
Nārada demande comment Bhāgīratha agit dans l’Himālaya et comment la Gaṅgā fut amenée à descendre. Sanaka raconte : Bhāgīratha, roi-ascète, parvient à l’āśrama de Bhṛgu et sollicite la cause véritable de l’élévation humaine ainsi que les actes qui plaisent à Bhagavān. Bhṛgu définit satya comme une parole conforme au dharma et bénéfique aux êtres, exalte l’ahiṃsā, met en garde contre la mauvaise compagnie, et enseigne la mémoire vaiṣṇava par le culte et le japa du mantra de huit syllabes « Oṁ Namo Nārāyaṇāya » et de douze syllabes « Oṁ Namo Bhagavate Vāsudevāya », avec la visualisation méditative de Nārāyaṇa. Bhāgīratha accomplit un tapas rigoureux sur l’Himavat ; son intensité effraie les devas, qui louent Mahāviṣṇu dans l’Océan de Lait. Viṣṇu apparaît, promet la délivrance des ancêtres et l’enjoint d’adorer Śambhu (Śiva). Bhāgīratha chante Īśāna ; Śiva se manifeste, accorde la grâce, et la Gaṅgā jaillit des mèches emmêlées de Śiva, suit Bhāgīratha, sanctifie le lieu où périrent les fils de Sagara et les libère vers le séjour de Viṣṇu. La phalaśruti conclut : écouter ou réciter ce récit confère le mérite d’un bain dans la Gaṅgā et mène le narrateur à la demeure de Viṣṇu.
Verse 1
नारद उवाच । हिमवद्गिरिमासाद्य किं चकार महीपतिः । कथमानीतवान् गङ्गामेतन्मे वक्तुमर्हसि 1. ॥ १ ॥
Nārada dit : «Parvenu au mont Himavat, qu’accomplit le roi ? Et comment fit-il venir la Gaṅgā ? Daigne me l’expliquer.»
Verse 2
सनक उवाच । भगीरथो महाराजो जटाचीरधरो मुने । गच्छन् हिमाद्रिं तपसे प्राप्तो गोदावरीतटम् ॥ २ ॥
Sanaka dit : «Ô sage, le grand roi Bhagiratha, portant les jaṭā et vêtu d’écorce, se mit en route vers l’Himādri pour l’ascèse, et parvint à la rive de la Godāvarī.»
Verse 3
तत्रापश्यत् महारण्ये भृगोराश्रममुत्तमम् । कृष्णसारसमाकीर्णं मातङ्गगणसेवितम् ॥ ३ ॥
Là, dans l’immense forêt, il aperçut l’excellent āśrama de Bhṛgu, rempli d’antilopes noires (kṛṣṇasāra) et fréquenté par des troupeaux d’éléphants.
Verse 4
भ्रमद्भ्रमरसङ्घुष्टं कूजद्विहगसंकुलम् । व्रजद्वराहनिकरं चमरीपुच्छवीजितम् ॥ ४ ॥
Le lieu résonnait du bourdonnement des abeilles tourbillonnantes, était rempli d’oiseaux aux cris mélodieux, parcouru par des hardes de sangliers, et comme éventé par des chasse-mouches en queue de yak (chāmara).
Verse 5
नृत्यन्मयूरनिकरं सारङ्गादिनिषेवितम् । प्रवर्द्धितमहावृक्षं मुनिकन्याभिरादरात् ॥ ५ ॥
Il était rempli de troupes de paons dansant et fréquenté par les cerfs et d’autres êtres; et s’y dressait un grand arbre, soigneusement entretenu avec dévotion par les filles des sages.
Verse 6
शालतालतमालाढ्यं नूनहिन्तालमण्डितम् । मालतीयूथिकाकुन्दचम्पकाश्वत्थभूषितम् ॥ ६ ॥
Il abondait en arbres śāla, tāla et tamāla, et se parait de hauts palmiers hintāla; il était embelli par les lianes mālatī et yūthikā, par les fleurs de kunda et de campaka, ainsi que par les aśvattha sacrés.
Verse 7
उत्पुल्लकुसुमोपेतमृषिसङ्घनिषेवितम् । वेदशास्त्रमहाघोषमाश्रमं प्राविशद् भृगोः ॥ ७ ॥
Il entra dans l’āśrama de Bhṛgu—orné de fleurs en pleine éclosion, fréquenté par des assemblées de sages, et retentissant des grandes récitations des Veda et des śāstra sacrés.
Verse 8
गृणन्तं परमं ब्रह्म वृतं शिष्यगणैर्मुनिम् । तेजसा सूर्यसदृशं भृगुं तत्र ददर्श सः ॥ ८ ॥
Là, il vit le sage Bhṛgu—entouré de groupes de disciples—chantant le Brahman suprême, rayonnant d’un éclat pareil à celui du soleil.
Verse 9
प्रणनामाथ विप्रेन्द्रं पादसङ्ग्रहणादिना । आतिथ्यं भृगुरप्यस्य चक्रे सन्मानपूर्वकम् ॥ ९ ॥
Alors Bhṛgu se prosterna devant ce plus éminent des brāhmanes, allant jusqu’à saisir ses pieds et à lui rendre les hommages requis ; puis il lui offrit l’hospitalité selon le dharma, avec respect et vénération.
Verse 10
कृतातिथ्यक्रियो राजा भृगुणा परमर्षिणा । उवाच प्राञ्जलिर्भूत्वा विनयान्मुनिपुङ्गवम् ॥ १० ॥
Après que le roi eut accompli, pour le très grand ṛṣi Bhṛgu, tous les rites d’hospitalité, il se tint les mains jointes et, avec humilité, s’adressa respectueusement à ce chef des sages.
Verse 11
भगीरथ उवाच । भगवन्सर्वधर्मज्ञ सर्वशास्त्रविशारद । पृच्छामि भवभीतोऽहं नृणामुद्धारकारणम् ॥ ११ ॥
Bhagīratha dit : « Ô Bienheureux, connaisseur de tout dharma et maître de tous les śāstras, je t’interroge—craignant le devenir du monde—quelle est la cause véritable de l’élévation et de la délivrance des hommes ? »
Verse 12
भगवांस्तुष्यते येन कर्मणा मुनिसत्तम । तन्ममाख्याहि सर्वज्ञ अनुग्राह्योऽस्मि ते यदि ॥ १२ ॥
Ô meilleur des sages, dis-moi : par quel acte Bhagavān, le Seigneur Bienheureux, est-il satisfait ? Ô toi qui sais tout, instruis-moi de cela, si je suis digne de ta grâce.
