Adhyaya 14
Kashi KhandaPurva ArdhaAdhyaya 14

Adhyaya 14

Le chapitre se déploie comme un enseignement dialogué : les gaṇas de Śiva décrivent un quartier sacré proche de l’image de la « région frontale » d’Alakā, puis se tournent vers la sainteté de Kāśī dans la direction īśānya (nord-est). Il y est question des Rudra-bhakta et des onze formes de Rudra, présentés comme gardiens et bienfaiteurs, fondant une théologie protectrice du lieu. Vient ensuite l’explication de l’installation d’Īśāneśa et du mérite qui en découle. Le récit passe à un mythe lunaire : l’ascèse (tapas) d’Atri engendre Soma ; Soma chute, et Brahmā le traite par le rite, d’où naissent des herbes qui soutiennent le monde. Soma parvient enfin à Avimukta et le liṅga de Candreśvara est établi. Mahādeva donne des prescriptions calendaires : culte aux jours aṣṭamī/caturdaśī, rites de pleine lune (pūrṇimā), et observance particulière lorsque l’amāvāsyā coïncide avec un lundi—jeûne, veille nocturne (jāgaraṇa), bain avec l’eau « candrodaka », puis śrāddha au Candrodaka-kuṇḍa avec invocations nominatives des ancêtres. La phalaśruti proclame les fruits : satisfaction des ancêtres comparable aux rites de Gayā, délivrance des trois dettes (ṛṇa-traya), atténuation des amas de péchés et accès à Soma-loka. La conclusion adopte un registre ésotérique en décrivant le Siddhayogīśvarī Pīṭha près de Candreśvara, où des pratiquants disciplinés peuvent obtenir confirmation visionnaire et siddhi, tout en posant une garde éthique : ce n’est pas pour les nāstika ni pour les détracteurs de la śruti.

Shlokas

Verse 1

गणावूचतुः । अलकायाः पुरोभागे पूरैशानीमहोदया । अस्यां वसंति सततं रुद्रभक्तास्तपोधनाः

Les Gaṇas dirent : «Devant Alakā se trouve la cité nommée Aiśānī, très auspicious dans son essor. Là demeurent sans cesse les dévots de Rudra, ascètes riches en tapas.»

Verse 2

शिवस्मरणसंसक्ताः शिवव्रतपरायणाः । शिवसात्कृतकर्माणः शिवपूजारताः सदा

Ils sont absorbés dans le souvenir de Śiva, voués aux vœux de Śiva ; leurs actes sont offerts et sanctifiés pour Śiva, et toujours ils s’adonnent au culte de Śiva.

Verse 3

साभिलाषास्तपस्यंति स्वर्गभोगोस्त्वितीह नः । तेऽत्र रुद्रपुरे रम्ये रुद्ररूपधरा नराः

Avec désir ils pratiquent l’austérité : «qu’il y ait jouissance céleste», ainsi pensent-ils. Ici, dans cette charmante cité de Rudra, ces hommes portent la forme même de Rudra.

Verse 4

अजैकपादहिर्बुध्न्य मुख्या एकादशापि वै । रुद्राः परिवृढाश्चात्र त्रिशूलोद्यतपाणयः

Ajaikapād et Ahirbudhnya—les chefs parmi eux—; en vérité, les onze Rudra sont ici, puissants et illustres, les mains levées, brandissant des tridents.

Verse 5

पुर्यष्टकं च दुष्टेभ्यो देवध्रुग्भ्यो ह्यवंति ते । प्रयच्छंति वरान्नित्यं शिवभक्तजने वराः

Ils protègent la cité octuple contre les méchants, ceux qui nuisent aux dieux; et ces êtres excellents accordent sans cesse des grâces aux dévots de Śiva.

Verse 6

एतैरपि तपस्तप्तं प्राप्य वाराणसीं पुरीम् । ईशानेशं महालिंगं परिस्थाप्य शुभप्रदम्

Par eux aussi l’ascèse fut accomplie; et, parvenus à la cité de Vārāṇasī, ils y établirent le grand Liṅga Īśāneśa, dispensateur d’heureux présages.

