Adhyaya 54
Rudra SamhitaYuddha KhandaAdhyaya 5463 Verses

अनिरुद्धापहरणानन्तरं कृष्णस्य शोणितपुरगमनम् तथा रुद्रकृष्णयुद्धारम्भः | After Aniruddha’s Abduction: Kṛṣṇa Marches to Śoṇitapura and the Rudra–Kṛṣṇa Battle Begins

L’Adhyāya 54 s’ouvre sur la question de Vyāsa à Sanatkumāra : comment Kṛṣṇa réagit-il après l’enlèvement d’Aniruddha (petit-fils de Kṛṣṇa) par la fille de Kumbhāṇḍa ? Sanatkumāra décrit l’immédiat après-coup : les lamentations des femmes retentissent, Kṛṣṇa est accablé, et le temps s’écoule dans le deuil, Aniruddha demeurant introuvable. Nārada apporte ensuite des renseignements sur la captivité et la condition d’Aniruddha, ce qui accroît l’agitation des Vṛṣṇis. Ayant appris toute l’affaire, Kṛṣṇa se résout à la guerre et marche aussitôt vers Śoṇitapura, en appelant Garuḍa (Tārkṣya). Pradyumna, Yuyudhāna (Sātyaki), Sāmba, Sāraṇa et d’autres alliés de Rāma et de Kṛṣṇa l’accompagnent. Avec douze akṣauhiṇīs, ils assiègent la cité de Bāṇa de toutes parts, endommageant jardins, remparts, tours et portes. Voyant l’attaque, Bāṇa sort, furieux, avec une force comparable. Pour Bāṇa, Rudra (Śiva) arrive avec son fils et les pramathas, monté sur Nandin, et commence alors un combat à la fois terrible et prodigieux entre le camp de Kṛṣṇa et les protecteurs conduits par Rudra.

Shlokas

Verse 1

व्यास उवाच । अनिरुद्धे हृतै पौत्रे कृष्णस्य मुनिसत्तम । कुंभांडसुतया कृष्णः किमकार्षीद्धि तद्वद

Vyāsa dit : «Ô le meilleur des sages, lorsque Aniruddha—petit-fils de Kṛṣṇa—fut enlevé par la fille de Kumbhāṇḍa, que fit donc Kṛṣṇa en ce moment-là ? Dis-le-moi.»

Verse 2

सनत्कुमार उवाच । ततो गतेऽनिरुद्धे तु तत्स्त्रीणां रोदनस्वनम् । श्रुत्वा च व्यथितः कृष्णो बभूव मुनिसत्तम

Sanatkumāra dit : Quand Aniruddha fut parti, Kṛṣṇa, entendant le bruit des pleurs des femmes, fut saisi d’une profonde douleur, ô meilleur des sages.

Verse 3

अपश्यतां चानिरुद्धं तद्बंधूनां हरेस्तथा । चत्वारो वार्षिका मासा व्यतीयुरनुशोचताम्

Ne voyant pas Aniruddha, ses proches—ainsi que ceux de Hari (Viṣṇu)—se lamentèrent. Et tandis qu’ils se désolaient, quatre mois de la saison des pluies s’écoulèrent.

Verse 4

नारदात्तदुपाकर्ण्य वार्तां बद्धस्य कर्म च । आसन्सुव्यथितास्सर्वे वृष्णयः कृष्णदेवताः

En entendant de Nārada la nouvelle et les actes concernant celui qui avait été lié, tous les Vṛṣṇi—dont le Seigneur d’élection était Kṛṣṇa—furent profondément bouleversés.

Verse 5

कृष्णस्तद्वृत्तमखिलं श्रुत्वा युद्धाय चादरात् । जगाम शोणितपुरं तार्क्ष्यमाहूय तत्क्षणात्

Ayant entendu le récit entier de ce qui s’était passé, Kṛṣṇa, avide de bataille, convoqua sur-le-champ Tārkṣya (Garuḍa) et se mit aussitôt en route vers Śoṇitapura.

Verse 6

प्रद्युम्नो युयुधानश्च गतस्सांबोथ सारणः । नंदोपनंदभद्राद्या रामकृष्णानुवर्तिनः

Pradyumna et Yuyudhāna se mirent en route ; Sāmba et Sāraṇa partirent aussi. Nanda, Upananda, Bhadra et d’autres — compagnons et serviteurs de Rāma et de Kṛṣṇa — gagnèrent pareillement le champ de bataille.

