Adhyaya 25
Purva BhagaAdhyaya 25113 Verses

Adhyaya 25

Adhyāya 25 — Liṅga-māhātmya (The Chapter on the Liṅga): Hari’s Śiva-Worship and the Fiery Pillar Theophany

Ce chapitre poursuit la synthèse explicite Hari–Hara. Kṛṣṇa séjourne divinement au Kailāsa ; les êtres célestes et les femmes du ciel sont saisis par sa beauté et sa māyā. Après une longue līlā, la douleur de la séparation naît à Dvārakā ; Garuḍa protège la cité des Daitya et des Rākṣasa, puis le rapport de Nārada hâte le retour de Kṛṣṇa. De retour à Dvārakā, le récit passe du faste royal à la discipline du dharma : Kṛṣṇa accomplit l’adoration solaire de midi, le tarpaṇa, le culte de Bhūteśa dans le liṅga et nourrit les sages, inscrivant la haute théologie dans l’observance orthodoxe. Le sage Mārkaṇḍeya pose la question décisive : qui le suprême Kṛṣṇa adore-t-il ? Kṛṣṇa répond qu’il adore Īśāna (Śiva) afin de révéler la source de son propre Soi et d’enseigner le mérite, destructeur de peur, du culte du liṅga. Il décrit le liṅga comme une lumière non manifestée et impérissable, et raconte la querelle primordiale entre Brahmā et Viṣṇu, résolue par le liṅga de feu infini, aboutissant à la révélation de Śiva, à ses grâces et à l’établissement du culte du liṅga. La conclusion offre la phalaśruti : réciter/entendre efface les fautes et prescrit le japa quotidien.

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Shlokas

Verse 1

इति श्रीकूर्मपूराणे षट्साहस्त्र्यां संहितायां पूर्वविभागे चतुर्विशो ऽध्यायः सूत उवाच प्रविश्य मेरुशिखरं कैलासं कनकप्रभम् / रराम भगवान् सोमः केशवेन महेश्वरः

Ainsi, dans le Śrī Kūrma Purāṇa—au sein de la Saṃhitā de six mille vers, dans le Pūrva-bhāga—commence le vingt-cinquième chapitre. Sūta dit : Entrant au sommet du Meru, au Kailāsa brillant comme l’or, le Bienheureux Soma—Mahādeva, Mahēśvara—se réjouit avec Keśava (Viṣṇu).

Verse 2

अपश्यंस्तं महात्मानं कैलासगिरिवासिनः / पूजयाञ्चक्रिरे कृष्णं देवदेवमथाच्युतम्

Lorsque les habitants du mont Kailāsa virent ce Grand-Âme, ils offrirent aussitôt leur culte à Kṛṣṇa—Dieu des dieux, l’inaltérable Acyuta.

Verse 3

चतुर्बाहुमुदाराङ्गं कालमेघसमप्रभम् / किरीटिनं शार्ङ्गपाणि श्रीवत्साङ्कितवक्षसम्

Qu’on médite le Seigneur aux quatre bras, aux membres nobles, sombre et lumineux comme un nuage de pluie : couronné, tenant l’arc Śārṅga, et portant sur la poitrine le signe du Śrīvatsa.

Verse 4

दीर्घबाहुं विशालाक्षं पीतवाससमच्युतम् / दधानमुरसा मालां वैजयन्तीमनुत्तमाम्

Il contempla l’Inaltérable Acyuta : aux longs bras, aux vastes yeux, vêtu de jaune, portant sur la poitrine l’incomparable guirlande Vaijayantī.

Verse 5

भ्राजमानं श्रिया दिव्यं युवानमतिकोमलम् / पद्माङ्घ्रिनयनं चारु सुस्मितं सुगतिप्रदम्

Il rayonnait d’une splendeur et d’une beauté divines, jeune et d’une douceur extrême ; aux pieds de lotus et aux yeux de lotus—charmant, au sourire léger, dispensateur de la suprême sugati (voie bienheureuse).

Verse 6

कदाचित् तत्र लीलार्थं देवकीनन्दवर्धनः / भ्राजमानः श्रीया कृष्णश्चचार गिरिकन्दरे

Un jour, là-bas, uniquement pour le jeu divin, Kṛṣṇa, qui accroît la joie de Devakī, rayonnant d’une splendeur de bon augure, erra dans une caverne de la montagne.

Verse 7

गन्धर्वाप्सरसां मुख्या नागकन्याश्च कृत्स्नशः / सिद्धा यक्षाश्च गन्धर्वास्तत्र तत्र जगन्मयम्

Les plus éminents parmi les Gandharvas et les Apsaras, ainsi que toutes les jeunes filles Nāga sans exception; les Siddhas, les Yakṣas et les Gandharvas—partout et en tout lieu—sont imprégnés de la substance même de l’univers.

Verse 8

दृष्ट्वाश्चर्यं परं गत्वा हर्षादुत्फुल्लोचनाः / मुमुचुः पुष्पवर्षाणि तस्य मूर्ध्नि महात्मनः

Voyant ce prodige suprême, transportés de joie, les yeux épanouis de ravissement, ils firent pleuvoir des fleurs sur la tête de ce grand être.

Verse 9

गन्धर्वकन्यका दिव्यास्तद्वदप्सरसां वराः / दृष्ट्वा चकमिरे कृष्णं स्त्रस्तवस्त्रविभूषणाः

Les filles divines des Gandharvas, et de même les Apsaras les plus nobles, en voyant Kṛṣṇa, furent saisies de désir, leurs vêtements et parures se dérangeant.

Verse 10

काश्चिद् गायन्ति विविधां गीतिं गीतविशारदाः / संप्रेक्ष्य देवकीसूनुं सुन्दर्यः काममोहिताः

Certaines jeunes filles d’une beauté exquise, expertes en chant, entonnèrent des mélodies variées; et, en contemplant le fils de Devakī, elles furent troublées par le désir.

