
L’Adhyāya 22 présente, selon l’enseignement d’Upamanyu, le nyāsa comme une discipline triple accordée au processus cosmique : sthiti (stabilisation), utpatti (manifestation) et saṃhṛti (résorption). Le chapitre classe d’abord le nyāsa selon l’orientation des āśrama (gṛhastha, brahmacārin, yati, vānaprastha), puis précise la logique directionnelle et l’ordre de la sthiti-nyāsa et de l’utpatti-nyāsa (la saṃhṛti se faisant en ordre inverse). Il décrit ensuite une séquence rituelle technique : poser les unités phonémiques/varṇa avec le bindu, installer Śiva dans les doigts et les paumes, accomplir l’astranyāsa dans les dix directions, et méditer sur cinq kalā identifiées aux cinq éléments. Celles-ci sont situées dans les centres du corps subtil (cœur, gorge, palais, entre-sourcils, brahmarandhra) et « nouées » par leurs bīja respectifs ; la purification est soutenue par le japa de la pañcākṣarī-vidyā. Viennent des opérations yogiques : retenir le prāṇa, trancher le bhūtagranthi par l’astra-mudrā, guider le soi à travers la suṣumnā pour sortir par le brahmarandhra et s’unir au Śiva-tejas. Une suite d’assèchement par vāyu, de combustion par kālāgni, de résorption des kalā et d’« amṛta-plāvana » (inondation de nectar) reconstruit un corps vidyā-maya (formé de mantra). Le chapitre culmine avec karanyāsa, dehanyāsa, aṅganyāsa, varṇanyāsa aux articulations, ṣaḍaṅga-nyāsa avec ses ensembles associés et digbandha, tout en proposant une forme abrégée. Le but est la purification du corps et du soi (dehātma-śodhana) menant à śivabhāva, afin d’adorer correctement Parameśvara.
Verse 1
उपमन्युरुवाच । न्यासस्तु त्रिविधः प्रोक्तः स्थित्युत्पत्तिलयक्रमात् । स्थितिर्न्यासो गृहस्थानामुत्पत्तिर्ब्रह्मचारिणाम् । यतीनां संहृतिन्यासो वनस्थानां तथैव च । स एव भर्तृहीनायाः कुटुंबिन्याः स्थितिर्भवेत्
Upamanyu dit : «Le nyāsa (la pose sacrée dans le culte) est enseigné comme triple, selon l’ordre de la préservation, de l’apparition et de la dissolution. Pour les gṛhasthas (maîtres de maison), le nyāsa est de nature “soutenante” (sthiti). Pour les brahmacārins, il est de nature “génératrice” (utpatti). Pour les yatīs (renonçants), le nyāsa est de nature “rétractante/dissolvante” (saṃhṛti), et de même pour les vānaprasthas (habitants de la forêt). Ce nyāsa de soutien convient aussi à une femme de maison privée d’époux».
Verse 3
कन्यायाः पुनरुत्पत्तिं वक्ष्ये न्यासस्य लक्षणम् । अंगुष्ठादिकनिष्ठांतं स्थितिन्यास उदाहृतः । दक्षिणांगुष्ठमारभ्य वामांगुष्ठान्तमेव च । उत्पत्तिन्यास आख्यातो विपरीतस्तु संहृतिः
Je vais maintenant exposer la marque du nyāsa pour la re-manifestation de la Kanyā (Śakti). La pose qui va du pouce jusqu’à l’auriculaire est appelée nyāsa de maintien (sthiti). Celle qui commence au pouce droit et s’achève au pouce gauche est déclarée nyāsa d’émanation (utpatti) ; et l’ordre inverse est le nyāsa de résorption (saṃhṛti).
