Adhyaya 27
Purva BhagaFirst QuarterAdhyaya 27106 Verses

Gṛhastha-nitya-karman: Śauca, Sandhyā-vidhi, Pañca-yajña, and Āśrama-krama

Sanaka enseigne à Nārada la conduite quotidienne juste du gṛhastha dès le brahma-muhūrta : orientation correcte et maîtrise de soi lors de l’évacuation, lieux interdits, et doctrine de la pureté extérieure et intérieure. Le chapitre précise les moyens de śauca (terre et eau), les sources d’argile recevables et le nombre gradué d’applications de purification, avec des multiplicateurs selon l’āśrama et des assouplissements en cas de maladie/calamité ainsi que selon la situation des femmes. Il décrit ensuite l’ācāmana avec les attouchements prescrits, le choix du bâtonnet dentaire et son mantra, le bain en invoquant les rivières, les tīrtha et les cités qui donnent mokṣa, puis la liturgie de Sandhyā : saṅkalpa, aspersion par les vyāhṛti, nyāsa, prāṇāyāma, mārjana, aghamarṣaṇa, arghya au Sūrya et dhyāna sur Gāyatrī/Sāvitrī/Sarasvatī. Il avertit contre la négligence de Sandhyā, fixe la fréquence des bains selon l’āśrama, prescrit le Brahmayajña, le Vaiśvadeva, l’accueil de l’atithi et les pañca-mahāyajñas. Enfin, il passe aux austérités du vānaprastha et à la conduite du yati, culminant dans la méditation védāntique centrée sur Nārāyaṇa et la promesse d’atteindre la demeure suprême de Viṣṇu.

Shlokas

Verse 1

सनक उवाच । गृहस्थस्य सदाचारं वक्ष्यामि मुनिसत्तम । यद्रूतां सर्वपापानि नश्यंत्येव न संशयः ॥ १ ॥

Sanaka dit : Ô le meilleur des sages, j’exposerai la juste conduite du maître de maison; en l’observant, tous les péchés sont détruits, sans aucun doute.

Verse 2

ब्राह्मे मुहूर्ते चोत्थाय पुरुषार्थाविरोधिनीम् । वृत्तिं संचिंतयेद्विप्र कृतकेशप्रसाधनः ॥ २ ॥

S’étant levé au Brahma-muhūrta, ô brāhmane, après avoir nettoyé et arrangé ses cheveux, qu’il médite sur un moyen de subsistance qui ne contredise pas les quatre buts de l’existence (dharma, artha, kāma et mokṣa).

Verse 3

दिवासंध्यासु कर्णस्थब्रह्मसूत्र उदड्मुखः । कुर्यान्मूत्रपुरीषे तु रात्रौ चेद्दक्षिणामुखः ॥ ३ ॥

Aux sandhyā du jour, le fil sacré (yajñopavīta) posé sur l’oreille, qu’il urine ou évacue en faisant face au nord ; mais si c’est la nuit, qu’il le fasse en faisant face au sud.

Verse 4

शिरः प्रावृत्य वस्त्रेण ह्यंतर्द्धाय तृणैर्महीम् । वहन्काष्टं करेणैकं तावन्मौनी भवेद्द्विजः ॥ ४ ॥

La tête couverte d’un tissu, le sol dissimulé par de l’herbe, tenant dans une main un morceau de bois—tant que cela dure, le dvija (né deux fois) doit observer mauna, le vœu de silence.

Verse 5

पथि गोष्टे नदीतीरे तडागगृहसन्निधौ । तथा वृक्षस्य च्छायायां कांतारे वह्निसन्निधौ ॥ ५ ॥

Sur la route, dans l’étable, au bord d’une rivière, près d’un étang ou d’une demeure ; de même à l’ombre d’un arbre, en lieu sauvage ou près du feu—en de tels endroits, qu’on garde retenue et bienséance, évitant tout acte impur ou inconvenant.

Verse 6

देवालये तथोद्याने कृष्टभूमौ चतुष्पथे । ब्राह्मणानां समीपे च तथा गोगुरुयोषिताम् ॥ ६ ॥

Dans le temple (devālaya), dans le jardin, sur la terre cultivée, au carrefour, près des brāhmaṇa ; et de même en présence des vaches, du guru et des femmes—qu’on observe la retenue et le décorum convenables.

Verse 7

तुषांगारकपालेषु जलमध्ये तथैव च । एवमादिषु देशेषु मलमूत्रं न कारयेत् ॥ ७ ॥

Qu’on ne fasse ni selles ni urine sur des tas de balle, sur du charbon ou des tessons, ni au milieu de l’eau ; de même, dans tout lieu semblable et impropre, qu’on s’en abstienne.

Verse 8

शौचे यत्नः सदा कार्यः शौचमूलो द्विजः स्मृतः । शौचाचारविहीनस्य समस्तं कर्म निष्फलम् ॥ ८ ॥

Il faut s’appliquer sans cesse au śauca, la pureté; le dvija, « deux fois né », est dit enraciné dans la pureté. Celui qui est dépourvu de la conduite de propreté voit toutes ses actions devenir sans fruit.

Verse 9

शौचं तु द्विविधं प्रोक्तं ब्राह्ममाभ्यंतरं तथा । मृज्जलाभ्यां बहिः शुद्धिर्भावशुद्धिस्तथांतरम् ॥ ९ ॥

Le śauca, la pureté, est proclamé de deux sortes : extérieure et intérieure, et c’est bien une discipline brahmique qui élève l’âme. La pureté extérieure s’obtient par la terre (argile/cendre) et l’eau; la pureté intérieure est la purification du bhāva, des sentiments et des intentions.

Verse 10

गृहीतशिश्रश्चोत्थाय शौचार्थं मृदमाहरेत् । न मूषकादिखनितां फालोत्कृष्टां तथैव च ॥ १० ॥

Après s’être soulagé, qu’on se lève et qu’on apporte de la terre pure pour accomplir le śauca; mais qu’on n’emploie ni la terre creusée par les rats et autres, ni celle tout juste retournée par la charrue.

Verse 11

वापीकूपतडागेभ्यो नाहरेदपि मृत्तिकाम् । शौचं कुर्यात्प्रयत्नेन समादाय शुभां मृदम् ॥ ११ ॥

Qu’on ne prenne pas de terre des puits, des puits à degrés ni des étangs. Avec soin et effort, qu’on accomplisse le śauca en recueillant une terre pure et de bon augure en un lieu convenable.

