Adhyaya 4
Vayaviya SamhitaUttara BhagaAdhyaya 488 Verses

शिवशक्त्यैक्य-तत्त्वविचारः / Inquiry into the Unity of Śiva and Śakti (Para–Apara Ontology)

L’Adhyāya 4 s’ouvre sur la question de Kṛṣṇa : comment l’univers est-il pénétré par les formes (mūrti) du très lumineux Śarva (Śiva), et comment un monde marqué par la polarité féminin–masculin (strī–puṃbhāva) est-il « présidé » par le Couple divin. Upamanyu répond qu’il ne présentera qu’un résumé de la śrīmad-vibhūti (majesté de puissance/présence) et de la nature véritable (yāthātmya) de Śiva et de Śivā, car une description exhaustive est impossible. Il définit Śakti comme Mahādevī et Śiva comme le détenteur de Śakti, affirmant que tout le cosmos, mobile et immobile, n’est qu’une infime portion (leśa) de leur vibhūti. Le discours distingue ensuite les catégories du réel—cit et acit, pur et impur, para et apara—et relie le saṃsāra au complexe apara/impur où la conscience s’associe au non-conscient. Pourtant, para comme apara demeurent sous la seigneurie naturelle (svāmya) de Śiva et Śivā. Le chapitre souligne leur souveraineté cosmique (le monde est sous Eux, non Eux sous le monde) et affirme leur non-différence par une analogie : comme la lune et son clair de lune sont inséparables, Śiva sans Śakti ne se manifeste pas comme « lumineux » dans le monde. La suite annonce des développements sur la cosmologie, la théologie de la manifestation et la logique de l’unité dans la dualité divine.

Shlokas

Verse 1

कृष्ण उवाच । भगवन्परमेशस्य शर्वस्यामिततेजसः । मूर्तिभिर्विश्वमेवेदं यथा व्याप्तं तथा श्रुतम्

Kṛṣṇa dit : «Ô Bienheureux ! J’ai entendu que cet univers tout entier, exactement comme on le dit, est pénétré par les formes innombrables de Śarva (le Seigneur Śiva), le Seigneur Suprême à la splendeur incommensurable.»

Verse 2

अथैतज्ज्ञातुमिच्छामि याथात्म्यं पमेशयोः । स्त्रीपुंभावात्मकं चेदं ताभ्यां कथमधिष्ठितम्

À présent, je souhaite connaître la véritable nature du Seigneur Suprême et de la Déesse Suprême. Si cet univers est constitué des principes féminin et masculin, comment est-il gouverné et soutenu par ces deux-là ?

Verse 3

उपमन्युरुवाच । श्रीमद्विभूतिं शिवयोर्याथात्म्यं च समासतः । वक्ष्ये तद्विस्तराद्वक्तुं भवेनापि न शक्यते

Upamanyu dit : «Je décrirai brièvement la gloire bénie et la véritable nature de Śiva et de sa Divine Épouse. En parler en détail n’est pas possible, même pour Bhava (le Seigneur Śiva) lui-même.»

Verse 4

शक्तिः साक्षान्महादेवी महादेवश्च शक्तिमान् । तयोर्विभूतिलेशो वै सर्वमेतच्चराचरम्

Śakti est en vérité la Grande Déesse elle-même, et Mahādeva est Celui qui possède Śakti. Tout cet univers, mobile et immobile, n’est qu’une infime parcelle de la splendeur (vibhūti) de ce Couple divin.

Verse 5

वस्तु किंचिदचिद्रूपं किंचिद्वस्तु चिदात्मकम् । द्वयं शुद्धमशुद्धं च परं चापरमेव च

Certaines réalités sont de nature insensible (acit), tandis que d’autres sont de nature consciente (cit). Ainsi, cette classification en deux est aussi dite pure et impure, et de même supérieure (para) et inférieure (apara).

Verse 6

यत्संसरति चिच्चक्रमचिच्चक्रसमन्वितम् । तदेवाशुद्धमपरमितरं तु परं शुभम्

Ce qui transmigre, c’est le principe conscient (cit) lié à la roue de l’inconscient (acit) ; cela seul est l’impur, l’état inférieur. Mais l’autre, le Suprême, est auspiceux et transcendant.

Verse 7

अपरं च परं चैव द्वयं चिदचिदात्मकम् । शिवस्य च शिवायाश्च स्वाम्यं चैतत्स्वभावतः

L’inférieur et le supérieur : cette double réalité, faite du conscient (cit) et de l’inconscient (acit), relève par nature de la seigneurie de Śiva et de Śivā.

Verse 8

शिवयोर्वै वशे विश्वं न विश्वस्य वशे शिवौ । ईशितव्यमिदं यस्मात्तस्माद्विश्वेश्वरौ शिवौ

En vérité, l’univers entier est sous la gouverne de Śiva et de Śivā (Śakti) ; Śiva n’est pas sous la gouverne de l’univers. Puisque ce monde doit être régi et dirigé, Śiva est donc justement nommé Viśveśvara, le Seigneur de l’univers.

