Adhyaya 13
Vayaviya SamhitaUttara BhagaAdhyaya 1360 Verses

पञ्चाक्षरीविद्यायाḥ कलियुगे मोक्षोपायः | The Pañcākṣarī Vidyā as a Means of Liberation in Kali Yuga

L’Adhyāya 13 prend la forme d’un dialogue doctrinal : Devī y diagnostique l’état du Kali‑yuga—le temps est « kaluṣita » (souillé), difficile à traverser ; le dharma est négligé ; la conduite du varṇāśrama s’épuise ; une crise socio‑religieuse domine ; et la transmission de l’enseignement entre guru et śiṣya est brisée. Elle demande comment les dévots de Śiva peuvent obtenir la délivrance dans de telles contraintes. Īśvara répond qu’il faut s’appuyer sur sa « paramā vidyā »—la pañcākṣarī qui réjouit le cœur—et affirme que ceux dont la vie intérieure est façonnée par la bhakti atteignent la libération même en Kali. Le propos se durcit ensuite : les êtres sont entachés de fautes de pensée, de parole et de corps ; ils peuvent être inaptes au karma, voire « patita » (déchu), d’où la question : tout acte ne les mène‑t‑il qu’en enfer ? Śiva réaffirme son vœu maintes fois proclamé sur terre : même un dévot déchu peut être libéré par cette vidyā ; et il révèle le « rahasya » gardé—que l’adoration de Śiva avec le mantra (samaṃtraka‑pūjā) est une intervention salvatrice décisive. L’arc du chapitre va ainsi du diagnostic du Kali‑yuga → à l’incapacité rituelle/éthique → à la solution mantra‑bhakti → à la garantie divine → à l’autorisation ésotérique du culte mantrique pour les déchus.

Shlokas

Verse 1

देव्युवाच । कलौ कलुषिते काले दुर्जये दुरतिक्रमे । अपुण्यतमसाच्छन्ने लोके धर्मपराङ्मुखे

La Déesse dit : « Dans l’âge de Kali—quand le temps est souillé, difficile à vaincre et dur à franchir—quand le monde est voilé par les ténèbres nées du démérite et que les êtres se détournent du dharma… »

Verse 2

क्षीणे वर्णाश्रमाचारे संकटे समुपस्थिते । सर्वाधिकारे संदिग्धे निश्चिते वापि पर्यये

«Quand l’observance du varṇa et de l’āśrama décline, quand survient un temps de crise, et quand la voie juste de tous les devoirs religieux devient incertaine—ou même lorsqu’elle semble établie mais se renverse autrement—»

Verse 3

तदोपदेशे विहते गुरुशिष्यक्रमे गते । केनोपायेन मुच्यंते भक्तास्तव महेश्वर

«Quand cet enseignement sacré est brisé et que la juste succession du maître et du disciple se perd, par quel moyen Tes dévots, ô Maheśvara, seront-ils délivrés ?»

Verse 4

ईश्वर उवाच । आश्रित्य परमां विद्यां हृद्यां पञ्चाक्षरीं मम । भक्त्या च भावितात्मानो मुच्यंते कलिजा नराः

Īśvara dit : «En prenant refuge dans Ma suprême vidyā sacrée—le mantra aux cinq syllabes qui demeure au cœur—les hommes nés dans l’âge de Kali, dont l’être intérieur est pénétré de dévotion, sont libérés.»

Verse 5

मनोवाक्कायजैर्दोषैर्वक्तुं स्मर्तुमगोचरैः । दूषितानां कृतघ्नानां निंदकानां छलात्मनाम्

Ceux dont la nature est souillée—ingrats, dénigreurs et trompeurs—sont mus par des défauts nés du mental, de la parole et du corps; et, à cause de ces fautes, ils deviennent indignes même de dire ou de se souvenir de la vérité pure de Śiva, au-delà de la pensée ordinaire.