Verse 13
भृगुरुवाच । राजंस्तवेप्सितं ज्ञातं त्वं हि पुण्यवतां वरः । अन्यथा स्वकुलं सर्वं कथमुद्धर्तुमर्हसि ॥ १३ ॥
Bhṛgu dit : « Ô Roi, j’ai compris ce que tu désires, car tu es le plus éminent parmi les méritants. Autrement, comment serais-tu apte à relever et sauver toute ta lignée ? »
Verse 14
यो वा को वापि भूपाल स्वकुलं शुभकर्मणा । उद्धर्तुकामस्तं विद्यान्नररूपधरं हरिम् ॥ १४ ॥
Ô roi, quiconque souhaite—par des actes de bon augure—élever et racheter sa propre lignée, qu’il sache que celui-là est Hari (Viṣṇu) Lui-même, prenant forme humaine.
Verse 15
कर्मणा येन देवेशो नृणामिष्टफलप्रदः । तत्प्रवक्ष्यामि राजेन्द्र शृणुष्व सुसमाहितः ॥ १५ ॥
Ô roi des rois, j’exposerai l’acte (karma) par lequel le Seigneur des dieux devient le dispensateur des fruits désirés des hommes ; écoute l’esprit parfaitement recueilli.
Verse 16
भव सत्यपरो राजन्नहिंसानिरतस्तथा । सर्वभूतहितो नित्यं मानृतं वद वै क्वचित् ॥ १६ ॥
Ô roi, sois voué à la vérité et, de même, ferme dans la non-violence (ahiṃsā). Recherche sans cesse le bien de tous les êtres ; et ne profère jamais le mensonge—à aucun moment.
Verse 17
त्यज दुर्जनसंसर्गं भज साधुसमागमम् । कुरु पुण्यमहोरात्रं स्मर विष्णुं सनातनम् ॥ १७ ॥
Renonce à la compagnie des méchants et recherche l’assemblée des sādhus vertueux. Accomplis des actes méritoires jour et nuit, et souviens-toi sans cesse de Viṣṇu l’Éternel.
Verse 18
कुरु पूजां महाविष्णोर्याहि शान्तिमनुत्तमाम् । द्वादशाष्टाक्षरं मन्त्रं जप श्रेयो भविष्यति ॥ १८ ॥
Rends un culte à Mahāviṣṇu et parviens à la paix sans égale. Récite en japa les mantras de douze et de huit syllabes ; ton bien suprême s’élèvera à coup sûr.
Verse 19
भगीरथ उवाच । सत्यं तु कीदृशं प्रोक्तं सर्वभूतहितं मुने । अनृतं कीदृशं प्रोक्तं दुर्जनाश्चापि कीदृशाः ॥ १९ ॥
Bhagīratha dit : «Ô sage, quelle sorte de vérité est enseignée comme salutaire à tous les êtres ? Quelle sorte de mensonge est évoquée ? Et quels sont, de plus, les traits des méchants ?»
Verse 20
साधवः कीदृशाः प्रोक्तास्तथा पुण्यं च कीदृशम् । स्मर्तव्यश्च कथं विष्णुस्तस्य पूजा च कीदृशी ॥ २० ॥
«Quels hommes sont proclamés de véritables sādhus, les vertueux ? Et qu’appelle-t-on le mérite authentique (puṇya) ? De quelle manière faut-il se souvenir du Seigneur Viṣṇu, et quelle est la juste forme de son culte ?»
Verse 21
शान्तिश्च कीदृशी प्रोक्ता को मन्त्रोऽष्टाक्षरो मुने । को वा द्वादशवर्णश्च मुने तत्त्वार्थकोविद ॥ २१ ॥
«Ô sage, quelle sorte de Śānti, rite d’apaisement, a-t-on enseignée ? Quel est le mantra aux huit syllabes (aṣṭākṣara), ô muni ? Et quel est, en vérité, le mantra aux douze syllabes (dvādaśavarṇa), ô sage connaisseur du sens authentique des principes ?»
Verse 22
कृपां कृत्वा मयि परां सर्वं व्याख्यातुमर्हसि । भृगुरुवाच । साधु साधु महाप्राज्ञ तव बुद्धिरनुत्तमा ॥ २२ ॥
«Par ta compassion suprême envers moi, daigne tout expliquer pleinement.» Bhṛgu dit : «Très bien, très bien, ô grand sage : ton intelligence est sans égale.»
Verse 23
यत्पृष्टोऽहं त्वया भूप तत्सर्वं प्रवदामि ते । यथार्थकथनं यत्तत्सत्यमाहुर्विपश्चितः ॥ २३ ॥
«Ô roi, je te dirai tout ce que tu m’as demandé. Les sages appellent “vérité” la parole qui énonce les choses telles qu’elles sont réellement.»
Verse 24
धर्माविरोधतो वाच्यं तद्धि धर्मपरायणैः । देशकालादि विज्ञाय स्वयमस्याविरोधतः ॥ २४ ॥
Ceux qui sont voués au Dharma ne doivent parler que d’une manière qui ne contredit pas le Dharma ; après avoir discerné le lieu, le temps et les autres circonstances, que chacun s’assure lui-même que ses paroles ne lui sont pas contraires.
Verse 25
यद्वचः प्रोच्यते सद्भिस्तत्सत्यमभिधीयते । सर्वेषामेव जन्तूनामक्लेशजननं हि तत् ॥ २५ ॥
La parole proférée par les vertueux est appelée « vérité », car elle engendre réellement l’absence de tourment pour tous les êtres vivants.
Verse 26
अहिंसा सा नृप प्रोक्ता सर्वकामप्रदायिनी । कर्मकार्यसहायत्वमकार्यपरिपन्थिता ॥ २६ ॥
Ô Roi, l’ahiṃsā (la non-violence) est proclamée comme celle qui accorde tous les buts désirés. Elle soutient l’accomplissement des devoirs justes et se dresse en obstacle aux actes interdits ou iniques.
Verse 27
सर्वलोकहितत्वं वै प्रोच्यते धर्मकोविदैः । इच्छानुवृत्तकथनं धर्माधर्माविवेकिनः ॥ २७ ॥
Les sages connaisseurs du Dharma déclarent que le vrai Dharma est ce qui favorise le bien de tous les mondes. Mais parler seulement selon ses désirs est la marque de celui qui ne distingue pas le Dharma de l’Adharma.
Verse 28
अनृतं तद्धि विज्ञेयं सर्वश्रेयोविरोधि तत् । ये लोके द्वेषिणो मूर्खाः कुमार्गरतबुद्धयः ॥ २८ ॥
Sache que le mensonge est ce qui fait obstacle à toute forme de vrai bien. En ce monde, ceux qui haïssent, les insensés, et ceux dont l’esprit se complaît dans la mauvaise voie sont précisément enracinés dans cette fausseté.
