Adhyaya 14
Rudra SamhitaSati KhandaAdhyaya 1458 Verses

दक्षस्य दुहितृविवाहवर्णनम् / The Marriages of Dakṣa’s Daughters (Genealogical Allocation)

L’Adhyāya 14 est un chapitre à portée généalogique et structurante, raconté par Brahmā, portant sur la descendance de Dakṣa Prajāpati et sur la répartition des mariages de ses filles auprès de grandes puissances cosmiques. Il s’ouvre sur l’arrivée de Brahmā, qui apaise et concilie Dakṣa, puis décrit la naissance des filles de Dakṣa, au nombre de soixante. Le texte expose comment elles sont données en mariage à Dharma, Kaśyapa, Soma/Candra, ainsi qu’à d’autres ṛṣi et divinités, afin de diffuser la puissance génératrice dans l’univers et d’expliquer l’expansion et le peuplement des trois mondes par des réseaux de descendance. Le passage signale aussi des variations selon les kalpa quant au rang ou à l’ordre de Śivā/Satī (aînée, au milieu, ou autrement). Enfin, dans les vers cités, Dakṣa, après la naissance de ses filles, garde Jagadambikā (Śivā/Satī) en son esprit avec dévotion, annonçant les tensions à venir entre l’autorité rituelle et l’identité śaiva de la Déesse.

Shlokas

Verse 1

ब्रह्मोवाच । एतस्मिन्नन्तरे देवमुने लोकपितामह । तत्रागममहं प्रीत्या ज्ञात्वा तच्चरितं द्रुतम्

Brahmā dit : Ô sage divin, ô aïeul des mondes—dans cet intervalle, ayant promptement connu ce récit, j’arrivai aussitôt en ce lieu, le cœur rempli de joie sacrée.

Verse 2

असांत्वयमहं दक्षं पूर्ववत्सुविचक्षणः । अकार्षं तेन सुस्नेहं तव सुप्रीतिमावहन्

«Avec le discernement d’autrefois, j’ai consolé Dakṣa ; et par là j’ai fait naître une tendre affection, suscitant ainsi ta profonde satisfaction.»

Verse 3

स्वात्मजं मुनिवर्यं त्वां सुप्रीत्या देववल्लभम् । समाश्वास्य समादाय प्रत्यपद्ये स्वधाम ह

Ô le meilleur des sages—mon propre fils—bien-aimé des dieux : t’ayant réconforté avec tendresse et t’ayant pris avec moi, je retournai à ma demeure.

Verse 4

ततः प्रजापतिर्दक्षोऽनुनीतो मे निजस्त्रियाम् । जनयामास दुहितॄस्सुभगाः षष्टिसंमिताः

Ensuite, Prajāpati Dakṣa, réconcilié par moi, engendra de sa propre épouse soixante filles de bon augure.

Verse 5

तासां विवाहकृतवान्धर्मादिभिरतंद्रितः । तदेव शृणु सुप्रीत्या प्रवदामि मुनीश्वर

Avec une diligence inébranlable, il arrangea leurs mariages selon le dharma et les autres prescriptions sacrées. Écoute maintenant ce récit même avec une joyeuse attention, ô seigneur parmi les sages, tandis que je le rapporte.

Verse 6

ददौ दश सुता दक्षो धर्माय विधिवन्मुने । त्रयोदश कश्यपाय मुनये त्रिनवेंदवे

Dakṣa, selon les rites prescrits, donna dix de ses filles au sage Dharma ; treize au sage Kaśyapa ; et vingt-sept à Soma, le dieu Lune.

Verse 7

भूतांगिरः कृशाश्वेभ्यो द्वेद्वे पुत्री प्रदत्तवान् । तार्क्ष्याय चापरः कन्या प्रसूतिप्रसवैर्यतः

Bhūtāṅgiras donna deux filles à chacun des Kṛśāśvas ; et une autre fille—née de Prasūti par sa descendance—fut donnée en mariage à Tārkṣya.

Verse 8

त्रिलोकाः पूरितास्तन्नो वर्ण्यते व्यासतो भयात्

Les trois mondes furent remplis par cet événement accablant ; c’est pourquoi il n’en est pas fait ici une description détaillée, par crainte de son immensité et de sa terrifiante grandeur.