Verse 5
सबिंदुकान्नकारादीन्वर्णान्न्यस्येदनुक्रमात् । अंगुलीषु शिवं न्यस्येत्तलयोरप्यनामयोः । अस्त्रन्यासं ततः कृत्वा दशदिक्ष्वस्त्रमंत्रतः । निवृत्त्यादिकलाः पञ्च पञ्चभूतस्वरूपिणीः
Qu’on place (nyāsa), dans l’ordre prescrit, les syllabes commençant par « na » avec le bindu. Puis qu’on place Śiva sur les doigts et aussi sur les deux paumes, afin d’être sans souffrance. Ensuite, après avoir accompli l’astra-nyāsa, qu’on l’étende aux dix directions au moyen de l’Astra-mantra. Les cinq kalā commençant par Nivṛtti sont à contempler comme de la nature des cinq grands éléments.
Verse 7
पञ्चभूताधिपैस्सार्धं ततच्चिह्नसमन्विताः । हृत्कण्टतालुभ्रूमध्यब्रह्मरन्ध्रसमाश्रयाः । तद्तद्बीजेन संग्रंथीस्तद्तद्बीजेषु भावयेत् । तासां विशोधनार्थाय विद्यां पञ्चाक्षरीं जपेत्
Avec les seigneurs présidant aux cinq éléments, et portant leurs marques respectives, ces forces intérieures demeurent dans le cœur, la gorge, le palais, l’espace entre les sourcils et le brahma-randhra (l’ouverture du sommet). Qu’on contemple les nœuds (granthi) au moyen de leurs syllabes-semences, en méditant sur chaque bīja en son propre bīja. Pour les purifier, qu’on récite en japa la Vidyā aux cinq syllabes, le Pañcākṣarī : « Namaḥ Śivāya ».
Verse 9
निरुद्ध्वा प्राणवायुं च गुणसंख्यानुसारतः । भूतग्रंथिं ततश्छिद्यादस्त्रेणैवास्त्रमुद्रया । नाड्या सुषुम्नयात्मानं प्रेरितं प्राणवायुना । निर्गतं ब्रह्मरन्ध्रेण योजयेच्छिवतेजसा
Après avoir retenu le prāṇa-vāyu selon l’ordre mesuré des guṇa, qu’on tranche alors le nœud des éléments (bhūta-granthi) par l’« arme » yogique, scellée par l’astra-mudrā. Poussé par le prāṇa à travers la suṣumnā-nāḍī, le Soi qui émerge par le brahma-randhra doit être uni à la radiance (tejas) de Śiva.
Verse 11
विशोष्य वायुना पश्चाद्देहं कालाग्निना दहेत् । ततश्चोपरिभावेन कलास्संहृत्य वायुना । देहं संहृत्य वै दग्धं कलास्स्पृष्ट्वा सहाब्धिना । प्लावयित्वामृतैर्देहं यथास्थानं निवेशयेत्
Après avoir desséché le corps par l’action de Vāyu, qu’on brûle ensuite le corps par le feu du Temps. Puis, par une absorption intérieure ascendante, en rassemblant de nouveau les kalā (énergies vitales) par Vāyu, et ayant ainsi retiré le corps — bien qu’il soit brûlé — qu’on touche ces kalā avec le principe océanique, qu’on inonde le corps d’amṛta (nectar), et qu’on le replace en son siège propre.
Verse 13
अथ संहृत्य वै दग्धः कलासर्गं विनैव तु । अमृतप्लावनं कुर्याद्भस्मीभूतस्य वै ततः । ततो विद्यामये तस्मिन्देहे दीपशिखाकृतिम् । शिवान्निर्गतमात्मानं ब्रह्मरंध्रेण योजयेत्
Ensuite, après avoir retiré toutes les opérations et consumé le sentiment du corps, sans engendrer de nouvelles émanations des kalā, qu’on accomplisse «l’inondation d’amṛta» sur ce qui est devenu cendre. Puis, dans ce corps façonné de connaissance, qu’on unisse—par le brahma-randhra—l’ātman sorti vers Śiva, prenant la forme d’une flamme de lampe.
