Adhyaya 14
Vayaviya SamhitaUttara BhagaAdhyaya 1439 Verses

मन्त्रसिद्ध्यर्थं गुरुपूजा–आज्ञा–पौरश्चर्यविधिः / Guru-Authorization, Offerings, and Puraścaraṇa for Mantra-Siddhi

L’Adhyāya 14 présente un protocole śaiva, très technique, pour obtenir la mantra-siddhi. Īśvara affirme que le japa sans autorisation (ājñā), sans rite correctement accompli (kriyā), sans foi (śraddhā) et, surtout, sans la dakṣiṇā/offrande prévue, devient niṣphala (sans fruit). Le texte décrit ensuite l’approche du disciple vers un guru/ācārya qualifié (tattvavedit, doté de vertus et de discipline contemplative), en soulignant la pureté d’intention (bhāvaśuddhi) et le service par la parole, l’esprit, le corps et les biens. Il prescrit une guru-pūjā soutenue et des dons généreux selon les moyens, tout en avertissant explicitement contre la tromperie financière (vittaśāṭhya). Une fois le guru satisfait, le disciple se purifie (snāna, eau purifiée par mantra, substances auspicieuses), se pare convenablement, et le rite est accompli en un lieu sacré et propre (rive de rivière, bord de mer, étable, temple ou demeure pure) à un moment favorable (tithi, nakṣatra, yoga sans défaut). Le guru transmet alors le « mantra suprême » avec l’intonation correcte et accorde l’ājñā. Ayant reçu mantra et ordre, le disciple pratique un japa régulier selon la discipline du puraścaraṇa, avec des objectifs chiffrés de récitation et un mode de vie maîtrisé (retenue, alimentation réglée). Le chapitre conclut que celui qui achève le puraścaraṇa et maintient le japa quotidien devient siddha et capable d’accorder la réussite, enraciné dans le souvenir intérieur de Śiva et du guru.

Shlokas

Verse 1

ईश्वर उवाच । आज्ञाहीनं क्रियाहीनं श्रद्धाहीनं वरानने । आज्ञार्थं दक्षिणाहीनं सदा जप्तं च निष्फलम् । आज्ञासिद्धं क्रियासिद्धं श्रद्धासिद्धं ममात्मकम् । एवं चेद्दक्षिणायुक्तं मंत्रसिद्धिर्महत्फलम्

Īśvara dit : «Ô toi au visage gracieux, le japa accompli sans l’autorisation du guru, sans les observances prescrites et sans foi—fût-il répété sans cesse—demeure sans fruit ; de même, un rite entrepris pour accomplir l’ordre du maître mais dépourvu de dakṣiṇā (offrande) est vain. Mais lorsque l’autorisation est accomplie, l’observance accomplie et la foi accomplie, le mantra devient de Ma propre nature. Et s’il est ainsi accompagné de dakṣiṇā, la perfection du mantra produit un grand fruit.»

Verse 3

उपगम्य गुरुं विप्रमाचार्यं तत्त्ववेदिनम् । जापितं सद्गुणोपेतं ध्यानयोगपरायणम् । तोषयेत्तं प्रयत्नेन भावशुद्धिसमन्वितः । वाचा च मनसा चैव कायेन द्रविणेन च

S’approchant du guru—un ācārya brāhmane accompli, connaisseur des tattva—qu’on s’efforce de le réjouir : un précepteur établi dans le japa, pourvu de nobles qualités et voué au yoga de la méditation. Avec une intention purifiée, que le disciple le satisfasse avec soin : par la parole, par l’esprit, par le service du corps et par des offrandes matérielles.

Verse 5

आचार्यं पूजयेद्विप्रः सर्वदातिप्रयत्नतः । हस्त्यश्वरथरत्नानि क्षेत्राणि च गृहाणि च । भूषणानि च वासांसि धान्यानि च धनानि च । एतानि गुरवे दद्याद्भक्त्या च विभवे सति

Par un effort constant et sincère, le dvija (né deux fois) doit honorer et vénérer l’ācārya, le précepteur spirituel. Quand il en a les moyens, qu’il offre au guru, avec bhakti, des présents tels que des éléphants, des chevaux, des chars, des joyaux, des champs et des maisons, des ornements et des vêtements, des grains et des richesses.

