
Cet adhyāya prend la forme d’un entretien théologique entre Śiva et Devī. Il situe d’abord, dans la région de Prabhāsa, un sanctuaire solaire nommé Nāradaāditya, auquel est assignée une vertu salvatrice : ôter la vieillesse (jarā) et la pauvreté (dāridrya). Devī demande comment le sage Nārada a pu être atteint par la vieillesse. Śiva raconte un épisode à Dvāravatī : Sāmba, fils de Kṛṣṇa, n’ayant pas manifesté le respect dû, est admonesté par Nārada. Sāmba réplique en critiquant la vie ascétique et, dans sa colère, maudit Nārada afin qu’il soit soumis à jarā. Accablé, Nārada se retire en un lieu pur et solitaire, y installe une belle image de Sūrya, louée comme « destructeur de toute pauvreté », puis offre une suite de stotras glorifiant le Soleil comme forme védique (Ṛk/Sāman), lumière immaculée, cause omniprésente et dissipateur des ténèbres. Sūrya, satisfait, se manifeste et accorde une grâce : Nārada retrouve un corps de jeunesse. Un bienfait public est aussi énoncé comme règle de darśana : quiconque voit Sūrya un dimanche coïncidant avec le septième jour lunaire (ravivāra-saptamī) est promis à l’absence de crainte face à la maladie. Le chapitre s’achève en affirmant, en phalāśruti, la puissance du sanctuaire à détruire le pāpa (péché).
Verse 1
ईश्वर उवाच । ततो गच्छेन्महादेवि तस्याः पूर्वेण संस्थितम् । नारदादित्यनामानं जरादारिद्र्यनाशनम्
Īśvara dit : Ensuite, ô Grande Déesse, il convient d’aller au sanctuaire situé à l’est de ce lieu, nommé Nārada-Āditya, qui détruit la vieillesse et la pauvreté.
Verse 2
पश्चिमे मूलचंडीशाद्धनुषां च शतत्रये । आराध्य नारदो देवि भास्करं वारितस्करम् । जरा निर्मुक्तदेहस्तु तत्क्षणात्समपद्यत
À l’ouest de Mūla-Caṇḍīśa, à trois cents longueurs d’arc, ô Déesse, Nārada adora Bhāskara (le Soleil), celui qui repousse les voleurs ; et à l’instant même il obtint un corps délivré de la vieillesse.
Verse 3
देव्युवाच । कथं जरामनुप्राप्तो नारदो मुनिपुंगवः । कथमाराधितः सूर्य एतन्मे वद शंकर
La Déesse dit : « Comment Nārada, le plus éminent des sages, en vint-il à être atteint par la vieillesse ? Et comment le Soleil fut-il adoré ? Dis-le-moi, ô Śaṅkara. »
Verse 4
ईश्वर उवाच । यदा द्वारवतीं प्राप्तो नारदो मुनिपुंगवः । सर्वे दृष्टास्तदा तेन विष्णोः पुत्रा महाबलाः
Īśvara dit : « Lorsque Nārada, le plus éminent des sages, parvint à Dvāravatī, il y vit alors tous les puissants fils de Viṣṇu. »
Verse 5
तद्राजकुलमध्ये तु क्रीडमाना परस्परम् आयांतं नारदं दृष्ट्वा सर्वे विनयसंयुताः
Au sein de cette demeure royale, tandis qu’ils se divertissaient entre eux, en voyant Nārada s’approcher, tous furent saisis de bienséance et de respect.
Verse 6
नमश्चक्रुर्यथान्यायं विना सांबं त्वरान्विताः । अविनीतं तु तं दृष्ट्वा कथयामास नारदः
Ils offrirent promptement leur salut selon l’usage prescrit—sauf Sāmba. Le voyant dépourvu d’humilité, Nārada prit alors la parole.
Verse 7
शरीरमदमत्तोऽसि यस्मात्सांब हरेः सुत । अचिरेणैव कालेन शापं प्राप्स्यसि दारुणम्
Parce que tu es enivré d’orgueil pour ton corps, ô Sāmba, fils de Hari, d’ici peu tu encourras une terrible malédiction.