Verse 11

काश्चिद्विलासबहुला नृत्यन्ति स्म तदग्रतः / संप्रेक्ष्य संस्थिताः काश्चित् पपुस्तद्वदनामृतम्

Les unes, riches de grâce et de jeux harmonieux, dansaient devant Lui ; les autres, immobiles et le regard fixé, buvaient le nectar de Son visage.

Verse 12

काश्चिद् भूषणवर्याणि स्वाङ्गादादाय सादरम् / भूषयाञ्चक्रिरे कृष्णं कामिन्यो लोकभूषणम्

Certaines jeunes femmes éprises, retirant avec respect leurs plus beaux ornements de leurs propres corps, parèrent Kṛṣṇa, Lui qui est l’ornement des mondes.

Verse 13

काश्चिद् भूषणवर्याणि समादाय तदङ्गतः / स्वात्मानं बूषयामासुः स्वात्मगैरपि माधवम्

Certaines, prenant d’excellents ornements sur Son propre corps, se parèrent elles-mêmes ; et avec ces mêmes ornements qui étaient les leurs, elles parèrent aussi Mādhava.

Verse 14

काश्चिदागत्य कृष्णस्य समीपं काममोहिताः / चुचुम्बुर्वदनाम्भोजं हरेर्मुग्धमृगेक्षणाः

Certaines femmes, s’approchant de Kṛṣṇa, égarées par le désir, baisèrent le visage-lotus de Hari ; ces biches aux yeux doux, captivées et candides dans leur ivresse.

Verse 15

प्रगृह्य काश्चिद् गोविन्दं करेण भवनं स्वकम् / प्रापयामासुर्लोकादिं मायया तस्य मोहिताः

Certaines, prenant Govinda par la main, le conduisirent jusqu’à leur demeure ; abusées par Sa māyā, elles traitèrent le Seigneur des mondes comme s’Il était l’un des leurs.

Verse 16

तासां स भगवान् कृष्णः कामान् कमललोचनः / बहूनि कृत्वा रूपाणि पूरयामास लीलया

Le Bienheureux Seigneur Kṛṣṇa, aux yeux de lotus, combla les désirs de ces femmes en prenant, dans sa līlā, de multiples formes avec grâce.

Verse 17

एवं वै सुचिरं कालं देवदेवपुरे हरिः / रेमे नारायणः श्रीमान् मायया मोहयञ्जगत्

Ainsi, durant très longtemps, Hari—le glorieux Nārāyaṇa—demeura à Devadeva-pura, se réjouissant dans sa līlā et, par sa māyā, plongeant le monde dans l’illusion.

Verse 18

गते बहुतिथे काले द्वारवत्यां निवासिनः / बभूवुर्विह्वला भीता गोविन्दविरहे जनाः

Quand un long temps se fut écoulé, les habitants de Dvāravatī devinrent bouleversés et craintifs ; le peuple fut accablé de douleur par la séparation d’avec Govinda.

Verse 19

ततः सुपर्णो बलवान् पूर्वमेव विसजितः / कृष्णेन मार्गमाणस्तं हिमवन्तं ययौ गिरिम्

Alors le puissant Suparṇa (Garuḍa), déjà dépêché auparavant, se rendit au mont Himavat ; et Kṛṣṇa le suivit, le cherchant.

Verse 20

अदृष्ट्वा तत्र गोविन्दं प्रणम्य शिरसा मुनिम् / आजगामोपमन्युं तं पुरीं द्वारवतीं पुनः

Ne voyant pas Govinda en ce lieu, il s’inclina la tête et rendit hommage au muni ; puis Upamanyu revint de nouveau dans la cité de Dvāravatī.

Verse 21

तदन्तरे महादैत्या राक्षसाश्चातिभीषणाः / आजग्मुर्द्वारकां शुभ्रां भीषयन्तः सहस्त्रशः

Cependant, de puissants Daityas et des Rākṣasas d’une terreur extrême arrivèrent par milliers à la cité radieuse de Dvārakā, y répandant l’effroi.

Verse 22

स तान् सुपर्णो बलवान् कृष्णतुल्यपराक्रमः / हत्वा युद्धेन महता रक्षति स्म पुरीं शुभाम्

Alors le puissant Suparṇa—dont la vaillance égalait celle de Kṛṣṇa—les abattit dans une grande bataille, puis protégea la cité de bon augure.

Verse 23

एतस्मिन्नेव काले तु नारदो भगवानृषिः / दृष्ट्वा कैलासशिखरे कृष्णं द्वारवतीं गतः

En ce même temps, le sage divin Nārada, après avoir vu Kṛṣṇa au sommet du Kailāsa, se mit en route vers Dvāravatī (Dvārakā).

Verse 24

तं दृष्ट्वा नारदमृषिं सर्वे तत्र निवासिनः / प्रोचुर्नारायणो नाथः कुत्रास्ते भगवान् हरिः

En voyant le sage Nārada, tous les habitants dirent : « Ô Nārāyaṇa, notre Seigneur, où demeure à présent Bhagavān Hari ? »

Verse 25

स तानुवाच भगवान् कैलसशिखरे हरिः / रमते ऽद्य महायोगीं तं दृष्ट्वाहमिहागतः

Alors Nārada leur dit : « Hari est au sommet du Kailāsa ; aujourd’hui le Grand Yogin demeure dans la félicité. L’ayant contemplé, je suis venu ici. »

Verse 26

तस्योपश्रुत्य वचनं सुपर्णः पततां वरः / जगामाकाशगो विप्राः कैलासं गिरिमुत्तमम्

Ayant surpris ces paroles, Suparṇa (Garuḍa) — le plus éminent de tous ceux qui volent — s’élança dans le ciel et se rendit, ô brāhmanes, au mont Kailāsa, la montagne excellente.

