Adhyaya 45
Kashi KhandaPurva ArdhaAdhyaya 45

Adhyaya 45

Le chapitre relate l’entrée d’un groupe de yoginīs dans Kāśī, dissimulées par la māyā. Elles prennent des rôles sociaux variés et des compétences particulières afin de circuler dans les maisons et les lieux publics sans être reconnues, soulignant la vigilance requise face aux dynamiques subtiles de la cité sacrée. Les yoginīs délibèrent que, même si leur Seigneur venait à être contrarié, elles ne peuvent abandonner Kāśī, car elle est indispensable à l’accomplissement des quatre buts de l’existence et constitue le champ de śakti unique de Śambhu. S’ensuit un échange d’enseignement : Vyāsa demande les noms des yoginīs, les fruits de leur bhajana à Kāśī, les temps propices des fêtes et la juste manière de rendre le culte. Skanda répond par un catalogue de noms —une litanie protectrice— puis donne une assurance de type phalaśruti : la récitation trois fois par jour apaise les troubles nuisibles et dissipe les afflictions attribuées à des êtres hostiles. Enfin, le chapitre précise l’ordonnancement rituel : offrandes, encens et lampes, grande pūjā d’automne, séquence centrée sur la Navamī à partir d’Āśvina śukla pratipad, rites nocturnes en kṛṣṇa-pakṣa, nombres de homa avec substances prescrites, et yātrā annuelle à Citra-kṛṣṇa pratipad pour pacifier les obstacles du kṣetra ; il conclut que l’hommage à Maṇikarṇikā protège de tout empêchement.

Shlokas

Verse 1

स्कंद उवाच । अथ तद्योगिनीवृंदं दूराद्दृष्टिं प्रसार्य च । स्वनेत्रदैर्घ्यनिर्माणं प्रशशंस फलान्वितम्

Skanda dit : Alors cette troupe de Yoginīs, portant leur regard au loin, loua l’accomplissement fécond qui étend la portée de leur propre vision.

Verse 2

दिव्यप्रासादमालानां पताकाश्चलपल्लवाः । सादरं दूरमार्गस्थान्पांथानाह्वयतीरिव

Les étendards frémissants—pareils à des feuilles mouvantes—sur les rangées de palais divins semblaient, comme pour ainsi dire, inviter avec respect les voyageurs encore loin sur la route.

Verse 3

चंचत्प्रासादमाणिक्यैर्विजृंभितमरीचिभिः । सुनीलमपि च व्योमवीक्ष्यमाणं सुनिर्मलम्

Par les rayons qui se déployaient des joyaux des palais étincelants, même le ciel d’un bleu profond, lorsqu’on le contemplait, paraissait d’une pureté exquise, sans tache.

Verse 4

देवत्वं माययाच्छाद्य वेषं कार्पटिकोचितम् । विधाय काशीमविशद्योगिनीचक्रमक्रमम्

Voilant leur divinité par la māyā et revêtant des déguisements convenant à des mendiants errants, le cercle des Yoginīs entra dans Kāśī sans se faire remarquer, tout en discrétion.

Verse 5

काचिच्चयोगिनी भूता काचिज्जाता तपस्विनी । काचिद्बभूव सैरंध्री काचिन्मासोपवासिनी

L’une demeura Yoginī ; une autre parut en ascète ; l’une devint servante ; et une autre prit l’apparence d’une femme observant un jeûne d’un mois.

Verse 6

मालाकारवधूः काचित्काचिन्नापितसुंदरी । सूतिकर्मविचारज्ञा ऽपरा भैषज्यकोविदा

L’une devint l’épouse d’un faiseur de guirlandes ; une autre parut comme une belle barbière. L’une était habile à assister les accouchements ; et une autre, experte en remèdes.

Verse 7

वैश्या च काचिदभवत्क्रयविक्रयचंचुरा । व्यालग्राहिण्यभूत्काचिद्दासीधात्री च काचन

L’une devint vaiśyā, prompte à acheter et à vendre. Une autre fut preneuse de bêtes féroces ; et une autre encore vécut comme servante et nourrice, au service de la cité.

Verse 8

एका च नृत्यकुशला त्वन्या गानविशारदा । अपरा वेणुवादज्ञा परा वीणाधराभवत्

L’une excellait dans la danse ; une autre était accomplie dans le chant. L’une connaissait l’art de la flûte, tandis qu’une autre devint porteuse et joueuse de la vīṇā.

