Adhyaya 24
Mahesvara KhandaKaumarika KhandaAdhyaya 24

Adhyaya 24

Ce chapitre s’ouvre sur le récit de Nārada, rapportant un échange antérieur avec Himālaya : la main droite levée (uttāna) de la future Déesse est comprise comme un geste perpétuel d’« abhaya », accordant à tous les êtres la protection et l’absence de crainte. Nārada indique qu’il demeure une grande mission divine : pour l’ordre cosmique, Śiva doit être réuni à la Devī née de l’Himālaya, Pārvatī. À l’instigation de Nārada, Indra convoque Kāma (Manmatha). Celui-ci formule des objections éthiques inspirées de l’ascèse : dans le Vedānta et les discours des renonçants, le désir est souvent blâmé comme un voile sur la connaissance et un adversaire constant des sages. Indra répond par une théologie fonctionnelle du désir, distinguant trois modalités de Kāma (tāmasa, rājasa, sāttvika) et soutenant que l’intention désirante (kāmanā) fonde les accomplissements du monde, tandis qu’un désir discipliné peut servir des fins plus hautes. Kāma, accompagné de Vasanta et de Rati, se rend à l’āśrama de Śiva, l’aperçoit plongé dans un samādhi profond et tente d’entrer par une perturbation subtile (prétexte du bourdonnement d’une abeille). Śiva perçoit la présence invisible, se retourne et, après l’avoir traquée, libère le feu du troisième œil, réduisant Kāma en cendres. L’excès de flamme menace d’embraser l’univers, mais Śiva le répartit en divers lieux (la lune, les fleurs, la musique, les abeilles, les coucous et les plaisirs), expliquant ainsi la « brûlure » persistante du désir chez les êtres. Rati se lamente ; Śiva la console, affirmant que Kāma demeurera efficace dans les conditions incarnées, et prophétise une restauration future : lorsque Viṣṇu naîtra comme fils de Vāsudeva, Kāma deviendra sa descendance (motif de Pradyumna), et Rati retrouvera son statut conjugal.

Shlokas

Verse 1

नारद उवाच । एवं श्रुत्वा सभार्यः स प्रमोदप्लुतमानसः । प्रणम्य मामिति प्राह यद्येवं पुण्यवानहम्

Nārada dit : Ayant entendu cela, lui—avec son épouse—eut le cœur submergé de joie. S’inclinant devant moi, il dit : « Si vraiment je suis un homme de mérite (puṇyavān)… »

Verse 2

पुनः किंचित्प्रवक्ष्यामि पुत्र्या मे दक्षिणः करः । उत्तानः कारणं किं तच्छ्रोतुमिच्छामि नारद

«Je dirai encore ceci : la main droite de ma fille est levée vers le haut — quelle en est la raison ? Je souhaite l’entendre, ô Nārada.»

Verse 3

इति पृष्टोऽस्मि शैलेन प्रावोचं कारणं तदा । सर्वदैव करो ह्यस्याः सर्वेषां प्राणिनां प्रति

Ainsi interrogé par la Montagne (l’Himālaya), j’en exposai alors la cause : sa main demeure sans cesse tendue vers tous les êtres vivants.

Verse 4

अभयस्य प्रदाताऽसावुत्तानस्तु करस्ततः । एषा भार्या जगद्भर्तुर्वृषांकस्य महीधर

Ainsi, cette main levée est dispensatrice d’« abhaya », l’intrépidité. Ô montagne qui porte la terre, elle est l’épouse du Seigneur du monde, de Vṛṣāṅka (Śiva, marqué du taureau).

Verse 5

जननी सर्वलोकस्य भाविनी भूतभाविनी । तद्यथा शीघ्रमेवैषा योगं यातु पिनाकिना

Elle est la Mère de tous les mondes, celle qui fait advenir le bien, bienfaisante pour tous les êtres. Aussi, puisse-t-elle promptement atteindre l’union yogique avec Pinākin (Śiva, porteur de l’arc Pināka).