Verse 7

अक्षौहिणीभिर्द्वादशभिस्समेतासर्वतो दिशम् । रुरुधुर्बाणनगरं समंतात्सात्वतर्षभाः

Les plus éminents héros parmi les Sātvatas, rassemblés avec douze armées d’akṣauhiṇī, encerclèrent de toutes parts la cité de Bāṇa, la bloquant de chaque direction.

Verse 8

भज्यमानपुरोद्यानप्राकाराट्टालगोपुरम् । वीक्ष्यमाणो रुषाविष्टस्तुल्यसैन्योभिनिर्ययौ

Voyant les jardins, les remparts, les tours de guet et les portes fortifiées de la cité se briser, il—bouillonnant de colère—sortit pour leur faire face, s’avançant avec une armée d’égale puissance.

Verse 9

बाणार्थे भगवान् रुद्रस्ससुतः प्रमथैर्वृतः । आरुह्य नन्दिवृषभं युद्धं कर्त्तुं समाययौ

Pour Bāṇa, Bhagavān Rudra—avec son fils et entouré des Pramathas—monta Nandi, le taureau sacré, et s’avança pour livrer bataille.

Verse 10

आसीत्सुतुमुलं युद्धमद्भुतं लोमहर्षणम् । कृष्णादिकानां तैस्तत्र रुद्राद्यैर्बाणरक्षकैः

Alors s’éleva un combat d’une violence tumultueuse, merveilleux et faisant se hérisser les cheveux. Là, d’un côté se tenaient Kṛṣṇa et les autres; de l’autre, les Rudra et les gardiens alliés, archers qui défendaient par leurs flèches.

Verse 11

कृष्णशंकरयोरासीत्प्रद्युम्नगुहयोरपि । कूष्मांडकूपकर्णाभ्यां बलेन सह संयुगः

Il y eut un affrontement farouche entre Kṛṣṇa et Śaṅkara (Śiva). De même, Pradyumna combattit Guha (Kārttikeya) ; et Balarāma se mesura à Kūṣmāṇḍa et à Kūpakarṇa.

Verse 12

सांबस्य बाणपुत्रेण बाणेन सह सात्यकेः । नन्दिना गरुडस्यापि परेषां च परैरपि

Sāmba combattit le fils de Bāṇa, tandis que Sātyaki affronta Bāṇa lui-même. Nandin se mesura aussi à Garuḍa, et les autres guerriers rencontrèrent pareillement leurs adversaires respectifs.

Verse 13

ब्रह्मादयस्सुराधीशा मुनयः सिद्धचारणाः । गंधर्वाऽप्सरसो यानैर्विमानैर्द्रष्टुमागमन्

Brahmā et les autres seigneurs des dieux, avec les sages, les Siddha et les Cāraṇa, ainsi que les Gandharva et les Apsarā, vinrent sur leurs montures et vimāna célestes afin de contempler cet événement merveilleux.

Verse 14

प्रमथैर्विविधाकारै रेवत्यंतैः सुदारुणम् । युद्धं बभूव विप्रेन्द्र तेषां च यदुवंशिनाम्

Ô le meilleur des brāhmaṇa, une bataille des plus terribles s’éleva entre les Pramatha aux formes innombrables—avec Revatī et les autres parmi eux—et les guerriers de la lignée de Yadu.

Verse 15

भ्रात्रा रामेण सहितः प्रद्युम्नेन च धीमता । कृष्णश्चकार समरमतुलं प्रमथैस्सह

Accompagné de son frère Rāma et du sage Pradyumna, Kṛṣṇa livra un combat sans égal aux côtés des Pramathas, les farouches serviteurs du Seigneur Śiva.

Verse 16

तत्राग्निनाऽभवद्युद्धं यमेन वरुणेन च । विमुखेन त्रिपादेन ज्वरेण च गुहेन च

Là se déroula une bataille : avec Agni, avec Yama et avec Varuṇa ; et aussi avec Vimukha, Tripāda, Jvara et Guha.