Verse 29
ते राजन्दुर्ज्जना ज्ञेयाः सर्वधर्मबहिष्कृताः । धर्माधर्मविवेकेन वेदमार्गानुसारिणः ॥ २९ ॥
Ô Roi, sache que ceux-là sont des méchants, retranchés de tout dharma ; même s’ils parlent de discerner le dharma de l’adharma, ils ne font que se prétendre suiveurs de la voie védique.
Verse 30
सर्वलोकहितासक्ता साधवः परिकीर्तिताः । हरिभक्तिकरं यत्तत्सद्भिश्च परिरञ्जितम् ॥ ३० ॥
Les justes (sādhu) sont proclamés ceux qui s’attachent au bien de tous les mondes. Tout ce qui fait naître la dévotion à Hari est chéri et approuvé par les gens de bien.
Verse 31
आत्मनः प्रीतिजनकं तत्पुण्यं परिकीर्तितम् । सर्वं जगदिदं विष्णुर्विष्णुः सर्वस्य कारणम् ॥ ३१ ॥
Ce qui fait naître en soi une joie intérieure, pure et élevée, est déclaré mérite (puṇya). Cet univers tout entier est Viṣṇu ; Viṣṇu est la cause de tout.
Verse 32
अहं च विष्णुर्यज्ज्ञानं तद्विष्णुस्मरणं विदुः । सर्वदेवमयो विष्णुर्विधिना पूजयामि तम् ॥ ३२ ॥
«Moi aussi, je suis Viṣṇu ; et ce qu’on appelle “connaissance” n’est autre que le souvenir de Viṣṇu», ainsi le savent-ils. Viṣṇu est fait de tous les dieux ; c’est pourquoi je L’adore selon le rite prescrit.
Verse 33
इति या भवति श्रद्धा सा तद्भक्तिः प्रकीर्त्तिता । सर्वभूतमयो विष्णुः परिपूर्णः सनातनः ॥ ३३ ॥
Une telle foi (śraddhā), ainsi décrite, est proclamée comme dévotion (bhakti) envers Lui. Viṣṇu, présent comme l’essence de tous les êtres, est le Seigneur éternel, pleinement accompli.
Verse 34
इत्यभेदेन या बुद्धिः समता सा प्रकीर्तिता । समता शत्रुमित्रेषु वशित्वं च तथा नृप ॥ ३४ ॥
L’intelligence qui ne voit aucune différence (entre les êtres) est proclamée comme l’équanimité (samatā). Cette équanimité envers l’ennemi comme envers l’ami est aussi appelée maîtrise de soi, ô roi.
Verse 35
यदृच्छालाभसंतुष्टिः सा शान्तिः परिकीर्त्तिता । एते सर्वे समाख्यातास्तपः सिद्धिप्रदा नृणाम् ॥ ३५ ॥
Le contentement de ce qui vient de lui‑même est déclaré être la paix véritable (śānti). Tout cela a été exposé comme des formes de tapas (austérité) qui accordent la siddhi, l’accomplissement spirituel, aux humains.
Verse 36
समस्तपापराशीनां तरसा नाशहेतवः । अष्टाक्षरं महामन्त्रं सर्वपापप्रणाशनम् ॥ ३६ ॥
Le grand mantra de huit syllabes est la cause rapide de la destruction de l’entière masse des péchés ; il est le destructeur de tout péché.
Verse 37
वक्ष्यामि तव राजेन्द्र पुरुषार्थैकसाधनम् । विष्णोः प्रियकरं चैव सर्वसिद्धिप्रदायकम् ॥ ३७ ॥
Ô roi des rois, je vais te dire l’unique moyen qui accomplit les buts de la vie humaine (puruṣārtha) : ce qui est cher au Seigneur Viṣṇu et qui accorde toute siddhi et réussite.
Verse 38
नमो नारायणायेति जपेत्प्रणवपूर्वकम् । नमो भगवते प्रोच्य वासुदेवाय तत्परम् ॥ ३८ ॥
Qu’on accomplisse le japa du mantra « Namo Nārāyaṇāya », précédé du Praṇava « Oṁ ». Après avoir prononcé « Namo Bhagavate », qu’on dise avec entière ferveur : « Vāsudevāya ».
Verse 39
प्रणवाद्यं महाराज द्वादशार्णमुदाहृतम् । द्वयोः समं फलं राजन्नष्टद्वादशवर्णयोः ॥ ३९ ॥
Ô grand roi, le mantra de douze syllabes qui commence par le Praṇava (Oṁ) a été proclamé. Ô roi, on dit que son fruit est égal à celui des mantras de huit et de douze lettres.
Verse 40
प्रवृत्तौ च निवृत्तौ च साम्यमुद्दिष्टमेतयोः । शङ्खचक्रधरं शान्तं नारायणमनामयम् ॥ ४० ॥
Dans la pravṛtti (l’engagement dans l’action) comme dans la nivṛtti (le retrait), une même essence a été indiquée. Cette identité est Nārāyaṇa—paisible et sans affliction—qui porte la conque et le disque.
Verse 41
लक्ष्मीसंश्रितवामाङ्कं तथाभयकरं प्रभुम् । किरीटकुण्डलधरं नानामण्डनशोभितम् ॥ ४१ ॥
Je contemple le Seigneur suprême : sur son flanc gauche repose tendrement Lakṣmī ; Il accorde l’intrépidité ; Il porte couronne et boucles d’oreilles, et resplendit de nombreux ornements.
Verse 42
भ्राजत्कौस्तुभमालाढ्यं श्रीवत्साङ्कितवक्षसम् । पीताम्बरधरं देवं सुरासुरनमस्कृतम् ॥ ४२ ॥
Ils contemplèrent le Seigneur divin—orné du joyau Kaustubha resplendissant et de guirlandes ; la poitrine marquée du sacré Śrīvatsa ; vêtu de jaune—vénéré par les dieux comme par les asuras.
Verse 43
ध्यायेदनादिनिधनं सर्वकामफलप्रदम् । अन्तर्यामी ज्ञानरूपी परिपूर्णः सनातनः ॥ ४३ ॥
Qu’on médite sur Celui qui n’a ni commencement ni fin, dispensateur du fruit de tous les désirs légitimes ; Il est l’Antaryāmin, dont la forme est Connaissance, parfaitement accompli et éternel.
