Adhyaya 78
Avanti KhandaReva KhandaAdhyaya 78

Adhyaya 78

Ce chapitre est exposé sous forme de dialogue. Mārkaṇḍeya y désigne d’abord un tīrtha suprême, réputé avoir été établi par Nārada, et Yudhiṣṭhira en demande l’origine. Le récit se tourne alors vers les austérités de Nārada sur la rive nord de la Revā, jusqu’à la rencontre divine où Īśvara accorde des grâces : réussite yogique, bhakti inébranlable, libre déplacement à travers les mondes, connaissance des trois temps, et maîtrise des systèmes musicaux (svara, grāma, mūrcchanā). Il promet aussi que le tīrtha de Nārada deviendra célèbre et destructeur des péchés. Après la disparition de Śiva, Nārada installe Śūlin (une forme de Śiva) pour le bien universel et fonde ainsi le tīrtha. Le chapitre prescrit l’éthique et les rites du pèlerinage : maîtrise des sens, jeûne et veille nocturne à Bhādrapada kṛṣṇa caturdaśī, dons tels qu’une ombrelle à un brāhmaṇa qualifié, śrāddha pour ceux morts par les armes, offrande d’une vache kapilā aux ancêtres, aumônes et repas offerts aux brāhmaṇas, offrande de lampes, et musique et danse dévotionnelles au temple. Il relie le homa et le culte de Havyavāhana/Agni (avec des divinités menées par Citrabhānu) à l’apaisement de la pauvreté et à l’obtention de la prospérité, puis conclut en réaffirmant que ce tīrtha, sur la rive nord de la Revā, efface même les grands péchés.

Shlokas

Verse 1

श्रीमार्कण्डेय उवाच । ततो गच्छेत्तु राजेन्द्र नरदेश्वरमुत्तमम् । तीर्थानां परमं तीर्थं निर्मितं नारदेन तु

Śrī Mārkaṇḍeya dit : «Alors, ô meilleur des rois, qu’on se rende au noble Naradeśvara—suprême parmi les tīrtha—lieu saint établi par Nārada.»

Verse 2

युधिष्ठिर उवाच । नारदेन मुनिश्रेष्ठ कस्मात्तीर्थं विनिर्मितम् । एतदाख्याहि मे सर्वं प्रसन्नो यदि सत्तम

Yudhiṣṭhira dit : «Ô meilleur des sages, pour quelle raison ce tīrtha fut-il établi par Nārada ? Si tu es bienveillant, ô très excellent, raconte-moi toute l’histoire.»

Verse 3

श्रीमार्कण्डेय उवाच । परमेष्ठिसुतः पार्थ नारदो मुनिसत्तमः । रेवायाश्चोत्तरे कूले तपस्तेन पुरा कृतम्

Śrī Mārkaṇḍeya dit : «Ô Pārtha, Nārada—fils de Parameṣṭhin (Brahmā) et le meilleur des sages—accomplit jadis des austérités sur la rive nord de la Revā.»

Verse 4

नवनाडीनिरोधेन काष्ठावत्यां गतेन च । तोषितः पशुभर्ता वै नारदेन युधिष्ठिर

«En maîtrisant les neuf nāḍī et en entrant dans l’état nommé Kāṣṭhāvatī, Nārada satisfit le Seigneur, le Soutien de tous les êtres, ô Yudhiṣṭhira.»

Verse 5

ईश्वर उवाच । तुष्टोऽहं तव विप्रेन्द्र योगिनाथ अयोनिज । वरं प्रार्थय मे वत्स यस्ते मनसि वर्तते

Īśvara dit : «Ô le plus éminent des brahmanes, ô seigneur des yogins, ô Non-né — Je suis satisfait de toi. Enfant bien-aimé, demande-Moi la grâce qui demeure en ton cœur.»

Verse 6

नारद उवाच । त्वत्प्रसादेन मे शम्भो योगश्चैव प्रसिध्यतु । अचला ते भवेद्भक्तिः सर्वकालं ममैव तु

Nārada dit : «Par Ta grâce, ô Śambhu, que mon yoga parvienne à l’accomplissement. Et que la dévotion inébranlable envers Toi soit mienne en tout temps.»

Verse 7

स्वेच्छाचारी भवे देव वेदवेदाङ्गपारगः । त्रिकालज्ञो जगन्नाथ गीतज्ञोऽहं सदा भवे

«Ô Dieu, que je chemine librement selon mon désir ; que je sois accompli dans les Veda et leurs Vedāṅga. Ô Seigneur du monde, que je connaisse les trois temps, et que je sois toujours habile au chant sacré.»

Verse 8

दिने दिने यथा युद्धं देवदानवमानुषैः । पाताले मर्त्यलोके वा स्वर्गे वापि महेश्वर

«Ô Maheśvara, partout où, jour après jour, s’élèvent des combats—entre devas, dānavas et humains—que ce soit en Pātāla, dans le monde des mortels, ou même au Svarga…»

Verse 9

पश्येयं त्वत्प्रसादेन भवन्तं पार्वतीं तथा । तीर्थं लोकेषु विख्यातं सर्वपापक्षयंकरम्

«Par Ta grâce, que je puisse Te contempler—Toi, ainsi que Pārvatī—et qu’il y ait un tīrtha sacré, renommé dans tous les mondes, qui anéantisse tout péché.»

