
Cet adhyāya se présente comme une exposition de tīrtha-māhātmya, que Sūta adresse aux ṛṣi en quête d’éclaircissements. Il s’ouvre sur un itinéraire rituel : après s’être baigné au purificateur préalable, Pāpanāśa, le pèlerin doit observer le niyama (discipline sacrée) et se rendre à Sītāsaras/Sītākuṇḍa pour accomplir le snāna en vue d’une purification totale. Le texte affirme que les mérites des grands tīrtha s’y trouvent réunis, faisant de Sītāsaras un lieu où la sainteté se concentre. Le cœur du récit traite d’une question théologique : comment Indra (Purandara) a contracté la faute de brahmahatyā et comment il en fut délivré. Sūta raconte une guerre : le puissant rākṣasa Kapālābharaṇa, protégé par des dons, attaque Amarāvatī ; après un long combat, Indra le tue avec le vajra. À l’objection—pourquoi la mise à mort d’un rākṣasa entraînerait-elle brahmahatyā—il est révélé que Kapālābharaṇa a une origine liée à une semence brāhmaṇa : il naquit de la transgression du sage Śuci avec Suśīlā, épouse du rākṣasa Trivakra. Ainsi la faute poursuit Indra. Indra cherche refuge auprès de Brahmā, qui prescrit le pèlerinage à Sītākuṇḍa sur le Gandhamādana : adorer Sadāśiva et se baigner dans le lac efface l’affliction et rend Indra à son royaume. Le chapitre se clôt par l’étiologie du nom et de l’autorité du tīrtha, fondées sur la présence de Sītā, et par une phalaśruti : bain rituel, dons et rites accomplis en ce lieu accordent les buts désirés et une destinée heureuse après la mort ; écouter ou réciter ce récit procure le bien-être ici-bas et dans l’au-delà.
Verse 1
श्रीसूत उवाच । पापनाशे नरः स्नात्वा सर्वपापनिबर्हणे । ततः सीतासरो गच्छेत्स्नातुं नियमपूर्वकम्
Śrī Sūta dit : Après s’être baigné à Pāpanāśa, qui efface tous les péchés, l’homme doit ensuite se rendre au lac de Sītā et s’y baigner selon la règle et l’observance prescrites.
Verse 2
यानि कानि च पुण्यानि ब्रह्मांडांतर्गतानि वै । तानि गंगादितीर्थानि स्वपापपरिशुद्धये
Quels que soient les mérites sacrés et les lieux saints contenus dans l’univers entier, ces tīrtha—la Gaṅgā et les autres—s’y trouvent pour la purification totale de ses propres fautes.
Verse 3
सीतासरसि वर्तंते महापातकनाशने । क्षेत्राण्यपि महार्हाणि काश्यादीनि दिवानिशम्
Dans Sītā-saras, destructeur des grands péchés, demeurent jour et nuit même les plus augustes kṣetra sacrés, tels Kāśī et d’autres.
Verse 4
सीतासरोत्र सेवंते स्वस्वकल्मषशांतये । तस्याः सरसि संगीतगुणेनाकृष्य बालिशः
Les hommes se rendent à Sītā-saras pour apaiser leurs propres souillures. Mais l’insensé, attiré seulement par le charme mélodieux, comme un chant, de l’étang, s’en approche avec légèreté.
Verse 5
पंचाननोऽपि वसते पंचपातकनाशनः । तदेतत्तीर्थमागत्य स्नात्वा वै श्रद्धया सह । पुरंदरः पुरा विप्रा मुमुचे ब्रह्महत्यया
Ici demeure aussi Pañcānana, destructeur des cinq grands péchés. Étant venu à ce tīrtha même et s’y étant baigné avec foi, Purandara (Indra) jadis, ô brāhmaṇa, fut délivré du péché de brahmicide.
Verse 6
ऋषय ऊचुः । ब्रह्महत्या कथमभूद्वासवस्य पुरा मुने । सीतासरसि स्नानात्कथं मुक्तोऽभवत्तया
Les ṛṣis dirent : Comment, jadis, la faute de brahmahatyā advint-elle à Vāsava (Indra), ô sage ? Et comment en fut-il délivré en se baignant dans le lac Sītā-saras ?
