
स्वेच्छाविग्रहसंभव-प्रतिष्ठाफलवर्णनम् (विविधशिवमूर्तिप्रतिष्ठा, लोक-फल, शिवसायुज्य)
Sūta poursuit l’exposé shivaïte du Purva-bhāga en passant de la doctrine à la mise en œuvre rituelle: il décrit le phala de la consécration (pratiṣṭhā) des formes auto-manifestées de Śiva, accomplie avec bhakti et selon le vidhi. Dès l’installation de Skanda–Umā-sahita, le texte promet des vimānas célestes, la jouissance dans de multiples lokas et, finalement, la délivrance. Il introduit ensuite une méditation cosmologique où le corps de Śiva devient la matrice des tattvas et des éléments—prakṛti, buddhi, ahaṅkāra, tanmātras, indriyas et pañca-bhūtas—présentant la création comme la līlā de Śiva. Le chapitre enchaîne des prescriptions iconographiques (Nandin-sahita, forme blanche nue portant le kapāla, aspects farouches et protecteurs, Ardhanārīśvara, Lakulīśvara en maître, formes enduites de cendre et portant le crâne) et ancre la pratique dans le mantra, surtout « oṁ namo nīlakaṇṭhāya ». Il culmine avec de grandes formes mythico-rituelles—Jālandharāntaka et Tripurāntaka—et un cosmogramme centré sur le liṅga avec les placements de Brahmā et Viṣṇu, affirmant qu’une installation correcte mène à Śiva-loka et à Śiva-sāyujya, prélude aux observances śaiva et aux instructions rituelles des chapitres suivants.
Verse 1
इति श्रीलिङ्गमहापुराणे पूर्वभागे शिवाद्वैतकथनं नाम पञ्चसप्ततितमो ऽध्यायः सूत उवाच अतः परं प्रवक्ष्यामि स्वेच्छाविग्रहसंभवम् प्रतिष्ठायाः फलं सर्वं सर्वलोकहिताय वै
Ainsi, dans le Śrī Liṅga Mahāpurāṇa, dans le Pūrvabhāga, le soixante-seizième chapitre intitulé « Exposé de la non‑dualité de Śiva ». Sūta dit : « Désormais, j’expliquerai la manifestation de la forme du Seigneur par sa propre libre volonté, ainsi que le fruit entier de la pratiṣṭhā (consécration et installation) — pour le bien de tous les mondes ».
Verse 2
स्कन्दोमासहितं देवम् आसीनं परमासने कृत्वा भक्त्या प्रतिष्ठाप्य सर्वान्कामानवाप्नुयात्
Après avoir façonné le Seigneur assis sur le trône suprême, avec Skanda et Umā, et après avoir installé cette forme par la bhakti (pratiṣṭhā), on obtient tous les buts désirés.
Verse 3
स्कन्दोमासहितं देवं सम्पूज्य विधिना सकृत् यत्फलं लभते मर्त्यस् तद्वदामि यथाश्रुतम्
Après avoir vénéré dûment, selon le rite prescrit, ne fût-ce qu’une seule fois, le Seigneur accompagné de Skanda et d’Umā, quel que soit le fruit qu’un mortel en obtienne, je vais à présent l’énoncer, exactement comme je l’ai entendu.
Verse 4
सूर्यकोटिप्रतिकाशैर् विमानैः सार्वकामिकैः रुद्रकन्यासमाकीर्णैर् गेयनाट्यसमन्वितैः
Il y avait des vimānas célestes, éclatants comme dix millions de soleils, accordant toute jouissance désirée; ils étaient remplis des jeunes filles de Rudra et animés de chant et de danse—splendeur extérieure proclamant le Seigneur (Pati) dispensateur de tout bhoga, tout en demeurant à jamais transcendant, au-delà des liens du pāśa.
Verse 5
शिववत्क्रीडते योगी यावदाभूतसंप्लवम् तत्र भुक्त्वा महाभोगान् विमानैः सार्वकामिकैः
Le Yogin s’ébat là comme Śiva Lui-même, jusqu’au déluge de la dissolution cosmique des êtres. Après avoir goûté aux délices suprêmes, il se déplace dans des vimānas exauçant tous les désirs et accordant tout objet souhaité.
