Adhyaya 84
Purva BhagaThird QuarterAdhyaya 8457 Verses

Bhuvaneśī (Nidrā-Śakti) Mantra-vidhi, Nyāsa–Āvaraṇa Worship, Padma-homa Prayogas, and the Opening of Śrī-Mahālakṣmī Upāsanā

Sanatkumāra instruit un brāhmaṇa (dans la lignée d’enseignement des Sanakādi vers Nārada) en situant d’abord le rite dans un mythe de l’ère du pralaya : Madhu et Kaiṭabha naissent de l’impureté de l’oreille de Viṣṇu tandis que Brahmā se tient sur le lotus, ce qui conduit à la louange de Jagadambikā comme Nidrā-Śakti aux yeux de Nārāyaṇa. Le chapitre passe ensuite à un dossier de sādhana, structuré, pour Bhuvaneśvarī/Bhuvaneśī : titres du bīja-mantra (ṛṣi/chandas/devatā), ṣaḍaṅga-nyāsa et installation des mātṛkā, nyāsa du mantra sur les lieux du corps avec les divinités associées (Brahmā, Viṣṇu, Rudra, Kubera, Kāma, Gaṇapati), visualisation/dhyāna, nombre de japa et homa avec dravyas prescrits. Un yantra/maṇḍala est décrit (pétales de lotus, hexagone, neuf śakti, āvaraṇa) ainsi que le culte directionnel de paires de divinités et de leurs śakti servantes. La conclusion donne des prayoga pratiques (influence, prospérité, intelligence poétique, mariage, naissance) et ouvre sur l’épisode de Mahiṣāsura et les données du mantra Śrī-bīja (Bhṛgu comme ṛṣi ; Nivṛt comme chandas ; Śrī comme devatā).

Shlokas

Verse 1

सनत्कुमार उवाच । कलिकल्पांतरे ब्रह्मन् ब्रह्मणोऽव्यक्तजन्मनः । लोकपद्मे तपस्थस्य सृष्ट्यर्थं संबभूवतुः ॥ १ ॥

Sanatkumāra dit : Ô brahmane, dans un autre cycle du Kali-kalpa, tandis que Brahmā—dont l’origine est non manifestée—accomplissait l’ascèse sur le lotus des mondes, «les deux» apparurent pour l’œuvre de la création.

Verse 2

विष्णुकर्णमलोद्भूतावसुरौ मधुकैटभौ । तौ जातमात्रौ पयसि लोकप्रलयलक्षणे ॥ २ ॥

De l’impureté (comme le cérumen) de l’oreille de Viṣṇu naquirent les deux asura, Madhu et Kaiṭabha ; et, à peine nés, ils se trouvaient dans les eaux, alors que le monde portait les marques du pralaya, la dissolution cosmique.

Verse 3

जानुमात्रे स्थितौ दृष्ट्वा ब्रह्मणं कमलस्थितम् । प्रवृत्तावत्तुमालक्ष्य तुष्टाव जगदंबिकाम् ॥ ३ ॥

Voyant Brahmā assis sur le lotus, et remarquant qu’il avait commencé à le dévorer, elle loua Jagadambikā, la Mère de l’univers.

Verse 4

ततो देवी जगत्कर्त्री शैवी शक्तिरनुत्तमा । नारायणाक्षिसंस्थाना निद्रा प्रीता बभूव ह ॥ ४ ॥

Alors la Déesse—l’énergie śaiva suprême, créatrice du monde—qui demeure dans les yeux de Nārāyaṇa sous la forme de Nidrā, le Sommeil, fut satisfaite.

Verse 5

तस्या मंत्रादिकं सर्वं कथयिष्यामि तच्छृणु । सारुणा क्रोधनी शांतिश्चंद्रालंकृतशेखरा ॥ ५ ॥

Écoute maintenant : je vais exposer intégralement tous ses mantras et les rites qui s’y rattachent. Elle est Sāruṇā, Krodhanī et Śānti, la Déesse dont la crête est ornée de la lune.