Verse 7
श्रीसूत उवाच । कपालाभरणोनाम राक्षसोऽभूत्पुरा द्विजाः
Śrī Sūta dit : Ô brāhmaṇas, jadis il y eut un rākṣasa nommé Kapālābharaṇa.
Verse 8
अवध्यः सर्वदेवानां सोऽभवद्ब्रह्मणो वरात् । शवभक्षणनामा तु तस्यासीन्मंत्रिसत्तमः
Par le don de Brahmā, il devint invulnérable à tous les dieux. Et il avait pour ministre éminent un certain Śavabhakṣaṇa.
Verse 9
अक्षौहिणीशतं तस्य हयेभरथसंकुलम् । अस्ति तस्य पुरं चापि वैजयंतमिति श्रुतम्
Il possédait cent akṣauhiṇīs de troupes, serrées de chevaux, d’éléphants et de chars. Et l’on dit que sa cité se nommait «Vaijayanta».
Verse 10
वसत्यस्मिन्पुरे सोऽयं कपालाभरणो बली । शवभक्षं समाहूय बभाषे मंत्रिणं द्विजाः
Dans cette cité demeurait le puissant Kapālābharaṇa. Ayant fait venir Śavabhakṣaṇa, il s’adressa à son ministre, ô brāhmaṇas.
Verse 11
शवभक्ष महावीर्य मंत्रशास्त्रेषु कोविद । वयं देवपुरीं गत्वा विनिर्जित्य सुरान्रणे
Ô Śavabhakṣa, puissant en vaillance et savant dans la science des mantras, allons à la cité des dieux ; une fois atteinte, nous vaincrons les Devas au combat.
Verse 12
शक्रस्य भवने रम्ये स्थास्यामस्सैनिकैः सह । रमावो नंदने तस्य रंभाद्यप्सरसां गणैः
Nous demeurerons, avec nos troupes, dans le palais délicieux de Śakra ; et nous nous réjouirons dans son bois de Nandana, au milieu des troupes d’Apsaras telles que Rambhā.
Verse 13
कपालाभरणस्येदं निशम्य वचनं तदा । शवभक्षोऽब्रवीद्विप्रा वचस्तत्र तथास्त्विति
Ayant alors entendu les paroles de Kapālābharaṇa, Śavabhakṣa répondit—ô Brāhmaṇas—en disant : «Qu’il en soit ainsi ; que cela se fasse de la sorte».
Verse 14
ततः कपालाभरणः पुत्रं दुर्मेधसं बली । प्रतिष्ठाप्य पुरे शूरं सेनया परिवारितः
Alors le puissant Kapālābharaṇa, après avoir établi dans la cité son fils à l’esprit obtus comme souverain, se mit en route, entouré de son armée.
Verse 15
युयुत्सुरमरैः साकं प्रययावमरावतीम् । गजाश्वरथपादातैरुद्धतै रेणुसंचयैः
Avide de combattre, il marcha avec les Rākṣasas vers Amarāvatī ; et des nuées de poussière s’élevèrent, soulevées par les éléphants, les chevaux, les chars et l’infanterie.
Verse 16
शोषयञ्जलधीन्सिंधूंश्चूर्णयन्पर्वतानपि । निःसाणध्वनिना विप्रा नादयन्रोदसी तथा
Asséchant les océans et les fleuves, et broyant même les montagnes en poussière, ô brāhmaṇas, il fit retentir le ciel et la terre du fracas de sa marche.
Verse 17
अश्वानां हेषितरवैर्गजानामपि बृंहितैः । रथनेमिस्वनैरुग्रैः सिंहनादैः पदातिनाम्
Avec les hennissements des chevaux, les barrissements des éléphants, le fracas farouche des roues des chars et les rugissements de lion des fantassins—
Verse 18
श्रोत्राणि दिग्गजानां च वितन्वन्बधिराणि सः । अगमद्देवनगरीं युयुत्सुरमरैः सह
Assourdissant même les oreilles des éléphants gardiens des directions, il parvint à la cité des devas, avide de combat, avec son armée.