Verse 7

वित्तशाठ्यं न कुर्वीत यदीच्छेत्सिद्धिमात्मनः । पश्चान्निवेद्य स्वात्मानं गुरवे सपरिच्छदम् । एवं संपूज्य विधिवद्यथाशक्तित्ववंचयन् । आददीत गुरोर्मंत्रं ज्ञानं चैव क्रमेण तु

Si l’on souhaite la véritable siddhi de l’âme, qu’on ne commette pas de tromperie au sujet des biens. Ensuite, s’étant offert soi-même—avec ses possessions—au Guru, et l’ayant honoré selon la règle, sans travestir sa capacité, qu’on reçoive alors du Guru, en juste ordre, le mantra et la connaissance qui libère.

Verse 9

एवं तुष्टो गुरुः शिष्यं पूजकं वत्सरोषितम् । शुश्रूषुमनहंकारं स्नातं शुचिमुपोषितम् । स्नापयित्वा विशुद्ध्यर्थं पूर्णकुंभघृतेन वै । जलेन मन्त्रशुद्धेन पुण्यद्रव्ययुतेन च

Ainsi satisfait, le Guru—voyant le disciple qui avait servi durant une année, voué au culte, empressé au service, sans orgueil, baigné, pur et observant le jeûne—le fit se baigner pour sa purification, avec du ghee d’un kumbha rituel plein et de l’eau sanctifiée par mantra, mêlée de substances sacrées et propices.

Verse 11

अलंकृत्य सुवेषं च गंधस्रग्वस्त्रभूषणैः । पुण्याहं वाचयित्वा च ब्राह्मणानभिपूज्य च । समुद्रतीरे नद्यां च गोष्ठे देवालये ऽपि वा । शुचौ देशे गृहे वापि काले सिद्धिकरे तिथौ

S’étant paré avec soin—bien vêtu, oint de parfums, couronné de guirlandes, portant vêtements purs et ornements—qu’on fasse réciter le rite propice (puṇyāha) et qu’on honore comme il se doit les brāhmaṇas. Puis, au bord de la mer, d’une rivière, dans une étable à vaches, ou dans un temple—ou en tout lieu pur, même à la maison—au moment et au tithi favorables à l’accomplissement, qu’on entreprenne l’adoration de Śiva pour la réussite spirituelle.

Verse 13

नक्षत्रे शुभयोगे च सर्वदोषविवर्जिते । अनुगृह्य ततो दद्याज्ज्ञानं मम यथाविधि । स्वरेणोच्चारयेत्सम्यगेकांते ऽतिप्रसन्नधीः । उच्चार्योच्चारयित्वा तमावयोर्मंत्रमुत्तमम्

Lorsque la constellation et les yogas propices sont favorables et exempts de tout défaut, après avoir d’abord accordé la grâce, on doit transmettre—selon la règle prescrite—cette connaissance qui est Mienne. Avec une intonation juste, dans la retraite, l’esprit parfaitement apaisé, on doit réciter correctement; puis, l’ayant récité et l’ayant fait réciter, on doit conférer ce mantra suprême qui appartient à nous deux (guru et disciple).

Verse 15

शिवं चास्तु शुभं चास्तु शोभनो ऽस्तु प्रियो ऽस्त्विति । एवं दद्याद्गुरुर्मंत्रमाज्ञां चैव ततः परम् । एवं लब्ध्वा गुरोर्मंत्रमाज्ञां चैव समाहितः । संकल्प्य च जपेन्नित्यं पुरश्चरणपूर्वकम्

«Qu’il soit Śiva; qu’il soit auspice; qu’il soit splendide; qu’il soit cher»—ainsi parlant, le Guru doit conférer le mantra, puis donner l’instruction d’autorité. Ayant reçu le mantra et l’ordre du Guru, l’aspirant, l’esprit recueilli, doit prendre un vœu solennel et le réciter chaque jour, en commençant par les disciplines prescrites du puraścaraṇa. Ainsi, par un japa réglé sous la conduite du Guru, le paśu (l’âme liée) est mené vers Śiva, le Pati (Seigneur), qui accorde pureté et délivrance.

