
Dialogue of Gobhila and Padmāvatī: Daitya Obstruction vs. the Power of Pativratā Dharma
Dans PP.2.50 se déploie une confrontation morale : Gobhila, Daitya au service de Paulastya, avoue une « conduite de Daitya » prédatrice (s’emparer des richesses et des femmes) tout en se vantant paradoxalement de maîtriser le Veda-śāstra et les arts. Le récit s’élargit en une critique des êtres démoniaques qui guettent les fautes des brāhmaṇa et sabotent tapas et yajña ; pourtant, il reconnaît qu’ils ne peuvent supporter l’éclat spirituel de Hari, d’un brāhmaṇa vertueux ou d’une épouse chaste et vouée à son mari (pativratā). Sur ce fond, Gobhila se fait didactique : la constance envers le feu sacré (agnihotra/agni), l’obéissance et la pureté dans le service, ainsi que le devoir filial envers les parents sont présentés comme des piliers qu’on ne doit jamais abandonner. Le chapitre se durcit en blâmant l’abandon du mari et en qualifiant la femme fautive de puṃścalī, tandis que Padmāvatī affirme son innocence, trompée par un être ayant pris l’apparence de l’époux. L’épisode s’achève sur le départ de Gobhila et la douleur de Padmāvatī, opposant nettement la norme du dharma à la contrainte asurique.
Verse 1
सुकलोवाच । तस्यास्तु वचनं श्रुत्वा गोभिलो वाक्यमब्रवीत् । भवती शप्तुकामासि कस्मान्मे कारणं वद
Sukalā dit : Ayant entendu ses paroles, Gobhila répondit : «Tu veux me maudire ; dis-moi, pour quelle raison ?»
Verse 2
केन दोषेण लिप्तोस्मि यस्मात्त्वं शप्तुमुद्यता । गोभिलो नाम दैत्योस्मि पौलस्त्यस्य भटः शुभे
«Par quelle faute suis-je souillé, pour que tu sois prête à me maudire ? Ô dame de bon augure, je suis un Daitya nommé Gobhila, soldat de Paulastya.»
Verse 3
दैत्याचारेण वर्तामि जाने विद्यामनुत्तमाम् । वेदशास्त्रार्थवेत्तास्मि कलासु निपुणः पुनः
«Je vis selon les usages des Daityas, et pourtant je possède une connaissance sans égale. Je connais le sens des Veda et des śāstra, et je suis encore habile dans les arts.»
Verse 4
एवं सर्वं विजानामि दैत्याचारं शृणुष्व मे । परस्वं परदारांश्च बलाद्भुंजामि नान्यथा
Ainsi je comprends tout; écoute maintenant de moi la conduite des Daitya : par la force je saisis et jouis des biens d’autrui et des épouses d’autrui — je n’ai pas d’autre voie.
Verse 5
वयं दैत्याः समाकर्ण्य दैत्याचारेण सांप्रतम् । वर्त्तामो ज्ञानिभावेन सत्यं सत्यं वदाम्यहम्
Nous sommes des Daitya ; l’ayant entendu, nous vivons à présent selon la manière des Daitya, tout en gardant la disposition des sages. Vraiment, vraiment, je dis la vérité.
Verse 6
ब्राह्मणानां हि च्छिद्राणि विपश्यामो दिने दिने । तेषां हि तपसो नाशं विघ्नैः कुर्मो न संशयः
En vérité, jour après jour nous scrutons les failles des brāhmaṇa ; et sans aucun doute, en suscitant des obstacles, nous causons la ruine de leur tapas, leur austérité.
Verse 7
छिद्रं प्राप्य वयं देवि नाशयामो न संशयः । ब्राह्मणाञ्छ्रूयतां भद्रे देवयज्ञं वरानने
Ô Déesse, si nous trouvons une brèche, nous la détruirons — sans aucun doute. Ô Bienheureuse, ô visage gracieux, que les brāhmaṇa entendent parler du deva-yajña, le sacrifice aux Devas.