Verse 17

प्रमथैर्विविधाकारैस्तेषामन्यं तदारुणम् । युद्धं बभूव विकटं वृष्णीनां रोमहर्षणम्

Alors, avec les Pramathas de Śiva aux formes multiples et variées, s’éleva une autre bataille, farouche et effroyable—terrible par sa puissance—qui fit frissonner d’épouvante les Vṛṣṇis.

Verse 18

विभीषिकाभिर्बह्वीभिः कोटरीभिः पदेपदे । निर्ल्लज्जाभिश्च नारीभिः प्रबलाभिरदूरतः

À chaque pas se montraient de nombreuses apparitions terrifiantes et des creux pareils à des cavernes ; et, non loin, l’on voyait des femmes puissantes et sans pudeur, de nature démoniaque — signes d’effroi s’élevant de toutes parts.

Verse 19

शंकरानुचराञ्शौरिर्भूतप्रमथगुह्यकान् । द्रावयामास तीक्ष्णाग्रैः शरैः शार्ङ्गधनुश्च्युतैः

Alors Śauri (Viṣṇu), décochant du grand arc Śārṅga des flèches au tranchant aigu, refoula et dispersa les suivants de Śaṅkara — les troupes de Bhūtas, de Pramathas et de Guhyakas.

Verse 20

एवं प्रद्युम्नप्रमुखा वीरा युद्धमहोत्सवाः । चक्रुर्युद्धं महाघोरं शत्रुसैन्यं विनाशयन्

Ainsi, les héros menés par Pradyumna — joyeux comme si la bataille était une fête — livrèrent un combat des plus terribles, détruisant les armées ennemies.

Verse 21

विशीर्यमाणं स्वबलं दृष्ट्वा रुद्रोत्यमर्षणः । क्रोधं चकार सुमहन्ननाद च महोल्बणम्

Voyant ses propres troupes se briser, Rudra — insoutenable au combat — s’emplit d’une colère immense et, d’une puissance écrasante, poussa un rugissement formidable et terrifiant.

Verse 22

तच्छ्रुत्वा शंकरगणा विनेदुर्युयुधुश्च ते । मर्दयन्प्रतियोद्धारं वर्द्धिताश्शंभुतेजसा

À cette écoute, les Gaṇas de Śaṅkara rugirent et s’élancèrent au combat. Fortifiés par l’éclat de Śambhu, ils écrasèrent les guerriers adverses.

Verse 23

पृथग्विधानि चायुक्तं शार्ङ्गास्त्राणि पिनाकिने । प्रत्यक्षैश्शमयामास शूलपाणिरविस्मितः

Alors le Porteur du Trident—sans la moindre stupeur—apaisa de façon directe les divers traits issus du Śārṅga, lancés contre Pinākin (Śiva), les neutralisant sous les yeux de tous.

Verse 24

ब्रह्मास्त्रस्य च ब्रह्मास्त्रं वायव्यस्य च पार्वतम् । आग्नेयस्य च पार्जन्यं नैजं नारायणस्य च

Pour contrer le Brahmāstra, il lança le Brahmāstra lui-même ; contre l’arme du vent, Vāyavya, il employa l’arme de la montagne, Pārvatā ; contre l’arme du feu, Āgneya, il déploya l’arme de la pluie, Pārjanya ; et contre l’arme de Nārāyaṇa, il usa de sa propre puissance innée.

Verse 25

कृष्णसैन्यं विदुद्राव प्रतिवीरेण निर्जितम् । न तस्थौ समरे व्यास पूर्णरुद्रसुतेजसा

Ô Vyāsa, l’armée de Kṛṣṇa se disloqua et prit la fuite, vaincue par le héros adverse. Dans la mêlée, elle ne put tenir bon, accablée par l’éclat total, né de Rudra, de ce guerrier.

Verse 26

विद्राविते स्वसैन्ये तु श्रीकृष्णश्च परंतपः । स्वं ज्वरं शीतलाख्यं हि व्यसृजद्दारुणं मुने

Lorsque sa propre armée eut été mise en déroute, Śrī Kṛṣṇa—le fléau des ennemis—ô sage, relâcha sa terrible fièvre, appelée Sītala, «la Rafraîchissante».