Verse 12

लिंगे मृदेका दातव्या तिस्रो वा मेढ्रयोर्द्वयोः । एतन्मूत्रमुत्सर्गे शौचमाहूर्मनीषिणः ॥ १२ ॥

Pour nettoyer l’organe génital, qu’on applique une portion de terre; ou bien, pour les deux testicules, trois portions. Telle est la purification (śauca) prescrite par les sages après l’émission d’urine.

Verse 13

एका लिंगे गुदे पंच दश वामे तथोभयोः । सप्त तिस्रः प्रदातव्याः पादयोर्मृत्तिकाः पृथक् ॥ १३ ॥

Qu’on applique la terre purificatrice : une fois sur l’organe génital ; cinq fois sur l’anus ; dix fois sur la main gauche, et de même sur les deux mains. Aux deux pieds, séparément, on appliquera sept et trois fois, selon l’ordonnance.

Verse 14

एतच्छौचं विडुत्सर्गे गंधलेपापनुत्तये । एतच्छौचं गृहस्थस्य द्विगुणं ब्रह्मचारिणाम् ॥ १४ ॥

Telle est la règle de pureté après l’évacuation des excréments, afin d’ôter la mauvaise odeur et l’impureté qui s’attache. Cette mesure vaut pour le maître de maison ; pour les brahmacārins (étudiants célibataires), elle doit être observée au double.

Verse 15

त्रिगुणां तु वनस्थानां यतीनां तच्चर्गुणम् । स्वस्थाने पूर्णशौचं स्यात्पथ्यर्द्धं मुनिसत्तम ॥ १५ ॥

Pour les habitants de la forêt (vānaprasthas), la mesure de pureté est triple ; pour les renonçants (yatīs), elle est quadruple. En son lieu propre, la pureté doit être entière ; mais sur la route, seule la moitié de l’observance prescrite doit être gardée, ô meilleur des sages.

Verse 16

आतुरे नियमो नास्ति महापदि तथैव च । गंधलेपक्षयकरं शौर्चं कुर्याद्विचक्षणः ॥ १६ ॥

Pour le malade, aucune règle stricte n’est à imposer ; de même en temps de grande calamité. L’homme avisé accomplira la purification qui fait disparaître la mauvaise odeur et la souillure du corps.

Verse 17

स्त्रीणामनुपनीतानां गंधलेपक्षयावधि । व्रतस्थानां तु सर्वेषां यतिवच्छौचमिष्यते ॥ १७ ॥

Pour les femmes qui n’ont pas reçu l’upanayana, la pureté doit être observée jusqu’à ce que le parfum ou l’onguent appliqué se soit dissipé. Mais pour tous ceux qui demeurent établis dans un vœu (vrata), la pureté prescrite est tenue pour celle d’un ascète (yati).

Verse 18

विधवानां च विप्रेंद्र एतदेव निगद्यते । एवं शौचं तु निर्वर्त्य पश्चाद्वै सुसमाहितः ॥ १८ ॥

Ô le meilleur des brāhmaṇas, cette même règle est également prescrite pour les veuves. Ayant ainsi accompli le rite de purification (śauca), on doit ensuite demeurer bien recueilli, calme et attentif.

Verse 19

प्रागास्य उदगास्यो वाप्याचामेत्प्रयर्तेंद्रियः । त्रिश्चतुर्धा पिबेदापो गंधफेनादिवर्जिताः ॥ १९ ॥

Tourné vers l’est ou bien vers le nord, les sens maîtrisés, on doit accomplir l’ācamana. Qu’on boive l’eau par petites gorgées trois ou quatre fois—une eau sans odeur, sans écume et sans autres impuretés.

Verse 20

द्विर्मार्जयेत्कपोलं च तलेनोष्ठौ च सत्तम । तर्जन्यंगुष्ठयोगेन नासारंध्रद्वयं स्पृशेत् ॥ २० ॥

Ô le meilleur des vertueux, qu’on essuie deux fois les joues et qu’on essuie aussi les lèvres avec la paume. Puis, en joignant l’index et le pouce, qu’on touche les deux narines.

Verse 21

अगुंष्ठानामिकाभ्यां च चक्षुः श्रोत्रे यथाक्रमम् । कनिष्ठांगुष्ठयोगेन नाभिदेशे स्पृशेद्द्विजः ॥ २१ ॥

Avec le pouce et l’annulaire, le deux-fois-né doit toucher, dans l’ordre prescrit, les yeux puis les oreilles. Et en joignant l’auriculaire au pouce, qu’il touche la région du nombril.

Verse 22

तलेनोरःस्थलं चैव अंगुल्यग्रैः शिरः स्पृशेत् । तलेन चांगुलाग्रैर्वा स्पृशेदंसौ विचक्षणः ॥ २२ ॥

Avec la paume, qu’on touche la région de la poitrine, et du bout des doigts, la tête. Ou bien, l’homme avisé touchera les épaules avec la paume et le bout des doigts.

Verse 23

एवमाचम्य विप्रेंद्र शुद्धिमाप्नोत्यनुत्तमाम् । दंतकाष्ठं ततः खादेत्सत्वचं शस्तवृक्षजम् ॥ २३ ॥

Ainsi, ô meilleur des brāhmaṇas, par l’ācamana on obtient une pureté sans égale. Ensuite, qu’on mâche un bâtonnet pour les dents, l’écorce intacte, pris d’un arbre propice recommandé.

Verse 24

बिल्वासनापामार्गणां निम्बान्मार्कादिशाखिनाम् । प्रक्षाल्य वारिणा चैव मंत्रेणाप्यभिमंत्रितम् ॥ २४ ॥

Après avoir lavé à l’eau (les feuilles/rameaux) de bilva, āsana, apāmārga, nimba et d’autres arbres semblables, qu’on les sanctifie encore en les consacrant par un mantra.

Verse 25

आयुर्बलं यशो वर्चः प्रजाः पशुवसूनि च । ब्रह्म प्रज्ञां च मेधां च त्वन्नो धेहि वनस्पते ॥ २५ ॥

Accorde-nous longue vie, force, renommée et splendeur spirituelle; accorde-nous aussi descendance, bétail et richesses; et donne-nous la connaissance sacrée, la sagesse et une mémoire tenace—ô Seigneur des plantes.

