर्णमात्मजम् / शनिं च तपतीं चैव विष्टिं चैव यथाक्रमम्
D’Āditya (le Soleil) naquirent Prabhā et Prabhāta ; et de Chāyā naquirent Sāvarṇa (son fils), ainsi que Śani, Tapatī et Viṣṭi, selon l’ordre établi.
Verse 4
मनोस्तु प्रथमस्यासन् नव पुत्रास्तु संयमाः / इक्ष्वाकुर्नभगश्चैव धृष्टः शर्यातिरेव च
Du premier Manu naquirent neuf fils, maîtres d’eux-mêmes—Ikṣvāku, Nabhaga, Dhṛṣṭa, et aussi Śaryāti (parmi eux).
Verse 5
नरिष्यन्तश्च नाभागो ह्यरिष्टः कारुषकस्तथा / पृषध्रश्च महातेजा नवैते शक्रसन्निभाः
Et il y eut Nariṣyanta, Nābhāga, Ariṣṭa, ainsi que Kāruṣaka; et Pṛṣadhra, au grand éclat. Ces neuf étaient comparables à Śakra (Indra) par la vaillance.
Verse 6
इला ज्येष्ठा वरिष्ठा च सोमवंशविवृद्धये / बुधस्य गत्वा भवनं सोमपुत्रेण संगता
Ilā—l’aînée, la plus éminente—pour l’accroissement de la Dynastie Lunaire, se rendit à la demeure de Budha; et, s’unissant à ce fils de Soma, en devint la cause d’essor.
Verse 7
असूत सौम्यजं देवी पुरूरवसमुत्तमम् / पितॄणां तृप्तिकर्तारं बुधादिति हि नः श्रुतम्
La Déesse enfanta l’excellent Purūravas, fils de Saumya (Budha). Nous avons entendu qu’il naquit de Budha et qu’il comblait les Pitṛ (ancêtres) par les rites et les offrandes.
Verse 8
संप्राप्य पुंस्त्वममलं सुद्युम्न इति विश्रुतः / इला पुत्रत्रयं लेभे पुनः स्त्रीत्वमविन्दत
Ayant recouvré une virilité sans tache, il devint célèbre sous le nom de Sudyumna. D’Ilā il engendra trois fils, puis, ensuite, il retrouva de nouveau l’état de femme.
Verse 9
उत्कलश्च गयश्चैव विनताश्वस्तथैव च / सर्वे ते ऽप्रतिमप्रख्याः प्रपन्नाः कमलोद्भवम्
Utkala et Gayā, ainsi que Vinatāśva—tous, renommés comme sans pareil—prirent refuge auprès du Né du Lotus (Brahmā).
Verse 10
इक्ष्वाकोश्चाभवद् वीरो विकुक्षिर्नाम पार्थिवः / ज्येष्ठः पुत्रशतस्यापि दश पञ्च च तत्सुताः
D’Ikṣvāku naquit un roi héroïque nommé Vikukṣi. Bien qu’Ikṣvāku eût cent fils, Vikukṣi en fut l’aîné; et Vikukṣi eut quinze fils.
Verse 11
तेषाञ्ज्येष्ठः ककुत्स्थो ऽभूत् काकुत्स्थो हि सुयोधनः / सुयोधनात् पृथुः श्रीमान् विश्वकश्च पृथोः सुतः
Parmi eux, l’aîné fut Kakutstha; Kakutstha, en vérité, était aussi nommé Suyodhana. De Suyodhana naquit l’illustre Pṛthu, et Viśvaka fut le fils de Pṛthu.
Verse 12
विश्वकादार्द्रको धीमान् युवनाश्वस्तु तत्सुतः / स गोकर्णमनुप्राप्य युवनाश्वः प्रतापवान्
De Viśvakā naquit le sage Ārdraka, et son fils fut Yuvanāśva. Ce vaillant Yuvanāśva, rayonnant de splendeur royale, se mit en route et parvint à Gokarṇa.
Verse 13
दृष्ट्वा तु गौतमं विप्रं तपन्तमनलप्रभम् / प्रणम्य दण्डवद् भूमौ पुत्रकामो महीपतिः / अपृच्छत् कर्मणा केन धार्मिकं प्राप्नुयात् सुतम्
Voyant le brahmane-sage Gautama, brûlant d’ascèse tel un feu, le roi—désireux d’un fils—se prosterna de tout son long sur la terre. Puis il demanda : «Par quelle action peut-on obtenir un fils juste, conforme au Dharma ?»