Verse 8
सांब उवाच । नमस्कारेण किं कार्यमृषीणां च जितात्मनाम् । आशीर्वादेन तेषां च तपोहानिः प्रजायते
Sāmba dit : À quoi bon des salutations envers des sages maîtres d’eux-mêmes ? Et lorsqu’ils accordent des bénédictions, leur puissance d’austérité s’en trouve diminuée.
Verse 9
मुनीनां यः स्वभावो हि त्वयि लेशो न नारद । विद्यते ब्रह्मणः पुत्र उच्यते किमतः परम्
Ô Nārada, on ne trouve en toi pas même une trace de la nature attendue des munis. On te nomme fils de Brahmā : que dire de plus ?
Verse 10
न कलत्रं न ते पुत्रा न च पौत्रप्रपौत्रकाः । न गृहं नैव च द्वारं न हि गावो न वत्सकाः
Tu n’as ni épouse, ni fils, ni petits-fils ou arrière-petits-fils ; tu n’as pas de maison, pas même un seuil ; tu n’as ni vaches ni veaux.
Verse 11
ब्रह्मणो मानसः पुत्रो ब्रह्मचर्ये व्यवस्थितः । अयुक्तं कुरुते नित्यं कस्मात्प्रकृतिरीदृशी
Fils né de l’esprit de Brahmā, établi dans le brahmacarya, et pourtant tu fais sans cesse ce qui est inconvenant. Pourquoi ta nature est-elle ainsi ?
Verse 12
युद्धं विना न ते सौख्यं सौख्यं न कलहं विना । यादृशस्तादृशो वापि वाग्वादोऽपि सदा प्रियः
Sans combat tu ne trouves point de paix, et sans querelle tu ne trouves point de paix. Quelle que soit l’occasion, la dispute verbale t’est toujours chère.
Verse 13
स्नानं संध्या जपो होमस्तर्पणं पितृदेवयोः । नारदः कुरुते चान्यदन्यत्कुर्वंति ब्राह्मणाः
Le bain rituel, les prières du crépuscule (sandhyā), le japa, le homa et les offrandes de satisfaction (tarpaṇa) aux ancêtres et aux dieux : telles sont les observances des brāhmaṇas; mais Nārada accomplit autre chose.
Verse 14
कौमारेण तु गर्विष्ठो यस्मान्मां शापयिष्यसि । तस्मात्त्वमपि विप्रर्षे जरायुक्तो भविष्यसि
Parce que, enflé de l’orgueil de la jeunesse, tu me maudiras; ainsi toi aussi, ô brāhmaṇa-voyant, tu seras accablé par la vieillesse.
Verse 15
एवं शप्तस्तदा देवि नारदो मुनिपुंगवः । एकान्ते निर्मले स्थाने कंटकास्थिविवर्जिते
Ainsi, en ce temps-là, ô Déesse, Nārada—le plus éminent des munis—ainsi maudit, se rendit en un lieu solitaire et pur, sans souillure, exempt d’épines et d’ossements.
Verse 16
कृष्णाजिनपरिच्छिन्ने ह्युपविष्टो वरासने । ऋषितोया तटे रम्ये प्रतिष्ठाप्य महामुनिः
Assis sur un siège excellent recouvert d’une peau de cerf noir, le grand sage, sur la belle rive de la Ṛṣitoyā, installa selon le rite l’objet de vénération.
Verse 17
सूर्यस्य प्रतिमां रम्यां सर्वदारिद्र्यनाशिनीम् । तुष्टाव विविधैः स्तोत्रैरादित्यं तिमिरापहम्
Il loua la belle effigie de Sūrya, qui détruit toute pauvreté, et célébra Āditya, le dissipateur des ténèbres, par de nombreux hymnes.
Verse 18
नमस्त ऋक्स्वरूपाय साम्नां धामग ते नमः । ज्ञानैकरूपदेहाय निर्धूततमसे नमः
Salut à Toi dont la forme même est le Ṛk ; salut à Toi, demeure des chants Sāman. Salut à Toi dont le corps est l’unique essence de la connaissance ; salut à Toi qui as rejeté toutes ténèbres.