Verse 6

लुब्धानां वक्रमनसामपि मत्प्रवणात्मनाम् । मम पञ्चाक्षरी विद्या संसारभयतारिणी

Même pour les cupides et ceux au mental tortueux—si leur être intérieur se tourne vers Moi—Ma science-mantra aux cinq syllabes est la connaissance salvatrice qui fait traverser la peur du saṃsāra.

Verse 7

मयैवमसकृद्देवि प्रतिज्ञातं धरातले । पतितो ऽपि विमुच्येत मद्भक्तो विद्ययानया

Ô Déesse, J’ai maintes fois fait ce vœu sur la terre : même si Mon dévot est tombé, par cette connaissance libératrice il sera délivré.

Verse 8

ततः कथं विमुच्येत पतितो विद्यया ऽनया । ईश्वर उवाच । तथ्यमेतत्त्वया प्रोक्तं तथा हि शृणु सुन्दरि

Alors (elle demanda) : «Comment celui qui est tombé peut-il être délivré par cette connaissance ?» Le Seigneur dit : «Ce que tu as dit est vrai. Écoute donc, ô belle».

Verse 9

रहस्यमिति मत्वैतद्गोपितं यन्मया पुरा । समंत्रकं मां पतितः पूजयेद्यदि मोहितः

Pensant : «Ceci est un secret», je l’ai jadis tenu caché. Car si même un être déchu, égaré par l’illusion, venait à m’adorer avec le mantra, cela produirait encore son effet ; c’est pourquoi on l’a gardé comme un mystère.

Verse 10

नारकी स्यान्न सन्देहो मम पञ्चाक्षरं विना । अब्भक्षा वायुभक्षाश्च ये चान्ये व्रतकर्शिताः

Sans mon mantra aux cinq syllabes, il n’y a aucun doute que l’on devient voué à l’enfer—même ceux qui ne vivent que d’eau, ceux qui ne vivent que d’air, et d’autres encore, amaigris par les austérités et les vœux.

Verse 11

तेषामेतैर्व्रतैर्नास्ति मम लोकसमागमः । भक्त्या पञ्चाक्षरेणैव यो हि मां सकृदर्चयेत्

Pour eux, par de tels vœux il n’y a pas d’accès à mon séjour. Mais quiconque, ne fût-ce qu’une seule fois, m’adore avec dévotion au moyen du Mantra aux Cinq Syllabes, obtient la communion avec moi.

Verse 12

सो ऽपि गच्छेन्मम स्थानं मन्त्रस्यास्यैव गौरवात् । तस्मात्तपांसि यज्ञाश्च व्रतानि नियमास्तथा

Même lui atteindrait mon séjour, uniquement par la majesté de ce mantra. C’est pourquoi les austérités, les sacrifices, les vœux et les disciplines (doivent être compris comme) accomplis et portés à la perfection par lui.

Verse 13

पञ्चाक्षरार्चनस्यैते कोट्यंशेनापि नो समः । बद्धो वाप्यथ मुक्तो वा पाशात्पञ्चाक्षरेण यः

Ces autres moyens ne sont pas égaux, fût-ce à un dix-millionième, au culte accompli par le mantra aux cinq syllabes, le Pañcākṣara. Qu’on soit lié ou déjà délivré, quiconque se réfugie dans le Pañcākṣara est affranchi des liens (pāśa).

Verse 14

पूजयेन्मां स मुच्येत नात्र कार्या विचारणा । अरुद्रो वा सरुद्रो वा सकृत्पञ्चाक्षरेण यः

Celui qui M’adore est délivré—ici, nul besoin de doute ni d’autre examen. Qu’il ne soit pas Rudra ou qu’il soit Rudra, quiconque (ne fût-ce qu’une fois) s’attache au mantra aux cinq syllabes reçoit cette grâce.