Verse 17

यावज्जीवं जपेन्नित्यमष्टोत्तरसहस्रकम् । अनन्यस्तत्परो भूत्वा स याति परमां गतिम् । जपेदक्षरलक्षं वै चतुर्गुणितमादरात् । नक्ताशी संयमी यस्स पौरश्चरणिकः स्मृतः

Tant que dure la vie, qu’on répète chaque jour le mantra (de Śiva) mille huit fois. Devenu sans partage, tout entier voué à Lui, on atteint l’état suprême. Qu’on accomplisse aussi, avec révérence, un lakh de syllabes du mantra, multiplié par quatre. Celui qui est maître de lui et ne mange que la nuit est tenu pour avoir accompli comme il se doit le puraścaraṇa, l’observance préparatoire complète de la pratique du mantra.

Verse 19

यः पुरश्चरणं कृत्वा नित्यजापी भवेत्पुनः । तस्य नास्ति समो लोके स सिद्धः सिद्धदो भवेत् । स्नानं कृत्वा शुचौ देशे बद्ध्वा रुचिरमानसम् । त्वया मां हृदि संचिंत्य संचिंत्य स्वगुरुं ततः

Celui qui, après avoir accompli le puraścaraṇa, redevient un récitant constant du mantra, n’a pas d’égal en ce monde. Il devient siddha, et même dispensateur de siddhi aux autres. Après s’être baigné et s’être assis en un lieu pur, affermissant l’esprit dans la limpidité, tu dois méditer sur Moi dans le cœur; puis, ensuite, méditer sur ton propre Guru.

Verse 21

उदङ्मुखः प्राङ्मुखो वा मौनी चैकाग्रमानसः । विशोध्य पञ्चतत्त्वानि दहनप्लावनादिभिः । मन्त्रन्यासादिकं कृत्वा सफलीकृतविग्रहः । आवयोर्विग्रहौ ध्यायन्प्राणापानौ नियम्य च

Tourné vers le nord ou vers l’est, observant le silence et l’esprit unifié, il doit purifier les cinq éléments par des procédés tels que la « combustion » et l’« inondation » intérieures. Après avoir accompli le mantra-nyāsa et les rites connexes, rendant ainsi la forme sacrée efficace, il doit méditer les deux formes divines (l’adorant et le Seigneur unis dans l’adoration), tout en réglant prāṇa et apāna, les souffles vitaux.

Verse 23

विद्यास्थानं स्वकं रूपमृषिञ्छन्दो ऽधिदैवतम् । बीजं शक्तिं तथा वाक्यं स्मृत्वा पञ्चाक्षरीं जपेत् । उत्तमं मानसं जाप्यमुपांशुं चैवमध्यमम् । अधमं वाचिकं प्राहुरागमार्थविशारदाः

En se remémorant le siège de la connaissance sacrée, sa propre forme, le voyant, le mètre et la divinité présidente — ainsi que sa syllabe germe, son pouvoir et son énoncé mantrique — on doit répéter le mantra à cinq syllabes (Pañcākṣarī). La meilleure répétition est mentale ; la moyenne est chuchotée ; et la plus basse est prononcée à haute voix — ainsi le déclarent ceux qui sont versés dans le sens des Āgamas.

Verse 25

उत्तमं रुद्रदैवत्यं मध्यमं विष्णुदैवतम् । अधमं ब्रह्मदैवत्यमित्याहुरनुपूर्वशः । यदुच्चनीचस्वरितैःस्पष्टास्पष्टपदाक्षरैः । मंत्रमुच्चारयेद्वाचा वाचिको ऽयं जपस्स्मृतः

Ils déclarent, dans l'ordre, que le mode le plus élevé est celui dont la divinité présidente est Rudra ; le moyen est celui dont la divinité présidente est Viṣṇu ; et le plus bas est celui dont la divinité présidente est Brahmā. Lorsqu'on prononce un mantra à haute voix — en utilisant des tons hauts, bas et circonflexes, avec des syllabes et des mots prononcés clairement ou indistinctement — cela est retenu comme le 'vachika japa'.