Verse 9

मृदंगवादनज्ञान्या काचित्ताल कलावती । काचित्कार्मणतत्त्वज्ञा काचिन्मौक्तिकगुंफिका

L’une savait jouer du mṛdaṅga ; une autre excellait dans le rythme et les battements de mesure. L’une comprenait les principes des rites opératifs, et une autre enfilait les perles.

Verse 10

गंधभागविधिज्ञान्या काचिदक्षकलालया । आलापोल्लासकुशला काचिच्चत्वरचारिणी

L’une connaissait les justes mesures et procédés des parfums et des fragrances ; une autre se plaisait à l’art des dés. L’une excellait dans la parole charmante et les réjouissances ; une autre errait sur les places et aux carrefours.

Verse 11

वंशाधिरोहणे दक्षा रज्जुमार्गेण चेतरा । काचिद्वातुलचेष्टाऽभूत्पथि चीवरवेष्टना

L’une excellait à gravir un mât de bambou ; une autre avançait sur un chemin de corde. L’une se conduisait comme une folle ; une autre allait sur la route, enveloppée de haillons.

Verse 12

अपत्यदाऽनपत्यानां परा तत्रपुरेऽवसत् । काचित्करांघ्रिरेखाणां लक्षणानि चिकेति च

Une autre demeurait dans cette cité, accordant des enfants à ceux qui n’en avaient point. Et une autre y examinait et interprétait les signes de bon augure dans les lignes des mains et des pieds.

Verse 13

चित्रलेखन नैपुण्यात्काचिज्जनमनोहरा । वशीकरणमंत्रज्ञा काचित्तत्र चचार ह

Par sa maîtrise de la peinture et du dessin, l’une charmait l’esprit des gens. Une autre, connaissant les mantras d’attraction et d’assujettissement, allait et venait en ce lieu.

Verse 14

गुटिकासिद्धिदा काचित्काचिदंजनसिद्धिदा । धातुवादविदग्धान्या पादुकासिद्धिदा परा

L’une accordait l’accomplissement de la guṭikā-siddhi ; une autre conférait la añjana-siddhi. Une autre était experte en doctrine alchimique, et une autre encore dispensait la pādukā-siddhi.

Verse 15

अग्निस्तंभ जलस्तंभ वाक्स्तंभं चाप्यशिक्षयत् । खेचरीत्वं ददौ काचिददृश्यत्वं परा ददौ

Elle enseignait même l’arrêt du feu, l’arrêt de l’eau, et aussi l’arrêt de la parole. L’une donnait le pouvoir de se mouvoir dans le ciel, et une autre donnait l’invisibilité.

Verse 16

काचिदाकर्पणीं सिद्धिं ददावुच्चाटनं परा । काचिन्निजांगसौंदर्य युवचित्तविमोहिनी

L’une accorda le siddhi de l’attraction; une autre conféra le rite d’éloignement. Et l’une, par la beauté de ses propres membres, ensorcela l’esprit des jeunes hommes.

Verse 17

चिंतितार्थप्रदा काचित्काचिज्ज्योतिः कलावती । इत्यादि वेषभाषाभिरनुकृत्य समंततः

Certaines Yoginīs apparurent comme « Donatrices du vœu », d’autres comme « Radiance », d’autres comme « Habiles et gracieuses » ; ainsi, imitant toute sorte d’habit et de langage, elles circulaient de tous côtés.

Verse 18

प्रत्यंगणं प्रतिगृहं प्राविशद्योगिनीगणः । इत्थमब्दंचरंत्यस्ता योगिन्योऽहर्निशं पुरि

La troupe des Yoginīs entra dans chaque cour et dans chaque maison. Ainsi, ces Yoginīs parcoururent la cité jour et nuit durant une année entière.

Verse 19

न च्छिद्रं लेभिरे क्वापि नृपविघ्नचिकीर्षवः । ततः समेत्य ताः सर्वा योगिन्यो वंध्यवांछिताः । तस्थुः संमंत्र्य तत्रैव न गता मंदरं पुनः

Voulant susciter des obstacles au roi, elles ne trouvèrent nulle part la moindre faille. Alors toutes ces Yoginīs —leur désir rendu stérile— se rassemblèrent et, après avoir délibéré sur place, ne retournèrent plus à Mandara.

Verse 20

प्रभुकार्यमनिष्पाद्य सदः संभावनैधितः । कः पुरः शक्नुयात्स्थातुं स्वामिनो क्षतविग्रहः

N’ayant pas mené à bien l’œuvre du maître, et pourtant enflé d’une estime de soi incessante, quel serviteur, sa personne même déshonorée, pourrait se tenir devant son seigneur ?