Verse 27

विद्राविते कृष्णसैन्ये कृष्णस्य शीतलज्वरः । अभ्यपद्यत तं रुद्रं मुने दशदिशो दहन्

Lorsque l’armée de Kṛṣṇa eut été mise en déroute, ô sage, Śītala-jvara — la fièvre de Kṛṣṇa — embrasant les dix directions, chercha refuge auprès de ce Rudra.

Verse 28

महेश्वरोथऽ तं दृष्ट्वायांतं स्वं विसृजज्ज्वरम् । माहेश्वरो वैष्णवश्च युयुधाते ज्वरावुभौ

Alors Maheśvara (Śiva), le voyant s’approcher, déchaîna sa propre arme de fièvre, le Jvara. Dès lors, le Jvara māheśvara et le Jvara vaiṣṇava—ces deux fièvres—s’affrontèrent l’un l’autre.

Verse 29

वैष्णवोऽथ समाक्रदन्माहेश्वरबलार्दितः । अलब्ध्वा भयमन्यत्र तुष्टाव वृषभध्वजम्

Alors le partisan de Viṣṇu, durement frappé par la puissance des troupes de Śiva, poussa un cri. Ne trouvant ailleurs aucun refuge contre la peur, il se mit à louer Vṛṣabhadhvaja—Śiva, dont l’étendard porte le taureau.

Verse 30

अथ प्रसन्नो भगवान्विष्णुज्वरनुतो हरः । विष्णुशीतज्वरं प्राह शरणागतवत्सलः

Alors le Seigneur Hara (Śiva), réjoui et loué par le démon de la fièvre de Viṣṇu, s’adressa avec compassion à la « fièvre froide » de Viṣṇu—Lui qui est toujours plein de tendresse envers ceux qui prennent refuge en Lui.

Verse 31

महेश्वर उवाच । शीतज्वर प्रसन्नोऽहं व्येतु ते मज्ज्वराद्भयम् । यो नौ स्मरति संवादं तस्य न स्याज्ज्वराद्भयम्

Mahēśvara dit : « Ô Śītajvara, je suis satisfait. Que s’éloigne de toi la crainte de la fièvre qui est mienne. Quiconque se souvient de notre entretien n’aura pas peur née de la fièvre. »

Verse 32

सनत्कुमार उवाच । इत्युक्तो रुद्रमानम्य गतो नारायणज्वरः । तं दृष्ट्वा चरितं कृष्णो विसिस्माय भयान्वितः

Sanatkumāra dit : Ainsi instruit, le mal de fièvre de Nārāyaṇa s’inclina devant Rudra et s’en alla. Voyant ce déroulement prodigieux, Kṛṣṇa fut saisi d’étonnement, et un frisson de crainte s’éleva en lui.

Verse 33

स्कन्द प्रद्युम्नबाणौघैरर्द्यमानोऽथ कोपितः । जघान शक्त्या प्रद्युम्नं दैत्यसंघात्यमर्षणः

Alors, violemment pressé par les torrents de flèches de Skanda et de Pradyumna, le Daitya s’emporta; ce destructeur de troupes d’asuras, incapable de supporter l’affront, frappa Pradyumna de son arme-lance, la śakti.

Verse 34

स्कंदप्राप्तिहतस्तत्र प्रद्युम्नः प्रबलोपि हि । असृग्विमुंचन्गात्रेभ्यो बलेनापाक्रमद्रणात्

Là, bien que Pradyumna fût puissant, il fut frappé par Skanda. Le sang jaillissant de ses membres, il se retira pourtant du champ de bataille par sa propre vigueur.

Verse 35

कुंभांडकूपकर्णाभ्यां नानास्त्रैश्च समाहतः । दुद्राव बलभद्रोपि न तस्थेपि रणे बली

Frappé durement par Kumbhāṇḍa et Kūpakarṇa au moyen d’armes de toutes sortes, même le puissant Balabhadra recula et se replia en hâte ; le vaillant ne tint pas sa position dans ce combat.

Verse 36

कृत्वा सहस्रं कायानां पीत्वा तोयं महार्णवात् । गरुडो नाशयत्यर्थाऽऽवर्तैर्मेघार्णवांबुभिः

Prenant mille corps et buvant les eaux du grand océan, Garuḍa les anéantit au moyen de tourbillons, en se servant des eaux de l’océan semblable à des nuées.