Verse 19
शुद्धज्योतिःस्वरूपाय निर्मूर्तायामलात्मने । वरिष्ठाय वरेण्याय सर्वस्मै परमात्मने
Salut au Soi suprême, dont la nature est pure lumière ; à l’Être sans forme, à l’essence immaculée ; au plus excellent, au plus digne d’être choisi ; au Tout-en-tout, le Paramātman.
Verse 20
नमोऽखिलजगद्व्यापिस्वरूपानंदमूर्तये । सर्वकारणपूताय निष्ठायै ज्ञानचेतसाम्
Hommage à Celui dont la nature pénètre l’univers entier et dont la forme est la béatitude même. Hommage au Pur, sanctificateur et racine de toutes les causes ; à la Réalité inébranlable où s’établissent les esprits des sages, voués à la connaissance.
Verse 21
नमः सर्वस्वरूपाय प्रकाशालक्ष्यरूपिणे । भास्कराय नमस्तुभ्यं तथा दिनकृते नमः
Salut à Toi qui revêts toutes les formes, dont la forme véritable n’est saisie même par la lumière. Ô Bhāskara, salut à Toi ; salut aussi à Toi, créateur du jour.
Verse 22
ईश्वर उवाच । एवं संस्तुवतस्तस्य पुरतस्तस्य चेतसा । प्रादुर्बभूव देवेशि जगच्चक्षुः सनातनः । उवाच परमं प्रीतो नारदं मुनिपुंगवम्
Īśvara dit : Tandis qu’il louait ainsi, l’esprit concentré, ô Déesse, l’Œil éternel du monde apparut devant lui. Dans une joie profonde, il s’adressa à Nārada, le plus éminent des sages.
Verse 23
सूर्य उवाच । वरं वरय विप्रर्षे यस्ते मनसि वर्तते । तुष्टोऽहं तव दास्यामि यद्यपि स्यात्सुदुर्लभम्
Sūrya dit : Ô sage brahmane, choisis une grâce, ce qui demeure dans ton esprit. Je suis satisfait et je te l’accorderai, fût-ce une chose extrêmement difficile à obtenir.
Verse 24
नारद उवाच । कुमार वयसा युक्तो जरायुक्तकलेवरः । प्रसादात्स्यां हि ते देव यदि तुष्टो दिवाकर
Nārada dit : Ô Dieu — ô Divākara — si Tu es satisfait, que par Ta grâce je possède une jeunesse d’âge, tout en portant encore un corps marqué par la vieillesse.
Verse 25
सप्तम्यां रविवारेण यस्त्वां पश्यति मानवः । तस्य रोग भयं माऽस्तु प्रसादात्तिमिरापह
Au septième jour lunaire, lorsqu’il tombe un dimanche, tout homme qui Te contemple—par Ta grâce, ô Dissipateur des ténèbres—qu’il soit sans crainte de maladie.
Verse 26
ईश्वर उवाच । एवं भविष्यतीत्युक्त्वा ह्यन्तर्धानं गतो रविः । इत्येतत्कथितं देवि माहात्म्यं सकलं तव । नारदादित्यदेवस्य सर्वपातकनाशनम्
Īśvara dit : Ayant déclaré : « Ainsi en sera-t-il », Ravi disparut de la vue. Ainsi, ô Déesse, ton māhātmya tout entier a été exposé — au sujet de Nārada et du Seigneur Āditya, destructeur de tous les péchés.
Verse 305
इति श्रीस्कांदे महापुराण एकाशीतिसाहस्र्यां संहितायां सप्तमे प्रभास खण्डे प्रथमे प्रभासक्षेत्रमाहात्म्ये नारदादित्यमाहात्म्यवर्णनंनाम पञ्चोत्तरत्रिशततमोऽध्यायः
Ainsi s’achève le trois-cent-cinquième chapitre, intitulé « Description de la grandeur de Nārada et du Seigneur Āditya », dans la première partie, le Prabhāsakṣetramāhātmya, du Prabhāsa Khaṇḍa du Śrī Skanda Mahāpurāṇa (le recueil de quatre-vingt-un mille vers).