Verse 21

अन्यच्च चिंतितं ताभिर्योगिनीभिरिदं मुने । प्रभुं विनापि जीवामो न तु काशीं विना पुनः

Et elles conçurent une autre pensée, ô sage : «Nous pouvons vivre même sans notre Seigneur ; mais, en vérité, nous ne pouvons vivre sans Kāśī.»

Verse 22

प्रभूरुष्टोपि सद्भृत्ये जीविकामात्रहारकः । काशीहरेत्कराद्भ्रष्टा पुरुषार्थचतुष्टयम्

Même si un maître s’irrite contre un bon serviteur, il ne lui ôte que le moyen de subsister. Mais si l’on déchoit de Kāśī, Kāśī elle-même arrache de sa main les quatre buts de l’homme : dharma, artha, kāma et mokṣa.

Verse 23

नाद्यापि काशीं संत्यज्य तदारभ्य महामुने । योगिन्योन्यत्र तिष्ठंति चरंत्योपि जगत्त्रयम्

Jusqu’à ce jour, depuis lors, ô grand sage, les Yoginīs n’abandonnent pas Kāśī ; bien qu’elles parcourent les trois mondes, elles ne demeurent ailleurs que provisoirement.

Verse 24

प्राप्यापि श्रीमतीं काशीं यस्तितिक्षति दुर्मतिः । स एव प्रत्युत त्यक्तो धर्मकामार्थमुक्तिभिः

Même après avoir atteint la glorieuse Kāśī, l’homme au mauvais esprit qui ne fait que la « supporter » sans révérence est, en vérité, délaissé par dharma, kāma, artha et mokṣa.

Verse 25

कः काशीं प्राप्य दुर्बुद्धिरपरत्र यियासति । मोक्षनिक्षेप कलशीं तुच्छश्रीकृतमानसः

Ayant atteint Kāśī, quel insensé voudrait aller ailleurs — l’esprit rapetissé par de vaines splendeurs — alors que Kāśī est la « jarre » même où se dépose mokṣa ?

Verse 26

विमुखोपीश्वरोस्माकं काशीसेवनपुण्यतः । संमुखो भविता पुण्यं कृतकृत्याः स्म तद्वयम्

Même si le Seigneur se détourne de nous, par le mérite du service rendu à Kāśī il nous deviendra favorable. Vraiment bénis : par ce mérite même, notre dessein sera accompli.

Verse 27

दिनैः कतिपयैरेव सर्वज्ञोपि समेष्यति । विना काशीं न रमते यतोऽन्यत्र त्रिलोचनः

En quelques jours à peine, même l’Omniscient en vient à cette conclusion : sans Kāśī il ne se réjouit pas, car le Seigneur aux Trois Yeux (Śiva) ne trouve de joie nulle part ailleurs.

Verse 28

शंभोः शक्तिरियं काशी काचित्सर्वैरगोचरा । शंभुरेव हि जानीयादेतस्याः परमं सुखम्

Cette Kāśī est vraiment la Śakti même, la puissance de Śambhu, chose hors de portée de tous. Oui, Śambhu seul connaît pleinement la béatitude suprême qui est sienne.

Verse 29

इति निश्चित्य मनसि शंभोरानंदकानने । अतिष्ठद्योगिनीवृंदं कयाचिन्माययावृतम्

Ainsi, l’ayant résolu en son esprit, dans la « Forêt de Béatitude » de Śambhu se tint une troupe de Yoginīs, voilée par quelque māyā mystérieuse.

Verse 30

व्यास उवाच । इत्थं समाकर्ण्य मुनिः पुनः पप्रच्छ षण्मुखम् । कानि कानि च नामानि तासां तानि वदेश्वर

Vyāsa dit : Ayant entendu cela, le sage interrogea de nouveau Ṣaṇmukha : «Quels sont donc leurs noms ? Ô Seigneur, daigne dire ces noms».

Verse 31

भजनाद्योगिनीनां च काश्यां किं जायते फलम् । कस्मिन्पर्वणि ताः पूज्याः कथं पूज्याश्च तद्वद

«Et du culte rendu aux Yoginīs dans la sainte Kāśī, quel fruit naît-il ? En quelle fête sacrée doivent-elles être honorées, et comment convient-il de les adorer ? Dis-le aussi.»