Verse 6

एकाक्षरीबीज मन्त्रऋषिः शक्तिरुदाहृता । गायत्री च भवेच्छन्दो देवता भुवनेश्वरी ॥ ६ ॥

Pour le bīja-mantra d’une seule syllabe, il est déclaré que le ṛṣi du mantra est Śakti ; son mètre (chandas) est Gāyatrī ; et la divinité présidante est Bhuvaneśvarī.

Verse 7

षड्दीर्घयुक्तबीजेन कुर्यादंगानि षट् क्रमात् । संहारसृष्टिमार्गेण मातृकान्यस्तविग्रहः ॥ ७ ॥

Avec le bīja joint aux six voyelles longues, qu’il accomplisse, dans l’ordre prescrit, les six aṅga-nyāsa ; puis, après avoir installé les mātṛkā sur le corps, qu’il avance selon la méthode de résorption (saṃhāra) et d’émanation (sṛṣṭi).

Verse 8

मन्त्रन्यासं ततः कुर्याद्देवताभावसिद्धये । हृल्लेखां मूर्ध्नि वदने गगनां हृदयांबुजे ॥ ८ ॥

Ensuite, qu’on accomplisse le mantra-nyāsa afin d’obtenir la réalisation du devatā-bhāva, la présence de la Divinité. Qu’on place « Hṛllekhā » sur la tête et le visage, et « Gaganā » sur le lotus du cœur.

Verse 9

रक्तां करालिकां गुह्ये महोच्छुष्मां पदद्वये । ऊर्द्ध्वप्राग्दक्षिणोदीच्यपश्चिमेषूत्तरेऽपि च ॥ ९ ॥

Qu’il place ces puissances divines : Raktā, la Rouge, et Karālikā dans la partie secrète (guhya) ; Mahocchuṣmā sur les deux pieds ; et qu’il les assigne de même dans la région supérieure et selon les directions — est, sud, nord, ouest, ainsi que le quartier du nord.

Verse 10

सद्यादिह्रस्वबीजाद्यान्वस्तव्या भूतसप्रभाः । अंगानि विन्यसेत्पश्चाज्जातियुक्तानि षट् क्रमात् ॥ १० ॥

Qu’on accomplisse le nyāsa : qu’on place les brèves syllabes-semences commençant par « sadya » ainsi que les mantras resplendissants liés aux éléments ; puis qu’on dispose, dans l’ordre prescrit, les six aṅga, chacun accompagné de sa jāti propre.

Verse 11

ब्रह्माणं विन्यसेद्भाले गायत्र्या सह संयुतम् । सावित्र्या सहितं विष्णुं कपोले दक्षिणे न्यसेत् ॥ ११ ॥

Par le nyāsa, qu’on place Brahmā sur le front, uni à la Gāyatrī ; et qu’on place Viṣṇu sur la joue droite, avec la Sāvitrī.

Verse 12

वागीश्वर्या समायुक्तं वामगंडे महेश्वरम् । श्रिया धनपतिं न्यस्य वामकर्णाग्रके पुनः ॥ १२ ॥

Ensuite, par le nyāsa, qu’on place Maheśvara (Mahādeva), uni à la puissance de la Parole, Vāgīśvarī, sur la joue gauche ; et, avec Śrī (la prospérité), qu’on place de nouveau Dhanapati (Kubera) à l’extrémité de l’oreille gauche.

Verse 13

रत्या स्मरं मुखे न्यस्य पुण्यागणपतिं न्यसेत् । सव्यकर्णोपरि निधाकर्णगंडांतरालयोः ॥ १३ ॥

Après avoir placé par le nyāsa le mantra de Smara (Kāma) sur la bouche, qu’on place ensuite le mantra de l’auspicieux Gaṇapati : sur la partie supérieure de l’oreille gauche et aussi dans l’espace entre l’oreille et la joue.

Verse 14

न्यस्तव्यं वदने मूलं भूपश्चैत्रांस्ततो न्यसेत् । कण्ठमूले स्तनद्वंद्वे वामांसे हृदयांबुजे ॥ १४ ॥

Qu’on place par le nyāsa le Mūla (mantra racine) sur la bouche ; puis qu’on place les lettres/mantras commençant par « bhūpa » et « caitrā » à la base de la gorge, sur la paire de seins, sur l’épaule gauche et sur le lotus du cœur.