Verse 14
गौतम उवाच आराध्य पूर्वपुरुषं नारायणमनामयम् / अनादिनिधनं देवं धार्मिकं प्राप्नुयात् सुतम्
Gautama dit : En adorant Nārāyaṇa, la Personne primordiale, sans aucune affliction, le Dieu sans commencement ni fin, gardien du dharma, on obtient un fils juste, établi dans la Loi sacrée.
Verse 15
यस्य पुत्रः स्वयं ब्रह्मा पौत्रः स्यान्नीललोहितः / तमादिकृष्णमीशानमाराध्याप्नोति सत्सुतम्
Celui dont le fils devient Brahmā lui-même et dont le petit-fils devient Nīlalohita (Rudra) : en adorant cet Īśāna, l’Ādikṛṣṇa, le Sombre primordial, il obtient un fils vertueux et éminent.
Verse 16
न यस्य भगवान् ब्रह्मा प्रभावं वेत्ति तत्त्वतः / तमाराध्य हृषीकेशं प्राप्नुयाद्धार्मिकं सुतम्
Celui dont la vraie majesté n’est pas pleinement connue même du bienheureux Brahmā : en adorant ce Hṛṣīkeśa, on obtient un fils juste, observant le dharma.
Verse 17
स गौतमवचः श्रुत्वा युवनाश्वो महीपतिः / आराधयन्महायोगं वासुदेवं सनातनम्
Ayant entendu les paroles de Gautama, le roi Yuvanāśva, souverain de la terre, se mit à adorer Vāsudeva l’Éternel, le Seigneur suprême réalisé par le Grand Yoga (mahāyoga).
Verse 18
तस्य पुत्रो ऽभवद् वीरः श्रावस्तिरिति विश्रुतः / निर्मिता येन श्रावस्तिर्गौडदेशे महापुरी
Son fils fut un héros vaillant, célèbre sous le nom de Śrāvastī ; c’est lui qui fonda la grande cité de Śrāvastī au pays de Gauḍa.
Verse 19
तस्माच्च बृहदश्वो ऽभूत् तस्मात् कुवलयाश्वकः / धुन्धुमारत्वमगमद् धुन्धुं हत्वा महासुरम्
De lui naquit Bṛhad-aśva ; de celui-ci naquit Kuvalayāśvaka. Ayant terrassé le grand asura Dhundhu, il obtint l’épithète sacrée de « Dhundhumāra », le pourfendeur de Dhundhu.
Verse 20
धुन्धुमारस्य तनयास्त्रयः प्रोक्ता द्विजोत्तमाः / दृढाश्वश्चैव दण्डाश्वः कपिलाश्वस्तथैव च
Ô le meilleur des brahmanes, on dit que Dhundhumāra eut trois fils : Dṛḍhāśva, Daṇḍāśva et Kapilāśva.
Verse 21
दृढाश्वस्य प्रमोदस्तु हर्यश्वस्तस्य चात्मजः / हर्यश्वस्य निकुम्भस्तु निकुम्भात् संहताश्वकः
De Dṛḍhāśva naquit Pramoda, dont le fils fut Haryaśva. De Haryaśva naquit Nikumbha, et de Nikumbha vint Saṃhatāśvaka.
Verse 22
कृशाश्वश्च रणाश्वश्च संहताश्वस्य वै सुतौ / युवनाश्वो रणाश्वस्य शक्रतुल्यबलो युधि
Kṛśāśva et Raṇāśva furent en vérité les deux fils de Saṃhatāśva. Et Yuvanāśva, fils de Raṇāśva, avait au combat une force égale à celle de Śakra (Indra).
Verse 23
कृत्वा तु वारुणीमिष्टिमृषीणां वै प्रसादतः / लेभे त्वप्रतिमं पुत्रं विष्णुभक्तमनुत्तमम् / मान्धातारं महाप्राज्ञं सर्वशस्त्रभृतां वरम्
Puis, ayant accompli le sacrifice Vāruṇī, et par la grâce même des ṛṣi, il obtint un fils sans égal : Māndhātṛ, suprême parmi les dévots de Viṣṇu, d’une grande sagesse, et le premier de tous ceux qui portent les armes.
