
Shivamurti–Pratishtha Phala: Shivalaya-Nirmana, Kshetra-Mahatmya, Tirtha-Snana, and Mandala-Vidhi
Les sages prient Sūta d’exposer le mérite (puṇya/phala) de la consécration du Liṅga et les fruits de la construction des demeures de Śiva, de l’argile jusqu’aux gemmes. Sūta répond en plaçant la bhakti au-dessus des moyens matériels : même un sanctuaire très simple et un culte élémentaire mènent à Rudraloka, tandis que les grands prāsāda, façonnés sur le modèle de Kailāsa/Mandara/Meru, procurent des jouissances célestes plus élevées et aboutissent finalement au jñāna-yoga et à la proximité des Gaṇa et de Śiva. Le chapitre loue plusieurs styles de temples (Nāgara, Drāviḍa, Kesara) et accorde un mérite particulier à la restauration des édifices endommagés ainsi qu’au service accompli dans le śivalaya. Il définit ensuite les critères du Śiva-kṣetra et énumère des lieux saints renommés où la mort confère la délivrance, puis présente une gradation de mérites pour le darśana, le sparśana, la pradakṣiṇā et des snāna/abhisheka de plus en plus puissants. Enfin, il enseigne le culte par maṇḍala—lotus et diagrammes ṣaḍ-asra—inscrivant prakṛti, guṇa, bhūta, indriya et les principes intérieurs (ahaṅkāra, buddhi, ātman) dans la géométrie rituelle ; il conclut que l’adoration de Śiva, manifesté et non manifesté, est la plus haute sādhana de mokṣa et ouvre sur les rites « sarva-kāmārtha-sādhana » à venir.
Verse 1
इति श्रीलिङ्गमहापुराणे पूर्वभागे शिवमूर्तिप्रतिष्ठाफलकथनं नाम षट्सप्ततितमो ऽध्यायः ऋषय ऊचुः लिङ्गप्रतिष्ठापुण्यं च लिङ्गस्थापनमेव च लिङ्गानां चैव भेदाश् च श्रुतं तव मुखादिह
Les sages dirent : «Ici même, de ta propre bouche, nous avons entendu parler du mérite obtenu en consacrant le Śiva‑Liṅga, de l’acte d’établir le Liṅga, et aussi des diverses classifications des Liṅga».
Verse 2
मृदादिरत्नपर्यन्तैर् द्रव्यैः कृत्वा शिवालयम् यत्फलं लभते मर्त्यस् तत्फलं वक्तुमर्हसि
Avec des matériaux allant de la simple argile jusqu’aux gemmes précieuses, lorsqu’un mortel bâtit un temple pour le Seigneur Śiva, daigne déclarer le phala, le fruit spirituel, qu’il obtient.
Verse 3
सूत उवाच यस्य भक्तो ऽपि लोके ऽस्मिन् पुत्रदारगृहादिभिः बाध्यते ज्ञानयुक्तश्चेन् न च तस्य गृहैस्तु किम्
Sūta dit : Même si quelqu’un est un dévot en ce monde, s’il demeure entravé par fils, épouse, maison et autres liens semblables, alors—fût-il dit « doté de connaissance »—à quoi lui servent de tels « foyers » ?
Verse 4
तथापि भक्ताः परमेश्वरस्य कृत्वेष्टलोष्टैरपि रुद्रलोकम् प्रयान्ति दिव्यं हि विमानवर्यं सुरेन्द्रपद्मोद्भववन्दितस्य
Pourtant, les dévots du Seigneur Suprême (Parameśvara), même s’ils n’offrent que ce qui leur est cher, fût-ce de simples mottes de terre, atteignent le monde de Rudra. Oui, ils gagnent ce royaume rayonnant, la plus excellente demeure céleste et divine de Celui que vénèrent Indra et le Né du Lotus (Brahmā).
Verse 5
बाल्यात्तु लोष्टेन च कृत्वा मृदापि वा पांसुभिर् आदिदेवम् /* गृहं च तादृग्विधमस्य शंभोः सम्पूज्य रुद्रत्वमवाप्नुवन्ति
Dès l’enfance, ceux qui façonnent un liṅga avec une motte, avec de l’argile, ou même avec de la simple poussière, et qui, de même, édifient un petit sanctuaire pour Śambhu et vénèrent l’Ādideva avec une dévotion entière, obtiennent l’état de Rudra, s’approchant du Seigneur (Pati) par la liṅga-pūjā.
Verse 6
तस्मात्सर्वप्रयत्नेन भक्त्या भक्तैः शिवालयम् कर्तव्यं सर्वयत्नेन धर्मकामार्थसिद्धये
Ainsi, les dévots doivent, avec une bhakti de tout leur cœur et par tous les efforts possibles, bâtir un temple pour Śiva (Śivālaya), s’appliquant en toute manière, afin que s’accomplissent Dharma, Kāma et Artha.
Verse 7
केसरं नागरं वापि द्राविडं वा तथापरम् कृत्वा रुद्रालयं भक्त्या शिवलोके महीयते
Qu’il soit bâti selon le style Kesara, le style Nāgara, le style Drāviḍa, ou d’une autre manière encore, quiconque, avec dévotion, érige un Rudrālaya pour Rudra est honoré et exalté dans le monde même de Śiva.
Verse 8
कैलासाख्यं च यः कुर्यात् प्रासादं परमेष्ठिनः कैलासशिखराकारैर् विमानैर् मोदते सुखी
Quiconque bâtit pour le Seigneur Suprême (Parameṣṭhin) un temple nommé « Kailāsa », ce dévot — joyeux et paisible — se réjouit dans des vimānas célestes ayant la forme des sommets du mont Kailāsa.
Verse 9
मन्दरं वा प्रकुर्वीत शिवाय विधिपूर्वकम् भक्त्या वित्तानुसारेण उत्तमाधममध्यमम्
Ou bien, l’on doit, selon les rites prescrits, préparer pour le Seigneur Śiva un maṇḍara (pavillon rituel/ordonnance de l’autel) — avec bhakti, et selon ses moyens, qu’il soit splendide, modeste ou intermédiaire.
Verse 10
मन्दराद्रिप्रतीकाशैर् विमानैर्विश्वतोमुखैः अप्सरोगणसंकीर्णैर् देवदानवदुर्लभैः
Avec des vimānas aériens semblables au mont Mandara, tournés vers toutes les directions, foisonnant de troupes d’apsarās—des véhicules merveilleux, à peine accessibles même aux dieux et aux dānavas—(ils se manifestèrent en un éclatant cortège).