Verse 44
एतत्सर्वं समाख्यातं यत्तु पृष्टं त्वया नृप । स्वस्ति तेऽस्तु तपः सिद्धिं गच्छ लब्धुं यथासुखम् ॥ ४४ ॥
Ô roi, j’ai exposé pleinement tout ce que tu m’as demandé. Que l’auspice soit sur toi ; va maintenant, en paix, obtenir le fruit de tes austérités, selon ton aise.
Verse 45
एवमुक्तो महीपालो भृगुणा परमर्षिणा । परमां प्रीतिमापन्नः प्रपेदे तपसे वनम् ॥ ४५ ॥
Ainsi exhorté par Bhṛgu, le sage suprême, le roi fut saisi de la joie la plus haute et se rendit en forêt pour pratiquer l’austérité.
Verse 46
हिमवद्गिरिमासाद्य पुण्यदेशे मनोहरे । नादेश्वरे महाक्षेत्रे तपस्तेपेऽतिदुश्चरम् ॥ ४६ ॥
Parvenu au mont Himavat, en une contrée sainte et charmante—dans le grand kṣetra sacré de Nādeśvara—il accomplit des austérités extrêmement ardues.
Verse 47
राजा त्रिषवणस्नायी कन्दमूलफलाशनः । कृतातिथ्यर्हणश्चापि नित्यं होमपरायणः ॥ ४७ ॥
Le roi se baignait aux trois sandhyā du jour, se nourrissait de racines, de tubercules et de fruits, honorait comme il se doit les hôtes, et demeurait sans cesse voué au homa, l’offrande quotidienne au feu.
Verse 48
सर्वभूतहितः शान्तो नारायणपरायणः । पत्रैः पुष्पैः फलैस्तोयैस्त्रिकालं हरिपूजकः ॥ ४८ ॥
Il œuvrait pour le bien de tous les êtres, paisible de nature et entièrement abandonné à Nārāyaṇa ; avec des feuilles, des fleurs, des fruits et de l’eau, il adorait Hari trois fois par jour.
Verse 49
एवं बहुतिथं कालं नीत्वा यात्यन्तधैर्यवान् । ध्यायन्नारायणं देवं शीर्णपर्णाशनोऽभवत् ॥ ४९ ॥
Ainsi, après avoir traversé un temps très long, lui—ferme dans la plus haute constance—poursuivit sa voie, méditant le Seigneur Nārāyaṇa, et en vint à se nourrir de feuilles desséchées.
Verse 50
प्राणायामपरो भूत्वा राजा परमधार्मिकः । निरुच्छ्वासस्तपस्तप्तुं ततः समुपचक्रमे ॥ ५० ॥
Alors le roi—d’une droiture suprême—se voua au prāṇāyāma; retenant son souffle, il commença à pratiquer l’austérité (tapas).
Verse 51
ध्यायन्नारायणं देवमनन्तमपराजितम् । षष्टिवर्षसहस्राणि निरुच्छ्वासपरोऽभवत् ॥ ५१ ॥
Méditant Nārāyaṇa—le Seigneur divin, infini et invaincu—il demeura entièrement absorbé, sans reprendre souffle, durant soixante mille ans.
Verse 52
तस्य नासापुटाद्रा ज्ञो वह्निर्जज्ञे भयङ्करः । तं दृष्ट्वा देवताः सर्वो वित्रस्ता वह्नितापिताः ॥ ५२ ॥
Ô Roi, de ses narines naquit un feu effroyable. À cette vue, tous les dieux furent saisis d’effroi et brûlés par la chaleur de ce feu.
Verse 53
अभिजग्मुर्महाविष्णुं यत्रास्ते जगतां पतिः । क्षीरोदस्योत्तरं तीरं सम्प्राप्य त्रिदशेश्वराः । अस्तुवन्देवदेवेशं शरणागतपालकम् ॥ ५३ ॥
Les seigneurs des dieux se rendirent auprès de Mahāviṣṇu, là où demeure le Maître des mondes. Parvenus à la rive septentrionale de l’Océan de Lait, ils louèrent le Dieu des dieux, protecteur de ceux qui prennent refuge.
Verse 54
देवा ऊचुः । नताःस्म विष्णुं जगदेकनाथं स्मरत्समस्तार्तिहरं परेशम् । स्वभावशुद्धं परिपूर्णभावं वदन्ति यज्ज्ञानतनुं च तज्ज्ञाः ॥ ५४ ॥
Les dieux dirent : Nous nous prosternons devant Viṣṇu, l’unique Seigneur de l’univers, le Souverain suprême qui, lorsqu’on se souvient de Lui, enlève toutes les afflictions. Sa nature est pure et son être parfait ; les sages déclarent qu’Il est la forme même de la connaissance.
Verse 55
ध्येयः सदा योगिवरैर्महात्मा स्वेच्छाशरीरैः कृतदेवकार्यः । जगत्स्वरूपो जगदादिनाथस्तस्मै नताः स्मः पुरुषोत्तमाय ॥ ५५ ॥
Ce Grand-Âme doit être sans cesse médité par les plus éminents yogin : Lui qui, prenant des corps selon sa libre volonté, a accompli l’œuvre des dieux. Lui dont la forme est l’univers, le Seigneur primordial du monde ; à ce Puruṣottama, la Personne suprême, nous nous prosternons.
Verse 56
यन्नामसङ्कीर्त्तनतो खलानां समस्तपापानि लयं प्रयान्ति । तमीशमीड्यं पुरुषं पुराणं नताःस्म विष्णुं पुरुषार्थसिद्ध्यै ॥ ५६ ॥
Par le seul chant de Son Nom, même les péchés des méchants se dissolvent et s’éteignent. Nous nous prosternons devant Viṣṇu, le Seigneur digne de louange, la Personne antique et primordiale, afin d’obtenir l’accomplissement des buts de la vie humaine.
Verse 57
यत्तेजसा भान्ति दिवाकराद्या नातिक्रमन्त्यस्य कदापि शिक्षाः । कालात्मकं तं त्रिदशाधिनाथं नमामहेवै पुरुषार्थरूपम् ॥ ५७ ॥
Par Son éclat rayonnent le Soleil et les autres luminaires, et Ses ordonnances ne sont jamais transgressées, pas même par des disciplines telles que la Śikṣā. À Lui dont la nature est le Temps, Seigneur des dieux et incarnation des buts de la vie humaine, nous nous inclinons en vérité.
