
Répondant aux Ṛṣis qui demandent ce qu’il convient d’accomplir lorsque le Seigneur Viṣṇu—décrit avec śaṅkha–cakra–gadā et l’étendard de Garuḍa—est dit « endormi » (prasupta), marque conventionnelle de la saison de cāturmāsya, Sūta rapporte un enseignement faisant autorité attribué à Pitāmaha (Brahmā) : tout niyama entrepris alors avec sincérité devient ananta-phala, un mérite vaste et sans limite. Le chapitre dresse l’inventaire de disciplines graduées sur quatre mois : règles alimentaires (eka-bhakta, un seul repas ; repas selon les nakṣatra ; jeûnes alternés ; repas au temps ṣaṣṭhāna-kāla ; upavāsa tri-rātra de trois nuits), et pratiques de pureté et de retenue (discipline du soir et du matin, vie ayācita sans mendier, abstention de massages à l’huile/ghee, brahmacarya, bain sans huile, évitement du miel et de la viande). Il prescrit aussi des renoncements mensuels : śāka en Śrāvaṇa, dadhi en Bhādrapada, kṣīra en Āśvina, et la viande en Kārtika ; avec des restrictions matérielles et comportementales, telles que l’évitement des récipients en kāṃsya et, en Kārtika, l’abstention de viande, de rasage, de miel et d’activité sexuelle. Sont recommandés comme actes de bhakti : homa avec tila-akṣata au moyen de mantras vaiṣṇava, japa du Pauruṣa Sūkta, pradakṣiṇā silencieuse avec pas/poignées mesurés, repas offerts aux brāhmaṇa (surtout en Kārtika), svādhyāya védique au sanctuaire de Viṣṇu, et offrandes artistiques au temple (nṛtya-gīta). Un rite distinctif de tīrtha-temple est mis en relief : offrir une lampe sur le kalaśa au sommet du sanctuaire du Jalāśayyī, censé conférer une part composite des fruits des niyama antérieurs. La conclusion insiste sur l’intention et l’observance selon ses forces, conseille un don à un brāhmaṇa à l’achèvement, avertit que traverser la saison sans aucun niyama est spirituellement vain, et se clôt par une phalaśruti promettant la délivrance des fautes liées au cāturmāsya même pour l’auditeur ou le récitant.
Verse 1
ऋषय ऊचुः । प्रसुप्ते देवदेवेशे शंखचक्रगदाधरे । यच्चान्यदपि कर्तव्यं नियमो व्रतमेव वा
Les sages dirent : Lorsque le Seigneur des seigneurs—porteur de la conque, du disque et de la massue—demeure dans le sommeil sacré, que faut-il encore accomplir ? Quelle règle de discipline ou quel vœu doit-on, en vérité, observer ?
Verse 2
होमो वाथ जपो वाथ दानं वा तद्वदस्व नः । सूत उवाच । यः कश्चिन्नियमो विप्राः प्रसुप्ते गरुडध्वजे
Est-ce l’offrande au feu (homa), ou la récitation des mantras (japa), ou l’aumône ? Dites-le-nous. Sūta dit : Ô brāhmaṇas, quelle que soit la discipline entreprise tandis que le Seigneur à l’étendard de Garuḍa repose dans le sommeil sacré—
Verse 3
अनंतफलदः स स्यादित्युवाच पितामहः । तस्मात्सर्वप्रयत्नेन कश्चिद्बाह्यो विजानता
—devient dispensatrice de fruits sans fin, ainsi l’a déclaré le Grand-Père (Brahmā). C’est pourquoi, avec tous ses efforts, le sage doit entreprendre quelque discipline extérieure, comme observance visible.
Verse 4
नियमो वा जपो होमः स्वाध्यायो व्रतमेव वा । कर्तव्यं ब्राह्मणश्रेष्ठास्तुष्ट्यर्थं चक्रपाणिनः
Qu’il s’agisse de discipline, de japa, de homa, de svādhyāya (étude védique) ou de vœu—ô meilleurs des brāhmaṇas—tout cela doit être pratiqué pour la satisfaction de Cakrapāṇi, le Seigneur porteur du disque.
Verse 5
चतुरो वार्षिकान्मासानेकभक्तेन यो नयेत् । वासुदेवं समुद्दिश्य स धनी जायते नरः
Quiconque traverse les quatre mois de l’année en observant la discipline d’« un seul repas par jour », en l’offrant à Vāsudeva, celui-là naît (ou devient) riche et comblé.