Verse 10

ईश्वर उवाच । एवं नारद सर्वं तु भविष्यति न संशयः । चिन्तितं मत्प्रसादेन सिध्यते नात्र संशयः

Īśvara dit : «Ainsi en sera-t-il, Nārada ; tout adviendra assurément, sans aucun doute. Ce qui est désiré s’accomplit par Ma grâce ; là-dessus, point de doute.»

Verse 11

स्वेच्छाचारो भवेर्वत्स स्वर्गे पातालगोचरे । मर्त्ये वा भ्रम वै योगिन्न केनापि निवार्यसे

«Cher enfant, tu agiras selon ton bon vouloir, dans le ciel et dans les régions de Pātāla. Parcours aussi le monde des mortels, ô yogin ; nul ne pourra t’entraver.»

Verse 12

सप्त स्वरास्त्रयो ग्रामा मूर्च्छनाश्चैकविंशतिः । ताना एकोनपञ्चाशत्प्रसादान्मे तव ध्रुवम्

Il est sept svaras, trois grāmas et vingt et une mūrcchanās ; et il est quarante-neuf tānas. Par Ma grâce, ils seront assurément établis par toi.

Verse 13

मम प्रियंकरं दिव्यं नृत्यगीतं भविष्यति । कलिं च पश्यसे नित्यं देवदानवकिन्नरैः

«Naîtront la danse et le chant divins, chers et agréables à Mon cœur. Et tu verras sans cesse Kali, l’âge personnifié, au milieu des devas, des dānavas et des kinnaras.»

Verse 14

त्वत्तीर्थं भूतले पुण्यं मत्प्रसादाद्भविष्यति । वेदवेदाङ्गतत्त्वज्ञो ह्यशेषज्ञानकोविदः । एकस्त्वमसि निःसङ्गो मत्प्रसादेन नारद

«Par Ma grâce, ton tīrtha sur la terre deviendra saint. Tu connais la vraie teneur des Vedas et des Vedāṅgas, expert en toute connaissance ; et par Ma grâce, ô Nārada, tu demeures seul, sans attache.»

Verse 15

इत्युक्त्वान्तर्दधे देवो नारदस्तत्र शूलिनम् । स्थापयामास राजेन्द्र सर्वसत्त्वोपकारकम्

Ayant ainsi parlé, le Dieu disparut. Alors Nārada, ô meilleur des rois, y établit le Śūlin (Śiva), bienfaisant pour tous les êtres.

Verse 16

पृथिव्यामुत्तमं तीर्थं निर्मितं नारदेन तु । तत्र तीर्थे नृपश्रेष्ठ यो गच्छेद्विजितेन्द्रियः

En vérité, Nārada fonda sur la terre un tīrtha excellent. Ô meilleur des rois, quiconque se rend à ce tīrtha, les sens maîtrisés—

Verse 17

मासि भाद्रपदे पार्थ कृष्णपक्षे चतुर्दशी । उपोष्य परया भक्त्या रात्रौ कुर्वीत जागरम्

Au mois de Bhādrapada, ô fils de Pṛthā, le quatorzième jour de la quinzaine sombre—après avoir jeûné avec une dévotion suprême—qu’il veille toute la nuit.

Verse 18

छत्रं तत्र प्रदातव्यं ब्राह्मणे शुभलक्षणे । शस्त्रेण तु हता ये वै तेषां श्राद्धं प्रदापयेत् । ते यान्ति परमं लोकं पिण्डदानप्रभावतः

Là, l’on doit offrir une ombrelle à un Brāhmaṇa digne, porteur de signes auspices. Et pour ceux qui furent tués par les armes, qu’on fasse accomplir le śrāddha. Par la puissance de l’offrande des piṇḍas, ils atteignent le monde suprême.

Verse 19

कपिला तत्र दातव्या पित्ःनुद्दिश्य भारत । इत्युच्चार्य द्विजे देया यान्तु ते परमां गतिम्

Là, l’on doit offrir une vache kapilā, fauve, en la dédiant aux Pitṛs, ô Bhārata. En prononçant ces paroles, qu’on la donne à un Brāhmaṇa : «Qu’ils atteignent l’état suprême».

Verse 20

अस्य श्राद्धस्य भावेन ब्राह्मणस्य प्रसादतः । नर्मदातोयभावेन न्यायार्जितधनस्य च । तेषां चैव प्रभावेन प्रेता यान्तु परां गतिम्

Par l’intention véritable de ce śrāddha, par la grâce du Brāhmane, par la sainteté des eaux de la Narmadā et par la richesse acquise avec droiture—par la puissance de tout cela—que les âmes des défunts atteignent le but suprême.