Verse 58
जगत्करोऽत्यब्जभवोऽत्ति रुद्र ः पुनाति लोकाञ्छ्रुतिभिश्च विप्राः । तमादिदेवं गुणसन्निधानं सर्वोपदेष्टारमिताः शरण्यम् ॥ ५८ ॥
Le Faiseur des mondes est au-delà de tout ; le Né du Lotus (Brahmā) est consumé ; Rudra dévore ; et les brāhmaṇa savants purifient les mondes par les Śruti (Veda). Vers ce Dieu primordial, demeure de toutes les qualités et Maître universel, nous venons chercher refuge, comme l’abri suprême.
Verse 59
वरं वरेण्यं मधुकैटभारिं सुरासुराभ्यर्चितपादपीठम् । सद्भक्तसङ्कल्पितसिद्धिहेतुं ज्ञानैकवेद्यं प्रणताःस्म देवम् ॥ ५९ ॥
Nous nous prosternons devant le Seigneur divin, souverainement excellent et le plus digne d’être choisi : Lui qui abattit Madhu et Kaiṭabha ; dont le marchepied est adoré par les dieux comme par les asuras ; cause de l’accomplissement du vœu sacré des vrais dévots ; et connaissable seulement par la connaissance spirituelle.
Verse 60
अनादिमध्यान्तमजं परेशमनाद्यविद्याख्यतमोविनाशम् । सच्चित्परानन्दघनस्वरूपं रूपादिहीनं प्रणताःस्म देवम् ॥ ६० ॥
Nous nous prosternons devant la Divinité—non née, Seigneur suprême—sans commencement, milieu ni fin; qui dissipe les ténèbres nommées ignorance sans origine; dont la nature est la plénitude dense de l’Être, de la Conscience et de la Béatitude suprême (sat-cit-parānanda); et qui est libre de forme et de tout attribut limitatif.
Verse 61
नारायणं विष्णुमनन्तमीशं पीताम्बरं पद्मभवादिसेव्यम् । यज्ञप्रियं यज्ञकरं विशुद्धं नताःस्म सर्वोत्तममव्ययं तम् ॥ ६१ ॥
Nous nous prosternons devant Nārāyaṇa—Viṣṇu, le Seigneur infini—revêtu d’un vêtement jaune; servi et adoré par Brahmā, né du lotus, et par les autres dieux; ami du yajña et lui-même accomplisseur du yajña; parfaitement pur, suprême et impérissable.
Verse 62
इति स्तुतो महाविष्णुर्देवैरिन्द्रा दिभिस्तदा । चरितं तस्य राजर्षेर्देवानां संन्यवेदयत् ॥ ६२ ॥
Ainsi loué en ce temps par les dieux—Indra et les autres—Mahāviṣṇu exposa entièrement aux devas le récit de la vie de ce roi-sage.
Verse 63
ततो देवान्समाश्वास्य दत्त्वाभयमनञ्जनः । जगाम यत्र राजर्षिस्तपस्तपति नारद ॥ ६३ ॥
Puis l’Immaculé réconforta les dieux et leur accorda l’intrépidité; ensuite il se rendit au lieu où le roi-sage Nārada accomplissait ses austérités.
Verse 64
शङ्खचक्रधरो देवः सच्चिदानन्दविग्रहः । प्रत्यक्षतामगात्तस्य राज्ञः सर्वजगद्गुरुः ॥ ६४ ॥
Le Dieu portant la conque et le disque—dont la forme est Être, Conscience et Béatitude (Sat-Cit-Ānanda)—se rendit directement visible à ce roi : le Guru du monde entier.
Verse 65
तं दृष्ट्वा पुण्डरीकाक्षं भाभासितदिगन्तरम् । अतसीपुष्पसंकाशं स्फुरत्कुण्डलमण्डितम् ॥ ६५ ॥
En le voyant—le Seigneur aux yeux de lotus—qui illuminait les lointains horizons de toutes parts, éclatant comme la fleur bleue d’atasi et paré de boucles d’oreilles étincelantes, ils furent saisis d’un saint émerveillement.
Verse 66
स्निग्धकुन्तलवक्त्राब्जं विभ्राजन्मुकुटोज्ज्वलम् । श्रीवत्सकौस्तुभधरं वनमालाविभूषितम् ॥ ६६ ॥
Avec des boucles luisantes et un visage semblable au lotus, rayonnant d’une couronne éclatante; portant la marque de Śrīvatsa et le joyau Kaustubha, et orné de la guirlande de la forêt (vanamālā), c’est ce Seigneur que je contemple avec bhakti.
Verse 67
दीर्घबाहुमुदाराङ्गं लोकेशार्चितपङ्कजम् । नाम दण्डवद् भूमौ भूपतिर्नम्रकन्धरः ॥ ६७ ॥
Le roi, la nuque inclinée avec humilité, se prosterna sur le sol tel un bâton devant ce Seigneur aux longs bras et aux membres nobles, dont les pieds de lotus sont vénérés même par les maîtres des mondes.
Verse 68
अत्यन्तहर्षसम्पूर्णः सरोमाञ्चः सगद्गदः । कृष्ण कृष्णेति कृष्णेति श्रीकृष्णेति समुच्चरन् ॥ ६८ ॥
Submergé d’une joie suprême—le corps frémissant et la voix étranglée par l’émotion—il ne cessait de s’écrier : « Krishna, Krishna ! », puis encore « Krishna ! » et « Śrī Krishna ! ».
Verse 69
तस्य विष्णुः प्रसन्नात्मा ह्यन्तर्यामी जगद्गुरुः । उवाच कृपयाविष्टो भगवान्भूतभावनः ॥ ६९ ॥
Alors Viṣṇu—au cœur paisible, Souverain intérieur (Antaryāmin) et Maître des mondes—ému de compassion, lui adressa la parole ; le Seigneur Bienheureux, soutien et nourricier de tous les êtres.
Verse 70
श्री भगवानुवाच । भगीरथ महाभाग तवाभीष्टं भविष्यति । आगमिष्यन्ति मल्लोकं तव पूर्वपितामहाः ॥ ७० ॥
Le Seigneur Bienheureux dit : «Ô Bhagiratha, toi le très fortuné, ce que tu désires adviendra. Tes ancêtres des générations passées viendront en Mon séjour».
Verse 71
मम मूर्त्यन्तरं शम्भुं राजन्स्तोत्रैः स्वशक्तितः । स्तुहि ते सकलं कामं स वै सद्यः करिष्यति ॥ ७१ ॥
Ô Roi, loue Śambhu—qui est une autre manifestation de Moi—par des hymnes selon ta force ; il accomplira aussitôt tous tes désirs.