Verse 9

यथा शिवस्तथा देवी यथा देवी तथा शिवः । नानयोरंतरं विद्याच्चंद्रचन्द्रिकयोरिव

Tel est Śiva, telle est la Déesse ; telle est la Déesse, tel est Śiva. Qu’on ne conçoive aucune différence entre eux, comme entre la lune et sa clarté.

Verse 10

चंद्रो न खलु भात्येष यथा चंद्रिकया विना । न भाति विद्यमानो ऽपि तथा शक्त्या विना शिवः

Tout comme cette lune ne brille pas vraiment sans le clair de lune, de même Śiva, bien qu'existant de tout temps, ne resplendit pas sans Śakti.

Verse 11

प्रभया हि विनायद्वद्भानुरेष न विद्यते । प्रभा च भानुना तेन सुतरां तदुपाश्रया

De même que ce soleil ne peut exister sans sa splendeur, ainsi cette splendeur existe tout entière en dépendance du soleil. De la même façon, la puissance manifestée et le détenteur de la puissance sont mutuellement inséparables ; pourtant, la puissance demeure toujours appuyée sur son Seigneur, qui en est le support.

Verse 12

एवं परस्परापेक्षा शक्तिशक्तिमतोः स्थिता । न शिवेन विना शक्तिर्न शक्त्या च विना शिवः

Ainsi s’établit la dépendance réciproque de Śakti et du Possesseur de Śakti (Śiva) : sans Śiva, point de Śakti ; et sans Śakti, point de Śiva.

Verse 13

शक्तौयया शिवो नित्यं भक्तौ मुक्तौ च देहिनाम् । आद्या सैका परा शक्तिश्चिन्मयी शिवसंश्रया

Par sa propre Puissance (Śakti), Śiva demeure à jamais présent dans la dévotion et la délivrance des êtres incarnés. Cette Śakti primordiale, une et suprême—faite de pure conscience—demeure en Śiva et n’a pour unique refuge que Śiva.

Verse 14

यामाहुरखिलेशस्य तैस्तैरनुगुणैर्गुणैः । समानधर्मिणीमेव शिवस्य परमात्मनः

Ils la déclarent être la véritable contrepartie du Seigneur de l’univers, parée de qualités qui lui conviennent ; en vérité, sa nature est identique à celle de Śiva, le Soi suprême.

Verse 15

सैका परा च चिद्रूपा शक्तिः प्रसवधर्मिणी । विभज्य बहुधा विश्वं विदधाति शिवेच्छया

Elle est unique, suprême, et de la nature de la conscience pure — le Pouvoir générateur. Se divisant en de nombreuses formes, elle façonne l'univers selon la volonté de Shiva.

Verse 16

सा मूलप्रकृतिर्माया त्रिगुणा च त्रिधा स्मृता । शिवया च विपर्यस्तं यया ततमिदं जगत्

Cette puissance est appelée la Nature racine — Māyā — pourvue des trois guṇas et comprise de manière triple. Par elle, sous le renversement directeur du regard par rapport à Śiva, cet univers tout entier se déploie et devient manifeste.

Verse 17

एकधा च द्विधा चैव तथा शतसहस्रधा । शक्तयः खलु भिद्यंते बहुधा व्यवहारतः

Les Puissances divines (Śaktis) sont, en vérité, dites une, deux, et même des centaines et des milliers ; car, dans l’usage du monde comme dans celui des Écritures, elles sont distinguées de multiples façons.

Verse 18

शिवेच्छया पराशक्तिः शिवतत्त्वैकतां गता । ततः परिस्फुरत्यादौ सर्गे तैलं तिलादिव

Par la volonté de Śiva, la Parāśakti — la Puissance suprême — entre en unité avec le principe même de Śiva. Alors, au commencement de la création, elle se manifeste et palpite au-dehors, comme l’huile qui jaillit des graines de sésame et autres semblables.

Verse 19

ततः क्रियाख्यया शक्त्या शक्तौ शक्तिमदुत्थया । तस्यां विक्षोभ्यमाणायामादौ नादः समुद्बभौ

Ensuite, par la puissance nommée Kriyā—issue du Détenteur de la Śakti et opérant au sein de la Śakti—lorsque cette Śakti fut d’abord mise en vibration, le Nāda, le Son primordial, s’éleva.

Verse 20

नादाद्विनिःसृतो बिंदुर्बिंदोदेवस्सदाशिवः । तस्मान्महेश्वरो जातः शुद्धविद्या महेश्वरात्

Du Nāda (le son primordial) s’écoule le Bindu (le point-semence). Ce Bindu est lui-même le Deva, Sadāśiva. De Lui naît Maheśvara, et de Maheśvara procède la Śuddha-vidyā, la connaissance pure et équilibrante qui mène l’âme vers la délivrance.

Verse 21

सा वाचामीश्वरी शक्तिर्वागीशाख्या हि शूलिनः । या सा वर्णस्वरूपेण मातृकेपि विजृम्भते

Cette Puissance souveraine de la Parole—nommée en vérité Vāgīśā—appartient au Seigneur Śiva, le Porteur du Trident. Prenant la forme même des lettres, Elle se déploie et se manifeste comme la Mātṛkā, la matrice des phonèmes.