Verse 6

त्वया विधेयं विधिवत्तथा शैलेन्द्रसत्तम । अस्त्यत्र सुमहतकार्यं देवानां हिमभूधर

Tu dois agir comme il convient, selon le rite, ô le meilleur des seigneurs des montagnes. Car ici se trouve une très grande œuvre des dieux à accomplir, ô montagne neigeuse.

Verse 7

इति प्रोच्य तमापृच्छ्य प्रावोचं वासवाय तत् । मम भूयस्तु कर्तव्यं तन्मया कृतमेव हि

Ainsi, après avoir parlé et pris congé de lui, j’exposai cette affaire à Vāsava (Indra). Quant à ce qu’il me restait à accomplir—en vérité, je l’avais déjà accompli.

Verse 8

किं तु पंचशरः प्रेर्यः कार्यशेषेऽत्र वासव । इत्यादिश्य गतश्चाहं तारकं प्रति फाल्गुन

«Mais pour ce qui reste à accomplir, il faut pousser Pañcaśara (Kāma, le dieu aux cinq flèches), ô Vāsava.» Après cette injonction, je poursuivis ma route vers Tāraka, ô Phālguna.

Verse 9

कलिप्रियत्वात्तस्यैनमर्थं कथयितुं स्फुटम् । हिमाद्रिरपि मे वाक्यप्रेरितः पार्वतीं प्रति

Parce qu’il se complaît dans la discorde (kali), il fut difficile de lui dire clairement ce dessein. Et Himādri (l’Himalaya) aussi, poussé par mes paroles, tourna ses efforts vers Pārvatī.

Verse 10

भवस्याराधनां कर्तुं ससखीमादिशत्तदा । सा तं परिचचारेशं तस्या दृष्ट्वा सुशीलताम्

Alors il lui ordonna—avec sa compagne—d’accomplir l’adoration de Bhava (Śiva). Elle servit ce Seigneur; et, voyant sa noble conduite et sa belle vertu, (le récit s’achemine vers l’assentiment divin).

Verse 11

पुष्पतोयफलाद्यानि नियुक्ता पार्वती व्यधात् । महेन्द्रोपि च मद्वाक्यात्स्मरं सस्मार भारत

Chargée de cela, Pārvatī prépara fleurs, eau, fruits et autres offrandes. Et Mahendra (Indra) aussi—à mes paroles mêmes—se souvint et invoqua Smara (Kāmadeva), ô Bhārata.

Verse 12

स च तत्स्मरणं ज्ञात्वा वसंतरतिसंयुतः । चूतांकुरास्त्रःऋ सहसा प्रादुरासीन्मनोभवः

Kāmadeva, sachant qu’on s’était souvenu de lui, apparut aussitôt—accompagné du Printemps (Vasanta) et de Rati—portant pour arme les bourgeons de fleurs de manguier, le seigneur du désir né de l’esprit.

Verse 13

तमाह च वचो धीमान्स्मरन्निव च तं स्पृशन् । उपदेशेन बहुना किं त्वां प्रति रतिप्रिय

Alors le sage s’adressa à lui, comme pour le rappeler à lui-même en le touchant doucement : «À quoi bon tant d’instructions pour toi, ô bien-aimé de Rati ?»

Verse 14

चित्ते वससि तेन त्वं वेत्सि भूतमनोगतम् । तथापि त्वां वदिष्यामि स्वकार्यपरतां स्मरन्

Tu demeures dans l’esprit ; ainsi connais-tu ce qui s’est produit et ce qui est projeté. Pourtant, je te parlerai, me souvenant de ton zèle pour l’œuvre qui t’est propre.

Verse 15

ममैकं सुमहत्कार्यं कर्तुमर्हसि मन्मथ । महेश्वरं कृपानाथं सतीभार्यावियोजितम्

«Ô Manmatha, j’ai une œuvre unique, immensément grande, que tu dois accomplir : Mahādeva, le Seigneur de compassion, a été séparé de son épouse Satī.»

Verse 16

संयोजय पुनर्देव्या हिमाद्रिगृहजातया । देवी देवश्च तुष्टौ ते करिष्यत इहेप्सितम्

«Réunis-le de nouveau à la Déesse née dans la demeure d’Himādri (Pārvatī). Lorsque la Déesse et le Dieu seront satisfaits, ils t’accorderont ici le but que tu désires.»

