Adhyaya 7
Prabhasa KhandaVastrapatha Kshetra MahatmyaAdhyaya 7

Adhyaya 7

Le chapitre 7 se présente comme un dialogue sur la causalité karmique, la métamorphose du corps et l’efficacité des tīrtha. Un roi interroge une jeune femme dont le visage paraît celui d’une biche, et lui demande son origine. Elle raconte un épisode de conception sur la rive du Gaṅgā, lié à l’ascète Uddālaka : un concours de circonstances autour d’un vīrya-bindu et d’une biche explique sa condition—humaine par l’identité, mais marquée d’un visage de cervidé. Le propos se tourne ensuite vers le compte moral : la femme relie sa chasteté à travers de nombreuses naissances à l’ancienne défaillance du roi envers le kṣatriya-dharma, d’où l’accumulation de péché et la nécessité d’expiation, avec des motifs évoquant l’auto-immolation. Le texte dresse un catalogue de morts et d’actes méritoires : mourir au champ de bataille, nourrir et faire l’aumône chaque jour, et mourir en des tīrtha nommés, dont Vastrāpatha à Prabhāsa. Une voix sans corps (aśarīriṇī) encadre la séquence karmique du roi : d’abord subir le fruit du péché, puis atteindre le ciel. Une instruction rituelle est donnée : si le roi dépose une tête/effigie dans les eaux de la Swarnarekhā à Vastrāpatha, son visage redeviendra humain. Un messager/portier est envoyé; la tête est retrouvée dans la forêt et libérée selon le rite au tīrtha; la jeune fille observe un vœu de Cāndrāyaṇa pendant un mois et se transforme en une beauté humaine décrite comme divine. Le chapitre s’achève par une louange, en voix d’Īśvara, du kṣetra : déclaré suprême parmi les régions et les forêts, peuplé de dieux et d’êtres semi-divins, avec Śiva (Bhava) établi à demeure; bain sacré, sandhyā, tarpaṇa, śrāddha et offrande de fleurs procurent la délivrance du devenir mondain et l’ascension au ciel.

Shlokas

Verse 1

राजोवाच । कथं त्वं हरिणीरूपे जाता मानुषरूपिणी । केन संवर्धिता बाल्ये कथं ते रूपमीदृशम्

Le roi dit : « Comment es-tu née sous la forme d’une biche, tout en possédant un corps humain ? Qui t’a élevée durant l’enfance, et comment as-tu obtenu une apparence pareille ? »

Verse 2

मृग्युवाच । शृणु देव प्रवक्ष्यामि यद्वृत्तं कन्यके वने । ऋषिरुद्दालकोनाम गंगाकूले महातपाः

La femme-biche dit : « Écoute, ô roi ; je vais te dire ce qui advint dans la forêt de Kanyaka. Sur la rive de la Gaṅgā se tenait un grand ascète, le sage nommé Uddālaka. »

Verse 3

प्रभाते मूत्रमुत्सृष्टुं गतो देव वनांतरे । मूत्रांते पतितो भूमौ वीर्यबिंदुर्द्विजन्मनः

À l’aube, ô roi, il se rendit au cœur de la forêt pour uriner. À la fin de cet acte, une goutte de la semence du « deux-fois-né » tomba sur le sol.

Verse 4

यावत्स चलितो विप्रः शौचं कृत्वा प्रयत्नतः । तावन्मृगी समायाता दृष्ट्वा पुष्पवनांतरात्

Tandis que le brahmane s’éloignait, après avoir accompli avec soin le rite de purification, une biche survint à cet instant même, l’ayant aperçu depuis l’intérieur d’un bosquet fleuri.

Verse 5

चापल्याद्भक्षितं वीर्यं दृष्टं ब्रह्मर्षिणा स्वयम् । यस्मादश्नाति मे वीर्यं तस्माद्गर्भो भविष्यति

Par agitation, elle mangea la semence — le brahmarṣi lui-même le vit de ses propres yeux. «Puisqu’elle a consommé ma semence, il en résultera une grossesse», conclut-il.

Verse 6

ममरूपा तववक्त्रा नारी गर्भे भविष्यति । वर्द्धयिष्यति देव्यस्तां रसैर्दिव्यैः सुतां तव

Une femme — portant ma forme même et ton visage même — sera conçue dans un sein. La Déesse nourrira et fera grandir cette fille qui sera la tienne, par des essences divines.