Verse 8
नाशयामो वयं यज्ञान्धर्मयज्ञं न संशयः । सुब्राह्मणान्परित्यज्य देवं नारायणं प्रभुम्
Nous détruirons les yajña, même le yajña nommé « dharma » ; de cela point de doute, lorsque seront délaissés les brāhmaṇa vertueux et que sera abandonné le Seigneur Nārāyaṇa, le Maître suprême.
Verse 9
पतिव्रतां महाभागां सुमतिं भर्तृतत्पराम् । दूरेणापि परित्यज्य तिष्ठामो नात्र संशयः
Même en l’ayant délaissée de loin, nous demeurerons ici, sans aucun doute ; car Sumati est une pativratā très fortunée, tout entière vouée à son époux.
Verse 10
तेजो देवि सुविप्रस्य हरेश्चैव महात्मनः । नार्याः पतिव्रतायाश्च सोढुं दैत्याश्च न क्षमाः
Ô Déesse, les démons ne peuvent supporter l’éclat spirituel d’un brāhmaṇa vertueux, ni celui de Hari au grand cœur, ni celui d’une épouse chaste et dévouée, pativratā.
Verse 11
पतिव्रताभयेनापि विष्णोः सुब्राह्मणस्य च । नश्यंति दानवाः सर्वे दूरं राक्षसपुंगवाः
Par la crainte qu’inspire une pativratā—et aussi par celle du Seigneur Viṣṇu et d’un brāhmaṇa juste—tous les dānavas sont anéantis, et les plus grands des rākṣasas s’enfuient au loin.
Verse 12
अहं दानवधर्मेण विचरामि महीतलम् । कस्मात्त्वं शप्तुकामासि मम दोषो विचार्यताम्
Je parcours la terre selon la loi des Dānavas. Pourquoi donc veux-tu me maudire ? Que l’on examine ma faute.
Verse 13
पद्मावत्युवाच । मम धर्मः सुकायश्च त्वयैव परिनाशितः । अहं पतिव्रता साध्वी पतिकामा तपस्विनी
Padmāvatī dit : «Mon dharma et mon beau corps ont été détruits par toi seul. Je suis une pativratā, une femme vertueuse, aspirant à mon époux et vivant dans l’ascèse».
Verse 14
स्वमार्गे संस्थिता पाप मायया परिनाशिता । तस्मात्त्वामप्यहं दुष्ट आधक्ष्यामि न संशयः
Ô pécheur—bien que tu fusses établi sur ta propre voie, la māyā (illusion) t’a détruit. C’est pourquoi toi aussi, misérable, je te frapperai; sans aucun doute.
Verse 15
गोभिल उवाच । धर्ममेव प्रवक्ष्यामि भवती यदि मन्यते । अग्निचिद्ब्राह्मणस्यापि श्रूयतां नृपनंदिनी
Gobhila dit : «Je vais certes exposer le dharma, si tu l’agrées. Ô fille du roi, écoute aussi le récit d’un brāhmaṇa qui accomplit l’Agnicayana (rite de l’autel du feu)».
Verse 16
जुह्वन्देवं द्विकालं यो न त्यजेदग्निमंदिरम् । स चाग्निहोत्री भवति यजत्येव दिनेदिने
Quiconque verse des oblations au Feu divin aux deux moments du jour et n’abandonne pas le sanctuaire du feu, celui-là devient vraiment Agnihotrin, sacrifiant jour après jour.
Verse 17
अन्यच्चैवं प्रवक्ष्यामि भृत्यधर्मं वरानने । मनसा कर्मणा वाचा विशुद्धो योऽपि नित्यशः
Et de plus, ô toi au beau visage, j’expliquerai le devoir d’un serviteur : celui qui demeure toujours pur, par la pensée, par l’acte et par la parole.
Verse 18
नित्यमादेशकारी यः पश्चात्तिष्ठति चाग्रतः । स भृत्यः कथ्यते देवि पुण्यभागी न संशयः
Ô Déesse, celui qui exécute sans cesse les ordres—se tenant derrière et aussi devant, en service—est appelé un véritable serviteur ; il partage le mérite, sans aucun doute.