Verse 26

कनिष्ठाग्रसमं स्थौल्ये विप्रः खादेद्दशांगुलम् । नवांगुलं क्षत्रियश्च वैश्यश्चाष्टांगुलोन्मितम् ॥ २६ ॥

En mesurant la juste quantité de nourriture selon la largeur de l’auriculaire, un brāhmaṇa doit manger dix largeurs de doigt; un kṣatriya, neuf; et un vaiśya, huit.

Verse 27

शूद्रो वेदांगुलमितं वनिता च मुनीश्वर । अलाभे दंतकाष्ठानां गंडूषैर्भानुसंमितैः ॥ २७ ॥

Ô seigneur des sages, pour un śūdra le bâtonnet dentaire doit mesurer un veda, soit douze largeurs de doigt, et de même pour une femme. À défaut de bâtonnets, la purification peut se faire en se rinçant la bouche d’eau autant de fois que le nombre des soleils, c’est-à-dire douze.

Verse 28

मुखशुद्धिर्विधीयेत तृणपत्रसमन्वितैः । करेणादाय वामेन संचर्वेद्वामदंष्ट्रया ॥ २८ ॥

Pour purifier la bouche, qu’on emploie des brins d’herbe avec des feuilles ; les prenant de la main gauche, qu’on frotte et nettoie avec la dent du côté gauche.

Verse 29

द्विजान्संघर्ष्य गोदोहं ततः प्रक्षाल्य पाटयेत् । जिह्वामुल्लिख्य ताभ्यां तु दलाभ्यां नियतेंद्रियः ॥ २९ ॥

Après avoir frotté et purifié les brins sacrés de kuśa et le récipient de la traite, qu’on les lave puis qu’on fende les brins. Les sens maîtrisés, qu’on gratte doucement la langue, puis qu’on emploie ces deux moitiés pour le rite.

Verse 30

प्रक्षाल्य प्रक्षिपेदू दूरे भूयश्चाचम्य पूर्ववत् । ततः स्नानं प्रकुर्वीत नद्यादौ विमले जले ॥ ३० ॥

Après l’avoir lavé, qu’on le jette au loin ; puis, ayant accompli de nouveau l’ācamana comme auparavant, qu’on procède au bain dans une eau pure, telle celle d’une rivière et autres.

Verse 31

तटं प्रक्षाल्य दर्भाश्च विन्यस्य प्रविशेज्जलम् । प्रणम्य तत्र तीर्थानि आवाह्य रविमंडलात् ॥ ३१ ॥

Après avoir lavé la berge et y avoir disposé l’herbe darbha, qu’on entre dans l’eau. S’étant incliné, qu’on invoque alors les tīrthas sacrés en ce lieu, les appelant depuis l’orbe du Soleil.

Verse 32

गंधाद्यैर्मंडलं कृत्वा ध्यात्वा देवं जनार्दनम् । स्नायान्मंत्रान्स्मरन्पुण्यांस्तीर्थानि च विरिंचिज ॥ ३२ ॥

Ayant tracé un cercle sacré avec des parfums et d’autres substances de bon augure, et médité sur le Seigneur Janārdana, qu’on se baigne en se souvenant des mantras et des tīrthas saints — ô toi né de Brahmā.

Verse 33

गंगे च यमुने चैव गोदावरि सरस्वति । नर्मदे सिंधुकावेरि जलेऽस्मिन्सन्निधिं कुरु ॥ ३३ ॥

Ô Gaṅgā, ô Yamunā, ainsi que Godāvarī et Sarasvatī ; ô Narmadā, Sindhu et Kāverī — daignez être présentes, ici et maintenant, dans cette eau.

Verse 34

पुष्कराद्यानि तीर्थानि गंगाद्याः सरितस्तथा । आगच्छंतु महाभागाः स्नानकाले सदा मम ॥ ३४ ॥

Que les tīrtha sacrés, à commencer par Puṣkara, et les fleuves saints, à commencer par la Gaṅgā—ô vous, les très fortunés—viennent toujours à moi au temps de mon bain rituel.

Verse 35

अयोध्या मथुरा माया काशीं कांची ह्यवंतिका । पुरी द्वारावती ज्ञेया सप्तैता मोक्षदायिकाः ॥ ३५ ॥

Ayodhyā, Mathurā, Māyā (Haridvāra), Kāśī, Kāñcī, Avantikā (Ujjayinī), Purī et Dvārāvatī : qu’on les connaisse comme les sept cités qui accordent la délivrance (mokṣa).

Verse 36

ततोऽधमर्षण जप्त्वा यतासुर्वारिसंप्लुतः । स्नानांगं तर्पणं कृत्वाचम्यार्ध्यं भानवेऽर्पयेत् ॥ ३६ ॥

Ensuite, après avoir récité le mantra Aghamarṣaṇa, le souffle retenu et le corps baigné d’eau, qu’on achève le rite du bain ; qu’on accomplisse le tarpaṇa (libations de satisfaction), qu’on fasse l’ācamanam (gorgées purificatrices) et qu’on offre l’arghya au Soleil.

Verse 37

ततो ध्यात्वा विवस्वंतं जलान्निर्गत्य नारद । परिधायाहतं धौतं द्वितीयं परिवीय च ॥ ३७ ॥

Puis, ô Nārada, après avoir médité sur Vivasvān (le Soleil), il sortit de l’eau, revêtit un vêtement propre et lavé, et s’enveloppa aussi d’une seconde étoffe.

Verse 38

कुशासने समाविश्य संध्याकर्म समारभेत् । ईशानाभिमुखो विप्र गायत्र्याचम्य वै द्विज ॥ ३८ ॥

Assis sur un siège d'herbe Kuśa, le deux-fois-né doit commencer les rites de la Sandhyā face au nord-est, en effectuant l'ācamana tout en récitant la Gāyatrī.

Verse 39

ऋतमित्यभिमंत्र्यार्थ पुनरेवाचमेद् बुधः । ततस्तु वारिणात्मानं वेष्टयित्वा समुक्ष्य च ॥ ३९ ॥

Ayant consacré l'eau avec le mantra « ṛtam », le sage doit à nouveau boire l'eau, puis, s'étant entouré d'eau et s'en étant aspergé, il doit continuer.

Verse 40

संकल्प्य प्रणवान्ते तु ऋषिच्छंदः सुरान्स्मरन् । भूरादिभिर्व्याहृतिभिः सप्तभिः प्रोक्ष्य मस्तकम् ॥ ४० ॥

Après avoir pris la résolution se terminant par Oṃ, en se souvenant du voyant, du mètre et des divinités, on doit asperger la tête avec les sept Vyahṛtis commençant par Bhūḥ.