Verse 6
नक्षत्रैर्भोंजनं कुर्याद्यः प्रसुप्ते जनार्दने । स धनी रूपसंपन्नः सुमतिश्च प्रजायते
Celui qui règle ses repas selon les nakṣatra tandis que Janārdana demeure dans le sommeil sacré, devient riche, paré de beauté et doué d’une intelligence droite.
Verse 7
एकांतरोपवासैश्च यो नयेद्द्विजसत्तमाः । चतुरो वार्षिकान्मासान्वैकुंठे स सदा वसेत्
Ô le meilleur des deux-fois-nés : quiconque passe les quatre mois en jeûnant un jour sur deux demeurera à jamais en Vaikuṇṭha.
Verse 8
षष्ठान्नकालभोजी स्याद्यः प्रसुप्ते जनार्दने । राजसूयाश्वमेधाभ्यां स कृत्स्नं फलमाप्नुयात्
Lorsque Janārdana (Viṣṇu) demeure dans le sommeil yogique, celui qui observe la règle de ne prendre nourriture qu’à la sixième part du jour (le repas réglé de midi) obtient le mérite entier, égal à celui des sacrifices Rājasūya et Aśvamedha.
Verse 9
त्रिरात्रोपोषितो यस्तु चतुर्मासान्सदा नयेत् । न स भूयोऽपि जायेत संसारेऽत्र कथंचन
Mais celui qui jeûne trois nuits puis observe comme il se doit le vœu des quatre mois, on dit qu’il ne renaîtra plus, d’aucune manière, dans ce cycle du monde.
Verse 10
सायंप्रातः परो भूत्वा चतुर्मासान्सदा नयेत् । अग्निष्टोमस्य यज्ञस्य स फलं लभते नरः
Quiconque vit dans une pureté accrue au soir comme à l’aube, et observe avec constance le vœu des quatre mois, obtient le fruit du sacrifice Agniṣṭoma.
Verse 11
अयाचितं चरेद्यस्तु प्रसुप्ते मधुसूदने । न विच्छेदो भवेत्तस्य कदाचित्सह बंधुभिः
Lorsque Madhusūdana (Viṣṇu) demeure dans le sommeil yogique, celui qui vit de ce qui vient sans être demandé ne connaîtra jamais la séparation d’avec les siens.
Verse 12
तैलाभ्यंगं च यो जह्याद्घृताभ्यंगं विशेषतः । चतुरो वार्षिकान्मासान्स स्वर्गे भोगभाग्भवेत्
Celui qui renonce à l’onction d’huile—et plus encore à l’onction de ghee—durant les quatre mois de l’année (Cāturmāsya) devient participant aux jouissances célestes en Svarga.
Verse 13
ब्रह्मचर्येण यो मासांश्चतुरोऽपि नयेन्नरः । विमानवरमारूढः स स्वर्गे स्वेच्छया वसेत्
Celui qui traverse même ces quatre mois dans le brahmacarya (discipline chaste) demeure au ciel selon son gré, monté sur un excellent char céleste (vimāna).
Verse 14
यः स्नानं चतुरो मासान्कुरुते तैलवर्जितम् । मधुमांसपरित्यागी स भवेन्मुक्तिभाक्सदा
Celui qui se baigne durant quatre mois sans huile, et renonce au miel et à la viande, devient à jamais bénéficiaire de la délivrance (mukti).
Verse 16
न स पापेन लिप्येत संवत्सरकृते पुनः । एतत्प्राह द्विजश्रेष्ठा मनुः स्वायंभुवो वचः
Ô le meilleur des deux-fois-nés, il ne sera plus souillé par le péché, fût-ce au cours d’une année entière ; telle est l’instruction énoncée par Svāyambhuva Manu.
Verse 17
शाके संक्रमते ब्रह्मा श्रावणे मासि संस्थिते । दध्नि भाद्रपदे विष्णुः क्षीरे चाश्वयुजे हरः
Au mois de Śrāvaṇa, on dit que Brahmā « entre » dans les légumes-feuilles ; en Bhādrapada, Viṣṇu est présent dans le caillé ; et en Āśvayuja, Hara (Śiva) demeure dans le lait.
Verse 18
वर्जयेच्छ्रावणे शाकं दधि भाद्रपदे च यः । क्षीरमाश्वयुजे मासि कार्तिके च सदामिषम्
Ainsi, il faut s’abstenir des légumes-feuilles en Śrāvaṇa, du caillé en Bhādrapada, du lait en Āśvayuja ; et en Kārttika, s’abstenir entièrement de viande.