Verse 32

श्रुत्वेतिप्रश्नमौमेयो योगिनीसंश्रयं ततः । प्रत्युवाच मुने वच्मि शृणोत्ववहितो भवान्

Ayant entendu cette question, le fils d’Umā—refuge des Yoginīs—répondit alors : «Ô sage, je parlerai ; écoute avec une attention parfaite.»

Verse 33

स्कंद उवाच । नामधेयानि वक्ष्यामि योगिनीनां घटोद्भव । आकर्ण्य यानि पापानि क्षयंति भविनां क्षणात्

Skanda dit : «Ô Ghaṭodbhava (Vyāsa), je vais proclamer les noms des Yoginīs ; en les entendant, les péchés des êtres s’anéantissent en un instant.»

Verse 34

गजानना सिंहमुखी गृध्रास्या काकतुंडिका । उष्ट्रग्रीवा हयग्रीवा वाराही शरभानना

Gajānanā, Siṃhamukhī, Gṛdhrāsyā, Kākatuṇḍikā ; Uṣṭragrīvā, Hayagrīvā, Vārāhī et Śarabhānanā : tels sont (entre autres) les noms des Yoginīs.

Verse 35

उलूकिका शिवारावा मयूरी विकटानना । अष्टवक्त्रा कोटराक्षी कुब्जा विकटलोचना

Ulūkikā, Śivārāvā, Mayūrī, Vikaṭānanā ; Aṣṭavaktrā, Koṭarākṣī, Kubjā et Vikaṭalocanā : (ce sont aussi) des noms des Yoginīs.

Verse 36

शुष्कोदरी ललज्जिह्वा श्वदंष्ट्रा वानरानना । ऋक्षाक्षी केकराक्षी च बृहत्तुंडा सुराप्रिया

Śuṣkodarī, Lalajjihvā, Śvadaṃṣṭrā et Vānarānanā ; Ṛkṣākṣī, Kekarākṣī, Bṛhattuṇḍā, ainsi que Surāpriyā — tels sont encore des noms sacrés des Yoginīs.

Verse 37

कपालहस्ता रक्ताक्षी शुकी श्येनी कपोतिका । पाशहस्ता दंडहस्ता प्रचंडा चंडविक्रमा

Celle qui tient un crâne en sa main, la Rouge-aux-yeux ; Śukī, Śyenī, Kapotikā ; celle qui porte le lacet, celle qui brandit le bâton ; la farouche, la redoutable, et celle dont l’élan au combat est terrible.

Verse 38

शिशुघ्नी पापहंत्री च काली रुधिरपायिनी । वसाधया गर्भभक्षा शवहस्तांत्रमालिनी

Śiśughnī ; la destructrice du péché ; Kālī ; la buveuse de sang ; Vasādhayā ; Garbhabhakṣā ; et celle qui tient un cadavre en sa main, parée d’une guirlande d’entrailles.

Verse 39

स्थूलकेशी बृहत्कुक्षिः सर्पास्या प्रेतवाहना । दंदशूककरा क्रौंची मृगशीर्षा वृषानना

Sthūlakeśī ; celle au vaste ventre ; celle dont la bouche est comme un serpent ; celle qui chevauche un esprit ; celle dont les mains sont pareilles à des serpents ; Krauṃcī ; celle à tête de cerf ; et celle au visage de taureau.

Verse 40

व्यात्तास्या धूमनिःश्वासा व्योमैकचरणोर्ध्वदृक् । तापनी शोषणीदृष्टिः कोटरी स्थूलनासिका

Vyāttāsyā, à la bouche béante ; Dhūmaniḥśvāsā, au souffle enfumé ; celle qui traverse le ciel d’un seul pied, le regard levé ; Tāpanī, l’ardente ; celle dont le regard dessèche ; Koṭarī ; et celle au large nez.

Verse 41

विद्युत्प्रभा बलाकास्या मार्जारी कटपूतना । अट्टाट्टहासा कामाक्षी मृगाक्षी मृगलोचना

Vidyutprabhā, éclatante comme l’éclair ; Balākāsyā ; Mārjārī ; Kaṭapūtanā ; Aṭṭāṭṭahāsā, au rire retentissant ; Kāmākṣī ; Mṛgākṣī ; et Mṛgalocanā, aux yeux de biche.

Verse 42

नामानीमानि यो मर्त्यश्चतुःषष्टिं दिनेदिने । जपेत्त्रिसंध्यं तस्येह दुष्टबाधा प्रशाम्यति

Tout mortel qui, jour après jour, récite ces soixante-quatre Noms aux trois sandhyā (aube, midi et crépuscule), voit, en cette vie même, s’apaiser les atteintes dues aux forces malveillantes.