Verse 15
देहस्यान्तः प्रविष्टं तं ध्यात्वा हृदयपंकजे । पुनश्चामृतवर्षेण सिंचेद्विद्यामयं वपुः । ततः कुर्यात्करन्यासं करशोधनपूर्वकम् । देहन्यासं ततः पश्चान्महत्या मुद्रया चरेत्
Méditant sur Lui qui est entré au-dedans du corps, dans le lotus du cœur, qu’on baigne de nouveau le corps formé de mantra par une pluie de nectar d’amṛta. Puis, après avoir d’abord purifié les mains, qu’on accomplisse le kara-nyāsa (imposition sur les mains). Ensuite, qu’on fasse le deha-nyāsa (imposition sur les membres) et qu’on poursuive avec la grande mudrā.
Verse 17
अंगन्यासं ततः कृत्वा शिवोक्तेन तु वर्त्मना । वर्णन्यासं ततः कुर्याद्धस्तपादादिसंधिषु । षडंगानि ततो न्यस्य जातिषट्कयुतानि च । दिग्बंधमाचरेत्पश्चादाग्नेयादि यथाक्रमम्
Ensuite, selon la voie enseignée par le Seigneur Śiva, qu’on accomplisse l’aṅga-nyāsa. Puis qu’on fasse le varṇa-nyāsa aux articulations des mains, des pieds et des autres membres. Ensuite, en plaçant les six aṅgas (auxiliaires du mantra) avec les six classes (jātis) de sons, qu’on accomplisse après cela le dig-bandha (scellement des directions), en commençant par le quartier d’Agni et en suivant l’ordre prescrit.
Verse 19
यद्वा मूर्धादिपञ्चांगं न्यासमेव समाचरेत् । तथा षडंगन्यासं च भूतशुद्ध्यादिकं विना । एवं समासरूपेण कृत्वा देहात्मशोधनम् । शिवभावमुपागम्य पूजयेत्परमेश्वरम्
Ou bien, on peut n’accomplir que le nyāsa en cinq parties, en commençant par la tête; et de même le ṣaḍ-aṅga-nyāsa, sans (préliminaires élaborés) tels que le bhūta-śuddhi, etc. Ainsi, sous une forme concise, après avoir purifié le corps et le soi, et être entré dans l’état de conscience de Śiva, qu’on adore Parameśvara.
Verse 21
अथ यस्यास्त्यवसरो नास्ति वा मतिविभ्रमः । स विस्तीर्णेन कल्पेन न्यासकर्म समाचरेत् । तत्राद्यो मातृकान्यासो ब्रह्मन्यासस्ततः परः । तृतीयः प्रणवन्यासो हंसन्यासस्तदुत्तरः
Or, si quelqu’un a le temps et l’occasion — ou bien s’il y a trouble dans l’esprit — qu’il accomplisse le rite de nyāsa selon la procédure développée. Dans cette méthode, le premier est le Mātṛkā-nyāsa; vient ensuite le Brahma-nyāsa. Le troisième est le Praṇava-nyāsa, puis après cela le Haṃsa-nyāsa.
Verse 22
अध्याय
Ceci indique le « chapitre » (adhyāya), la division scripturaire où l’enseignement sur Śiva est ordonné pour une étude et une contemplation méthodiques.
Verse 23
पञ्चमः कथ्यते सद्भिर्न्यासः पञ्चाक्षरात्मकः । एतेष्वेकमनेकं वा कुर्यात्पूजादि कर्मसु । अकारं मूर्ध्नि विन्यस्य आकारं च ललाटके । इं ईं च नेत्रयोस्तद्वतुं ऊं श्रवणयोस्तथा
La cinquième méthode, louée par les vertueux, est dite être le nyāsa constitué des cinq syllabes. Dans les actes tels que le culte, on peut accomplir un seul de ces nyāsas ou même plusieurs. Place ‘a’ au sommet de la tête et ‘ā’ sur le front ; de même, place ‘i’ et ‘ī’ sur les deux yeux, et pareillement ‘u’ et ‘ū’ sur les deux oreilles.