Verse 15

पूजयेत्पतितो वापि मूढो वा मुच्यते नरः । षडक्षरेण वा देवि तथा पञ्चाक्षरेण वा

Ô Devī, même si un homme est déchu ou égaré, s’il adore (Śiva) il est délivré—que ce soit par le mantra aux six syllabes ou de même par le mantra aux cinq syllabes.

Verse 16

स ब्रह्मांगेन मां भक्त्या पूजयेद्यदि मुच्यते । पतितो ऽपतितो वापि मन्त्रेणानेन पूजयेत्

Si quelqu’un M’adore avec bhakti en usant du brahmāṅga prescrit (l’auxiliaire sacré du culte), il est délivré. Déchu ou non déchu, qu’il adore par ce mantra même.

Verse 17

मम भक्तो जितक्रोधो सलब्धो ऽलब्ध एव वा । अलब्धालब्ध एवेह कोटिकोटिगुणाधिकः

Mon dévot, qui a vaincu la colère—qu’il obtienne ou n’obtienne pas des fruits mondains—demeure ici le même dans le gain et le non-gain ; un tel être surpasse les autres par des crores et des crores de degrés.

Verse 18

तस्माल्लब्ध्वैव मां देवि मन्त्रेणानेन पूजयेत् । लब्ध्वा संपूजयेद्यस्तु मैत्र्यादिगुणसंयुतः

Ainsi donc, ô Déesse, m’ayant ainsi atteint, qu’on me vénère par ce mantra même. Et quiconque, l’ayant obtenu (c’est-à-dire le mantra/la réalisation), m’adore parfaitement—pourvu de vertus telles que l’amitié et autres—réussit véritablement dans ce culte.

Verse 19

ब्रह्मचर्यरतो भक्त्या मत्सादृश्यमवाप्नुयात् । किमत्र बहुनोक्तेन भक्तास्सर्वेधिकारिणः

Celui qui demeure établi dans le brahmacarya et comblé de dévotion obtient la ressemblance avec Moi. À quoi bon en dire davantage ? Tous les dévots sont qualifiés (pour Ma grâce et la voie que J’enseigne).

Verse 20

मम पञ्चाक्षरे मंत्रे तस्माच्छ्रेष्ठतरो हि सः । पञ्चाक्षरप्रभावेण लोकवेदमहर्षयः

Dans Mon mantra aux cinq syllabes, ce mantra est véritablement le plus excellent. Par la puissance du Pañcākṣara, les mondes, les Veda et les grands rishis sont soutenus et illuminés.

Verse 21

तिष्ठंति शाश्वता धर्मा देवास्सर्वमिदं जगत् । प्रलये समनुप्राप्ते नष्टे स्थावरजंगमे

Quand survient la dissolution (pralaya) et que tout ce qui est immobile et mobile est détruit, les principes éternels du Dharma, les dieux et, en vérité, cet univers tout entier demeurent encore—soutenus dans le Seigneur comme leur fondement impérissable.

Verse 22

सर्वं प्रकृतिमापन्नं तत्र संलयमेष्यति । एको ऽहं संस्थितो देवि न द्वितीयो ऽस्ति कुत्रचित्

«Tout ce qui est entré dans la Prakṛti s’acheminera, là même, vers la dissolution. Ô Devī, Moi seul demeure établi ; nulle part, à aucun moment, il n’existe de second.»

Verse 23

तदा वेदाश्च शास्त्राणि सर्वे पञ्चाक्षरे स्थिताः । ते नाशं नैव संप्राप्ता मच्छक्त्या ह्यनुपालिताः

Alors les Veda et tous les traités sacrés furent établis dans le Mantra aux Cinq Syllabes. Ils ne connurent aucune destruction, car ils furent protégés et soutenus par Ma puissance divine.

Verse 24

ततस्सृष्टिरभून्मत्तः प्रकृत्यात्मप्रभेदतः । गुणमूर्त्यात्मनां चैव ततोवांतरसंहृतिः

Alors, de Moi naquit la création, par la différenciation de Prakṛti et du soi individuel. Et pour les êtres incarnés constitués des guṇa, survient ensuite une dissolution intermédiaire (réabsorption partielle).