Verse 27

जिह्वामात्रपरिस्पंदादीषदुच्चारितो ऽपि वा । अपरैरश्रुतः किंचिच्छ्रुतो वोपांशुरुच्यते । धिया यदक्षरश्रेण्या वर्णाद्वर्णं पदात्पदम् । शब्दार्थचिंतनं भूयः कथ्यते मानसो जपः

Le japa prononcé à peine—par le seul frémissement de la langue—de sorte qu’il n’est pas entendu des autres et n’est perçu que faiblement par soi-même, est appelé upāṃśu (japa murmuré). Mais lorsque, dans l’esprit, on suit la suite des syllabes—lettre après lettre et mot après mot—à maintes reprises, en contemplant à la fois le son et le sens, cela est déclaré mānasa japa (répétition mentale).

Verse 29

वाचिकस्त्वेक एव स्यादुपांशुः शतमुच्यते । साहस्रं मानसः प्रोक्तः सगर्भस्तु शताधिकः । प्राणायामसमायुक्तस्सगर्भो जप उच्यते । आद्यंतयोरगर्भो ऽपि प्राणायामः प्रशस्यते

Dans le japa, le récité à voix (vācika) ne compte que pour un; le chuchoté (upāṃśu) est dit valoir cent; et le mental (mānasa) est déclaré valoir mille. Le japa accompli avec le prāṇāyāma est appelé sa-garbha (le mantra « tenu au-dedans ») et surpasse de plus de cent. Même le prāṇāyāma a-garbha—pratiqué au début et à la fin (du japa)—est loué.

Verse 31

चत्वारिंशत्समावृत्तीः प्राणानायम्य संस्मरेत् । मंत्रं मंत्रार्थविद्धीमानशक्तः शक्तितो जपेत् । पञ्चकं त्रिकमेकं वा प्राणायामं समाचरेत् । अगर्भं वा सगर्भं वा सगर्भस्तत्र शस्यते

Après avoir réglé le souffle vital en quarante cycles mesurés, on doit se souvenir (du Seigneur). Doué d’intelligence et connaissant le sens du mantra, même celui qui n’en a pas toute la capacité doit le répéter selon sa force. On peut pratiquer le prāṇāyāma par séries de cinq, de trois, ou même d’une seule. Qu’il soit sans mantra (agarbha) ou avec mantra (sagarbha), ici le sagarbha est tout particulièrement recommandé.

Verse 33

सगर्भादपि साहस्रं सध्यानो जप उच्यते । एषु पञ्चविधेष्वेकः कर्तव्यः शक्तितो जपः । अङ्गुल्या जपसंख्यानमेकमेवमुदाहृतम् । रेखयाष्टगुणं विद्यात्पुत्रजीवैर्दशाधिकम्

Même mille répétitions accomplies avec recueillement intérieur (le mantra « tenu au-dedans ») sont dites être un japa accompagné de méditation. Parmi ces cinq sortes, on doit en pratiquer une selon sa capacité. Le décompte du japa est ainsi exposé : avec les doigts, c’est une mesure; en traçant des lignes, on comprend que c’est huit fois; et avec des graines de putrajīva, c’est dix de plus que cela.

Verse 35

शतं स्याच्छंखमणिभिः प्रवालैस्तु सहस्रकम् । स्फटिकैर्दशसाहस्रं मौक्तिकैर्लक्षमुच्यते । पद्माक्षैर्दशलक्षन्तु सौवर्णैः कोटिरुच्यते । कुशग्रंथ्या च रुद्राक्षैरनंतगुणितं भवेत्

On déclare un compte de cent lorsque (le rosaire) est fait de gemmes de conque; avec le corail, on dit qu’il vaut mille. Avec le cristal (sphaṭika), dix mille; avec les perles (mauktika), on proclame un lakh (cent mille). Avec les graines de lotus (padmākṣa), dix lakhs; avec l’or, on énonce un crore (dix millions). Mais avec un rosaire noué de kuśa et des perles de Rudrākṣa, le mérite est multiplié à l’infini—par la grâce de Śiva, le Pati (Souverain) de tous les êtres.

