Adhyaya 167
Avanti KhandaReva KhandaAdhyaya 167

Adhyaya 167

Le chapitre est construit comme une enquête sur un tīrtha situé sur la rive méridionale de la Narmadā. Yudhiṣṭhira demande à Mārkaṇḍeya d’identifier un lieu sacré marqué d’un signe et d’en exposer l’origine. Mārkaṇḍeya raconte son ancienne vie d’ascète près des Vindhya et de la région de Daṇḍaka, puis son retour sur la rive sud de la Narmadā où il fonde un āśrama peuplé de brahmacārins, de maîtres de maison, de vānaprasthas et de yatis, tous voués à la discipline. Après une longue tapas et une dévotion à Vāsudeva, deux divinités dispensatrices de grâces—Kṛṣṇa et Śaṅkara—se manifestent directement; le sage leur demande de demeurer à jamais en ce lieu, jeunes et exempts de maladie, avec leurs cortèges divins. Ils acquiescent puis deviennent non manifestes; Mārkaṇḍeya les installe (pratiṣṭhā) comme Śaṅkara et Kṛṣṇa et fixe le culte du sanctuaire. Le récit se poursuit par des prescriptions liturgiques: bain au tīrtha et adoration de Parameśvara, avec l’accent sur le nom « Mārkaṇḍeśvara », et vénération de Viṣṇu comme Seigneur des trois mondes. Sont énumérées les offrandes—ghee, lait, caillé, miel, eau de la Narmadā, parfums, encens, fleurs et naivedya—ainsi que la veille nocturne (jāgara) et l’observance durant la quinzaine claire du mois de Jyeṣṭha, avec jeûne et pūjā. Le texte intègre aussi le śrāddha/tarpaṇa pour les ancêtres, le culte de sandhyā, le japa des mantras védiques (Ṛg/Yajus/Sāman) et une procédure de Rudra-mantra: placer un kalaśa au sud du liṅga et accomplir l’ablution par les mantras « Rudra-ekādaśa », promettant descendance et longue vie. La phalaśruti conclut que l’écoute ou la récitation purifie les fautes et mène à des fruits orientés vers la délivrance, exprimés à la fois en registres vaiṣṇava et śaiva.

Shlokas

Verse 1

युधिष्ठिर उवाच । नर्मदादक्षिणे कूले त्वच्चिह्नेनोपलक्षितम् । तीर्थमेतन्ममाख्याहि सम्भवं च महामुने

Yudhiṣṭhira dit : «Ô grand muni, parle-moi de ce tīrtha sur la rive méridionale de la Narmadā, marqué de ton signe ; décris-le-moi, ainsi que son origine».

Verse 2

मार्कण्डेय उवाच । पुरा कृतयुगस्यादौ दक्षिणे गिरिमुत्तमम् । विन्ध्यं सर्वगुणोपेतं नियतो नियताशनः

Mārkaṇḍeya dit : «Autrefois, au commencement du Kṛta Yuga, au sud, je m’approchai de l’excellent mont Vindhya, pourvu de toutes les vertus, vivant dans la discipline et avec une nourriture mesurée».

Verse 3

ऋषिसङ्घैः कृतातिथ्यो दण्डके न्यवसं चिरम् । उषित्वा सुचिरं कालं वर्षाणामयुतं सुखी

Honoré comme hôte par des assemblées de ṛṣis, je demeurai longtemps dans la forêt de Daṇḍaka ; et y ayant séjourné très longtemps—dix mille ans—je restai paisible et comblé.

Verse 4

तानृषीन् समनुज्ञाप्य शिष्यैरनुगतस्ततः । निवृत्तः सुमहाभाग नर्मदाकूलमागतः

Après avoir pris congé de ces rishis, suivi de mes disciples, je partis, ô très fortuné, et parvins au rivage de la Narmadā.

Verse 5

पुण्यं च रमणीयं च सर्वपापविनाशनम् । कृत्वाहमास्पदं तत्र द्विजसंघसमायुतः

Là, j’établis ma demeure en un lieu saint et charmant, destructeur de tous les péchés, avec l’assemblée des dvijas.

Verse 6

ब्रह्मचारिभिराकीर्णं गार्हस्थ्ये सुप्रतिष्ठितैः । वानप्रस्थैश्च यतिभिर्यताहारैर्यतात्मभिः

Cette région sacrée était remplie de brahmacārins, de maîtres de maison solidement établis, ainsi que de vanaprasthas et de yatis, sobres dans leur nourriture et maîtres d’eux-mêmes.

Verse 7

तपस्विभिर्महाभागैः कामक्रोधविवर्जितैः । तत्राहं वर्षमयुतं तपः कृत्वा सुदारुणम्

Là, parmi ces ascètes fortunés, exempts de désir et de colère, j’accomplis une austérité extrêmement rigoureuse pendant dix mille ans.