Verse 7

केनापि दैवयोगेन ज्ञानं तस्या भविष्यति । एवमुद्दालकादेव संजाताहं मृगानना । प्रविश्याग्नौ मृता पूर्वं त्वया सार्द्धं नराधिप

Par quelque mystérieuse conjonction du destin, la connaissance s’éveillera en elle. Ainsi, de Uddālaka seul je naquis sous le nom de Mṛgānanā. Jadis, ô roi, j’entrai dans le feu et mourus avec toi.

Verse 8

तस्माज्जातं सतीत्वं मे सप्तजन्मनि वै प्रभो । यत्त्वया कुर्वता राज्यं पापं वै समुपार्जितम्

Ainsi, ô seigneur, ma fidélité de satī s’est manifestée au fil de sept naissances, car tandis que tu gouvernais le royaume, le péché s’est véritablement accumulé.

Verse 9

क्षत्त्रधर्मं परित्यज्य पलायनपरो मृतः । तदेनो हि मया दग्धं चिताग्नौ नृपसत्तम

Ayant renoncé au dharma du kṣatriya, tu mourus l’esprit tourné vers la fuite. Pourtant, ce péché même, je l’ai brûlé dans le feu du bûcher funéraire, ô meilleur des rois.

Verse 10

पतिं गृहीत्वा या नारी मृतमग्नौ विशेद्यदि । सा तारयति भर्तारमात्मानं च कुलद्वयम्

Si une femme, saisissant son époux, entre dans le feu après sa mort, elle délivre son mari, elle-même et les deux lignées.

Verse 11

गोग्रहे देशभंगे च संग्रामे सम्मुखे मृतः । स सूर्यमण्डलं भित्त्वा ब्रह्मलोके महीयते

Celui qui meurt face à l’ennemi—qu’il protège les vaches, défende la terre ou combatte au front—perce l’orbe du soleil et est honoré dans le monde de Brahmā.

Verse 12

अनाशकं यो विदधाति मर्त्त्यो दिनेदिने यज्ञसहस्रपुण्यम् । स याति यानेन गणान्वितेन विधूय पापानि सुरैः स पूज्यते

Le mortel qui observe chaque jour le jeûne obtient le mérite de mille sacrifices. Secouant ses péchés, il s’en va sur un char céleste escorté de troupes divines, et les dieux l’honorent.

Verse 13

गंगाजले प्रयागे वा केदारे पुष्करे च ये । वस्त्रापथे प्रभासे च मृतास्ते स्वर्गगामिनः

Ceux qui meurent dans les eaux de la Gaṅgā, ou à Prayāga, ou à Kedāra, ou à Puṣkara—et de même à Vastrāpatha, à Prabhāsa—sont voués au ciel.

Verse 14

द्वारावत्यां कुरुक्षेत्रे योगाभ्यासेन ये मृताः । हरिरित्यक्षरं मृत्यौ येषां ते स्वर्गगामिनः

Ceux qui meurent à Dvāravatī ou à Kurukṣetra par la discipline du yoga—et ceux dont les lèvres, à l’instant de la mort, portent la syllabe « Hari »—ceux-là vont au ciel.

Verse 15

पूजयित्वा हरिं ये तु भूमौ दर्भतिलैः सह । तिलांश्च पञ्चलोहं च दत्त्वा ये तु पयस्विनीम्

Ceux qui vénèrent Hari à même le sol, avec l’herbe darbha et le sésame—et ceux qui offrent du sésame et les cinq métaux, et qui donnent en aumône une vache laitière—obtiennent des fruits propices.

Verse 16

ये मृता राजशार्दूल ते नराः स्वर्ग गामिनः । उत्पाद्य पुत्रान्संस्थाप्य पितृपैतामहे पदे

Ô tigre parmi les rois ! Les hommes qui meurent (dans ce contexte sacré) vont au ciel—après avoir engendré des fils et les avoir établis dans la condition ancestrale, prolongeant la lignée des pères et des aïeux.

Verse 17

निर्मला निष्कलंका ये ते मृताः स्वर्गगामिनः । व्रतोपवासनिरताः सत्याचारपरायणाः । अहिंसानिरताः शांतास्ते नराः स्वर्गगामिनः

Ceux qui sont purs et sans tache—lorsqu’ils meurent—vont au ciel. Dévoués aux vœux et aux jeûnes, fermes dans la conduite véridique, attachés à la non-violence et établis dans la paix : de tels hommes, assurément, atteignent le ciel.

Verse 18

सापवादो रणं त्यक्त्वा मृतो यस्मान्नराधिप । सप्तयोनिषु ते जन्म तस्माज्जातं मया सह

Ô seigneur des hommes, parce qu’il mourut après avoir quitté le champ de bataille—portant le blâme—il naquit à travers sept matrices ; ainsi advint-il que, dans le cours des renaissances, il naquit avec moi.