Verse 11
गत्वा शिवपुरं रम्यं भुक्त्वा भोगान् यथेप्सितान् ज्ञानयोगं समासाद्य गाणपत्यं लभेन्नरः
Ayant atteint la délicieuse cité de Śiva et goûté les jouissances selon son désir, l’homme—parvenant au Yoga de la connaissance libératrice—obtient l’état d’appartenir aux Gaṇas de Śiva (gaṇapatya).
Verse 12
यः कुर्यान्मेरुनामानं प्रासादं परमेष्ठिनः स यत्फलमवाप्नोति न तत् सर्वैर् महामखैः
Quiconque bâtit pour Parameṣṭhin (le Seigneur Suprême, Śiva) un temple nommé « Meru » obtient un fruit qu’on ne saurait acquérir même en accomplissant tous les grands sacrifices védiques.
Verse 13
सर्वयज्ञतपोदानतीर्थवेदेषु यत्फलम् तत्फलं सकलं लब्ध्वा शिववन्मोदते चिरम्
Ayant obtenu pleinement le fruit promis par tous les sacrifices, austérités, dons, pèlerinages et l’étude des Veda, on se réjouit longtemps—bienheureux comme Śiva Lui-même.
Verse 14
निषधं नाम यः कुर्यात् प्रासादं भक्तितः सुधीः शिवलोकमनुप्राप्य शिववन्मोदते चिरम्
Le dévot sage qui, avec bhakti, élève un temple nommé Niṣadha atteint le monde de Śiva ; et, l’ayant atteint, il se réjouit longtemps, goûtant une béatitude semblable à celle de Śiva lui-même.
Verse 15
कुर्याद्वा यः शुभं विप्रा हिमशैलमनुत्तमम् हिमशैलोपमैर् यानैर् गत्वा शिवपुरं शुभम्
Ô brahmanes, quiconque accomplit cet acte propice atteint l’état suprême, semblable à l’Himalaya ; et, porté sur des chars célestes pareils aux cimes himalayennes, il parvient à la cité bénie de Śiva, Śivapura.
Verse 16
ज्ञानयोगं समासाद्य गाणपत्यमवाप्नुयात् नीलाद्रिशिखराख्यं वा प्रासादं यः सुशोभनम्
Ayant atteint le jñāna-yoga, le yoga de la connaissance spirituelle, on obtient l’état de gāṇapatya, c’est-à-dire l’appartenance aux Gaṇas du Seigneur. Et quiconque établit ou vénère le splendide temple-palais nommé « Nīlādri-Śikhara » obtient la même condition sublime.
Verse 17
कृत्वा वित्तानुसारेण भक्त्या रुद्राय शंभवे यत्फलं लभते मर्त्यस् तत्फलं प्रवदाम्यहम्
Après avoir fait des offrandes à Rudra—Śambhu avec bhakti, selon ses propres moyens, quel que soit le fruit qu’un mortel obtienne de ce culte, ce fruit même, je vais maintenant l’énoncer.
Verse 18
हिमशैले कृते भक्त्या यत्फलं प्राक् तवोदितम् तत्फलं सकलं लब्ध्वा सर्वदेवनमस्कृतः
Ayant obtenu pleinement le fruit que tu as auparavant déclaré naître du culte dévot accompli sur l’Himalaya, il devient un être vénéré, salué par tous les dieux.
Verse 19
रुद्रलोकमनुप्राप्य रुद्रैः सार्धं प्रमोदते महेन्द्रशैलनामानं प्रासादं रुद्रसंमतम्
Ayant atteint le monde de Rudra, il se réjouit avec les Rudras, demeurant dans un palais nommé Mahendraśaila, séjour approuvé et sanctifié par Rudra.
Verse 20
कृत्वा यत्फलमाप्नोति तत्फलं प्रवदाम्यहम् महेन्द्रपर्वताकारैर् विमानैर्वृषसंयुतैः
«Je vais maintenant exposer le fruit obtenu en accomplissant ce rite de Śiva. Il reçoit des vimānas célestes, hauts comme le mont Mahendra, attelés de taureaux, dignes de celui qui a servi Pati, le Maître et refuge de tous les paśus.»
Verse 21
गत्वा शिवपुरं दिव्यं भुक्त्वा भोगान्यथेप्सितान् ज्ञानं विचारितं रुद्रैः सम्प्राप्य मुनिपुङ्गवाः
Étant allés à la cité divine de Śiva et ayant goûté les jouissances désirées, ces sages éminents obtinrent la connaissance libératrice, discernée et clarifiée par les Rudras, par laquelle le paśu (l’âme liée) est conduit vers Pati (le Seigneur).
Verse 22
विषयान् विषवत् त्यक्त्वा शिवसायुज्यमाप्नुयात् हेम्ना यस्तु प्रकुर्वीत प्रासादं रत्नशोभितम्
En abandonnant les objets des sens comme s’ils étaient du poison, on atteint l’union avec Śiva. Et quiconque fait édifier un temple-palais d’or, orné de joyaux, obtient la même grâce de Śiva, qui desserre les liens du paśu et le rapproche de Pati.
Verse 23
द्राविडं नागरं वापि केसरं वा विधानतः कूटं वा मण्डपं वापि समं वा दीर्घम् एव च
Selon les règles prescrites, on peut le façonner dans le style drāviḍa ou nāgara, ou avec la superstructure dite kesara ; et l’on peut aussi édifier soit un kūṭa (tour du sanctuaire), soit un maṇḍapa (pavillon), aux justes proportions, de mesure égale ou allongée.
Verse 24
न तस्य शक्यते वक्तुं पुण्यं शतयुगैरपि जीर्णं वा पतितं वापि खण्डितं स्फुटितं तथा
Le mérite sacré né du culte du Śiva-liṅga ne peut être pleinement exprimé, fût-ce au cours de cent yuga. Même si le liṅga est ancien, tombé, brisé ou fissuré, l’adoration offerte avec bhakti porte un fruit infaillible.
Verse 25
पूर्ववत्कारयेद्यस्तु द्वाराद्यैः सुशुभं द्विजाः प्रासादं मण्डपं वापि प्राकारं गोपुरं तु वा
Ô deux-fois-nés : quiconque, selon le rite énoncé plus haut, fait bâtir avec beauté—portes et autres éléments—un édifice splendide, qu’il s’agisse d’un prāsāda (temple), d’un maṇḍapa (pavillon), d’un prākāra (mur d’enceinte) ou d’un gopura (tour-porte), établit un appui propice au culte de Śiva.
