Adhyaya 233
Nagara KhandaTirtha MahatmyaAdhyaya 233

Adhyaya 233

Le chapitre 233 déploie un enseignement théologique à plusieurs niveaux sur l’observance du Cāturmāsya (la saison sacrée de quatre mois), encadré par le récit de Sūta aux sages questionneurs et porté, en son cœur, par un dialogue entre Brahmā et Nārada. Il établit le Cāturmāsya comme une fenêtre rituelle intensifiée, où la dévotion à Viṣṇu et les disciplines de pureté deviennent particulièrement décisives. Le bain du matin y est présenté comme pratique majeure, sans cesse reliée au pāpa-kṣaya (dissolution des fautes accumulées) et au rétablissement de l’efficacité des autres actes religieux. Le texte propose une typologie des eaux et des lieux saints : rivières et grands tīrtha tels que Puṣkara et Prayāga ; eaux régionales comme la Reva/Narmadā et la Godāvarī ; confluences océaniques ; et eaux de substitution, infusées de sésame, d’āmalaka ou de feuilles de bilva. Il introduit aussi une « technologie dévotionnelle du souvenir » : invoquer mentalement Gaṅgā près d’un vase d’eau est tenu pour fécond sur le plan rituel, fondé sur la doctrine reliant Gaṅgā à l’eau du pied du Seigneur (pāda-udaka). Des précautions sont indiquées, notamment éviter le bain nocturne et privilégier la purification lorsque le soleil est visible. Le chapitre s’achève par une clause d’accessibilité : si le bain physique est impossible, le bain de cendre, le bain par les mantras ou le bain avec l’eau du pied de Viṣṇu sont proposés comme alternatives purificatrices.

Shlokas

Verse 1

ऋषय ऊचुः । सूत सूत महाभाग श्रोतुमिच्छामहे वयम् । चातुर्मास्यव्रतानां हि त्वत्तो माहात्म्यविस्तरम्

Les sages dirent : Ô Sūta, ô bienheureux, nous désirons entendre de toi, en détail, la grandeur des vœux de Cāturmāsya.

Verse 2

तदस्माकं महाभाग कृपां कृत्वाऽधुना वद । त्वद्वचोऽमृतपानेन भूयः श्रद्धाभिवर्धते

Ainsi donc, ô bienheureux, fais-nous miséricorde et parle à présent ; en buvant le nectar de tes paroles, notre foi s’accroît davantage encore.

Verse 3

सूत उवाच । शृणुध्वं मुनयः सर्वे चातुर्मास्यव्रतोद्भवम् । माहात्म्यं विस्तरेणैव कथयिष्यामि वोऽग्रतः

Sūta dit : Écoutez, ô tous les sages, l’origine du vœu de Cāturmāsya. Je vous en raconterai la grandeur en détail, ici même, devant vous.

Verse 4

पुरा ब्रह्ममुखाच्छ्रुत्वा नानाव्रतविधानकम् । नारदः परिपप्रच्छ भूयो ब्रह्माणमादरात्

Autrefois, après avoir entendu de la propre bouche de Brahmā les diverses règles et prescriptions des vœux, Nārada interrogea de nouveau Brahmā avec révérence.

Verse 5

नारद उवाच । देवदेव महाभाग व्रतानि सुबहून्यपि । श्रुतानि त्वन्मुखाद्ब्रह्मन्न तृप्तिमधिगच्छति

Nārada dit : Ô Dieu des dieux, ô Brahmā comblé de fortune ; bien que j’aie entendu de ta bouche de nombreux vœux, mon cœur n’atteint pas encore la pleine satisfaction.

Verse 6

अधुना श्रोतुमिच्छामि चातुर्मास्यव्रतं शुभम्

À présent, je souhaite entendre le vœu auspicious de Cāturmāsya.

Verse 7

ब्रह्मोवाच । शृणु देवमुने मत्तश्चातुर्मास्यव्रतं शुभम् । यच्छ्रुत्वा भारते खंडे नृणां मुक्तिर्न दुर्लभा

Brahmā dit : Ô sage divin, écoute de ma bouche le vœu auspicious de Cāturmāsya ; en l’entendant sur la terre de Bhārata, la délivrance des hommes n’est pas difficile à obtenir.