Verse 9

केचिद्वदंति तां ज्येष्ठां मध्यमां चापरे शिवाम् । सर्वानन्तरजां केचित्कल्पभेदात्त्रयं च सत

Certains nomment cette Déesse de bon augure l’Aînée ; d’autres appellent Śivā la Médiane. D’autres encore disent qu’elle est née après toutes, la dernière. Ainsi, selon les différences des kalpas (cycles cosmiques), les trois désignations sont tenues pour vraies.

Verse 10

अनंतरं सुतोत्पत्तेः सपत्नीकः प्रजापतिः । दक्षो दधौ सुप्रीत्मा तां मनसा जगदम्बिकाम्

Ensuite, lorsque ses filles naquirent, le Prajāpati Dakṣa—avec son épouse—fut comblé de joie et, dans son cœur, chérît Jagadambikā, la Mère du Monde, la Déesse divine, avec une révérence aimante.

Verse 11

अतः प्रेम्णा च तुष्टाव गिरा गद्गदया हि सः । भूयोभूयो नमस्कृत्य सांजलिर्विनयान्वितः

Ainsi, rempli d’amour, il loua Śiva d’une voix étranglée par l’émotion ; et, encore et encore, se prosternant avec révérence, il demeura les mains jointes, empreint d’humilité.

Verse 12

सन्तुष्टा सा तदा देवी विचारं मनसीति च । चक्रेऽवतारं वीरिण्यां कुर्यां पणविपूर्तये

Alors la Déesse, pleinement satisfaite, réfléchit en son cœur et résolut de prendre incarnation dans une lignée héroïque, afin d’accomplir le dessein divin qui lui était destiné.

Verse 13

अथ सोवास मनसि दक्षस्य जगदम्बिका । विललास तदातीव स दक्षो मुनिसत्तम

Alors la Mère du Monde (Satī), demeurant dans l’esprit de Dakṣa, y déploya intensément son jeu sacré; et Dakṣa—ô le meilleur des sages—en fut profondément ébranlé au-dedans.

Verse 14

इति श्रीशिवमहापुराणे द्वितीयायां रुद्रसंहितायां सती खण्डे सतीजन्म बाललीलावर्णनंनाम चतुर्दशोऽध्यायः

Ainsi, dans le saint Śiva Mahāpurāṇa, dans la deuxième Saṃhitā (Rudra), au sein du Satī Khaṇḍa, s’achève le quatorzième chapitre intitulé «Description de la naissance de Satī et de ses jeux d’enfance».

Verse 15

आविर्बभूवुश्चिह्नानि दोहदस्याखिलानि वै

En vérité, tous les signes du dohada — les désirs propres à la grossesse — se manifestèrent clairement.

Verse 17

कुलस्य संपदश्चैव श्रुतेश्चित्तसमुन्नतेः । व्यधत्त सुक्रिया दक्षः प्रीत्या पुंसवनादिकाः

Pour la prospérité de la lignée, pour se conformer aux prescriptions védiques et pour l’élévation de l’esprit, Dakṣa organisa avec joie les saṃskāra auspiciieux, à commencer par le rite du puṃsavana et les autres.

Verse 18

उत्सवोतीव संजातस्तदा तेषु च कर्मसु । वित्तं ददौ द्विजातिभ्यो यथाकामं प्रजापतिः

Alors, au cours de ces rites, une atmosphère semblable à une grande fête s’éleva. Puis Prajāpati (Dakṣa) donna des richesses aux deux-fois-nés (dvija), selon leurs souhaits.

Verse 19

अथ तस्मिन्नवसरे सर्वे हर्यादयस्सुराः । ज्ञात्वा गर्भगतां देवीं वीरिण्यास्ते मुदं ययुः

Puis, à cet instant même, tous les dieux, à commencer par Hari (Viṣṇu), comprirent que la Déesse était entrée dans le sein de Vīriṇī. L’ayant su, ils furent remplis de joie, voyant l’heureux déploiement de la volonté divine de Śiva dans le monde manifesté (saguṇa).