Verse 26
कर्तुरप्यधिकं पुण्यं लभते नात्र संशयः वृत्त्यर्थं वा प्रकुर्वीत नरः कर्म शिवालये
Il obtient un mérite plus grand encore que celui du commanditaire ; là-dessus, aucun doute. Même si un homme œuvre dans le temple de Śiva uniquement pour gagner sa vie, il acquiert malgré tout un mérite sacré.
Verse 27
यः स याति न संदेहः स्वर्गलोकं सबान्धवः यश्चात्मभोगसिद्ध्यर्थम् अपि रुद्रालये सकृत्
Celui qui agit ainsi se rend, sans aucun doute, au monde céleste avec ses proches. Même celui qui ne se rend qu’une seule fois au séjour de Rudra, fût-ce pour obtenir des jouissances personnelles, atteint l’accomplissement souhaité.
Verse 28
कर्म कुर्याद्यदि सुखं लब्ध्वा चापि प्रमोदते तस्माद् आयतनं भक्त्या यः कुर्यान् मुनिसत्तमाः
Si quelqu’un accomplit des actes et, ayant obtenu le bonheur, s’en réjouit, alors, pour cette raison, ô sages éminents, qu’il établisse avec bhakti un āyatana, un séjour sacré, pour le Seigneur (Śiva).
Verse 29
काष्ठेष्टकादिभिर् मर्त्यः शिवलोके महीयते प्रसादार्थं महेशस्य प्रासादे मुनिपुङ्गवाः
Ô sages éminents, le mortel qui, avec du bois, des briques et autres matériaux, élève pour Maheśa (Śiva) un temple-palais afin d’obtenir Sa grâce, est honoré et exalté dans le monde de Śiva.
Verse 30
कर्तव्यः सर्वयत्नेन धर्मकामार्थमुक्तये अशक्तश्चेन्मुनिश्रेष्ठाः प्रासादं कर्तुमुत्तमम्
Qu’on l’entreprenne de toutes ses forces pour le dharma, le kāma, l’artha et, finalement, la mokṣa. Et si l’on ne peut, ô meilleurs des sages, bâtir un temple suprême, qu’on fasse néanmoins ce qui est possible avec bhakti envers Pati, le Seigneur Śiva.
Verse 31
संमार्जनादिभिर् वापि सर्वान्कामानवाप्नुयात् संमार्जनं तु यः कुर्यान् मार्जन्या मृदुसूक्ष्मया
Par le balayage et d’autres services attentifs rendus au sanctuaire, on peut obtenir tous les buts désirés. Mais celui qui balaie doit le faire avec un balai doux et fin, afin de purifier le lieu du culte sans dureté ni dommage.
Verse 32
चान्द्रायणसहस्रस्य फलं मासेन लभ्यते यः कुर्याद्वस्त्रपूतेन गन्धगोमयवारिणा
Le mérite égal à mille austérités Cāndrāyaṇa est obtenu en un mois par celui qui accomplit le rite avec une eau parfumée mêlée d’eau de bouse de vache, d’abord purifiée en la filtrant à travers un tissu.
Verse 33
आलेपनं यथान्यायं वर्षचान्द्रायणं लभेत् अर्धक्रोशं शिवक्षेत्रं शिवलिङ्गात्समन्ततः
En accomplissant selon la règle l’onction purificatrice (ālepana), on obtient le fruit d’un Cāndrāyaṇa d’une année. Et tout autour d’un Śiva-liṅga, le domaine sacré de Śiva s’étend en toutes directions sur une demi‑krośa.
Verse 34
यस् त्यजेद् दुस्त्यजान् प्राणाञ् शिवसायुज्यम् आप्नुयात् स्वायंभुवस्य मानं हि तथा बाणस्य सुव्रताः
Celui qui renonce même aux souffles vitaux, si difficiles à quitter, atteint le Śiva-sāyujya — l’union avec le Seigneur Śiva. Il obtient un honneur égal à celui de Svāyambhuva (Brahmā) et pareillement à celui de Bāṇa, ô toi aux vœux excellents.
Verse 35
स्वायंभुवे तदर्धं स्यात् स्याद् आर्षे च तदर्धकम् मानुषे च तदर्धं स्यात् क्षेत्रमानं द्विजोत्तमाः
Selon la mesure Svāyambhuva, cela doit être la moitié de cela ; selon la mesure Ārṣa, la moitié de cette moitié ; et selon la mesure Mānuṣa, encore la moitié : telle est la norme de la mesure du domaine sacré, ô meilleurs des deux-fois-nés.
Verse 36
एवं यतीनामावासे क्षेत्रमानं द्विजोत्तमाः रुद्रावतारे चाद्यं यच् छिष्ये चैव प्रशिष्यके
Ainsi, ô meilleurs des deux-fois-nés, est proclamée la juste mesure de l’enceinte sacrée destinée à la demeure des yatin (renonçants), avec l’ordonnance primordiale liée à la descente de Rudra, à transmettre de disciple à disciple, et au disciple du disciple.
Verse 37
नरावतारे तच्छिष्ये तच्छिष्ये च प्रशिष्यके श्रीपर्वते महापुण्ये तस्य प्रान्ते च वा द्विजाः
Ô deux-fois-nés, dans l’incarnation humaine, chez son disciple et aussi chez le disciple du disciple, la transmission sacrée se poursuivit — sur le très méritoire Śrīparvata, ou bien dans sa région limitrophe.
Verse 38
तस्मिन्वा यस्त्यजेत्प्राणाञ् छिवसायुज्यमाप्नुयात् वाराणस्यां तथाप्येवम् अविमुक्ते विशेषतः
Là, quiconque abandonne les souffles vitaux atteint le sāyujya — l’union totale avec Śiva. Il en va de même à Vārāṇasī ; et plus spécialement encore à Avimukta, la terre sacrée que le Seigneur n’a jamais délaissée.
Verse 39
केदारे च महाक्षेत्रे प्रयागे च विशेषतः कुरुक्षेत्रे च यः प्राणान् संत्यजेद्याति निर्वृतिम्
Quiconque abandonne le souffle de vie à Kedāra, dans le grand champ sacré (Mahākṣetra), tout particulièrement à Prayāga, ou à Kurukṣetra, atteint la nirvṛti — paix ultime et délivrance — par la grâce de Pati (Śiva), qui tranche les liens du pāśa enchaînant le paśu.