Verse 7

ईशानेश प्रसादेन दिश्यैश्यां हि दिगीश्वराः । एकादशाप्येकचरा जटामुकुटमंडिताः

Par la grâce d’Īśāneśa, dans la direction du nord-est demeurent les Seigneurs des Quartiers; les onze se meuvent comme un seul, ornés de couronnes de mèches emmêlées.

Verse 8

भालनेत्रा नीलगलाः शुद्धांगा वृषभध्वजाः । असंख्याताः सहस्राणि ये रुद्रा अधिभूतलम्

Ils portent l’œil au front, la gorge bleue, le corps pur, et l’étendard du taureau; d’innombrables milliers de Rudra se tiennent là sur le plan de la terre.

Verse 9

तेऽस्यां पुरि वसंत्यैश्यां सर्वभोगसमृद्धयः । ईशानेशं समभ्यर्च्य काश्यां देशांतरेष्वपि

Ils demeurent dans ce quartier Aiśāna de la cité, comblés de toutes jouissances et de prospérité. Après avoir dûment adoré Īśāneśa à Kāśī, ils agissent aussi dans d’autres contrées.

Verse 10

विपन्नास्तेन पुण्येन जायंते ऽत्रपुरोहिताः । अष्टम्यां च चतुर्दश्यामीशानेशं यजंति ये

Par ce mérite même, ceux qui sont tombés dans l’infortune naissent ici comme purohitas, prêtres du rite. Ceux qui adorent Īśāneśa au huitième et au quatorzième jour lunaire obtiennent un tel fruit de bon augure.

Verse 11

त एव रुद्रा विज्ञेया इहामुत्राप्यसंशयम् । कृत्वा जागरणं रात्रावीशानेश्वर संनिधौ

Sans aucun doute, ils doivent être reconnus comme des Rudras, ici et dans l’au-delà : ceux qui veillent toute la nuit en la présence d’Īśāneśvara.

Verse 12

उपोष्यभूतांयांकांचिन्न नरो गर्भभाक्पुनः । स्वर्गमार्गे कथामित्थं शृण्वन्विष्णुगणोदिताम्

En jeûnant lors de quelque occasion sacrée de ce genre, l’homme n’entre plus de nouveau dans le sein maternel. Ainsi, cheminant sur la voie du ciel, il entend ce récit proclamé par les serviteurs de Viṣṇu.

Verse 13

शिवशर्मा दिवाप्युच्चैरपश्यच्चंद्रचंद्रिकाम् । आह्लादयंतीं बहुशः समं सर्वेंद्रियैर्मनः

Śivaśarmā vit, même en plein jour, la fraîche clarté de la lune resplendir avec éclat ; maintes fois elle réjouissait l’esprit avec tous les sens.

Verse 14

चमत्कृत्य चमत्कृत्य कोयं लोको हरेर्गणौ । पप्रच्छ शिवशर्मा तौ प्रोचतुस्तं च तौ द्विजम्

Émerveillé encore et encore, Śivaśarmā interrogea les deux serviteurs de Hari : « Quel est ce monde ? » Et tous deux répondirent à ce brāhmane.

Verse 15

गणावूचतुः । शिवशर्मन्महाभाग लोक एष कलानिधेः । पीयूषवर्षिभिर्यस्य करैराप्याय्यते जगत्

Les serviteurs dirent : « Ô Śivaśarmā, toi le bienheureux, voici le domaine du Seigneur des kalā (la Lune). Par ses rayons qui font pleuvoir l’amṛta, le monde entier est nourri et ranimé. »

Verse 16

पिता सोमस्य भो विप्र जज्ञेऽत्रिर्भगवानृषिः । ब्रह्मणो मानसात्पूर्वं प्रजासर्गं विधित्सतः

Ô brāhmane, le père de Soma est le bienheureux ṛṣi Atri, né jadis de l’esprit de Brahmā, lorsque celui-ci voulut mettre en mouvement la création des êtres.

