Adhyaya 2
Avanti KhandaReva KhandaAdhyaya 2

Adhyaya 2

Le chapitre 2 s’ouvre sur Sūta, qui annonce un vaste exposé des tīrtha de la Narmadā et reconnaît combien il est difficile d’en donner une description complète. Le récit rappelle un précédent ancien : au cœur d’un grand sacrifice, le roi Janamejaya interroge le sage Vaiśampāyana (disciple de Dvaipāyana/Vyāsa) au sujet du tīrtha-sevana accompli par les Pāṇḍava après leur défaite au jeu et leur exil. Vaiśampāyana accepte de raconter, en rendant d’abord hommage à Virūpākṣa (Śiva) et à Vyāsa. Il décrit les Pāṇḍava, accompagnés de Draupadī et de brāhmanes, parvenant au pays des Vindhya après s’être baignés en de nombreux tīrtha. Un paysage de forêt-āśrama, luxuriant et idéalisé, est dépeint avec de riches détails, comme un lieu harmonieux de pratique ascétique où même les animaux ne sont pas hostiles. Les Pāṇḍava y rencontrent le sage Mārkaṇḍeya, entouré de ṛṣi disciplinés observant diverses austérités. Yudhiṣṭhira s’avance avec respect et l’interroge sur sa longévité extraordinaire à travers les dissolutions cosmiques (pralaya), ainsi que sur les rivières qui subsistent ou périssent lors du pralaya. Mārkaṇḍeya répond en louant un Purāṇa proclamé par Rudra, en affirmant les grands fruits de l’écoute dévotionnelle, en énumérant les grands fleuves, et en déclarant que, si océans et rivières déclinent selon des cycles, la Narmadā demeure, unique, à travers sept fins de kalpa—préparant la suite de l’enseignement.

Shlokas

Verse 1

सूत उवाच

Sūta dit :

Verse 2

। अध्याय

(Titre du chapitre :) Adhyāya (Chapitre).

Verse 3

विस्तरं नर्मदायास्तु तीर्थानां मुनिसत्तम । कोऽन्यः शक्तोऽस्ति वै वक्तुमृते ब्रह्माणमीश्वरम्

«Ô le plus excellent des sages, qui donc serait capable de décrire pleinement les tīrthas sacrés de la Narmadā ? Nul autre ne le peut, hormis Brahmā et Īśvara (Śiva).»

Verse 4

एतमेव पुरा प्रश्नं पृष्टवाञ्जनमेजयः । वैशंपायनसंज्ञं तु शिष्यं द्वैपायनस्य ह

«Cette même question fut jadis posée par Janamejaya à celui qu’on nommait Vaiśaṃpāyana, le disciple de Dvaipāyana (Vyāsa).»

Verse 5

रेवातीर्थाश्रितं पुण्यं तत्ते वक्ष्यामि शौनक । पुरा पारीक्षितो राजा यज्ञादीक्षासु दीक्षितः

«Ô Śaunaka, je te dirai le mérite sacré qui demeure dans les tīrthas de Revā (Narmadā). Jadis, le roi Pārīkṣit avait été consacré pour les initiations du yajña.»

Verse 6

संभृते तु हविर्द्रव्ये वर्तमानेषु कर्मसु । आसीनेषु द्विजाग्र्येषु हूयमाने हुताशने

Lorsque les matières de l’oblation furent rassemblées et que les rites se déroulaient; lorsque les plus éminents des deux-fois-nés étaient assis, et que l’on offrait dûment au Feu—

Verse 7

वर्तमानासु सर्वत्र तथा धर्मकथासु च । श्रूयमाणे तथा शब्दे जनैरुक्ते त्वहर्निशम्

Et tandis que partout se tenaient des entretiens sur le Dharma; tandis que de telles paroles étaient entendues—dites par les gens jour et nuit—

Verse 8

यज्ञभूमौ कुलपते दीयतां भुज्यतामिति । विविधांश्च विनोदान्वै कुर्वाणेषु विनोदिषु

Sur le terrain du yajña, ô seigneur de la lignée, s’éleva l’appel : «Qu’on donne des présents; qu’on jouisse de la nourriture !». Et tandis que les célébrants se réjouissaient, ils organisèrent maints divertissements et réjouissances.