Verse 15

सव्यांसे पार्श्वयुगले नाभिदेशे च देशिकः । भालांश्च पार्श्वजठरे पार्श्वांसापरके हृदि ॥ १५ ॥

Le précepteur (Deśika) doit être établi sur l’épaule gauche, sur les deux flancs et dans la région du nombril ; les puissances Bhāla doivent être placées au côté et au ventre ; et la puissance Pārśvāṃsa (membre latéral) doit être installée dans le cœur, de l’autre côté.

Verse 16

ब्रह्माण्याद्यास्तनौ न्यस्य विधिना प्रोक्तलक्षणाः । मूलेन व्यापकं देहे न्यस्य देवीं विचिंतयेत् ॥ १६ ॥

Après avoir posé (les mantras commençant par) Brahmāṇī et les autres sur les deux seins, selon le rite prescrit et les marques indiquées, qu’on installe ensuite, au moyen du mantra-racine, la puissance qui pénètre tout le corps, et qu’on médite avec ferveur sur la Déesse.

Verse 17

उद्यद्दिवाकरनिभां तुंगोरोजां त्रिलोचनाम् । स्मरास्यामिंदुमुकुटां वरपाशांकुशाभयाम् ॥ १७ ॥

Je méditerai sur Elle : rayonnante comme le soleil levant, aux seins hauts, aux trois yeux ; au visage envoûtant ; portant la lune pour diadème, et dont les mains excellentes tiennent le lacet (pāśa), le aiguillon (aṅkuśa) et le geste d’intrépidité (abhaya).

Verse 18

रदलक्षं जपेन्मंत्रं त्रिमध्वक्तैर्हुनेत्ततः । अष्टद्रव्यैर्दशांशेन ब्रह्मवृक्षसमिद्वरैः ॥ १८ ॥

Qu’on répète le mantra en japa cent mille fois. Ensuite, qu’on accomplisse l’offrande au feu avec un mélange des trois douceurs et de ghee ; en utilisant les huit substances rituelles, que les oblations soient le dixième du nombre de japa, avec d’excellents bâtons de bois du brahma-arbre.

Verse 19

द्राक्षाखर्जूरवातादशर्करानालिकेरकम् । तन्दुलाज्यतिलं विप्र द्रव्याष्टकमुदाहृतम् ॥ १९ ॥

Raisins, dattes, amandes, sucre, noix de coco, riz, ghee et sésame — ô brāhmane — tels sont proclamés les huit ingrédients rituels.

Verse 20

दद्यादर्ध्यं दिनेशाय तत्र संचिन्त्य पार्वतीम् । पद्ममष्टदलं बाह्ये वृत्तं षोडशभिर्द्दलैः ॥ २० ॥

Qu’on offre l’arghya (offrande d’eau respectueuse) au dieu Soleil, tout en méditant là sur Pārvatī. Ensuite, qu’on façonne un lotus à huit pétales, et, à l’extérieur, une enceinte circulaire à seize pétales.

Verse 21

विलिखेत्कर्णिकामध्ये षट्कोणमतिसुन्दरम् । ततः संपूजयेत्पीठं नवशक्तिसमन्वितम् ॥ २१ ॥

Au centre du cœur du lotus, qu’on trace un hexagone d’une beauté exquise. Puis qu’on vénère comme il se doit le pīṭha, le siège sacré pourvu des neuf Śaktis.

Verse 22

जयाख्या विजया पश्चादजिताह्वापराजिता । नित्या विलासिनी गोग्धीत्यघोरा मंगला नव ॥ २२ ॥

Viennent ensuite les neuf appellations de bon augure : Jayākhyā, Vijayā ; puis Ajitāhvā et Aparājitā ; Nityā, Vilāsinī, Gogdhī ; ainsi qu’Aghorā et Maṅgalā.

Verse 23

बीजाढ्यमासनं दत्त्वा मूर्तिं तेनैव कल्पयेत् । तस्यां संपूजयेद्देवीमावाह्यावरणैः क्रमात् ॥ २३ ॥

Après avoir offert un āsana (siège) enrichi de bīja-mantras, qu’on façonne la mūrti de la Divinité en conséquence. Puis, après avoir invoqué la Déesse pour qu’elle y demeure, qu’on l’adore pleinement, étape par étape, avec les āvaraṇas, les enceintes protectrices successives.