Verse 20

तत्रागत्य च सर्वे ते तुष्टुवुर्जगदम्बिकाम् । लोकोपकारकरिणीं प्रणम्य च मुहुर्मुहुः

Étant arrivés là, tous la célébrèrent, Jagadambikā, la Mère de l’univers. Et, maintes et maintes fois, ils se prosternèrent devant Elle, car Elle est la bienfaitrice qui œuvre au salut des mondes.

Verse 21

कृत्वा ततस्ते बहुधा प्रशंसां हृष्टमानसाः । दक्षप्रजापतेश्चैव वीरिण्यास्स्वगृहं ययुः

Puis, le cœur empli de joie, ils offrirent des louanges de maintes façons; ensuite ils se rendirent à la demeure de Vīriṇī, l’épouse de Dakṣa Prajāpati.

Verse 22

गतेषु नवमासेषु कारयित्वा च लौकिकीम् । गतिं शिवा च पूर्णे सा दशमे मासि नारद

Lorsque neuf mois se furent écoulés, Śivā (Satī), laissant se dérouler le cours du monde, en acheva l’accomplissement; et, au dixième mois, ô Nārada, elle atteignit le passage qui lui était destiné (c’est-à-dire le terme et l’enfantement).

Verse 23

आविर्बभूव पुरतो मातुस्सद्यस्तदा मुने । मुहूर्ते सुखदे चन्द्रग्रहतारानुकूलके

Ô sage, à cet instant même elle se manifesta directement devant sa mère, en un moment propice et dispensateur de bonheur, lorsque la Lune, les planètes et les étoiles étaient favorables.

Verse 24

तस्यां तु जातमात्रायां सुप्रीतोऽसौ प्रजापतिः । सैव देवीति तां मेने दृष्ट्वा तां तेजसोल्बणाम्

Mais dès qu’elle naquit, ce Prajāpati (Dakṣa) fut comblé d’une joie extrême. La voyant flamboyer de splendeur, il la tint pour nulle autre que la Déesse elle-même (Devī).

Verse 25

तदाभूत्पुष्पसद्वृष्टिर्मेघाश्च ववृषुर्जलम् । दिशश्शांता द्रुतं तस्यां जातायां च मुनीश्वर

Alors survint une noble pluie de fleurs, et les nuées versèrent l’eau. Ô seigneur parmi les sages, dès sa naissance les directions s’apaisèrent aussitôt.

Verse 26

अवादयंत त्रिदशाश्शुभवाद्यानि खे गताः । जज्ज्वलुश्चाग्नयश्शांताः सर्वमासीत्सुमंगलम्

Les Deva, parcourant le ciel, firent résonner des instruments de bon augure ; les feux sacrés flamboyèrent aussi, lumineux, tout en demeurant calmes et stables. Tout devint parfaitement auspice—signe indubitable de la grâce de Śiva et de la justesse de l’événement divin en cours.

Verse 27

वीरिणोसंभवां दृष्ट्वा दक्षस्तां जगदम्बिकाम् । नमस्कृत्य करौ बद्ध्वा बहु तुष्टाव भक्तितः

Voyant Jagadambikā—la Mère de l’univers, née de Vīriṇā—Dakṣa s’inclina devant elle. Joignant les paumes avec révérence, il la loua longuement avec dévotion.

Verse 28

दक्ष उवाच । महेशानि नमस्तुभ्यं जगदम्बे सनातनि । कृपां कुरु महादेवि सत्ये सत्यस्वरूपिणि

Dakṣa dit : «Ô Maheśānī, salutations à toi, Mère de l’univers, l’Éternelle. Ô Mahādevī, fais-moi grâce, ô Vérité même, dont la nature est Vérité.»

Verse 29

शिवा शांता महामाया योगनिद्रा जगन्मयी । या प्रोच्यते वेदविद्भिर्नमामि त्वां हितावहाम्

Je me prosterne devant toi—Śivā la paisible, la Grande Māyā, le Sommeil yogique, celle qui est l’univers même. Toi que proclament les connaisseurs des Vedas, je te salue, bienfaitrice de tous.