Verse 9

एवंविधे वर्तमाने यज्ञे स्वर्गसदःसमे । वैशंपायनमासीनं पप्रच्छ जनमेजयः

Tandis qu’un tel sacrifice se poursuivait—pareil à une salle d’assemblée céleste—Janamejaya interrogea Vaiśaṃpāyana, assis en ce lieu.

Verse 10

जनमेजय उवाच । द्वैपायनप्रसादेन ज्ञानवानसि मे मतः । वैशंपायन तस्मात्त्वां पृच्छामि ऋषिसन्निधौ

Janamejaya dit : «Par la grâce de Dvaipāyana (Vyāsa), je te tiens pour un homme de vraie connaissance. C’est pourquoi, ô Vaiśaṃpāyana, je t’interroge ici, en présence des ṛṣis».

Verse 11

ब्रूहि मे त्वं पुरावृत्तं पितृणां तीर्थसेवनम् । चिरं नानाविधान्क्लेशान् प्राप्तास्त इति मे श्रुतम्

Raconte-moi l’antique récit de la fréquentation des tīrtha, les gués sacrés, par mes ancêtres. J’ai entendu dire que, longtemps, ils endurèrent maintes sortes d’épreuves.

Verse 12

कथं द्यूतजिताः पार्था मम पूर्वपितामहाः । आसमुद्रां महीं विप्र भ्रमन्तस्तीर्थलोभतः

Comment les Pārtha —mes ancêtres, vaincus au jeu de dés— errèrent-ils, ô brāhmane, sur la terre jusqu’aux mers qui l’encerclent, poussés par le désir des lieux saints ?

Verse 13

केन ते सहितास्तात भूमिभागाननेकशः । चेरुः कथय तत्सर्वं सर्वज्ञोऽसि मतो मम

Avec qui cheminèrent-ils, vénérable seigneur, parcourant tant de contrées de la terre ? Dis-m’en tout, car je te tiens pour celui qui sait tout.

Verse 14

वैशंपायन उवाच

Vaiśaṃpāyana dit :

Verse 15

कथयिष्यामि भूनाथ यत्पृष्टं तु त्वयाऽनघ । नमस्कृत्य विरूपाक्षं वेदव्यासं महाकविम्

Je vais te raconter, ô seigneur de la terre, ce que tu m’as demandé, ô irréprochable ; après m’être d’abord prosterné devant Virūpākṣa, le Seigneur aux trois yeux, et devant Vedavyāsa, le grand poète.

Verse 16

पितामहास्तु ते पञ्च पाण्डवाः सह कृष्णया । उषित्वा ब्राह्मणैः सार्धं काम्यके वन उत्तमे

«Vos aïeux —les cinq Pāṇḍava— avec Kṛṣṇā (Draupadī), après avoir demeuré avec les brāhmanes dans l’excellent bois de Kāmyaka…»

Verse 17

प्रधानोद्दालके तत्र कश्यपोऽथ महामतिः । विभाण्डकश्च राजेन्द्र मुरुश्चैव महामुनिः

«Là, le premier d’entre eux était Uddālaka; il y avait aussi le magnanime Kaśyapa; et, ô meilleur des rois, Vibhāṇḍaka, ainsi que Muru, le grand muni.»

Verse 18

पुलस्त्यो लोमशश्चैव तथान्ये पुत्रपौत्रिणः । स्नात्वा निःशेषतीर्थेषु गतास्ते विन्ध्यपर्वतम्

Pulastya et Lomaśa, avec d’autres ṛṣi accompagnés de leurs fils et petits-fils, après s’être baignés dans tous les tīrtha sacrés, se rendirent au mont Vindhya.