Verse 24

मध्यपाग्याम्यसौम्येषु पूजयेदंगदेवताः । षट्कोणेषु यजेन्मंत्री पश्चान्मिथुनदेवताः ॥ २४ ॥

Dans la région centrale, et dans les directions de bon augure (l’est et le nord), qu’on vénère les aṅga-devatās, les divinités des membres. Dans les sections à six angles (ṣaṭkoṇas), l’officiant connaissant les mantras accomplira le culte ; ensuite, qu’il vénère les divinités en couple (mithuna-devatās).

Verse 25

इन्द्रकोणं लसद्दंडकुंडिकाक्षगुणाभयाम् । गायत्रीं पूजयेन्मन्त्री ब्रह्माणमपि तादृशम् ॥ २५ ॥

Dans le quartier d’Indra (l’Orient), le pratiquant du mantra doit vénérer Gāyatrī, rayonnante—tenant le bâton et la cruche d’eau, portant le rosaire, montrant le mudrā de l’enseignement et accordant l’intrépidité; et, de même, il doit vénérer Brahmā sous les mêmes attributs.

Verse 26

रक्षः कोणे शंखचक्रगदापंकजधारिणीम् । सावित्रीं पीतवसनां यजेद्विणुं च तादृशम् ॥ २६ ॥

Dans l’angle des Rakṣas (le coin protecteur), on doit vénérer Sāvitrī, vêtue de jaune, portant la conque, le disque, la massue et le lotus; et l’on doit aussi vénérer Viṣṇu sous la même forme.

Verse 27

वायुकोणे परश्वक्षमाला भयवरान्विताम् । यजेत्सरस्वतीमच्छां रुद्रं तादृशलक्षणम् ॥ २७ ॥

Dans l’angle de Vāyu (nord-ouest), on doit vénérer la pure Sarasvatī, portant la hache et le rosaire, montrant les mudrā d’intrépidité et de don; et de même Rudra avec les mêmes signes distinctifs.

Verse 28

वह्निकोणे यजेद्रत्नकुंभं मणिकरंडकम् । कराभ्यां बिभ्रतीं पीतां तुंदिलं धनदायकम् ॥ २८ ॥

Dans le coin du feu (sud-est), on doit vénérer celui qui tient le vase de joyaux et le coffret de gemmes—de teinte jaune, au ventre rebondi, dispensateur de richesses, les portant de ses deux mains.

Verse 29

आलिंग्य सव्यहस्तेन वामे तांबूलधारिणीम् । धनदांकसमारूढां महालक्ष्मीं प्रपूजयेत् ॥ २९ ॥

L’enlaçant de son bras gauche, on doit vénérer comme il se doit Mahālakṣmī—tenant le tāmbūla (bétel) dans la main gauche et assise sur les genoux de Dhanada (Kubera).

Verse 30

पश्चिमे मदनं बाणपाशांकुशशरासनाम् । धारयंतं जपारक्तं पूजयेद्रक्तभूषणम् ॥ ३० ॥

À l’ouest, qu’on adore Madana (Kāma), tenant la flèche, le lacet, l’aiguillon et l’arc; rouge comme la fleur d’hibiscus, paré d’ornements rouges.

Verse 31

सव्येन पतिमाश्लिष्य वामेनोत्पलधारिणीम् । पाणिना रमणांकस्थां रतिं सम्यक्समर्चयेत् ॥ ३१ ॥

En enlaçant son époux du côté gauche et tenant un lotus de la main gauche, qu’on vénère comme il se doit Rati, assise sur les genoux de son bien-aimé, par la main droite selon le rite.

Verse 32

ऐशान्ये पूजयेत्सम्यक् विघ्नराजं प्रियान्वितम् । सृणिपाशधरं कांतं वरांगासृक्कलांगुलिम् ॥ ३२ ॥

Au nord-est, qu’on adore comme il se doit Vighnarāja (Gaṇeśa), accompagné de sa bien-aimée épouse: charmant d’aspect, portant l’aiguillon et le lacet, marqué de membres auspices et de teintes rougeoyantes.