Verse 17

अनुत्तरं नाम तपो येन तप्तं हि तत्पुरा । त्रीणिवर्षसहस्राणि दिव्यानीतीह नौ श्रुतम्

Autrefois, il accomplit une austérité nommée « Anuttara ». Durant trois mille années divines, il soutint ce tapas — ainsi l’avons-nous entendu ici.

Verse 18

ऊर्ध्वमाचक्रमे तस्य रेतः सोमत्वमीयिवत् । नेत्राभ्यां तच्च सुस्राव दशधा द्योतयद्दिशः

Sa semence monta vers le haut et atteignit l’état de Soma. Puis elle s’écoula de ses yeux, brillant en dix courants et illuminant les directions.

Verse 19

तं गर्भं विधिना दिष्टा दश देव्यो दधुस्ततः । समेत्य धारयामासुर्नैव ताः समशक्नुवन्

Alors, selon l’ordonnance sacrée, dix déesses reçurent cet embryon. Réunies, elles voulurent le porter, mais ne purent le soutenir.

Verse 20

यदा न धारणे शक्तास्तस्य गर्भस्य ता दिशः । ततस्ताभिः सजूः सोमो निपपात वसुंधराम्

Lorsque les directions de l’espace ne purent plus porter cet embryon, alors Soma, la Lune, avec elles, tomba sur la terre.

Verse 21

पतितं सोममालोक्य ब्रह्मा लो कपितामहः । रथमारोपयामास लोकानां हितकाम्यया

Voyant Soma tombé, Brahmā, l’Aïeul des mondes, le fit monter sur un char, désirant le bien de tous les êtres.

Verse 22

स तेन रथमुख्येन सागरांतां वसुंधराम् । त्रिःसप्तकृत्वो द्रुहिणश्चकारामुं प्रदक्षिणम्

Avec ce char suprême, Druhiṇa (Brahmā) fit la pradakṣiṇā de cette terre, bordée par les océans, vingt et une fois.

Verse 23

तस्य यत्प्लवितं तेजः पृथिवीमन्वपद्यत । तथौषध्यः समुद्भूता याभिः संधार्यते जगत्

Et la splendeur de Soma, débordant et se répandant sur la terre : de là naquirent les plantes médicinales, par lesquelles le monde est soutenu.

Verse 24

सलब्धतेजा भगवान्ब्रह्मणा वर्धितः स्वयम् । तपस्तेपे महाभाग पद्मानां दशतीर्दश

Ayant recouvré sa splendeur et fortifié par Brahmā lui-même, ce bienheureux Soma, ô grand sage, accomplit des austérités durant dix dizaines de cycles de lotus.

Verse 25

अविमुक्तं समासाद्य क्षेत्रं परमपावनम् । संस्थाप्य लिंगममृतं चंद्रेशाख्यं स्वनामतः

Parvenu à Avimukta, le kṣetra sacré suprêmement purificateur, il y établit un liṅga immortel, nommé Candreśa d’après son propre nom.

Verse 26

बीजौषधीनां तोयानां राजाभूदग्रजन्मनाम् । प्रसादाद्देवदेवस्य विश्वेशस्य पिनाकिनः

Par la grâce du Dieu des dieux—Viśveśa, le porteur du Pināka—Soma devint le roi parmi les plus éminemment nés : des semences, des plantes médicinales et des eaux.

Verse 27

तत्र कूपं विधायैकममृतोदमिति स्मृतम् । यस्यांबुपानस्नानाभ्यां नरोऽज्ञातात्प्रमुच्यते

Là, il fit creuser un puits, connu sous le nom d’Amṛtodaka. En buvant son eau et en s’y baignant, l’homme est délivré même des fautes commises à son insu.