Verse 37

अथ क्रुद्धो महेशस्य वाहनो वृषभो बली । वेगेन महतारं वै शृंगाभ्यां निजघान तम्

Alors le puissant taureau, monture de Maheśvara, saisi de colère, s’élança avec une force immense et frappa cet ennemi de ses cornes.

Verse 38

शृंगघातविशीर्णांगो गरुडोऽतीव विस्मितः । विदुद्राव रणात्तूर्णं विहाय च जनार्दनम्

Frappé par le choc de la corne, le corps de Garuḍa fut déchiré et brisé; saisi d’un immense étonnement, il s’enfuit promptement du champ de bataille, abandonnant Janārdana (Viṣṇu).

Verse 39

एवं जाते चरित्रं तु भगवान्देवकीसुतः । उवाच सारथिं शीघ्रं रुद्रतेजोतिविस्मितः

Quand ce retournement advint, le Bienheureux fils de Devakī, stupéfait devant l’éclat flamboyant de Rudra, s’adressa promptement à son cocher.

Verse 40

श्रीकृष्ण उवाच । हे सूत शृणु मद्वाक्यं रथं मे वाहय द्रुतम् । महादेवसमीपस्थो यथा स्यां गदितुं वचः

Śrī Kṛṣṇa dit : «Ô cocher, écoute mes paroles : mène mon char sans tarder, afin que je sois près de Mahādeva et que je puisse Lui transmettre mon message.»

Verse 41

सनत्कुमार उवाच । इत्युक्तो हरिणा सूतो दारुकस्स्वगुणाग्रणीः । द्रुतं तं वाहयामास रथं रुद्रसमीपतः

Sanatkumāra dit : Ainsi instruit par Hari (Viṣṇu), le cocher Dāruka—le premier par ses qualités—conduisit promptement ce char tout près de Rudra (le Seigneur Śiva).

Verse 42

अथ विज्ञापयामास नतो भूत्वा कृतांजलिः । श्रीकृष्णः शंकरं भक्त्या प्रपन्नो भक्तवत्सलम्

Alors Śrī Kṛṣṇa, s’inclinant et joignant les mains en añjali, soumit sa requête à Śaṅkara ; avec bhakti il prit refuge en Lui, Lui qui chérit toujours Ses dévots.

Verse 43

श्रीकृष्ण उवाच । देवदेव महादेव शरणागतवत्सल । नमामि त्वाऽनंतशक्तिं सर्वात्मानं परेश्वरम्

Śrī Kṛṣṇa dit : «Ô Dieu des dieux, Mahādeva, plein de tendresse pour ceux qui prennent refuge en Toi, je me prosterne devant Toi, Puissance sans fin, Soi intérieur de tous les êtres, Souverain suprême.»

Verse 44

विश्वोत्पत्तिस्थाननाशहेतुं सज्ज्ञप्ति मात्रकम् । ब्रह्मलिंगं परं शांतं केवलं परमेश्वरम्

Ce Brahma-Liṅga est le Parameśvara suprême, paisible et absolu : cause de la naissance, du maintien et de la dissolution de l’univers ; et pourtant il n’est indiqué que par une simple désignation, comme un signe, car il dépasse toute objectivation complète.

Verse 45

कालो दैवं कर्म जीवस्स्वभावो द्रव्यमेव च । क्षेत्रं च प्राण आत्मा च विकारस्तत्समूहकः

Le temps, la destinée, le karma, l’âme individuelle, la disposition innée et la substance matérielle ; ainsi que le kṣetra (champ incarné), le prāṇa (souffle vital) et l’ātman : tout cela, avec ses transformations, forme l’agrégat total de l’existence manifestée.

Verse 46

बीजरोहप्रवाहस्तु त्वन्मायैषा जगत्प्रभो । तन्निबंधं प्रपद्येह त्वामहं परमेश्वरम्

Ô Seigneur de l’univers, ce flot de semences qui germent—ce cycle incessant du devenir mondain—est bien Ta Māyā. Sachant qu’il est le lien qui enchaîne l’âme, ici et maintenant je prends refuge en Toi seul, ô Parameśvara.