Verse 19
तत इन्द्रादयो देवाः सेनाकलकलध्वनिम् । श्रुत्वाभिनिर्य्ययुः पुर्या युद्धाभिमनसो द्विजाः
Alors Indra et les autres devas, entendant le tumulte assourdissant de l’armée, se précipitèrent hors de la cité—ô deux-fois-nés—le cœur tourné vers la bataille.
Verse 20
ततो युद्धं समभवद्देवानां राक्षसैः सह । अदृष्टपूर्वं जगति तथैवाश्रुतपूर्वकम्
Alors s’éleva une guerre entre les devas et les rākṣasas, telle qu’on n’en avait jamais vu au monde, ni jamais entendu parler.
Verse 21
तत इन्द्रादयो देवा राक्षसाञ्जघ्नुराहवे । राक्षसाश्च सुराञ्जघ्नुः समरे विजिगीषवः
Alors Indra et les autres devas abattirent les Rākṣasas dans la bataille ; et les Rākṣasas aussi, avides de victoire, tuèrent les dieux au cœur du combat.
Verse 22
द्वन्द्वयुद्धं च समभूदन्योन्यं सुररक्षसाम् । कपालाभरणेनाजौ युयुधे बलवृत्रहा
Et il s’éleva des duels, l’un contre l’autre, entre les devas et les Rākṣasas. Sur le champ de bataille, le puissant tueur de Vṛtra combattit Kapālābharaṇa.
Verse 23
यमेन शवभक्षश्च वरुणेन च कौशिकः । कुबेरो रुधिराक्षेण युयुधे ब्राह्मणोत्तमाः
Śavabhakṣa combattit Yama, et Kauśika Varuṇa. Kubera combattit Rudhirākṣa ; ainsi s’engagèrent les plus éminents, selon ce récit.
Verse 24
मांसप्रियो मद्यसेवी क्रूरदृष्टिर्भयावहः । चत्वार एते विक्रांताः कपालाभरणानुजाः
Amis de la chair, buveurs de vin, au regard cruel et terrifiant : ces quatre vaillants étaient les frères cadets de Kapālābharaṇa.
Verse 25
अश्विभ्यामग्निवायुभ्यां युद्धे युयुधिरे मिथः । ततो यमो महावीर्यः कालदण्डेन वेगवान्
Dans la bataille, ils combattirent tour à tour contre les Aśvins, et contre Agni et Vāyu. Alors Yama, d’une grande vaillance, s’avança, rapide, avec son bâton du Temps.
Verse 26
शवभक्षं निहत्याजावनयद्यमसादनम् । तस्य चाक्षौहिणीस्त्रिंशन्निजघ्ने समरे यमः
Après avoir terrassé Śavabhakṣa sur le champ de bataille, Yama l’envoya à la demeure de Yama. Et dans ce même combat, Yama détruisit encore trente akṣauhiṇīs de ses forces.
Verse 27
वरुणः कौशिकस्याजौ प्रासेन प्राहरच्छिरः । कुबेरो रुधिराक्षस्य कुन्तेनाभ्यहरच्छिरः
Dans la bataille, Varuṇa trancha la tête de Kauśika d’un trait de lance. Kubera, d’un javelot, sépara la tête de Rudhirākṣa.
Verse 28
अश्विभ्यामग्निवायुभ्यां कपालाभरणानुजाः । निहताः समरे विप्राः प्रययुर्यमसादनम्
Les frères cadets de Kapālābharaṇa furent tués au combat par les Aśvins, ainsi que par Agni et Vāyu. Ô brāhmaṇas, ils s’en allèrent vers la demeure de Yama.
Verse 29
अक्षौहिणीशतं चापि देवेन्द्रेण मृधे द्विजाः । यामार्द्धेन हतं युद्धे प्रययौ यमसादनम्
Et dans l’affrontement, Devendra (Indra) détruisit cent akṣauhiṇīs. Ô deux-fois-nés, ceux que ce puissant abattit au combat s’en allèrent vers la demeure de Yama.
