Adhyaya 148
Avanti KhandaReva KhandaAdhyaya 148

Adhyaya 148

Mārkaṇḍeya enjoint à un roi de se rendre à un Śiva-tīrtha lié à Āṅgāraka (Kuja) sur la rive nord de la Narmadā, lieu exalté comme siège de la diminution des fautes (pāpa-kṣaya). Le chapitre prescrit un vrata limité dans le temps, centré sur Caturthī et le mardi (jour de Caturthī–Āṅgāraka), en soulignant la résolution sacrée (saṅkalpa), le bain au coucher du soleil et la pratique continue de sandhyā-upāsanā. Vient ensuite une pūjā décrite avec précision : installation sur le sthaṇḍila, application de santal rouge, adoration en forme de lotus/maṇḍala et invocation des épithètes de Kuja/Āṅgāraka telles que Bhūmiputra et Svedaja. L’arghya est offert dans un vase de cuivre avec eau au santal rouge, fleurs rouges, tila et riz. Des règles alimentaires sont données : éviter l’aigre et le salé, privilégier des mets doux, purs et salutaires. Le rite peut être développé par l’usage d’une image d’or selon les moyens, la disposition directionnelle de plusieurs karakas, des marques festives au son du śaṅkha/tūrya, et l’hommage à un brāhmaṇa qualifié par son savoir, ses vœux et sa bienveillance. La dāna comprend une vache rouge et un taureau rouge, suivis de la circumambulation (pradakṣiṇā), de la participation de la famille, de rites d’excuse et de clôture, puis du congé. La phalaśruti promet beauté et prospérité sur de nombreuses vies, une destination posthume nommée Āṅgāraka-pura, des jouissances divines, et finalement une royauté juste, la santé et la longévité.

Shlokas

Verse 1

श्रीमार्कण्डेय उवाच । ततो गच्छेन्महीपाल तीर्थमङ्गारकं शिवम् । उत्तरे नर्मदाकूले सर्वपापक्षयंकरम्

Śrī Mārkaṇḍeya dit : Alors, ô Roi, qu’on se rende au tīrtha sacré d’Aṅgāraka-Śiva, sur la rive nord de la Narmadā, qui anéantit tous les péchés.

Verse 2

चतुर्थ्यङ्गारकदिने संकल्प्य कृतनिश्चयः । स्नायादस्तं गते सूर्ये सन्ध्योपासनतत्परः

Lorsque la quatrième tithi (caturthī) coïncide avec le mardi, jour d’Aṅgāraka, qu’on prenne un vœu solennel d’une résolution ferme. Après le coucher du soleil, qu’on se baigne et demeure voué au culte des rites crépusculaires de Sandhyā.

Verse 3

पूजयेल्लोहितं भक्त्या गन्धमाल्यविभूषणैः । संस्थाप्यस्थण्डिले देवं रक्तचन्दनचर्चितम्

Avec dévotion, qu’on adore le Rouge (Kuja/Aṅgāraka) par des parfums, des guirlandes et des ornements, après avoir établi la divinité sur un sthaṇḍila purifié et l’avoir ointe de pâte de santal rouge.

Verse 4

अङ्गारकायेति नमः कर्णिकायां प्रपूजयेत् । कुजाय भूमिपुत्राय रक्ताङ्गाय सुवाससे

Dans le péricarpe central (karṇikā), qu’on l’honore en offrant la salutation par le mantra : « Hommage à Aṅgāraka ». Il est Kuja, le Fils de la Terre, aux membres rouges et à la belle parure de vêtements.

Verse 5

हरकोपोद्भवायेति स्वेदजायातिबाहवे । सर्वकामप्रदायेति पूर्वादिषु दलेषु च

Sur les pétales, en commençant par celui de l’est et ainsi de suite, qu’on adore avec ces invocations : « Né de la colère de Hara », « Né de la sueur », « Aux bras puissants » et « Dispensateur de tous les désirs ».