Verse 8

मुक्तिप्रदोऽयं भगवान्संसारोत्तारकारणम् । यस्य स्मरणमात्रेण सर्वपापैः प्रमुच्यते

Ce Seigneur Bienheureux accorde la délivrance et est la cause du passage au-delà du saṃsāra ; par le seul souvenir de Lui, on est affranchi de tous les péchés.

Verse 9

मानुष्ये दुर्लभं लोके तत्राऽपि च कुलीनता । तत्रापि सदयत्वं च तत्र सत्संगमः शुभः

En ce monde, la naissance humaine est difficile à obtenir ; plus rare encore est la noblesse de conduite. Plus rare encore est la compassion ; et, au cœur de cette compassion, la sainte compagnie des vertueux (satsaṅga) est la bénédiction suprême.

Verse 10

सत्संगमो न यत्रास्ति विष्णुभक्तिर्व्रतानि च । चातुर्मास्ये विशेषेण विष्णुव्रतकरः शुभः

Là où il n’y a pas de satsaṅga, la dévotion à Viṣṇu et la pratique des vœux ne naissent pas véritablement. Surtout durant Cāturmāsya, celui qui accomplit un Viṣṇu-vrata devient auspiceux et béni.

Verse 11

चातुर्मास्येऽव्रती यस्तु तस्य पुण्यं निरर्थकम् । सर्वतीर्थानि दानानि पुण्यान्यायतनानि च

Mais celui qui n’observe aucun vœu durant Cāturmāsya, son mérite devient sans fruit. Car même les fruits de tous les tīrtha, des dons et des autres demeures du mérite deviennent inefficaces pour lui sans cette discipline.

Verse 12

विष्णुमाश्रित्य तिष्ठंति चातुर्मास्ये समागते । सुपुष्टेनापि देहेन जीवितं तस्य शोभनम्

Quand vient le Cāturmāsya, ceux qui demeurent en refuge auprès de Viṣṇu—leur vie seule est vraiment belle, même si le corps est bien nourri et vigoureux.

Verse 13

चातुर्मास्ये समायाते हरिं यः प्रणमेद्बुधः । कृतार्थास्तस्य विबुधा यावज्जीवं वरप्रदाः

Quand le Cāturmāsya est venu, le sage qui se prosterne devant Hari—les dieux, à son égard, accomplissent leur dessein et lui accordent des grâces tout au long de sa vie.

Verse 14

संप्राप्य मानुषं जन्म चातुर्मास्यपराङ्मुखः । तस्य पापशतान्याहुर्देहस्थानि न संशयः

Ayant obtenu la naissance humaine, celui qui se détourne de l’observance du Cāturmāsya—on dit que des centaines de péchés demeurent dans son corps; sans aucun doute.

Verse 15

मानुष्यं दुर्लभं लोके हरिभक्तिश्च दुर्लभा । चातुर्मास्ये विशेषेण सुप्ते देवे जनार्दने

La naissance humaine est rare en ce monde, et la dévotion à Hari est rare aussi—plus encore durant le Cāturmāsya, lorsque l’on dit que le Seigneur Janārdana demeure dans le sommeil divin.

Verse 16

चातुर्मास्ये नरः स्नानं प्रातरेव समाचरेत् । सर्वक्रतुफलं प्राप्य देववद्दिवि मोदते

Durant le Cāturmāsya, l’homme doit se baigner dès le matin. Ayant obtenu le fruit de tous les sacrifices, il se réjouit au ciel tel un dieu.

Verse 17

चातुर्मास्ये तु यः स्नानं कुर्यात्सिद्धिमवाप्नुयात् । तथा निर्झरणे स्नाति तडागे कूपिकासु च

Durant le Cāturmāsya, quiconque se baigne obtient la siddhi, l’accomplissement spirituel. De même, se baigner dans un courant de cascade, dans un étang ou même dans des puits procure ce même bienfait.