Verse 72
यस्तु जग्राह शशिनं शरणं समुपागतम् । तस्मादाराधयेशानं स्तोत्रैः स्तुत्यं सुखप्रदम् ॥ ७२ ॥
Celui qui accueillit la Lune (Śaśin) lorsqu’elle vint chercher refuge—c’est pourquoi adore Īśāna, digne d’être loué par des hymnes, dispensateur de bonheur.
Verse 73
अनादिनिधनो देवः सर्वकामफलप्रदः । त्वया संपूजितो राजन्सद्यः श्रेयो विधास्यति ॥ ७३ ॥
Ce Seigneur est sans commencement ni fin et accorde les fruits de tous les désirs légitimes. Ô Roi, si tu L’adores comme il se doit, Il établira aussitôt pour toi le bien suprême.
Verse 74
इत्युक्त्वा देवदेवेशो जगतां पतिरच्युतः । अन्तर्दधे मुनिश्रेष्ठ उत्तस्थौ सोऽपि भूपतिः ॥ ७४ ॥
Après avoir ainsi parlé, le Seigneur des seigneurs—Acyuta, souverain des mondes—disparut aux regards. Ô meilleur des sages, ce roi se releva alors lui aussi.
Verse 75
किमिदं स्वप्न आहोस्वित्सत्यं साक्षाद् द्विजोत्तम । भूपतिर्विंस्मयं प्राप्तः किं करोमीति विस्मितः ॥ ७५ ॥
«Est-ce un songe, ou bien la vérité même, ô meilleur des deux-fois-nés ?» Le roi, saisi d’étonnement, demeura interdit, se disant : «Que dois-je faire ?»
Verse 76
अथान्तरिक्षे वागुच्चैः प्राह तं भ्रान्तचेतसम् । सत्यमेतदिति व्यक्तं न चिन्तां कर्तुमर्हसि ॥ ७६ ॥
Alors, du milieu du ciel, une voix s’éleva, forte, vers celui dont l’esprit était troublé : «Ceci est bien la vérité, manifestement ; tu n’as pas à te laisser gagner par l’angoisse.»
Verse 77
तन्निशम्यावनीपाल ईशानं सर्वकारणम् । समस्त देवताराजमस्तौषीद्भक्तितत्परः ॥ ७७ ॥
L’ayant entendu, le roi, tout entier voué à la bhakti, loua Īśāna, cause de toutes choses, Souverain Seigneur de toutes les divinités.
Verse 78
भगीरथ उवाच । प्रणमामि जगन्नाथं प्रणतार्त्रिपणाशनम् । प्रमाणागोचरं देवमीशानं प्रणवात्मकम् ॥ ७८ ॥
Bhagīratha dit : Je me prosterne devant Jagannātha, Seigneur de l’univers, qui dissipe la souffrance de ceux qui se réfugient et s’inclinent. Je me prosterne devant le Dieu au-delà des moyens ordinaires de preuve : Īśāna, dont la nature même est la syllabe sacrée Oṁ (Praṇava).
Verse 79
जगद्रू पमजं नित्यं सर्गस्थित्यन्तकारणम् । विश्वरूपं विरूपाक्षं प्रणतोऽस्म्युग्ररेतसम् ॥ ७९ ॥
Je me prosterne devant l’Inengendré, l’Éternel, forme même de l’univers, cause de la création, du maintien et de la dissolution; l’Être cosmique aux formes infinies, le Seigneur au regard singulier, dont la puissance créatrice est redoutable et sublime.
Verse 80
आदिमध्यान्तरहितमनन्तमजमव्ययम् । समामनन्ति योगीन्द्रा स्तं वन्दे पुष्टिवर्धनम् ॥ ८० ॥
Je rends hommage au Nourricier qui accroît toute prospérité : sans commencement, sans milieu ni fin; infini, inengendré et impérissable; celui que les plus grands yogis récitent et louent sans relâche.
Verse 81
नमो लोकाधिनाथाय वञ्चते परिवञ्चते । नमोऽस्तु नीलग्रीवाय पशूनां पतये नमः ॥ ८१ ॥
Hommage au Souverain des mondes—qui (par sa māyā) égare et dont on dit aussi qu’il est égaré. Hommage à Celui au cou bleu; hommage à Paśupati, Seigneur des êtres.
Verse 82
नमश्चैतन्यरूपाय पुष्टानां पतये नमः । नमोऽकल्पप्रकल्पाय भूतानां पतये नमः ॥ ८२ ॥
Hommage à Celui dont la forme est la pure conscience; hommage au Seigneur et Protecteur des êtres nourris et prospères. Hommage à Celui qui dépasse tout ordre établi et pourtant réordonne sans cesse; hommage au Seigneur et Protecteur de tous les êtres.
Verse 83
नमः पिनाकहस्ताय शूलहस्ताय ते नमः । नमः कपालहस्ताय पाशमुद्गरधारिणे ॥ ८३ ॥
Hommage à Toi qui tiens l’arc Pināka; hommage à Toi qui portes le trident. Hommage à Toi qui tiens un crâne; à Toi qui brandis le lacet et la massue.
Verse 84
नमस्ते सर्वभूताय घण्टाहस्ताय ते नमः । नमः पञ्चास्यदेवाय क्षेत्राणां पतये नमः ॥ ८४ ॥
Hommage à Toi, présent en tous les êtres; hommage à Toi, qui tiens la cloche dans Ta main. Hommage au Seigneur aux cinq visages; hommage au Maître des kṣetra sacrés (tīrtha, temples et lieux saints).
Verse 85
नमः समस्तभूतानामादिभूताय भूभृते । अनेकरूपरूपाय निर्गुणाय परात्मने ॥ ८५ ॥
Hommage au Paramātman, source première de tous les êtres et soutien de la terre. Tu revêts d’innombrables formes, et pourtant Tu demeures au-delà de toute qualité : nirguṇa, le Soi suprême.
Verse 86
नमो गणाधिदेवाय गणानां पतये नमः । नमो हिरण्यगर्भाय हिरण्यपतये नमः ॥ ८६ ॥
Hommage au Deva qui préside aux gaṇa; hommage au Seigneur des gaṇa. Hommage à Hiraṇyagarbha; hommage au Maître de Hiraṇya, le principe d’or, resplendissant.
Verse 87
हिरण्यरेतसे तुभ्यं नमो हिरण्यवाहवे । नमो ध्यानस्वरूपाय नमस्ते ध्यानसाक्षिणे ॥ ८७ ॥
Hommage à Toi dont l’essence génératrice est d’or; hommage à Toi qui portes et transmets l’éclat doré. Hommage à Toi, forme même de la méditation; hommage à Toi, témoin de toute méditation.
