Adhyaya 84
Nagara KhandaTirtha MahatmyaAdhyaya 84

Adhyaya 84

Les sages demandent un récit détaillé au sujet de Mādhavī—décrite comme une figure de sœur liée à Viṣṇu—et des circonstances qui la conduisirent à porter un visage de jument, ainsi que de la manière dont elle accomplit ses austérités. Sūta raconte qu’après avoir reçu un message divin associé à Nārada, Viṣṇu délibère avec les devas au sujet de la descente destinée à alléger le fardeau de la Terre et à détruire les puissances oppressives. Dans le cadre de l’ère Dvāpara, sont rapportées les naissances dans la maison de Vasudeva : la Divinité naît de Devakī ; Balabhadra de Rohiṇī ; et Mādhavī de Suprabhā, apparaissant sous une forme altérée (visage équin) qui plonge la famille et la communauté dans la peine. Aucun prétendant n’acceptant son apparence, Viṣṇu, voyant cette affliction, conduit Mādhavī avec Baladeva à Hāṭakeśvara-kṣetra afin d’y pratiquer un culte rigoureux. Par des vœux, des dons et des offrandes aux brahmanes, Viṣṇu apaise Brahmā, qui accorde une grâce : Mādhavī deviendra au visage propice et sera connue sous le nom de Subhadrā, célébrée comme l’aimée de son époux et la mère de héros. Une prescription de culte est donnée pour le mois de Māgha, au jour de Dvādaśī, avec parfums, fleurs et onguents ; des bienfaits sont promis, même aux femmes abandonnées ou sans enfant si elles adorent avec bhakti selon une séquence de trois jours. Le chapitre s’achève par une phalaśruti : lire ou entendre avec dévotion délivre du péché, même de celui né en l’espace d’un seul jour.

Shlokas

Verse 1

ऋषय ऊचुः । यदेतद्भवता प्रोक्तं देवदेवेन विष्णुना । माधवीं भगिनीं प्राप्य जन्मांतरमुपस्थिताम्

Les sages dirent : Ce que tu as exposé—enseigné par Viṣṇu, le Dieu des dieux—après avoir rencontré ta sœur Mādhavī, venue à toi dans une autre naissance…

Verse 2

अश्ववक्त्रां करिष्यामि तपसा सुशुभाननाम् । सा कथं विहिता तेन तपस्तप्तं तथा कथम् । सर्वं विस्तरतो ब्रूहि परं कौतूहलं हि नः

«Par l’austérité, je rendrai celle au visage si beau au visage de cheval»—comment fut-elle ainsi ordonnée par lui, et comment une telle pénitence fut-elle accomplie ? Dis-nous tout en détail, car notre curiosité est grande.

Verse 3

सूत उवाच । नारदस्य समाकर्ण्य तं सन्देशं सुरोद्भवम् । गत्वा विष्णुः सुरैः सार्द्धं प्रचक्रे मंत्रनिश्चयम्

Sūta dit : Ayant entendu le message divin apporté par Nārada depuis les dieux, Viṣṇu s’en alla avec les divinités et arrêta une décision de conseil, au dessein sacré.

Verse 4

भारावतरणार्थाय दानवानां वधाय च । वसुदेवगृहे श्रीमान्द्वापरांते ततो हरिः

Afin d’alléger le fardeau de la terre et de détruire les Dānavas, le glorieux Hari alors (prit naissance) dans la maison de Vasudeva, à la fin de l’âge Dvāpara.

Verse 5

देवक्या जठरे देवः संजातो दैत्यदर्पहा । तथान्या रोहिणीनाम भार्या तस्य च याऽभवत्

Dans le sein de Devakī naquit le Dieu, briseur de l’orgueil des démons. Et il eut aussi une autre épouse, nommée Rohiṇī.

Verse 6

तस्यां जज्ञे हलीनाम बलभद्रः प्रतापवान् । तृतीया सुप्रभानाम वसुदेवप्रिया च या

En elle (Rohiṇī) naquit le Porteur de la charrue, le vaillant Balabhadra. La troisième épouse se nommait Suprabhā, chère à Vasudeva.

Verse 7

तस्यां सा माधवी जज्ञे अश्ववक्त्रस्वरूपधृक् । तां दृष्ट्वा विकृताकारां सुतां जातां च सुप्रभा । वासुदेवसमायुक्ता विषादं परमं गता

D’elle (Suprabhā) naquit Mādhavī, portant l’aspect d’un être au visage de cheval. Voyant sa fille née d’une forme altérée, Suprabhā—unie à Vasudeva—tomba dans une affliction très profonde.

Verse 8

अथ ते यादवाः सर्वे कृतशान्तिकपौष्टिकाः । स्वस्तिस्वस्तीति संत्रस्ताः प्रोचुर्भूयात्कुलेऽत्र नः

Alors tous les Yādava, après avoir accompli des rites d’apaisement et de prospérité, s’écrièrent avec inquiétude : «Que le bien-être soit—oui, que le bien-être demeure dans notre lignée ici !»

Verse 9

एवं सा यौवनोपेता तथा दुःखसमन्विता । न कश्चिद्वरयामास वाजिवक्त्रां विलोक्य ताम्

Ainsi, bien qu’elle eût atteint la jeunesse, elle demeurait accablée de chagrin ; car nul ne la choisissait pour épouse en voyant son visage de cheval.

Verse 10

ततश्च भगवान्विष्णुर्ज्ञात्वा तां भगिनीं तथा । मातरं पितरं चैव तथा दुःखसमन्वितौ

Alors Bhagavān Viṣṇu, comprenant la détresse de cette sœur, et voyant la mère et le père eux aussi accablés de chagrin, (résolut d’agir).