Verse 25

तदा नारायणश्शेते देवो मायामयीं तनुम् । आस्थाय भोगिपर्यंकशयने तोयमध्यगः

Alors Nārāyaṇa reposait là—revêtant un corps façonné de Māyā—étendu sur la couche-serpent, au milieu des eaux primordiales.

Verse 26

तन्नाभिपंकजाज्जातः पञ्चवक्त्रः पितामहः । सिसृक्षमाणो लोकांस्त्रीन्न सक्तो ह्यसहायवान्

Du lotus du nombril de ce Seigneur naquit l’Aïeul, Brahmā aux cinq visages. Pourtant, bien qu’il voulût créer les trois mondes, il ne le put, faute d’appui : sans la grâce et la puissance du Seigneur suprême.

Verse 27

मुनीन्दश ससर्जादौ मानसानमितौजसः । तेषां सिद्धिविवृद्ध्यर्थं मां प्रोवाच पितामहः

Au commencement, l’Aïeul (Brahmā) créa dix grands sages, nés de l’esprit et d’une splendeur incommensurable. Pour accroître et parfaire leurs siddhi, l’Aïeul s’adressa alors à moi.

Verse 28

मत्पुत्राणां महादेव शक्तिं देहि महेश्वर । इत्येवं प्रार्थितस्तेन पञ्चवक्त्रधरो ह्यहम्

«Ô Mahādeva, ô Maheśvara, accorde la puissance (śakti) à mes fils.» Ainsi imploré par lui, moi—Śiva, le Porteur des Cinq Visages—répondis.

Verse 29

पञ्चाक्षराणि क्रमशः प्रोक्तवान्पद्मयोनये । स पञ्चवदनैस्तानि गृह्णंल्लोकपितामहः

Puis il enseigna, dans l’ordre prescrit, les cinq syllabes sacrées (Pañcākṣara) au Né du Lotus (Brahmā). Et ce Grand-Père des mondes les reçut par ses cinq visages.

Verse 30

वाच्यवाचकभावेन ज्ञातवान्मां महेश्वरम् । ज्ञात्वा प्रयोगं विविधं सिद्धमंत्रः प्रजापतिः

Par le rapport entre l’exprimé et l’exprimant (sens et parole), Prajāpati en vint à Me connaître, Moi, Maheśvara. Ayant compris les usages multiples du mantra, il devint accompli dans le mantra, obtenant la mantra-siddhi.

Verse 31

पुत्रेभ्यः प्रददौ मंत्रं मंत्रार्थं च यथातथम् । ते च लब्ध्वा मंत्ररत्नं साक्षाल्लोकपितामहात्

Il transmit à ses fils le mantra sacré, ainsi que son sens véritable, tel qu’il est en réalité. Et eux, ayant reçu ce joyau de mantra directement du Grand-Père des mondes (Brahmā), furent comblés de sa grâce et de son autorité spirituelle.

Verse 32

तदाज्ञप्तेन मार्गेण मदाराधनकांक्षिणः । मेरोस्तु शिखरे रम्ये मुंजवान्नाम पर्वतः

Ceux qui aspiraient à m’adorer suivirent la voie que j’avais prescrite. Sur le charmant sommet du Meru se trouve une montagne nommée Muñjavān.

Verse 33

मत्प्रियः सततं श्रीमान्मद्भक्तै रक्षितस्सदा । तस्याभ्याशे तपस्तीव्रं लोकं स्रष्टुं समुत्सुकाः

«Il m’est toujours cher, toujours béni et prospère, et il est sans cesse protégé par mes dévots. Près de lui, ceux qui brûlent de faire naître un monde entreprennent de sévères austérités.»