Verse 24
मान्धातुः पुरुकुत्सो ऽभूदम्बरीषश्च वीर्यवान् / मुचुकुन्दश्च पुण्यात्मा सर्वे शक्रसमा युधि
De Māndhātṛ naquit Purukutsa; puis Ambarīṣa, puissant en vaillance; et Mucukunda, roi à l’âme méritoire—tous, au combat, étaient l’égal de Śakra (Indra).
Verse 25
अम्बरीषस्य दायादो युवनाश्वो ऽपरः स्मृतः / हरितो युवनाश्वस्य हारितस्तत्सुतो ऽभवत्
D’Ambarīṣa surgit un autre héritier nommé Yuvanāśva. De Yuvanāśva naquit Harita, et le fils de Harita fut Hārita.
Verse 26
पुरुकुत्सस्य दायादस्त्रसदस्युर्महायशाः / नर्मदायां समुत्पन्नः संभूतिस्तत्सुतो ऽभवत्
De Purukutsa naquit l’illustre héritier Trasadasyu. Et sur les rives de la Narmadā apparut Saṃbhūti, qui devint son fils.
Verse 27
विष्णुवृद्धः सुतस्तस्य त्वनरण्यो ऽभवत् परः / बृहदशवो ऽनरण्यस्य हर्यश्वस्तत्सुतो ऽभवत्
Son fils fut Viṣṇuvṛddha; et de lui naquit l’éminent Anaraṇya. Le fils d’Anaraṇya fut Bṛhadaśva, et le fils de Bṛhadaśva fut Haryaśva.
Verse 28
सो ऽतीव धार्मिको राजा कर्दमस्य प्रजापतेः / प्रसादाद्धार्मिकं पुत्रं लेभे सूर्यपरायणम्
Ce roi, éminemment juste selon le dharma, obtint par la grâce de Prajāpati Kardama un fils vertueux, voué à Sūrya (le Soleil).
Verse 29
स तु सूर्यं समभ्यर्च्य राजा वसुमनाः शुभम् / लेभे त्वप्रतिमं पुत्रं त्रिधन्वानमरिन्दमम्
Après avoir vénéré comme il se doit le Soleil, le roi Vasumanā—à l’esprit noble et prospère—obtint un fils sans égal, Tridhanvā, dompteur et destructeur des ennemis.
Verse 30
अयजच्चाश्वमेधेन शत्रून् जित्वा द्विजोत्तमाः / स्वाध्यायवान् दानशीलस्तितिक्षुर्धर्मतत्परः
Après avoir vaincu ses ennemis, ce plus éminent des deux-fois-nés accomplit le sacrifice de l’Aśvamedha. Il était voué à l’étude védique, porté au don, patient dans l’épreuve et tout entier tourné vers le dharma.
Verse 31
ऋषयस्तु समाजग्मुर्यज्ञवाटं महात्मनः / वसिष्ठकश्यपमुखा देवाश्चेन्द्रपुरोगमाः
Alors les ṛṣi se rassemblèrent dans l’enceinte sacrificielle du magnanime, conduits par Vasiṣṭha et Kaśyapa; les dieux vinrent aussi, Indra marchant en tête.
Verse 32
तान् प्रणम्य महाराजः पप्रच्छ विनयान्वितः / समाप्य विधिवद् यज्ञं वसिष्ठादीन् द्विजोत्तमान्
S’étant prosterné devant eux, le grand roi—plein d’humilité—après avoir achevé le sacrifice selon le rite prescrit, interrogea les plus éminents sages brāhmanes, tels Vasiṣṭha et les autres.
Verse 33
वसुमना उवाच किंस्विच्छेयस्करतरं लोके ऽस्मिन् ब्राह्मणर्षभाः / यज्ञस्तपो वा संन्यासो ब्रूत मे सर्ववेदिनः
Vasumanā dit : «Ô taureaux des brāhmanes, qu’est-ce donc qui, en ce monde, conduit davantage au bien suprême : le culte sacrificiel (yajña), l’austérité (tapas) ou la renonciation (saṃnyāsa) ? Dites-le-moi, ô vous qui connaissez tout».