Verse 22

अथानंतसमावेशान्माया कालमवासृजत् । नियतिञ्च कलां विद्यां कलातोरागपूरुषौ

Puis Māyā, en s’immergeant dans l’Infini (Ananta), projeta le Temps (kāla), ainsi que Niyati (ordre/limitation cosmique), Kalā (pouvoir d’agir limité) et Vidyā (connaissance limitée) ; et de Kalā naquirent Rāga (attachement/désir) et Puruṣa (le soi individuel lié).

Verse 23

मायातः पुनरेवाभूदव्यक्तं त्रिगुणात्मकम् । त्रिगुणाच्च ततो व्यक्ताद्विभक्ताः स्युस्त्रयो गुणाः

De Māyā surgit de nouveau l’Inmanifesté (avyakta), constitué des trois guṇas. Et de ce principe tri-guṇique, lorsqu’il devient manifesté (vyakta), les trois guṇas—sattva, rajas et tamas—se trouvent distingués.

Verse 24

सत्त्वं रजस्तमश्चेति यैर्व्याप्तमखिलं जगत् । गुणेभ्यः क्षोभ्यमाणेभ्यो गुणेशाख्यास्त्रिमूर्तयः

Sattva, rajas et tamas : par ces qualités l’univers entier est pénétré. Et de ces guṇas, lorsqu’ils sont mis en agitation, naissent les trois formes (Trimūrti), connues comme les Seigneurs des guṇas.

Verse 25

अधिष्ठितान्यनन्ताद्यैर्विद्येशैश्चक्रवर्तिभिः । शरीरांतरभेदेन शक्तेर्भेदाः प्रकीर्तिताः

Sous la présidence des Vidyeśvaras—Ananta et les autres—souverains de l’univers, les distinctions de la Śakti sont proclamées selon les diverses modalités d’incarnation, c’est-à-dire selon la variété des corps par lesquels elle agit.

Verse 26

नानारूपास्तु विज्ञेयाः स्थूलसूक्ष्मविभेदतः । रुद्रस्य रौद्री सा शक्तिर्विष्णौर्वै वैष्णवी मता

Ces puissances divines doivent être comprises comme revêtant de multiples formes, distinguées en grossières et subtiles. En Rudra, cette puissance est connue comme Raudrī ; en Viṣṇu, elle est tenue pour Vaiṣṇavī.

Verse 27

ब्रह्माणी ब्रह्मणः प्रोक्ता चेन्द्रस्यैंद्रीति कथ्यते । किमत्र बहुनोक्तेन यद्विश्वमिति कीर्तितम्

La Śakti de Brahmā est dite Brahmāṇī, et celle d’Indra est appelée Aindrī. Mais à quoi bon tant de paroles ? Tout ce qui est célébré comme « l’univers » n’est en vérité que cette même Puissance—Śakti—se manifestant en toutes choses.

Verse 28

शक्यात्मनैव तद्व्याप्तं यथा देहे ऽंतरात्मना । तस्माच्छक्तिमयं सर्वं जगत्स्थावरजंगमम्

Cela (la Réalité suprême) est pénétré par sa propre puissance, comme le Soi intérieur pénètre le corps. Ainsi, cet univers tout entier—l’immobile comme le mobile—est fait de Śakti, il est Śakti-maya.

Verse 29

कला या परमा शक्तिः कथिता परमात्मनः । एवमेषा परा शक्तिरीश्वरेच्छानुयायिनी

Cette 'Kalā' est déclarée être le Pouvoir Suprême du Soi Suprême. Ainsi, cette Śakti suprême suit toujours la volonté du Seigneur, agissant en parfait accord avec l'intention d'Īśvara.

Verse 30

स्थिरं चरं च यद्विश्वं सृजतीति विनिश्चयः । ज्ञानक्रिया चिकीर्षाभिस्तिसृभिस्स्वात्मशक्तिभिः

Il est établi avec certitude qu’Il fait naître l’univers tout entier — l’immobile comme le mobile — par Ses propres śakti innées, triples de nature : la puissance de connaissance, la puissance d’action et la puissance de volonté (qui accomplit).

Verse 31

शक्तिमानीश्वरः शश्वद्विश्वं व्याप्याधितिष्ठति । इदमित्थमिदं नेत्थं भवेदित्येवमात्मिका

Le Seigneur tout-puissant pénètre sans cesse l’univers et le gouverne du dedans. Sa nature s’énonce ainsi : «Ceci est ainsi ; ceci n’est pas ainsi ; cela devient de telle manière» — principe même qui détermine et ordonne le cosmos.

Verse 32

इच्छाशक्तिर्महेशस्य नित्या कार्यनियामिका । ज्ञानशक्तिस्तु तत्कार्यं करणं कारणं तथा

La Śakti de Volonté de Maheśvara est éternelle et gouverne tous les effets manifestés. Sa Śakti de Connaissance est, elle aussi, cet effet même : à la fois instrument et base causale de son accomplissement.