Verse 34

दिव्यं वर्षसहस्रं तु वायुभक्षास्समाचरन् । तेषां भक्तिमहं दृष्ट्वा सद्यः प्रत्यक्षतामियाम्

Durant mille années divines, ils ne se nourrirent que d’air, demeurant fermes dans leur austérité. Voyant leur bhakti, je me manifestai aussitôt devant eux, en une forme visible et directe.

Verse 35

ऋषिं छंदश्च कीलं च बीजशक्तिं च दैवतम् । न्यासं षडंगं दिग्बंधं विनियोगमशेषतः

Il faut connaître pleinement : le ṛṣi (voyant), le chandas (mètre), le kīla (cheville/clé de stabilisation), la semence et sa puissance (bīja–śakti) ainsi que la divinité présidante ; de même le nyāsa, les six auxiliaires (ṣaḍaṅga), le scellement des directions (digbandha) et l’application complète (viniyoga) de la pratique.

Verse 36

प्रोक्तवानहमार्याणां जगत्सृष्टिविवृद्धये । ततस्ते मंत्रमाहात्म्यादृषयस्तपसेधिताः

J’ai enseigné aux nobles pour la création et l’accroissement du monde. Ensuite, ces sages—ému par la grandeur de ce mantra—s’adonnèrent avec fermeté à l’austérité (tapas).

Verse 37

सृष्टिं वितन्वते सम्यक्सदेवासुरमानुषीम् । अस्याः परमविद्यायास्स्वरूपमधुनोच्यते

Il déploie la création selon l’ordre juste—avec les dieux, les asuras et les humains. À présent est proclamée la vraie nature (forme essentielle) de cette Connaissance suprême.

Verse 38

आदौ नमः प्रयोक्तव्यं शिवाय तु ततः परम् । सैषा पञ्चाक्षरी विद्या सर्वश्रुतिशिरोगता

D’abord, il faut prononcer « namaḥ » ; puis, après cela, « śivāya ». Telle est la vidyā aux cinq syllabes (pañcākṣarī), établie comme la couronne de toutes les Védas.

Verse 39

सर्वजातस्य सर्वस्य बीजभूता सनातनी । प्रथमं मन्मुखोद्गीर्णा सा ममैवास्ति वाचिका

Elle est la cause-semence éternelle de tout ce qui naît et de tout ce qui est. D’abord proférée de Ma propre bouche, cette Parole divine (Vācā) n’appartient qu’à Moi, comme Mon pouvoir d’expression.

Verse 40

तप्तचामीकरप्रख्या पीनोन्नतपयोधरा । चतुर्भुजा त्रिनयना बालेंदुकृतशेखरा

Elle resplendissait tel l’or chauffé à blanc, aux seins pleins et relevés. Pourvue de quatre bras et de trois yeux, elle portait le jeune croissant de lune comme joyau de faîte.

Verse 41

पद्मोत्पलकरा सौम्या वरदाभयपाणिका । सर्वलक्षणसंपन्ना सर्वाभरणभूषिता

Douce et de bon augure, elle tenait un lotus et un lotus bleu; de ses autres mains, elle accordait les dons et l’absence de crainte. Pourvue de tous les signes d’excellence, elle était parée de tous les ornements.

Verse 42

सितपद्मासनासीना नीलकुंचितमूर्धजा । अस्याः पञ्चविधा वर्णाः प्रस्फुरद्रश्मिमंडलाः

Assise sur un siège de lotus blanc, aux cheveux bleu sombre et bouclés, elle rayonnait. D’elle émanaient cinq sortes de teintes, entourées de cercles de rayons vivement étincelants, qui se déployaient avec splendeur.

Verse 43

पीतः कृष्णस्तथा धूम्रः स्वर्णाभो रक्त एव च । पृथक्प्रयोज्या यद्येते बिंदुनादविभूषिताः

Jaune, noir, couleur de fumée, doré et rouge : si chacun est employé séparément et orné de bindu et de nāda, il devient apte à des usages rituels distincts dans la discipline de Śiva.

