Adhyaya 225
Avanti KhandaReva KhandaAdhyaya 225

Adhyaya 225

Mārkaṇḍeya raconte à Yudhiṣṭhira une crise morale centrée sur un tīrtha et sa résolution. Alikā, une Gandharvī liée à la lignée de Citraseṇa, vit dix ans auprès du ṛṣi Vidyānanda; mais, en des circonstances non précisées, elle tue son époux endormi. Lorsqu’elle se tourne vers son père Ratnavallabha, ses deux parents la rejettent avec une condamnation sévère et l’exilent, la désignant comme transgressante : patighnī, garbhaghnī, brahmaghnī. Accablée, elle consulte des brāhmaṇas au sujet des tīrtha d’expiation et apprend l’existence d’un lieu qui efface les fautes à la confluence de la Revā et de l’océan. Là, elle accomplit de longues austérités : nirāhāra, discipline de vrata, pénitences telles que kṛcchra/atikṛcchra et cāndrāyaṇa, avec dhyāna et culte de Śiva. Satisfait—à l’instigation de Pārvatī—Śiva se manifeste, la déclare purifiée et lui accorde une grâce : qu’elle l’établisse en ce lieu sous son propre nom, puis qu’elle atteigne le ciel. Alikā se baigne, installe Śaṅkara comme Alikeśvara, offre des dāna aux brāhmaṇas, et se réconcilie ensuite avec sa famille avant de s’élever dans un vimāna divin vers le domaine de Gaurī. La phalaśruti affirme que se baigner et adorer Mahādeva avec Umā en ce tīrtha libère des péchés de l’esprit, de la parole et du corps; nourrir les dvija et offrir des lampes apaise les maladies; et des dons précis—un brûle-encens, une maquette de vimāna, une cloche et un kalaśa—conduisent à de hautes destinées célestes.

Shlokas

Verse 1

श्रीमार्कण्डेय उवाच । ततः क्रोशान्तरे गच्छेदलिकातीर्थमुत्तमम् । अलिका नाम गान्धर्वी कुशीला कुटिलाशया

Śrī Mārkaṇḍeya dit : Ensuite, à la distance d’un krośa, qu’on se rende au Tīrtha excellent d’Alikā. Il y avait une jeune gandharvī nommée Alikā, de conduite mauvaise et d’intention tortueuse.

Verse 2

चित्रसेनस्य दौहित्री विद्यानन्दमृषिं गता । वव्रे ते स्वीकृता तेन दशवर्षाणि तं श्रिता

Elle était la petite-fille de Citrasena. Elle alla vers le sage Vidyānanda, le choisit pour époux et il l’accepta ; durant dix ans elle demeura auprès de lui.

Verse 3

पतिं जघान तं सुप्तं कस्मिंश्चित्कारणान्तरे । गत्वा निवेदयामास पितरं रत्नवल्लभम्

Sous quelque prétexte, elle tua son époux pendant son sommeil. Puis elle alla en faire le récit à son père, Ratnavallabha.

Verse 4

पित्रा मात्रा च संत्यक्ता बहुभिर्भर्त्सिता नृप । गर्भघ्नी त्वं पतिघ्नी त्वमिति दर्शय मा मुखम्

Ô roi, rejetée par son père et sa mère et accablée d’injures par beaucoup : «Tu es meurtrière de l’enfant à naître, tu es meurtrière de ton époux !», on lui dit : «Ne montre pas ton visage».

Verse 5

ब्रह्मघ्नी याहि पापिष्ठे परित्यक्ता गृहाद्व्रज

«Meurtrière d’un brāhmane ! Va-t’en, la plus pécheresse ; rejetée, sors de cette demeure !»

Verse 6

मार्कण्डेय उवाच । इति दुःखान्विता मूढा ताभ्यां निर्भर्त्सिता सती । तनुं त्यक्तुं मनश्चक्रे प्राप्य तीर्थान्तरं क्वचित्

Mārkaṇḍeya dit : Ainsi, accablée de douleur, égarée et durement réprimandée par eux, elle résolut d’abandonner son corps ; puis, parvenue quelque part à un autre tīrtha,

Verse 7

संपृच्छ्यमाना तीर्थानि ब्राह्मणेभ्यो युधिष्ठिर । श्रुत्वा पापहरं तीर्थं रेवासागरसङ्गमे

Ô Yudhiṣṭhira, s’enquérant auprès des brāhmaṇas des lieux saints, elle entendit parler d’un tīrtha qui efface les péchés, au confluent de la Revā (Narmadā) et de l’océan.

Verse 8

तत्र पार्थ तपश्चक्रे निराहारा जितव्रता । कृच्छ्रातिकृच्छ्रपाराकमहासांतपनादिभिः

Là, ô fils de Pṛthā, elle entreprit des austérités : jeûnant, ferme dans ses vœux, elle pratiqua de rudes observances telles que Kṛcchra, Atikṛcchra, Pārāka et Mahāsāntapana.

Verse 9

चान्द्रायणैर्ब्रह्मकूर्चैः कर्शयामास वै तनुम् । एवं वर्षशतं सार्द्धं व्यतीतं तपसा नृप

Par les observances de Cāndrāyaṇa et de Brahmakūrca, elle amaigrit véritablement son corps. Ainsi, ô roi, cent années entières s’écoulèrent dans l’austérité.