Verse 30
ततः कपालाभरणः प्रेक्ष्य सेनां निजां हताम् । चापमादाय निशिताञ्छरांश्चापि महाजवान्
Alors Kapālābharaṇa, voyant sa propre armée abattue, saisit son arc et des flèches acérées, d’une grande vitesse et d’un élan irrésistible.
Verse 31
अभ्ययात्समरे शक्रं तिष्ठतिष्ठेति चाब्रवीत् । ततः शक्रस्य शिरसि व्यधमच्छरपंचकैः
Dans la bataille, il se rua vers Śakra (Indra) en criant : « Tiens-toi, tiens-toi ! » Puis il frappa Indra à la tête de cinq flèches.
Verse 32
तानप्राप्तान्प्रचिच्छेद शरैर्युद्धे स वृत्रहा । ततः शूलं समादाय कपालाभरणो मृधे
Quand ces traits fondirent sur lui, Vṛtrahā (Indra) les trancha au combat par ses flèches. Puis, dans la mêlée, Kapālābharaṇa saisit un trident.
Verse 33
देवेंद्राय प्रचिक्षेप तं शक्त्या निजघान सः । ततः कपालाभरणः शतहस्तायतां गदाम्
Il le lança sur Devendra (Indra), mais Indra l’abattit de sa lance. Alors Kapālābharaṇa saisit une massue longue de la mesure de cent mains.
Verse 34
आयसीं पंचसाहस्रतुलाभारेणनिर्मिताम् । आददे समरे शक्रं वक्षोदेशे जघान च
Il saisit une massue de fer, façonnée du poids de cinq mille tulās, et dans la bataille il frappa Śakra (Indra) à la poitrine.
Verse 35
ततः स मूर्च्छितः शक्रो रथोपस्थ उपाविशत् । मृतसंजीविनीं विद्यां जपित्वाथ बृहस्पतिः
Alors Śakra (Indra), défaillant, s’assit sur le siège du char. Là-dessus, Bṛhaspati, après avoir récité la vidyā nommée Mṛtasaṃjīvinī, le mantra qui rend la vie,
Verse 36
पुलोमजापतिं युद्धे समजीवयदद्भुतम् । ऐरावतं तदारुह्य कपालाभरणांतिकम्
—il ranima, dans la bataille, l’époux de Pulomajā (Indra) : prodige admirable. Puis, monté sur Airāvata, il s’approcha de Kapālābharaṇa.
Verse 37
आजगाम शचीभर्ता प्रहर्तुं कुलिशेन तम् । एकप्रहारेण तदा महेंद्रः पाकशासनः
Le seigneur de Śacī s’avança pour le frapper du vajra. Alors Mahendra, châtieur de Pāka, d’un seul coup—
Verse 38
कपालाभरणं युद्धे वज्रेण सरथाश्वकम् । सचापं सध्वजं चैव सतूणीरं सवर्मकम्
Dans la bataille, d’un coup de vajra, il brisa Kapālābharaṇa avec son char et ses chevaux, ainsi que son arc et son étendard, son carquois et son armure.
Verse 39
चूर्णयामास कुपितस्तिलशः कणशस्तथा । हते तस्मिन्महावीरे कपालाभरणे रणे
Dans sa colère, il le réduisit en poudre, en fragments comme des grains de sésame, en particules infimes. Quand ce grand héros Kapālābharaṇa fut tué au combat,
Verse 40
सुखं सर्वस्य लोकस्य बभूव चिरदुःखिनः । राक्षसस्य वधोत्पन्ना ब्रह्महत्या पुरंदरम् । अन्वधावत्तदा भीमा नादयंती दिशो दश
La joie advint à tous les mondes, longtemps accablés. Mais du meurtre de ce rākṣasa naquit la faute de brahmahatyā, qui poursuivit Purandara (Indra) — terrible, rugissante, retentissant dans les dix directions.
Verse 41
ऋषय ऊचुः । न विप्रो राक्षसः सूत कपालाभरणो मुने । तत्कथं ब्रह्महत्येंद्रं तद्वधात्समुपाद्रवत्
Les sages dirent : «Ô Sūta, cet être n’était ni brāhmane ni rākṣasa, ô muni, bien qu’il portât un crâne en ornement. Comment donc le péché du meurtre d’un brāhmane fondit-il sur Indra pour l’avoir tué ?»