Verse 25
ऋं ःं कपोलयोश्चैव ऌअं ॡं नासापुटद्वये । एमेमोष्ठद्वयोरोमौं दंतपंक्तिद्वयोः क्रमात् । अं जिह्वायामथो तालुन्यः प्रयोज्यो यथाक्रमम् । कवर्गं दक्षिणे हस्ते न्यसेत्पञ्चसु संधिषु
Place les syllabes-semences ‘ṛṃ’ et ‘ḥṃ’ sur les deux joues ; ‘ḷaṃ’ et ‘ḹṃ’ sur les deux narines. Dans l’ordre requis, applique ‘e’ et ‘me’ sur les deux lèvres, et ‘omauṃ’ sur les deux rangées de dents. Ensuite place ‘aṃ’ sur la langue, et la syllabe ‘yaḥ’ sur le palais, comme prescrit. Puis installe le groupe de lettres ‘ka’ sur la main droite, à ses cinq articulations.
Verse 27
चवर्गं च तथा वामहस्तसंधिषु विन्यसेत् । टवर्गं च तवर्गं च पादयोरुभयोरपि । पफौ तु पार्श्वयोः पृष्ठे नाभौ चापि बभौ ततः । न्यसेन्मकारं हृदये त्वगादिषु यथाक्रमम्
Qu’on place les lettres du groupe Ca sur les articulations de la main gauche. Les groupes Ṭa et Ta doivent être placés sur les deux pieds. Les lettres Pa et Pha se placent sur les deux flancs ; puis Ba et Bha sur le dos et aussi sur le nombril. Ensuite, qu’on place la lettre Ma dans le cœur, et (les placements restants) sur la peau et les autres parties dans l’ordre requis — sanctifiant ainsi le corps par le nyāsa pour le culte de Śiva.
Verse 29
यकरादिसकारांतान्न्यसेत्सप्तसु धातुषु । हंकारं हृदयस्यांतः क्षकारं भ्रूयुगांतरे । एवं वर्णान्प्रविन्यस्य पञ्चाशद्रुद्रवर्त्मना । अंगवक्त्रकलाभेदात्पञ्च ब्रह्माणि विन्यसेत्
Que le pratiquant place (par nyāsa) les lettres commençant par « ya » et se terminant par « sa » sur les sept constituants du corps. Que « ha » soit placé au-dedans du cœur, et « kṣa » entre les deux sourcils. Ainsi, après avoir correctement installé les lettres le long de la voie de Rudra des cinquante sons, qu’il installe ensuite les Cinq Brahmans, distingués selon les membres, les visages et les énergies divines (kalās).
Verse 31
करन्यासाद्यमपि तैः कृत्वा वाथ न वा क्रमात् । शिरोवदनहृद्गुह्यपादेष्वेतानि कल्पयेत् । ततश्चोर्ध्वादिवक्त्राणि पश्चिमांतानि कल्पयेत् । ईशानस्य कलाः पञ्च पञ्चस्वेतेषु च क्रमात्
Après avoir accompli le kara-nyāsa (imposition sur les mains) et les autres préliminaires avec ces mantras — selon l’ordre prescrit ou non — qu’on les assigne à la tête, au visage, au cœur, à la région secrète et aux pieds. Ensuite, qu’on contemple les visages en commençant par celui d’en haut et en terminant par celui de l’ouest. Dans ces cinq stations, qu’on place successivement les cinq kalās (puissances) d’Īśāna.
Verse 33
ततश्चतुर्षु वक्त्रेषु पुरुषस्य कला अपि । चतस्रः प्रणिधातव्याः पूर्वादिक्रमयोगतः । हृत्कंठांसेषु नाभौ च कुक्षौ पृष्ठे च वक्षसि । अघोरस्य कलाश्चाष्टौ पादयोरपि हस्तयोः
Ensuite, sur les quatre visages, qu’on place aussi les quatre kalās de l’aspect Puruṣa, selon l’ordre juste en commençant par le visage de l’est. Qu’elles soient installées au cœur, à la gorge, aux épaules, au nombril, au ventre, au dos et à la poitrine. De même, les huit kalās d’Aghora doivent être placées sur les deux pieds et aussi sur les deux mains.