Verse 19

ते च तत्राश्रमं पुण्यं सर्वैर्वृक्षैः समाकुलम् । चम्पकैः कर्णकारैश्च पुन्नागैर्नागकेसरैः

Là, ils virent un āśrama saint, foisonnant de toutes sortes d’arbres, orné de campaka, karṇakāra, punnāga et nāgakesara.

Verse 20

बकुलैः कोविदारैश्च दाडिमैरुपशोभितम् । पुष्पितैरर्जुनैश्चैव बिल्वपाटलकेतकैः

Il était encore embelli par le bakula, le kovidāra et les grenadiers, ainsi que par l’arjuna en fleurs, le bilva, le pāṭala et le ketaka.

Verse 21

कदम्बाम्रमधूकैश्च निम्बजम्बीरतिन्दुकैः । नालिकेरैः कपित्थैश्च खर्जूरपनसैस्तथा

Il était aussi rempli d’arbres de kadamba, de manguiers et de madhūka, avec le neem, le cédrat et le tinduka, ainsi que des cocotiers, des kapittha, des palmiers-dattiers et des jacquiers.

Verse 22

नानाद्रुमलताकीर्णं नानावल्लीभिरावृतम् । सपुष्पं फलितं कान्तं वनं चैत्ररथं यथा

Cette forêt délicieuse—parsemée de maints arbres et lianes, enveloppée de vignes diverses, toute en fleurs et lourde de fruits—semblait le fameux bosquet de Caitraratha.

Verse 23

जलाश्रयैस्तु विपुलैः पद्मिनीखण्डमण्डितम् । सितोत्पलैश्च संछन्नं नीलपीतैः सितारुणैः

Il était orné de vastes étendues d’eau et de nappes d’étangs de lotus, tout couvert de nénuphars blancs et de lotus bleus, jaunes, blancs et rosés.

Verse 24

हंसकारण्डवाकीर्णं चक्रवाकोपशोभितम् । आडीकाकबलाकाभिः सेवितं कोकिलादिभिः

Il fourmillait de cygnes et de canards kāraṇḍava, embelli par les oiseaux cakravāka, et fréquenté par d’autres oiseaux, tels les hérons et le coucou (kokilā).

Verse 25

सिंहैर्व्याघ्रैर्वराहैश्च गजैश्चैव महोत्कटैः । महिषैश्च महाकायैः कुरङ्गैश्चित्रकैः शशैः

Il était habité par des lions, des tigres et des sangliers, ainsi que par de puissants éléphants; par d’énormes buffles; et aussi par des antilopes, des cerfs tachetés et des lièvres.

Verse 26

गण्डकैश्चैव खड्गैश्च गोमायुसुरभी युतम् । सारङ्गैर्मल्लकैश्चैव द्विपदैश्च चतुष्पदैः

Il était aussi rempli de bêtes gaṇḍaka et khaḍga, de chacals et de créatures au parfum suave; de cerfs sāraṅga et mallaka, et d’êtres à deux pieds comme à quatre.

Verse 27

तथाच कोकिलाकीर्णं मनःकान्तं सुशोभितम् । जीवंजीवकसंघैश्च नानापक्षिसमायुतम्

De même, il était rempli de kokilas, charme de l’esprit et d’une beauté éclatante; pressé de troupes d’oiseaux jīvaṃjīvaka et rejoint par maintes espèces d’êtres ailés.

Verse 28

दुःखशोकविनिर्मुक्तं सत्त्वोत्कटमनोरमम् । क्षुत्तृषारहितं कान्तं सर्वव्याधिविवर्जितम्

Il était délivré de peine et de lamentation, d’une pureté extrême dans son charme sāttvique et délicieux à l’esprit; sans faim ni soif, rayonnant de beauté, et indemne de toute maladie.

