Adhyaya 44
Avanti KhandaReva KhandaAdhyaya 44

Adhyaya 44

Le chapitre se déploie sous forme de dialogue d’instruction : Mārkaṇḍeya répond à Yudhiṣṭhira, en quête de libération. Il désigne un tīrtha suprême sur la rive méridionale de la Revā, établi par Śūlapāṇi (Śiva) pour les êtres humains aspirant au mokṣa. Situé sur ou près de la montagne nommée Bhṛgu, placé à son sommet et renommé dans les trois mondes sous le nom de Śūlabheda, ce lieu enseigne une purification graduée : les fautes de parole, de pensée et d’acte sont effacées par le kīrtana (louange dévotionnelle) et le darśana du tīrtha. Son rayon sacré est donné comme cinq krośas, et il est dit qu’il accorde à la fois bhukti et mukti. Vient ensuite un motif mythico-hydrologique : un courant de la Gaṅgā, associé à Bhogavatī (le monde souterrain), jaillit et devient un flot destructeur de péchés, lié au « percement » (bheda) du triśūla. Sarasvatī est également évoquée : là où le triśūla fendit le rocher, elle serait tombée dans un kuṇḍa, faisant ressortir le thème de la rémission des fautes anciennes (prācīna-aghavimocanī). Une hiérarchie est affirmée : même des tīrthas célèbres tels que Kedāra, Prayāga, Kurukṣetra et Gayā ne sauraient égaler pleinement Śūlabheda. Le chapitre prescrit des pratiques de śrāddha (offrandes de piṇḍa et d’eau), la prise régulière d’eau sur place, l’honneur rendu aux brāhmaṇas dignes sans hypocrisie ni colère, ainsi qu’un motif de dāna sur treize jours au mérite amplifié. L’itinéraire dévotionnel comprend le darśana de Gaṇanātha/Gajānana et la vénération de Kambalakṣetrapa, puis le culte de Mahādeva (Śūlapāṇi), d’Umā et de Mārkaṇḍeśa demeurant dans une grotte. Entrer dans la guhā et réciter un mantra « de trois syllabes » est associé à l’obtention d’une part du mérite de Nīlaparvata ; le lieu est encore décrit comme sarvadevamaya et relié à un éminent koṭiliṅga. Enfin, des signes d’authentification (pratyaya) sont donnés : étincelles ou mouvements perçus dans le liṅga lors du bain, et une goutte d’huile qui ne s’étale pas, présentées comme marques de la puissance du tīrtha. La conclusion insiste sur le caractère « plus secret que le secret », sur l’effacement total des péchés, et sur la phalaśruti : entendre ou se souvenir de Śūlabheda trois fois par jour purifie le pratiquant intérieurement et extérieurement.

Shlokas

Verse 1

श्रीमार्कण्डेय उवाच । तीर्थानां परमं तीर्थं तच्छृणुष्व नराधिप । रेवाया दक्षिणे कूले निर्मितं शूलपाणिना

Śrī Mārkaṇḍeya dit : Ô seigneur des hommes, écoute le tīrtha suprême parmi tous les lieux saints, établi sur la rive méridionale de la Revā par le Seigneur au Trident.

Verse 2

मोक्षार्थं मानवेन्द्राणां निर्मितं नृपसत्तम युधिष्ठिर उवाच । श्रुता मे विविधा धर्मास्तीर्थानि विविधानि च । दानधर्माः समस्ताश्च त्वत्प्रसादाद्द्विजोत्तम

Il fut établi pour la mokṣa des rois parmi les hommes, ô meilleur des souverains. Yudhiṣṭhira dit : Par ta grâce, ô le plus éminent des brāhmaṇas, j’ai entendu les multiples formes du dharma, les divers tīrthas et toutes les règles du dāna, la charité sacrée.