Verse 19
यः कांस्यं वर्जयेन्मर्त्यः प्रसुप्ते गरुडध्वजे । स फलं प्राप्नुयात्कृत्स्नं वाजपेयातिरात्रयोः
Lorsque le Seigneur Viṣṇu—dont l’étendard porte Garuḍa—est entré dans Son sommeil sacré, tout mortel qui s’abstient d’employer le kāṃsya (métal de cloche) obtient pleinement le mérite des sacrifices Vājapeya et Atirātra.
Verse 20
अक्षारलवणाशी च यो भवेद्ब्राह्मणोत्तमः । तस्यापि सकलाः पूर्ताः प्रभवंति सदा ततः
Et ce Brāhmaṇa éminent qui vit sans aliments alcalins ni salés obtient pareillement, par cette discipline, tous les mérites des œuvres pieuses dites « pūrta », qui s’élèvent pour lui sans cesse.
Verse 21
यो होमं चतुरो मासान्प्रकरोति तिलाक्षतैः । स्वाहांतैर्वैष्णवैर्मंत्रैर्न स रोगेण युज्यते
Quiconque accomplit l’homa, durant quatre mois, avec du sésame et du riz intact (akṣata), en récitant des mantras vaiṣṇavas se terminant par « svāhā », n’est pas atteint par la maladie.
Verse 22
यो जपेत्पौरुषं सूक्तं स्नात्वा विष्णोः स्थितोऽग्रतः । मतिस्तस्य विवर्धेत शुक्लपक्षे यथोडुराट्
Celui qui, après s’être baigné, se tient devant le Seigneur Viṣṇu et récite le Pauruṣa Sūkta, voit son intelligence croître sans cesse, telle la lune qui grandit durant la quinzaine claire.
Verse 23
शतमष्टोत्तरं यावत्फलहस्तः प्रदक्षिणाम् । करोति विष्णोर्मौनेन न स पापेन लिप्यते
Tant que l’on accomplit 108 circumambulations autour de Viṣṇu, un fruit à la main et dans le silence, on n’est pas souillé par le péché.
Verse 24
मिष्टान्नं ब्राह्मणेंद्राणां यो ददाति स्वशक्तितः । विशेषात्कार्तिके मासि सोऽग्निष्टोमफलं लभेत्
Quiconque, selon ses moyens, offre des mets sucrés aux éminents brāhmanes—surtout au mois de Kārtika—obtient le fruit du sacrifice Agniṣṭoma.
Verse 25
यः स्वाध्यायं चतुर्वेदैर्विष्णोरायतने चरेत् । चतुरो वार्षिकान्मासान्स विद्वान्सर्वदा भवेत्
Celui qui, quatre mois chaque année, pratique le svādhyāya des quatre Veda dans le sanctuaire de Viṣṇu, demeure savant en tout temps.
Verse 26
नृत्यगीतादिकं यश्च कुर्याद्विष्णोः सदा गृहे । अप्सरसोऽस्य कुर्वंति पुरतः स्वर्गतस्य च
Quiconque accomplit régulièrement danse, chant et autres offrandes semblables dans la demeure de Viṣṇu, verra les apsaras se tenir devant lui, même lorsqu’il sera allé au ciel.
Verse 27
यस्तु रात्रिदिनं विप्रो नृत्यगीतादिकं ददेत् । चतुरो वार्षिकान्मासान्स गन्धर्वत्वमाप्नुयात्
Mais le brāhmane qui, jour et nuit, offre danse, chant et autres arts semblables durant quatre mois chaque année, obtient l’état de Gandharva.
Verse 28
एते च नियमाः सर्वे शक्यंते यदि भो द्विजाः । कर्तुं च चतुरो मासानेकस्मिन्वाऽपि कार्त्तिके
Ô deux-fois-nés, si toutes ces observances peuvent être accomplies, qu’elles soient pratiquées durant quatre mois—ou du moins, ne fût-ce que pendant l’unique mois de Kārtika.
Verse 29
तथापि चैव कर्तव्यं लोकद्वयमभीप्सता । कार्तिक्यां ब्राह्मणश्रेष्ठा वैष्णवैः पुरुषैरिह
Malgré tout, ô meilleurs des brāhmanes, les hommes vaiṣṇavas qui désirent la réussite dans les deux mondes doivent assurément accomplir ici cette observance au mois de Kārtika.