Verse 11

तामादाय गतस्तूर्णं बलदेवसमन्वितः । हाटकेश्वरजे क्षेत्रे तपस्तप्तुं ततः परम्

L’emmenant avec lui et accompagné de Baladeva, il se rendit promptement au kṣetra sacré de Hāṭakeśvara, afin d’y accomplir ensuite des austérités.

Verse 12

ब्रह्माणं तोषयामास सम्यग्यज्ञपरायणः । व्रतैश्च विविधैर्दानैर्ब्राह्मणानां च तर्पणैः

Tout voué au sacrifice accompli selon la règle, il réjouit Brahmā par des vœux variés, des dons multiples et des offrandes de tarpaṇa destinées à contenter les brāhmaṇas.

Verse 13

ततस्तुष्टिं गतो ब्रह्मा वर्षांते तस्य शार्ङ्गिणः । उवाच वरदोऽस्मीति प्रार्थयस्वाभिवांछितम्

Alors, à la fin de la saison des pluies, Brahmā se réjouit du porteur de l’arc Śārṅga (Viṣṇu) et dit : «Je suis dispensateur de grâces ; demande ce que tu désires».

Verse 14

विष्णुरुवाच । एषा मे भगिनी देव जाताऽश्ववदना किल । तव प्रसादात्सद्वक्त्रा भूयादेतन्ममेप्सितम्

Viṣṇu dit : «Ô Dieu, cette sœur mienne est née, en vérité, avec un visage semblable à celui d’un cheval. Par ta grâce, qu’elle devienne au beau visage : tel est mon désir».

Verse 15

श्रीब्रह्मोवाच । एषा शुभानना साध्वी मत्प्रसादाद्भविष्यति । सुभद्रा नाम विख्याता वीरसूः पतिवल्लभा

Śrī Brahmā dit : «Par ma grâce, elle deviendra une femme vertueuse, au visage de bon augure. Elle sera renommée sous le nom de Subhadrā, mère de héros et bien-aimée de son époux».

Verse 16

एतद्रूपां पुमान्योऽत्र पूजयिष्यति भक्तितः । एतां विष्णो त्वया सार्धं तथानेन च सीरिणा

Quiconque, en ce lieu, l’adore en cette forme même avec dévotion—ô Viṣṇu—avec toi, et aussi avec le porteur de la charrue (Balarāma)…

Verse 17

द्वादश्यां माघमासस्य गंधपुष्पानुलेपनैः । सोऽप्यवाप्स्यति यच्चित्ते वर्तते नात्र संशयः

Au douzième jour (Dvādaśī) du mois de Māgha, avec parfums, fleurs et onguents, ce dévot obtiendra aussi tout ce qui demeure en son cœur—sans aucun doute.

Verse 18

या नारी पतिना त्यक्ता वंध्या वा भक्तिसंयुता । तृतीयादिवसे चैतां पूजयिष्यति केशव

Toute femme délaissée par son époux, ou même stérile, si elle est unie à la dévotion—ô Keśava—doit l’adorer à partir du troisième jour lunaire.

Verse 19

भविष्यति सुपुत्राढ्या सुभगा सा सुखान्विता । ऐश्वर्यसहिता नित्यं सर्वैः समुदिता गुणैः

Elle deviendra comblée de fils vertueux, heureuse et fortunée—toujours accompagnée de prospérité et parée de toutes les bonnes qualités.

Verse 20

एवमुक्त्वा चतुर्वक्त्रो विरराम ततः परम् । वासुदेवोऽपि हृष्टात्मा ययौ द्वारवतीं पुरीम्

Ayant ainsi parlé, le Quatre-Visages (Brahmā) se tut ensuite. Et Vāsudeva aussi, le cœur réjoui, se rendit à la cité de Dvāravatī.

Verse 21

तामादाय विशालाक्षीं चंद्रबिंबसमाननाम् । बलदेवसमायुक्तो ह्यनुज्ञाप्य पिताम हम्

La prenant—aux grands yeux, au visage pareil au disque de la lune—, accompagné de Baladeva, et après avoir obtenu l’assentiment du Grand-Père (Brahmā)…

Verse 22

सूत उवाच । एवं सा माधवी विप्राः सुभगारूपमास्थिता । अवतीर्णा धरापृष्ठे लक्ष्मीशापप्रपीडिता

Sūta dit : «Ainsi, ô brāhmaṇas, cette Mādhavī—ayant revêtu une forme des plus auspiciées—descendit sur la surface de la terre, accablée par la malédiction de Lakṣmī.»

Verse 23

उपयेमे सुतः पांडोर्यां पार्थश्चारुहासिनीम् । जज्ञे तस्याः सुतो वीरोऽभिमन्युरिति विश्रुतः

Pārtha (Arjuna), fils de Pāṇḍu, épousa cette jeune fille belle et au sourire gracieux. D’elle naquit un fils héroïque, renommé dans le monde sous le nom d’Abhimanyu.

Verse 24

एतद्वः सर्वमाख्यातं माधबीजन्मसम्भवम् । सुपर्णाख्यस्य देवस्य कथासंगाद्द्विजोत्तमाः

Ainsi vous ai-je exposé entièrement, ô meilleurs des deux-fois-nés, tout le récit de la naissance de Mādhavī, né du lien avec l’histoire de la divinité nommée Suparṇa.

Verse 25

यश्चैतत्पठते मर्त्यो भक्त्या युक्तः शृणोति वा । मुच्यते स नरः पापात्तद्दिनैकसमुद्भवात्

Tout mortel qui, animé de dévotion, récite ceci—ou même l’écoute—est délivré du péché, fût-ce des fautes nées ce jour-là même.