Verse 3

अन्यच्च श्रोतुमिच्छामि संसारश्छिद्यते यथा । पुनरागमनं नास्ति मोक्षप्राप्तिर्भवेद्यथा

Et je souhaite entendre encore : comment le saṃsāra peut être tranché, comment il n’y aura plus de retour, et comment l’on peut obtenir la mokṣa, la délivrance.

Verse 4

एतदाख्याहि मे सर्वं प्रसादाद्द्विजसत्तम

Explique-moi tout cela, ô meilleur des brāhmaṇas, par ta grâce bienveillante.

Verse 5

मार्कण्डेय उवाच । शृणुष्वैकमना भूत्वा तीर्थात्तीर्थान्तरं महत् । श्रुते यस्य प्रभावे तु मुच्यते चाब्दिकादघात्

Mārkaṇḍeya dit : Écoute, l’esprit rassemblé en un seul point, ce grand tīrtha, au-delà des autres tīrtha. Rien qu’en entendant sa puissance, on est délivré même des fautes commises par la parole.

Verse 6

वाचिकैर्मानसैर्वापि शारीरैश्च विशेषतः । कीर्तनात्तस्य तीर्थस्य मुच्यते सर्वपातकैः

Qu’il s’agisse de fautes de parole, de pensée ou surtout du corps : en chantant et proclamant la louange de ce tīrtha, on est affranchi de toutes les chutes et transgressions.

Verse 7

पञ्चक्रोशप्रमाणं तु तच्च तीर्थं महीपते । भुक्तिमुक्तिप्रदं दिव्यं प्राणिनां पापकर्मिणाम्

Ô roi, ce tīrtha sacré s’étend sur une mesure de cinq krośas. Tīrtha divin, il accorde bhukti et mukti, même aux êtres accablés d’actes pécheurs.

Verse 8

रेवाया दक्षिणे कूले पर्वतो भृगुसंज्ञितः । तस्य मूर्ध्नि च तत्तीर्थं स्थापितं चैव शम्भुना

Sur la rive méridionale de la Revā se dresse une montagne nommée Bhṛgu. À son sommet, ce tīrtha sacré fut établi par Śambhu (Śiva) lui-même.

Verse 9

शूलभेदेति विख्यातं त्रिषु लोकेषु भूपते । तत्र स्थिताश्च ये वृक्षास्तीर्थाच्चैव चतुर्दिशम्

Ô roi, il est renommé dans les trois mondes sous le nom de « Śūlabheda ». Et les arbres qui s’y tiennent, dans les quatre directions autour de ce tīrtha, relèvent eux aussi de sa sphère sacrée.

Verse 10

पतिता निलयं यान्ति रुद्रस्य नात्र संशयः । मृतास्तत्रैव ये केचिज्जन्तवो भुवि पक्षिणः

Ceux qui sont tombés dans le péché atteignent la demeure de Rudra : là-dessus, nul doute. Et quels que soient les êtres qui y meurent—oiseaux et créatures de la terre—

Verse 11

ते यान्ति परमं लोकं तत्र तीर्थे न संशयः । पातालान्निःसृता गङ्गा भोगवतीतिसंज्ञिता

—ils gagnent le monde suprême par ce tīrtha, sans le moindre doute. Du Pātāla jaillit un bras du Gaṅgā, connu sous le nom de Bhogavatī.

Verse 12

निष्क्रान्ता शूलभेदाच्च सर्वपापक्षयंकरी । या सा गीर्वाणनाम्न्यन्या वहेत्पुण्या महानदी

Issue de Śūlabheda, elle anéantit le reliquat de tous les péchés. Ce saint grand fleuve coule aussi sous un autre nom : Gīrvāṇā.

Verse 13

पतिता कुण्डमध्ये तु यत्र भिन्नं त्रिशूलिना । शम्भुना च पुरा तात उत्पाद्य च सरस्वती

Là, elle tomba au milieu d’un bassin, à l’endroit fendu par le Porteur du Trident. Jadis, ô cher, Śambhu y fit naître aussi la Sarasvatī.