Verse 30
कांस्यं मांसं क्षुरं क्षौद्रं पुनर्भोजनमैथुने । कार्तिके वर्जयेद्यस्तु य एतान्ब्राह्मणः सदा
Le brāhmane qui, durant tout Kārtika, s’abstient constamment des vases de bronze (kāṃsya), de la viande, du rasage, du miel, de remanger après le repas et de l’union sexuelle, celui-là observe véritablement la discipline prescrite.
Verse 31
पूर्वोक्तानां तु सर्वेषां नियमानां फलं लभेत्
On obtient le fruit de toutes les disciplines énoncées plus haut.
Verse 32
अथ यः कार्तिके मासि प्रासादस्योपरि द्विजाः । जलशाय्याख्यदेवस्य कलशे दीपकं ददेत् । पूर्वोक्तनियमानां च स षण्णां फलभाग्भवेत्
À présent, ô deux-fois-nés : quiconque, au mois de Kārtika, dépose une lampe sur le kalaśa (vase faîtier) du sanctuaire du Dieu nommé Jalaśāyī, devient digne du fruit des six observances exposées plus haut.
Verse 33
यद्यदिष्टतमं किंचि त्सुप्राप्यं चैव यद्भवेत् । नियमस्तस्य कर्तव्यश्चातुर्मास्ये शुभार्थिभिः
Quoi que l’on désire le plus, et quoi que l’on peine à obtenir : ceux qui aspirent au bien de bon augure doivent, durant le Cāturmāsya, entreprendre l’observance qui y correspond afin de l’atteindre.
Verse 34
नियमे च कृते दद्याद्ब्राह्मणाय तदेव हि । नियमस्तु कृतो यस्य स्वशक्त्या स्यात्फलं ततः
Et lorsque l’observance est accomplie, qu’on remette vraiment à un brāhmaṇa l’offrande vouée. Le fruit naît selon la discipline que l’on a pratiquée, à la mesure de sa propre force.
Verse 35
यो विना नियमं मर्त्यो व्रतं वा जाप्यमेव वा । चतुर्मासान्नयेन्मूर्खो जीवन्नपि मृतो हि सः
Le mortel insensé qui traverse les quatre mois sacrés sans aucune discipline — sans vœu (vrata) ni même récitation (japa) —, bien qu’il vive, est en vérité comme mort.
Verse 36
यथा काक यवाः प्रोक्ता यथारण्यास्तिलोद्भवाः । नाममात्रप्रसिद्धाश्च तथा ते मानवा भुवि
De même qu’on parle de « l’orge du corbeau », et du sésame sauvage né dans la forêt — connus seulement de nom —, de même ces hommes en ce monde ne sont que renommée de nom, sans vraie substance.
Verse 37
तस्मात्सर्वप्रयत्नेन कार्यो यत्नेन कार्तिके । एकोऽपि नियमः कश्चित्सुसूक्ष्मोऽपि द्विजोत्तमाः
Ainsi donc, ô le meilleur des deux-fois-nés, avec un effort total il faut observer—surtout au mois de Kārtika—ne fût-ce qu’une seule règle, même très subtile et minime.
Verse 38
एतद्वः सर्वमाख्यातं चातुर्मासीसमुद्भवम् । व्रतानां नियमानां च माहात्म्यं विस्तराद्द्विजाः
Ainsi, ô deux-fois-nés, je vous ai exposé pleinement et en détail la grandeur des vœux (vrata) et des disciplines (niyama) qui naissent en lien avec le Cāturmāsya.
Verse 39
यश्चैतच्छृणुयान्नित्यं पठेद्वापि समाहितः । चातुर्मासी कृतात्पापात्सोऽपि मुक्तिमवाप्नुयात्
Quiconque l’entend chaque jour, ou le récite l’esprit recueilli, est délivré même des péchés commis durant la saison du Cāturmāsya, et obtient la libération (mokṣa).
Verse 232
इति श्रीस्कांदे महापुराण एकाशीतिसाहस्र्यां संहितायां षष्ठे नागरखण्डे हाटकेश्वरक्षेत्रमाहात्म्ये जलशाय्युपाख्याने चातुर्मास्यव्रतनियमवर्णनंनाम द्वात्रिंशदुत्तरद्विशतमोऽध्यायः
Ainsi, dans le Śrī Skanda Mahāpurāṇa—au sein de la compilation de quatre-vingt-un mille śloka—dans le sixième livre, le Nāgara Khaṇḍa, dans le Māhātmya du lieu sacré de Hāṭakeśvara, dans le récit nommé Jalaśāyyu, s’achève le chapitre deux cent trente-deux, intitulé « Description des règles du vœu de Cāturmāsya ».