Verse 27

ददर्श देवकीसूनुं भवने रत्नमण्डिते / वरासनस्थं गोविन्दं देवदेवान्तिके हरिम्

Il contempla le fils de Devakī — Govinda, Hari — assis sur un trône sublime dans un palais orné de joyaux, en présence des dieux et du Dieu des dieux.

Verse 28

उपास्यमानममरैर्दिव्यस्त्रीभिः समन्ततः / महादेवगणैः सिद्धैर्योगिभिः परिवारितम्

Il était honoré par les Immortels, entouré de toutes parts de femmes célestes, et ceint des troupes de Mahādeva — siddhas accomplis et yogins réalisés.

Verse 29

प्रणम्य दण्डवद् भूमौ सुपर्णः शङ्करं शिवम् / निवेदयामास हरेः प्रवृत्तिं द्वारके पुरे

S’étant prosterné à terre comme un bâton, Suparṇa (Garuḍa) s’approcha de Śaṅkara, Śiva l’auspicieux, et lui rapporta les actes de Hari dans la cité de Dvārakā.

Verse 30

ततः प्रणम्य शिरसा शङ्करं नीललोहितम् / आजगाम पुरीं कृष्णः सो ऽनुज्ञातो हरेण तु

Alors Kṛṣṇa inclina la tête devant Śaṅkara, le Nīlalohita, le Seigneur bleu et rougeoyant, et revint à la cité, ayant réellement reçu l’autorisation de Hari.

Verse 31

आरुह्य कश्यपसुतं स्त्रीगणैरभिपूजितः / वचोभिरमृतास्वादैर्मानितो मधुसूदनः

Monté sur le fils de Kaśyapa, Madhusūdana fut adoré avec révérence par les troupes de femmes célestes, et honoré de paroles douces comme l’amṛta, le nectar d’immortalité.

Verse 32

वीक्ष्य यान्तममित्रघ्नं गन्धर्वाप्सरसां वराः / अन्वगच्छन् महोयोगं शङ्खचक्रगदाधरम्

Voyant s’éloigner le Tueur des ennemis, les plus éminents parmi les Gandharvas et les Apsaras le suivirent — le Grand Yogin portant la conque, le disque et la massue.

Verse 33

विसर्जयित्वा विश्वात्मा सर्वा एवाङ्गना हरिः / ययौ स तूर्णं गोविन्दो दिव्यां द्वारवतीं पुरीम्

Après avoir congédié avec respect toutes les femmes, Hari — Govinda, l’Âme de l’univers — partit promptement vers la cité divine et resplendissante de Dvāravatī.

Verse 34

गते मुररिपौ नैव कामिन्यो मुनिपुङ्गवाः / निशेव चन्द्ररहिता विना तेन चकाशिरे

Quand l’Ennemi de Murā (le Seigneur Viṣṇu) fut parti, ni les sages les plus éminents ni les cœurs ardents ne resplendirent — telle une nuit privée de lune ; sans Lui, nul ne pouvait paraître lumineux.

Verse 35

श्रुत्वा पौरजनास्तूर्णं कृष्णागमनमुत्तमम् / मण्डयाञ्चक्रिरे दिव्यां पुरीं द्वारवतीं शुभाम्

Aussitôt qu’ils apprirent l’arrivée très auspicious de Krishna, les habitants se hâtèrent d’orner Dvāravatī, la cité divine, heureuse et bénie.

Verse 36

पताकाभिर्विशालाभिर्ध्वजै रत्नपरिष्कृतैः / लाजादिभिः पुरीं रम्यां भूषयाञ्चक्रिरे तदा

Alors ils ornèrent la cité charmante de vastes bannières et d’étendards parés de joyaux, et d’offrandes telles que le lājā (grain grillé) et d’autres objets de bon augure.

Verse 37

अवादयन्त विविधान् वादित्रान् मधुरस्वनान् / शङ्खान् सहस्त्रशो दध्मुर्वोणावादान् वितेनिरे

Ils firent résonner maints instruments aux sons suaves ; des milliers de conques (śaṅkha) furent soufflées, et les exécutions de la vīṇā se déployèrent pleinement.

Verse 38

प्रविष्टमात्रे गोविन्दे पुरीं द्वारवतीं शुभाम् / अगायन् मधुरं गानं स्त्रियो यौवनशालिनः

Dès que Govinda entra dans l’auspicieuse cité de Dvāravatī, les jeunes femmes, dans l’éclat de la jeunesse, se mirent à chanter de doux hymnes.

Verse 39

दृष्ट्वा ननृतुरीशानं स्थिताः प्रासादमूर्धसु / मुमुचुः पुष्पवर्षाणि वसुदेवसुतोपरि

Voyant Īśāna, ceux qui se tenaient sur les toits des palais se mirent à danser, et ils répandirent des pluies de fleurs sur le fils de Vasudeva (Śrī Kṛṣṇa).

Verse 40

प्रविश्य भवनं कृष्ण आशीर्वादाभिवर्धितः / वरासने महायोगी भाति देवीभिरन्वितः

Entrant dans le palais, Kṛṣṇa—fortifié par les bénédictions—resplendit tel le grand Yogin, assis sur un trône splendide et entouré des Déesses (Devī).

Verse 41

सुरम्ये मण्डपे शुभ्रे शङ्खाद्यैः परिवारितः / आत्मजैरभितो मुख्यैः स्त्रीसहस्त्रैश्च संवृतः

Dans un mandapa charmant et lumineux, il était entouré de Śaṅkha et des autres principaux serviteurs; ses fils les plus éminents l’enveloppaient de toutes parts, et des milliers de femmes se pressaient aussi autour de lui.

Verse 42

तत्रासनवरे रम्ये जाम्बवत्या सहाच्युतः / भ्राजते मालया देवो यथा देव्या समन्वितः

Là, sur un trône exquis et délicieux, Acyuta siégeait avec Jāmbavatī; paré d’une guirlande, le Seigneur rayonnait—tel un dieu uni à sa déesse.