Verse 28

तुष्टेनदेवदेवेन स्वमौलौ यो धृतः स्वयम् । आदाय तां कलामेकां जगत्संजविनीं पराम्

Satisfait, le Dieu des dieux (Śiva) le plaça lui-même sur sa propre couronne ; puis, de cette portion suprême (kalā) qui ranime le monde, il en prit une part…

Verse 29

पश्चाद्दक्षेण शप्तोपि मासोने क्षयमाप्य च । आप्याय्यतेसौ कलया पुनरेव तया शशी

Ensuite, bien que maudit par Dakṣa et décroissant mois après mois, ce même astre lunaire est de nouveau nourri et rétabli par cette portion (kalā) elle-même.

Verse 30

स तत्प्राप्य महाराज्यं सोमः सोमवतां वरः । राजसूयं समाजह्रे सहस्रशतदक्षिणम्

Ayant ainsi obtenu une grande souveraineté, Soma—le meilleur de ceux qui portent l’éclat de Soma—accomplit le sacrifice du Rājasūya, offrant en dakṣiṇā cent mille dons sacerdotaux.

Verse 31

दक्षिणामददत्सोमस्त्रींल्लोकानिति नौ श्रुतम् । तेभ्यो ब्रह्मर्षिमुख्येभ्यः सदस्येभ्यश्च भो द्विज

Nous avons entendu que Soma accorda une dakṣiṇā à l’égal des trois mondes, la donnant aux plus éminents des Brahmarṣis ainsi qu’aux membres officiants de l’assemblée sacrificielle, ô deux-fois-né.

Verse 32

हिरण्यगर्भो ब्रह्माऽत्रिर्भृगुर्यत्रर्त्विजोभवन् । सदस्योभूद्धरिस्तत्र मुनिभिर्बहुभिर्युतः

Là, Hiraṇyagarbha Brahmā, Atri et Bhṛgu furent les prêtres officiants; et Hari lui-même y devint sadasya, entouré de nombreux sages.

Verse 33

तंसिनी च कुहूश्चैव द्युतिः पुष्टिः प्रभावसुः । कीर्तिर्धृतिश्च लक्ष्मीश्च नवदेव्यः सिषेविरे

Taṃsinī et Kuhū, Dyuti et Puṣṭi, Prabhāvasu, Kīrti, Dhṛti et Lakṣmī : ces neuf déesses le servirent avec dévotion.

Verse 34

उमया सहितं रुद्रं संतर्प्याध्वरकर्मणा । प्राप सोम इति ख्यातिं दत्तां सोमेन शंभुना

Ayant satisfait Rudra avec Umā par les rites du sacrifice, il obtint le nom renommé de « Soma », une gloire conférée par Śambhu grâce à l’offrande de soma.

Verse 35

तत्रैव तप्तवान्सोमस्तपः परमदुष्करम् । तत्रैव राजसूयं च चक्रे चंद्रेश्वराग्रतः

Là même, Soma accomplit une austérité extrêmement difficile ; et là même il célébra le Rājasūya en présence de Candreśvara, le Seigneur de la Lune.

Verse 36

तत्रैव ब्राह्मणैः प्रीतैरित्युक्तोसौ कलानिधिः । सोमोस्माकं ब्राह्मणानां राजा त्रैलोक्यदक्षिणः

Là, Soma, trésor des phases lunaires, fut joyeusement interpellé par les brāhmanes satisfaits : «Soma est notre roi, à nous les brāhmanes ; sa dakṣiṇā égale les trois mondes».

Verse 37

तत्रैव देवदेवस्य विलोचनपदं गतः । देवेन प्रीतमनसा त्रैलोक्याह्लादहेतवे

Là même, il atteignit la «demeure du regard» du Dieu des dieux ; et cette divinité, l’esprit comblé, l’éleva afin qu’il devînt la cause de joie pour les trois mondes.