Verse 8

आराधयं वासुदेवं प्रभुं कर्तारमीश्वरम् । जपंस्तपोभिर्नियमैर्नर्मदाकूलमाश्रितः

Demeurant sur la rive de la Narmadā, j’adorai Vāsudeva — le Seigneur, le Créateur, le Souverain suprême — m’appliquant au japa, aux austérités et aux observances réglées.

Verse 9

ततस्तौ वरदौ देवौ समायातौ युधिष्ठिर । प्रत्यक्षौ भास्करौ राजन्नुमाश्रीभ्यां विभूषितौ

Alors vinrent en ce lieu ces deux dieux dispensateurs de grâces, ô Yudhiṣṭhira : visibles à l’œil, rayonnants comme le soleil, parés d’Umā et de Śrī.

Verse 10

प्रणम्याहं ततो देवौ भक्तियुक्तो वचोऽब्रुवम् । भवन्तौ प्रार्थयामि स्म वरार्हौ वरदौ शिवौ

Puis, m’étant prosterné devant les deux divinités, je parlai avec dévotion : «Je vous implore tous deux, dignes d’accorder des grâces, dispensateurs de grâces, Śiva de bon augure».

Verse 11

धर्मस्थितिं महाभागौ भक्तिं वानुत्तमां युवाम् । अजरो व्याधिरहितः पञ्चविंशतिवर्षवत् । अस्मिन्स्थाने सदा स्थेयं सह देवैरसंशयम्

«Ô vous, grandement bénis, accordez la stabilité dans le dharma et la dévotion suprême. Que je sois sans vieillesse et sans maladie, comme ayant toujours vingt-cinq ans. Et puissiez-vous demeurer à jamais en ce lieu même, avec les dieux, sans nul doute».

Verse 12

एवमुक्तौ मया पार्थ तौ देवौ कृष्णशङ्करौ । मामूचतुः प्रहृष्टौ तौ निवासार्थं युधिष्ठिर

Quand j’eus ainsi parlé, ô Pārtha, ces deux dieux—Kṛṣṇa et Śaṅkara—tout réjouis, me répondirent au sujet de leur demeure, ô Yudhiṣṭhira.

Verse 13

देवावूचतुः । अस्मिन्स्थाने स्थितौ विद्धि सह देवैः सवासवैः । एवमुक्त्वा ततो देवौ तत्रैवान्तरधीयताम्

Les deux dieux dirent : «Sache que nous demeurerons en ce lieu, avec les dieux et Indra». Ayant ainsi parlé, les deux dieux disparurent sur-le-champ.

Verse 14

अहं च स्थापयित्वा तौ शङ्करं कृष्णमव्ययम् । कृतकृत्यस्ततो जातः सम्पूज्य सुसमाहितः

Et moi, après avoir établi ces deux—Śaṅkara et l’impérissable Kṛṣṇa—je fus accompli dans mon dessein ; puis, l’esprit recueilli, je les adorai pleinement.

Verse 15

तस्मिंस्तीर्थे नरः स्नात्वा पूजयेत्परमेश्वरम् । मार्कण्डेश्वरनाम्ना वै विष्णुं त्रिभुवनेश्वरम्

En ce tīrtha, après s’être baigné, l’homme doit adorer le Seigneur Suprême—Viṣṇu, Seigneur des trois mondes—qui y est renommé sous le nom de «Mārkaṇḍeśvara».

Verse 16

स गच्छेत्परमं स्थानं वैष्णवं शैवमेव च । घृतेन पयसा वाथ दध्ना च मधुना तथा

Par un tel culte, il atteint la demeure suprême : à la fois le séjour vaiṣṇava et le séjour śaiva. (Le rite s’accomplit) avec du ghee, avec du lait, de même avec du caillé, et aussi avec du miel.

Verse 17

नार्मदेनोदकेनाथ गन्धधूपैः सुशोभनैः । पुष्पोपहारैश्च तथा नैवेद्यैर्नियतात्मवान्

Ô Seigneur, avec l’eau de la Narmadā, avec de splendides parfums et encens, avec des offrandes de fleurs et aussi des offrandes de nourriture—que le dévot au soi maîtrisé accomplisse (le culte).

Verse 18

एवं विष्णोः प्रकुर्वीत जागरं भक्तितत्परः । स्नानादीनि तथा राजन्प्रयतः शुचिमानसः

Ainsi, tout entier voué à la bhakti, il doit accomplir une veille nocturne pour Viṣṇu ; et de même, ô Roi, il doit observer dûment le bain et les autres pratiques, avec soin et pureté d’esprit.

Verse 19

ज्येष्ठे मासि सिते पक्षे चतुर्दश्यामुपोषितः । द्वादश्यां कारयेद्देवपूजनं वैष्णवो नरः

Au mois de Jyeṣṭha, durant la quinzaine claire, après avoir jeûné au quatorzième tithi, l’homme vaiṣṇava doit faire célébrer l’adoration du Seigneur au douzième tithi.