Verse 43

आजग्मुर्देवगन्धर्वा द्रष्टुं लोकादिमव्ययम् / महर्षयः पूर्वजाता मार्कण्डेयादयो द्विजाः

Les devas et les gandharvas vinrent contempler l’Immuable, source primordiale des mondes; et les grands sages d’ancienne naissance—les deux-fois-nés tels que Mārkaṇḍeya et d’autres—arrivèrent eux aussi.

Verse 44

ततः स भगवान् कृष्णो मार्कण्डेयं समागतम् / ननामोत्थाय शिरसा स्वासनं च ददौ हरिः

Alors le Seigneur bienheureux Kṛṣṇa, voyant Mārkaṇḍeya arriver, se leva et s’inclina la tête en signe de vénération; et Hari lui offrit son propre siège.

Verse 45

संपूज्य तानृषिगणान् प्रणामेन महाभुजः / विसर्जयामास हरिर्दत्त्वा तदभिवाञ्छितान्

Après avoir honoré comme il se doit cette assemblée de ṛṣis par des salutations révérencieuses, Hari, aux bras puissants, les congédia en leur accordant les grâces qu’ils désiraient.

Verse 46

तदा मध्याह्नसमये देवदेवः स्वयं हरिः / स्नात्वा शुक्लाम्बरो भानुमुपतिष्ठत् कृताञ्जलिः

Alors, à l’heure de midi, Hari lui-même—Dieu des dieux—après s’être baigné et revêtu de vêtements blancs, se tint devant le Soleil, les mains jointes, en pieuse vénération.

Verse 47

जजाप जाप्यं विधिवत् प्रेक्षमाणो दिवाकरम् / तर्पयामास देवेशो देवेशो देवान् मुनिगणान् पितॄन्

Fixant le Soleil, il récita selon le rite le japa prescrit; puis le Seigneur des seigneurs accomplit le tarpaṇa, comblant les dieux, les assemblées de sages et les ancêtres.

Verse 48

प्रविश्य देवभवनं मार्कण्डेयेन चैव हि / पूजयामास लिङ्गस्थं भूतेशं भूतिभूषणम्

Entrant dans le sanctuaire divin, lui—avec Mārkaṇḍeya—rendit un culte à Bhūteśa, Seigneur des êtres, demeurant dans le liṅga, Celui dont l’ornement est la puissance sacrée et la prospérité.

Verse 49

समाप्य नियमं सर्वं नियन्तासौ नृणां स्वयम् / भोजयित्वा मुनिवरं ब्राह्मणानभिपूज्य च

Ayant achevé toute la discipline des observances, ce maître des hommes, plein de maîtrise de soi, nourrit de sa propre main le plus éminent des sages et honora comme il se doit les brāhmaṇas.

Verse 50

कृत्वात्मयोगं विप्रेन्द्रा मार्कण्डेयेन चाच्युतः / कथाः पौराणिकीः पुण्याश्चक्रे पुत्रादिभिर्वृतः

Ô le meilleur des brāhmaṇas, après avoir établi avec Mārkaṇḍeya le Yoga du Soi, Acyuta, l’Impérissable, exposa de saintes récitations purāṇiques, entouré de ses fils et d’autres serviteurs.

Verse 51

अथैतत् सर्वमखिलं दृष्ट्वा कर्म महामुनिः / मार्कण्डेयो हसन् कृष्णं बभाषे मधुरं वचः

Alors, ayant contemplé en entier toute cette action, le grand sage Mārkaṇḍeya, souriant, s’adressa à Kṛṣṇa en paroles douces et suaves.

Verse 52

मार्कण्डेय उवाच कः समाराध्यते देवो भवता कर्मभिः शुभैः / ब्रूहि त्वं कर्मभिः पूज्यो योगिनां ध्येय एव च

Mārkaṇḍeya dit : «Quel dieu apaises-tu comme il se doit par tes œuvres de bon augure ? Dis-le-moi : qui est la divinité à vénérer par les rites et les actes, et qui est vraiment l’objet de la méditation des yogins ?»

Verse 53

त्वं हि तत् परमं ब्रह्म निर्वाणममलं पदम् / भारावतरणार्थाय जातो वृष्णिकुले प्रभुः

Tu es en vérité le Brahman suprême : l’état de nirvāṇa, sans tache, la demeure pure et la plus haute. Ô Seigneur, afin d’alléger le fardeau de la Terre, tu es né dans la lignée des Vṛṣṇi.

Verse 54

तमब्रवीन्महाबाहुः कृष्णो ब्रह्मविदां वरः / शृण्वतामेव पुत्राणां सर्वेषां प्रहसन्निव

Alors Kṛṣṇa aux bras puissants, le premier parmi les connaisseurs de Brahman, lui parla tandis que tous ses fils écoutaient, comme s’il souriait.

Verse 55

श्रीभगवानुवाच भवता कथितं सर्वं तथ्यमेव न संशयः / तथापि देवमीशानं पूजयामि सनातनम्

Le Seigneur Bienheureux dit : «Tout ce que tu as dit est vrai, sans aucun doute. Pourtant, j’honore et j’adore le dieu Īśāna, l’Éternel».

Verse 56

न मे विप्रास्ति कर्तव्यं नानवाप्तं कथञ्चन / पूजयामि तथापीशं जानन्नैतत् परं शिवम्

Ô brāhmane, je n’ai plus rien à accomplir, et il n’est rien que je n’aie déjà obtenu ; pourtant je vénère le Seigneur, sachant qu’Il est le Śiva suprême.

Verse 57

न वै पश्यन्ति तं देवं मायया मोहिता जनाः / ततो ऽहं स्वात्मनो मूलं ज्ञापयन् पूजयामि तम्

Trompés par Māyā, les hommes ne perçoivent pas vraiment ce Deva. C’est pourquoi, afin de faire connaître la source même de mon propre Soi, je Le vénère.