Verse 37

त्रिंशदक्षैः कृता माला धनदा जपकर्मणि । सप्तविंशतिसंख्यातैरक्षैः पुष्टिप्रदा भवेत् । पञ्चविंशतिसंख्यातैः कृता मुक्तिं प्रयच्छति । अक्षैस्तु पञ्चदशभिरभिचारफलप्रदा

Un chapelet de trente grains, employé pour le japa, accorde la richesse. Celui de vingt-sept grains donne nourriture et prospérité. Celui de vingt-cinq grains confère la délivrance. Mais celui de quinze grains produit les fruits des rites d’abhicāra (sorcellerie de contrainte).

Verse 39

अंगुष्ठं मोक्षदं विद्यात्तर्जनीं शत्रुनाशिनीम् । मध्यमां धनदां शांतिं करोत्येषा ह्यनामिका । अष्टोत्तरशतं माला तत्र स्यादुत्तमोत्तमा । शतसंख्योत्तमा माला पञ्चाशद्भिस्तु मध्यमा

Qu’on sache que le pouce est le donateur de la délivrance, et l’index le destructeur des ennemis. Le majeur accorde la richesse, tandis que l’annulaire apporte assurément la paix. Dans cette pratique, le chapelet de cent huit grains est le suprême des suprêmes ; celui de cent est excellent, et celui de cinquante est de rang moyen.

Verse 41

चतुः पञ्चाशदक्षैस्तु हृच्छ्रेष्ठा हि प्रकीर्तिता । इत्येवं मालया कुर्याज्जपं कस्मै न दर्शयेत् । कनिष्ठा क्षरिणी प्रोक्ता जपकर्मणि शोभना । अंगुष्ठेन जपेज्जप्यमन्यैरंगुलिभिस्सह

Le chapelet de cinquante-quatre grains est proclamé le meilleur, cher au cœur. Avec une telle mālā, qu’on accomplisse le japa, sans l’exhiber à n’importe qui. Le petit doigt est dit ‘kṣariṇī’ (celui qui fait « fuir » le mérite) et ne convient pas au japa. Qu’on compte donc le mantra avec le pouce, avec les autres doigts (en excluant l’auriculaire).

Verse 43

अंगुष्ठेन विना जप्यं कृतं तदफलं यतः । गृहे जपं समं विद्याद्गोष्ठे शतगुणं विदुः । पुण्यारण्ये तथारामे सहस्रगुणमुच्यते । अयुतं पर्वते पुण्ये नद्यां लक्षमुदाहृतम्

Le japa accompli sans compter avec le pouce devient sans fruit. Sachez que le japa fait à la maison donne un résultat ordinaire ; dans l’étable des vaches, on dit qu’il devient centuple. Dans une forêt sacrée et de même dans un bosquet saint, il est déclaré mille fois. Sur une montagne méritoire, il devient dix mille fois ; et sur la rive d’un fleuve, ou dans ses eaux, il est proclamé cent mille fois.

Verse 45

कोटिं देवालये प्राहुरनन्तं मम सन्निधौ । सूर्यस्याग्नेर्गुरोरिंदोर्दीपस्य च जलस्य च । विप्राणां च गवां चैव सन्निधौ शस्यते जपः । तत्पूर्वाभिमुखं वश्यं दक्षिणं चाभिचारिकम्

On déclare que, dans un temple, le mérite du japa devient d’un crore, et qu’en Ma présence immédiate il est sans limite. Le japa est loué lorsqu’il est accompli en présence du Soleil, du Feu, du Guru, de la Lune, d’une lampe et de l’eau, ainsi qu’en présence des brāhmaṇas et des vaches. (Pour certains buts inférieurs) faire face à l’est est dit pour le vaśya (assujettissement), et faire face au sud pour les rites abhicāriques de sorcellerie nuisible.

