
Mārkaṇḍeya enjoint au roi de se rendre au tīrtha éminent de Badrikāśrama, gué sacré suprême jadis loué par Śambhu. Le chapitre relie ce lieu à Nara–Nārāyaṇa et enseigne une disposition de bhakti et de connaissance : celui qui est dévoué à Janārdana et voit la même réalité en tous les êtres — jusque dans les extrêmes sociaux — est agréable au Divin. Il est dit que Nara–Nārāyaṇa fonda l’āśrama et que Śaṅkara y fut établi pour le bien des mondes ; un liṅga associé à la tri-mūrti est décrit comme ouvrant les voies célestes et accordant la délivrance. Une discipline est prescrite : pureté, jeûne d’une nuit, abandon de rajas et tamas au profit d’une orientation sāttvika, et veille nocturne à des dates lunaires déterminées (aṣṭamī au mois de Madhu, caturdaśī dans l’une ou l’autre quinzaine, avec un accent sur Aśvin). L’abhiṣeka de Śiva est détaillé au moyen du pañcāmṛta : lait, miel, caillé, sucre et ghee. La section des fruits promet proximité de Śiva et résultats dans le monde d’Indra à ceux qui contemplent avec sincérité ; même une salutation imparfaite à Śūlapāṇi desserre les liens, tandis que le japa constant de « namaḥ śivāya » stabilise le mérite. Le texte expose ensuite le śrāddha avec l’eau de la Narmadā, en insistant sur des brāhmanes qualifiés comme récipiendaires et en excluant les officiants ou bénéficiaires indignes. Il recommande des dons — or, nourriture, vêtements, vache, taureau, terre, ombrelle et objets appropriés — et affirme l’accès au ciel. Enfin, il déclare que mourir au tīrtha ou à proximité (y compris par l’eau) mène à la demeure de Śiva, à un long séjour dans les sphères divines, puis à une renaissance comme souverain capable, se souvenant du tīrtha et y revenant.
Verse 1
श्रीमार्कण्डेय उवाच । ततो गच्छेत्तु राजेन्द्र बदर्याश्रममुत्तमम् । सर्वतीर्थवरं पुण्यं कथितं शंभुना पुरा
Śrī Mārkaṇḍeya dit : « Ensuite, ô le meilleur des rois, qu’on se rende au sublime Badaryāśrama, saint et suprême parmi tous les tīrthas, dont la sainteté fut jadis proclamée par Śambhu (Śiva). »
Verse 2
यश्चैष भारतस्यार्थे तत्र सिद्धः किरीटभृत् । भ्राता ते फाल्गुनो नाम विद्ध्येनं नरदैवतम्
Et là, pour l’œuvre du Bhārata, celui qui porte la couronne parvint à l’accomplissement. Sache que c’est ton frère nommé Phālguna (Arjuna), un dieu parmi les hommes.
Verse 3
नरनारायणौ द्वौ तावागतौ नर्मदातटे । ज्ञानं तस्यैव यो राजन्भक्तिमान्वै जनार्दने
Ces deux-là, Nara et Nārāyaṇa, vinrent sur la rive de la Narmadā. Et, ô roi, la vraie connaissance appartient à celui qui est dévot de Janārdana (Viṣṇu).
Verse 4
समं पश्यति सर्वेषु स्थावरेषु चरेषु च । ब्राह्मणं श्वपचं चैव तत्र प्रीतो जनार्दनः
Celui qui voit d’un regard égal tous les êtres, immobiles et mobiles, et qui considère de même un brāhmaṇa et un mangeur de chiens, en lui Janārdana se réjouit.
Verse 5
ऐकात्म्यं पश्य कौन्तेय मयि चात्मनि नान्तरम् । नरनारायणाभ्यां हि कृतं बदरिकाश्रमम्
Vois l’unité du Soi, ô fils de Kuntī : entre Moi et l’Ātman il n’y a nulle différence. En vérité, Badarikāśrama fut établi par Nara et Nārāyaṇa.
Verse 6
स्थापितः शङ्करस्तत्र लोकानुग्रहकारणात् । त्रिमूर्तिस्थापितं लिङ्गं स्वर्गमार्गानुमुक्तिदम्
Là, Śaṅkara fut établi pour le bienfait des mondes. Le liṅga consacré par la Trimūrti ouvre la voie du ciel et accorde la délivrance.