Verse 58

न च लिङ्गार्चनात् पुण्यं लोकेस्मिन् भीतिनाशनम् / तथा लिङ्गे हितायैषां लोकानां पूजयेच्छिवम्

En ce monde, il n’est aucun mérite issu du culte du Śiva-liṅga qui ne dissipe la peur. Ainsi, pour le bien des mondes, qu’on adore Śiva dans le liṅga.

Verse 59

यो ऽहं तल्लिङ्गमित्याहुर्वेदवादविदो जनाः / ततो ऽहमात्ममीशानं पूजयाम्यात्मनैव तु

Les connaisseurs de la doctrine védique déclarent que ce « moi » est lui-même le Liṅga (le signe suprême). Ainsi je vénère Īśāna (Śiva) comme mon propre Soi, par le Soi seul.

Verse 60

तस्यैव परमा मूर्तिस्तन्मयो ऽहं न संशयः / नावयोर्द्यिते भेदो वेदेष्वेवं विनिश्चयः

Je suis, en vérité, la forme suprême de Lui seul, entièrement constitué de Son essence même — sans aucun doute. Entre nous deux, il n’y a nulle différence : ainsi les Veda l’établissent de façon décisive.

Verse 61

एष देवो महादेवः सदा संसारभीरुभिः / ध्येयः पूज्यश्च वन्द्यश्च ज्ञेयो लिङ्गे महेश्वरः

Ce Deva lui-même est Mahādeva ; ceux qui redoutent les liens du saṃsāra doivent sans cesse le contempler, le vénérer et l’adorer — et Maheśvara doit être connu et réalisé dans le Liṅga.

Verse 62

मार्कण्डेय उवाच किं तल्लिङ्गं सुरश्रेष्ठ लिङ्गे संपूज्यते च कः / ब्रूहि कृष्ण विशालाक्ष गहनं ह्येतदुत्तमम्

Mārkaṇḍeya dit : «Ô le meilleur des dieux, qu’est donc réellement ce Liṅga ? Et qui est Celui qui y est honoré et adoré avec une révérence parfaite ? Dis‑le‑moi, ô Kṛṣṇa aux larges yeux : cette vérité suprême est vraiment profonde.»

Verse 63

अव्यक्तं लिङ्गमित्याहुरानन्दं ज्योतिरक्षरम् / वेदा महेस्वरं देवमाहुर्लिङ्गिनमव्ययम्

Ils déclarent que le Liṅga est non manifesté : une lumière impérissable, de la nature de la béatitude. Les Veda proclament le Dieu Maheśvara comme le Liṅgin, le Seigneur immuable et éternel, qui porte le Liṅga tout en le transcendant.

Verse 64

पुरा चैकार्णवे घोरे नष्टे स्थावरजङ्गमे / प्रबोधार्थं ब्रह्मणो मे प्रादुर्भूतः स्वयं शिवः

Autrefois, lorsque ne demeurait que l’unique océan redoutable et que tout, l’immobile comme le mobile, avait péri, afin d’éveiller Brahmā, Śiva lui‑même se manifesta devant moi.

Verse 65

तस्मात् कालात् समारभ्य ब्रह्मा चाहं सदैव हि / पूजयावो महादेवं लोकानां हितकाम्यया

Depuis ce temps-là, Brahmā et moi, en vérité, n’avons cessé d’adorer Mahādeva, désirant le bien de tous les mondes.

Verse 66

मार्कण्डेय उवाच कथं लिङ्गमभूत् पूर्वमैश्वरं परमं पदम् / प्रबोधार्थं स्वयं कृष्ण वक्तुमर्हसि सांप्रतम्

Mārkaṇḍeya dit : «Comment le Liṅga advint-il au commencement—cet emblème souverain, la demeure suprême ? Pour éveiller notre intelligence, ô Kṛṣṇa, daigne toi-même l’exposer à présent.»

Verse 67

श्रीभगवानुवाच आसोदेकार्णवं घोरमविभागं तमोमयम् / मध्ये चैकार्णवे तस्मिन् शङ्खचक्रगदाधरः

Le Bienheureux dit : «Alors il n’y avait qu’un seul océan, terrible—sans distinction, fait de ténèbres. Et au milieu de cet océan unique se tenait le Porteur de la conque, du disque et de la massue.»

Verse 68

सहस्त्रशीर्षा भूत्वाहं सहस्त्राक्षः सहस्त्रपात् सहस्त्रबाहुर्युक्तात्मा शयितो ऽहं सनातनः

Revêtant la forme cosmique aux mille têtes, mille yeux, mille pieds et mille bras—maître de moi, parfaitement uni dans le Yoga—Moi, l’Éternel, je repose comme le fondement intemporel de toutes choses.

Verse 69

एतस्मिन्नन्तरे दूरता पश्यमि ह्यमितप्रभम् / कोटिसूर्यप्रतीकाशं भ्राजमानं श्रियावृतम्

Cependant, de loin je contemple Celui dont l’éclat est sans mesure—brillant comme dix millions de soleils—resplendissant, enveloppé de la splendeur divine de Śrī.

Verse 70

चतुर्वरक्त्रं महायोगं पुरुषं काञ्चनप्रभम् / कृष्णाजिरधरं देवमृग्यजुः सामभिः स्तुतम्

Je médite sur ce Puruṣa divin—le grand Yogin aux quatre visages rayonnants, d’éclat d’or—revêtu d’une peau d’antilope noire, et loué par les hymnes des Veda Ṛg, Yajus et Sāma.

Verse 71

निमेषमात्रेण स मां प्राप्तो योगविदां वरः / व्याजहार स्वयं ब्रह्मा स्मयमानो महाद्युतिः

En l’espace d’un seul battement de paupières, vint à moi le meilleur des connaisseurs du Yoga. Alors Brahmā lui-même—rayonnant d’une grande splendeur et souriant—prit la parole.