Verse 47

पश्चिमं धनदं विद्यादौत्तरं शातिदं भवेत् । सूर्याग्निविप्रदेवानां गुरूणामपि सन्निधौ । अन्येषां च प्रसक्तानां मन्त्रं न विमुखो जपेत् । उष्णीषी कुंचुकी नम्रो मुक्तकेशो गलावृतः

Qu’on sache que l’Occident dispense la prospérité et que le Nord accorde la paix. En présence du Soleil, du Feu, des brāhmaṇas, des Devas et aussi du Guru, même si d’autres se tiennent tout près et vaquent à leurs affaires, qu’on ne se détourne pas en abandonnant le japa du mantra. Qu’il le fasse la tête couverte, vêtu d’un vêtement supérieur, humble d’allure, les cheveux déliés et la gorge couverte.

Verse 49

अपवित्रकरो ऽशुद्धो विलपन्न जपेत्क्वचित् । क्रोधं मदं क्षुतं त्रीणि निष्ठीवनविजृंभणे । दर्शनं च श्वनीचानां वर्जयेज्जपकर्मणि । आचमेत्संभवे तेषां स्मरेद्वा मां त्वया सह

Celui qui est impur de corps et de conduite ne doit jamais accomplir le japa en gémissant. Pendant le japa, qu’on évite la colère, l’ivresse et l’éternuement ; de même le fait de cracher et de bâiller, et même la vue ou la compagnie des chiens et des gens vils. Si l’un de ces faits survient, qu’on fasse l’ācamana (gorgées rituelles d’eau purificatrice), puis qu’on reprenne en se souvenant de Moi — avec toi, Ma Śakti.

Verse 51

ज्योतींषि च प्रपश्येद्वा कुर्याद्वा प्राणसंयमम् । अनासनः शयाने वा गच्छन्नुत्थित एव वा । रथ्यायामशिवे स्थाने न जपेत्तिमिरान्तरे । प्रसार्य न जपेत्पादौ कुक्कुटासन एव वा

Qu’on contemple une lumière sacrée (telle une lampe) ou qu’on pratique la maîtrise du souffle vital. Le japa ne doit pas être accompli sans un siège convenable — ni couché, ni en marchant, ni simplement debout. Qu’on ne fasse pas japa dans la rue, en un lieu inauspicieux, ni au cœur des ténèbres. Qu’on ne fasse pas non plus japa les pieds étendus, ni assis en kukkuṭāsana, la « posture du coq ».

Verse 53

यानशय्याधिरूढो वा चिंताव्याकुलितो ऽथ वा । शक्तश्चेत्सर्वमेवैतदशक्तः शक्तितो जपेत् । किमत्र बहुनोक्तेन समासेन वचः शृणु । सदाचारो जपञ्छुद्धं ध्यायन्भद्रं समश्नुते

Qu’on soit assis dans un véhicule, ou étendu sur un lit, ou même agité par des pensées d’inquiétude—si l’on en a la force, qu’on accomplisse pleinement toutes ces observances; si l’on ne le peut, qu’on fasse au moins le japa selon sa capacité. À quoi bon tant de paroles ? Écoute l’enseignement en bref : celui qui maintient la bonne conduite, accomplit un japa pur et médite, obtient l’auspice.

Verse 55

आचारः परमो धर्म आचारः परमं धनं । आचारः परमा विद्या आचारः परमा गतिः । आचारहीनः पुरुषो लोके भवति निंदितः । परत्र च सुखी न स्यात्तस्मादाचारवान्भवेत्

La bonne conduite est le dharma suprême ; la bonne conduite est la plus grande richesse. La bonne conduite est la connaissance la plus haute, et la bonne conduite est le but suprême. L’homme dépourvu de conduite juste est blâmé en ce monde, et dans l’au-delà non plus il ne connaît pas le bonheur. C’est pourquoi il faut s’établir dans la bonne conduite.

Verse 57

यस्य यद्विहितं कर्म वेदे शास्त्रे च वैदिकैः । तस्य तेन समाचारः सदाचारो न चेतरः । सद्भिराचरितत्वाच्च सदाचारः स उच्यते । सदाचारस्य तस्याहुरास्तिक्यं मूलकारणम्

Quel que soit le devoir prescrit à un homme par le Veda et par les śāstra enseignés par les sages védiques, seule la conduite conforme à cela est le véritable sadācāra, la bonne observance, et non une autre. Parce qu’il est pratiqué par les vertueux, on l’appelle sadācāra. Et la cause première de ce sadācāra, dit-on, est l’āstikya : la foi dans l’autorité du Veda et du śāstra, et dans le Seigneur qui en est le sens intérieur (Śiva, le Pati).