Verse 35
पश्चात्त्रयोःदशकलाः पायुमेढ्रोरुजानुषु । जंघास्फिक्कटिपार्श्वेषु वामदेवस्य भावयेत् । घ्राणे शिरसि बाह्वोश्च कल्पयेत्कल्पवित्तमः । अष्टत्रिंशत्कलान्यासमेवं कृत्वानुपूर्वशः
Ensuite, celui qui connaît le rite prescrit doit méditer, dans l’ordre, sur les treize kalā, en les plaçant à l’anus, à l’organe générateur, aux cuisses et aux genoux. Dans les jambes, les fesses, la taille et les flancs, qu’il contemple la présence de Vāmadeva. Qu’il assigne de même (les kalā) au nez, à la tête et aux bras. Ainsi, accomplissant successivement le nyāsa des trente-huit kalā, il progresse pas à pas.
Verse 37
पश्चात्प्रणवविद्धीमान्प्रणवन्यासमाचरेत् । बाहुद्वये कूर्परयोस्तथा च मणिबन्धयोः । पार्श्वोदरोरुजंघेषु पादयोः पृष्ठतस्तथा । इत्थं प्रणवविन्यासं कृत्वा न्यासविचक्षणः
Ensuite, le pratiquant avisé, bien instruit dans le Praṇava, doit accomplir le nyāsa du Praṇava. Qu’il le place sur les deux bras, sur les coudes et aussi sur les poignets; sur les flancs et le ventre, sur les cuisses et les jambes, sur les pieds, et également sur le dos. Ainsi, ayant disposé de cette manière le Praṇava-nyāsa, l’expert en nyāsa poursuit (l’adoration/la méditation).
Verse 39
हंसन्यासं प्रकुर्वीत शिवशास्त्रे यथोदितम् । बीजं विभज्य हंसस्य नेत्रयोर्घ्राणयोरपि । विभज्य बाहुनेत्रास्यललाटे घ्राणयोरपि । कक्षयोः स्कन्धयोश्चैव पार्श्वयोस्तनयोस्तथा
Qu’on accomplisse le Haṃsa-nyāsa exactement comme l’enseignent les écritures śaiva. En divisant la syllabe-semence de « Haṃsa », qu’on la place sur les yeux et sur les narines; qu’on la répartisse de même sur les bras, les yeux, la bouche et le front, et aussi sur les narines; puis sur les aisselles, les épaules, les flancs du corps et sur la poitrine également.
Verse 41
कठ्योः पाण्योर्गुल्फयोश्च यद्वा पञ्चांगवर्त्मना । हंसन्यासमिमं कृत्वा न्यसेत्पञ्चाक्षरीं ततः । यथा पूर्वोक्तमार्गेण शिवत्वं येन जायते । नाशिवः शिवमभ्यस्येन्नाशिवः शिवमर्चयेत्
Sur les hanches, sur les mains et sur les chevilles — ou bien en suivant la voie aux cinq membres — après avoir accompli ce « Haṃsa-nyāsa », on doit ensuite installer le mantra Pañcākṣarī. Selon la méthode dite plus haut, par laquelle naît l’état de Śiva, qu’on comprenne ceci : celui qui n’est pas (rendu) Śiva ne doit pas pratiquer Śiva, et celui qui n’est pas (rendu) Śiva ne doit pas adorer Śiva.
Verse 43
नाशिवस्तु शिवं ध्यायेन्नाशिवम्प्राप्नुयाच्छिवम् । तस्माच्छैवीं तनुं कृत्वा त्यक्त्वा च पशुभावनाम् । शिवो ऽहमिति संचिन्त्य शैवं कर्म समाचरेत् । कर्मयज्ञस्तपोयज्ञो जपयज्ञस्तदुत्तरः
Celui dont l’esprit n’est pas devenu Śiva ne doit pas méditer Śiva; et celui qui n’est pas tourné vers Śiva ne peut atteindre Śiva. Ainsi, ayant fait de tout son être une forme śaiva et rejeté la notion animale de l’âme liée (paśu-bhāva), qu’il contemple: «Je suis à Śiva, j’appartiens à Śiva», puis qu’il accomplisse les disciplines śaives. On y enseigne le yajña de l’action juste (karma-yajña), le yajña de l’austérité (tapo-yajña) et, plus élevé que ceux-ci, le yajña de la récitation du mantra (japa-yajña).