Verse 40
प्रभासे पुष्करे ऽवन्त्यां तथा चैवामरेश्वरे वणीशैलाकुले चैव मृतो याति शिवात्मताम्
Celui qui meurt à Prabhāsa, à Puṣkara, à Avantī, de même à Amareśvara, et encore dans l’enceinte sacrée de Vaṇīśaila, obtient la śivātmatā — l’identité avec Śiva, la nature même de Śiva.
Verse 41
वाराणस्यां मृतो जन्तुर् न जातु जन्तुतां व्रजेत् त्रिविष्टपे विमुक्ते च केदारे संगमेश्वरे
Le jantu — l’âme encore liée — qui meurt à Vārāṇasī ne retombe jamais dans la condition de créature incarnée. De même, à Triviṣṭapa, à Vimukta, à Kedāra et à Saṅgameśvara, on est délivré — par la grâce de Pati (Śiva), le Libérateur — du pāśa de la renaissance.
Verse 42
शालङ्के वा त्यजेत्प्राणांस् तथा वै जम्बुकेश्वरे शुक्रेश्वरे वा गोकर्णे भास्करेशे गुहेश्वरे
Ou bien, si l’on abandonne le souffle à Śālaṅka — de même à Jambukeśvara, ou à Śukreśvara, ou à Gokarṇa, à Bhāskareśa, ou à Guheśvara — ce départ est tenu pour souverainement sanctifiant, car ce sont là les sièges sacrés libérateurs de Śiva.
Verse 43
हिरण्यगर्भे नन्दीशे स याति परमां गतिम् नियमैः शोष्य यो देहं त्यजेत्क्षेत्रे शिवस्य तु
Il atteint l’état suprême en Hiraṇyagarbha Nandīśa. Et quiconque, par les niyama — observances disciplinées — assèche (purifie et épuise) le corps puis l’abandonne dans le champ sacré de Śiva, celui-là parvient assurément au but le plus élevé.
Verse 44
स याति शिवतां योगी मानुषे दैविके ऽपि वा आर्षे वापि मुनिश्रेष्ठास् तथा स्वायंभुवे ऽपि वा
Ce yogin atteint la śivatā, l’état de Śiva : qu’il soit en condition humaine, ou même en condition divine ; ou dans l’état de ṛṣi, ô meilleurs des sages ; et de même, jusque dans le mode d’existence svāyambhuva, l’auto-manifesté, il y parvient.
Verse 45
स्वयंभूते तथा देवे नात्र कार्या विचारणा आधायाग्निं शिवक्षेत्रे सम्पूज्य परमेश्वरम्
Lorsque la Divinité est Svayaṃbhū, auto-manifestée, il n’y a ici nulle délibération à mener. Après avoir allumé le feu sacré (agni) dans le kṣetra saint de Śiva, qu’on adore le Seigneur Suprême, Parameśvara, avec une révérence parfaite.
Verse 46
स्वदेहपिण्डं जुहुयाद् यः स याति परां गतिम् यावत्तावन्निराहारो भूत्वा प्राणान् परित्यजेत्
Celui qui offre sa propre masse corporelle en oblation (juhu) atteint l’état suprême. Restant sans nourriture durant le temps prescrit, il doit ensuite abandonner les prāṇa, les souffles vitaux ; ainsi il tranche les liens du paśu et parvient au Pati, Śiva.
Verse 47
शिवक्षेत्रे मुनिश्रेष्ठाः शिवसायुज्यमाप्नुयात् छित्त्वा पादद्वयं चापि शिवक्षेत्रे वसेत्तु यः
Ô meilleurs des sages, dans le kṣetra sacré de Śiva on obtient le sāyujya, l’union avec Śiva. Même celui qui, s’étant tranché les deux pieds, demeure pourtant dans le champ saint de Śiva, atteint cet état par la puissance libératrice du kṣetra.
Verse 48
स याति शिवतां चैव नात्र कार्या विचारणा क्षेत्रस्य दर्शनं पुण्यं प्रवेशस्तच्छताधिकः
Il atteint la śivatā elle-même : ici, nulle hésitation n’est requise. Le simple fait de voir le kṣetra śaiva sacré est déjà méritoire ; mais y entrer procure un fruit cent fois plus grand.
Verse 49
तस्माच्छतगुणं पुण्यं स्पर्शनं च प्रदक्षिणम् तस्माच्छतगुणं पुण्यं जलस्नानमतः परम्
Ainsi, toucher le Liṅga et accomplir la pradakṣiṇā (circumambulation dévote) procure un mérite au centuple ; et au-delà encore, l’ablution d’eau (abhiṣeka) est dite conférer un mérite cent fois plus grand, surpassant le précédent.
Verse 50
क्षीरस्नानं ततो विप्राः शताधिकमनुत्तमम् दध्ना सहस्रमाख्यातं मधुना तच्छताधिकम्
Ensuite, ô sages brahmanes, l’ablution du Liṅga de Śiva avec du lait est proclamée donner un fruit dépassant le centuple et sans égal. Avec le caillé (dadhi), on enseigne qu’il est au mille ; et avec le miel, cent de plus encore que cela.
Verse 51
घृतस्नानेन चानन्तं शार्करे तच्छताधिकम् शिवक्षेत्रसमीपस्थां नदीं प्राप्यावगाह्य च
Par l’ablution au ghee, le mérite devient sans limite ; par celle au sucre, ce mérite s’accroît de cent et davantage. Et, parvenu à une rivière située près d’un Śiva-kṣetra sacré, qu’on s’y immerge et s’y baigne.
Verse 52
त्यजेद्देहं विहायान्नं शिवलोके महीयते शिवक्षेत्रसमीपस्था नद्यः सर्वाः सुशोभनाः
Celui qui quitte son corps—après avoir renoncé à la nourriture—est honoré dans le monde de Śiva. Toutes les rivières proches des Śiva-kṣetras sacrés sont hautement auspiciées et rayonnantes.
Verse 53
वापीकूपतडागाश् च शिवतीर्था इति स्मृताः स्नात्वा तेषु नरो भक्त्या तीर्थेषु द्विजसत्तमाः
Ô le meilleur des deux-fois-nés, les puits, les puits à degrés et les étangs sont tenus en mémoire comme des Śiva-tīrthas, lieux sacrés de bain de Śiva. Quand un homme s’y baigne avec bhakti, il s’approche de la grâce de Śiva : il relâche les liens du pāśa qui enchaînent le paśu (l’âme individuelle) et tourne son esprit vers le Pati, le Seigneur Śiva.