Verse 41

न्यासं समाचरेन्मंत्री पृथगेव करांगयोः । विन्यस्य हृदये तारं भूः शिरस्यथ विन्यसेत् ॥ ४१ ॥

Le connaisseur des mantras doit effectuer le Nyāsa séparément sur les mains et les membres. En plaçant la syllabe Oṃ dans le cœur, il doit ensuite placer Bhūḥ sur la tête.

Verse 42

भुवः शिखायां स्वश्चैव कवये भूर्भुवोऽक्षिषु । भूर्भुवः स्वस्तथात्रास्त्रं दिक्षु तालत्रयं न्यसेत् ॥ ४२ ॥

Placez Bhuvaḥ sur la mèche, Svaḥ sur la bouche, et Bhūr-Bhuvaḥ sur les yeux. Placez Bhūr-Bhuvaḥ-Svaḥ comme arme dans les directions et effectuez trois claquements de mains.

Verse 43

तत आवाहयेत्संध्यां प्रातः कोकनदस्थिताम् । आगच्छ वरदे देवि त्र्यक्षरे ब्रह्मवादिनि ॥ ४३ ॥

Ensuite, au matin, on doit invoquer Sandhyā Devī, établie sur le lotus rouge, en disant : «Viens, ô Déesse dispensatrice de grâces—ô Toi aux trois syllabes, ô proclamatrice du Brahman.»

Verse 44

गायत्रि च्छंदसां मातर्ब्रह्मयोने नमोऽस्तु ते । मध्याह्ने वृषभारुढां शुक्लांबरसमावृताम् ॥ ४४ ॥

Ô Gāyatrī, Mère des mètres védiques, source du Brahman, salutations à Toi. À midi, on doit Te contempler assise sur un taureau, enveloppée de vêtements blancs.

Verse 45

सावित्रीं रुद्रयोनिं चावाहयेद्रुद्रवादिनीम् । सायं तु गरुडारुढां पीतांबरसमावृत्ताम् ॥ ४५ ॥

On doit aussi invoquer Savitrī dans sa forme issue de Rudra, celle qui proclame les mantras de Rudra. Mais le soir, on doit L’invoquer assise sur Garuḍa, enveloppée de vêtements jaunes.

Verse 46

सरस्वतीं विष्णुयोनिमाह्वयेद्विष्णुवादिनीम् । तारं च व्याहृतीः सत्प त्रिपदां च समुच्चरन् ॥ ४६ ॥

On doit invoquer Sarasvatī—celle dont l’origine est Viṣṇu et qui proclame Viṣṇu—tout en prononçant la syllabe sacrée Oṃ (tāra), les vyāhṛti (bhūḥ, bhuvaḥ, svaḥ) et la Gāyatrī «à trois pieds» (tripadā).

Verse 47

शिरः शिखां च संपूर्य कुभयित्वा विरेचयेत् । वाममध्यात्परैर्वायुं क्रमेण प्राणसंयमे ॥ ४७ ॥

Dans la discipline de la maîtrise du souffle, on doit remplir l’air jusqu’à la tête et la mèche du sommet, le retenir fermement, puis expirer. Ensuite, en commençant par le côté gauche puis par le canal médian, on doit régler le souffle pas à pas, selon l’ordre prescrit.

Verse 48

द्विराचामेत्ततः पश्चात्प्रातः सूर्यश्चमेति च । आपः पुनंतु मध्याह्ने सायमग्निश्चमेति च ॥ ४८ ॥

Après cela, qu’on accomplisse deux fois l’ācāmana en récitant : «Le matin, que Sūrya, le Soleil, me purifie». À midi, qu’on récite : «Que les eaux me purifient». Et le soir : «Qu’Agni, le Feu sacré, me purifie».

Verse 49

आपो हिष्ठेति तिसृभिर्मार्जनं च ततश्चरेत् । सुमुत्रिया न इत्युक्त्वा नासास्पृष्टजलेन च ॥ ४९ ॥

Ensuite, qu’on accomplisse le mārjana/prokṣaṇa (purification par aspersion) avec trois récitations de «Āpo hi ṣṭhā…». Après cela, en récitant «Sumutriyā naḥ…», qu’on le fasse avec de l’eau ayant touché les narines.

Verse 50

द्विषद्वर्गं समुत्सार्य द्रुपदां शिरसि क्षिपेत् । ऋतं च सत्यमेतेन कृत्वा चैवाघमर्षणम् ॥ ५० ॥

Après avoir chassé la troupe des ennemis, qu’on jette (le fardeau du péché) sur la tête de Dru-pada. Ainsi, en établissant Ṛta (l’ordre cosmique) et Satya (la vérité), on accomplit réellement l’Aghamarṣaṇa, «l’effacement du péché».

Verse 51

अंतश्चरसि मंत्रेण सकृदेव पिबेदपः । ततः सूर्याय विधिवद्गन्धं पुष्पं जलांजलिम् ॥ ५१ ॥

En récitant le mantra «Antaścarasi», qu’on ne boive l’eau qu’une seule fois. Puis, selon l’ordonnance rituelle, qu’on offre à Sūrya le parfum (gandha), des fleurs et une poignée d’eau en arghya.

Verse 52

क्षिप्त्वोपतिष्ठेद्देवर्षे भास्करं स्वस्तिकांजलिम् । ऊर्द्धूबाहुरधोबाहुः क्रमात्कल्यादिके त्रिके ॥ ५२ ॥

Ô devarṣi, après avoir aspergé l’eau prescrite, qu’on se tienne en vénération devant Bhāskara (le Soleil), les mains jointes en l’auspicieux añjali «svastika». Dans la triade des âges commençant par le Kṛta-yuga, qu’on accomplisse le culte selon l’ordre : dans un âge les bras levés, et dans l’âge suivant les bras abaissés, respectivement.

Verse 53

उहुत्यं चित्रं तच्चक्षुरित्येतात्र्रितयं जपेत् । सौराञ्छैवान्वैष्णवांश्च मंत्रानन्यांश्च नारद ॥ ५३ ॥

Qu’on répète en japa cette triade : « uhutyaṃ », « citraṃ » et « tac-cakṣuḥ ». De même, ô Nārada, on peut aussi réciter les mantras de Sūrya, de Śiva et de Viṣṇu, ainsi que d’autres mantras.