Verse 29

सिंहीस्तनं पिबन्त्यत्र कुरंगाः स्नेहसंयुतम् । मार्जारमूषकौ चोभाववलेहत उन्मुखौ

Là, des cerfs buvaient le lait aux mamelles d’une lionne, riche de tendresse; et même le chat et la souris, ensemble, levaient la tête et léchaient la nourriture sans inimitié.

Verse 30

पञ्चास्याः पोतकेभाश्च भोगिनस्तु कलापिनः । दृष्ट्वा तद्विपिनं रम्यं प्रविष्टाः पाण्डुनन्दनाः

Voyant cette forêt ravissante—où demeuraient même lions, jeunes éléphants, serpents et paons—les fils de Pāṇḍu y pénétrèrent.

Verse 31

मार्कण्डं दृष्टवांस्तत्र तरुणादित्यसन्निभम् । ऋषिभिः सेव्यमानं तु नानाशास्त्रविशारदैः

Là, ils virent Mārkaṇḍeya, rayonnant tel le jeune soleil, servi par des ṛṣi experts en maintes branches des śāstra sacrés.

Verse 32

कुलीनैः सत्त्वसम्पन्नैः शौचाचारसमन्वितैः । धीसंगतैः क्षमायुक्तैस्त्रिसंध्यं जपतत्परैः

Le lieu était fréquenté par des nobles, doués de pureté, établis dans la propreté et la juste conduite; maîtres de leur esprit, riches en patience, voués au japa aux trois sandhyā quotidiennes.

Verse 33

ऋग्यजुःसामविहितैर्मन्त्रैर्होमपरायणैः । केचित्पञ्चाग्निमध्यस्थाः केचिदेकान्तसंस्थिताः

Certains se consacraient au homa avec des mantras prescrits dans le Ṛg, le Yajus et le Sāman; d’autres pratiquaient l’ascèse au milieu des cinq feux, tandis que d’autres demeuraient établis dans la solitude.

Verse 34

ऊर्ध्वबाहुनिरालम्बा आदित्यभ्रमणाः परे । सायंप्रातर्भुजश्चान्ये एकाहारास्तथा परे

Certains se tenaient debout, les bras levés, sans appui; d’autres observaient la discipline de tourner autour du soleil. Les uns ne mangeaient qu’au soir et au matin, et d’autres gardaient le vœu d’un seul repas par jour.

Verse 35

द्वादशाहात्तथा चान्ये अन्ये मासार्धभोजनाः । दर्शे दर्शे तथा चान्ये अन्ये शैवालभोजनाः

Certains ne mangeaient qu’au bout de douze jours; d’autres seulement après une demi-lune. Certains prenaient nourriture à chaque observance de nouvelle lune, et d’autres vivaient d’algues et de plantes d’eau.

Verse 36

पिण्याकमपरेऽभुजन् केचित्पालाशभोजनाः । अपरे नियताहारा वायुभक्ष्याम्बुभोजनाः

Les uns mangèrent le tourteau d’huile; d’autres vécurent de feuilles de palāśa. D’autres encore, au régime strictement réglé, se soutenaient de l’air comme ‘nourriture’ ou d’eau seule.

Verse 37

एवंभूतैस्तथा वृद्धैः सेव्यते मुनिपुंगवैः । ततो धर्मसुतः श्रीमानाश्रमं तं प्रविश्य सः

Servi par de tels sages, et par des anciens vénérables, les plus éminents parmi les munis, alors l’illustre fils de Dharma entra dans cet āśrama.

Verse 38

दृष्ट्वा मुनिवरं शान्तं ध्यायमानं परं पदम् । प्रादक्षिण्येन सहसा दण्डवत्पतितोऽग्रतः

Voyant le meilleur des munis, paisible et absorbé dans la méditation de l’état suprême, il fit aussitôt la pradakṣiṇā autour de lui, puis se prosterna de tout son long à ses pieds.