Verse 10

तस्या विशुद्धिमिच्छन्त्याः शिवध्यानार्चनादिभिः । ततः कतिपयाहोभिस्तस्या ज्ञात्वा हठं परम् । परितुष्टः शिवः प्राह पार्वत्या परिचोदितः

Désireuse de pureté, elle s’adonna à la méditation sur Śiva, au culte et aux pratiques connexes. Puis, après quelques jours, Śiva—connaissant l’extrême fermeté de son austérité—fut satisfait et parla, poussé par Pārvatī.

Verse 11

ईश्वर उवाच । पुत्रि मा साहसं कार्षीः शुद्धदेहासि साम्प्रतम् । तुष्टोऽहं तपसा तेऽद्य वरं वरय वाञ्छितम्

Īśvara dit : « Ma fille, ne tente pas de tels extrêmes. Ton corps est désormais purifié. Je suis satisfait aujourd'hui par ton austérité ; choisis la faveur que tu désires. »

Verse 12

अलिकोवाच । यदि तुष्टोऽसि देवेश वरार्हा यद्यहं मता । नानापापाग्नितप्ताया देहि शुद्धिं परां मम

Alikā dit : « Si tu es satisfait, ô Seigneur des dieux, et si tu me juges digne d'une faveur, accorde-moi la purification suprême, moi qui ai été brûlée par le feu de nombreux péchés. »

Verse 13

त्वं मे नाथो ह्यनाथायास्त्वमेव जगतां गुरुः । दीनानाथसमुद्धर्ता शरण्यः सर्वदेहिनाम्

« Tu es mon protecteur, car je suis sans refuge ; toi seul es le maître des mondes, celui qui élève les démunis et les pauvres, l'abri sûr de tous les êtres incarnés. »

Verse 14

ईश्वर उवाच । त्वं भद्रे शुद्धदेहासि मा किंचिदनुशोचिथाः । स्वनाम्ना स्थापयित्वेह मां ततः स्वर्गमेष्यसि

Īśvara dit : « Ô bienheureuse, ton corps est purifié ; ne t'afflige point. Établis-moi ici sous ton propre nom, et alors tu atteindras le ciel. »

Verse 15

इत्युक्त्वा देवदेवेशस्तत्रैवान्तरधीयत । अलिकापि ततो भक्त्या स्नात्वा संस्थाप्य शङ्करम्

Ayant ainsi parlé, le Seigneur des seigneurs des dieux disparut sur-le-champ. Alors Alikā aussi, avec dévotion, se baigna et installa Śaṅkara.

Verse 16

दत्त्वा दानं च विप्रेभ्यो लोकमाप महोत्कटम् । पितरं च समासाद्य मातरं च युधिष्ठिर

Après avoir offert des dons aux brāhmanes, elle atteignit un monde splendide et très élevé ; et là, elle retrouva aussi son père et sa mère, ô Yudhiṣṭhira.

Verse 17

तैश्च संमानिता प्रीत्या बन्धुभिः सालिका ततः । विमानवरमारूढा दिव्यमालान्विता नृप

Honorée avec affection par ces parents, Sālikā monta alors sur un excellent char céleste, paré de guirlandes divines, ô roi.

Verse 18

गौरीलोकमनुप्राप्तसखित्वेऽद्यापि मोदते । ततः प्रभृति तत्पार्थ विख्यातमलिकेश्वरम्

Aujourd’hui encore, ayant obtenu la compagnie amicale dans le royaume de Gaurī, il se réjouit. Dès lors, ô fils de Pṛthā, ce sanctuaire devint renommé sous le nom d’Alikeśvara.

Verse 19

तत्र तीर्थे तु या नारी पुरुषो वा युधिष्ठिर । स्नात्वा सम्पूजयेद्भक्त्या महादेवमुमायुतम्

En ce tīrtha sacré, ô Yudhiṣṭhira, femme ou homme, après s’être baigné, doit vénérer avec dévotion Mahādeva, accompagné d’Umā.

Verse 20

स पापैर्विविधैर्मुक्तो लोकमाप्नोति शांकरम् । मानसं वाचिकं पापं कायिकं यत्पुरा कृतम्

Délivré de maintes sortes de péchés, il atteint le monde de Śaṅkara. Quels que soient les péchés commis jadis—par la pensée, la parole ou le corps—

Verse 21

सर्वं तद्विलयं याति भोजयित्वा द्विजान्सदा । दीपं दत्त्वा च देवाग्रे न रोगैः परिभूयते

Tout ce (péché) se dissout en nourrissant sans cesse les deux-fois-nés. Et en offrant une lampe devant la Divinité, on n’est pas accablé par les maladies.

Verse 22

धूपपात्रं विमानं च घण्टां कलशमेव च । दत्त्वा देवाय राजेन्द्र शाक्रं लोकमवाप्नुयात्

En offrant à la Divinité un brûle-parfum, un (modèle de) vimāna, une cloche et aussi un kalaśa, ô meilleur des rois, on obtient le monde de Śakra (Indra).