Verse 54

तेजोऽसि गायत्र्यसीति प्रार्थयेत्सवितुर्महः । ततोऽङ्गानि त्रिरावर्त्य ध्यायेच्छक्तीस्तदात्मिकाः ॥ ५४ ॥

En récitant : « Tu es la splendeur ; tu es Gāyatrī », qu’on prie la grande gloire de Savitṛ. Puis, après avoir parcouru mentalement les membres trois fois, qu’on médite les Śaktis qui sont de cette même essence.

Verse 55

ब्रह्मणी चतुराननाक्षवलया कुम्भं करैः स्रुक्स्रवौ बिभ्राणा त्वरुणेंदुकांतिवदना ऋग्रूपिणी बालिका । हंसारोहणकेलिखण्खण्मणेर्बिंबार्चिता भूषिता गायत्री परिभाविता भवतु नः संपत्समृद्ध्यै सदा ॥ ५५ ॥

Puisse la vénérable Gāyatrī—Śakti de Brahmā aux quatre visages—portant le rosaire comme bracelet, tenant le vase rituel et la louche et la cuillère d’offrande; au visage éclatant tel la lune naissante; forme même du Ṛgveda, jeune vierge—ornée de joyaux tintants dans le jeu de sa monture-cygne et embellie d’ornements semblables au bimba; sans cesse contemplée par les sages—nous accorder toujours prospérité et abondance.

Verse 56

रुद्राणी नवयौवना त्रिनयना वैयाघ्रचर्मांबरा खट्वांगत्रिशिखाक्षसूत्रवलयाऽभीतिश्रियै चास्तु नः । विद्युद्दामजटाकलापविलसद्बालेंदुमौलिर्मुदा सावित्री वृषवाहना सिततनुर्ध्येया यजूरूपिणी ॥ ५६ ॥

Puisse Rudrāṇī—toujours dans une jeunesse neuve, aux trois yeux, vêtue de peau de tigre—portant le khaṭvāṅga, le trident, le rosaire de rudrākṣa et des bracelets—nous accorder l’éclat de l’intrépidité. Dans la joie, ses jata resplendissent comme une guirlande d’éclairs, et le croissant de lune orne son diadème. Elle est Sāvitrī, montée sur le taureau, au corps blanc et lumineux—digne de méditation—dont la nature est le Yajurveda.

Verse 57

ध्येया सा च सरस्वती भगवती पीतांबरालंकृता श्यामा श्यामतनुर्जरोपरिलसद्गात्रांचिता वैष्णवी । तार्क्ष्यस्था मणिनूपुरांगदलसद्ग्रैवेयभूषोज्ज्वला हस्तालंकृतशंखचक्रसुगदापद्मा श्रियै चास्तु नः ॥ ५७ ॥

Qu’on médite la bienheureuse Déesse Sarasvatī—parée de vêtements jaunes, de teinte sombre au corps sombre, portant sur ses membres l’éclat des marques de l’âge, établie dans la nature vaiṣṇava. Assise sur Tārkṣya (Garuḍa), elle resplendit de grelots gemmés et d’ornements splendides au corps et au cou. Ses mains portent la conque, le disque, la massue et le lotus—qu’elle soit pour nous prospérité et heureuse fortune.

Verse 58

एवं ध्यात्वा जपेत्तिष्ठन्प्रातर्मध्याह्नके तथा । सायंकाले समासीनो भक्त्या तद्गतमानसः ॥ ५८ ॥

Ayant ainsi médité, qu’il récite le mantra : debout le matin et de même à midi ; puis, le soir venu, assis, avec bhakti, l’esprit entièrement absorbé en Cela, le Seigneur.

Verse 59

सहस्रपरमां देवीं शतमध्यां दशावराम् । त्रिपदां प्रणवोपेतां भूर्भुवः स्वरुपक्रमाम् ॥ ५९ ॥

Je médite sur cette Déesse divine : suprême comme le « mille », dont le milieu est le « cent » et le bas le « dix » ; aux trois pas, unie au Pranava (Oṁ), et progressant selon l’ordre Bhūḥ, Bhuvaḥ et Svaḥ, les trois mondes.

Verse 60

षट्तारः संपुटो वापि व्रतिनश्च यतेर्जपः । गृहस्थस्य सतारः स्याज्जप्य एवंविधो मुने ॥ ६० ॥

Pour l’observant de vœux et pour le yati (renonçant), le japa doit se faire avec un saṃpuṭa, une enveloppe de six ‘tāra’. Mais pour le gṛhastha (maître de maison), ce sera avec sept ‘tāra’. Telle est la juste manière du japa, ô muni.

Verse 61

ततो जप्त्वा यथाशक्ति सवित्रे विनिवेद्य च । गायत्र्यै च सवित्रे च प्रक्षिपेदंजलिद्वयम् ॥ ६१ ॥

Ensuite, après avoir accompli le japa selon sa force et l’avoir offert comme il se doit à Savitṛ, qu’il verse deux offrandes d’eau en añjali : l’une à Gāyatrī et l’autre à Savitṛ.

Verse 62

ततो विसृज्य तां विप्र उत्तरे इति मंत्रतः । ब्रह्मणेशेन हरिणानुज्ञाता गच्छ सादरम् ॥ ६२ ॥

Ensuite, ô brāhmane, congédie-la en la libérant par le mantra qui commence par « uttare… ». Puis, ayant reçu avec respect la permission de Brahmā, d’Īśa (Śiva) et de Hari (Viṣṇu), pars avec révérence.

Verse 63

दिग्भ्यो दिग्देवताभ्यश्च नमस्कृत्य कृतांजलिः । प्रातरादेः परं कर्म कुर्यादपि विधानतः ॥ ६३ ॥

Après avoir rendu hommage aux directions et aux divinités qui président aux directions, les mains jointes en añjali, qu’on accomplisse ensuite les devoirs du matin, strictement selon la règle prescrite.

Verse 64

प्रातर्मध्यंदिने चैव गृहस्थः स्नानमाचरेत् । वानप्रस्थश्च देवर्षे स्नायात्त्रिषवणं यतिः ॥ ६४ ॥

Le maître de maison doit accomplir le bain rituel le matin et de nouveau à midi. Le forestier (vānaprastha) aussi, ô sage divin ; tandis que le renonçant (yati) doit se baigner aux trois temps de sandhyā (triṣavaṇa).