Verse 59

आस्तिकश्चेत्प्रमादाद्यैः सदाचारादविच्युतः । न दुष्यति नरो नित्यं तस्मादास्तिकतां व्रजेत् । यथेहास्ति सुखं दुःखं सुकृतैर्दुष्कृतैरपि । तथा परत्र चास्तीति मतिरास्तिक्यमुच्यते

Si un homme est āstika et ne s’écarte pas du sadācāra, même par négligence et autres causes semblables, il n’est pas souillé ; c’est pourquoi il faut se réfugier dans l’āstikatā, la conviction théiste véritable. De même qu’en ce monde joie et peine naissent des actes méritoires et des fautes, de même dans l’au-delà elles existent assurément : cette certitude de l’esprit est appelée āstikya.

Verse 61

रहस्यमन्यद्वक्ष्यामि गोपनीयमिदं प्रिये । न वाच्यं यस्य कस्यापि नास्तिकस्याथ वा पशोः । सदाचारविहीनस्य पतितस्यान्त्यजस्य च । पञ्चाक्षरात्परं नास्ति परित्राणं कलौ युगे

Bien-aimée, je vais te révéler un autre secret : cet enseignement doit être soigneusement gardé. Qu’on ne le dise pas à n’importe qui—ni à l’incrédule (nāstika), ni à celui qui vit comme une bête; ni à l’homme sans bonne conduite, au déchu, ni à l’exclu. En l’âge de Kali, il n’est point de refuge ni de délivrance plus haute que le Mantra aux Cinq Syllabes (Namaḥ Śivāya).

Verse 63

गच्छतस्तिष्ठतो वापि स्वेच्छया कर्म कुर्वतः । अशुचेर्वा शुचेर्वापि मन्त्रो ऽयन्न च निष्फलः । अनाचारवतां पुंसामविशुद्धषडध्वनाम् । अनादिष्टो ऽपि गुरुणा मन्त्रो ऽयं न च निष्फलः

Qu’on marche ou qu’on demeure debout, qu’on agisse selon son propre gré—qu’on soit impur ou pur—ce mantra ne devient pas sans fruit. Même pour ceux dont la conduite est déréglée, dont les six voies (ṣaḍadhvā) ne sont pas encore purifiées, même s’il n’a pas été formellement transmis par le guru, ce mantra n’est pas stérile.

Verse 65

अन्त्यजस्यापि मूर्खस्य मूढस्य पतितस्य च । निर्मर्यादस्य नीचस्य मंत्रो ऽयं न च निष्फलः । सर्वावस्थां गतस्यापि मयि भक्तिमतः परम् । सिध्यत्येव न संदेहो नापरस्य तु कस्यचित्

Même pour le plus bas, pour l’insensé, l’égaré et le déchu—oui, même pour l’impudent et le vil—ce mantra n’est jamais sans fruit. Pour quiconque, en quelque état qu’il se trouve, s’il porte envers Moi la dévotion suprême, il s’accomplit assurément : nul doute. Mais pour tout autre, il ne réussit pas.

Verse 67

न लग्नतिथिनक्षत्रवारयोगादयः प्रिये । अस्यात्यंतमवेक्ष्याः स्युर्नैष सप्तस्सदोदितः । न कदाचिन्न कस्यापि रिपुरेष महामनुः । सुसिद्धो वापि सिद्धो वा साध्यो वापि भविष्यति

Bien-aimée, en cette affaire il n’est pas besoin d’examiner l’ascendant, le jour lunaire, la constellation, le jour de la semaine, les yogas et autres; ce grand mantra n’est, en aucun temps, lié à ces sept considérations. Il n’est l’ennemi de personne, jamais. Qu’il soit déjà parfaitement accompli, accompli, ou encore à accomplir, il donnera assurément la réussite.