Verse 72

कस्त्वं कुतो वा किं चेह तिष्ठसे वह मे प्रभो / अहं कर्ता हि लोकानां स्वयंभूः प्रपितामहः

«Qui es-tu ? D’où viens-tu, et pourquoi te tiens-tu ici ? Porte-moi, ô Seigneur. Car je suis le créateur des mondes : le Né de lui-même (Svayambhū), le Grand Progéniteur (Prapitāmaha).»

Verse 73

एवमुक्तस्तदा तेन ब्रह्मणाहमुवाच ह / अहं कर्तास्मि लोकानां संहर्ता च पुनः पुनः

Ainsi interpellé alors par Brahmā, je répondis : «Je suis le créateur des mondes, et, encore et encore, j’en suis aussi le résorbeur (le destructeur).»

Verse 74

एवं विवादे वितते मायया परमेष्ठिनः / प्रबोधार्थं परं लिङ्गं प्रादुर्भूतं शिवात्मकम्

Ainsi, lorsque la querelle s’étendit—par le pouvoir d’illusion (māyā) du Seigneur suprême—se manifesta le Liṅga suprême, dont l’essence même est Śiva, afin de les éveiller à la vérité.

Verse 75

कालानलसमप्रख्यं ज्वालामालासमाकुलम् / क्षयवृद्धिविनिर्मुक्तमादिमध्यान्तवर्जितम्

Tel le feu du Temps lui-même, flamboyant et ceint de guirlandes de flammes, il est libre de déclin et d’accroissement, et dépourvu de commencement, de milieu et de fin.

Verse 76

ततो मामाह भगवानधो गच्छ त्वमाशु वै / अन्तमस्य विजानीम ऊर्ध्वं गच्छे ऽहमित्यजः

Alors le Seigneur Bienheureux me dit : «Va vite vers le bas ; découvrons-en la limite. Moi—Aja (Brahmā)—j’irai vers le haut.»

Verse 77

तदाशु समयं कृत्वा गतावूर्ध्वमधश्च द्वौ / पितामहो ऽप्यहं नान्तं ज्ञातवन्तौ समाः शतम्

Puis, ayant vite fixé un temps convenu, tous deux partirent—l’un vers le haut, l’autre vers le bas. Pourtant, ni moi ni Pitāmaha (Brahmā) ne pûmes en connaître la limite, même au bout de cent ans.

Verse 78

ततो विस्मयमापन्नौ भीतौ देवस्य शूलिनः / मायया मोहितौ तस्य ध्यायन्तौ विश्वमीश्वरम्

Alors, saisis d’étonnement et de crainte, nous deux—serviteurs du Seigneur au trident—fûmes égarés par sa māyā, et nous nous mîmes à méditer sur Īśvara, Maître de l’univers, qui est lui-même le cosmos.

Verse 79

प्रोच्चारन्तौ महानादमोङ्कारं परमं पदम् / प्रह्वाञ्जलिपुटोपेतौ शंभुं तुष्टुवतुः परम्

Proclamant à haute voix la syllabe «Oṃ», retentissante d’une grande vibration—demeure suprême—, la tête inclinée et les mains jointes en pieux añjali, nous louâmes le Suprême Śambhu.

Verse 80

ब्रह्मविष्णू ऊचतुः / अनादिमलसंसाररोगवैद्याय शंभवे / नमः शिवाय शान्ताय ब्रह्मणे लिङ्गमूर्तये

Brahmā et Viṣṇu dirent : «Hommage à Śambhu, le médecin qui guérit la maladie du saṃsāra, souillée par l’impureté sans commencement. Hommage à Śiva, le Paisible ; au Brahman lui-même, dont la forme incarnée est le Liṅga.»

Verse 81

प्रलयार्णवसंस्थाय प्रलयोद्भूतिहेतवे / नमः शिवाय शान्ताय ब्रह्मणे लिङ्गमूर्तये

Hommage à Śiva, paisible et de bon augure, demeurant dans l’océan de la dissolution, cause de l’émergence après la dissolution; hommage au Brahman lui‑même, manifesté sous la forme du Liṅga.

Verse 82

ज्वालामालावृताङ्गाय ज्वलनस्तम्भरूपिणे / नमः शिवाय शान्ताय ब्रह्मणे लिङ्गमूर्तये

Hommage à Śiva, dont les membres sont ceints de guirlandes de flammes, apparaissant comme un pilier de feu flamboyant; hommage au Paisible, au Brahman lui‑même dont la forme est le Liṅga.

Verse 83

आदिमध्यान्तहीनाय स्वबावामलदीप्तये / नमः शिवाय शान्ताय ब्रह्मणे लिङ्गमूर्तये

Hommage à Śiva, sans commencement, sans milieu ni fin; dont la nature intime brille d’une splendeur sans tache; hommage au Paisible, au Brahman lui‑même dont la forme est le Liṅga.

Verse 84

महादेवाय महते ज्योतिषे ऽनन्ततेजसे / नमः शिवाय शान्ताय ब्रह्मणे लिङ्गमूर्तये

Hommage à Mahādeva, le Grand Dieu, vaste et suprême, Lumière elle‑même aux rayons sans fin; hommage à Śiva, le Paisible, au Brahman dont la forme est le Liṅga.

Verse 85

प्रधानपुरुषेशाय व्योमरूपाय वेधसे / नमः शिवाय शान्ताय ब्रह्मणे लिङ्गमूर्तये

Hommage au Seigneur de Pradhāna (Nature primordiale) et de Puruṣa (Esprit), au Créateur dont la forme est vaste comme le ciel; hommage à Śiva, le Paisible, au Brahman manifesté sous la forme du Liṅga.

Verse 86

निर्विकाराय सत्याय नित्यायामलतेजसे / नमः शिवाय शान्ताय ब्रह्मणे लिङ्गमूर्तये

Hommage à Celui qui est sans changement, Vérité, éternel, d’une splendeur immaculée ; hommage à Śiva—la Paix même—au Brahman dont la forme est le Liṅga.