Verse 14

सा तत्र पतिता राजन् प्राचीनाघविमोचिनी । भास्वत्या त्रितयं यत्र शिला गीर्वाणसंज्ञिता

Ô roi, elle y descendit, délivrant des péchés anciens. Là se trouve une triade rayonnante, et une pierre connue sous le nom de « Gīrvāṇā ».

Verse 15

तत्र तीर्थे च तत्तीर्थं न भूतं न भविष्यति । केदारं च प्रयागं च कुरुक्षेत्रं गया तथा

En ce lieu sacré, un tel tīrtha n’a jamais existé auparavant, et n’existera plus jamais. Même les fameux Kedāra, Prayāga, Kurukṣetra et Gayā—

Verse 16

अन्यानि च सुतीर्थानि कलां नार्हन्ति षोडशीम् । पञ्च स्थानानि तीर्थानि पृथग्भूतानि यानि च

D’autres excellents tīrthas n’en atteignent pas même le seizième (du mérite). Et les cinq lieux de tīrtha, distincts les uns des autres—

Verse 17

वक्ष्यामि च समासेन एकैकं च पृथक्पृथक् । गया नाभ्यां यथा पुण्या चक्रतीर्थं च तत्समम्

Je l’exposerai brièvement : chacun, séparément et selon l’ordre. De même que Gayā et Nābhi sont d’un mérite suprême, ainsi Cakratīrtha leur est égal en sainteté.

Verse 18

धर्मारण्ये यथा कूपं शूलभेदं च तत्समम् । ब्रह्मयूपं यथा पुण्यं देवनद्यास्तथैव च

De même que le puits sacré de Dharmāraṇya est saint, ainsi Śūlabheda lui est égal. Et de même que Brahmayūpa est méritoire, ainsi la Devanadī, d’une sainteté identique.

Verse 19

यथा गयाशिरः पुण्यं सुराणां च यथा शिला । यथा च पुष्करं स्थानं मार्कण्डह्रद एव च

De même que Gayāśiras est saint, et de même que la pierre sacrée vénérée par les dieux est sainte, ainsi le sont aussi l’enceinte sacrée de Puṣkara et le lac de Mārkaṇḍa.

Verse 20

दत्त्वा पिण्डोदकं तत्र पिण्डाणां च तथाक्षयम् । यस्तत्र कुरुते श्राद्धं तोयं पिबति नित्यशः । मुच्यते सर्वपापैस्तु उरगः कञ्चुकैरिव । अनिन्द्यान्पूजयेद्विप्रान् दम्भक्रोधविवर्जितान्

Après y avoir offert le piṇḍa et les libations d’eau—assurant ainsi un mérite impérissable aux offrandes des ancêtres—quiconque accomplit en ce lieu le śrāddha et boit chaque jour son eau est délivré de tous les péchés, tel le serpent qui rejette sa vieille peau. Qu’on honore des brāhmaṇas irréprochables, exempts d’hypocrisie et de colère.

Verse 21

त्रयोदशदिनं दानं त्रयोदशगुणं भवेत् । अभ्यर्चितं सुरं दृष्ट्वा गणनाथं गजाननम्

Le don accompli durant treize jours devient treize fois plus fécond. Ayant contemplé et vénéré Gaṇanātha, le Seigneur au visage d’éléphant, la divinité révérée…

Verse 22

सर्वे विघ्ना विनश्यन्ति दृष्ट्वा कम्बलक्षेत्रपम्

Tous les obstacles s’anéantissent à la vue du Seigneur de Kambalakṣetra.

Verse 23

पूजयेत्परया भक्त्या शूलपाणिं महेश्वरम्

Avec une dévotion suprême, qu’on adore Maheśvara, le Seigneur au trident en main.