Verse 38

त्वं ममास्य परामूर्तिरित्युक्तस्तत्तपोबलात् । जगत्तवोदयं प्राप्य भविष्यति सुखोदयम्

«Tu es ma propre manifestation suprême»—ainsi lui fut-il dit ; et par la puissance de cette austérité, le monde, en atteignant ton lever, connaîtra l’aurore du bonheur.

Verse 39

त्वत्पीयूषमयैर्हस्तैः स्पृष्टमेतच्चराचरम् । भानुतापपरीतं च परा ग्लानिं विहास्यति

Touchée par tes mains faites de nectar, toute cette création, mobile et immobile, même brûlée par l’ardeur du Soleil, rejettera l’extrême lassitude et l’abattement.

Verse 40

एतदुक्त्वा महेशानो वरानन्यानदान्मुदा । द्विजराजतपस्तप्तं यदत्युग्रं त्वयात्र वै

Ayant ainsi parlé, Maheśāna (Śiva), dans la joie, accorda encore d’autres grâces, reconnaissant l’austère tapas que tu as accompli ici, ô roi parmi les deux-fois-nés.

Verse 41

यच्च क्रतु क्रियोत्सर्गस्त्वया मह्यं निवेदितः । स्थापितं यत्त्विदं लिंगं मम चंद्रेश्वराभिधम्

Et le sacrifice, l’offrande, et le renoncement aux fruits des rites que tu m’as consacrés; et le fait d’avoir établi ici ce liṅga portant mon nom, « Candreśvara » : ces actes me sont très chers.

Verse 42

ततोत्र लिंगे त्वन्नाम्नि सोमसोमार्धरूपधृक् । प्रतिमासं पंचदश्यां शुक्लायां सर्वगोप्यहम्

C’est pourquoi, en ce liṅga portant ton nom, moi—revêtu de la forme de Soma avec le demi-croissant—demeurerai ici, entièrement caché, chaque mois, au quinzième jour de la quinzaine claire.

Verse 43

अहोरात्रं वसिष्यामि त्रैलोक्यैश्वर्यसंयुतः । ततोत्र पूर्णिमायां तु कृता स्वल्पापि सत्क्रिया

Je demeurerai ici jour et nuit, doté de la souveraineté sur les trois mondes. Ainsi, à la Pūrṇimā, même un léger acte de culte accompli ici selon le dharma devient hautement efficace.

Verse 44

जपहोमार्चनध्यानदानब्राह्मणभोजनम् । महापूजा च सा नूनं मम प्रीत्यै भविष्यति

Japa, homa, adoration, méditation, aumône et repas offert aux brāhmaṇas : une telle grande pūjā sera assurément la cause de ma joie.

Verse 45

जीर्णोद्धारादिकरणं नृत्यवाद्यादिकार्पणम् । ध्वजारोपणकर्मादि तपस्वियतितपर्णम्

Entreprendre réparations et restaurations, offrir danse, musique et autres présents, accomplir des actes tels que hisser l’étendard du temple, et contenter ascètes et renonçants—(tout cela fait partie de la grande pūjā).

Verse 46

चंद्रेश्वरे कृतं सर्वं तदानंत्याय जायते । अन्यच्च ते प्रवक्ष्यामि शृणु गुह्यं कलानिधे

Tout ce qui est accompli pour Candreśvara devient source de mérite sans fin. Et je te dirai encore ceci : écoute ce secret, ô Soma, trésor des rayons.

Verse 47

अभक्ताय च नाख्येयं नास्तिकाय श्रुतिद्रुहे । अमावास्या यदा सोम जायते सोमवासरे

Cela ne doit pas être divulgué à celui qui est sans dévotion, ni à l’athée qui trahit le Veda. Lorsque, ô Soma, le jour d’Amāvāsyā (nouvelle lune) tombe un lundi—

Verse 48

तदोपवासः कर्तव्यो भूतायां सद्भिरादरात् । कृतनित्यक्रियः सोम त्रयोदश्यां निशामय

Alors, en cette occasion, les justes doivent jeûner avec révérence au (précédent) tithi nommé Bhūtā. Après avoir accompli les rites quotidiens obligatoires, ô Soma, veille durant le treizième jour lunaire.

