Adhyaya 58
Avanti KhandaReva KhandaAdhyaya 58

Adhyaya 58

Le chapitre 58 présente, avec une structure serrée, le tīrtha-māhātmya de Śūlabheda et s’achève par une phalaśruti. Uttānapāda interroge Īśvara sur l’acte de Bhānumatī et sa portée. Īśvara raconte comment elle s’approche d’un kuṇḍa, en reconnaît aussitôt la sainteté, puis accomplit la réponse rituelle juste : elle convoque et honore des brāhmaṇas, offre le dāna selon la règle et affermit sa résolution. Elle rend ensuite un culte aux pitṛs et aux devas, observe une discipline durant un temps prescrit (une quinzaine en Madhu-māsa est mentionnée), puis, le jour d’amāvāsyā, se rend près d’une montagne. Ayant gravi le sommet, elle prie les brāhmaṇas de transmettre à sa famille et à ses proches un message de réconciliation, affirmant que, par son propre tapas à Śūlabheda, elle abandonnera le corps et atteindra l’état céleste. Les brāhmaṇas consentent et dissipent le doute. Elle ajuste ses vêtements et, l’esprit fixé en un seul point, quitte son corps ; des femmes célestes apparaissent, l’invitent sur un vimāna divin vers Kailāsa, et elle s’élève sous les yeux des témoins. Mārkaṇḍeya conclut en attestant la lignée de transmission de ce récit et énonce une phalaśruti vigoureuse : lire ou entendre avec bhakti—au tīrtha ou même dans un temple—délivre des fautes graves accumulées de longue date ; de multiples transgressions sociales, rituelles et de confiance sont tranchées par la puissance de « Śūlabheda ». Un mérite supplémentaire est promis si l’on récite lors du śrāddha pendant que les brāhmaṇas prennent leur repas, réjouissant les pitṛs ; les auditeurs obtiennent bien-être auspiceux, longévité et renommée.

Shlokas

Verse 1

उत्तानपाद उवाच । अथातो देवदेवेश भानुमत्यकरोच्च किम् । एष मे संशयो देव कथयस्व प्रसादतः

Uttānapāda dit : «À présent donc, ô Seigneur des dieux, qu’a fait Bhānumatī ? Tel est mon doute, ô Dieu ; dis-le-moi, par ta grâce.»

Verse 2

ईश्वर उवाच । चिन्तयित्वा मुहूर्तं सा गता कुण्डस्य सन्निधौ । दृष्ट्वा कुण्डस्य माहात्म्यं राज्ञी हर्षेण पूरिता

Īśvara dit : «Après avoir réfléchi un instant, elle se rendit près de l’étang sacré. Voyant la grandeur de ce kuṇḍa, la reine fut remplie de joie.»

Verse 3

विप्रान् बहून् समाहूय पूजयामास तत्क्षणात् । दत्त्वा तु विधिवद्दानं ब्राह्मणेभ्यो नृपात्मज

Ayant aussitôt convoqué de nombreux brāhmaṇas, l’enfant du roi les honora sur-le-champ ; puis, après avoir accompli selon la règle le dāna, elle fit des dons aux brāhmaṇas, ô fils de roi.

Verse 4

निश्चयं परमं कृत्वा स्थिता शान्तेन चेतसा । ततः सम्पूज्य विधिवत्पितॄन्देवान्नराधिप

Ayant pris une résolution inébranlable, elle demeura l’esprit apaisé. Puis, ô souverain des hommes, elle rendit un culte dû aux Pitṛs et aux Devas selon le rite prescrit.

Verse 5

क्षपयित्वा पक्षमेकं मधुमासस्य सा स्थिता । अमावास्यां ततो राज्ञी गता पर्वतसन्निधौ

Après avoir achevé une quinzaine entière du mois de Madhu, elle demeura constante. Puis, au jour d’amāvasyā (nouvelle lune), la reine se rendit près de la montagne.

Verse 6

नगशृङ्गं समारुह्य कृत्वा मुकुलितौ करौ । विज्ञाप्य ब्राह्मणान् सर्वानिदं वचनमब्रवीत्

Étant montée au sommet de la montagne et joignant les mains en signe de révérence, elle s’adressa avec respect à tous les brāhmaṇas et prononça ces paroles.

Verse 7

मम माता पिता भ्राता ये चान्ये सखिबान्धवाः । क्षमापयित्वा सर्वांस्तान्वचनं मम कथ्यताम्

«À ma mère, à mon père, à mon frère, et à tous les autres amis et parents : après avoir demandé pardon à chacun, que mon message leur soit transmis.»

Verse 8

त्वत्पुत्री शूलभेदे तु तपः कृत्वा स्वशक्तितः । विसृज्य चैव सात्मानं तस्मिंस्तीर्थे दिवं ययौ

«Votre fille, à Śūlabheda, accomplit des austérités (tapas) selon sa propre force ; puis, y abandonnant son corps en ce tīrtha, elle s’en alla au ciel.»

Verse 9

ब्राह्मणा ऊचुः । संदेशं कथयिष्यामस्त्वयोक्तं शोभनव्रते । मातापितृभ्यां सुश्रोणि मा तेऽभूदत्र संशयः

Les brāhmaṇas dirent : «Nous transmettrons le message que tu as prononcé, ô toi au vœu propice. Ô femme aux hanches gracieuses, n’aie ici aucun doute : nous le dirons à ta mère et à ton père.»