Verse 42
श्रीसूत उवाच । वक्ष्यामि परमं गुह्यं मुनींद्राः परमाद्भुतम्
Śrī Sūta dit : «Ô meilleurs des sages, je vais exposer un secret suprême, des plus merveilleux.»
Verse 43
शृणुत श्रद्धया यूयं समाधाय स्वमानसम् । पुरा विंध्यप्रदेशेषु त्रिवक्रो नाम राक्षसः
«Écoutez avec foi, rassemblant vos esprits dans la stabilité. Jadis, dans les contrées des monts Vindhya, vivait un rākṣasa nommé Trivakra.»
Verse 44
तस्य भार्या गुणोपेता सौंदर्यगुणशालिनी । सुशीला नाम सुश्रोणी सर्वलक्षणलक्षिता
«Il avait une épouse pourvue de vertus, riche de beauté et de nobles qualités ; elle se nommait Suśīlā, à la taille gracieuse, marquée de tous les signes de bon augure.»
Verse 45
सा कदाचिन्मनोज्ञांगी सुवेषा चारुहासिनी । विंध्यपादवनोद्देशे विचचार विलासिनी
Un jour, cette dame aux membres ravissants—parée avec soin et au sourire doux—erra, enjouée, dans un canton boisé au pied des Vindhya.
Verse 46
तस्मिन्वने शुचिर्नाम वर्ततेस्म महामुनिः । तपसमाधिसंयुक्तो वेदाध्ययनतत्परः
Dans cette même forêt demeurait un grand sage nommé Śuci, uni à l’austérité et au profond samādhi, et tout entier voué à l’étude des Veda.
Verse 47
तस्याश्रमसमीपं तु सा ययौ वरवर्णिनी । तां दृष्ट्वा स मुनिर्धैर्यं मुमोचानंगपीडितः । तामासाद्य वरारोहां बभाषे मुनिसत्तमः
La femme au beau teint s’approcha des abords de son āśrama. En la voyant, le sage, tourmenté par Kāma, relâcha sa maîtrise. S’avançant vers cette dame à la noble démarche, le meilleur des munis prit la parole.
Verse 48
शुचिरुवाच । ललने स्वागतं तेऽस्तु कस्य भार्या शुचिस्मिते
Śuci dit : «Ô belle dame, sois la bienvenue. Ô toi au sourire pur, de qui es-tu l’épouse ?»
Verse 49
किमागमनकृत्यं ते वनेऽस्मिन्नतिभीषणे । श्रांतासि त्वं वरारोहे वसास्मिन्नुटजे मम
«Quel est ton dessein en venant dans cette forêt si redoutable ? Tu es lasse, ô noble dame ; demeure ici, dans ma hutte.»
Verse 51
पुष्पावचयकामेन वनमेतत्समागता । अपुत्राहं मुने भर्त्रा प्रेरिता पुत्रमिच्छता
«Désireuse de cueillir des fleurs, je suis venue dans cette forêt. Je suis sans enfant, ô sage, et mon époux, aspirant à un fils, m’a envoyée (ici).»
Verse 52
शुचिं मुनिं समाराध्य तस्मात्पुत्रमवाप्नुहि । इति प्रतिसमादिष्टा पतिना त्वां समागता
«Vénère le sage Śuci, et par lui obtiens un fils.» Ainsi, maintes fois exhortée par son époux, elle vint à toi, ô muni.
Verse 53
पुत्रमुत्पादय त्वं मे कृपां कुरु मुने मयि । एवमुक्तः स तु शुचिः सुशीलां तामभाषत
«Engendre pour moi un fils; prends pitié de moi, ô sage.» Ainsi sollicité, Śuci s’adressa à cette femme vertueuse, Suśīlā.
Verse 54
शुचिरुवाच । त्वां दृष्ट्वा मम च प्रीतिः सुशीले विद्यतेऽधुना । मनोरथमहांभोधिं त्वमापूरय मामकम्
Śuci dit : «En te voyant, ô Suśīlā, l’affection s’est éveillée en moi. Comble jusqu’à plénitude le grand océan de mon désir ; accorde-moi ce vœu.»