Verse 7
तत्र गत्वा शुचिर्भूत्वा ह्येकरात्रोपवासकृत् । रजस्तमस्तथा त्यक्त्वा सात्त्विकं भावमाश्रयेत्
S’y étant rendu et devenu pur, qu’on observe un jeûne d’une seule nuit ; rejetant rajas et tamas, qu’on se réfugie dans une disposition sāttvique.
Verse 8
रात्रौ जागरणं कृत्वा मधुमासाष्टमीदिने । अथवा च चतुर्दश्यामुभौ पक्षौ च कारयेत्
En veillant toute la nuit au huitième jour de Madhu-māsa, ou bien au quatorzième tithi, on peut l’accomplir dans les deux quinzaines, claire et sombre.
Verse 9
आश्विनस्य विशेषेण कथितं तव पाण्डव । स्नापयेत्परया भक्त्या क्षीरेण मधुना सह
Ô Pāṇḍava, je t’ai exposé la sainteté particulière du mois d’Āśvina. En ce temps-là, qu’on baigne le Seigneur (abhiṣeka) avec la plus haute dévotion, avec du lait mêlé de miel.
Verse 10
दध्ना शर्करया युक्तं घृतेन समलंकृतम् । पञ्चामृतमिदं पुण्यं स्नापयेद्वृषभध्वजम्
Avec du caillé mêlé de sucre et paré de ghee : tel est ce saint pañcāmṛta ; qu’on en baigne Vṛṣabhadhvaja, car il confère un grand mérite.
Verse 11
स्नाप्यमानं शिवं भक्त्या वीक्षते यो विमत्सरः । तस्य वासः शिवोपान्ते शक्रलोके न संशयः
Quiconque, sans jalousie, contemple avec dévotion Śiva tandis qu’on le baigne (abhiṣeka), pour lui il est une demeure auprès de Śiva, dans le monde de Śakra ; sans nul doute.
Verse 12
शाठ्येनापि नमस्कारः प्रयुक्तः शूलपाणिने । संसारमूलबद्धानामुद्वेष्टनकरो हि यः
Même une prosternation offerte avec duplicité au Seigneur au Trident devient celle qui dénoue les nœuds de ceux que la racine du saṃsāra enchaîne ; telle est sa puissance.
Verse 13
तेनाधीतं श्रुतं तेन तेन सर्वमनुष्ठितम् । येनौं नमः शिवायेति मन्त्राभ्यासः स्थिरीकृतः
Par lui, toute étude est vraiment étudiée, par lui tout enseignement est vraiment entendu, et par lui tous les rites sont accomplis : par celui en qui la pratique du mantra « Oṃ Namaḥ Śivāya » est solidement établie.
Verse 14
यः पुनः स्नापयेद्भक्त्या एकभक्तो जितेन्द्रियः । तस्यापि यत्फलं पार्थ वक्ष्ये तल्लेशतस्तव
Mais celui qui, de nouveau, baigne le Seigneur avec dévotion—d’un seul élan et maître de ses sens—son fruit aussi, ô Pārtha, je te l’énoncerai, fût-ce en peu de mots.
Verse 15
पीडितो वृद्धभावेन तव भक्त्या वदाम्यहम् । ते यान्ति परमं स्थानं भित्त्वा भास्करमण्डलम्
Pressé par la vieillesse, mais parlant à cause de ta dévotion, je déclare : de tels dévots atteignent la demeure suprême, perçant au-delà de la sphère du Soleil.
Verse 16
संसारे सर्वसौख्यानां निलयास्ते भवन्ति च । आश्चर्यं ज्ञातिवर्गाणां धर्माणां निलयास्तु ते
Et dans le monde, ils deviennent des demeures de toute félicité. Merveille en vérité : ils deviennent refuge pour leur lignée et siège durable du dharma.