Verse 19

त्वां विना मे पतिर्मा भून्मरणे याचितं मया । तदांतरिक्षे राजेन्द्र वागुवाचाशरीरिणी । आदौ पापफलं भुक्त्वा पश्चा त्स्वर्गं गमिष्यसि

«Que mon époux ne soit pas privé de toi»—ainsi priai-je à l’heure de la mort. Alors, ô roi des rois, une voix sans corps retentit dans le ciel : «D’abord tu goûteras le fruit du péché ; ensuite tu iras au ciel».

Verse 20

यदि वस्त्रापथे गत्वा शिरः कश्चिद्विमुंचति । स्वर्णरेखाजले राजन्मानुषं स्यान्मुखं मम

Ô roi, si quelqu’un se rend à Vastrāpatha et y dépose (offre) une tête, alors, dans les eaux de la Svarṇarekhā, mon visage deviendra visage humain.

Verse 21

अहं मानुषवक्त्राऽस्मि पापच्छायाऽवृतं मुखम् । दृश्यते मृगवक्त्राभं तस्माच्छीघ्रं विमुंचय

J’ai un visage humain, mais il est voilé par l’ombre du péché. Il paraît semblable au visage d’une biche ; c’est pourquoi, délivre-le sans tarder (et mets en œuvre le remède).

Verse 22

इति श्रुत्वा वचो राजा सारस्वतमुदैक्षत । जनो विहस्य सानन्दं सर्वं सत्यं मृगीवचः

Entendant ces paroles, le roi tourna son regard vers Sārasvata. Le peuple, riant de joie, reconnut que chaque mot prononcé par la biche était véridique.

Verse 23

इत्युक्त्वाऽह द्विजेन्द्रः स एवं कुरु नृपोत्तम । एवं राज्ञा समादिष्टः प्रतीहारो ययौ वनम्

Après avoir ainsi parlé, le plus excellent des brahmanes dit : «Fais donc ainsi, ô meilleur des rois». Sur l’ordre du roi, le pratīhāra (chambellan) partit vers la forêt.

Verse 24

वस्त्रापथे महातीर्थे भवं द्रष्टुं त्वरान्वितः । त्वक्सारजालिर्महती स्वर्णरेखाजलोपरि

Se hâtant de contempler Bhava (Śiva) au grand gué sacré de Vastrāpatha, il vit un vaste filet de fibres d’écorce déployé sur les eaux de la Svarṇarekhā.

Verse 25

वर्त्तते तच्छिरो यत्र वंशप्रोतं महावने । सारस्वतस्य शिष्येण कुशलेन निवेदितम्

Là où se trouvait cette tête—fixée à une hampe de bambou dans la grande forêt—cela fut rapporté avec justesse par Kuśala, disciple de Sārasvata.

Verse 26

तीर्थं वस्त्रापथं गत्वा भवस्याग्रे महानदी । जाले तत्र शिरो दृष्टं तच्च तोये विमोचितम्

S’étant rendu au tīrtha nommé Vastrāpatha, au grand fleuve devant Bhava (Śiva), il y vit une tête prise dans un filet et la relâcha dans l’eau.

Verse 27

स्नात्वा संपूज्य तीर्थेशं प्रतीहारः समभ्यगात् । शिष्येण सहितो वेगाद्रथेनादित्यवर्चसा

Après s’être baigné et avoir dûment adoré le Seigneur du Tīrtha, le pratīhāra (officier du palais) arriva en hâte, accompagné de son disciple, sur un char éclatant comme le soleil.

Verse 28

यदागतः प्रतीहारस्तदा सारस्वतेन सा । वृता चान्द्रायणेनैव मासमेकं निरन्तरम्

Lorsque le pratīhāra arriva, elle observait la discipline sārasvata et, de plus, accomplissait sans relâche, durant un mois entier, le vœu de Cāndrāyaṇa.

Verse 29

संपूर्णे तु व्रते तस्या दिव्यं वक्त्रं सुलोचनम् । सुशोभनं दीर्घकेशं दीर्घकर्णं शुभद्विजम्

Lorsque son vœu fut accompli, elle manifesta un visage divin et splendide, aux beaux yeux : rayonnant, aux longs cheveux et aux longues oreilles, avec des dents excellentes et de bon augure.

Verse 30

कम्बुग्रीवं पद्मगंधं सर्वलक्षणसंयुतम् । व्रतांते मूर्च्छिता बाला गतज्ञाना वभूव सा

Elle avait un cou semblable à une conque et un parfum de lotus, pourvue de tous les signes de bon augure ; pourtant, à la fin du vœu, la jeune fille s’évanouit, perdit connaissance et toute lucidité.