Verse 33

प्रयोजनं च तत्त्वेन बुद्धिरूपाध्यवस्यति । यथेप्सितं क्रियाशक्तिर्यथाध्यवसितं जगत्

En vérité, l’intellect—revêtant la forme d’une compréhension décisive—détermine le but visé. Selon ce qui est désiré, la puissance de l’action se déploie; et le monde apparaît selon ce qui a été ainsi arrêté.

Verse 34

कल्पयत्यखिलं कार्यं क्षणात्संकल्परूपिणी । यथा शक्तित्रयोत्थानं शक्तिप्रसवधर्मिणी

Elle, dont la nature même est le saṅkalpa (la volonté), façonne tout effet en un instant; ainsi, par sa puissance d’enfanter les énergies, elle fait surgir la triade des śakti.

Verse 35

शक्त्या परमया नुन्ना प्रसूते सकलं जगत् । एवं शक्तिसमायोगाच्छक्तिमानुच्यते शिवः

Poussé par la Śakti suprême, l’univers tout entier est engendré. Ainsi, par son union avec la Śakti, Śiva est nommé « Śaktimān », le Possesseur de la Puissance.

Verse 36

शक्तिशक्तिमदुत्थं तु शाक्तं शैवमिदं जगत् । यथा न जायते पुत्रः पितरं मातरं विना

Cet univers, issu de la Śakti et du Possesseur de la Śakti (Śiva), est à la fois Śākta et Śaiva. De même qu’un fils ne naît pas sans père ni mère.

Verse 37

तथा भवं भवानीं च विना नैतच्चराचरम् । स्त्रीपुंसप्रभवं विश्वं स्त्रीपुंसात्मकमेव च

De même, sans Bhava (Śiva) et Bhavānī (Śakti), tout cet univers, mobile et immobile, ne peut subsister. Le cosmos naît du féminin et du masculin, et il est en vérité de nature féminine et masculine.

Verse 38

स्त्रीपुंसयोर्विभूतिश्च स्त्रीपुंसाभ्यामधिष्ठितम् । परमात्मा शिवः प्रोक्तश्शिवा सा च प्रकीर्तिता

La puissance manifestée, apparaissant comme féminin et masculin, est présidée par l’un et l’autre, le féminin et le masculin. Le Soi suprême est déclaré être Śiva, et cette même Puissance suprême est célébrée comme Śivā.

Verse 39

शिवस्सदाशिवः प्रोक्तः शिवा सा च मनोन्मनी । शिवो महेश्वरो ज्ञेयः शिवा मायेति कथ्यते

Śiva est proclamé Sadāśiva, et sa Śakti est la suprême Manonmanī, la transcendance au-delà du mental. Śiva doit être connu comme Maheśvara, et sa Śakti est dite Māyā, le pouvoir qui manifeste les mondes et enchaîne l’âme.

Verse 40

पुरुषः परमेशानः प्रकृतिः परमेश्वरी । रुद्रो महेश्वरस्साक्षाद्रुद्राणी रुद्रवल्लभा

Le Puruṣa est le Seigneur suprême (Parameśāna), et la Prakṛti est la Déesse suprême (Parameśvarī). Rudra est véritablement Mahādeva, Mahēśvara en personne, et Rudrāṇī est l’épouse bien-aimée de Rudra.

Verse 41

विष्णुर्विश्वेश्वरो देवो लक्ष्मीर्विश्वेश्वरप्रिया । ब्रह्मा शिवो यदा स्रष्टा ब्रह्माणी ब्रह्मणः प्रिया

Viṣṇu est le Seigneur de l’univers (Viśveśvara), et Lakṣmī est la bien-aimée de ce Seigneur de l’univers. Lorsque Śiva agit en tant que Brahmā, le Créateur, alors Brahmāṇī (Sarasvatī) est la bien-aimée de Brahmā.

Verse 42

भास्करो भगवाञ्छंभुः प्रभा भगवती शिवा । महेंद्रो मन्मथारातिः शची शैलेन्द्रकन्यका

Bhāskara (le Soleil) est Bhagavān Śambhu ; son éclat est Bhagavatī Śivā. Mahendra (Indra) est l’adversaire de Manmathārāti (Śiva), et Śacī est la fille du Seigneur des montagnes (la Déesse née de la montagne).

Verse 43

जातवेदा महादेवः स्वाहा शर्वार्धदेहिनी । यमस्त्रियंबको देवस्तत्प्रिया गिरिकन्यका

Jātavedā est Mahādeva ; Svāhā est celle qui porte la moitié du corps de Śarva. Yama est le dieu Tryambaka ; et sa bien-aimée est la Fille de la Montagne (Pārvatī).

Verse 44

निरृतिर्भगवानीशो नैरृती नगनंदनी । वरुणो भगवान्रुद्रो वारुणी भूधरात्मजा

Nirṛti est le Seigneur bienheureux Īśa (Śiva) Lui-même, et Nairṛtī est la fille de la Montagne. Varuṇa est le Seigneur bienheureux Rudra, et Vāruṇī est la fille de Bhūdhara, le porteur de la montagne.