Verse 17
सम्पन्नाः सर्वकामैस्ते पृथिव्यां पृथिवीपते । श्राद्धं तत्रैव यः कुर्यान्नर्मदोदकमिश्रितम्
Ô Seigneur de la terre, sur cette terre ils sont comblés de tous les biens désirés. Et quiconque y accomplit le śrāddha, avec des offrandes mêlées à l’eau de la Narmadā—
Verse 18
योग्यैश्च ब्राह्मणैर्राजन्कुलीनैर्वेदपारगैः । सुरूपैश्च सुशीलैश्च स्वदारनिरतैः शुभैः
—(cela doit se faire) avec des brāhmaṇas dignes, ô Roi : de noble lignée, versés dans les Veda, d’aspect harmonieux, de conduite irréprochable, fidèles à leurs épouses, et de nature propice.
Verse 19
आर्यदेशप्रसूतैश्च श्लक्ष्णैश्चैव सुरूपिभिः । कारयेत्पिण्डदानं वै भास्करे कुतपस्थिते
Lorsque le Soleil se tient dans l’heure propice de Kutapa, qu’on fasse accomplir l’offrande des piṇḍa par des brāhmaṇas dignes—nés en terres nobles, raffinés dans leur conduite et d’un caractère agréable—afin que le rite porte un fruit véritable.
Verse 20
पित्ःणां परमं लोकं यदीच्छेद्धर्मनन्दन । वर्जयेत्तान्प्रयत्नेन काणान्दुष्टांश्च दाम्भिकान्
Ô joie du Dharma, si l’on souhaite aux Pitṛs le séjour suprême, qu’on évite avec soin, dans ces rites sacrés, de recourir aux borgnes, aux méchants et aux hypocrites.
Verse 21
तस्मात्सर्वप्रयत्नेन योग्यं विप्रं समाश्रयेत् । नरकान्मोचयेत्प्रेतान्कुम्भीपाकपुरोगमान्
C’est pourquoi, avec tous ses efforts, qu’on prenne refuge auprès d’un vipra (brāhmaṇa) qualifié ; ainsi les défunts pourront être délivrés des enfers—Kumbhīpāka et autres—qui se dressent devant eux.
Verse 22
मोक्षो भवति सर्वेषां पित्ःणां नृपनन्दन । विप्रेभ्यः काञ्चनं दद्यात्प्रीयतां मे पितामहः
Ô prince, la délivrance échoit à tous les Pitṛs. Qu’on donne de l’or aux brāhmaṇas en priant : « Que mon grand-père soit comblé ».
Verse 23
अन्नं च दापयेत्तत्र भक्त्या वस्त्रं च भारत । गां वृषं मेदिनीं दद्याच्छत्रं शस्तं नृपोत्तम
Là, avec dévotion, qu’il distribue aussi nourriture et vêtements, ô Bhārata. Qu’il donne une vache, un taureau, de la terre et un noble parasol, ô meilleur des rois.
Verse 24
स पुमान्स्वर्गमाप्नोति इत्येवं शङ्करोऽब्रवीत् । प्राणत्यागं तु यः कुर्याच्छिखिना सलिलेन वा
«Cet homme atteint le ciel»—ainsi parla Śaṅkara. Et de plus, quiconque abandonne sa vie—par le feu ou par l’eau—(en ce saint contexte…)
Verse 25
अनाशकेन वा भूयः स गच्छेच्छिवमन्दिरम् । नरनारायणीतीरे देवद्रोण्यां च यो नृप
…ou encore, par le jeûne jusqu’à la mort—il va au séjour de Śiva. Et, ô roi, quiconque (y trouve sa fin ou accomplit son vœu) sur la rive de la Nara-Nārāyaṇī, à Devadroṇī…
Verse 26
स वसेदीश्वरस्याग्रे यावदिन्द्राश्चतुर्दश । पुनः स्वर्गाच्च्युतः सोऽपि राजा भवति वीर्यवान्
Il demeure en présence du Seigneur aussi longtemps que durent quatorze Indra ; puis, même s’il déchoit du ciel, il renaît comme un roi vaillant.
Verse 27
सर्वैश्वर्यगुणैर्युक्तः प्रजापालनतत्परः । ततः स्मरति तत्तीर्थं पुनरेवागमिष्यति
Doué de tous les attributs de souveraineté et de vertu, voué à la protection de ses sujets, il se souvient alors de ce gué sacré — et y retourne de nouveau.
Verse 95
। अध्याय
« Chapitre » : marque de colophon ; transmis ici de manière incomplète.