Verse 43

न डाकिन्यो न शाकिन्यो न कूष्मांडा न राक्षसाः । तस्य पीडां प्रकुर्वंति नामानीमानि यः पठेत्

Ni les ḍākinī, ni les śākinī, ni les kūṣmāṇḍa, ni les rākṣasa ne peuvent tourmenter celui qui récite ces Noms mêmes.

Verse 44

शिशूनां शांतिकारीणि गर्भशांतिकराणि च । रणे राजकुले वापि विवादे जयदान्यपि

Ils apportent la paix aux nourrissons, et donnent aussi la paix au sein maternel (la grossesse). Dans la bataille, dans les cours royales également, et dans les querelles, ils accordent encore la victoire.

Verse 45

लभेदभीप्सितां सिद्धिं योगिनीपीठसेवकः । मंत्रांतराण्यपि जपंस्तत्पीठे सिद्धिभाग्भवेत्

Celui qui sert le Yoginī-pīṭha obtient la siddhi désirée. Même s’il récite d’autres mantras, en ce pīṭha même il devient bénéficiaire de l’accomplissement.

Verse 46

बलिपूजोपहारैश्च धूपदीपसमर्पणैः । क्षिप्रं प्रसन्ना योगिन्यः प्रयच्छेयुर्मनोरथान्

Par les offrandes de bali, le culte et les dons, et par l’offrande d’encens et de lampes, les Yoginīs s’apaisent promptement et accordent les vœux chéris.

Verse 47

शरत्काले महापूजां तत्र कृत्वा विधानतः । हवींषि हुत्वा मंत्रज्ञो महतीं सिद्धिमाप्नुयात्

À la saison d’automne, celui qui y accomplit une grande pūjā selon la règle et, connaisseur des mantras, verse des oblations dans le feu sacré, obtient une haute siddhi.

Verse 48

आरभ्याश्वयुजःशुक्लां तिथिं प्रतिपदं शुभाम् । पूजयेन्नवमीयावन्नरश्चिंतितमाप्नुयात्

À partir de l’auspicieuse pratipadā de la quinzaine claire d’Āśvayuja, si l’homme poursuit le culte jusqu’au neuvième jour, il obtient l’objet même de son désir.

Verse 49

कृष्णपक्षस्य भूतायामुपवासी नरोत्तमः । तत्र जागरणं कृत्वा महतीं सिद्धिमाप्नुयात्

Au tithi nommé Bhūtā de la quinzaine sombre, le meilleur des hommes, observant le jeûne, doit y veiller; ainsi il obtient une grande siddhi.

Verse 50

प्रणवादिचतुर्थ्यन्तैर्नामभिर्भक्तिमान्नरः । प्रत्येकं हवनं कृत्वा शतमष्टोत्तरं निशि

L’homme dévot, usant des noms qui commencent par le Praṇava et vont jusqu’au quatrième, doit accomplir le havana, chacun séparément, cent huit fois dans la nuit.

Verse 51

ससर्पिषा गुग्गुलुना लघुकोलि प्रमाणतः । यां यां सिद्धिमभीप्सेत तांतां प्राप्नोति मानवः

Avec du ghee et du guggulu, mesurés à la quantité d’un petit fruit de jujubier, quelle que soit la siddhi qu’un homme désire, il obtient précisément celle-là.

Verse 52

चैत्रकृष्णप्रतिपदि तत्र यात्रा प्रयत्नतः । क्षेत्रविघ्नशांत्यर्थं कर्तव्या पुण्यकृज्जनैः

Au premier tithi de la quinzaine sombre de Caitra, les gens vertueux doivent, avec effort, accomplir là le pèlerinage en circumambulation, afin d’apaiser les obstacles liés au kṣetra sacré.

Verse 53

यात्रा च सांवत्सरिकीं यो न कुर्यादवज्ञया । तस्य विघ्नं प्रयच्छंति योगिन्यः काशिवासिनः

Celui qui, par mépris, n’accomplit pas le pèlerinage annuel, les Yoginīs demeurant à Kāśī lui accordent des obstacles.

Verse 54

अग्रे कृत्वा स्थिताः सर्वास्ताः काश्यां मणिकर्णिकाम् । तन्नमस्कारमात्रेण नरो विघ्नैर्न बाध्यते

Toutes ces Yoginīs, plaçant Maṇikarṇikā au premier rang, demeurent à Kāśī ; par le seul acte de lui rendre hommage, l’homme n’est pas accablé d’obstacles.