Verse 49

शनिप्रदोषे संपूज्य लिंगं चंद्रेश्वराह्वयम् । नक्तं कृत्वा त्रयोदश्यां नियमं परिगृह्य च

Au pradoṣa du samedi, après avoir vénéré comme il se doit le liṅga nommé Candreśvara, qu’on prenne le vœu : observer le jeûne nakta au treizième tithi et adopter les disciplines prescrites.

Verse 50

उपोष्य च चतुर्दश्यां कृत्वा जागरणं निशि । प्रातः सोमकुहूयोगे स्नात्वा चंद्रोदवारिभिः

Après avoir jeûné au quatorzième tithi et veillé toute la nuit, à l’aube—lorsque se présente la conjonction de Soma et de Kuhū—qu’on se baigne avec les eaux de Candroda.

Verse 51

उपास्य संध्यां विधिवत्कृतसर्वोदक क्रियः । उपचंद्रोदतीर्थेषु श्राद्धं विधिवदाचरेत्

Après avoir accompli selon le rite le culte de la Sandhyā et achevé les cérémonies d’eau prescrites, qu’on accomplisse ensuite le śrāddha là, aux tīrthas secondaires de Candroda, conformément à la règle.

Verse 52

आवाहनार्घ्यरहितं पिंडान्दद्यात्प्रयत्नतः । वसुरुद्रादितिसुतस्वरूपपुरुषत्रयम्

Avec soin, qu’on offre les piṇḍas sans les rites d’invocation ni l’arghya, comme une triade incarnant les Vasus, les Rudras et les Ādityas.

Verse 53

मातामहांस्तथोद्दिश्य तथान्यानपि गोत्रजान् । गुरुश्वशुरबंधूनां नामान्युच्चार्य पिंडदः

En dédiant le rite aussi aux grands-pères maternels et de même aux autres parents du lignage, l’officiant qui donne les piṇḍas doit prononcer les noms des maîtres, des beaux-pères et des proches, puis offrir.

Verse 54

कुर्वञ्छ्राद्धं च तीर्थेस्मिञ्छ्रद्धयोद्धरतेखिलान् । गयायां पिंडदानेन यथा तुप्यंति पूर्वजाः

En accomplissant le śrāddha en ce tīrtha avec foi, on élève tous les siens ; de même qu’à Gayā les ancêtres sont comblés par l’offrande des piṇḍa.

Verse 55

तथा चंद्रोदकुंडेऽत्र श्राद्धैस्तृप्यंति पूर्वजाः । गयायां च यथा मुच्येत्सर्वर्णात्पितृजान्नरः

De même, ici, à l’étang de Candroda, les ancêtres sont apaisés par les śrāddha ; et comme à Gayā l’homme est délivré de toute dette envers les pères, ainsi en est-il ici.

Verse 56

तथा प्रमुच्यते चर्णाच्चंद्रोदे पिण्डदानतः । यदा चंद्रेश्वरं द्रष्टुं यायात्कोपि नरोत्तमः

De même, par l’offrande des piṇḍa à Candroda, on est délivré de la dette ; et lorsque quelque homme d’élite se met en route pour contempler Candreśvara,

Verse 57

तदा नृत्यंति मुदितास्तत्पूर्वप्रपितामहाः । अयं चंद्रोदतीर्थेस्मिंस्तर्पणं नः करिष्यति

Alors les aïeux, les arrière-grands-pères de sa lignée, joyeux, dansent : «Cet homme accomplira pour nous le tarpaṇa au tīrtha de Candroda».

Verse 58

अस्माकं मंदभाग्यत्वाद्यदि नैव करिष्यति । तदातत्तीर्थ संस्पर्शादस्मत्तृप्तिर्भविष्यति

«Mais si, par notre mauvaise fortune, il ne l’accomplit pas, alors, par le seul contact avec ce tīrtha, notre apaisement adviendra».