Verse 39

भक्त्यानुपतितं दृष्ट्वा चिरादादाय लोचनम् । को भवानित्युवाचेदं धर्मं धीमानपृच्छत

Le voyant tombé en dévotion, le sage, après un long moment, leva les yeux et dit : «Qui es-tu ?», l’interrogeant ainsi selon le dharma.

Verse 40

तस्य तद्वचनं श्रुत्वा दारकस्तत्समीपगः । आहायं धर्मराजस्ते दर्शनार्थं समागतः

Entendant ces paroles, le jeune serviteur qui se tenait tout près dit : «C’est Dharmarāja ; il est venu pour recevoir votre darśana».

Verse 41

तच्छ्रुत्वादारकेणोक्तं वचनं प्राह सादरः । एह्येहि वत्सवत्सेति किंचित्स्थानाच्चलन्मुनिः । तं तु स्नेहादुपाघ्राय आसने उपवेशयत्

Entendant les paroles de l’enfant, le sage dit avec douceur : « Viens, viens, cher enfant. » Se levantant légèrement de sa place, par affection il respira le parfum de sa tête en signe d’accueil, puis l’assit sur un siège.

Verse 42

उपविष्टे सभायां तु पूजां कृत्वा यथाविधि । वन्यैर्धान्यैः फलैर्मूलै रसैश्चैव पृथग्विधैः

Lorsqu’il fut assis dans l’assemblée, ils accomplirent le culte selon la règle, offrant des grains de la forêt, des fruits, des racines et des sucs de diverses sortes.

Verse 43

पाण्डवा ब्राह्मणैः सार्द्धं यथायोग्यं प्रपूजिताः । मुहूर्तादथ विश्रम्य धर्मपुत्रो युधिष्ठिरः

Les Pāṇḍava, avec les brāhmanes, furent honorés comme il convenait. Après s’être reposé un court instant, Dharmaputra Yudhiṣṭhira…

Verse 44

पृच्छति स्म मुनिश्रेष्ठं कौतूहलसमन्वितः । भगवन्सर्वलोकानां दीर्घायुस्त्वं मतो मम

Plein de curiosité, il interrogea le plus excellent des sages : « Ô vénérable, à mon sens tu es d’une longévité qui dépasse tous les mondes. »

Verse 45

सप्तकल्पानशेषेण कथयस्व ममानघ । कल्पक्षयेऽपि लोकस्य स्थावरस्येतरस्य च

« Ô toi sans tache, raconte-moi entièrement les sept kalpa : comment, même à la fin d’un kalpa, les mondes et les êtres, immobiles comme mobiles, parviennent à leur destinée. »

Verse 46

न विनष्टोऽसि विप्रेन्द्र कथं वा केन हेतुना । गङ्गाद्याः सरितः सर्वाः समुद्रान्ताश्च या मुने

Ô le meilleur des brāhmanes, comment se fait-il que tu n’aies pas péri, et pour quelle cause ? Et, ô muni, qu’en est-il de tous les fleuves, à commencer par la Gaṅgā, qui vont se jeter dans l’océan ?

Verse 47

तासां मध्ये स्थिताः काः स्वित्काश्चैव प्रलयं गताः । का नु पुण्यजला नित्यं कानु न क्षयमागता

Parmi ces fleuves, lesquels demeurent, et lesquels sont entrés dans la dissolution ? Lequel est, à jamais, d’eaux saintes, et lequel ne va point vers le déclin ?

Verse 48

एतत्कथय मे तात प्रसन्नेनान्तरात्मना । श्रोतुमिच्छाम्यशेषेण ऋषिभिः सह बान्धवैः

Dis-le-moi, cher père, d’un cœur paisible et bienveillant. Je souhaite l’entendre entièrement, avec les ṛṣis et mes proches.