Verse 87

वेदान्तसाररूपाय कालरूपाय धीमते / नमः शिवाय शान्ताय ब्रह्मणे लिङ्गमूर्तये

Hommage à Celui dont la forme est l’essence du Vedānta, qui se manifeste comme le Temps, le Sage lumineux ; hommage à Śiva—le Paisible—au Brahman dont la forme incarnée est le Liṅga.

Verse 88

एवं संस्तूयमानस्तु व्यक्तो भूत्वा महेश्वरः / भाति देवो महायोगी सूर्यकोटिसमप्रभः

Ainsi, tandis qu’on le célébrait par des hymnes, Mahēśvara se manifesta ; le divin Grand Yogin resplendit, égal à l’éclat de dix millions de soleils.

Verse 89

वक्त्रकोटिसहस्त्रेण ग्रसमान इवाम्बरम् / सहस्त्रहस्तचरणः सूर्यसोमाग्निलोचनः

Avec des millions de bouches, il semblait engloutir le ciel même ; avec des milliers de mains et de pieds, ses yeux étaient le Soleil, la Lune et le Feu.

Verse 90

पिनाकपाणिर्भगवान् कृत्तिवासास्त्रिशूलभृत् / व्यालयज्ञोपवीतश्च मेघदुन्दुभिनिः स्वनः

Le Seigneur Bienheureux tient en sa main l’arc Pināka ; vêtu d’une peau, il brandit le trident. Portant un serpent pour cordon sacré, sa voix gronde comme le tambour du tonnerre dans les nuées.

Verse 91

अथोवाच महादेवः प्रीतो ऽहं सुरसत्तमौ / पश्येतं मां महादेवं भयं सर्वं प्रमुच्यताम्

Alors Mahādeva parla : «Ô vous, les plus éminents parmi les dieux, je suis comblé. Contemplez-moi—Mahādeva—et que toute crainte soit entièrement dissipée.»

Verse 92

युवां प्रसूतौ गात्रेभ्यो मम पूर्वं सनातनौ / अयं मे दक्षिणे पार्श्वे ब्रह्मा लोकपितामहः / वामपार्श्वे च मे विष्णुः पालको हृदये हरः

«Vous deux êtes nés de mes membres avant toute chose, éternels par nature. À ma droite se tient Brahmā, Pitāmaha, l’aïeul des mondes ; à ma gauche se tient Viṣṇu, le Protecteur ; et dans mon cœur demeure Hara (Śiva).»

Verse 93

प्रीतो ऽहं युवयोः सम्यक् वरं दद्मि यथेप्सितम् / एवमुक्त्वाथ मां देवो महादेवः स्वयं शिवः / आलिङ्ग्य देवं ब्रह्माणं प्रसादाभिमुखो ऽभवत्

«Je suis pleinement satisfait de vous deux. Je vous accorde le don que vous désirez.» Ayant ainsi parlé, le Seigneur—Mahādeva, Śiva lui-même—embrassa le dieu Brahmā et se tourna vers la grâce bienveillante.

Verse 94

ततः प्रहृष्टमनसौ प्रणिपत्य महेश्वरम् / ऊचतुः प्रेक्ष्य तद्वक्त्रं नारायणपितामहौ

Alors Nārāyaṇa et Pitāmaha (Brahmā), l’esprit rempli de joie, se prosternèrent devant Maheśvara (Śiva). Fixant son visage, ils prirent la parole tous deux.

Verse 95

यदि प्रीतिः समुत्पन्ना यदि देयो वरश्च नौ / भक्तिर्भवतु नौ नित्यं त्वयि देव महेश्वरे

«Si ta bienveillance s’est vraiment éveillée, et si un don doit nous être accordé, que notre dévotion soit éternelle, fixée en Toi, ô Maheśvara divin.»

Verse 96

ततः स भगवानीशः प्रहसन् परमेश्वरः / उवाच मां महादेवः प्रीतः प्रीतेन चेतसा

Alors le Seigneur Bienheureux—Īśa, le Souverain suprême—souriant, me parla : Mahādeva, satisfait, s’adressa à moi le cœur rempli de joie.

Verse 97

देव उवाच प्रलयस्थितिसर्गाणां कर्ता त्वं धरणीपते / वत्स वत्स हरे विश्वं पालयैतच्चराचरम्

Le Deva dit : «Ô Seigneur de la terre, tu es l’agent de la dissolution, de la préservation et de la création. Enfant chéri—enfant chéri, ô Hari—protège cet univers tout entier, le mobile et l’immobile.»

Verse 98

त्रिधा भिन्नो ऽस्म्यहं विष्णो ब्रह्मविष्णुहराख्यया / सर्गरक्षालयगुणैर्निर्गुणो ऽपि निरञ्जनः

Ô Viṣṇu, on me dit triple—sous les noms de Brahmā, Viṣṇu et Hara—par les fonctions et les qualités de création, de préservation et de dissolution ; mais en vérité je suis sans tache, intact, bien que je sois au-delà de toute qualité (nirguṇa).

Verse 99

संमोहं त्यज भो विष्णो पालयैनं पितामहम् / भविष्यत्येष भगवांस्तव पुत्रः सनातनः

Ô Viṣṇu, renonce à cette illusion ; protège ce Pitāmaha (Brahmā), le Grand-Père. Ce vénérable Bhagavān deviendra ton fils éternel.

Verse 100

अहं च भवतो वक्त्रात् कल्पादौ घोररूपधृक् / शूलपाणिर्भविष्यामि क्रोधजस्तव पुत्रकः

Et moi aussi—jaillissant de ta bouche au commencement du kalpa, revêtant une forme terrible—je deviendrai le Porteur du Trident, ton fils né de ta colère.