Verse 10

ततो विसृज्य तांल्लोकान् स्थिता पर्वतमूर्धनि । अर्धोत्तरीयवस्त्रेण गाढं बद्धा पुनःपुनः

Alors, renonçant à ces liens du monde, elle demeura sur le faîte de la montagne ; et, avec son demi-voile supérieur, elle se lia étroitement, encore et encore.

Verse 11

ततश्चिक्षेप सात्मानमेकचित्ता नराधिप । नगार्द्धे पतिता यावत्तावद्दृष्टाः सुराङ्गनाः

Alors, ô roi, l’esprit concentré en un seul point, elle se jeta. Tandis qu’elle tombait sur le flanc de la montagne, à cet instant même apparurent des jeunes filles célestes.

Verse 12

भोभो वत्से महाभागे भानुमत्यतितापसि । दिव्यं विमानमारुह्य कैलासं प्रति गम्यताम्

«Viens, viens, chère enfant—ô Bhānumatī la très fortunée, grande ascète ! Monte dans ce vimāna divin et va vers Kailāsa.»

Verse 13

ततः सा पश्यतां तेषां जनानां त्रिदिवं गता

Alors, sous les yeux mêmes de ces gens qui regardaient, elle s’en alla vers Tridiva, les mondes célestes.

Verse 14

मार्कण्डेय उवाच । इति ते कथितः सर्वः शूलभेदस्य विस्तरः । यः श्रुतः शङ्करात्पूर्वमृषिदेवसमागमे

Mārkaṇḍeya dit : Ainsi vous ai-je exposé en entier le récit détaillé de Śūlabheda, tel qu’autrefois il fut entendu de Śaṅkara dans la grande assemblée des ṛṣis et des devas.

Verse 15

य इदं पठते भक्त्या तीर्थे देवकुलेऽपि वा । स मुच्यते महापापादपि जन्मशतार्जितात्

Quiconque récite ceci avec dévotion—dans un tīrtha ou même dans un temple—est délivré des grands péchés, même de ceux amassés durant cent naissances.

Verse 16

ब्रह्महा च सुरापी च स्तेयी च गुरुतल्पगः । गोघाती स्त्रीविघाती च देवब्रह्मस्वहारकः

Même le meurtrier d’un brāhmane, le buveur d’alcool, le voleur, celui qui souille la couche du guru ; le tueur de vaches, le tueur de femmes, et celui qui dérobe les biens appartenant aux dieux ou aux brāhmanes—

Verse 17

स्वामिद्रोही मित्रघाती तथा विश्वासघातकः । परन्यासापहारी च परनिक्षेपलोपकः

Le traître envers son maître, le meurtrier d’un ami, et le briseur de confiance ; celui qui vole le dépôt confié d’autrui, et celui qui détourne ce qu’un autre a remis en garde—

Verse 18

रसभेदी तुलाभेदी तथा वार्द्धुषिकस्तु यः । यः कन्याविघ्नकर्ता च तथा विक्रयकारकः

Celui qui falsifie les marchandises, celui qui truque poids et mesures, et celui qui pratique l’usure ; celui qui entrave le mariage légitime d’une jeune fille, et de même celui qui la vend—

Verse 19

परभार्या भ्रातृभार्या गौः स्नुषा कन्यका तथा । अभिगामी परद्वेषी तथा धर्मप्रदूषकः

Celui qui s’approche de l’épouse d’autrui, de l’épouse de son frère, d’une vache, d’une belle-fille ou d’une jeune fille ; celui qui nourrit la haine envers autrui, et celui qui corrompt le dharma—

Verse 20

मुच्यन्ते सर्वे एवैते शूलभेदप्रभावतः

Tous ceux-là, en vérité, sont délivrés par la puissance de Śūlabheda.

Verse 21

य इदं श्रावयेच्छ्राद्धे विप्राणां भुञ्जतां नृप । मुदं प्रयान्ति संहृष्टाः पितरस्तस्य सर्वशः

Ô roi, quiconque fait réciter ceci lors du śrāddha, tandis que les brāhmaṇas prennent leur repas, voit ses Pitṛs se réjouir de toutes parts, comblés d’allégresse.

Verse 22

यश्चेदं शृणुयाद्भक्त्या पठ्यमानं नरो वशी । स मुक्तः सर्वपापेभ्यः सर्वकल्याणभाग्भवेत्

Et l’homme maître de lui qui écoute ceci, récité avec dévotion, est délivré de tous les péchés et devient participant de toute bénédiction propice.

Verse 23

इदं यशस्यमायुष्यमिदं पावनमुत्तमम् । पठतां शृण्वतां नृणामायुःकीर्तिविवर्धनम्

Ce récit confère la renommée et la longue vie ; il est d’une pureté suprême. À ceux qui le récitent ou l’écoutent, il accroît la durée de vie et la gloire.

Verse 24

इति कथितमिदं ते शूलभेदस्य पुण्यं महिमन हि मनुष्यैः श्रूयते यत्सपापैः । मदनरिपुतटिन्या याम्यकूलस्थितस्य प्रबलदुरितकन्दोच्छेदकुद्दालकल्पम्

Ainsi t’ai-je exposé le saint mérite et la grandeur de Śūlabheda, que même les hommes chargés de péché peuvent entendre. Situé sur la rive méridionale du fleuve de l’Ennemi de Madana (la Revā sacrée de Śiva), il est tel une houe qui déracine les puissants nœuds-racines du péché.

Verse 58

। अध्याय

Fin du chapitre (adhyāya).