Verse 30

यया धाता जगत्सृष्टौ नियुक्तस्तां पुराकरोत् । तां त्वां नमामि परमां जगद्धात्रीं महेश्वरीम्

Je me prosterne devant Toi—Maheshvarī suprême, Mère qui soutient les mondes—par la puissance de qui le Créateur, Dhātā (Brahmā), fut établi au commencement pour faire surgir l’univers.

Verse 31

यया विष्णुर्जगत्स्थित्यै नियुक्तस्तां सदाकरोत् । तां त्वां नमामि परमां जगद्धात्रीं महेश्वरीम्

Par Toi, Viṣṇu est établi pour maintenir l’univers, et par Toi il accomplit sans cesse cette charge. Ô Maheshvarī suprême, Mère qui soutient les mondes, je me prosterne devant Toi.

Verse 32

यया रुद्रो जगन्नाशे नियुक्तस्तां सदाकरोत् । तां त्वां नमामि परमां जगद्धात्रीं महेश्वरीम्

Ô Maheshvarī suprême, par la puissance de qui Rudra est établi pour la dissolution des mondes et accomplit sans cesse cet acte cosmique : devant cette Déesse très haute, Mère qui soutient l’univers, je me prosterne.

Verse 33

रजस्सत्त्वतमोरूपां सर्वकार्यकरीं सदा । त्रिदेवजननीं देवीं त्वां नमामि च तां शिवाम्

Je me prosterne devant toi, Déesse Śivā, toujours accomplisseuse de toute œuvre, qui te manifestes en rajas, sattva et tamas, et qui es la Mère divine des trois Devas.

Verse 34

यस्त्वां विचिंतयेद्देवीं विद्याविद्यात्मिकां पराम् । तस्य भुक्तिश्च मुक्तिश्च सदा करतले स्थिता

Quiconque te contemple sans cesse, ô Déesse —suprême, essence même de vidyā et d’avidyā— pour ce dévot, jouissance du monde et délivrance demeurent toujours comme au creux de la main.

Verse 35

यस्त्वां प्रत्यक्षतो देवि शिवां पश्यति पावनीम् । तस्यावश्यं भवेन्मुक्तिर्विद्याविद्याप्रकाशिका

Ô Déesse, quiconque te voit directement —en ta forme de Śivā, auspicious et purificatrice— obtient assurément la délivrance ; car tu révèles la lumière de vidyā et d’avidyā.

Verse 36

ये स्तुवंति जगन्मातर्भवानीमंबिकेति च । जगन्मयीति दुर्गेति सर्वं तेषां भविष्यति

Ceux qui louent la Mère de l’univers—la nommant « Bhavānī », « Ambikā », « Jaganmayī » et « Durgā »—pour eux, tout s’accomplira par Sa grâce.

Verse 37

ब्रह्मोवाच । इति स्तुता जगन्माता शिवा दक्षेण धीमता । तथोवाच तदा दक्षं यथा माता शृणोति न

Brahmā dit : Ainsi louée par le sage Dakṣa, la Mère de l’univers—Śivā (Satī)—s’adressa alors à Dakṣa ; mais lui n’écouta pas vraiment, comme si l’on dédaignait la parole d’une mère.

Verse 38

सर्वं मुमोह तथ्यं च तथा दक्षः शृणोतु तत् । नान्यस्तथा शिवा प्राह नानोतिः परमेश्वरी

Dakṣa était entièrement égaré; pourtant il doit entendre cette vérité. Ainsi parla Śivā (Satī), la Déesse suprême : «Il n’est pas d’autre voie ; il n’est pas d’autre conseil».

Verse 39

देव्युवाच । अहमाराधिता पूर्वं सुतार्थं ते प्रजापते । ईप्सितं तव सिद्धं तु तपो धारय संप्रति

La Déesse dit : «Autrefois, ô Prajāpati, tu m’as adorée pour obtenir un fils. Ton désir est accompli ; aussi, maintenant, soutiens avec fermeté ton tapas, ton austérité».

Verse 40

ब्रह्मोवाच । एवमुक्त्वा तदा देवी दक्षं च निजमायया । आस्थाय शैशवं भावं जनन्यंते रुरोद सा

Brahmā dit : Après avoir ainsi parlé, la Déesse, par sa propre māyā divine, s’approcha de Dakṣa et, prenant l’humeur d’une toute petite enfant, se mit à pleurer auprès de sa mère.