Verse 19
यः पुत्रो गुणवाञ्ज्ञाता पितरं पालयेच्छुभः । मातरं च विशेषेण मनसा काय कर्मभिः
Ce fils, vertueux, avisé et de noble conduite, doit avec piété protéger son père; et plus encore sa mère, par la pensée, le corps et les actes.
Verse 20
तस्य भागीरथी स्नानमहन्यहनि जायते । अन्यथा कुरुते यो हि स पापीयान्न संशयः
Pour lui, le bain dans la Bhāgīrathī (la Gaṅgā) doit être accompli jour après jour. Mais celui qui agit autrement, sans doute, devient plus pécheur.
Verse 21
अन्यच्चैवं प्रवक्ष्यामि पतिव्रतमनुत्तमम् । वाचा सुमनसा चैव कर्मणा शृणु भामिनि
Et de plus, je vais maintenant exposer cet idéal sans égal de la pativrata, l’épouse vouée. Écoute, ô belle: comment il se garde par la parole, par l’esprit vertueux et par l’acte.
Verse 22
शुश्रूषां कुरुते या हि भर्तुश्चैव दिन दिने । तुष्टे भर्त्तरि या प्रीता न त्यजेत्क्रोधनं पुनः
L’épouse qui, jour après jour, rend à son époux un service attentif, et qui demeure aimante lorsque l’époux est satisfait, ne doit pas retomber dans la colère, mais garder la maîtrise d’elle-même.
Verse 23
तस्य दोषं न गृह्णाति ताडिता तुष्यते पुनः । भर्त्तुः कर्मसु सर्वेषु पुरतस्तिष्ठते सदा
Elle ne retient pas sa faute; même frappée, elle redevient apaisée et contente. En toutes les œuvres de son époux, elle se tient toujours devant lui, prête au service.
Verse 24
सा चापि कथ्यते नारी पतिव्रतपरायणा । पतितोपि पितापुत्रैर्बहुदोषसमन्वितः
On l’appelle femme vouée au vœu sacré de fidélité envers son époux ; même si le père est déchu, ses fils le tiennent pour un homme chargé de nombreux défauts.
Verse 25
कस्मादपि च न त्याज्यः कुष्ठितः क्रुधितोऽपि वा । एवं पुत्राः शुश्रूषंति पितरं मातरं किल
Pour aucune raison on ne doit abandonner ses parents, même s’ils sont atteints de lèpre ou même s’ils sont courroucés. Ainsi, en vérité, les fils doivent servir avec dévouement leur père et leur mère.
Verse 26
ते यांति परमं लोकं तद्विष्णोः परमं पदम् । एवं हि स्वामिनं ये वै उपाचरंति भृत्यकाः
Ils parviennent au monde suprême, à la demeure suprême de Viṣṇu. Ainsi, en vérité, y parviennent les serviteurs qui servent fidèlement leur maître.
Verse 27
पत्युर्लोकं प्रयांत्येते प्रसादात्स्वामिनस्तदा । अग्निं नैव त्यजेद्विप्रो ब्रह्मलोकं प्रयाति सः
Par la grâce de leur seigneur, elles atteignent alors le monde de leur époux. Mais le brāhmaṇa ne doit jamais abandonner le feu sacré ; il atteint le monde de Brahmā.
Verse 28
अग्नित्यागकरो विप्रो वृषलीपतिरुच्यते । स्वामिद्रोही भवेद्भृत्यः स्वामित्यागान्न संशयः
On dit que le brāhmaṇa qui abandonne le feu sacré devient comme celui qui a pour épouse une femme śūdra ; et le serviteur qui abandonne son maître devient un traître envers son maître, sans aucun doute.
Verse 29
अग्निं च पितरं चैव न त्यजेत्स्वामिनं शुभे । सदा विप्रः सुतो भृत्यः सत्यं सत्यं वदाम्यहम्
Ô bienheureuse, qu’on n’abandonne jamais le feu sacré, ni son père, ni son maître. Le brāhmane, le fils et le serviteur doivent demeurer constants à jamais : c’est la vérité ; oui, je te dis la vérité.