Verse 6

एवं सम्पूज्य विधिवद्दद्यादर्घ्यं विधानतः । भूमिपुत्र महावीर्य स्वेदोद्भव पिनाकिनः

Après avoir ainsi adoré selon le rite, qu’on offre ensuite l’arghya conformément à la règle prescrite, en disant : « Ô Fils de la Terre, ô grand en vaillance, ô né de la sueur du Porteur du Pināka (Śiva) ! »

Verse 7

अङ्गारक महातेजा लोहिताङ्ग नमोऽस्तु ते । करकं वारिसंयुक्तं शालितंदुलपूरितम्

Ô Aṅgāraka au grand éclat, ô aux membres rouges, hommage à toi ! (Qu’on offre) un vase (karaka) rempli d’eau, comblé de grains de riz śāli.

Verse 8

सहिरण्यं सवस्त्रं च मोदकोपरि संस्थितम् । ब्राह्मणाय निवेद्यं तत्कुजो मे प्रीयतामिति

Avec de l’or et un vêtement, en le plaçant sur des modakas sucrés, qu’on le présente à un brāhmaṇa, en priant : « Que Kuja soit satisfait de moi ».

Verse 9

अर्घं दत्त्वा विधानेन रक्तचन्दनवारिणा । रक्तपुष्पसमाकीर्णं तिलतंदुलमिश्रितम्

Après avoir offert l’arghya selon le rite avec de l’eau parfumée au santal rouge, (qu’on l’offre) parsemé de fleurs rouges et mêlé de sésame et de grains de riz.

Verse 10

कृत्वा ताम्रमये पात्रे मण्डले वर्तुले शुभे । कृत्वा शिरसि तत्पात्रं जानुभ्यां धरणीं गतः

L’ayant disposé dans un vase de cuivre, au sein d’un maṇḍala circulaire de bon augure, qu’on pose ce vase sur la tête et, à genoux, qu’on se prosterne jusqu’à la terre.

Verse 11

मन्त्रपूतं महाभाग दद्यादर्घ्यं विचक्षणः । ततो भुञ्जीत मौनेन क्षारतिलाम्लवर्जितम्

Ô noble, le sage doit offrir l’arghya purifié par le mantra. Ensuite, qu’il mange en silence, en évitant les aliments alcalins, le sésame et tout ce qui est acide.

Verse 12

स्निग्धं मृदुसमधुरमात्मनः श्रेय इच्छता । एवं चतुर्थे सम्प्राप्ते चतुर्थ्यङ्गारके नृप

Ô roi, celui qui recherche son plus grand bien doit offrir ce qui est onctueux, tendre et agréablement doux. Ainsi, lorsque survient la quatrième tithi—surtout si la Caturthī tombe un mardi (Aṅgāraka)—telle est l’observance juste.

Verse 13

सौवर्णं कारयेद्देवं यथाशक्ति सुरूपिणम् । स्थापयेत्ताम्रके पात्रे गुडपीठसमन्विते

Qu’on fasse réaliser une image d’or de la Divinité, selon ses moyens, d’une belle forme; puis qu’on la place dans un vase de cuivre, posé sur un piédestal de jaggery (gud).

Verse 14

गन्धपुष्पादिभिर्देवं पूजयेद्गुडसंस्थितम् । ईशान्यां स्थापयेद्देवं गुडतोयसमन्वितम्

Qu’on vénère la Divinité, établie sur le jaggery, avec parfums, fleurs et autres offrandes. Puis, dans la direction du nord-est (Īśāna), qu’on installe la Divinité avec de l’eau de jaggery en accompagnement.

Verse 15

कासारेण तथाग्नेय्यां स्थापयेत्करकं परम् । रक्ततन्दुलसंमिश्रं नैरृत्यां वायुगोचरे

De même, au sud-est (Āgneya), qu’on place une excellente cruche rituelle, remplie de kāsāra, douce offrande. Au sud-ouest (Nairṛta), dans le domaine de Vāyu, qu’on dispose (le vase/l’offrande) mêlé de grains de riz rouge.