Verse 44

अर्धचन्द्रनिभो बिंदुर्नादो दीपशिखाकृतिः । बीजं द्वितीयं बीजेषु मंत्रस्यास्य वरानने

Ô toi au visage gracieux, parmi les syllabes-semences de ce mantra, la seconde semence est le bindu, semblable au demi-croissant de lune ; et son nāda a la forme de la flamme d’une lampe.

Verse 45

दीर्घपूर्वं तुरीयस्य पञ्चमं शक्तिमादिशेत् । वामदेवो नाम ऋषिः पंक्तिश्छन्द उदाहृतम्

Pour le quatrième élément, on doit prescrire la cinquième Śakti, en plaçant au commencement la voyelle longue. Ici, le voyant est nommé Vāmadeva, et le mètre est déclaré Paṅkti.

Verse 46

देवता शिव एवाहं मन्त्रस्यास्य वरानने । गौतमो ऽत्रिर्वरारोहे विश्वामित्रस्तथांगिराः

Ô toi au visage gracieux, la divinité de ce mantra est Śiva — en vérité, Moi seul. Ô jeune fille noble, ses voyants sont Gautama, Atri, Viśvāmitra, et aussi Aṅgiras.

Verse 47

भरद्वाजश्च वर्णानां क्रमशश्चर्षयः स्मृताः । गायत्र्यनुष्टुप्त्रिष्टुप्च छंदांसि बृहती विराट्

Dans l’ordre requis, Bharadvāja et les autres voyants sont rappelés en relation avec les classes (varṇa). De même, les mètres sont enseignés comme Gāyatrī, Anuṣṭubh, Triṣṭubh, Bṛhatī et Virāṭ.

Verse 48

इन्द्रो रुद्रो हरिर्ब्रह्मा स्कंदस्तेषां च देवताः । मम पञ्चमुखान्याहुः स्थाने तेषां वरानने

Indra, Rudra, Hari (Viṣṇu), Brahmā et Skanda—avec leurs divinités tutélaires—, ô toi au visage gracieux, sont dits demeurer dans les sièges de Mes cinq faces.

Verse 49

पूर्वादेश्चोर्ध्वपर्यंतं नकारादि यथाक्रमम् । अदात्तः प्रथमो वर्णश्चतुर्थश्च द्वितीयकः

En partant de l’orient et en s’élevant selon l’ordre prescrit—en commençant par la syllabe «na» et ainsi de suite—la première lettre est sans accent (anudātta), et la quatrième porte le second accent (dvitīyaka).

Verse 50

पञ्चमः स्वरितश्चैव तृतीयो निहतः स्मृतः । मूलविद्या शिवं शैवं सूत्रं पञ्चाक्षरं तथा

La cinquième syllabe doit être chantée avec l’accent svarita, et la troisième est tenue pour «nihata», c’est-à-dire “retenue”. Telle est la connaissance racine : la formule śaiva qui est Śiva Lui-même, le sūtra sacré à cinq syllabes (pañcākṣara) également.

Verse 51

नामान्यस्य विजानीयाच्छैवं मे हृदयं महत् । नकारश्शिर उच्येत मकारस्तु शिखोच्यते

Qu’on comprenne les noms et l’ordonnance intérieure de ce grand « Cœur » śaiva qui est mien. La syllabe « na » est dite la tête, et la syllabe « ma » est dite la śikhā, le chignon du sommet.

Verse 52

शिकारः कवचं तद्वद्वकारो नेत्रमुच्यते । यकारो ऽस्त्रं नमस्स्वाहा वषठुंवौषडित्यपि

La syllabe « śi » est dite le kavaca, l’armure protectrice ; de même la syllabe « va » est enseignée comme le netra, l’« œil » mantrique. La syllabe « ya » est proclamée l’astra, l’« arme » ; et il en va de même des acclamations rituelles : « namaḥ », « svāhā », « vaṣaṭ », « huṃ » et « vauṣaṭ ».