Verse 45

बालेंदुशेखरो वायुः शिवा शिवमनोहरा । यक्षो यज्ञशिरोहर्ता ऋद्धिर्हिमगिरीन्द्रजा

Vāyu est celui dont le front est couronné du jeune croissant de lune ; Śivā est l’aimée enchanteresse de Śiva. Yakṣa est celui qui ôta la tête du sacrifice ; et Ṛddhi est la fille d’Himagiri, seigneur des montagnes.

Verse 46

चंद्रार्धशेखरश्चंद्रो रोहिणी रुद्रवल्लभा । ईशानः परमेशानस्तदार्या परमेश्वरी

Il est Candrārdhaśekhara, le Seigneur dont la cime est ornée du croissant de lune ; et il est aussi la Lune elle-même. Rohiṇī est l’aimée de Rudra. Il est Īśāna, le Souverain suprême (Parameśāna) ; et sa noble épouse est la Déesse suprême (Parameśvarī).

Verse 47

अनंतवलयो ऽनंतो ह्यनंतानंतवल्लभा । कालाग्निरुद्रः कालारिः काली कालांतकप्रिया

Il est Anantavalaya, le Seigneur sans fin—véritablement l’Infini. Elle est Anantā, l’aimée de l’Éternel. Il est Kālāgnirudra, Rudra, feu du Temps, l’ennemi du Temps. Elle est Kālī, l’aimée de Celui qui terrasse le Temps—ainsi le Couple suprême est loué comme transcendant le temps et la mort.

Verse 48

पुरुषाख्यो मनुश्शंभुः शतरूपा शिवप्रिया । दक्षस्साक्षान्महादेवः प्रसूतिः परमेश्वरी

Manu, nommé Puruṣa, était Śambhu (Śiva) lui-même ; Śatarūpā était l’aimée de Śiva. Dakṣa était véritablement Mahādeva en personne, et Prasūti était la Déesse Suprême (Parameśvarī).

Verse 49

रुचिर्भवो भवानी च बुधैराकूतिरुच्यते । भृगुर्भगाक्षिहा देवः ख्यातिस्त्रिनयनप्रिया

Les sages déclarent que Ruci est Bhava (Śiva), et que Bhavānī est Ākūti. Bhṛgu est l’être divin qui fit sauter l’œil de Bhaga, et Khyāti est l’aimée du Seigneur aux Trois Yeux.

Verse 50

मरीचिभगवान्रुद्रः संभूतिश्शर्ववल्लभा । गंगाधरो ऽंगिरा ज्ञेयः स्मृतिः साक्षादुमा स्मृता

Sache que le vénérable Marīci est Rudra, et que Saṃbhūti est la bien-aimée de Śarva (Śiva). Comprends que Gaṅgādhara, le Porteur du Gaṅgā, est Aṅgirā ; et souviens-toi que Smṛti n’est autre qu’Umā elle-même.

Verse 51

पुलस्त्यः शशभृन्मौलिः प्रीतिः कांता पिनाकिनः । पुलहस्त्रिपुरध्वंसी तत्प्रिया तु शिवप्रिया

Pulastya est reconnu comme le Seigneur au croissant de lune (Candramauḷi). Prīti est l’épouse bien-aimée de Pinākin (Śiva, porteur de l’arc Pināka). Pulaha est lié au Destructeur de Tripura ; et sa chère compagne est vraiment dévouée à Śiva—aimée de Śiva.

Verse 52

क्रतुध्वंसी क्रतुः प्रोक्तः संनतिर्दयिता विभोः । त्रिनेत्रो ऽत्रिरुमा साक्षादनसूया स्मृता बुधैः

Les sages déclarent que Kratu est appelé « Kratudhvaṃsī » (celui qui détruit l’attachement au ritualisme). Sannati est dite la bien-aimée du Seigneur. Atri est ici rappelé comme « Trinetra » (le Trois-Yeux). Et Anasūyā est reconnue par les savants comme n’étant autre qu’Umā elle-même.

Verse 53

कश्यपः कालहा देवो देवमाता महेश्वरी । वसिष्ठो मन्मथारातिर्देवी साक्षादरुंधती

Qu’on sache que Kaśyapa est le dieu Kālahā ; Devamātā est Maheśvarī elle-même. Vasiṣṭha n’est autre que l’ennemi de Manmatha (Śiva), et la Déesse est directement Arundhatī.

Verse 54

शंकरः पुरुषास्सर्वे स्त्रियस्सर्वा महेश्वरी । सर्वे स्त्रीपुरुषास्तस्मात्तयोरेव विभूतयः

Tous les hommes sont Śaṅkara (Śiva) et toutes les femmes sont Maheśvarī (Śakti). Ainsi, tout être—homme ou femme—est véritablement une manifestation (vibhūti) de ces Deux.