Verse 65

आतुराणां तु रोगाद्यैः पांथानां च सकृन्मतम् । ब्रह्मयज्ञं ततः कुर्याद्दर्भपाणिर्मुनीश्वर ॥ ६५ ॥

Pour ceux qui sont affligés — par la maladie et autres maux — ainsi que pour les voyageurs, il est prescrit que (le Brahmayajña) peut être accompli une seule fois. C’est pourquoi, ô seigneur des sages, qu’on accomplisse ensuite le Brahmayajña, la main tenant l’herbe darbha.

Verse 66

दिवोदितानि कर्माणि प्रमादादकृतानि चेत् । शर्वर्याः प्रथमे यामे तानि कुर्याद्यथाक्रमम् ॥ ६६ ॥

Si, par négligence, les actes prescrits pour le jour n’ont pas été accomplis, qu’on les accomplisse alors durant la première veille de la nuit, dans l’ordre convenable.

Verse 67

नोपास्ते यो द्विजः संध्यां धूर्तबुद्धिरनापदि । पाषंडः स हि विज्ञेयः सर्वधर्मबहिष्कृतः ॥ ६७ ॥

Le deux-fois-né qui, l’esprit trompeur et sans empêchement réel, n’accomplit pas le culte de Sandhyā doit être reconnu comme un pāṣaṇḍa (hérétique) ; il est exclu de toute observance du dharma.

Verse 68

यस्तु संध्यादिकर्माणि कूटयुक्तिविशारदः । परित्यजति तं विद्यान्महापातकिनां वरम् ॥ ६८ ॥

Celui qui, tout habile qu’il soit en raisonnements trompeurs, abandonne les rites de Sandhyā et les autres devoirs sacrés quotidiens—sachez qu’il est le premier parmi les grands pécheurs.

Verse 69

ये द्विजा अभिभाषंते त्यक्तसंध्यादिकर्मणः । ते यांति नरकान्घोरान्यावच्चंद्रार्कतारकम् ॥ ६९ ॥

Les dvija (deux fois nés) qui parlent avec autorité après avoir abandonné Sandhyā et les rites quotidiens prescrits vont vers d’effroyables enfers, aussi longtemps que dureront la lune, le soleil et les étoiles.

Verse 70

देवार्चनं ततः कुर्याद्वैश्वदेवं यथाविधि । तत्रात्यमतिथिं सम्यगन्नाद्यैश्च प्रपूजयेत् ॥ ७० ॥

Ensuite, qu’on accomplisse l’adoration des devas et, selon le rite, l’offrande de Vaiśvadeva; et là, qu’on honore comme il se doit l’hôte éminent par la nourriture et d’autres provisions.

Verse 71

वक्तव्या मधुरा वाणी तेष्वप्यभ्यागतेषु तु । जलान्नकंदमूलैर्वा गृहदानेन चार्चयेत् ॥ ७१ ॥

Qu’on prononce des paroles douces et bienveillantes; et même envers ceux qui arrivent à l’improviste, qu’on rende l’honneur—par de l’eau, de la nourriture, des racines et tubercules, ou même en offrant l’abri de la maison.

Verse 72

अतिथिर्यस्य भग्नाशो गृहात्प्रतिनिवर्तिते । स तस्मै दुष्कृतं दत्त्वा पुण्यमादाय गच्छति ॥ ७२ ॥

Si un hôte, l’espoir brisé, se détourne de la maison de quelqu’un, il s’en va après avoir remis son démérite à ce maître de maison et emporté le mérite de celui-ci.

Verse 73

अज्ञातगोत्रनामानमन्यग्रामादुपागतम् । विपश्चितोऽतिथिं प्राहुर्विष्णुवत्तं प्रपूजयेत् ॥ ७३ ॥

Le sage appelle véritable hôte celui qui vient d’un autre village, dont le nom et la lignée sont inconnus ; un tel hôte doit être honoré et vénéré comme on vénère Viṣṇu.

Verse 74

स्वग्रामवासिनं त्वेकं श्रोत्रियं विष्णुतत्परम् । अन्नाद्यैः प्रत्यहं विप्रपितॄनुद्दिश्य तर्पयेत् ॥ ७४ ॥

Chaque jour, qu’on comble un unique brāhmane śrotriya demeurant dans son propre village, voué à Viṣṇu, par des offrandes de nourriture et d’autres biens, en dédiant l’acte aux brāhmanes et aux Pitṛ (ancêtres).

Verse 75

पंचयज्ञपरित्यागी ब्रह्माहेत्युच्यते बुधैः । कुर्यादहरहस्तस्मात्पंचयज्ञान्प्रयन्ततः ॥ ७५ ॥

Les sages déclarent que celui qui abandonne les cinq yajña quotidiens est appelé « tueur de Brahman », faute très grave. C’est pourquoi il faut accomplir chaque jour les cinq yajña avec ardeur.

Verse 76

देवयज्ञो भूतयज्ञः पितृयज्ञस्तथैव च । नृपज्ञो ब्रह्मयज्ञश्च पंचयज्ञान्प्रचक्षते ॥ ७६ ॥

Ils enseignent que les cinq yajña sont : deva-yajña (offrande aux dieux), bhūta-yajña (offrande aux êtres vivants), pitṛ-yajña (rite pour les ancêtres), nṛpa-yajña (devoir envers le roi/la société) et brahma-yajña (sacrifice de l’étude et de l’enseignement sacrés).

Verse 77

भृत्यमित्रादिसंयुक्तः स्वयं भुञ्जीत वाग्यतः । द्विजानां भोज्यमश्रीयात्पात्रं नैव परित्यजेत् ॥ ७७ ॥

Entouré de serviteurs, d’amis et autres, qu’on mange soi-même en tenant sa parole. Qu’on prenne une nourriture digne des dvija (deux-fois-nés) et qu’on ne rejette jamais avec mépris son récipient de repas.

Verse 78

संस्थाप्य स्वासमे पादौ वस्त्रार्द्धं परिधाय च । मुखेन वमितं भुक्त्वा सुरापीत्युच्यते बुधैः ॥ ७८ ॥

Si l’on pose ses pieds sur sa propre bouche, qu’on ne se couvre que d’un demi-vêtement, puis qu’on mange ce qui a été vomi par la bouche, les sages déclarent que cela équivaut à boire de l’alcool.