Verse 54
ब्रह्महत्यादिभिः पापैर् मुच्यते नात्र संशयः प्रातः स्नात्वा मुनिश्रेष्ठाः शिवतीर्थेषु मानवः
Ô le meilleur des sages ! Celui qui se baigne à l’aube dans les tīrtha sacrés de Śiva est délivré des péchés tels que le brahmahatyā ; il n’y a là aucun doute. Car le Seigneur, le Pati, sanctifie ces eaux, et le paśu, l’âme liée, est desserré des liens (pāśa) du démérite.
Verse 55
अश्वमेधफलं प्राप्य रुद्रलोकं स गच्छति मध्याह्ने शिवतीर्थेषु स्नात्वा भक्त्या सकृन्नरः
L’homme qui, avec dévotion, se baigne ne fût-ce qu’une seule fois à midi dans les tīrtha sacrés de Śiva obtient le mérite du sacrifice Aśvamedha, puis se rend au monde de Rudra (Rudra-loka).
Verse 56
गङ्गास्नानसमं पुण्यं लभते नात्र संशयः अस्तं गते तथा चार्के स्नात्वा गच्छेच्छिवं पदम्
Il obtient un mérite égal à celui du bain dans le Gaṅgā ; il n’y a là aucun doute. Quand le Soleil s’est couché, après s’être baigné avec dévotion, on parvient à l’état de Śiva, demeure suprême du Pati qui délivre le paśu de l’asservissement.
Verse 57
पापकञ्चुकमुत्सृज्य शिवतीर्थेषु मानवः द्विजास् त्रिषवणं स्नात्वा शिवतीर्थे सकृन्नरः
Rejetant le manteau du péché, celui qui se baigne dans les tīrtha de Śiva—surtout le dvija qui accomplit le bain des trois moments—obtient la purification même par un seul bain dans un Śiva-tīrtha.
Verse 58
शिवसायुज्यमाप्नोति नात्र कार्या विचारणा पुराथ सूकरः कश्चित् श्वानं दृष्ट्वा भयात्पथि
Il obtient le sāyujya avec Śiva, l’union intime ; il n’y a pas lieu d’en douter. Car jadis, un certain sanglier, voyant un chien sur la route, fut poussé par la peur à un souvenir tourné vers Śiva, et reçut ainsi le fruit suprême.
Verse 59
प्रसंगाद्वारमेकं तु शिवतीर्थे ऽवगाह्य च मृतः स्वयं द्विजश्रेष्ठा गाणपत्यमवाप्तवान्
Par simple hasard, il franchit une unique porte; après s’être immergé dans le Śiva-tīrtha et y être mort, ce meilleur des deux-fois-nés obtint l’état de Gaṇapatya, l’appartenance aux Gaṇa de Śiva.
Verse 60
यः प्रातर्देवदेवेशं शिवं लिङ्गस्वरूपिणम् पश्येत्स याति सर्वस्माद् अधिकां गतिमेव च
Quiconque, à l’aube, contemple Śiva—Seigneur des dieux—demeurant dans la forme même du Liṅga, atteint la voie suprême de la délivrance, plus haute que tout autre accomplissement.
Verse 61
मध्याह्ने च महादेवं दृष्ट्वा यज्ञफलं लभेत् सायाह्ने सर्वयज्ञानां फलं प्राप्य विमुच्यते
En contemplant Mahādeva à midi, on reçoit le fruit d’un sacrifice védique; et en le contemplant le soir, on obtient le mérite de tous les sacrifices et l’on est délivré : par la grâce du Pati (Seigneur), se rompent les liens (pāśa) qui attachent le paśu (l’âme individuelle) au saṃsāra.
Verse 62
मानसैर्वाचिकैः पापैः कायिकैश् च महत्तरैः तथोपपातकैश्चैव पापैश्चैवानुपातकैः
Qu’ils naissent de l’esprit, de la parole ou du corps —même les plus graves—, qu’ils soient des fautes secondaires (upapātaka) ou les péchés qui les suivent (anupātaka), tous sont compris ici comme des liens (pāśa) qui voilent le paśu (l’âme individuelle) au regard du Pati (Seigneur).
Verse 63
संक्रमे देवमीशानं दृष्ट्वा लिङ्गाकृतिं प्रभुम् मासेन यत्कृतं पापं त्यक्त्वा याति शिवं पदम्
Au moment du Saṅkrama (le transit solaire), en contemplant le Seigneur Īśāna—Pati suprême—manifesté sous la forme du Liṅga, on rejette les péchés commis durant un mois et l’on atteint l’auguste demeure de Śiva.
Verse 64
अयने चार्धमासेन दक्षिणे चोत्तरायणे विषुवे चैव सम्पूज्य प्रयाति परमां गतिम्
Celui qui adore Śiva comme il se doit aux solstices, lors de l’observance de mi-mois, durant la marche méridionale et la marche septentrionale du soleil, et aussi à l’équinoxe, atteint la Demeure suprême (paramā gati), la délivrance la plus haute sous Pati, le Seigneur.
Verse 65
प्रदक्षिणत्रयं कुर्याद् यः प्रासादं समन्ततः सव्यापसव्यन्यायेन मृदुगत्या शुचिर्नरः
Un homme pur doit faire trois circumambulations complètes autour du sanctuaire, avançant doucement et selon l’ordre prescrit—observant la pradakṣiṇā (marche à droite) et, là où le rite l’ordonne, l’apasavya (marche inverse), conformément à la règle.
Verse 66
पदे पदे ऽश्वमेधस्य यज्ञस्य फलमाप्नुयात् वाचा यस्तु शिवं नित्यं संरौति परमेश्वरम्
À chaque pas, il obtient le fruit du sacrifice de l’Aśvamedha : celui qui, par sa parole, proclame sans cesse Śiva, le Seigneur suprême. Par la mémoire et l’énonciation ininterrompues, le paśu (l’âme liée) se tourne vers Pati (le Maître) et est élevé au-delà du pāśa (les liens) que le seul rite ne peut trancher en dernier ressort.
Verse 67
सो ऽपि याति शिवं स्थानं प्राप्य किं पुनरेव च कृत्वा मण्डलकं क्षेत्रं गन्धगोमयवारिणा
Même lui atteint la demeure de Śiva—que dire de plus ? Ayant d’abord préparé le sol sacré en traçant un maṇḍala et purifié le lieu avec des substances parfumées, de la bouse de vache et de l’eau, il devient digne de la grâce de Śiva.