Verse 55
इत्युक्त्वा स मुनिस्तत्र तया रेमे दिनत्रयम् । तामुवाच मुनिः प्रीतः सुशालां सुन्दराकृतिम्
Après ces paroles, le muni se réjouit là avec elle durant trois jours. Puis, satisfait, le sage s’adressa à elle, Suśālā, à la belle apparence.
Verse 56
तवोदरे महावीर्यः कपालाभरणाभिधः । भविष्यति चिरं राज्यं पालयिष्यति मेदिनीम्
«Dans ton sein naîtra un fils d’une grande vaillance, nommé Kapālābharaṇa. Longtemps il régnera et protégera la terre.»
Verse 57
सहस्रं वत्सरान्वत्सस्तपसा प्रीणयन्विधिम् । पुरंदरं विनान्येभ्यो देवेभ्यो नास्य वध्यता
Durant mille ans, il réjouit l’Ordonnateur, Brahmā, par l’austérité. Ainsi, hormis Purandara (Indra), nul autre dieu ne pouvait le mettre à mort.
Verse 58
ईदृशस्ते सुतो भूयादिंद्रतुल्यपराक्रमः । इत्युक्त्वा स मुनिर्नारीं काशीं शिवपुरीं ययौ
«Puisses-tu avoir un fils tel que celui-ci, héroïque en vaillance, égal à Indra.» Après avoir ainsi parlé à la femme, le sage se rendit à Kāśī, la cité de Śiva.
Verse 59
सुशीला सापि सुषुवे कपालाभरणं सुतम् । तं जघान मृधे शक्रो वज्रेण मुनिपुंगवाः
Suśīlā enfanta elle aussi un fils nommé Kapālābharaṇa. Au combat, Śakra (Indra) le terrassa de la foudre, ô meilleur des sages.
Verse 60
शुचेर्बीजसमुद्भूतं तमिंद्रो न्यवधीद्यतः । ततः पुरंदरः शक्रो जगृहे ब्रह्महत्यया
Parce qu’Indra le tua — né de la semence de Śuci —, Purandara, Śakra, fut saisi par le péché de brahma-hatyā, le meurtre d’un brāhmane.
Verse 61
धावति स्म तदा शक्रः सर्वांल्लोकान्भयाकुलः । धावंतमनुधावंती ब्रह्महत्या तमन्वगात्
Alors Śakra, saisi d’effroi, courut à travers tous les mondes. Et tandis qu’il fuyait, brahma-hatyā le poursuivait et le talonnait de près.
Verse 62
अनुद्रुतो हि विप्रेंद्राः शक्रोऽयं ब्रह्महत्यया । पितामहसदः प्राप संतप्तहृदयो भृशम्
Ô meilleurs des brahmanes, Indra (Śakra), pressé par le péché du meurtre d’un brahmane (brahmahatyā), parvint à l’assemblée du Grand-Père Brahmā, le cœur consumé d’une douleur ardente.
Verse 63
न्यवेदयद्ब्रह्महत्यां ब्रह्मणे स पुरंदरः । भगवंल्लोकनाथेयं ब्रह्महत्याति भीषणा
Ce Puraṃdara (Indra) avoua à Brahmā sa brahmahatyā, disant : «Ô Bienheureux, ô Seigneur des mondes, cette brahmahatyā est terriblement effroyable».
Verse 64
बाधते मां प्रजानाथ तस्या नाशं ब्रवीहि मे । पुरंदरेणैवमुक्तो ब्रह्मा प्राह दिवस्पतिम्
«Ô Seigneur des créatures, elle me tourmente ; dis-moi comment l’anéantir.» Ainsi sollicité par Puraṃdara, Brahmā s’adressa au Seigneur des dieux (Indra).