Verse 55

विषयी भगवानीशो विषयः परमेश्वरी । श्राव्यं सर्वमुमारूपं श्रोता शूलवरायुधः

L’expérient conscient est le Seigneur bienheureux Īśa (Śiva) ; l’objet de l’expérience est la Déesse suprême, Parameśvarī. Tout ce qui doit être entendu est entièrement de la nature d’Umā, tandis que l’auditeur est le Seigneur dont l’arme d’excellence est le trident.

Verse 56

प्रष्टव्यं वस्तुजातं तु धत्ते शंकरवल्लभा । प्रष्टा स एव विश्वात्मा बालचन्द्रावतंसकः

La Bien-aimée de Śaṅkara (Devī) porte en elle toute l’étendue des réalités qu’il faut interroger et connaître ; et celui qui interroge est ce même Seigneur—Âme de l’univers—orné du croissant de lune sur ses mèches tressées.

Verse 57

द्रष्टव्यं वस्तुरूपं तु बिभर्ति वक्तवल्लभा । द्रष्टा विश्वेश्वरो देवः शशिखंडशिखामणिः

La Bien-aimée du Parleur (Śakti) revêt la forme de l’objet à percevoir. Mais le véritable Voyant est Viśveśvara, Seigneur de l’univers, dont la cime est parée de la lune comme d’un joyau.

Verse 58

रसजातं महादेवी देवो रसयिता शिवः । प्रेयजातं च गिरिजा प्रेयांश्चैव गराशनः

Ô Mahādevī, de tout ce qui naît du rasa (essence, saveur), Śiva est le divin Jouisseur, celui qui goûte et fait l’expérience. Et Girijā est née de l’amour, en étant l’incarnation même; tandis que le Bien‑aimé, assurément, est Garāśana (Śiva), le consommateur du poison.

Verse 59

मंतव्यवस्तुतां धत्ते सदा देवी महेश्वरी । मंता स एव विश्वात्मा महादेवो महेश्वरः

La Déesse Maheśvarī soutient sans cesse la réalité même de ce qui doit être contemplé. Et le contemplateur n’est que Lui : l’Âme de l’univers, Mahādeva, le grand Seigneur, Maheśvara.

Verse 60

बोद्धव्यवस्तुरूपं तु बिभर्ति भववल्लभा । देवस्स एव भगवान्बोद्धा मुग्धेन्दुशेखरः

Bhavavallabhā (Pārvatī), l’aimée de Bhava (Śiva), porte véritablement la forme même de cette Réalité connaissable. Et ce Deva-là—Bhagavān Śiva, l’enchanteur au croissant de lune pour diadème—est Lui-même le Connaisseur, l’Éveilleur.

Verse 61

प्राणः पिनाकी सर्वेषां प्राणिनां भगवान्प्रभुः । प्राणस्थितिस्तु सर्वेषामंबिका चांबुरूपिणी

Pour tous les êtres vivants, le Bienheureux Seigneur Pinākī (Śiva) est le Prāṇa lui‑même : le souffle de vie demeurant au dedans et le Maître souverain. Et pour tous les êtres, le support qui maintient ce prāṇa est Ambikā (Pārvatī), dont la forme est l’eau, nourrissante, soutenante et porteuse de vie.

Verse 62

बिभर्ति क्षेत्रतां देवी त्रिपुरांतकवल्लभा । क्षेत्रज्ञत्वं तदा धत्ते भगवानंतकांतकः

Alors la Déesse—bien‑aimée de Tripurāntaka (Śiva)—revêt l’état de « kṣetra » (le champ). Et le Bienheureux Seigneur Antakāntaka (Śiva, destructeur de la Mort) revêt l’état de « kṣetrajña » (le connaisseur du champ).

Verse 63

अहः शूलायुधो देवः शूलपाणिप्रिया निशा । आकाशः शंकरो देवः पृथिवी शंकरप्रिया

Le jour est le Dieu dont l’arme est le trident; la nuit est chère au Seigneur à la main tridentée. Le ciel est Śaṅkara lui‑même, le Seigneur divin; la terre est l’aimée de Śaṅkara.

Verse 64

समुद्रो भगवानीशो वेला शैलेन्द्रकन्यका । वृक्षो वृषध्वजो देवो लता विश्वेश्वरप्रिया

L’Océan est Bhagavān Īśa (Śiva) ; le rivage est la fille du seigneur des montagnes. L’arbre est le Deva au drapeau du taureau (Śiva) ; et la liane est l’aimée de Viśveśvara (Pārvatī).

Verse 65

पुंल्लिंगमखिलं धत्ते भगवान्पुरशासनः । स्त्रिलिंगं चाखिलं धत्ते देवी देवमनोरमा

Le Seigneur Bienheureux, Souverain des trois cités (Tripurāntaka), revêt entièrement le principe masculin ; et la Déesse, joie des Devas, revêt entièrement le principe féminin.

Verse 66

शब्दजालमशेषं तु धत्ते सर्वस्य वल्लभा । अर्थस्वरूपमखिलं धत्ते मुग्धेन्दुशेखरः

La Bien-aimée de tous, la Déesse, soutient l’entière trame infinie du son (la parole). Le Seigneur au croissant de lune, Śiva, soutient la réalité totale du sens. Ainsi, son et signification demeurent dans le Couple divin comme leur propre nature.