Verse 30
परित्यज्य प्रगच्छंति ते यांति नरकार्णवम् । पतितं व्याधितं देवि विकलं कुष्ठिनं तथा
Ceux qui les délaissent et s’en vont s’acheminent vers l’océan de l’enfer. Cela concerne celui qui abandonne le déchu, le malade, ô Déesse, l’infirme, et de même le lépreux.
Verse 31
सर्वकर्मविहीनं च गतवित्तादिसंचयम् । भर्तारं न त्यजेन्नारी यदि श्रेय इहेच्छति
Même si son époux est privé de toute activité et a perdu sa richesse et ses biens, la femme ne doit pas l’abandonner, si elle désire le vrai bien en cette vie même.
Verse 32
त्यक्त्वा कांतं व्रजेन्नारी अन्यत्कार्यमिहेच्छति । सा मता पुंश्चली लोके सर्वधर्मबहिष्कृता
La femme qui délaisse son bien-aimé et s’en va ailleurs, désirant ici quelque autre affaire, est tenue dans le monde pour volage et se voit exclue de tout honneur selon le dharma.
Verse 33
गते भर्तरि या ग्रामं भोगं शृंगारमेव च । लौल्याच्च कुरुते नारी पुंश्चली वदते जनः
Quand l’époux est absent, la femme qui, par désir changeant, court au village, s’adonne aux jouissances des sens et aux parures, est appelée par les gens une femme dévergondée.
Verse 34
एवं धर्मं विजानामि वेदशास्त्रैश्च संमतम् । दानवा राक्षसाः प्रेता धात्रा सृष्टा यदादितः
Ainsi je comprends le dharma, attesté par les Veda et les śāstra : que les Dānava, les Rākṣasa et les Preta furent créés par le Créateur au commencement.
Verse 35
तत्रेह कारणं सर्वं प्रवक्ष्यामि न संशयः । ब्राह्मणा दानवाश्चैव पिशाचाश्चैव राक्षसाः
Ici, j’exposerai la cause entière, sans aucun doute : concernant les Brāhmaṇa, les Dānava, les Piśāca et aussi les Rākṣasa.
Verse 36
धर्मार्थं सकलं प्रोक्तमधीतं तैस्तु सुंदरि । विंदंति सकलं सर्वे आचरंति न दानवाः
Tout ce qui concerne le dharma leur a été enseigné et ils l’ont étudié, ô belle. Tous le connaissent entièrement ; pourtant les Dānava ne le mettent pas en pratique.
Verse 37
विधिहीनं प्रकुर्वंति दानवा ज्ञानवर्जिताः । अन्यायेन व्रजंत्येते मानवा विधिवर्जिताः
Privés des prescriptions justes, les Dānava agissent sans véritable discernement. De même, ces humains—dépourvus de la bonne règle—s’avancent sur la voie de l’injustice.
Verse 38
तेषां शासनहेत्वर्थं कृता एतेपि नान्यथा । विधिहीनं प्रकुर्वंति ये हि धर्मं नराधमाः
Ceux-ci aussi furent institués uniquement pour les contenir, et pour nulle autre raison : car ces hommes vils qui pratiquent le dharma le font sans égard à la règle et au juste procédé.
Verse 39
तान्वयं शासयामो वै दंडेन महता किल । भवत्या दारुणं कर्म कृतमेव सुनिर्घृणम्
C’est pourquoi, assurément, nous les châtierons d’un grand châtiment ; car par toi a été commis, sans nul doute, un acte cruel, entièrement sans pitié.
Verse 40
गार्हस्थ्यं च परित्यज्य अत्रायाता किमर्थतः । वदस्येवं मुखेनापि अहं हि पतिदेवता
«Pourquoi as-tu renoncé à la vie de foyer et es-tu venue ici ? Comment peux-tu même proférer de telles paroles ? Car je suis celle dont l’époux est la divinité même.»
Verse 41
कर्मणा नास्ति तद्दृष्टं पतिदैवत्यमेव ते । भर्तारं तं परित्यज्य किमर्थं त्वमिहागता
Je ne vois pas que cela soit advenu par le karma ; car pour toi, la seule loi divine véritable est la dévotion à ton époux. Ayant abandonné ce mari, pour quelle raison es-tu venue ici ?