Verse 31

न देवी न च गंधर्वी नासुरी न च किंनरी । यादृशी सा तदा जाता तीर्थभावेन सुन्दरी

Elle n’était ni déesse, ni gandharvī, ni asurī, ni kinnarī ; telle fut pourtant la beauté qu’elle obtint alors, par la seule puissance du tīrtha.

Verse 32

परिणीता तु सा तेन भोजराजेन सुन्दरी । मृगीमुखीति विख्याता देवी सा भुवनेश्वरी

Cette femme splendide fut épousée par le roi Bhoja ; elle devint célèbre sous le nom de « Mṛgīmukhī » (au visage de biche). Elle était une Déesse — Bhuvaneśvarī elle-même.

Verse 33

न जानाति पुनः किंचिद्यद्वृत्तं राजमन्दिरे । कृता सा पट्टमहिषी भोजराजेन धीमता

Elle ne sut plus rien de ce qui s’était passé dans le palais royal ; le sage roi Bhoja la fit sa reine principale (paṭṭa-mahiṣī).

Verse 34

ईश्वर उवाच । देशानां प्रवरो देशो गिरीणां प्रवरो गिरिः । क्षेत्राणामुत्तमं क्षेत्रं वनानामुत्तमं वनम्

Īśvara dit : «Parmi les contrées, celle-ci est la plus éminente ; parmi les montagnes, la montagne la plus éminente ; parmi les kṣetra sacrés, le kṣetra suprême ; et parmi les forêts, la forêt suprême.»

Verse 35

गंगा सरस्वती तापी स्वर्णरेखाजले स्थिता । ब्रह्मा विष्णुश्च सूर्यश्च सर्व इन्द्रादयः सुराः

Gaṅgā, Sarasvatī et Tāpī demeurent dans les eaux de la Svarṇarekhā ; Brahmā, Viṣṇu et Sūrya s’y trouvent aussi, ainsi que tous les dieux, à commencer par Indra.

Verse 36

नागा यक्षाश्च गन्धर्वा अस्मिन्क्षेत्रे व्यवस्थिताः । ब्रह्मांडं निर्मितं येन त्रैलोक्यं सचराचरम्

Les Nāga, les Yakṣa et les Gandharva demeurent établis dans ce kṣetra sacré. Ici se tient Celui par qui fut façonné le brahmāṇḍa, les trois mondes, avec tout ce qui se meut et tout ce qui demeure immobile.

Verse 37

देवा ब्रह्मादयो जाताः स भवोऽत्र व्यवस्थितः । शिवो भवेति विख्यातः स्वयं देवस्त्रिलोचनः

Les dieux — Brahmā et les autres — vinrent à l’existence ; et ce Bhava est établi ici. Il est Śiva, renommé sous le nom de « Bhava » — le Seigneur aux Trois Yeux, en sa propre personne.

Verse 38

वेवेति स्कन्दरचनाद्भवानी चात्र संस्थिता । अतो यन्नाधिकं प्रोक्तं तीर्थं देवि मया तव

Par l’exclamation de Skanda — « Veve ! » — Bhavānī aussi s’établit ici. Ainsi, ô Déesse, je t’ai révélé ce tīrtha ; rien de plus grand ne demeure à dire.

Verse 39

तस्मिञ्जले स्नानपरो नरो यदि संध्यां विधायानु करोति तर्पणम् । श्राद्धं पितॄणां च ददाति दक्षिणां भवोद्भवं पश्यति मुच्यते भवात्

Si un homme se baigne avec ferveur dans cette eau, accomplit les rites de sandhyā puis offre le tarpaṇa; s’il célèbre le śrāddha pour les Pitṛ et donne la dakṣiṇā requise—il contemple Bhavodbhava et se trouve délivré du bhava, le devenir du monde.

Verse 40

अथ यदि भवपूजां दिव्यपुष्पैः करोति तदनु शिवशिवेति स्तोत्रपाठं च गीतम् । सुरवर गणवृन्दैः स्तूयमानो विमानैः सुरवरशिवरूपो मानवो याति नाकम्

Et si l’on vénère Bhava avec des fleurs divines, puis que l’on récite des stotra et chante la louange « Śiva, Śiva », cette personne—célébrée par les troupes des dieux les plus nobles et portée sur des vimāna célestes—gagne le ciel, obtenant une forme semblable à celle de Śiva parmi les dieux.