Verse 20

एवं कृत्वा चतुर्दश्यामेकादश्यां नरोत्तम । वैष्णवं लोकमाप्नोति विष्णुतुल्यो भवेन्नरः

Ayant ainsi agi—accomplissant le rite au quatorzième et au onzième jour, ô meilleur des hommes—il atteint le monde vaiṣṇava, et cet homme devient égal à Viṣṇu en gloire.

Verse 21

माहेश्वरे च राजेन्द्र गणवन्मोदते पुरे । श्राद्धं च कुरुते तत्र पितॄनुद्दिश्य सुस्थिरः

Et à Māheśvara, ô seigneur des rois, il se réjouit dans la cité comme l’un des gaṇa, les compagnons de Śiva. Là, ferme dans sa résolution, il accomplit aussi le śrāddha en le dédiant aux ancêtres.

Verse 22

तस्य ते ह्यक्षयां तृप्तिं प्राप्नुवन्ति न संशयः । नर्मदायां द्विजः स्नात्वा मौनी नियतमानसः

Pour lui, ceux-là (les ancêtres) obtiennent assurément une satisfaction inépuisable, sans aucun doute. Après s’être baigné dans la Narmadā, le deux-fois-né, observant le silence et maîtrisant son esprit, poursuit (le rite).

Verse 23

उपास्य सन्ध्यां तत्रस्थो जपं कृत्वा सुशोभनम् । तर्पयित्वा पितॄन्देवान्मनुष्यांश्च यथाविधि

Demeurant en ce lieu, après avoir honoré comme il se doit la Sandhyā et accompli un japa harmonieux, puis après avoir offert le tarpaṇa aux ancêtres, aux devas et aussi aux hommes, selon la règle, (le rite s’accomplit).

Verse 24

कृष्णस्य पुरतः स्थित्वा मार्कण्डेशस्य वा पुनः । ऋग्यजुःसाममन्त्रांश्च जपेदत्र प्रयत्नतः

Se tenant devant Kṛṣṇa —ou encore devant Mārkaṇḍeśa—, qu’ici, avec un effort appliqué, l’on récite les mantras du Ṛg, du Yajus et du Sāma (Védas).

Verse 25

ऋचमेकां जपेद्यस्तु ऋग्वेदस्य फलं लभेत् । यजुर्वेदस्य यजुषा साम्ना सामफलं लभेत्

Celui qui récite ne fût-ce qu’une seule ṛc obtient le fruit du Ṛgveda ; par un Yajus, il reçoit le fruit du Yajurveda ; et par un Sāman, le fruit du Sāmaveda.

Verse 26

एकस्मिन्भोजिते विप्रे कोटिर्भवति भोजिता । मृतप्रजा तु या नारी वन्ध्या स्त्रीजननी तथा

Lorsqu’un seul brāhmaṇa est nourri selon le rite, c’est comme si un crore l’avait été. Et la femme dont les enfants sont morts, de même que la femme stérile, devient elle aussi apte à obtenir une descendance.

Verse 27

रुद्रांस्तु विधिवज्जप्त्वा ब्राह्मणो वेदतत्त्ववित् । लिङ्गस्य दक्षिणे पार्श्वे स्थापयेत्कलशं शिवम्

Après avoir récité selon la règle les hymnes/mantras de Rudra, le brāhmaṇa qui connaît la vraie teneur du Veda doit placer, au flanc droit du liṅga, un kalaśa sacré de Śiva.

Verse 28

रुद्रैकादशभिर्मन्त्रैः स्नापयेत्कलशाम्भसा । पुत्रमाप्नोति राजेन्द्र दीर्घायुषमकल्मषम्

Avec les onze mantras de Rudra, qu’on baigne (la divinité) avec l’eau du kalaśa. Ô meilleur des rois, il obtient un fils, à la longue vie et sans souillure.

Verse 29

मार्कण्डेश्वरवृक्षान्यो दूरस्थानपि पश्यति । ब्रह्महत्यादिपापेभ्यो मुच्यते शङ्करोऽब्रवीत्

Par la grâce de l’arbre de Mārkaṇḍeśvara, l’homme voit même ce qui est lointain ; et il est délivré des péchés, à commencer par le brahma-hatyā (meurtre d’un brāhmane) — ainsi l’a proclamé Śaṅkara.

Verse 30

य इदं शृणुयाद्भक्त्या पठेद्वा नृपसत्तम । सर्वपापविशुद्धात्मा जायते नात्र संशयः

Ô le meilleur des rois, quiconque écoute ceci avec dévotion — ou le récite — naît l’âme purifiée de tous les péchés ; là-dessus, point de doute.

Verse 31

इदं यशस्यमायुष्यं धन्यं दुःखप्रणाशनम् । पठतां शृण्वतां वापि सर्वपापप्रमोचनम्

Ceci confère renommée et longue vie ; c’est de bon augure et détruit la souffrance. À ceux qui le récitent — ou même l’entendent — il apporte la délivrance de tous les péchés.

Verse 167

। अध्याय

Ici s’achève le chapitre.