Verse 42
शृंगारं भूषणं वेषं कृत्वा तिष्ठसि निर्घृणा । किमर्थं हि कृतं पापे कस्यहेतोर्वदस्व मे
Parée de faste—ornements et parure—tu te tiens là, sans compassion. Dis-moi, pécheresse : dans quel dessein cet acte a-t-il été accompli, et pour l’amour de qui ?
Verse 43
निःशंका वर्त्तसे चापि प्रमत्ता गिरिकानने । मया त्वं साधिता पापा दंडेन महता शृणु
Tu erres sans crainte, égarée et imprudente dans la forêt des montagnes. Mais à présent je t’ai domptée, ô pécheresse, par un grand châtiment : écoute !
Verse 44
अधर्मचारिणी दुष्टा पतिं त्यक्त्वा समागता । क्वास्ते तत्पतिदेवत्वं दर्शय त्वं ममाग्रतः
Ô femme méchante qui vis dans l'iniquité, ayant abandonné ton époux, tu es venue ici. Où est ta prétendue dévotion envers ton mari comme s'il était un dieu ? Montre-la-moi ici, devant mes yeux.
Verse 45
भवती पुंश्चली नाम यया त्यक्तः स्वकः पतिः । पृथक्छय्या यदा नारी तदा सा पुंश्चली मता
On appelle 'puṃścalī' une femme qui a abandonné son propre mari ; et lorsqu'une femme couche séparément de son époux, elle est aussi considérée comme une puṃścalī.
Verse 46
योजनानां शतैकस्य सोन्तरेण प्रवर्त्तते । क्वास्ति ते पतिदैवत्यं पुंश्चल्याचारचारिणी
Dans l'espace de cent yojanas à peine, tu te comportes ainsi. Où est donc ta dévotion envers ton mari comme ta propre divinité, ô femme qui suis la conduite d'une débauchée ?
Verse 47
निर्लज्जे निर्घृणे दुष्टे किं मे वदसि संमुखी । तपसः क्वास्ति ते भावः क्व तेजोबलमेव च
Ô impudente, sans pitié et méchante, pourquoi me parles-tu face à face ? Où est en toi le véritable esprit d'austérité, et où sont donc ton éclat et ta force ?
Verse 48
दर्शयस्व ममाद्यैव बलवीर्यपराक्रमम् । पद्मावत्युवाच । स्नेहेनापि समानीता श्रूयतामसुराधम
« Montre-moi, ce jour même, ta force, ta valeur et ta prouesse. » Padmāvatī dit : « Bien que j'aie été amenée ici par affection, écoute, ô le plus vil des asuras. »
Verse 49
भर्तुर्गेहादहं पित्रा क्वास्ते तत्र च पातकम् । नैव कामान्न लोभाच्च न मोहान्न च मत्सरात्
«Mon père m’a emmenée hors de la maison de mon époux : où donc serait mon péché en cela ? Ce ne fut ni par désir, ni par avidité, ni par égarement, ni par jalousie.»
Verse 50
इति श्रीपद्मपुराणे भूमिखंडे वेनोपाख्याने सुकलाचरित्रे । पंचाशत्तमोऽध्यायः
Ainsi s’achève le cinquantième chapitre du Bhūmi-khaṇḍa du Śrī Padma Purāṇa, dans le récit de Vena, à savoir l’histoire des actes de Sukalā.
Verse 51
भवंतं माथुरं ज्ञात्वा गताहं सम्मुखं तव । मायाविनं यदा जाने त्वामेवं दानवाधम
Te sachant homme né à Mathurā, je suis venue face à toi. Mais lorsque j’ai compris que tu es un trompeur, ainsi es-tu vraiment le plus vil des Dānavas.
Verse 52
एकेन हुंकृतेनैव भस्मीभूतं करोम्यहम् । गोभिल उवाच । चक्षुर्हीना न पश्यंति मानवाः शृणु सांप्रतम्
«Par une seule profération de “huṃ”, je le réduirai en cendres.» Gobhila dit : «Les hommes privés de la vraie vision ne discernent pas le réel. Écoute maintenant ce que je dis.»