Verse 68
मुक्ताफलमयैश्चूर्णैर् इन्द्रनीलमयैस् तथा पद्मरागमयैश्चैव स्फाटिकैश् च सुशोभनैः
Avec des poudres de perles, de même avec de la poudre de saphir (indranīla), avec de la poudre de rubis (padmarāga) et avec un cristal splendide—l’emblème sacré est paré d’éclat pour l’adoration de Pati, le Seigneur qui desserre les liens du paśu.
Verse 69
तथा मारकतैश्चैव सौवर्णै राजतैस् तथा तद्वर्णैर् लौकिकैश्चैव चूर्णैर्वित्तविवर्जितैः
De même, on peut adorer le Liṅga avec des émeraudes, avec de l’or, avec de l’argent, et aussi avec des poudres ordinaires de couleur semblable—surtout pour ceux qui sont dépourvus de biens—car la véritable offrande à Pati, le Seigneur, est la bhakti, non la dépense.
Verse 70
आलिख्य कमलं भद्रं दशहस्तप्रमाणतः सकर्णिकं महाभागा महादेवसमीपतः
Ô bienheureux, dessine un lotus de bon augure, d’une étendue de dix paumes, pourvu de son cœur, et place-le près de Mahādeva, dans l’ordonnance sacrée du culte.
Verse 71
तत्रावाह्य महादेवं नवशक्तिसमन्वितम् पञ्चभिश्च तथा षड्भिर् अष्टाभिश्चेष्टदं परम्
Là, après avoir invoqué Mahādeva accompagné des neuf Śaktis, le fidèle doit adorer le Suprême qui accorde les fruits désirés, avec les ensembles divins de cinq, de six et de huit, selon le rite.
Verse 72
पुनरष्टाभिर् ईशानं दशारे दशभिस् तथा पुनर्बाह्ये च दशभिः सम्पूज्य प्रणिपत्य च
Puis, de nouveau, avec huit offrandes, il doit vénérer Īśāna; de même, dans le cercle aux dix rayons, avec dix offrandes. Ensuite, sur l’enceinte extérieure, encore avec dix offrandes; après avoir accompli le culte, qu’il se prosterne avec révérence.
Verse 73
निवेद्य देवदेवाय क्षितिदानफलं लभेत् शालिपिष्टादिभिर् वापि पद्ममालिख्य निर्धनः
En le présentant à Devadeva, le Dieu des dieux, on obtient un mérite égal au don de la terre. Même le pauvre, en dessinant un lotus avec de la farine de riz et autres, puis en l’offrant à Śiva, reçoit ce même fruit.
Verse 74
पूर्वोक्तमखिलं पुण्यं लभते नात्र संशयः द्वादशारं तथालिख्य मण्डलं पदम् उत्तमम्
Il obtient assurément tout le mérite sacré énoncé plus haut—sans aucun doute. Ainsi, après avoir tracé le maṇḍala aux douze rayons, on établit le siège suprême (pada), lieu saint pour le culte du Liṅga, signe de Pati (Śiva) qui délivre le paśu du pāśa.
Verse 75
रत्नचूर्णादिभिश्चूर्णैस् तथा द्वादशमूर्तिभिः मण्डलस्य च मध्ये तु भास्करं स्थाप्य पूजयेत्
Avec des poudres faites de gemmes et d’autres substances de bon augure, et en disposant les douze formes, on doit installer Bhāskara (le Soleil) au centre du maṇḍala rituel et le vénérer, le reconnaissant comme une manifestation lumineuse agissant sous la seigneurie de Pati (Śiva).
Verse 76
ग्रहैश् च संवृतं वापि सूर्यसायुज्यमुत्तमम् एवं प्राकृतम् अप्यार्थ्यां षडस्रं परिकल्प्य च
Ou bien, en l’entourant des grahas (les neuf astres), on atteint l’union suprême (sāyujya) avec Sūrya. Ainsi, même pour un but mondain, après avoir d’abord recherché le fruit désiré, on doit aussi former la figure hexagonale (ṣaḍ-asra) selon la règle.
Verse 77
मध्यदेशे च देवेशीं प्रकृतिं ब्रह्मरूपिणीम् दक्षिणे सत्त्वमूर्तिं च वामतश् च रजोगुणम्
Dans la région centrale, il établit la Déesse—Prakṛti—dont la forme est Brahman lui-même ; au sud, il plaça l’incarnation de Sattva, et à gauche la qualité de Rajas.
Verse 78
अग्रतस्तु तमोमूर्तिं मध्ये देवीं तथांबिकाम् पञ्चभूतानि तन्मात्रापञ्चकं चैव दक्षिणे
À l’avant, on doit placer la manifestation de forme Tamas ; au centre, la Déesse Ambikā elle-même. À droite, on disposera les cinq grands éléments (pañca-bhūta) ainsi que le quintuple des essences subtiles (tanmātras).
Verse 79
कर्मेन्द्रियाणि पञ्चैव तथा बुद्धीन्द्रियाणि च उत्तरे विधिवत्पूज्य षडस्रे चैव पूजयेत्
Selon l’ordre rituel prescrit, qu’on adore au secteur du nord les cinq organes de l’action ainsi que les organes de la connaissance; et qu’on offre pareillement le culte dans la division à six angles. Ainsi les sens sont consacrés en offrande à Pati, Śiva, afin de desserrer le pāśa (lien) qui enchaîne le paśu (l’âme).
Verse 80
आत्मानं चान्तरात्मानं युगलं बुद्धिमेव च अहङ्कारं च महता सर्वयज्ञफलं लभेत्
Par le Grand Seigneur, qu’on réalise le Soi et le Soi intérieur, avec la paire de principes, l’intellect (buddhi) et même l’egoïté (ahaṅkāra) ; ainsi obtient-on le fruit de tous les sacrifices. (Pour le paśu, cette offrande intérieure devient le véritable yajña lorsqu’elle est tournée vers Pati, Śiva.)
Verse 81
एवं वः कथितं सर्वं प्राकृतं मण्डलं परम् अतो वक्ष्यामि विप्रेन्द्राः सर्वकामार्थसाधनम्
Ainsi vous ai-je exposé en entier le maṇḍala suprême de nature prākṛta. Maintenant, ô les plus éminents des brahmanes, j’enseignerai ce qui accomplit toute fin désirée, comblant buts et vœux sur la voie du culte de Śiva.