Verse 17

मदन उवाच । अलीकमेतद्देवेन्द्र स हि देवस्य पोरतिः । नान्यासादयितव्यानि तेजांसि मुनरब्रवीत्

Madana dit : «Ô Devendra, ceci est vain. Car il est l’ancien époux du Dieu (Śiva). Le sage a déclaré que de tels feux divins (puissances) ne doivent pas être approchés ni provoqués autrement.»

Verse 18

वेदान्तेषु च मां विप्रा गर्हसंयति पुनःपुनः । महाशनो महापाप्मा कामोऽयम नलो गहान्

«Et dans les Vedānta, les brāhmanes me blâment sans cesse : “Ce Kāma est un grand dévoreur, un grand pécheur—tel le feu qui consume les demeures.”»

Verse 19

आवृतं ज्ञानमेतेन ज्ञानिनां नित्यवैरिणा । तस्मादयं सदा त्याज्यः कामऽहिरिव सत्तमैः

«Par ce désir—ennemi constant des sages—la connaissance se trouve voilée. C’est pourquoi les meilleurs des hommes doivent toujours rejeter Kāma, comme on rejette un serpent.»

Verse 20

एवं शीलस्य मे कस्मात्प्रतुष्यति महेश्वरः । मद्यपस्येव पापस्य वासुदेवो जगद्गुरः

«Étant tel que je suis, comment Maheśvara pourrait-il se complaire en moi—pas plus que Vāsudeva, maître du monde, ne se complairait en un ivrogne pécheur.»

Verse 21

इंद्र उवाच । मैवं ब्रूहि महाभाग त्वां विनाकः पुमान्भुवि । धर्ममर्थं तथा कामं मोक्षं वा प्राप्तुमीश्वरः

Indra dit : «Ô toi, grandement fortuné, ne parle pas ainsi. Sans toi, qui sur terre serait capable d’atteindre le dharma, l’artha, le kāma, ou même la mokṣa ?»

Verse 22

यत्किंचित्साध्यते लोके मूलं तस्य च कामना । कथं कामं विनिंदति तस्मात्ते मोक्षसाधकाः

Tout ce qui s’accomplit dans le monde—sa racine même est le désir (kāmanā). Comment, dès lors, blâmer le kāma ? Ainsi, même ceux qui recherchent la délivrance (mokṣa) s’en servent (sous une forme épurée).

Verse 23

सत्यं चापि श्रुतेर्वाक्यं तव रूपं त्रिधागतम् । तामसं राजसं चैव सात्त्विकं चापि मन्मथ

Et la parole de la śruti est bien vraie : ta forme est triple—tāmasa, rājasa et sāttvika, ô Manmatha.

Verse 24

अमुक्तितः कामनया रूपं तत्तामसं तव । सुखबुद्ध्या स्पृहा या च रूपं तद्राजसं तव

Quand le désir naît de la non-délivrance (esprit enchaîné), c’est là ta forme tāmasa. Et l’avidité qui jaillit de l’idée du plaisir—c’est là ta forme rājasa.

Verse 25

केवलं यावदर्थार्थं तद्रूपं सात्त्विकं तव । तत्ते रूपत्रयमिदं ब्रूहि नोपासते हि के

Mais le désir qui ne va que jusqu’à ce qui est nécessaire au but—c’est là ta forme sāttvika. Dis-moi cette triple nature : qui donc ne te vénère (ne t’invoque) ?

Verse 26

त्वं साक्षात्परमः पूज्यः कुरु कार्यमिदं हि नः । अथ वा पीडितान्दृष्ट्वा सामान्यानपि पंडिताः । स्वप्राणैरपि त्रायांति परमेतन्महाफलम्

Tu es, de façon manifeste, digne du plus haut hommage ; accomplis donc cette tâche pour nous. En vérité, même les sages, voyant des êtres ordinaires accablés, les protègent au péril de leur propre vie ; cela porte le fruit le plus grand.

Verse 27

इति संचिंत्य कार्यं त्वं सर्वथा कुरु तत्स्फुटम्

Ainsi, après y avoir réfléchi, tu dois accomplir cette tâche à coup sûr, clairement et sans jamais faillir.