Verse 41

अथ तद्रोदनं श्रुत्वा स्त्रियो वाक्यं ससंभ्रमाः । आगतास्तत्र सुप्रीत्या दास्योपि च ससंभ्रमाः

Alors, entendant ces paroles et le bruit des pleurs, les femmes, saisies d’alarme et d’agitation, accoururent aussitôt avec affection ; même les servantes arrivèrent, tout aussi pressées et inquiètes.

Verse 42

दृष्ट्वासिक्नीसुतारूपं ननन्दुस्सर्वयोषितः । सर्वे पौरजनाश्चापि चक्रुर्जयरवं तदा

À la vue de la forme resplendissante de Satī, fille d’Asiknī, toutes les femmes se réjouirent ; et tous les habitants de la cité élevèrent alors un puissant cri de victoire.

Verse 43

उत्सवश्च महानासीद्गानवाद्यपुरस्सरम् । दक्षोसिक्नी मुदं लेभे शुभं दृष्ट्वा सुताननम्

Une grande fête eut lieu, précédée de chants et de musique instrumentale. Voyant le visage auspiceux de leur fille, Dakṣa et Asiknī furent comblés de joie.

Verse 44

दक्षः श्रुतिकुलाचारं चक्रे च विधिवत्तदा । दानं ददौ द्विजातिभ्योन्येभ्यश्च द्रविणं तथा

Alors Dakṣa institua, selon les règles, les rites coutumiers sanctionnés par les Veda et par les traditions de sa lignée ; et il fit des dons — richesses et provisions — aux dvija (deux fois nés) ainsi qu’à d’autres encore.

Verse 45

बभूव सर्वतो गानं नर्तनं च यथोचितम् । नेदुर्वाद्यानि बहुशस्सुमंगलपुरस्सरम्

Alors, de toutes parts s’élevèrent des chants et des danses convenables; et, à maintes reprises, les instruments retentirent, annonçant l’auspice—signe extérieur de la joie intérieure qui accompagne la dévotion à Śiva.

Verse 46

अथ हर्यादयो देवास्सर्वे सानुचरास्तदा । मुनिवृन्दैः समागत्योत्सवं चक्रुर्यथाविधि

Puis Hari et les autres dieux, avec tous leurs suivants, vinrent en ce lieu avec des assemblées de sages, et accomplirent la fête comme il se doit, selon le rite prescrit.

Verse 47

दृष्ट्वा दक्षसुतामंबां जगतः परमेश्वरीम् । नेमुः सविनयास्सर्वे तुष्टुवुश्च शुभैस्तवैः

Voyant Ambā—fille de Dakṣa—la Déesse suprême, Souveraine des mondes, tous s’inclinèrent avec humilité et la célébrèrent par des hymnes de bon augure.

Verse 48

ऊचुस्सर्वे प्रमुदिता गिरं जयजयात्मिकाम् । प्रशशंसुर्मुदा दक्षं वीरिणीं च विशेषतः

Alors tous, transportés de joie, poussèrent des cris de victoire : « Jaya ! Jaya ! » Et, dans l’allégresse, ils louèrent Dakṣa, et tout particulièrement exaltèrent Vīriṇī.

Verse 49

तदोमेति नाम चक्रे तस्या दक्षस्तदाज्ञया । प्रशस्तायास्सर्वगुणसत्त्वादपि मुदान्वितः

Alors, obéissant à son injonction, Dakṣa lui donna le nom d’« Omā ». Dans la joie, il la loua — se réjouissant de son être même, empli de toutes les qualités nobles.

Verse 50

नामान्यन्यानि तस्यास्तु पश्चाज्जातानि लोकतः । महामंगलदान्येव दुःखघ्नानि विशेषतः

Par la suite, d’autres noms d’Elle naquirent parmi le peuple. En vérité, ils confèrent une grande auspiciosité et, tout particulièrement, anéantissent la peine et la souffrance.