Verse 65
ब्रह्मोवाच । सीताकुण्डं प्रयाहींद्र गंधमादनपर्वते । सीताकुण्डस्य तीरे त्वं इष्ट्वा यागैः सदाशिवम्
Brahmā dit : «Ô Indra, rends-toi à Sītākuṇḍa sur le mont Gandhamādana. Sur la rive de Sītākuṇḍa, vénère Sadāśiva par des rites sacrificiels».
Verse 66
तस्मिन्सरसि च स्नायाः सर्वपापहरे शुभे । ततः पूतो भवेश्शक्र बह्महत्याविमोचितः
«Et baigne-toi dans ce lac propice qui ôte tous les péchés. Alors, ô Śakra, tu seras purifié et délivré de la souillure de la brahmahatyā.»
Verse 67
देवलोकं पुनर्यायाः सर्वदुःखविवर्जितः । सर्वपापहरं पुण्यं सीताकुण्डं विमुक्तिदम्
Tu retourneras au monde des devas, délivré de toute peine. Le saint Sītākuṇḍa est source de mérite, efface tout péché et accorde la délivrance.
Verse 69
महापातकसंघानां नाशकं परमामृतम् । सर्वदुःखप्रशमनं सर्वदारिद्र्यनाशनम्
Il détruit les amas de grands péchés, tel un nectar suprême ; il apaise toutes les peines et anéantit toute pauvreté.
Verse 70
इत्युक्तः सुरराजोऽसौ प्रययौ गंधमादनम् । प्राप्य सीतासरो विप्राः स्नात्वेष्ट्वा च तदंतिके
Ainsi instruit, ce roi des devas se mit en route vers Gandhamādana. Parvenu au lac de Sītā—ô brahmanes—il s’y baigna et, sur sa rive, accomplit le culte.
Verse 71
प्रययौ स्वपुरीं भूयो ब्रह्महत्याविमोचितः । एवं प्रभावं तत्तीर्थं सीतायाः कुण्डमुत्तमम्
Il retourna encore dans sa propre cité, délivré de la faute de brahmahatyā. Telle est la puissance de ce tīrtha sacré : le suprême Sītākuṇḍa.
Verse 72
राघवप्रत्ययार्थं हि प्रविश्य हुतवाहनम् । संनिधौ सर्वदेवानां मैथिली जनकात्मजा
En vérité, afin d’assurer pleinement Rāghava (Rāma), Maithilī Sītā, fille de Janaka, entra dans le Feu sacré, sous le regard de tous les dieux.
Verse 73
विनिर्गता पुनर्वह्नेः स्थिता सर्वांगशोभना । निर्ममे लोकरक्षार्थं स्वनाम्ना तीर्थमुत्तमम्
Puis Sītā, ressortie de nouveau du Feu, se tint là, rayonnante en chacun de ses membres. Pour la sauvegarde et le bien du monde, elle institua un tīrtha excellent portant son propre nom.
Verse 74
तत्र सस्नौ स्वयं सीता तेन सीतासरः स्मृतम् । तत्र यो मानवः स्नाति सर्वान्कामांल्लभेत सः
Là, Sītā elle-même se baigna; c’est pourquoi on s’en souvient sous le nom de « Sītā-saras », le lac de Sītā. Quiconque parmi les hommes s’y baigne obtient tous les buts désirés.
Verse 75
तस्मिन्नुपस्पृश्य नरो द्विजेंद्रा दत्त्वा च दानानि पृथग्विधानि । कृत्वा च यज्ञान्बहुदक्षिणाभिर्लोकं प्रयायात्परमेश्वरस्य
Ô meilleur des deux-fois-nés, l’homme qui s’y purifie par l’ablution, qui donne des dons de diverses sortes et accomplit des sacrifices avec d’abondantes dakṣiṇā, parvient au monde du Seigneur Suprême.
Verse 76
युष्माकमेवं प्रथितं मुनींद्राः सीतासरो वैभवमेतदुक्तम् । शृण्वन्पठन्वै तदिहैव भोगान्भुक्त्वा परत्रापि सुखं लभेत
Ô seigneurs parmi les sages, ainsi vous a été proclamée la grandeur renommée de Sītā-saras. Celui qui l’écoute ou le récite jouit ici de la prospérité, et obtient aussi le bonheur dans l’au-delà.