Verse 24

देवस्य पूर्वभागे तु उमा पूज्या प्रयत्नतः । मार्कण्डेशं ततो भक्त्या पूजयेद्गुहवासिनम्

Sur le côté oriental de la divinité, qu’Umā soit honorée avec un soin diligent. Puis, avec dévotion, qu’on vénère Mārkaṇḍeśa, celui qui demeure dans la grotte.

Verse 25

मुच्यन्ते पातकैः सर्वैरज्ञानज्ञानसंचितैः । गुहामध्ये प्रविष्टस्तु जपेत्सूक्तं तु त्र्यक्षरम्

Il est délivré de tous les péchés—amassés par l’ignorance ou même par un savoir égaré—; puis, étant entré au cœur de la grotte, qu’il récite la formule sacrée de trois syllabes.

Verse 26

नीलपर्वतजं पुण्यं षष्ठांशेन लभेत सः । त्रिनरास्तत्र तिष्ठन्ति सादित्यमरुतैः सह

Il reçoit, pour un sixième, le mérite qui procède de Nīlaparvata. Là demeurent trois êtres divins, avec les Ādityas et les Maruts.

Verse 27

सर्वदेवमयं स्थानं कोटिलिङ्गमनुत्तमम् । यथा नदीनदाः सर्वे सागरे यान्ति संक्षयम्

Ce lieu est imprégné de tous les dieux—un Koṭiliṅga sans pareil. De même que tous les fleuves et ruisseaux, à la fin, se fondent et s’apaisent dans l’océan,

Verse 28

तथा पापानि नश्यन्ति शूलभेदस्य दर्शनात् । प्रत्यक्षो दृश्यतेऽद्यापि प्रत्ययो ह्यवनीपते

ainsi les péchés s’anéantissent par la seule vision de Śūlabheda. Aujourd’hui encore, ô seigneur de la terre, sa preuve se voit directement, manifeste à l’expérience.

Verse 29

विस्फुलिङ्गा लिङ्गमध्ये स्पन्दन्ते स्नानयोगतः । द्वितीयः प्रत्ययस्तत्र तैलबिन्दुर्न सर्पति

Dans le Liṅga, des étincelles sont vues frémir lorsque l’ablution est accomplie. Voici le second signe en ce lieu : une goutte d’huile ne rampe ni ne s’étale.

Verse 30

एवं हि प्रत्ययस्तत्र शूलभेदप्रभावजः । यः स्मरेच्छूलभेदं तु त्रिकालं नित्यमेव च

Ainsi, le signe de certitude y naît de la puissance même de Śūlabheda. Quiconque se souvient de Śūlabheda—aux trois moments du jour, sans cesse—

Verse 31

स पूतश्च भवेत्साक्षात्सबाह्याभ्यन्तरो नृप । न कस्यचिन्मया ख्यातं पृष्टोऽहं त्रिदशैरपि

Il est aussitôt purifié—au dehors comme au dedans, ô roi. Je ne l’ai révélé à personne, bien que même les dieux m’en aient interrogé.

Verse 32

गुह्याद्गुह्यतरं तीर्थं सदा गोप्यं कृतं मया । सर्वपापहरं पुण्यं सर्वदोषघ्नमुत्तमम्

C’est un tīrtha plus secret que le secret lui-même, que j’ai toujours tenu caché—saint et suprême, ôtant tous les péchés et détruisant toute imperfection.

Verse 33

सर्वतीर्थमयं तीर्थं शूलभेदं जनेश्वर । श्रुते यस्य प्रभावे तु मुच्यते सर्वपातकैः

Śūlabheda est un tīrtha qui contient l’essence de tous les tīrthas, ô seigneur des hommes. Rien qu’en entendant sa grandeur, on est délivré de tous les grands péchés.

Verse 34

शूलभेदं मया तात संक्षेपात्कथितं तव । यः शृणोति नरो भक्त्या मुच्यते सर्वपातकैः

Cher enfant, je t’ai exposé brièvement Śūlabheda. Tout homme qui l’écoute avec dévotion est délivré de tous les grands péchés.