Verse 79

खादितार्द्धं पुनः खादेन्मोदकांश्च फलानि च । प्रत्यक्षं लवणं चैव गोमांसशीति गद्यते ॥ ७९ ॥

On ne doit pas remanger ce qui a déjà été à moitié mangé; ni prendre des modakas (boules sucrées) et des fruits d’une manière contraire à la règle. De même, prendre du sel directement, seul, est blâmé; une telle conduite est dite « comme manger de la chair de vache ».

Verse 80

अपोशाने वाचमने अद्यद्रव्येषु च द्विजः । शब्द न कारयेद्विप्रस्तं कुर्वन्नारकी भवेत् ॥ ८० ॥

Pendant l’āpośana (gorgée d’eau purificatrice), pendant le vācāmana (rinçage de la bouche) et lorsqu’on manipule des substances impures, le « deux-fois-né » ne doit proférer aucune parole; celui qui le fait devient digne des régions infernales.

Verse 81

पथ्यमन्नं प्रभुञ्जीत वाग्यतोऽन्नमसुत्सयनम् । अमृतोपस्तरणमसि अपोशानं भुजेः पुरः ॥ ८१ ॥

Qu’on ne prenne que des aliments convenables et salutaires, la parole maîtrisée, sans blâmer la nourriture. Avant de manger, qu’on accomplisse l’āpośana en récitant : « Tu es l’étalement de l’amṛta, le nectar ».

Verse 82

अमृतापिधानमसि भोज्यान्तेऽपः सकृत्पिबेत् । प्राणाद्या आहुतीर्दत्त्वाचम्य भोजनमाचरेत् ॥ ८२ ॥

En prononçant : « Tu es le voile de l’amṛta, le nectar », à la fin du repas on doit boire une seule gorgée d’eau. Ensuite, après avoir offert les oblations commençant par (le mantra de) Prāṇa et accompli l’ācamana, on achève correctement le rite du repas.

Verse 83

ततश्चाचम्य विप्रेंद्र शास्त्रचिंतापरो भवेत् । रात्रावपि यथाशक्ति शयनासनभोजनैः ॥ ८३ ॥

Ensuite, après avoir accompli l’ācāmana, ô le meilleur des brāhmaṇas, qu’il se rende appliqué à la contemplation des śāstras ; même la nuit, selon ses forces, qu’il observe la retenue quant au sommeil, au confort du siège et à la nourriture.

Verse 84

एवं गृही सदाचारं कुर्यात्प्रतिदिनं मुने । यदाऽचारपरित्यागी प्रायश्चित्ती तदा भवेत् ॥ ८४ ॥

Ainsi, ô sage, le maître de maison doit pratiquer chaque jour la bonne conduite (sadācāra). Mais lorsqu’il abandonne la conduite juste, alors il se trouve tenu d’accomplir les rites d’expiation (prāyaścitta).

Verse 85

दूषितां स्वतनुं दृष्ट्वा पालिताद्यैश्च सत्तम । पुत्रेषु भार्यां निःक्षिप्य वनं गच्छेत्सहैव वा ॥ ८५ ॥

Ô le meilleur des vertueux, voyant son propre corps s’altérer et sa vie n’être soutenue que par des serviteurs et autres aides, qu’il confie son épouse à ses fils et parte pour la forêt — seul, ou bien avec elle.

Verse 86

भवेत्रिषवणस्नायी नखश्मश्रुजटाधरः । अधः शायी ब्रह्मचारी पञ्चयज्ञपरायणः ॥ ८६ ॥

Qu’il se baigne aux trois sandhyās du jour, qu’il laisse pousser ongles (et cheveux) ainsi que barbe, et qu’il porte les mèches emmêlées (jaṭā). Qu’il dorme à même le sol, vive en brahmacārī, et se voue aux cinq grands sacrifices quotidiens (pañca-yajña).

Verse 87

फलमूलाशनो नित्यं स्वाध्यायनिरतास्तथा । दयावान्सर्वभूतेषु नारायणपरायणः ॥ ८७ ॥

Il se nourrit constamment de fruits et de racines, demeure assidu au svādhyāya (étude sacrée), se montre compatissant envers tous les êtres, et se voue entièrement à Nārāyaṇa.

Verse 88

वर्जयेद्ग्रामजातानि पुष्पाणि च फलानि च । अष्टौ ग्रासांश्च भुञ्जीत न कुर्याद्रात्रिभोजनम् ॥ ८८ ॥

Qu’on évite les aliments issus des villages, ainsi que les fleurs et les fruits. Qu’on ne prenne que huit bouchées, et qu’on ne mange pas la nuit.

Verse 89

अत्यन्तं वर्जयेत्तैलं वानप्रस्थसमाश्रमी । व्यवायं वर्जयेच्चैव निद्रालस्ये तथैव च ॥ ८९ ॥

Celui qui est entré dans l’āśrama de vānaprastha doit éviter rigoureusement l’huile (et les complaisances grasses). Qu’il s’abstienne aussi de l’union sexuelle, ainsi que du sommeil excessif et de la paresse.

Verse 90

शंखचक्रगदापाणिं नित्यं नारायणं स्मरेत् । वानप्रस्थः प्रकुर्वीत तपश्चांद्रायणादिकम् ॥ ९० ॥

Le vānaprastha doit se souvenir sans cesse de Nārāyaṇa, dont les mains portent la conque, le disque et la massue; et il doit entreprendre des austérités telles que le vœu de Cāndrāyaṇa et autres observances.

Verse 91

सहेत शीततापादिवह्निं परिचरेत्सदा । यदा मनसि वैराग्यं जातं सर्वेषु वस्तुषु ॥ ९१ ॥

Qu’il supporte patiemment le froid, la chaleur et même le feu, et qu’il demeure toujours appliqué à la discipline; lorsque, dans l’esprit, le détachement est né envers toutes choses.

Verse 92

तदैव संन्यसेद्विप्र पतितस्त्वन्यथा भवेत् । वेदांताभ्यासनिरतः शांतो दांतो जितेंद्रियः ॥ ९२ ॥

Ainsi, ô brāhmane, qu’il renonce sur-le-champ; autrement, il tomberait hors de la voie. Qu’il soit voué à la pratique du Vedānta—paisible, maîtrisé, et victorieux de ses sens.

Verse 93

निर्द्वेद्वो निरहंकारो निर्ममः सर्वदा भवेत् । शमादिगुणसंयुक्तः कामक्रोधविवर्जितः ॥ ९३ ॥

Qu’il soit toujours sans malveillance, sans ego et sans esprit de possession; uni aux vertus qui commencent par la quiétude, et dépourvu de désir et de colère.