Verse 69

सिद्धेन गुरुणादिष्टस्सुसिद्ध इति कथ्यते । असिद्धेनापि वा दत्तस्सिद्धसाध्यस्तु केवलः । असाधितस्साधितो वा सिध्यत्वेन न संशयः । श्रद्धातिशययुक्तस्य मयि मंत्रे तथा गुरौ

Un mantra transmis par un guru accompli est dit « pleinement accompli ». Même s’il est donné par un maître non accompli, il demeure, par sa nature même, apte à l’accomplissement. Qu’il n’ait pas encore été pratiqué ou qu’il l’ait déjà été, nul doute qu’il mène à l’obtention—surtout pour celui qui est doté d’une foi ardente en Moi, dans le mantra et dans le guru.

Verse 71

तस्मान्मंत्रान्तरांस्त्यक्त्वा सापायान् १ धिकारतः । आश्रमेत्परमां विद्यां साक्षात्पञ्चाक्षरीं बुधः । मंत्रान्तरेषु सिद्धेषु मंत्र एष न सिध्यति । सिद्धे त्वस्मिन्महामंत्रे ते च सिद्धा भवंत्युत

Ainsi, le chercheur avisé doit délaisser les autres mantras—surtout ceux « entachés de défauts » ou inadaptés à sa qualification—et prendre refuge dans la connaissance suprême, la Pañcākṣarī elle-même, manifestée. Même si d’autres mantras sont maîtrisés, ce mantra-ci ne s’accomplit pas par leur moyen. Mais lorsque ce grand mantra est accompli, eux aussi deviennent accomplis.

Verse 73

यथा देवेष्वलब्धो ऽस्मि लब्धेष्वपि महेश्वरि । मयि लब्धे तु ते लब्धा मंत्रेष्वेषु समो विधिः । ये दोषास्सर्वमंत्राणां न ते ऽस्मिन्संभवंत्यपि । अस्य मंत्रस्य जात्यादीननपेक्ष्य प्रवर्तनात्

Ô Maheśvarī, de même que Je ne suis pas atteint par le moyen des dieux—même lorsque les dieux sont atteints—ainsi, lorsque Je suis atteint, tous le sont. La règle est identique pour ces mantras. Les défauts propres aux autres mantras ne se produisent pas dans celui-ci, car ce mantra doit être mis en pratique sans dépendre de la caste et de considérations semblables.

Verse 75

तथापि नैव क्षुद्रेषु फलेषु प्रति योगिषु । सहसा विनियुंजीत तस्मादेष महाबलः । उपमन्युरुवाच । एवं साक्षान्महादेव्यै महादेवेन शूलिना । हिता य जगतामुक्तः पञ्चाक्षरविधिर्यथा

Même ainsi, un yogin ne doit jamais l’employer brusquement pour des fruits insignifiants. C’est pourquoi cette pratique/mantra est d’une grande puissance. Upamanyu dit : Ainsi, directement à Mahādevī, Mahādeva, le Porteur du trident, enseigna, pour le bien des mondes, la juste méthode du mantra aux cinq syllabes, telle qu’elle doit être accomplie.

Verse 77

य इदं कीर्तयेद्भक्त्या शृणुयाद्वा समाहितः । सर्वपापविनिर्मुक्तः प्रयाति परमां गतिम्

Quiconque, avec dévotion, récite cet enseignement ou l’écoute l’esprit recueilli, se trouve délivré de tous les péchés et atteint l’état suprême : l’union à Śiva, le Seigneur qui accorde la délivrance.

Frequently Asked Questions

It diagnoses why mantra-japa becomes fruitless—lack of guru authorization (ājñā), lack of proper procedure and faith, and omission of the intended dakṣiṇā—and then supplies the corrective sequence culminating in puraścaraṇa.

They function as both ethical purification and transmission-alignment: honoring the guru stabilizes humility and receptivity, while dakṣiṇā concretizes sincerity and non-exploitative participation in the mantra lineage, enabling siddhi rather than mere repetition.

The chapter privileges śuci (pure) and sacralized settings—riverbank, seashore, cowshed, temple, or a clean home—performed at siddhi-supporting tithis and auspicious nakṣatra-yogas free from defects, emphasizing deśa–kāla śuddhi.