Verse 101

एवमुक्त्वा महादेवो ब्रह्माणं मुनिसत्तम / अनुगृह्य च मां देवस्तत्रैवान्तरधीयत

Ayant ainsi parlé, Mahādeva s’adressa à Brahmā, ô le meilleur des sages ; puis, m’ayant accordé sa grâce, le Seigneur disparut sur-le-champ, en ce même lieu.

Verse 102

ततः प्रभृति लोकेषु लिङ्गार्चा सुप्रतिष्ठिता / लिङ्ग तल्लयनाद् ब्रह्मन् ब्रह्मणः परमं वपुः

Dès lors, dans tous les mondes, le culte du Liṅga fut solidement établi. Car le Liṅga—en tant que signe et puissance qui résorbe toutes les formes dans l’Absolu, ô Brahman—est vénéré comme la suprême manifestation de Brahman.

Verse 103

एतल्लिङ्गस्य माहात्म्यं भाषितं ते मयानघ / एतद् बुध्यन्ति योगज्ञा न देवा न च दानवाः

Ô toi sans faute, je t’ai exposé la grandeur de ce Liṅga. Cette vérité est comprise par ceux qui sont versés dans le Yoga — non par les dieux, ni par les démons.

Verse 104

एतद्धि परमं ज्ञानमव्यक्तं शिवसंज्ञितम् / येन सूक्ष्ममचिन्त्यं तत् पश्यन्ति ज्ञान वक्षुषः

Ceci est, en vérité, la Connaissance suprême : non manifestée et nommée Śiva ; par elle, ceux dont les yeux sont sagesse contemplent cette Réalité, subtile et inconcevable.

Verse 105

तस्मै भगवते नित्यं नमस्कारं प्रकुर्महे / महादेवाय रुद्राय देवदेवाय लिङ्गिने

Ainsi, à ce Seigneur Bienheureux nous offrons sans cesse nos prosternations : à Mahādeva, à Rudra, au Dieu des dieux, au Porteur du Liṅga.

Verse 106

नमो वेदरहस्याय नीलकण्ठाय वै नमः / विभीषणाय शान्ताय स्थाणवे हेतवे नमः

Hommage à Celui qui est le secret et l’essence des Veda ; hommage, en vérité, à Nīlakaṇṭha. Hommage à l’Auguste redoutable, au Paisible ; hommage à Sthāṇu, l’Immuable, et à la Cause suprême.

Verse 107

ब्रह्मणे वामदेवाय त्रिनेत्राय महीयसे / शङ्कराय महेशाय गिरीशाय शिवाय च

Hommage à Brahman, l’Absolu ; à Vāmadeva ; à Celui aux Trois Yeux ; au Grand et au Glorieux. Hommage à Śaṅkara, à Maheśa, à Girīśa (Seigneur des Montagnes), et aussi à Śiva.

Verse 108

नमः कुरुष्व सततं ध्यायस्व मनसा हरम् / संसारसागरादस्मादचिरादुत्तरिष्यसि

Rends hommage sans cesse ; par l’esprit, médite Hara (Śiva). De cet océan de saṃsāra, tu traverseras—bientôt.

Verse 109

एवं स वासुदेवेन व्याहृतो मुनिपुङ्गवः / जगाम मनसा देवमीशानं विश्वतोमुखम्

Ainsi, interpellé par Vāsudeva, ce sage éminent se recueillit au-dedans et, par la seule puissance de l’esprit, alla vers le Seigneur Īśāna, la divinité dont le visage se tourne vers toutes les directions.

Verse 110

प्रणम्य शिरसा कृष्णमनुज्ञातो महामुनिः / जगाम चेप्सितं देशं देवदेवस्य शूलिनः

Après s’être incliné de la tête devant Kṛṣṇa et avoir reçu sa permission, le grand sage partit vers la contrée désirée : le domaine sacré du Dieu des dieux, Śūlin, le Porteur du Trident.

Verse 111

य इमं श्रावयेन्नित्यं लिङ्गाध्यायमनुत्तमम् / शृणुयाद् वा पठेद् वापि सर्वपापैः प्रमुच्यते

Quiconque fait réciter chaque jour cet incomparable « Chapitre du Liṅga », ou l’écoute, ou même le lit—est délivré de tous les péchés.

Verse 112

श्रुत्वा सकृदपि ह्येतत् तपश्चरणमुत्तमम् / वासुदेवस्य विप्रेन्द्राः पापं मुञ्चिति मानवः

Ô meilleurs des brahmanes : ne fût-ce qu’en entendant une seule fois cette suprême discipline d’austérité vouée à Vāsudeva, l’homme se défait du péché.

Verse 113

जपेद् वाहरहर्नित्यं ब्रह्मलोके महीयते / एवमाह महायोगी कृष्णद्वैपायनः प्रभुः

Qu’on accomplisse le japa chaque jour, matin et soir ; ainsi l’on est honoré dans le monde de Brahmā. Telles furent les paroles du grand yogin, le vénérable Seigneur Kṛṣṇa-Dvaipāyana (Vyāsa).

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Frequently Asked Questions

It defines the liṅga as unmanifest, imperishable light (prakāśa), bliss-nature, and the supreme mark of Brahman; Maheśvara is the Liṅgin—unchanging Lord who bears and transcends the liṅga.

The chapter asserts non-difference in essence: Kṛṣṇa declares himself constituted of Śiva’s essence, with no distinction between them, while also modeling Śiva-worship to reveal the supreme source to beings deluded by māyā.

Midday solar worship, prescribed japa, tarpaṇa to gods/sages/ancestors, temple worship of Bhūteśa in the liṅga, honoring and feeding sages and brāhmaṇas—integrating devotion with disciplined observance.

Regular recitation, hearing, or reading of the ‘Chapter on the Liṅga’ frees one from sins; even hearing once is said to release a person from sin, and daily morning-evening japa leads to honor in Brahmaloka.