Verse 34
वसिष्ठ उवाच अधीत्य वेदान् विधिवत् पुत्रानुत्पाद्य धर्मतः / इष्ट्वा यज्ञेश्वरं यज्ञैर् गच्छेद वनमथात्मवान्
Vasiṣṭha dit : Après avoir étudié les Veda selon la règle, engendré des fils conformément au dharma et adoré le Seigneur du sacrifice (Yajñeśvara) par les rites du yajña, l’homme maître de lui-même doit ensuite se retirer en forêt, en vānaprastha.
Verse 35
पुलस्त्य उवाच आराध्य तपसा देवं योगिनं परमेष्ठिनम् / प्रव्रजेद् विधिवद् यज्ञैरिष्ट्वा पूर्वं सुरोत्तमान्
Pulastya dit : Ayant adoré par le tapas le Dieu suprême—maître des yogin et Ordonnateur très-haut—et après avoir d’abord accompli selon la règle des yajña pour les plus excellents des dieux, qu’on renonce au monde conformément au rite.
Verse 36
पुलह उवाच यमाहुरेकं पुरुषं पुराणं परमेश्वरम् / तमाराध्य सहस्त्रांशुं तपसा मोक्षमाप्नुयात्
Pulaha dit : Celui qu’on déclare être l’unique Puruṣa ancien, le Seigneur suprême ; en adorant cet Être aux mille rayons et par le tapas, on obtient la délivrance (mokṣa).
Verse 37
जमदग्निरुवाच अजस्य नाभावध्येकमीश्वरेण समर्पितम् / बीजं भगवता येन स देवस्तपसेज्यते
Jamadagni dit : «Cette semence unique, sans égale, déposée par le Seigneur dans le lotus du nombril de l’Inengendré, par laquelle le Bienheureux fait surgir la création : ce Deva-là doit être adoré par le tapas.»
Verse 38
विश्वामित्र उवाच यो ऽग्निः सर्वात्मको ऽनन्तः स्वयंभूर्विश्वतोमुखः / स रुद्रस्तपसोग्रेण पूज्यते नेतरैर्मखैः
Viśvāmitra dit : Ce Feu, Âme de tout, infini, auto-né et tourné vers toutes les directions, c’est Rudra ; c’est par la force ardente du tapas qu’il est vraiment honoré, et non par de simples sacrifices (makha).
Verse 39
भरद्वाज उवाच यो यज्ञैरिज्यते देवो जातवेदाः सनातनः / स सर्वदैवततनुः पूज्यते तपसेश्वरः
Bharadvāja dit : La divinité éternelle—Jātavedas—que l’on honore par les rites du yajña, est le corps même de tous les dieux ; en tant que Seigneur de l’ascèse (tapas), il doit être révéré.
Verse 40
अत्रिरुवाच यतः सर्वमिदं जातं यस्यापत्यं प्रजापतिः / तपः सुमहदास्थाय पूज्यते स महेश्वरः
Atri dit : «De qui naît tout cet univers, dont même Prajāpati est la descendance—ce Mahēśvara, établi dans une ascèse immensément grande, est adoré.»
Verse 41
गौतम उवाच यतः प्रधानपुरुषौ यस्य शक्तिमयं जगत् / स देवदेवस्तपसा पूजनीयः सनातनः
Gautama dit : Celui de qui procèdent Pradhāna et Puruṣa, et dont la puissance pénètre cet univers—Lui, Dieu des dieux, l’Éternel, doit être adoré par le tapas.
Verse 42
कश्यप उवाच सहस्त्रनयनो देवः साक्षी स तु प्रजापतिः / प्रसीदति महायोगी पूजितस्तपसा परः
Kaśyapa dit : «Le Dieu aux mille yeux est la Présence témoin ; en vérité, il est Prajāpati. Ce Grand Yogin suprême se réjouit lorsqu’on l’adore par le tapas le plus élevé.»
Verse 43
क्रतुरुवाच प्राप्ताध्ययनयज्ञस् लब्धपुत्रस्य चैव हि / नान्तरेण तपः कश्चिद्धर्मः शास्त्रेषु दृश्यते
Kratu dit : Même pour celui qui a obtenu l’étude védique et le mérite du yajña, et même pour celui qui a des fils, on ne voit dans les śāstra aucun dharma qui existe sans le tapas.