Verse 6
औमं कौमारमैशानं वैष्णवं ब्राह्ममेव च प्राजापत्यं महातेजा जनलोकं महस् तथा
« (Il parla de) la forme d’Oṁ; des formes Kaumāra et Aiśāna; des formes Vaiṣṇava et Brāhma; et aussi de la forme Prājāpatya. Ô toi de grande splendeur, (il parla encore de) Janaloka et aussi de Maharloka. »
Verse 7
ऐन्द्रम् आसाद्य चैन्द्रत्वं कृत्वा वर्षायुतं पुनः भुक्त्वा चैव भुवर्लोके भोगान् दिव्यान् सुशोभनान्
Ayant atteint le royaume d’Indra et obtenu la souveraineté d’Indra, il en jouit de nouveau durant dix mille ans; puis, dans le Bhuvar-loka également, il participe à des jouissances divines, lumineuses et splendides.
Verse 8
मेरुमासाद्य देवानां भवनेषु प्रमोदते एकपादं चतुर्बाहुं त्रिनेत्रं शूलसंयुतम्
Parvenu au mont Meru, Il se réjouit dans les demeures divines des dieux—manifesté comme le Seigneur à un seul pied, aux quatre bras, aux trois yeux, portant le trident. Dans cette vision, le Pati (Śiva), libre et souverain, révèle sa forme saisissante; devant Lui, les paśu (âmes liées) se souviennent de leur dépendance et se tournent vers la délivrance.
Verse 9
सृष्ट्वा स्थितं हरिं वामे दक्षिणे चतुराननम् अष्टाविंशतिरुद्राणां कोटिः सर्वाङ्गसुप्रभम्
Après avoir fait naître l’ordre cosmique, Il plaça Hari (Viṣṇu) à sa gauche et Brahmā aux quatre visages à sa droite; puis apparut un koṭi de Rudra—vingt-huit modes de manifestation—rayonnant dans chacun de leurs membres.
Verse 10
पञ्चविंशतिकं साक्षात् पुरुषं हृदयात्तथा प्रकृतिं वामतश्चैव बुद्धिं वै बुद्धिदेशतः
Qu’il contemple directement le Puruṣa, vingt-cinquième principe, établi dans le cœur; qu’il contemple aussi Prakṛti sur le côté gauche, et Buddhi en son propre siège—la région de l’intelligence.
Verse 11
अहङ्कारमहङ्कारात् तन्मात्राणि तु तत्र वै इन्द्रियाणीन्द्रियादेव लीलया परमेश्वरम्
De l’ahaṅkāra (principe de l’ego) naît encore l’ahaṅkāra; de là naissent les tanmātras (éléments subtils). Des tanmātras naissent les indriyas (organes de perception et d’action). Ainsi, par sa seule līlā, le Seigneur suprême (Parameśvara)—le Pati au-delà de tous les tattvas—manifeste tout l’appareil de l’expérience pour le paśu (âme liée).
Verse 12
पृथिवीं पादमूलात्तु गुह्यदेशाज्जलं तथा नाभिदेशात् तथा वह्निं हृदयाद्भास्करं तथा
Depuis la plante des pieds, qu’on place et contemple le principe de la terre; depuis la région secrète, le principe de l’eau; depuis la région du nombril, le principe du feu; et depuis le cœur, l’éclat solaire—ordonnant ainsi les puissances élémentaires dans le corps pour l’adoration de Śiva.
Verse 13
कण्ठात्सोमं तथात्मानं भ्रूमध्यान्मस्तकाद्दिवम् सृष्टैवं संस्थितं साक्षाज् जगत्सर्वं चराचरम्
De sa gorge, Il fit jaillir Soma; et de même le Soi intérieur (ātman). De l’espace entre les sourcils et du sommet de la tête, Il projeta le domaine céleste. Ainsi—créé et établi de cette manière—l’univers tout entier, le mobile et l’immobile, se manifeste directement comme l’expression même de Lui.