Verse 33

माध्वीपूर्णकपालाढ्यं विघ्नराजं दिगंबरम् । पुष्करे विगलद्रत्नस्फुरच्चषकधारिणम् ॥ ३३ ॥

Je médite sur Vighnarāja (Gaṇeśa), vêtu du ciel (nu), richement pourvu d’un bol-crâne rempli de vin au miel, tenant dans sa main de lotus une coupe rayonnante, étincelante de joyaux ruisselants.

Verse 34

सिंदूरसदृशाकारामुद्दाममदविभ्रमाम् । धृतरक्तोत्पलामन्यपाणिना तु ध्वजस्पृशाम् ॥ ३४ ॥

Elle apparut d’une forme semblable au sindūra (vermillon), se balançant d’une grâce enivrante et sans frein; tenant un lotus rouge et, de l’autre main, touchant l’étendard.

Verse 35

आश्लिष्टकांतामरुणां पुष्टिमर्चेद्दिगंबराम् । कर्णिकायां निधी पूज्यौ षट्कोणस्याथ पार्श्वयोः ॥ ३५ ॥

Qu’on adore Puṣṭi : d’une teinte rougeâtre, « vêtue d’espace » (nue), étroitement enlacée à son Bien-aimé. Dans le péricarpe central (du diagramme), on vénérera les deux Nidhis (Trésors), puis on les placera de part et d’autre de l’hexagone.

Verse 36

अंगानि केसरेष्वेताः पश्चात्पत्रेषु पूजयेत् । अनंगकुसुमा पश्चाद्द्वितीयानंगमेखला ॥ ३६ ॥

Qu’on vénère ces divinités-membres (aṅga-devatās) d’abord sur les filaments (kesara), puis sur les pétales. Ensuite vient Anaṅgakusumā, puis la seconde, nommée Anaṅgamekhalā.

Verse 37

अनंगगमना तद्वदनंगमदनातुरा । भुवनपाला गगनवेगा षष्ठी चैव ततः परम् ॥ ३७ ॥

Anaṅgamanā ; de même Anaṅgamadanāturā ; Bhuvanapālā ; Gaganavegā — tels sont les noms ; puis vient la sixième dans l’ordre.

Verse 38

शशिलेखा गगनलेखा चेत्यष्टौ यत्र शक्तयः । खङ्गखेटकधारिण्यः श्यामाः पूज्याश्च मातरः ॥ ३८ ॥

Là, en ce lieu sacré, se trouvent huit Śaktis divines—telles Śaśilekhā et Gaganalekhā—Mères à la teinte sombre, dignes d’adoration, portant épée et bouclier.

Verse 39

पद्माद्बहिः समभ्यर्च्याः शक्तयः परिचारिकाः । प्रथमानंगद्वयास्यादनंगमदना ततः ॥ ३९ ॥

À l’extérieur du lotus (siège/diagramme), les Śaktis servantes doivent être vénérées comme il se doit. La première est Anaṅgadvayāsyā ; ensuite vient Anaṅgamadanā.

Verse 40

मदनातुरा भवनवेगा ततो भुवनपालिका । स्यात्सर्वशिशिरानंगवेदनानंगमेखला ॥ ४० ॥

Alors elle est tourmentée par Kāma (le désir d’amour) et ses mouvements s’accélèrent ; la protectrice des mondes semble ceinte de passion, éprouvant les douleurs du désir durant toute la saison froide.

Verse 41

चषकं तालवृंतं च तांबूलं छत्रमुज्ज्वलम् । चामरे चांशुकं पुष्पं बिभ्राणाः करपंकजैः ॥ ४१ ॥

De leurs mains semblables au lotus, ils portaient une coupe à boire, un éventail de feuille de palmier, le tāmbūla (bétel), un parasol éclatant, des chasse-mouches en queue de yak (cāmara), des étoffes et des fleurs ; et ils se tenaient là, offrant ces présents dans un service plein de révérence.