Verse 16

स्थापयेन्मोदकैः सार्धं चतुर्थं करकं बुधः । सूत्रेण वेष्टितग्रीवं गन्धमाल्यैरलंकृतम्

Le sage doit placer une quatrième jarre rituelle avec des modaka. Que son col soit entouré d’un fil, et qu’elle soit parée de parfums et de guirlandes.

Verse 17

शङ्खतूर्यनिनादेन जयशब्दादिमङ्गलैः । रक्ताम्बरधरं विप्रं रक्तमाल्यानुलेपनम्

Au retentissement des conques (śaṅkha) et des instruments, et parmi les auspices cris de victoire et autres, qu’on honore un brāhmaṇa vêtu de rouge, paré de guirlandes rouges et d’onctions rouges.

Verse 18

वेदिमध्यगतं वापि महदासनसंस्थितम् । सुरूपं सुभगं शान्तं सर्वभूतहिते रतम्

(Qu’on invite et qu’on assoie ce brāhmaṇa) soit au milieu de l’espace de l’autel, soit sur un grand siège : beau d’aspect, gracieux, paisible, et voué au bien de tous les êtres.

Verse 19

वेदविद्याव्रतस्नातं सर्वशास्त्रविशारदम् । पूजयित्वा यथान्यायं वाचयेत्पाण्डुनन्दन

Ô fils de Pāṇḍu, après avoir honoré selon le rite celui qui est formé au savoir védique, purifié par les vœux et le bain sacré, et versé dans tous les śāstra, qu’on le prie ensuite de réciter les textes sacrés conformément à la règle.

Verse 20

रक्तां गां च ततो दद्याद्रक्तेनानडुहा सह । प्रीयतां भूमिजो देवः सर्वदैवतपूजितः

Ensuite, qu’on offre en don une vache rouge, avec un taureau rouge. «Que la divinité née de la Terre, adorée par tous les dieux, soit satisfaite».

Verse 21

विप्रं प्रदक्षिणीकृत्य पत्नीपुत्रसमन्वितः । पितृमातृसुहृत्सार्द्धं क्षमाप्य च विसर्जयेत्

Après avoir fait la circumambulation du brāhmane, avec son épouse et son fils—ainsi qu’avec son père, sa mère et ses amis—qu’on demande pardon, puis qu’on le congédie avec respect.

Verse 22

एवं कृतस्य तस्याथ तस्मिंस्तीर्थे विशेषतः । यत्पुण्यं फलमुद्दिष्टं तत्ते सर्वं वदाम्यहम्

Ainsi, au sujet de cet acte accompli—tout particulièrement en ce tīrtha—je vais maintenant te dire en entier le fruit méritoire (puṇya-phala) qui en a été proclamé.

Verse 23

सप्त जन्मानि राजेन्द्र सुरूपः सुभगो भवेत् । तीर्थस्यास्य प्रभावेन नात्र कार्या विचारणा

Ô meilleur des rois, durant sept naissances on devient beau et fortuné. Telle est la puissance de ce tīrtha; ici, nul besoin de doute ni de débat.

Verse 24

अकामो वा सकामो वा तत्र तीर्थे मृतो नरः । अङ्गारकपुरं याति देवगन्धर्वपूजितः

Qu’il soit sans désir ou mû par le désir, l’homme qui meurt en ce tīrtha se rend à Aṅgāraka-pura, honoré et adoré par les dieux et les Gandharvas.

Verse 25

उपभुज्य यथान्यायं दिव्यान्भोगाननुत्तमान् । इह मानुष्यलोके वै राजा भवति धार्मिकः

Après avoir joui selon le dharma de plaisirs divins incomparables, il renaît ici, dans le monde des hommes, en roi juste et vertueux.

Verse 26

सुरूपः सुभगश्चैव सर्वव्याधिविवर्जितः । जीवेद्वर्षशतं साग्रं सर्वलोकनमस्कृतः

Beau et fortuné, exempt de toute maladie, il vit cent années pleines et davantage, honoré par tous les peuples.

Verse 148

। अध्याय

Fin du chapitre (marque d’adhyāya).