Verse 94

नग्नो वा जीर्णकौपीनौ भवेन्मुंडो यतिर्द्विजः । समः शत्रौ च मित्रे च तथा मानापमानयोः ॥ ९४ ॥

Qu’il soit nu ou ne porte qu’un vieux pagne usé, le renonçant deux fois né doit avoir la tête rasée et demeurer ferme en mendiant; égal envers l’ennemi et l’ami, et de même envers l’honneur et le déshonneur.

Verse 95

एकरात्रं वसेद्ग्रामे त्रिरात्रं नगरे तथा । भैक्षेण वर्त्तयेन्नित्यं नैकान्नादीभवेद्यतिः ॥ ९५ ॥

Le renonçant doit demeurer une nuit au village et, de même, trois nuits en ville. Qu’il vive constamment d’aumônes, et que le yati ne devienne pas celui qui mange d’une seule maison attitrée.

Verse 96

अनिंदितद्विजगृहे व्यंगारे भुक्तिवर्जिते । विवादरहिते चैव भिक्षार्थं पर्यटेद्यतिः ॥ ९६ ॥

Que le yati n’aille qu’en quête d’aumône vers la maison irréprochable d’un deux fois né, où le feu du foyer est allumé, où l’on ne l’invite pas à manger comme hôte, et où règne l’absence de querelle.

Verse 97

भवेत्रिषवणस्नायी नारायणपरायणः । जपेच्च प्रणवं नित्यं जितात्मा विजितेंद्रियः ॥ ९७ ॥

Qu’il se baigne aux trois jonctions du jour et se voue entièrement à Nārāyaṇa; qu’il répète sans cesse le Praṇava (Oṁ), maître de lui-même et les sens domptés.

Verse 98

एकान्नादी भवेद्यस्तु कदाचिल्लंपटो यतिः । न तस्य निष्कृतिर्द्दष्टा प्रायश्चित्तायुतैरपि ॥ ९८ ॥

Si un yati, fût-il ekānnādī et ne prenant qu’un seul repas, demeure parfois livré à la luxure et à l’immoralité, on ne voit pour lui aucune expiation, même par des dizaines de milliers d’actes de pénitence.

Verse 99

लोभाद्यदि यतिर्विप्र तनुपोषपरो भवेत् । स चंडालसमो ज्ञेयो वर्णाश्रमविगर्हितः ॥ ९९ ॥

Ô brāhmaṇa, si un yati, par avidité, ne cherche qu’à entretenir et à complaire au corps, qu’on le sache semblable à un caṇḍāla, blâmé selon les règles de varṇa et d’āśrama.

Verse 100

आत्मानां चिंतयेद्द्रेवं नारायणमनामयम् । निर्द्वंद्रं निर्ममंशांतं मायातीतममत्सरम् ॥ १०० ॥

Qu’on contemple Nārāyaṇa comme le Soi même : sans affliction, au-delà de toutes les paires d’opposés, sans appropriation, paisible, transcendant la Māyā et dénué d’envie.

Verse 101

अव्ययं परिपूर्णं च सदानन्दैकविग्रहम् । ज्ञानस्वरुपममलं परं ज्योतिः सनातनम् ॥ १०१ ॥

Il est impérissable et pleinement accompli ; sa forme n’est qu’une béatitude éternelle. Il est pur, l’essence même de la conscience-savoir, la Lumière suprême, éternelle.

Verse 102

अविकारमनाद्यंतं जगच्चैतन्यकारणम् । निर्गुणं परमं ध्यायेदात्मानं परतः परम् ॥ १०२ ॥

Qu’on médite sur le Soi — le Suprême au-delà du suprême — immuable, sans commencement ni fin, cause de la conscience de l’univers, sans attributs (nirguṇa) et le plus élevé.

Verse 103

पठेदुपनिषद्वाक्यं वेदांतार्थांश्च चिंतयेत् । सहस्त्रशीर्षं देवं च सदा ध्यायेज्जितेंद्रियः ॥ १०३ ॥

Ayant vaincu les sens et maîtrisé soi-même, qu’on récite les paroles des Upaniṣad, qu’on contemple le sens du Vedānta, et qu’on médite sans cesse le Seigneur aux mille têtes.

Verse 104

एवं ध्यानपरो यस्तु यतिर्विगतमत्सरः । स याति परमानंदं परं ज्योतिः सनातनम् ॥ १०४ ॥

Ainsi, le yati voué à la méditation et délivré de l’envie atteint la béatitude suprême : la Lumière la plus haute, éternelle.

Verse 105

इत्येवमाश्रमाचारान्यः करोति द्विजः क्रमात् । स याति परमं स्थानं यत्र गत्वा न शोचयति ॥ १०५ ॥

Ainsi, le dvija qui, selon l’ordre prescrit, observe la conduite des āśrama atteint la demeure suprême ; y étant parvenu, il ne s’attriste plus.

Verse 106

वर्णाश्रमाचाररताः सर्वपापविवर्जिताः । नारायणपरा यांति तद्विष्णः परमं पदम् ॥ १०६ ॥

Ceux qui s’attachent à la juste conduite du varṇa et de l’āśrama, exempts de tout péché et entièrement voués à Nārāyaṇa, atteignent cette demeure suprême de Viṣṇu.

Frequently Asked Questions

The chapter frames śauca as a Brahmic discipline with two axes: external cleansing through earth and water (removing physical impurity) and internal purification as bhāva-śuddhi (purifying intention/affect). This aligns ritual efficacy with ethical-psychological integrity—without śauca, actions are declared fruitless.

It presents a full ritual-technology: saṅkalpa, vyāhṛti-based purification, nyāsa on hands/limbs, prāṇāyāma sequencing, mārjana with Vedic mantras, aghamarṣaṇa as sin-removal, arghya to Sūrya, and devī-dhyāna of Gāyatrī/Sāvitrī/Sarasvatī across the three times—integrating mantra, body, breath, and cosmology.

After establishing nitya-karman (purity, Sandhyā, yajñas, hospitality), it maps the āśrama progression to vānaprastha austerity and yati renunciation, culminating in Vedānta contemplation of Nārāyaṇa as the Self—imperishable, attributeless, and bliss—thereby presenting dharma as a graded path toward liberation.