Verse 18

तस्य पापसहस्राणि विलयं यांति तत्क्षणात् । पुष्करे च प्रयागे वा यत्र क्वापि महाजले । चातुर्मास्येषु यः स्नाति पुण्यसंख्या न विद्यते

Pour lui, des milliers de péchés s’évanouissent à l’instant même. Qu’il soit à Puṣkara ou à Prayāga, ou en quelque grande étendue d’eau que ce soit, celui qui se baigne durant le Cāturmāsya acquiert un mérite sans nombre.

Verse 19

रेवायां भास्करक्षेत्रे प्राच्यां सागरसंगमे । एकाहमपि यः स्नातश्चातुर्मास्ये न दोषभाक्

Quiconque se baigne ne fût-ce qu’un seul jour dans la Revā (Narmadā), à Bhāskara-kṣetra, au confluent oriental avec l’océan, ne contracte aucune faute durant la saison de Cāturmāsya.

Verse 20

दिनत्रयं च यः स्नाति नर्मदायां समाहितः । सुप्ते देवे जगन्नाथे पापं याति सहस्रधा

Lorsque le Seigneur du monde, Jagannātha, demeure dans le sommeil divin, celui qui se baigne trois jours dans la Narmadā, l’esprit concentré, fait anéantir le péché au millième degré.

Verse 21

पक्षमेकं तु यः स्नाति गोदावर्यां दिनोदये । स भित्त्वा कर्मजं देहं याति विष्णोः सलोकताम्

Mais celui qui se baigne à l’aurore dans la Godāvarī durant une quinzaine entière—ayant brisé le corps né du karma—atteint la salokatā : demeurer dans le monde de Viṣṇu.

Verse 22

तिलोदकेन यः स्नाति तथा चैवामलोदकैः । बिल्वपत्रोदकैश्चैव चातुर्मास्ये न दोषभाक्

Celui qui se baigne avec de l’eau au sésame, de même avec l’eau d’āmalaka et l’eau infusée de feuilles de bilva, n’encourt aucune faute durant la saison de Cāturmāsya.

Verse 23

गंगां स्मरति यो नित्यमुदपात्रसमीपतः । तद्गांगेयं जलं जातं तेन स्नानं समाचरेत्

Celui qui, chaque jour, se souvient de la Gaṅgā près d’un vase d’eau, cette eau devient « eau de la Gaṅgā » ; avec elle, qu’il accomplisse le bain selon le rite.

Verse 24

गंगाऽपि देवदेवस्य चरणांगुष्ठवाहिनी । पापघ्नी सा सदा प्रोक्ता चातुर्मास्ये विशेषतः

La Gaṅgā aussi est le courant issu du gros orteil du Seigneur des seigneurs ; on la proclame sans cesse destructrice des péchés, surtout durant Cāturmāsya.

Verse 25

यतः पापसहस्राणि विष्णुर्दहति संस्मृतः । तस्मात्पादोदकं शीर्षे चातुर्मास्ये धृतं शिवम्

Car Viṣṇu, lorsqu’on se souvient de Lui, brûle des milliers de péchés ; ainsi, durant Cāturmāsya, poser sur la tête l’eau de Ses pieds est auspice et bienfaisant.

Verse 26

चातुर्मास्ये जलगतो देवो नारायणो भवेत् । सर्वतीर्थाधिकं स्नानं विष्णुतेजोंशसंगतम्

Durant Cāturmāsya, le Dieu Nārāyaṇa demeure dans l’eau ; ainsi, s’y baigner alors surpasse tous les tīrthas, car cela s’unit à une part de la splendeur de Viṣṇu.

Verse 27

स्नानं दशविधं कार्यं विष्णुनाम महाफलम् । सुप्ते देवे विशेषेण नरो देवत्वमाप्नुयात्

Qu’on accomplisse le bain sacré selon les dix modes prescrits, en récitant les Noms de Viṣṇu : il en naît un grand fruit ; et surtout lorsque le Seigneur demeure dans le sommeil divin, l’homme peut atteindre un état semblable à celui des dieux.