Verse 59

स्पृशेन्नापि यदा मंदस्तदा द्रक्ष्यति तृप्तये । एवं श्राद्धं विधायाथ स्पृष्ट्वा चंद्रेश्वरं व्रती । संतर्प्य विप्रांश्च यतीन्कुर्याद्वै पारणं ततः

Même si un homme à l’esprit obtus ne le touche pas, le simple fait de le contempler suffit à procurer la satisfaction. Ainsi, après avoir accompli le śrāddha, puis touché Candreśvara, l’observant du vœu—ayant rassasié et honoré les brāhmaṇa et les ascètes—doit ensuite accomplir selon la règle le pāraṇa, la rupture du jeûne.

Verse 60

एवं व्रते कृते काश्यां सदर्शे सोमवासरे । भवेदृणत्रयान्मुक्तो मृगांकमदनुग्रहात्

Ainsi, lorsque ce vœu est accompli à Kāśī, un lundi de la quinzaine claire, on est délivré des trois dettes—par la grâce bienveillante de Mṛgāṅka, la Lune.

Verse 61

अत्र यात्रा महाचैत्र्यां कार्या क्षेत्रनिवासिभिः । तारकज्ञानलाभाय क्षेत्रविघ्ननिवर्तिनी

Ici, durant la grande saison festive de Caitrī, les habitants du saint kṣetra doivent entreprendre la yātrā, la procession de pèlerinage ; elle confère le tāraka-jñāna, la connaissance salvatrice, et écarte les obstacles au sein du domaine sacré.

Verse 62

चंद्रेश्वरं समभ्यर्च्य यद्यन्यत्रापि संस्थितः । अघौघपटलीं भित्त्वा सोमलोकमवाप्स्यति

Même si l’on demeure ailleurs, celui qui vénère comme il se doit Candreśvara brise l’épaisse masse des péchés et parvient à Somaloka, le monde de Soma.

Verse 63

कलौ चंद्रेशमहिमा नाभाग्यैरवगम्यते । अन्यच्च ते प्रवक्ष्यामि परं गुह्यं निशापते

En l’âge de Kali, la grandeur de Candreśa n’est pas comprise par les infortunés. Pourtant, je te dirai encore ceci—un secret suprême, ô Seigneur de la Nuit, la Lune.

Verse 64

सिद्धयोगीश्वरं पीठमेतत्साधकसिद्धिदम् । सुरासुरेषु गंधर्व नागविद्याधरेष्वपि

Voici le siège du Siddha Yogīśvara, un pīṭha qui accorde l’accomplissement aux sādhakas, renommé même parmi les devas et les asuras, les Gandharvas, les Nāgas et les Vidyādharas.

Verse 65

रक्षोगुह्यकयक्षेषु किंनरेषु नरेषु च । सप्तकोट्यस्तु सिद्धानामत्र सिद्धा ममाग्रतः

Parmi les Rākṣasas, les Guhyakas, les Yakṣas, les Kiṃnaras et même parmi les hommes, il est sept crores de Siddhas : ici ils sont parvenus à la perfection, devant moi-même.

Verse 66

षण्मासं नियताहारो ध्यायन्विश्वेश्वरीमिह । चंद्रेश्वरार्चनायातान्सिद्धान्पश्यति सोऽग्रगान्

Pendant six mois, se nourrissant avec mesure et méditant ici sur Viśveśvarī, il voit les Siddhas les plus éminents venir rendre culte à Candreśvara.

Verse 67

सिद्धयोगीश्वरी साक्षाद्वरदा तस्य जायते । तवापि महती सिद्धिः सिद्धयोगीश्वरीक्षणात्

Siddhayogīśvarī elle-même se rend directement présente et lui accorde des grâces ; même pour toi, une grande réalisation naît d’un simple regard sur Siddhayogīśvarī.