Verse 49

श्रीमार्कण्डेय उवाच । साधुसाधु महाप्राज्ञ धर्मपुत्र युधिष्ठिर । कथयामि यथा न्यायं यत्पृच्छसि ममानघ

Śrī Mārkaṇḍeya dit : « Bien dit, bien dit, ô Yudhiṣṭhira très sage, fils de Dharma. Ô irréprochable, je t’exposerai—selon la juste tradition—ce que tu demandes précisément. »

Verse 50

सर्वपापहरं पुण्यं पुराणं रुद्रभाषितम् । यः शृणोति नरो भक्त्या तस्य पुण्यफलं शृणु

Ce saint Purāṇa, proclamé par Rudra, détruit tous les péchés. Écoute maintenant le fruit de mérite qu’obtient celui qui l’entend avec dévotion.

Verse 51

अश्वमेध सहस्रेण वाजपेयशतेन च । तत्फलं समवाप्नोति राजन्नास्त्यत्र संशयः

Ô Roi, il obtient ce même fruit de mérite, égal à mille sacrifices Aśvamedha et à cent rites Vājapeya ; là-dessus, il n’y a aucun doute.

Verse 52

ब्रह्मघ्नश्च सुरापी च स्तेयी गोघ्नश्च यो नरः । मुच्यते सर्वपापेभ्यो रुद्रस्य वचनं यथा

Même celui qui a tué un brāhmaṇa, qui boit des enivrants, qui vole ou qui tue une vache, est délivré de tous les péchés, selon la proclamation de Rudra.

Verse 53

गङ्गा तु सरितां श्रेष्ठा तथा चैव सरस्वती । कावेरी देविका चैव सिन्धुः सालकुटी तथा

Parmi les fleuves, la Gaṅgā est souveraine ; de même sont sacrées la Sarasvatī, la Kāverī, la Devikā, le Sindhu, et aussi la Sālakuṭī.

Verse 54

सरयूः शतरुद्रा च मही चर्मिलया सह । गोदावरी तथा पुण्या तथैव यमुना नदी

Sont pareillement sacrées la Sarayū, la Śatarudrā, la Mahī avec la Carmilā, la sainte Godāvarī, et de même la rivière Yamunā.

Verse 55

पयोष्णी च शतद्रुश्च तथा धर्मनदी शुभा । एताश्चान्याश्च सरितः सर्वपापहराः स्मृताः

Sont aussi sacrées la Payoṣṇī, la Śatadru et l’auspicieuse Dharmanadī. Celles-ci et d’autres rivières sont rappelées comme effaçant tous les péchés.

Verse 56

किं तु ते कारणं तात वक्ष्यामि नृपसत्तम । समुद्राः सरितः सर्वाः कल्पे कल्पे क्षयं गताः

Mais je te dirai la cause de cela, ô cher enfant, ô meilleur des rois : à chaque kalpa, tous les océans et toutes les rivières vont à la dissolution.

Verse 57

सप्तकल्पक्षये क्षीणे न मृता तेन नर्मदा । नर्मदैकैव राजेन्द्र परं तिष्ठेत्सरिद्वरा

Même lorsque s’achève la destruction de sept kalpas, la Narmadā ne périt pas. Ainsi, ô seigneur des rois, la Narmadā seule demeure souverainement, la meilleure des rivières.

Verse 58

तोयपूर्णा महाभाग मुनिसंघैरभिष्टुता । गंगाद्याः सरितश्चान्याः कल्पे कल्पे क्षयं गताः

Ô très fortuné, bien qu’emplie d’eaux et louée par des assemblées de sages, la Gaṅgā et les autres rivières, de kalpa en kalpa, vont à leur fin.

Verse 59

एषा देवी पुरा दृष्टा तेन वक्ष्यामि तेऽनघ

Cette Déesse fut contemplée jadis ; c’est pourquoi, ô irréprochable, je te raconterai son récit.