Verse 67

यस्य यस्य पदार्थस्य या या शक्तिरुदाहृता । सा सा विश्वेश्वरी देवी स स सर्वो महेश्वरः

Quel que soit le pouvoir déclaré appartenir à telle ou telle réalité—chacun de ces pouvoirs est la Déesse Viśveśvarī, Souveraine de l’univers; et cette réalité même, dans sa totalité, est Mahādeva (Maheśvara) Lui-même.

Verse 68

यत्परं यत्पवित्रं च यत्पुण्यं यच्च मंगलम् । तत्तदाह महाभागास्तयोस्तेजोविजृंभितम्

Ce qui est suprême, ce qui purifie, ce qui est méritoire et ce qui est de bon augure—les sages bienheureux déclarèrent que tout cela est l’éclat lumineux jailli des Deux ensemble.

Verse 69

यथा दीपस्य दीप्तस्य शिखा दीपयते गृहम् । तथा तेजस्तयोरेतद्व्याप्य दीपयते जगत्

De même que la flamme d’une lampe ardente éclaire une maison, ainsi cette radiance des Deux, pénétrant tout et se répandant partout, illumine le monde entier.

Verse 70

तृणादिशिवमूर्त्यंतं विश्वख्यातिशयक्रमः । सन्निकर्षक्रमवशात्तयोरिति परा श्रुतिः

D’un brin d’herbe jusqu’à la forme même de Śiva, on voit une hiérarchie d’excellence dans la renommée du monde ; pourtant, selon la Révélation suprême, pour ces deux (le jīva et Śiva) il y a une « ainsi‑ité » due aux degrés de proximité : plus on s’approche du Seigneur, plus cet état se manifeste.

Verse 71

सर्वाकारात्मकावेतौ सर्वश्रेयोविधायिनौ । पूजनीयौ नमस्कार्यौ चिंतनीयौ च सर्वदा

Ces deux-là sont l’essence de toutes les formes et les dispensateurs de tout bien suprême. Ils sont à jamais dignes d’adoration et de salut, et doivent être contemplés sans cesse.

Verse 72

यथाप्रज्ञमिदं कृष्ण याथात्म्यं परमेशयोः । कथितं हि मया ते ऽद्य न तु तावदियत्तया

Ô Kṛṣṇa, selon ta capacité de comprendre, je t’ai aujourd’hui exposé la vraie nature et la grandeur du Seigneur Suprême ; mais cela n’a pas été dit dans toute son étendue ni sa mesure totale.

Verse 73

तत्कथं शक्यते वक्तुं याथात्म्यं परमेशयोः । महतामपि सर्वेषां मनसो ऽपि बहिर्गतम्

Comment, en vérité, pourrait-on dire la réalité authentique des Seigneurs suprêmes ? Elle dépasse même l’esprit de tous les grands, transcendant la portée de la pensée elle-même.

Verse 74

अंतर्गतमनन्यानामीश्वरार्पितचेतसाम् । अन्येषां बुद्ध्यनारूढमारूढं च यथैव तत्

Pour ceux dont la contemplation s’est tournée vers l’intérieur, sans vacillation, et dont l’esprit est offert au Seigneur Īśvara (Śiva), cette vérité s’établit fermement dans l’intellect. Pour les autres, elle demeure telle quelle : non encore atteinte par la compréhension, ou seulement saisie en partie.

Verse 75

येयमुक्ता विभूतिर्वै प्राकृती सा परा मता । अप्राकृतां परामन्यां गुह्यां गुह्यविदो विदुः

Cette manifestation (vibhūti) décrite ici est, en vérité, de Prakṛti ; pourtant, elle est tenue pour « supérieure ». Mais les connaisseurs de l’enseignement secret discernent une autre manifestation, suprême : non matérielle, au-delà de Prakṛti, et réellement cachée.

Verse 76

यतो वाचो निवर्तंते मनसा चेन्द्रियैस्सह । अप्राकृती परा चैषा विभूतिः पारमेश्वरी

Cette Réalité d’où la parole se retire—avec le mental et les sens—est la Vibhūti, la puissance du Seigneur Suprême : transcendante, au-delà de Prakṛti, et véritablement la plus haute Vibhūti (Parameśvarī).

Verse 77

सैवेह परमं धाम सैवेह परमा गतिः । सैवेह परमा काष्ठा विभूतिः परमेष्ठिनः

Ici même, en Śiva seul est la demeure suprême ; en Śiva seul est le but le plus élevé. En Śiva seul est l’ultime accomplissement : la majesté transcendante, la Vibhūti du Parameṣṭhin, le Seigneur Suprême.

Verse 78

तां प्राप्तुं प्रयतंते ऽत्र जितश्वासा जितेंद्रियाः । गर्भकारा गृहद्वारं निश्छिद्रं घटितुं यथा

Ici, ceux qui ont maîtrisé le souffle et vaincu les sens s’efforcent d’atteindre Cela—la Réalité suprême de Śiva. De même que des potiers habiles ajustent et scellent la porte d’une maison afin qu’il n’y ait aucune fente, ainsi les yogin affermissent leur voie intérieure, ferme et sans rupture, pour parvenir à Lui.