Verse 44
इत्याकर्ण्य स राजर्षिस्तान् प्रणम्यातिहृष्टधीः / विसर्जयित्वा संपूज्य त्रिधन्वानमथाब्रवीत्
Ayant ainsi entendu, le rishi royal—l’esprit grandement réjoui—se prosterna devant ces sages. Puis, après avoir pris congé avec respect et honoré comme il se doit Tridhanvan, il prit la parole.
Verse 45
आराधयिष्ये तपसा देवमेकाक्षराह्वयम् / प्राणं बृहन्तं पुरुषमादित्यान्तरसंस्थितम्
Par l’austérité, j’adorerai la Divinité appelée Ekākṣara, « l’Unique-Syllabe » : le vaste Prāṇa, le Grand Puruṣa, qui demeure au sein d’Āditya, le Soleil.
Verse 46
त्वं तु धर्मरतो नित्यं पालयैतदतन्द्रितः / चातुर्वर्ण्यसमायुक्तमशेषं क्षितिमण्डलम्
Quant à toi, toujours voué au dharma, veille et gouverne—sans la moindre négligence—tout ce cercle de la terre, harmonieusement ordonné selon les quatre varṇa.
Verse 47
एवमुक्त्वा स तद्राज्यं निधायात्मभवे नृपः / जगामारण्यमनघस्तपश्चर्तुमनुत्तमम्
Ayant ainsi parlé, ce roi sans tache confia son royaume à son propre fils, puis gagna la forêt afin d’accomplir des austérités sans égales.
Verse 48
हिमवच्छिखरे रम्ये देवदारुवने शुभे / कन्दमूलफलाहारो मुन्यन्नैरयजत् सुरान्
Sur un charmant sommet de l’Himālaya, dans un heureux bois de cèdres deodars, le muni—se nourrissant de racines, de tubercules et de fruits—adora les dieux avec la simple nourriture des ascètes.
Verse 49
संवत्सरशतं साग्रं तपोनिर्धूतकल्मषः / जजाप मनसा देवीं सावित्ररिं वेदमातरम्
Ayant purifié ses souillures par l’ascèse, il répéta mentalement, en japa, la Déesse Sāvitrī—Mère des Veda—durant cent années entières, et davantage encore.
Verse 50
तस्यैवं जपतो देवः स्वयंभूः परमेश्वरः / हिरण्यगर्भो विश्वात्मा तं देशमगमत् स्वयम्
Tandis qu’il poursuivait ainsi la récitation du mantra, le Dieu Né-de-Lui-même, le Seigneur Suprême—Hiraṇyagarbha, l’Âme de l’univers—vint Lui-même en ce lieu.
Verse 51
दृष्ट्वा देवं समायान्तं ब्रह्माणं विश्वतोमुखम् / ननाम शिरसा तस्य पादयोर्नाम कीर्तयन्
Voyant s’avancer le dieu Brahmā—dont les visages se tournent vers toutes les directions—il inclina la tête à ses pieds, chantant son Nom en louange.
Verse 52
नमो देवाधिदेवाय ब्रह्मणे परमात्मने / हिर्ण्यमूर्तये तुभ्यं सहस्त्राक्षाय वेधसे
Hommage au Dieu au-delà de tous les dieux—à Brahman, au Soi suprême. Hommage à Toi, de forme d’or; au Seigneur aux mille yeux; à Vedhas, le Créateur qui ordonne toute chose.
Verse 53
नमो धात्रे विधात्रे च नमो वेदात्ममूर्तये / सांख्ययोगाधिगम्याय नमस्ते ज्ञानमूर्तये
Hommage au Soutien et à l’Ordonnateur; hommage à Toi dont la forme même est le Veda. Hommage à Toi que l’on réalise par le Sāṅkhya et le Yoga; hommage à Toi, incarnation de la connaissance divine.
Verse 54
नमस्त्रिमूर्तये तुभ्यं स्त्रष्ट्रे सर्वार्थवेदिने / पुरुषाय पुराणाय योगिनां गुरवे नमः
Hommage à Toi, Seigneur aux trois formes (Trimūrti) ; au Créateur, connaisseur de tous les sens et de toutes les fins. Hommage au Puruṣa primordial, à l’Ancien, au Guru des yogins.