Verse 21

इत्युच्चार्य द्विजे देया दक्षिणा च स्वशक्तितः । हविष्यान्नं विशालाक्ष द्विजानां चैव दापयेत्

Après avoir prononcé ces paroles, qu’on donne la dakṣiṇā aux Brāhmanes selon ses moyens; et, ô toi aux grands yeux, qu’on fasse aussi servir le havisyānna, la nourriture sacrificielle pure, aux deux-fois-nés.

Verse 22

दीपं भक्त्या प्रदातव्यं नृत्यं गीतं च कारयेत् । अवाप्तं तेन वै सर्वं यः करोतीश्वरालये

Qu’on offre une lampe avec dévotion, et qu’on fasse aussi exécuter chant et danse. En vérité, celui qui agit ainsi dans le temple du Seigneur obtient toutes les réalisations désirées.

Verse 23

स याति रुद्रसांनिध्यमिति रुद्रः स्वयं जगौ । विद्यादानेन चैकेन अक्षयां गतिमाप्नुयात्

«Il parvient à la présence même de Rudra», déclara Rudra en personne. Et par un seul acte de don de connaissance, on atteint un état impérissable.

Verse 24

धूर्वहास्तत्र दातव्या भूमिः सस्यवती नृप । चित्रभानुं शुभैर्मन्त्रैः प्रीणयेत्तत्र भक्तितः

Ô roi, là il convient d’offrir des dons dignes du culte et de donner une terre fertile, riche en moissons. Là, avec dévotion, qu’on réjouisse Citrabhānu par des mantras de bon augure.

Verse 25

आज्येन सुप्रभूतेन होमद्रव्येण भारत । ये यजन्ति सदा भक्त्या त्रिकालं नृत्यमेव च

Ô Bhārata, ceux qui adorent toujours avec dévotion—avec du ghee en abondance et les offrandes convenables pour le homa—et qui accomplissent le culte aux trois temps du jour, avec la danse sacrée,

Verse 26

तीर्थे नारदनामाख्ये रेवायाश्चोत्तरे तटे । चित्रभानुमुखा देवाः सर्वदेवमय ऋषिः

Au tīrtha nommé « Nārada », sur la rive septentrionale de la Revā, se tiennent les dieux conduits par Citrabhānu ; et le ṛṣi qui s’y trouve est celui qui renferme en lui tous les dieux.

Verse 27

ऋषिणा प्रीणिताः सर्वे तस्मात्प्रीत्यो हुताशनः । पूजिते हव्यवाहे तु दारिद्र्यं नैव जायते

Tous furent comblés par le ṛṣi ; ainsi Hutāśana, le Feu, fut réjoui. Et lorsque Havyavāha, le dieu du Feu, est honoré, la pauvreté ne surgit jamais.

Verse 28

धनेन विपुला प्रीतिर्जायते प्रतिजन्मनि । कुलीनाश्च सुवेषाश्च सर्वकालं धनेन तु

Par la richesse naît une joie abondante à chaque naissance ; et par la richesse, en vérité, on demeure de noble lignée et bien paré en tout temps.

Verse 29

प्लवो नदीनां पतिरङ्गनानां राजा च सद्वृत्तरतः प्रजानाम् । धनं नराणामृतवस्तरूणां गतं गतं यौवनमानयन्ति

La barque est le « seigneur » des rivières ; l’époux est le seigneur des femmes ; et le roi, voué à la bonne conduite, est le seigneur de ses sujets. De même, la richesse est l’appui des hommes, et pour ceux qui traversent les saisons de la vie—surtout les jeunes—elle semble ramener la jeunesse, encore et encore.

Verse 30

धनदत्वं धनेशेन तस्मिंस्तीर्थे ह्युपार्जितम् । यमेन च यमत्वं हि इन्द्रत्वं चैव वज्रिणा

En ce tīrtha, Dhaneśa (Kubera) obtint la dignité de Dhanada ; Yama, certes, l’état de Yama ; et Indra, le brandisseur du foudre, la royauté d’Indra.

Verse 31

अन्यैरपि महीपालैः पार्थिवत्वमुपार्जितम् । नारदेश्वरमाहात्म्याद्ध्रुवो निश्चलतां गतः

D’autres rois de la terre obtinrent eux aussi la souveraineté terrestre. Et par la grandeur de Nāradeśvara, Dhruva parvint à l’immobilité, à l’état inébranlable.

Verse 32

सर्वतीर्थवरं तीर्थं निर्मितं नारदेन तु । पृथिव्यां सागरान्तायां रेवायाश्चोत्तरे तटे । तद्वरं सर्वतीर्थानां महापातकनाशनम्

Ce tīrtha, le meilleur de tous les tīrthas, fut établi par Nārada sur la terre ceinte par l’océan, sur la rive nord de la Revā. Ce tīrtha d’excellence suprême, premier des lieux saints, détruit même les fautes les plus lourdes (mahāpātakas).

Verse 78

। अध्याय

«Chapitre». (marque de colophon)