Verse 28

विना स्नानं तु यत्कर्म पुण्यकार्यमयं शुभम् । क्रियते निष्फलं ब्रह्मंस्तत्प्रगृह्णंति राक्षसाः

Mais, ô Brāhmane, toute œuvre propice destinée à engendrer du mérite, si elle est accomplie sans le bain, devient sans fruit ; les Rākṣasas s’emparent de ce (mérite).

Verse 29

स्नानेन सत्यमाप्नोति स्नानं धर्मः सनातनः । धर्मान्मोक्षफलं प्राप्य पुनर्नैवावसीदति

Par le bain sacré, on atteint la vérité ; le bain est un devoir éternel (sanātana-dharma). De ce dharma on reçoit le fruit de la délivrance, et l’ayant obtenu, on ne retombe plus dans le déclin.

Verse 31

कृतस्नानस्य च हरिर्देहमाश्रित्य तिष्ठति । सर्वक्रियाकलापेषु संपूर्ण फलदो भवेत्

Pour celui qui a accompli le bain sacré, Hari demeure en prenant appui dans son corps ; et, dans l’ensemble des rites, Il devient le dispensateur de fruits accomplis.

Verse 32

सर्वपापविनाशाय देवता तोषणाय च । चातुर्मास्ये जलस्नानं सर्वपापक्षयावहम्

Pour la destruction de tous les péchés et pour la satisfaction des divinités, durant le Cāturmāsya le bain d’eau entraîne l’épuisement de toute faute.

Verse 33

निशायां चैव न स्नायात्संध्यायां ग्रहणं विना । उष्णोदकेन न स्नानं रात्रौ शुद्धिर्न जायते

On ne doit pas se baigner la nuit, ni au crépuscule—sauf lors d’une éclipse. On ne doit pas non plus se baigner avec de l’eau chaude ; la nuit, la pureté ne naît pas d’un tel bain.

Verse 34

भानुसंदर्शनाच्छुद्धिर्विहिता सर्वकर्मसु । चातुर्मास्ये विशेषेण जलशुद्धिस्तु भाविनी

Dans tous les rites, la purification est prescrite par la contemplation du Soleil ; et, tout particulièrement durant le Cāturmāsya, la purification par l’eau devient hautement efficace.

Verse 36

नारायणाग्रतः स्नानं क्षेत्र तीर्थनदीषु च । यः करोति विशुद्धात्मा चातुर्मास्ये विशेषतः

Celui qui, l’âme purifiée, accomplit le bain sacré devant Nārāyaṇa—dans les kṣetra saints, aux tīrtha et dans les rivières—surtout durant le Cāturmāsya, est loué pour cet acte.

Verse 233

इति श्रीस्कांदे महापुराण एकाशीतिसाहस्र्यां संहितायां षष्ठे नागरखण्डे हाटकेश्वरक्षेत्रमाहात्म्ये शेषशाय्युपाख्याने चातुर्मास्यमाहात्म्ये ब्रह्मनारदसंवादे गंगोदकस्नानफलमाहात्म्यवर्णनंनाम त्रयस्त्रिंशदुत्तरद्विशततमोऽध्यायः

Ainsi s’achève, dans le Śrī Skanda Mahāpurāṇa—au sein de la Saṃhitā de quatre-vingt-un mille vers, dans le sixième (Nāgara) Khaṇḍa—dans le Māhātmya du lieu sacré de Hāṭakeśvara, dans le récit de Śeṣaśāyī, dans le Cāturmāsya Māhātmya, dans le dialogue de Brahmā et de Nārada—le chapitre intitulé «Glorification du grand mérite né du bain avec l’eau de la Gaṅgā», à savoir le Chapitre 233.

Verse 358

अशक्त्या तु शरीरस्य भस्मस्नानेन शुध्यति । मंत्रस्नानेन विप्रेंद्र विष्णुपादोदकेन वा

Mais si le corps en est incapable (d’accomplir le bain complet), on se purifie par un bain de cendre, ou par le «bain des mantras», ô le meilleur des brahmanes, ou encore par l’eau qui a lavé les pieds de Viṣṇu.