Verse 88
नमस्ते ध्यानसंस्थाय ध्यानगम्याय ते नमः । येनेदं विश्वमखिलं चराचरविराजितम् ॥ ८८ ॥
Hommage à Toi qui demeures en samādhi; hommage à Toi que l’on atteint par le samādhi. Par Toi, l’univers tout entier—le mobile et l’immobile—devient resplendissant.
Verse 89
वर्षेवाभ्रेण जनितं प्रधानपुरुषात्मना ॥ ८९ ॥
Né, en essence, de Pradhāna et de Puruṣa, il est engendré—comme la pluie issue du nuage.
Verse 90
स्वप्रकाशं महात्मानं परं ज्योतिः सनातनम् । यमामनन्ति तत्त्वज्ञाः सवितारं नृचक्षुषाम् ॥ ९० ॥
Les connaisseurs de la vérité le déclarent : la Grande Âme, auto-lumineuse, la Lumière suprême et éternelle, comme Savitṛ, le Soleil, œil de l’humanité.
Verse 91
उमाकान्तं नन्दिकेशं नीलकण्ठं सदाशिवम् । मृत्युञ्जयं महादेवं परात्परतरं विभुम् ॥ ९१ ॥
Je me prosterne devant Śiva—bien-aimé d’Umā, seigneur des troupes de Nandi, à la gorge bleue, Sadāśiva toujours de bon augure; vainqueur de la mort, le Grand Dieu, le Transcendant au-delà de tout au-delà, le Seigneur qui pénètre tout.
Verse 92
परं शब्दब्रह्मरूपं तं वन्देऽखिलकारणम् । कपर्द्दिने नमस्तुभ्यं सद्योजाताय वै नमः ॥ ९२ ॥
Je vénère le Suprême dont la forme est le Brahman du son sacré, cause de tout. Hommage à Toi, ô Kapardin (Seigneur aux cheveux emmêlés) ; hommage, oui, à Sadyōjāta.
Verse 93
भवोद्भवाय शुद्धाय ज्येष्ठाय च कनीयसे । मन्यवे त इषे त्रय्याः पतये यज्ञतन्तवे ॥ ९३ ॥
Hommage à Toi—source de tout devenir; le Pur; le plus ancien et aussi le plus jeune; le Seigneur qui inspire une crainte révérencielle; le dispensateur de nourriture; le Maître du triple Veda; et l’armature même du sacrifice.
Verse 94
ऊर्जे दिशां च पतये कालायाघोररूपिणे । कृशानुरेतसे तुभ्यं नमोऽस्तु सुमहात्मने ॥ ९४ ॥
Hommage à Toi—Toi qui es Ūrjā, la Puissance vitale; le Seigneur des directions; le Temps lui-même en forme redoutable; et la semence ardente, l’énergie d’Agni. Ô Grande Âme, reçois ma prosternation.
Verse 95
यतः समुद्रा ः सरितोऽद्र यश्च गन्धर्वयक्षासुरसिद्धसङ्घाः । स्थाणुश्चरिष्णुर्महदल्पकं च असच्च सज्जीवमजीवमास ॥ ९५ ॥
De Lui surgissent les océans, les rivières et les montagnes; ainsi que les cohortes des Gandharvas, Yakṣas, Asuras et Siddhas. De Lui proviennent l’immobile et le mobile, le grand et l’infime; même l’irréel et le réel, le vivant et le non-vivant : c’est Lui qui fit advenir tout cela.
Verse 96
नतोऽस्मि तं योगिनताङ्घ्रिपद्मं सर्वान्तरात्मानमरूपमीशम् । स्वतन्त्रमेकं गुणिनां गुणं च नमामि भूयः प्रणमामि भूयः ॥ ९६ ॥
Je me prosterne devant ce Seigneur dont les pieds de lotus sont l’asile des yogins—Lui, l’Âme intérieure de tous, sans forme et souverain. Il est l’Unique, indépendant de tout, et l’excellence même au cœur de ceux qui ont des qualités. Encore et encore je Le salue; encore et encore je me prosterne.
Verse 97
इत्थं स्तुतो महादेवः शङ्करो लोकशङ्करः । आविर्बभूव भूपस्य संतप्ततपसोग्रतः ॥ ९७ ॥
Ainsi loué, Mahādeva Śaṅkara—bienfaiteur des mondes—se manifesta devant le roi, embrasé par l’âpreté de ses austérités.
Verse 98
पञ्चवक्त्रं दशभुजं चन्द्रा र्द्धकृतशेखरम् । त्रिलोचनमुदाराङ्गं नागयज्ञोपवीतिनम् ॥ ९८ ॥
À cinq visages et dix bras, la lune en croissant faisant partie de sa couronne; à trois yeux, aux membres nobles, portant le cordon sacré (yajñopavīta) fait de serpents.
Verse 99
विशालवक्षसं देवं तुहिनाद्रि समप्रभम् । गजचर्माम्बरधरं सुरार्चितपदाम्बुजम् ॥ ९९ ॥
Il contempla le Seigneur divin, à la poitrine vaste, rayonnant tel l’Himalaya couvert de neige; revêtu d’un vêtement de peau d’éléphant, et dont les pieds de lotus sont vénérés par les dieux.
Verse 100
दृष्ट्वा पपात पादाग्रे दण्डवद्भुवि नारद । तत उत्थाय सहसा शिवाग्रे विहिताञ्जलि ॥ १०० ॥
À sa vue, Nārada tomba à terre aux pieds du Seigneur, prosterné tel un bâton (en totale révérence). Puis, se relevant aussitôt, il se tint devant Śiva, les paumes jointes avec respect.
Verse 101
प्रणनाम महादेवं कीर्तयञ्शङ्कराह्वयम् । विज्ञाय भक्तिं भूपस्य शङ्करः शशिशेखरः ॥ १०१ ॥
Il se prosterna devant Mahādeva, le glorifiant sous le nom de «Śaṅkara». Reconnaissant la dévotion du roi, Śaṅkara—le Seigneur au croissant de lune—s’en réjouit et répondit.
Verse 102
उवाच राज्ञे तुष्टोऽस्मि वरं वरय वाञ्छितम् । तोषितोस्मि त्वया सम्यक् स्तोत्रेण तपसा तथा ॥ १०२ ॥
Satisfait, il dit au roi : «Je suis comblé. Choisis une grâce, tout ce que tu désires. Tu m’as pleinement contenté par ton hymne de louange et par ton austérité également.»