Verse 55
ततः प्रसन्नो भगवान् विरिञ्चो विश्वभावनः / वरं वरय भद्रं ते वरदो ऽस्मीत्यभाषत
Alors le Bienheureux Viriñca (Brahmā), soutien de l’univers, satisfait, déclara : «Choisis une grâce ; que l’auspice soit pour toi. Je suis dispensateur de dons».
Verse 56
राजोवाच जपेयं देवदेवेश गायत्रीं वेदमातरम् / भूयो वर्षशतं साग्रं तावदायुर्भवेन्मम
Le roi dit : «Ô Seigneur des dieux, si je répète en japa la Gāyatrī — Mère des Veda —, ma durée de vie s’accroîtra-t-elle jusqu’à cent ans révolus, et au-delà ?»
Verse 57
बाढमित्याह विश्वात्मा समालोक्य नराधिपम् / स्पृष्ट्वा कराभ्यां सुप्रीतस्तत्रैवान्तरधीयत
«Qu’il en soit ainsi», dit l’Âme universelle en regardant le roi. Puis, dans une joie bienveillante, il le toucha des deux mains et disparut sur-le-champ.
Verse 58
सो ऽपि लब्धवरः श्रीमान् जजापातिप्रसन्नधीः / शान्तस्त्रिषवणस्नायी कन्दमूलफलाशनः
Lui aussi — ayant obtenu la grâce et comblé de bon augure — accomplit le japa, l’esprit limpide et apaisé par le Seigneur des créatures. Paisible, il se baignait aux trois jonctions du jour et se nourrissait de racines, de tubercules et de fruits.
Verse 59
तस्य पूर्णे वर्षशते भगवानुग्रदीधितिः / प्रादुरासीन्महायोगी भानोर्मण्डलमध्यतः
Lorsque ses cent années furent pleinement accomplies, le Bienheureux—Ugradīdhiti, le grand Yogin—se manifesta, surgissant du cœur même de l’orbe solaire.
Verse 60
तं दृष्ट्वा वेदविदुषं मण्डलस्थं सनातनम् / स्वयंभुवमनाद्यन्तं ब्रह्माणं विस्मयं गतः
Le voyant—Brahmā, l’Auto-né—maître des Veda, siégeant dans le maṇḍala sacré, éternel, sans commencement ni fin, il fut saisi d’un profond émerveillement.
Verse 61
तुष्टाव वैदिकैर्मन्त्रैः सावित्र्या च विशेषतः / क्षणादपश्यत् पुरुषं तमेव परमेश्वरम्
Il le loua par des mantras védiques, et tout particulièrement par la Sāvitrī (Gāyatrī). En un instant, il contempla ce même Puruṣa comme Parameśvara, le Seigneur suprême.
Verse 62
चतुर्मुखं जटामौलिमष्टहस्तं त्रिलोचनम् / चन्द्रावयवलक्षमाणं नरनारीतनुं हरम्
Il contempla Hara (Śiva) : à quatre visages, la chevelure en jata dressée en couronne, huit bras et trois yeux ; marqué de la lune en ornement ; et dont le corps était à la fois homme et femme (Ardhanārīśvara).
Verse 63
भासयन्तं जगत् कृत्स्नं नीलकण्ठं स्वरश्मिभिः / रक्ताम्बरधरं रक्तं रक्तमाल्यानुलेपनम्
Je contemplai le Seigneur à la Gorge Bleue (Nīlakaṇṭha), illuminant l’univers entier de ses propres rayons : vêtu de rouge, rayonnant de rouge, paré de guirlandes rouges et d’onguents rouges.
Verse 64
तद्भावभावितो दृष्ट्वा सद्भावेन परेण हि / ननाम शिरसा रुद्रं सावित्र्यानेन चैव हि
L’ayant contemplé, lui dont le regard était entièrement pénétré de cet état divin, il—rempli de la plus haute dévotion pure—inclina la tête et se prosterna devant Rudra, et rendit pareillement hommage par la formule Sāvitrī (Gāyatrī).
Verse 65
नमस्ते नीलकण्ठाय भास्वते परमेष्ठिने / त्रयीमयाय रुद्राय कालरूपाय हेतवे
Salut à Toi, ô Nīlakaṇṭha, resplendissant, Seigneur suprême; salut à Rudra, qui est l’incarnation des trois Veda; salut au Principe causal qui prend la forme du Temps.