Verse 44
ध्यानयज्ञो ज्ञानयज्ञः पञ्च यज्ञाः प्रकीर्तिताः । कर्मयज्ञरताः केचित्तपोयज्ञरताः परे । जपयज्ञरताश्चान्ये ध्यानयज्ञरतास्तथा
Le yajña de la méditation et le yajña de la connaissance: ainsi sont proclamés les cinq yajñas. Certains se vouent au karma-yajña; d’autres au tapo-yajña; d’autres encore au japa-yajña, et de même au dhyāna-yajña, le yajña de la contemplation.
Verse 46
ज्ञानयज्ञरताश्चान्ये विशिष्टाश्चोत्तरोत्तरम् । क्रमयज्ञो द्विधा प्रोक्तः कामाकामविभेदतः । कामान्कामी ततो भुक्त्वा कामासक्तः पुनर्भवेत् । अकामे रुद्रभवने भोगान्भुक्त्वा ततश्च्युतः
D’autres se vouent au yajña de la connaissance, devenant toujours plus excellents, degré après degré. Le kramayajña, le sacrifice gradué, est déclaré de deux sortes: avec désir et sans désir. L’aspirant mû par le désir, après avoir goûté les objets désirés, se trouve lié par l’attachement aux plaisirs et renaît. Mais sur la voie sans désir—parvenu à la demeure de Rudra—ayant goûté aux jouissances divines qui s’y trouvent, il ne retombe pas (dans la renaissance).
Verse 48
तपोयज्ञरतो भूत्वा जायते नात्र संशयः । तपस्वी च पुनस्तस्मिन्भोगान् भुक्त्वा ततश्च्युतः । जपध्यानरतो भूत्वा जायते भुवि मानवः । जपध्यानरतो मर्त्यस्तद्वैशिष्ट्यवशादिह
Celui qui s’adonne au tapo-yajña naît assurément comme ascète; il n’y a là aucun doute. Pourtant, même cet ascète, après avoir goûté là-bas les objets d’expérience, retombe de cet état. Mais celui qui s’adonne au japa et à la méditation naît sur terre comme être humain; et ce mortel, par la puissance particulière du japa et de la contemplation, devient remarquable ici même, en ce monde.
Verse 50
ज्ञानं लब्ध्वाचिरादेव शिवसायुज्यमाप्नुयात् । तस्मान्मुक्तो शिवाज्ञप्तः कर्मयज्ञो ऽपि देहिनाम् । अकामः कामसंयुक्तो बन्धायैव भविष्यति । तस्मात्पञ्चसु यज्ञेषु ध्यानज्ञानपरो भवेत्
Ayant obtenu la connaissance véritable, on parvient vite à la sāyujya, l’union avec Śiva. Ainsi, même les sacrifices rituels prescrits par Śiva pour les êtres incarnés ne lient plus le libéré comme une action obligatoire. Mais celui qui était sans désir, s’il s’associe au désir, tombera assurément dans la servitude. C’est pourquoi, parmi les cinq sacrifices, qu’on se voue à la méditation et à la connaissance spirituelle.
Verse 52
ध्यानं ज्ञानं च यस्यास्ति तीर्णस्तेन भवार्णवः । हिंसादिदोषनिर्मुक्तो विशुद्धश्चित्तसाधनः । ध्यानयज्ञः परस्तस्मादपवर्गफलप्रदः । बहिः कर्मकरा यद्वन्नातीव फलभागिनः
Celui qui possède méditation et connaissance véritable traverse l’océan du devenir. Délivré des fautes telles que la violence, il devient un instrument pur pour l’affinement de la conscience. Ainsi, le sacrifice qui est méditation est le plus élevé, car il confère le fruit de la délivrance (apavarga). Les actes rituels extérieurs ne sont, pour ainsi dire, que des serviteurs; ils ne participent guère au fruit suprême.