Verse 68

संति पाठान्यनेकानि क्षितौ साधकसिद्धये । परं योगीश्वरी पीठाद्भूपृष्ठेनाशु सिद्धिदम्

Sur la terre, il est maints lieux sacrés pour l’accomplissement des sādhakas ; mais, les surpassant tous, le Pīṭha de Yogīśvarī accorde vite la réussite, même en demeurant à la surface du monde.

Verse 69

यत्र चंद्रेश्वरं लिंगं त्वयेदं स्थापितं शशिन् । इदमेव हि तत्पीठमदृश्यमकृतात्मभिः

Ô Lune (Śaśin), là où tu as établi ce liṅga de Candreśvara, c’est bien ce pīṭha même, invisible à ceux dont l’âme n’est pas encore purifiée.

Verse 70

जितकामा जितक्रोधा जितलोभस्पृहास्मिताः । योगीश्वरीं प्रपश्यंति मम शक्तिपरां हिताम्

Ceux qui ont vaincu le désir, la colère, l’avidité, la convoitise et l’orgueil contemplent Yogīśvarī, ma Śakti suprême et bienfaisante, dispensatrice de salut.

Verse 71

ये तु प्रत्यष्टमि जनास्तथा प्रति चतुर्दशि । सिद्धयोगीश्वरीपीठे पूजयिष्यंति भाविताः

Mais ceux qui, l’intention purifiée, rendent un culte au pīṭha de Siddhayogīśvarī à chaque Aṣṭamī et à chaque Caturdaśī,

Verse 72

अदृष्टरूपां सुभगां पिंगलां सर्वसिद्धिदाम् । धूपनैवेद्यदीपाद्यैस्तेषामाविर्भविष्यति

À eux elle se manifestera—bien que sa forme soit d’ordinaire invisible—Piṅgalā l’auspicieuse, dispensatrice de toutes les siddhi, lorsqu’on l’honore d’encens, d’offrandes de nourriture, de lampes et autres.

Verse 73

इति दत्त्वा वराञ्छंभुस्तस्मै चंद्रमसे द्विज । अंतर्हितो महेशानस्तत्र वैश्वेश्वरे पुरे

Ainsi, après avoir accordé ces grâces à Candra, ô brāhmane, Śambhu—Maheśāna—devint invisible en ce lieu, dans la cité de Vaiśveśvara (Kāśī).

Verse 74

तदारभ्य च लोकेऽस्मिन्द्विजराजोधिपोभवत् । दिशोवितिमिराः कुर्वन्निजैः प्रसृमरैः करैः

Dès lors, en ce monde, la Lune devint souveraine parmi les dvija ; et, par ses rayons qui s’étendent au loin, elle rendit les directions exemptes d’obscurité.

Verse 75

सोमवारव्रतकृतः सोमपानरता नराः । सोमप्रभेणयानेन सोमलोकं व्रजंति हि

Les hommes qui observent le vœu du lundi et se réjouissent du Soma (nectar rituel) vont assurément au Somaloka, portés par un char resplendissant d’une splendeur lunaire.

Verse 76

चंद्रेश्वरसमुत्पत्तिं तथा चांद्रमसं तपः । यः श्रोष्यति नरो भक्त्या चंद्रलोके स इज्यते

Quiconque entend avec dévotion l’origine de Candreśvara et l’austérité de la Lune, celui-là est honoré et vénéré dans le monde de Candra.

Verse 77

अगस्तिरुवाच । शिवशर्मणि शर्मकारिणीं प थि दिव्ये श्रमहारिणीं गणौ । कथयंतौ तु कथामिमां शुभामुडुलोकं परिजग्मतुस्ततः

Agastya dit : Alors les deux serviteurs, qui avaient apporté la joie à Śivaśarman et ôté la fatigue sur la voie divine, poursuivirent le récit de cette histoire de bon augure, puis gagnèrent le monde des étoiles.