Verse 82
गोचर्ममात्रमालिख्य मण्डलं गोमयेन तु चतुरश्रं विधानेन चाद्भिर् अभ्युक्ष्य मन्त्रवित्
Le connaisseur des mantras doit tracer un maṇḍala de la mesure d’une peau de vache ; le façonner en carré selon la règle prescrite avec de la bouse de vache purifiée, puis l’asperger d’eau selon le rite pour sa consécration.
Verse 83
अलंकृत्य वितानाद्यैश् छत्रैर् वापि मनोरमैः बुद्बुदैरर्धचन्द्रैश् च हैमैरश्वत्थपत्रकैः
Après avoir orné l’espace du culte et l’emblème du Seigneur de dais et de tentures, ou de parasols ravissants, et l’avoir décoré d’ornements d’or semblables à des bulles, de motifs de demi-lune et de dessins de feuilles d’aśvattha en or, qu’on poursuive l’adoration révérencieuse de Pati, Seigneur de tous les êtres.
Verse 84
सितैर्विकसितैः पद्मै रक्तैर् नीलोत्पलैस् तथा मुक्तादामैर् वितानान्ते लम्बितस्तु सितैर्ध्वजैः
Au bord du dais pendaient des bannières blanches, tandis que le pavillon était orné de lotus blancs épanouis, de fleurs rouges et de nénuphars bleus, avec des chapelets de perles—parure de bon augure, digne du culte du Liṅga de Śiva, où le paśu lié s’approche de Pati par la pureté et l’ordre sacré.
Verse 85
सितमृत्पात्रकैश्चैव सुश्लक्ष्णैः पूर्णकुम्भकैः फलपल्लवमालाभिर् वैजयन्तीभिर् अंशुकैः
Et avec des vases d’argile blanche, avec des pots de bon augure, lisses et débordants, avec des guirlandes de fruits et de jeunes feuilles, avec des guirlandes vaijayantī, et avec des étoffes fines—ainsi convient-il d’honorer le Liṅga dans le culte.
Verse 86
पञ्चाशद्दीपमालाभिर् धूपैः पञ्चविधैस् तथा पञ्चाशद्दलसंयुक्तम् आलिखेत्पद्ममुत्तमम्
Avec cinquante rangées de lampes, et de même avec cinq sortes d’encens, on doit tracer un lotus excellent pourvu de cinquante pétales—support de bon augure pour le culte du Liṅga, par lequel le paśu lié est conduit vers Pati par un rite ordonné.
Verse 87
तत्तद्वर्णैस् तथा चूर्णैः श्वेतचूर्णैरथापि वा एकहस्तप्रमाणेन कृत्वा पद्मं विधानतः
Avec des poudres aux couleurs convenables—ou même avec de la poudre blanche seule—on doit, selon la règle prescrite, tracer un lotus d’une empan. Ce mandala ordonné devient le champ pur de la Liṅga-pūjā, où le paśu s’approche de Pati par un rite discipliné.
Verse 88
कर्णिकायां न्यसेद् देवं देव्या देवेश्वरं भवम् वर्णानि च न्यसेत्पत्रे रुद्रैः प्रागाद्यनुक्रमात्
Dans le cœur du lotus (la partie centrale), on doit installer le Seigneur—Bhava, le Deva qui est le Seigneur des dieux—avec la Déesse. Et sur les pétales du lotus, on doit placer les lettres sacrées dans l’ordre requis, en commençant par l’est, en les assignant selon les Rudra.
Verse 89
प्रणवादिनमो ऽन्तानि सर्ववर्णानि सुव्रताः सम्पूज्यैवं मुनिश्रेष्ठा गन्धपुष्पादिभिः क्रमात्
Ô le meilleur des sages ! Après avoir ainsi vénéré toutes les syllabes sacrées—commençant par le Praṇava (Oṁ) et s’achevant par Namaḥ—ô toi aux vœux excellents, qu’on les honore ensuite, dans l’ordre prescrit, par des parfums, des fleurs et autres offrandes, selon le rite réglé du culte de Śiva.
Verse 90
ब्राह्मणान् भोजयेत्तत्र पञ्चाशद्विधिपूर्वकम् अक्षमालोपवीतं च कुण्डलं च कमण्डलुम्
Là, qu’il nourrisse les brāhmaṇa, en observant dûment la procédure prescrite en cinquante (étapes/offrandes). Qu’il offre aussi un chapelet (akṣamālā) et le cordon sacré (upavīta), ainsi que des boucles d’oreilles et un kamaṇḍalu, la cruche d’eau rituelle.
Verse 91
आसनं च तथा दण्डम् उष्णीषं वस्त्रमेव च दत्त्वा तेषां मुनीन्द्राणां देवदेवाय शंभवे
Après avoir donné un siège, un bâton (daṇḍa), un turban (uṣṇīṣa) et des vêtements à ces seigneurs parmi les sages, il offrit ainsi ces actes à Śambhu—Śiva, le Dieu des dieux.
Verse 92
महाचरुं निवेद्यैवं कृष्णं गोमिथुनं तथा अन्ते च देवदेवाय दापयेच्चूर्णमण्डलम्
Ainsi, après avoir offert le mahācaru, la grande oblation cuite, qu’on présente aussi un taureau noir et une paire de bovins ; et, à la fin, qu’on fasse remettre au Deva des devas, le Seigneur Śiva, un maṇḍala de poudre (cūrṇa-maṇḍala).
Verse 93
यागोपयोगद्रव्याणि शिवाय विनिवेदयेत् ओङ्काराद्यं जपेद्धीमान् प्रतिवर्णम् अनुक्रमात्
Le pratiquant avisé doit présenter à Śiva les matières employées dans le culte et le sacrifice. Puis, en commençant par le saint Oṁ, qu’il récite le mantra syllabe par syllabe, selon l’ordre juste.
Verse 94
एवमालिख्य यो भक्त्या सर्वमण्डलमुत्तमम् यत्फलं लभते मर्त्यस् तद्वदामि समासतः
Je dirai maintenant, en bref, le fruit qu’obtient le mortel—l’âme liée—lorsqu’avec bhakti il dessine ce maṇḍala suprême, englobant tout, diagramme sacré pour l’adoration de Śiva ; par la grâce de Pati (le Seigneur Śiva), le paśu s’achemine vers la délivrance du pāśa (l’entrave).