Verse 79

संसाराशीविषालीढमृतसंजीवनौषधम् । विभूतिं शिवयोर्विद्वान्न बिभेति कुतश्चन

La Vibhūti sacrée de Śiva est telle un remède qui rend la vie, capable de ranimer même celui que le serpent-venin du saṃsāra a mordu. Le sage, réfugié en cette Vibhūti, ne craint rien d’aucun côté.

Verse 80

यः परामपरां चैव विभूतिं वेत्ति तत्त्वतः । सो ऽपरो भूतिमुल्लंघ्य परां भूतिं समश्नुते

Celui qui connaît en vérité, tel qu’il est, les vibhūti supérieure et inférieure du Seigneur—celui-là, dépassant l’état inférieur, atteint la vibhūti suprême : l’union à Śiva au-delà de tout lien.

Verse 81

एतत्ते कथितं कृष्ण याथात्म्यं परमात्मनोः । रहस्यमपि योग्यो ऽसि भर्गभक्तो भवानिति

Ô Kṛṣṇa, je t’ai ainsi exposé la vraie nature du Soi suprême. Tu es digne même de cet enseignement secret, car tu es un dévot de Bharga (Śiva).

Verse 82

नाशिष्येभ्यो ऽप्यशैवेभ्यो नाभक्तेभ्यः कदाचन । व्याहरेदीशयोर्भूतिमिति वेदानुशासनम्

Qu’on ne divulgue jamais la gloire sacrée et la puissance sainte des Deux Seigneurs (Śiva et Śakti) aux non-disciples, ni même aux disciples dépourvus de dévotion à Śiva. Cette retenue est prescrite par les Veda.

Verse 83

तस्मात्त्वमतिकल्याणपरेभ्यः कथयेन्न हि । त्वादृशेभ्यो ऽनुरूपेभ्यः कथयैतन्न चान्यथा

C’est pourquoi ne le révèle pas à ceux qui ne sont pas entièrement voués au Bien suprême. Dis-le seulement à des êtres comme toi—dignes et accordés à cette voie—et pas autrement.

Verse 84

विभूतिमेतां शिवयोर्योग्येभ्यो यः प्रदापयेत् । संसारसागरान्मुक्तः शिवसायुज्यमाप्नुयात्

Quiconque remet cette vibhūti sacrée de Śiva (la cendre sainte) à des récipiendaires dignes est libéré de l’océan du saṃsāra et atteint le sāyujya : l’union totale au Seigneur Śiva.

Verse 85

कीर्तनादस्य नश्यंति महान्त्यः पापकोटयः । त्रिश्चतुर्धासमभ्यस्तैर्विनश्यंति ततो ऽधिकाः

Par le kīrtana (récitation dévotionnelle) de ceci, d’immenses crores de péchés sont anéantis. Lorsqu’on le pratique à maintes reprises trois ou quatre fois, des amas de fautes encore plus grands se dissolvent au-delà de cela.

Verse 86

नश्यंत्यनिष्टरिपवो वर्धन्ते सुहृदस्तथा । विद्या च वर्धते शैवी मतिस्सत्ये प्रवर्तते

Les ennemis hostiles et nuisibles sont anéantis, tandis que les véritables bienveillants prospèrent. La connaissance śaiva s’accroît, et l’intelligence s’établit dans la vérité.

Verse 87

भक्तिः पराः शिवे साम्बे सानुगे सपरिच्छिदे । यद्यदिष्टतमं चान्यत्तत्तदाप्नोत्यसंशयम्

La dévotion suprême envers Śiva—avec Ambā (Umā)—envers le Seigneur entouré de Ses serviteurs et pourvu d’attributs divins, accorde infailliblement au dévot ce qu’il désire le plus; il n’y a nul doute.

Verse 88

पुनः पुनः समभ्यस्येत्तस्य नास्तीह दुर्ल्लभम्

En le pratiquant encore et encore, pour ce chercheur rien n’est introuvable en ce monde—surtout la grâce de Śiva qui mène au-delà des liens.

Frequently Asked Questions

Rather than a single narrative event, the chapter presents a philosophical teaching scene: Kṛṣṇa questions Upamanyu about Śiva’s pervasion through forms and the governance of a gendered (strī–puṃ) cosmos; Upamanyu answers with a doctrinal exposition on Śiva–Śakti.

It frames manifestation as dependent radiance: Śiva is not ‘shown forth’ without Śakti, just as the moon is not luminous without moonlight—supporting a non-severable Śiva–Śakti ontology while maintaining functional distinction (śaktimān/śakti).

Key manifestations include Śiva’s mūrtis as modes of cosmic pervasion, the entire carācaram as vibhūti-leśa of the divine pair, and the para/apara and cit/acit schema as a map of how reality appears as pure/impure and transcendent/empirical.