Verse 66
तदा प्राह महादेवो राजानं प्रीतमानसः / इमानि मे रहस्यानि नामानि शृणु चानघ
Alors Mahādeva, l’esprit rempli de joie, s’adressa au roi : «Ô toi sans faute, écoute ces noms secrets qui sont les Miens.»
Verse 67
सर्ववेदेषु गीतानि संसारशमनानि तु / नमस्कुरुष्व नृपते एभिर्मां सततं शुचिः
Dans tous les Veda sont chantés des hymnes qui apaisent l’enchaînement du saṃsāra. C’est pourquoi, ô Roi, demeurant toujours pur, rends-Moi sans cesse hommage par ces louanges védiques.
Verse 68
अध्यायं शतरुद्रीयं यजुषां सारमुद्धृतम् / जपस्वानन्यचेतस्को मय्यासक्तमना नृप
Ô roi, récite en japa le chapitre Śatarudrīya—tiré comme l’essence même du Yajurveda—l’esprit sans distraction, le cœur fermement attaché à Moi.
Verse 69
ब्रह्मचारी मिताहारो भस्मनिष्ठः समाहितः / जपेदामरणाद् रुद्रं स याति परमं पदम्
Le brahmacārī—sobre dans la nourriture, établi dans la cendre sacrée (bhasma) et intérieurement recueilli—doit répéter le Nom/le mantra de Rudra jusqu’à la mort ; ainsi il atteint l’État Suprême.
Verse 70
इत्युक्त्वा भगवान् रुद्रो भक्तानुग्रहकाम्यया / पुनः संवत्सरशतं राज्ञे ह्यायुरकल्पयत्
Après avoir ainsi parlé, le Seigneur bienheureux Rudra—désireux d’accorder sa grâce au dévot—décréta de nouveau pour le roi une durée de vie de cent ans.
Verse 71
दत्त्वास्मै तत् परं ज्ञानं वैराग्यं परमेश्वरः / क्षणादन्तर्दधे रुद्रस्तदद्भुतमिवाभवत्
Parameśvara Rudra lui conféra la connaissance suprême et le plus haut détachement (vairāgya) ; puis, en un instant, Rudra se déroba—ce qui parut vraiment prodigieux.
Verse 72
राजापि तपसा रुद्रं जजापानन्यमानसः / भस्मच्छन्नस्त्रिषवणं स्नात्वा शान्तः समाहितः
Le roi, lui aussi, par le tapas (austérité), récita Rudra d’un esprit sans partage. Enduit de bhasma (cendre sacrée), se baignant aux trois jonctions du jour (trisavana), il demeura paisible et fermement recueilli en méditation.
Verse 73
जपतस्तस्य नृपतेः पूर्णे वर्षशते पुनः / योगप्रवृत्तिरभवत् कालात् कालात्मकं परम्
Tandis que ce roi poursuivait sa japa, lorsqu’un plein siècle fut accompli de nouveau, le courant du Yoga s’éveilla en lui—par Kāla, le Temps, Réalité suprême dont la nature est le Temps même.
Verse 74
विवेश तद् वेदसारं स्थानं वै परमेष्ठिनः / भानोः स मण्डलं शुभ्रं ततो यातो महेश्वरम्
Il entra dans ce séjour qui est l’essence même des Veda — la demeure suprême de Parameṣṭhin (Brahmā). Puis il atteignit l’orbe du Soleil, resplendissant et pur, et de là il poursuivit vers Mahādeva (Maheśvara).
Verse 75
यः पठेच्छृणुयाद् वापि राज्ञश्चरितमुत्तमम् / सर्वपापविनिर्मुक्तो ब्रह्मलोके महीयते
Quiconque récite, ou même écoute, ce récit excellent de la noble conduite du roi, est délivré de tous les péchés et honoré dans le monde de Brahmā (Brahmaloka).
The sages present a staged dharma: Vedic study, progeny, and yajña mature into forest-life, but they repeatedly emphasize tapas as the decisive essence that perfects merit and leads to liberation; renunciation is framed as meaningful when preceded by fulfilled sacrificial and social obligations.
The narrative uses Gāyatrī-japa to open Vedic realization that culminates in a Shaiva theophany, expressing samanvaya. Rudra instructs continual salutation through Vedic hymns, prescribes Śatarudrīya-japa with undistracted devotion, and commends brahmacarya, moderation, and bhasma as a direct path to the Supreme State.