Verse 47

नाना भावैर्लीलयैव स्वीकृतैर्निर्जरादिकान् । नूनं बिभषिं लोकेशो हंस्युन्मार्गान्स्वभावतः

«Assurément, ô Seigneur des mondes, en adoptant divers états et des līlās—ruses du jeu divin—Tu as déjà soumis les dieux et les autres à Ta puissance. Ainsi, maintenant, Tu sembles retenir les voies de ceux qui, par leur nature même, se précipiteraient vers la ruine.»

Verse 48

त्वं हि ब्रह्म परं ज्योतिर्गूढं ब्रह्मणि वाङ्मये । यं पश्यंत्यमलात्मानमाकाशमिव केवलम्

Tu es véritablement Brahman—la Lumière suprême—caché au sein du Brahman védique qui se manifeste en parole sacrée. Les âmes pures Te voient comme le Soi sans tache, solitaire et omniprésent, tel le ciel lui-même.

Verse 49

त्वमेव चाद्यः पुरुषोऽद्वितीयस्तुर्य आत्मदृक् । ईशो हेतुरहेतुश्च सविकारः प्रतीयसे

Toi seul es le Purusha primordial, sans second—le Turya, le Voyant direct du Soi. Tu es l’Īśa : la cause et la cause de toutes les causes ; et pourtant, dans la manifestation, on Te perçoit comme porteur de transformations.

Verse 50

स्वमायया सर्वगुणप्रसिद्ध्यै भगवन्प्रभो । सर्वान्वितः प्रभिन्नश्च सर्वतस्त्वं महेश्वर

Ô Seigneur bienheureux, ô Maître souverain ! Par ta propre māyā, afin que toutes les qualités se manifestent et soient reconnues, tu es à la fois Celui qui contient tout (sarvānvita) et Celui qui apparaît diversifié (prabhinna). En toute manière et partout, toi seul es Mahādeva.

Verse 51

यथैव सूर्योऽपिहितश्छायारूपाणि च प्रभो । स्वच्छायया संचकास्ति ह्ययं परमदृग्भवान्

Ô Seigneur, de même que le soleil, lorsqu’il est voilé, fait apparaître des formes d’ombre par sa propre ombre, ainsi Toi, le Voyant suprême, par ton pouvoir de voilement, fais naître le jeu des apparences.

Verse 52

गुणेनापिहितोपि त्वं गुणे व गुणान् विभो । स्वप्रदीपश्चकास्सि त्वं भूमन् गिरिश शंकर

Ô Seigneur qui pénètres tout ! Bien que voilé par les guṇas, tu demeures le Maître des guṇas, même au sein du domaine du guṇa. Auto-lumineux par ta propre lumière, toi seul resplendis — ô Infini, ô Girīśa, ô Śaṅkara.

Verse 53

त्वन्मायामोहितधियः पुत्रदारगृहादिषु । उन्मज्जंति निमज्जंति प्रसक्ता वृजिनार्णवे

Ceux dont l’intelligence est égarée par ta māyā s’attachent aux fils, à l’épouse, à la maison et aux choses semblables. S’y cramponnant, ils montent et replongent sans cesse, ballottés dans l’océan du péché et de la souffrance.

Verse 54

इति शिवमहापुराणे द्वितीयायां रुद्रसंहितायां पञ्चमे युद्धखंडे बाणाऽसुररुद्रकृष्णादियुद्धवर्णनं नाम चतुःपंचाशत्तमोऽध्यायः

Ainsi s’achève le cinquante-quatrième chapitre, intitulé « Description de la bataille impliquant Bāṇāsura, Rudra (Śiva), Kṛṣṇa et d’autres », dans la cinquième section (Yuddha-khaṇḍa) de la Rudra-saṃhitā, au sein du deuxième livre du Śiva Mahāpurāṇa.