Verse 28

इत्या कर्ण्य तथेत्युक्त्वा वसंतरतिसंयुतः । पिकादिसैन्यसंपन्नो हिमाद्रिं प्रययौ स्मरः

L’ayant entendu, Smara (Kāma) répondit : « Qu’il en soit ainsi », puis—accompagné de Vasanta et de Rati, pourvu d’une armée de coucous et d’autres êtres—se mit en route vers Himādri (l’Himalaya).

Verse 29

तत्रापश्यत शंभोः स पुण्यमाश्रममंडलम् । नानावृक्षसमाकीर्णं शांतसत्त्वसमाकुलम्

Là, il contempla l’enceinte du saint ermitage de Śambhu, foisonnante d’arbres de toutes sortes et pleine d’êtres paisibles au naturel apaisé.

Verse 30

तत्रापश्यत्त्रिनेत्रस्य वीरकंनाम द्वारपम् । यथा साक्षान्महेशानं गणआंश्चायुतशोऽस्य च

Là, il vit Vīraka, le gardien de la porte du Seigneur aux Trois Yeux ; et il contempla aussi, comme s’il voyait Maheśāna en personne, d’innombrables troupes de ses gaṇas.

Verse 31

ददर्श च महेशानं नासाग्रकृतलोचनम् । देवदारुद्रुमच्छायावेदिका मध्यमाश्रितम् । समाकायं सुखासीनं समाधिस्थं महेश्वरम्

Et il contempla Maheśāna, le regard posé sur la pointe du nez, assis à l’aise dans une parfaite maîtrise : Mahādeva, Maheśvara, demeurant en samādhi au centre d’une estrade ombragée par des deodāras.

Verse 32

निस्तरंगं विनिर्गृह्य स्थितमिंद्रियगोचरान् । आत्मानमात्मना देवं प्रविष्टं तपसो निधिम्

Ayant contenu les objets des sens et rendu l’esprit sans vague, il demeura établi en lui-même—et, par le Soi, entra dans le Deva, trésor même de l’austérité (tapas).

Verse 33

तं तथाविधमालोक्य सोंतर्भेदाय यत्नवान् । भ्रमरध्वनिव्याजेन विवेश मदनो मनः

Le voyant en cet état, Kāmadeva—désireux de rompre son assise intérieure—s’insinua par l’esprit, sous le prétexte du bourdonnement d’une abeille.

Verse 34

एतस्मिन्नंतरे देवो विकासितविलोचनः । सस्मार नगराजस्य तनयां रक्तमानसः

Alors le Deva ouvrit les yeux ; et, l’esprit teinté de désir, il se souvint de la fille du Roi des Montagnes.

Verse 35

निवेदिता वीरकेण विवेश च गिरेः सुता । तस्मिन्काले महाभागा सदा यद्वदुपैति सा

Annoncée par Vīraka, la fille de la Montagne entra. En ce moment, la très fortunée s’avança, comme elle le faisait toujours, selon son usage.

Verse 36

ततस्तस्यां मनः स्वीयमनुरक्तमवेक्ष्य च । निगृह्य लीलया देवः स्वकं पृष्ठमवैक्षत । तावदापूर्णधनुषमपश्यत रतिप्रियम्

Puis, voyant que son propre esprit s’était attaché à elle, le Deva le retint avec une grâce joueuse et regarda derrière lui. Aussitôt il vit le bien-aimé de Ratī (Kāmadeva), l’arc entièrement bandé.

Verse 37

तन्नाशकृपया देवो नानास्थानेषु सोऽगमत् । तावत्पस्यति पृष्ठस्तमाकृष्य धनुषः शरम्

Par compassion, afin de ne pas le détruire, le Deva se rendit en divers lieux. Pourtant, il le voyait toujours derrière lui, tirant une flèche de l’arc.

Verse 38

स नदीः पर्वताश्चैव आश्रमान्सरसीस्तथा । परिभ्रमन्महादेवः पृष्ठस्थं तमवैक्षत

Il erra parmi les rivières, les montagnes, les ermitages et les lacs ; et tandis que Mahādeva allait et venait, il le voyait toujours posté derrière lui.