Verse 54
दृष्ट्वा नरेन्द्रभवने तद्वदत्रापि कर्मिणः । ध्यानिनां हि वपुः सूक्ष्मं भवेत्प्रत्यक्षमैश्वरम् । यथेह कर्मणां स्थूलं मृत्काष्ठाद्यैः प्रकल्पितम् । ध्यानयज्ञरतास्तस्माद्देवान्पाषाणमृण्मयान्
De même qu’on a vu ce principe au palais du roi, ainsi ici les ritualistes (karmiṇas) agissent pareillement. Pour les contemplatifs (dhyānins), la forme est subtile et se manifeste directement comme souveraineté divine (aiśvarya). Mais, tout comme en ce monde les formes grossières des actes rituels sont façonnées d’argile, de bois et autres, ainsi ceux qui se consacrent au sacrifice de la méditation (dhyāna-yajña) utilisent aussi des divinités faites de pierre ou d’argile comme supports du culte.
Verse 56
नात्यंतं प्रतिपद्यंते शिवयाथात्म्यवेदनात् । आत्मस्थं यः शिवं त्यक्त्वा बहिरभ्यर्चयेन्नरः । हस्तस्थं फलमुत्सृज्य लिहेत्कूर्परमात्मनः । ज्ञानाद्ध्यानं भवेद्ध्यानाज्ज्ञानं भूयः प्रवर्तते
Sans connaître réellement la vraie nature de Śiva, les hommes n’atteignent pas pleinement le Suprême. Celui qui délaisse Śiva demeurant dans le Soi et n’adore qu’un objet extérieur est comme celui qui jette le fruit déjà dans sa main et se met à lécher son propre coude. De la connaissance juste naît la méditation, et de la méditation la connaissance progresse encore davantage.
Verse 58
तदुभाभ्यां भवेन्मुक्तिस्तस्माद्ध्यानरतो भवेत् । द्वादशान्ते तथा मूर्ध्नि ललाटे भ्रूयुगान्तरे । नासाग्रे वा तथास्ये वा कन्धरे हृदये तथा । नाभौ वा शाश्वतस्थाने श्रद्धाविद्धेन चेतसा
De ces deux—pratique et connaissance—naît la délivrance; qu’on se consacre donc à la méditation. L’esprit transpercé par la foi (śraddhā), qu’on fixe la contemplation au dvādaśānta (l’extrémité des douze), ou sur la couronne de la tête, sur le front, entre les sourcils, au bout du nez, ou dans la bouche, à la gorge, dans le cœur, ou au nombril — au séjour éternel.
Verse 60
बहिर्यागोपचारेण देवं देवीं च पूजयेत् । अथवा पूजयेन्नित्यं लिंगे वा कृतकेपि वा । वह्नौ वा स्थण्डिले वाथ भक्त्या वित्तानुसारतः । अथवांतर्बहिश्चैव पूजयेत्परमेश्वरम् । अंतर्यागरतः पूजां बहिः कुर्वीत वा न वा
On doit vénérer le Dieu et la Déesse par des rites et des offrandes extérieurs. Ou bien l’on peut adorer chaque jour—dans le Liṅga ou même dans une image façonnée; dans le feu sacré ou sur un autel consacré—selon ses moyens, avec bhakti. Ou encore, l’on peut vénérer le Seigneur Suprême au-dedans et au-dehors. Pour celui qui demeure dans le sacrifice intérieur (antaryāga), le culte extérieur peut être accompli—ou même omis.
This chapter is primarily procedural rather than narrative; it does not center on a discrete mythic event but on the ritual-yogic method of nyāsa and purification leading to Śiva worship.
Saṃhṛti-nyāsa encodes reabsorption: the practitioner ritually ‘withdraws’ manifestation back into its source, mirroring cosmic laya and enabling dehātma-śodhana and reintegration into Śiva-tejas.
The five kalās/elemental powers are contemplated in heart, throat, palate, brow-center, and brahmarandhra, linked with their bījas; prāṇa is directed through suṣumnā to brahmarandhra for union with Śiva.