Verse 42

सर्वाभरणसंदीप्तान् लोकपालान्बहिर्यजेत् । वज्रादीन्यपि तद्बाह्ये देवीमित्थं प्रपूजयेत् ॥ ४२ ॥

À l’extérieur (de l’autel ou du maṇḍala intérieur), on doit adorer les Lokapāla, resplendissants de tous leurs ornements ; et plus au dehors encore, on placera et vénérera aussi le vajra et les autres armes divines. Ainsi doit-on honorer la Déesse selon le rite.

Verse 43

मंत्री त्रिमधुरोपेतैर्हुत्वाश्वत्थसमिद्वरैः । ब्राह्मणान्वशयेच्छीघ्रं पार्थिवान्पद्महोमतः ॥ ४३ ॥

Le mantrin (officiant expert), après avoir versé les oblations dans le feu avec les meilleures brindilles d’aśvattha accompagnées des « trois douceurs », par le Padma-homa (homa de l’offrande de lotus) amène promptement brāhmanes et rois sous son influence.

Verse 44

पलाशपुष्पैस्तत्पत्नीं मंत्रिणः कुसुदैरपि । पंचविंशतिधा जप्तैर्जलैः स्नानं दिने दिने ॥ ४४ ॥

Les connaisseurs du mantra doivent baigner chaque jour son épouse avec de l’eau sur laquelle le mantra a été récité vingt-cinq fois, en y joignant des fleurs de palāśa et aussi des fleurs de kuśa.

Verse 45

आत्मानमभिषिंचेद्यः सर्वसौभाग्यवान्भवेत् । पंचविंशतिधा जप्तं जलं प्रातः पिबेन्नरः ॥ ४५ ॥

Celui qui s’asperge rituellement lui-même devient comblé de toutes les bonnes fortunes. Au matin, qu’il boive l’eau sur laquelle le mantra a été récité vingt-cinq fois.

Verse 46

अवाप्य महतीं प्रज्ञां कवीनामग्रणीर्भवेत् । कर्पूरागरुसंयुक्तकुंकुमं साधु साधितम् ॥ ४६ ॥

Ayant obtenu une grande intelligence, on devient le premier parmi les poètes. (Cela s’obtient par) du safran soigneusement préparé, mêlé de camphre et de bois d’aloès (aguru).

Verse 47

गृहीत्वा तिलकं कुर्याद्राजवश्यमनुत्तमम् । शालिपिष्टमयीं कृत्वा पुत्तलीं मधुरान्विताम् ॥ ४७ ॥

Ayant pris la substance du tilaka, qu’on l’applique afin d’obtenir une influence sans égale sur le roi. Qu’on façonne une petite figurine avec une pâte de farine de riz et qu’on l’accompagne d’offrandes sucrées.

Verse 48

जप्तां प्रतिष्ठितप्राणां भक्षयेद्रविवासरे । वशं नयति राजानं नारीं वा नरमेव च ॥ ४८ ॥

Si, un dimanche, l’on consomme (ce qui a été préparé) sur quoi le japa a été accompli et où le souffle vital a été rituellement établi, on met sous sa coupe un roi—de même une femme ou un homme.

Verse 49

कण्ठमात्रोदके स्थित्वा वीक्ष्य तोयोद्गतं रविम् । त्रिसहस्रं जपेन्मंत्रं कन्यामिष्टां लभेत्ततः ॥ ४९ ॥

Se tenant dans l’eau jusqu’au cou et contemplant le Soleil qui s’élève des eaux à l’aurore, qu’on récite le mantra trois mille fois ; de là, on obtient la jeune fille désirée (une épouse convenable).

Verse 50

अन्नं तन्मंत्रितं मंत्री भुंजीत श्रीप्रसिद्धये । लिखितां भस्मना मायां ससाध्यां फलकादिषु ॥ ५० ॥

Pour la prospérité et la renommée, le pratiquant doit prendre la nourriture consacrée par ce mantra. Il doit aussi tracer, avec de la cendre, la « māyā » mantrique—avec ses éléments rituels prescrits—sur des fruits et autres objets semblables.