Verse 53

फडित्यपि च वर्णानामन्ते ऽङ्गत्वं यदा तदा । तत्रापि मूलमंत्रो ऽयं किंचिद्भेदसमन्वयात्

Même lorsque la syllabe « phaṭ » est placée à la fin des lettres et qu’elle agit alors comme un aṅga auxiliaire, cela demeure le mantra racine lui-même, n’admettant qu’une légère variation par un mince ajustement de forme.

Verse 54

तत्रापि पञ्चमो वर्णो द्वादशस्वरभूषितः । तास्मादनेन मंत्रेण मनोवाक्कायभेदतः

Là encore, la cinquième syllabe est parée des douze voyelles. Ainsi, par ce mantra—selon les modes distincts du mental, de la parole et du corps—il convient d’accomplir le culte et la discipline spirituelle, afin de mener l’âme liée vers le Seigneur, le Pati.

Verse 55

आवयोरर्चनं कुर्याज्जपहोमादिकं तथा । यथाप्रज्ञं यथाकालं यथाशास्त्रं यथामति

Qu’on accomplisse le culte envers nous deux, et qu’on entreprenne aussi des pratiques telles que le japa (récitation du mantra) et le homa (oblation au feu). Qu’on le fasse selon son discernement, selon le temps convenable, selon le śāstra et selon l’intention affermie, afin que la dévotion devienne disciplinée et féconde.

Verse 56

यथाशक्ति यथासंपद्यथायोगं यथारति । यदा कदापि वा भक्त्या यत्र कुत्रापि वा कृता

Selon sa force, selon ses moyens, selon la discipline juste et selon l’élan du cœur—à tout moment et en tout lieu—si cela est fait avec dévotion, c’est véritablement accompli.

Verse 57

येन केनापि वा देवि पूजा मुक्तिं नयिष्यते । मय्यासक्तेन मनसा यत्कृतं मम सुन्दरि

Ô Déesse, un culte accompli de quelque manière que ce soit mène à la délivrance, pourvu qu’il soit fait avec l’esprit attaché à Moi, ô ma belle.

Verse 58

मत्प्रियं च शिवं चैव क्रमेणाप्यक्रमेण वा । तथापि मम भक्ता ये नात्यंतविवशाः पुनः

Qu’ils adorent ce qui M’est cher et ce qui est cher à Śiva—pas à pas ou même sans ordre établi—pourtant, ceux qui sont Mes dévots ne sont pas de nouveau entièrement démunis (face au lien et à l’illusion).

Verse 59

तेषां सर्वेषु शास्त्रेषु मयेव नियमः कृतः । तत्रादौ संप्रवक्ष्यामि मन्त्रसंग्रहणं शुभम्

Dans toutes ces écritures, la règle a été établie par Moi seul. Là, tout d’abord, j’exposerai clairement la méthode bénie de rassembler et de recevoir les mantras.

Verse 60

यं विना निष्फलं जाप्यं येन वा सफलं भवेत्

Sans Lui, la récitation répétée du mantra demeure vaine; et par Lui seul elle devient féconde.

Frequently Asked Questions

Rather than a discrete mythic episode, the chapter presents a dialogue setting: Devī questions Śiva about salvation in Kali-yuga amid the collapse of dharma and guru–śiṣya instruction; Śiva replies with mantra-based soteriology centered on the pañcākṣarī.

Śiva frames the pañcākṣarī as a ‘paramā vidyā’ and a guarded ‘rahasya’: a mantra-technology that can supersede ritual unfitness and moral fallenness when paired with devotion, grounded in Śiva’s explicit vow of liberation.

Śiva is highlighted as Īśvara/Maheśvara who grants mokṣa through mantra and bhakti—functioning as the compassionate guarantor whose promise (pratijñā) makes liberation available even under Kali-yuga constraints.