Verse 103
एवमुक्तः स देवेन राजा सन्तुष्टमानसः । उवाच प्राञ्जलिर्भूत्वा जगतामीश्वरेश्वरम् ॥ १०३ ॥
Ainsi interpellé par le Seigneur, le roi, l’esprit pleinement apaisé, parla les mains jointes au Souverain suprême, maître des mondes.
Verse 104
भगीरथ उवाच । अनुग्राह्योस्मि यदि ते वरदानान्महेश्वर । तदा गङ्गां प्रयच्छास्मत्पितॄणां मुक्तिहेतवे ॥ १०४ ॥
Bhagīratha dit : «Ô Maheśvara, si je suis digne de ta grâce et de recevoir tes bienfaits, accorde la descente de la Gaṅgā, afin que mes ancêtres obtiennent la délivrance.»
Verse 105
श्रीशिव उवाच । दत्ता गङ्गा मया तुभ्यं पितॄणां ते गतिः परा । तुभ्यं मोक्षः परश्चेति तमुक्त्वान्तर्दधे शिवः ॥ १०५ ॥
Śrī Śiva dit : «Je t’ai accordé la Gaṅgā. Pour tes ancêtres, ses eaux seront le passage suprême. Et pour toi, il y aura la libération la plus haute.» Ayant ainsi parlé, Śiva disparut aux regards.
Verse 106
कपर्दिनो जटास्रस्ता गङ्गा लोकैकपाविनी । पावयन्ती जगत्सर्वमन्वगच्छद्भगीरथम् ॥ १०६ ॥
Des mèches emmêlées de Kapardin (Śiva), la Gaṅgā—unique purificatrice des mondes—s’écoula ; sanctifiant l’univers entier, elle suivit Bhagīratha.
Verse 107
ततः प्रभृति सा देवी निर्मला मलहारिणी । भागीरथीति विख्याता त्रिषु लोकेष्वभून्मुने ॥ १०७ ॥
Dès lors, cette Déesse—pure et qui ôte toute souillure—fut renommée Bhāgīrathī, ô sage, dans les trois mondes.
Verse 108
सगरस्यात्मजाः पूर्वं यत्र दग्धाः स्वपाप्मना । तं देशं प्लावयामास गङ्गा सर्वसरिद्वरा ॥ १०८ ॥
Le lieu où jadis les fils de Sagara furent brûlés par leur propre faute, la Gaṅgā—la meilleure de toutes les rivières—le submergea et sanctifia cette terre.
Verse 109
यदा सम्प्लावितं भस्म सागराणां तु गङ्गया । तदैव नरके मग्ना उद्धृताश्च गतैनसः ॥ १०९ ॥
Lorsque les cendres des fils de Sagara furent submergées, lavées et sanctifiées par les eaux de la Gaṅgā, à l’instant même ceux qui étaient engloutis en enfer furent relevés et délivrés du péché.
Verse 110
पुरा सङ्क्रुश्यमानेन ये यमेनातिपीडिताः । त एव पूजितास्तेन गङ्गाजलपरिप्लुताः ॥ ११० ॥
Ceux qu’autrefois Yama traînait et tourmentait cruellement, désormais—une fois baignés et imprégnés des eaux de la Gaṅgā—sont honorés par lui.
Verse 111
गतपापान्स विज्ञाय यमः सगरसम्भवान् । प्रणम्याभ्यर्च्य विधिवत्प्राह तान्प्रीतमानसः ॥ ११२ ॥
Reconnaissant que les fils de Sagara étaient désormais sans péché, Yama, le cœur réjoui, se prosterna devant eux, les honora selon le rite prescrit, puis leur adressa la parole.
Verse 112
इत्युक्तास्ते महात्मानो यमेन गतकल्मषाः । दिव्यदेहधरा भूत्वा विष्णुलोकं प्रपेदिरे ॥ ११३ ॥
Ainsi, après avoir été interpellées par Yama, ces grandes âmes—purifiées de toute souillure—revêtirent des corps divins et parvinrent au séjour de Viṣṇu.
Verse 113
एवंप्रभावा सा गङ्गा विष्णुपादाग्रसम्भवा । सर्वलोकेषु विख्याता महापातकनाशिनी ॥ ११४ ॥
Telle est la puissance de cette Gaṅgā—née de l’avant du pied du Seigneur Viṣṇu—célèbre dans tous les mondes comme celle qui détruit même les fautes les plus lourdes.
Verse 114
य इदं पुण्यमाख्यानं महापातकनाशनम् । पठेच्च शृणुयाद्वापि गङ्गास्नानफलं लभेत् ॥ ११५ ॥
Quiconque lit ce récit saint et méritoire, qui détruit les grands péchés—ou même l’écoute—obtient le même fruit que le bain dans le fleuve Gaṅgā.
Verse 115
यस्त्वेतत्पुण्यमाख्यानं कथयेद्ब्राह्मणाग्रतः । स याति विष्णुभवनं पुनरावृत्तिवर्जितम् ॥ ११६ ॥
Mais celui qui raconte ce récit méritoire en présence des brahmanes atteint la demeure de Viṣṇu, sans retour, au-delà de la renaissance.
Verse 116
इति श्रीबृहन्नारदीयपुराणे पूर्वभागे प्रथमपादे गङ्गामाहात्म्ये भागीरथगङ्गानयनंनाम षोडशोऽध्यायः ॥ १६ ॥
Ainsi s’achève le seizième chapitre, intitulé « Bhāgīratha amenant la Gaṅgā », dans la section Gaṅgā-māhātmya du Premier Pāda du Pūrva-bhāga du Śrī Bṛhannāradīya Purāṇa.
It is presented as both a cosmological tīrtha-event and a mokṣa mechanism: Gaṅgā, issuing through Śiva’s jaṭā by divine sanction, purifies the site of Sagara’s sons, releases them from naraka, and carries them to Viṣṇu’s realm—demonstrating the Purāṇic doctrine that sacred waters, devotion, and divine grace together effect ancestral deliverance.
Satya is speech that states things as they are, is aligned with Dharma after considering time/place/circumstance, and—crucially—produces freedom from distress and welfare for living beings; speech driven merely by personal desire is marked as adharma-adjacent.
The eight-syllabled mantra is “Oṁ Namo Nārāyaṇāya,” taught as a rapid destroyer of sins. The twelve-syllabled is “Oṁ Namo Bhagavate Vāsudevāya,” presented as a principal means dear to Viṣṇu for accomplishing the aims of life, supported by worship (pūjā) and meditation (dhyāna).
Viṣṇu explicitly identifies Śambhu as a manifestation of Himself and instructs Bhagiratha to worship Īśāna for the boon, expressing a hari-hara integrative theology while keeping Vaiṣṇava remembrance and mantra-japa central.