Verse 55

त्वदाज्ञयाहं भगवान्बाणदोश्छेत्तुमागतः । त्वयैव शप्तो बाणोऽयं गर्वितो गर्वहारिणा

« Par ton ordre, moi, le Seigneur Bienheureux, je suis venu trancher la faute (l’orgueil offensant) de Bāṇa. Ce Bāṇa même a été maudit par toi—ô toi qui ôtes l’orgueil—et pourtant il demeure ivre d’arrogance. »

Verse 56

निवर्त्तस्व रणा द्देव त्वच्छापो न वृथा भवेत् । आज्ञां देहि प्रभो मे त्वं बाणस्य भुजकृंतने

« Retire-toi du champ de bataille, ô Deva, afin que ta malédiction ne devienne pas vaine. Accorde-moi ton ordre, ô Seigneur, pour trancher les bras de Bāṇa. »

Verse 57

सनत्कुमार उवाच । इत्याकर्ण्य वचश्शंभुः श्रीकृष्णस्य मुनीश्वर । प्रत्युवाच प्रसन्नात्मा कृष्णस्तुत्या महेश्वरः

Sanatkumāra dit : «Ô seigneur parmi les sages, ayant ainsi entendu les paroles de Śrī Kṛṣṇa, Śambhu—Mahādeva—l’âme apaisée par l’hymne de louange de Kṛṣṇa, répondit.»

Verse 58

महेश्वर उवाच । सत्यमुक्तं त्वया तात मया शप्तो हि दैत्यराट् । मदाज्ञया भवान्प्राप्तो बाणदोदंडकृंतने

Maheśvara dit : «Ce que tu as dit est vérité, mon enfant. Oui, le roi des Daityas a été maudit par moi. Par mon ordre tu es venu ici, afin d’abattre l’orgueil de la puissance de Bāṇa et sa force pareille à un bâton.»

Verse 59

किं करोमि रमानाथ भक्ताधीनस्सदा हरे । पश्यतो मे कथं वीर स्याद्बाणभुजकृंतनम्

«Que puis-je faire, ô Seigneur de Ramā (Lakṣmī), ô Hari—Toi qui dépends toujours de Tes dévots ? Ô héros, comment l’amputation des bras de Bāṇa pourrait-elle se produire tandis que je regarde ?»

Verse 60

अतस्त्वं जृंभणास्त्रेण मां जंभय मदाज्ञया । ततस्त्वं कुरु कार्यं स्वं यथेष्टं च सुखी भव

«Ainsi, sur Mon ordre, frappe-Moi de l’arme Jṛmbhaṇa et rends-Moi hébété. Ensuite, accomplis ton œuvre comme tu le souhaites, et sois heureux.»

Verse 61

सनत्कुमार उवाच । इत्युक्तश्शंकरेणाथ शार्ङ्गपाणिस्तु विस्मितः । स्वरणस्थानमागत्य मुमोद स मुनीश्वरः

Sanatkumāra dit : «Ainsi interpellé par Śaṅkara, Śārṅgapāṇi (Viṣṇu), stupéfait, regagna sa propre demeure et s’en réjouit—lui, seigneur parmi les sages.»

Verse 62

जृंभणास्त्रं मुमोचाथ संधाय धनुषि द्रुतम् । पिनाकपाणये व्यास नानास्त्रकुशलो हरिः

Alors Hari—habile à manier de nombreuses armes célestes—ajusta promptement le Jṛmbhaṇāstra sur son arc et le décocha contre Pinākapāṇi (Śiva, porteur du Pināka), ô Vyāsa.

Verse 63

मोहयित्वा तु गिरिशं जृंभणास्त्रेण जृंभितम् । बाणस्य पृतनां शौरिर्जघानासिगदर्ष्टिभिः

Après avoir troublé Girīśa (le Seigneur Śiva) par le Jṛmbhaṇāstra, qui le fit céder à la torpeur et au bâillement, le vaillant Śauri abattit l’armée de Bāṇa par l’épée, la massue et la lance.

Frequently Asked Questions

It narrates Kṛṣṇa’s reaction to Aniruddha’s abduction, the Vṛṣṇis’ mobilization, the march to Śoṇitapura, and the beginning of the battle involving Bāṇa’s defense under Rudra’s support.

Rudra’s intervention signals that the conflict is not merely political but cosmological: it dramatizes divine jurisdiction, the ethics of protection, and the calibrated use of power in maintaining balance across competing claims.

Kṛṣṇa as the decisive protector and strategist (summoning Garuḍa, leading an akṣauhiṇī force) and Rudra as the formidable guardian (arriving with pramathas, mounted on Nandin) are foregrounded as the battle commences.