Verse 51

तत्कालं दर्शयेद्यंत्रं सुखं सूयेत गर्भिणी । भुवनेशीयमाख्याता सहस्रभुजसंभवा ॥ ५१ ॥

À l’instant même, qu’on lui montre le yantra ; la femme enceinte enfantera aisément. Ce (yantra) est nommé Bhuvaneśī, né de la puissance de la Déesse aux Mille Bras.

Verse 52

भुक्तिमुक्तिप्रदा नॄणां स्मर्तॄणां द्विजसत्तम । ततः कल्पांतरे विप्र कदाचिन्महिषासुरः ॥ ५२ ॥

Ô le meilleur des deux-fois-nés, à ceux qui s’en souviennent il accorde à la fois la jouissance en ce monde et la délivrance. Puis, dans un autre âge cosmique, ô brāhmane, il advint qu’apparut le démon Mahiṣāsura.

Verse 53

बभूव लोकपालांस्तु जित्वा भुंक्ते जगत्त्रयम् । ततस्त्पीडिता देवा वैकुंठं शरणं ययुः ॥ ५३ ॥

Après avoir vaincu les Lokapālas, gardiens des mondes, il jouit de la souveraineté sur les trois mondes. Alors les dieux, accablés par lui, se rendirent à Vaikuṇṭha pour y chercher refuge.

Verse 54

ततो देवी महालक्ष्मीश्चक्राद्यांगोत्थतेजसा । श्रीर्बभूवमुनिश्रेष्ठ मूर्ता व्याप्तजगत्त्रया ॥ ५४ ॥

Alors la Déesse Mahālakṣmī—Śrī elle-même—se manifesta en une forme incarnée, née de l’éclat flamboyant jailli des membres divins, à commencer par le disque (cakra). Ô le meilleur des sages, elle pénétra les trois mondes.

Verse 55

स्वयं सा महिषादींस्तु निहत्य जगदीश्वरी । अरविंदवनं प्राप्ता भजतामिष्टदायिनी ॥ ५५ ॥

Jagadīśvarī, Souveraine du monde, terrassa elle-même Mahiṣa et les autres; puis elle parvint à Aravinda-vana, la forêt de lotus, devenant Celle qui accorde les grâces désirées à ceux qui la vénèrent.

Verse 56

तस्याः समर्चनं वक्ष्ये संक्षेपेण श्रृणु द्विज । मृत्युक्रोधेन गुरुणा बिंदुभूषितमस्तका ॥ ५६ ॥

Je vais maintenant décrire brièvement la juste manière de l’adorer : écoute, ô deux-fois-né. Elle est grave et redoutable, animée de la colère de la Mort, et sa tête est ornée du bindu sacré.

Verse 57

बीजमन्त्रः श्रियः प्रोक्तो भजतामिष्टदायकः । ऋषिर्भृगुर्निवृच्छंदो देवता श्रीः समीरिता ॥ ५७ ॥

Le bīja-mantra de Śrī a été proclamé : il accorde les buts désirés à ceux qui l’adorent. Son ṛṣi est Bhṛgu ; son mètre est Nivṛt ; et sa divinité présidante est Śrī (Lakṣmī), ainsi qu’il est dit.

Frequently Asked Questions

The Purāṇic method anchors technical ritual in an authoritative sacred narrative: the pralaya setting and Nidrā-Śakti motif establish the Goddess as cosmically operative (creation/obstruction) and thus a valid devatā for upāsanā. Myth functions as pramāṇa and sets the theological identity of the mantra’s presiding power.

Mantra credentialing (ṛṣi/chandas/devatā), ṣaḍaṅga-nyāsa and mātṛkā-nyāsa, deity-bhāva through mantra placement, dhyāna, 100,000 japa, one-tenth homa with specified dravyas and fuel, yantra/maṇḍala construction (lotus–hexagon), and stepwise āvaraṇa-pūjā including directional deities and attendant śaktis.

After detailing Bhuvaneśī’s yantra and prayogas (bhukti-oriented benefits alongside liberation claims), the narrative pivots to the Mahiṣāsura episode and introduces Śrī-Mahālakṣmī as the world-pervading embodied splendor of the gods, concluding with the formal mantra-metadata of Śrī-bīja—marking a transition from one śakti-upāsanā cycle to the next.