Verse 53
धर्मनेत्रविहीना त्वं कथं जानासि मामिह । यदा ते भाव उत्पन्नः पितुर्गेहं प्रति शृणु
Privé de l’œil du dharma, comment pourrais-tu me reconnaître ici ? Quand en toi naîtra la juste compréhension, alors écoute : tourne ton attention vers la demeure de ton père.
Verse 54
पतिध्यानं परित्यज्य मुक्ता ध्यानेन त्वं तदा । ज्ञाननेत्रं तदा नष्टं स्फुटं च हृदये तव
Délaissant la méditation sur ton époux, tu cherchas alors la délivrance par une autre méditation ; en cet instant, l’œil de la vraie connaissance dans ton cœur fut manifestement perdu.
Verse 55
कथं मां त्वं विजानासि ज्ञानचक्षुर्हता भुवि । कस्या माता पिता भ्राता कस्याः स्वजनबांधवाः
Comment peux-tu me reconnaître, alors que sur cette terre on m’a ôté l’œil de la connaissance ? De qui suis-je la mère, de qui le père, de qui le frère — et à qui appartiennent mes proches et mes parents ?
Verse 56
सर्वस्थाने पतिर्ह्येको भार्यायास्तु न संशयः । इत्युक्त्वा हि प्रहस्यैव गोभिलो दानवाधमः
«En toute circonstance, l’époux seul est le seigneur de l’épouse ; là-dessus, nul doute.» Ayant dit cela, Gobhila — le plus vil des Dānavas — éclata de rire.
Verse 57
न भयं विद्यते तेऽद्य ममापि शृणु पुंश्चलि । किं भवेत्तव शापेन वृथैव परिकंपसे
Il n’y a pour toi aucune crainte aujourd’hui ; écoute-moi aussi, ô femme dévergondée. Que pourrait donc faire ta malédiction ? Tu trembles en vain.
Verse 58
ममगेहं समाश्रित्य भुंक्ष्व भोगान्मनोऽनुगान् । पद्मावत्युवाच । गच्छ पापसमाचार किं त्वं वदसि निर्घृणः
«Prends refuge dans ma demeure et jouis des plaisirs selon ton désir.» Padmāvatī dit : «Va-t’en, toi dont la conduite est pécheresse ; que dis-tu donc, ô sans pitié ?»
Verse 59
सतीभावेन संस्थास्मि पतिव्रतपरायणा । धक्ष्यामि त्वां महापाप यद्येवं तु वदिष्यसि
Je demeure inébranlable dans l’esprit d’une épouse chaste et fidèle, vouée entièrement à son époux. Ô grand pécheur, si tu parles ainsi, je te réduirai en cendres par le feu.
Verse 60
एवमुक्त्वा तथैकांते निषसाद महीतले । दुःखेन महताविष्टां तामुवाच स गोभिलः
Après avoir ainsi parlé, il s’assit à l’écart, en un lieu retiré, sur la terre; et Gobhila s’adressa à elle, accablée d’une immense affliction.
Verse 61
तवोदरे मया न्यस्तं स्ववीर्यं सुकृतं शुभे । तस्मादुत्पत्स्यते पुत्रस्त्रैलोक्यक्षोभकारकः
Ô dame de bon augure, j’ai déposé dans ton sein ma propre semence puissante, acte de mérite; de là naîtra un fils qui ébranlera les trois mondes.
Verse 62
एवमुक्त्वा जगामाथ गोभिलो दानवस्तदा । गते तस्मिन्दुराचारे दानवे पापचारिणी
Après avoir ainsi parlé, Gobhila, le Dānava, s’en alla. Quand ce Dānava au comportement pervers, auteur d’actes impies, fut parti, la femme pécheresse demeura.
Verse 63
दुःखेन महताविष्टा नृपकन्या रुरोद ह
Accablée d’une immense douleur, la fille du roi se mit à pleurer.