Verse 95
साङ्गान् वेदान् यथान्यायम् अधीत्य विधिपूर्वकम् इष्ट्वा यज्ञैर्यथान्यायं ज्योतिष्टोमादिभिः क्रमात्
Ayant étudié selon la règle les Veda avec leurs disciplines auxiliaires (aṅga), et ayant accompli les sacrifices conformément au rite—en commençant, pas à pas, par des cérémonies telles que le Jyotiṣṭoma—il progresse sur la voie ordonnée et devient apte au retournement supérieur vers Pati, le Seigneur Śiva.
Verse 96
ततो विश्वजिदन्तैश् च पुत्रानुत्पाद्य तादृशान् वानप्रस्थाश्रमं गत्वा सदारः साग्निरेव च
Ensuite, après avoir engendré des fils d’une valeur semblable par le Viśvajit et les autres rites, il entra dans l’état de Vānaprastha : il gagna la forêt avec son épouse, tout en entretenant les feux sacrés ; ainsi sa vie se tourna vers un dharma discipliné et la purification intérieure sous Pati.
Verse 97
चान्द्रायणादिकाः सर्वाः कृत्वा न्यस्य क्रिया द्विजाः ब्रह्मविद्यामधीत्यैव ज्ञानमासाद्य यत्नतः
Après avoir accompli selon la règle toutes les observances expiatoires, à commencer par la Cāndrāyaṇa, le « deux-fois-né » dépose l’action rituelle et, n’étudiant que la Brahmavidyā, s’efforce d’atteindre la connaissance libératrice ; par cette connaissance, le paśu est mené vers la liberté sous Pati.
Verse 98
ज्ञानेन ज्ञेयम् आलोक्य योगी यत्काममाप्नुयात् तत्फलं लभते सर्वं वर्णमण्डलदर्शनात्
Contemplant, par la connaissance, ce qui doit être connu, le yogin atteint toute fin qu’il désire ; par la vision du Varṇa-maṇḍala, il reçoit pleinement le fruit de cet accomplissement.
Verse 99
येन केनापि वा मर्त्यः प्रलिप्यायतनाग्रतः उत्तरे दक्षिणे वापि पृष्ठतो वा द्विजोत्तमाः
Ô le meilleur des deux-fois-nés, si un mortel, de quelque manière que ce soit, enduit ou souille l’espace devant le sanctuaire—au nord, au sud, ou même à l’arrière—cela est tenu pour un acte inconvenant envers la demeure du Seigneur, faisant obstacle à la pureté requise pour le culte du Liṅga de Śiva.
Verse 100
चतुष्कोणं तु वा चूर्णैर् अलंकृत्य समन्ततः पुष्पाक्षतादिभिः पूज्य सर्वपापैः प्रमुच्यते
En ornant de toutes parts un maṇḍala à quatre angles (carré) avec des poudres rituelles, puis en le vénérant par des fleurs, de l’akṣata (riz intact) et autres offrandes, on est délivré de tous les péchés : par la grâce de Pati, Śiva, le paśu s’achemine vers la liberté.
Verse 101
यस्तु गर्भगृहं भक्त्या सकृदालिप्य सर्वतः चन्दनाद्यैः सकर्पूरैर् गन्धद्रव्यैः समन्ततः
Mais celui qui, avec dévotion, ne fût-ce qu’une seule fois, enduit de toutes parts le garbhagṛha (sanctuaire intérieur) de substances parfumées—telles que le santal et autres—avec du camphre et des aromates, rend à Pati (Śiva) un service agréable par un culte pur.
Verse 102
विकीर्य गन्धकुसुमैर् धूपैर्धूप्य चतुर्विधैः प्रार्थयेद्देवमीशानं शिवलोकं स गच्छति
Après avoir répandu des fleurs parfumées et offert de l’encens en quatre sortes, qu’on implore le Seigneur Īśāna (Śiva) ; un tel dévot gagne le monde de Śiva.
Verse 103
तत्र भुक्त्वा महाभोगान् कल्पकोटिशतं नरः स्वदेहगन्धकुसुमैः पूरयञ्छिवमन्दिरम्
Là, après avoir goûté de sublimes jouissances durant des centaines de crores de kalpas, cet homme emplit le temple de Śiva de fleurs parfumées, nées du parfum de son propre corps purifié.
Verse 104
क्रमाद्गान्धर्वमासाद्य गन्धर्वैश् च सुपूजितः क्रमादागत्य लोके ऽस्मिन् राजा भवति वीर्यवान्
En temps voulu, il atteint le royaume des Gandharvas et y est grandement honoré par eux ; puis, en temps voulu, revenant en ce monde, il devient un roi puissant et vaillant.
Verse 105
आदिदेवो महादेवः प्रलयस्थितिकारकः सर्गश् च भुवनाधीशः शर्वव्यापी सदाशिवः शिवब्रह्मामृतं ग्राह्यं मोक्षसाधनम् उत्तमम्
Mahādeva, le Dieu primordial, est l’agent de la dissolution et du maintien ; et Il est aussi l’élan même de la création — Seigneur des mondes, omniprésent en tant que Śarva, éternellement établi en tant que Sadāśiva. C’est pourquoi il faut recevoir et assimiler le nectar de Śiva-Brahman (Śiva comme Réalité suprême), car il est le moyen le plus élevé du mokṣa : délivrance du paśa et accomplissement du paśu dans l’union avec Pati.
Verse 106
व्यक्ताव्यक्तं सदा नित्यम् अचिन्त्यम् अर्चयेत् प्रभुम्
Il faut adorer le Seigneur — à la fois manifesté et non manifesté, toujours présent, éternel, et inconcevable pour la pensée.
Nāgara, Drāviḍa, and Kesara are mentioned as valid forms of Rudrālaya construction, alongside prāsāda archetypes likened to Kailāsa, Mandara, Meru, Niṣadha, Himśaila, Nīlādri-śikhara, and Mahendraśaila.
It presents an escalating ladder: darśana (seeing) is meritorious; entry is 100×; touch and pradakṣiṇā are 100× beyond that; snāna is higher still, with abhiṣeka substances (water → milk → curd → honey → ghee → sugar-water) described as progressively more potent in phala.
By drawing and worshiping prescribed mandalas (lotus and ṣaḍ-asra), installing deities/principles, and performing japa and offerings, the practitioner symbolically integrates cosmic categories (prakṛti, guṇas, bhūtas, indriyas, buddhi/ahaṅkāra/ātman) and gains purification, ritual merit comparable to extensive Vedic rites, and readiness for liberation.
It concludes by urging worship of the Lord as vyakta–avyakta (manifest–unmanifest), nitya (eternal), and acintya (inconceivable), presenting this grasp of Shiva-tattva as the supreme mokṣa-sādhana.