Verse 39

जगत्त्रयं परिभ्रम्य पुनरागात्स्वमाश्रमम् । पृष्ठस्थमेव तं वीक्ष्य निःश्वासं मुमुचे हरः

Après avoir parcouru les trois mondes, il revint à son propre ermitage. Le voyant encore derrière lui, Hara laissa échapper un souffle.

Verse 40

ततस्तृतीयनेत्रोत्थवह्निना नाकवासिनाम् । क्रोशतां गमितः कामो भस्मत्वं पांडुनंदन

Alors, par le feu jailli du Troisième Œil, Kāmadeva fut réduit en cendres, tandis que les habitants du ciel poussaient des cris, ô fils de Pāṇḍu.

Verse 41

सस तु तं भस्मसात्कृत्वा हरनेत्रोद्भवोऽनलः । व्यजृंभत जगद्दग्धुं ज्वालापूरितदिङ्मुखः

Ce feu né de l’œil de Hara, après l’avoir réduit en cendres, s’embrasa comme pour consumer l’univers entier, les faces de tous les horizons étant remplies de flammes.

Verse 42

ततो भवो जगद्धेतोर्व्यभजज्जातवेदसम् । साहंकारे जने चंद्रे सुमनस्सु च गीतके

Alors Bhava (Śiva), cause du monde, répartit ce feu (Jātavedas) : dans l’ahaṅkāra (le sentiment du moi), parmi les hommes, dans la Lune, dans les fleurs et dans le chant.

Verse 43

भृंगेषु कोकिलास्येषु विहारेषु स्मरानलम् । तत्प्राप्तौ स्नेहसंयुक्तं कामिनां हृदयं किल

Le « feu de Smara » (la fièvre de l’amour) demeure dans les abeilles, dans les gorges du coucou et dans les bosquets de plaisir ; et lorsqu’il s’empare d’eux, le cœur des amants se trouve, en vérité, lié par la tendresse.

Verse 44

ज्वालयत्यनिशं सोऽग्निर्दुश्चिकित्स्योऽसुखावहः । विलोक्य हरनिःश्वासज्वालाभस्मीकृतं स्मरम्

Ce feu brûle sans relâche—difficile à guérir et porteur de souffrance—surtout lorsqu’on voit Smara réduit en cendres par les flammes du souffle de Hara (Śiva).

Verse 45

विललाप रतिर्द्दीना मधुना बंधुना सह । विलपंती सुबहुशो मधुना परिसांत्विता

Rati, accablée de chagrin, se lamenta avec Madhu, son parent ; pleurant maintes et maintes fois, elle fut apaisée par Madhu.

Verse 46

रत्याः प्रलापमाकर्ण्य देवदेवो वृषध्वजः । कृपया परया प्राह कामपत्नीं निरीक्ष्य च

Entendant la plainte de Rati, le Dieu des dieux, le Seigneur au drapeau du Taureau (Śiva), posa son regard sur l’épouse de Kāma et parla avec une compassion souveraine.

Verse 47

अमूर्तोऽपि ह्ययं भद्रे कार्यं सर्वं पतिस्तव । रतिकाले ध्रुवं बाले करिष्यति न संशयः

Bien qu’il soit à présent sans forme, ô dame de bon augure, ton époux accomplira toute chose. Au moment propice de l’union, ô jeune fille, il agira sûrement—sans aucun doute.

Verse 48

यदा विष्णुश्च भविता वसुदेवात्मजो विभुः । तदै तस्य सुतो यः स्यात्सपतिस्ते भविष्यति

Lorsque Viṣṇu, le Seigneur tout-puissant, deviendra le fils de Vasudeva, alors le fils qui naîtra de lui deviendra ton époux.

Verse 49

सा प्रणम्य ततो रुद्रमिति प्रोक्ता रतिस्ततः । जगाम स्वेच्छया गत्या वसंतादिभिरन्विता

Ainsi instruite, Rati se prosterna devant Rudra, puis s’en alla de son propre gré, accompagnée du Printemps et des autres.