Verse 51

दक्षस्तदा हरिं नत्वा मां सर्वानमरानपि । मुनीनपि करौ बद्ध्वा स्तुत्वा चानर्च भक्तितः

Alors Dakṣa se prosterna devant Hari (Viṣṇu), ainsi que devant moi et devant tous les dieux immortels. Les paumes jointes, il salua aussi les munis ; après les avoir loués, il se mit à les honorer avec dévotion.

Verse 52

अथ विष्ण्वादयस्सर्वे सुप्रशस्याजनंदनम् । प्रीत्या ययुस्वधामानि संस्मरन् सशिवं शिवम्

Alors Viṣṇu et les autres dieux, après avoir hautement loué le Seigneur dispensateur de béatitude, s’en allèrent joyeux vers leurs demeures, se souvenant intérieurement de Śiva, l’Auspicious, toujours uni à sa Śakti divine.

Verse 53

अतस्तां च सुतां माता सुसंस्कृत्य यथोचितम् । शिशुपानेन विधिना तस्यै स्तन्यादिकं ददौ

Ainsi, la mère, après avoir accompli comme il se doit les rites purificatoires convenables pour sa fille, lui donna le lait et d’autres nourritures selon la règle prescrite pour l’allaitement du nourrisson.

Verse 54

पालिता साथ वीरिण्या दक्षेण च महात्मना । ववृधे शुक्लपक्षस्य यथा शशिकलान्वहम्

Nourrie avec soin par Vīriṇī et par le magnanime Dakṣa, elle grandissait de jour en jour—comme la lune dont les quartiers croissent durant la quinzaine claire.

Verse 55

तस्यां तु सद्गुणास्सर्वे विविशुर्द्विजसत्तम । शैशवेपि यथा चन्द्रे कलास्सर्वा मनोहराः

Ô le meilleur des deux-fois-nés, toutes les vertus nobles entrèrent en elle—comme dans la lune, même encore jeune, demeurent toutes ses phases enchanteresses.

Verse 56

आचरन्निजभावेन सखीमध्यगता यदा । तदा लिलेख भर्गस्य प्रतिमामन्वहं मुहुः

Chaque fois que Satī, au milieu de ses compagnes, agissait selon sa nature propre, elle traçait sans cesse—jour après jour—l’image de Bharga (le Seigneur Śiva).

Verse 57

यदा जगौ सुगीतानि शिवा बाल्योचितानि सा । तदा स्थाणुं हरं रुद्रं सस्मार स्मरशासनम्

Chaque fois que Śivā (Satī), dans sa jeune enfance, chantait de doux chants convenant à son âge, à l’instant même elle se souvenait intérieurement de Sthāṇu—Hara, Rudra—le Seigneur qui châtie Kāma, dieu du désir.

Verse 58

ववृधेतीव दंपत्योः प्रत्यहं करुणातुला । तस्या बाल्येपि भक्तायास्तयोर्नित्यं मुहुर्मुहुः

De jour en jour, la mesure de la compassion chez cet époux et cette épouse semblait croître. Sans cesse, encore et encore, ils lui prodiguaient une tendre sollicitude, car elle était dévouée dès l’enfance.

Verse 59

सर्वबालागुणा क्रांतां सदा स्वालयकारिणीम् । तोषयामास पितरौ नित्यंनित्यं मुहुर्मुहुः

Pourvue de toutes les vertus d’une jeune fille noble et toujours appliquée aux devoirs de sa demeure, elle réjouissait sans cesse ses parents—encore et encore, jour après jour.

Frequently Asked Questions

A genealogical event: Dakṣa generates sixty daughters and formally distributes them in marriage to Dharma, Kaśyapa, Soma (Candra), and other recipients—establishing the progenitive framework by which the three worlds become populated.

The chapter uses lineage and marriage as a symbolic cosmology: generative Śakti is apportioned into ordered channels (dharma/ṛta), while simultaneously marking Jagadambikā (Satī/Śivā) as a transcendent focal point beyond mere ritual genealogy.

Śivā/Satī is explicitly linked with Jagadambikā, and the text acknowledges kalpa-dependent variants in her placement (eldest/middle/otherwise), indicating a Purāṇic multi-recensional cosmology rather than a single fixed ordering.