Verse 14
सर्वज्ञं सर्वगं देवं कृत्वा विद्याविधानतः प्रतिष्ठाप्य यथान्यायं शिवसायुज्यमाप्नुयात्
Ayant façonné le Deva—Śiva—omniscient et omniprésent, puis L’ayant installé selon les prescriptions mantriques et la règle rituelle juste, l’adorateur obtient le sāyujya avec Śiva (union en Son état).
Verse 15
त्रिपादं सप्तहस्तं च चतुःशृङ्गं द्विशीर्षकम् कृत्वा यज्ञेशमीशानं विष्णुलोके महीयते
Ayant façonné (ou contemplé) Īśāna—Seigneur du sacrifice—comme doté de trois pieds, sept mains, quatre cornes et deux têtes, on est honoré dans le monde de Viṣṇu. Selon l’intelligence śaiva, ce fruit naît de la méditation sur Pati (Śiva) comme souverain intérieur de tous les rites védiques, les transcendant tout en les pénétrant.
Verse 16
तत्र भुक्त्वा महाभोगान् कल्पलक्षं सुखी नरः क्रमादागत्य लोके ऽस्मिन् सर्वयज्ञान्तगो भवेत्
Là, après avoir goûté aux délices suprêmes durant cent mille kalpas, cet homme—heureux et comblé—revient en temps voulu en ce monde et devient celui dont tous les sacrifices trouvent leur accomplissement ultime dans le Seigneur suprême (Pati), Śiva.
Verse 17
वृषारूढं तु यः कुर्यात् सोमं सोमार्धभूषणम् हयमेधायुतं कृत्वा यत्पुण्यं तद् अवाप्य सः
Quiconque façonne (ou établit pour le culte) Soma comme le Seigneur monté sur le Taureau, paré du croissant de lune comme demi-ornement, obtient le même mérite que celui acquis par dix mille sacrifices Aśvamedha.
Verse 18
काञ्चनेन विमानेन किङ्किणीजालमालिना गत्वा शिवपुरं दिव्यं तत्रैव स विमुच्यते
Monté sur un char céleste d’or, orné de filets de clochettes tintantes, il se rend à la cité resplendissante de Śiva ; et là même il est délivré : sa nature de paśu (pāśu) est affranchie des liens (pāśa) par la grâce de Pati, le Seigneur Śiva.
Verse 19
नन्दिना सहितं देवं साम्बं सर्वगणैर्वृतम् कृत्वा यत्फलमाप्नोति वक्ष्ये तद्वै यथाश्रुतम्
Je dirai, exactement selon ce qui a été entendu dans la tradition, le fruit que l’on obtient en adorant ce Deva : Śiva Sāmba, uni à la Śakti, accompagné de Nandin et entouré de tous les Gaṇas.
Verse 20
सूर्यमण्डलसंकाशैर् विमानैर् वृषसंयुतैः अप्सरोगणसंकीर्णैर् देवदानवदुर्लभैः
Avec des vimānas éclatants comme l’orbe solaire — attelés de taureaux (vṛṣa) — remplis de troupes d’apsarās, si rares que même devas et dānavas les obtiennent à peine, ils apparurent dans la splendeur.
Verse 21
नृत्यद्भिर् अप्सरःसंघैः सर्वतः सर्वशोभितैः गत्वा शिवपुरं दिव्यं गाणपत्यमवाप्नुयात्
Paré de toutes parts par des troupes d’apsarās dansantes en pleine splendeur, on se rend à la cité divine de Śiva et l’on obtient l’état de Gaṇa, membre de Son cortège.
Verse 22
नृत्यन्तं देवदेवेशं शैलजासहितं प्रभुम् सहस्रबाहुं सर्वज्ञं चतुर्बाहुम् अथापि वा
Ils contemplèrent le Seigneur suprême — le Dieu des dieux — dansant, avec Śailajā (Pārvatī) à Ses côtés : le Souverain omniscient, apparaissant aux mille bras, ou encore sous une forme à quatre bras.
Verse 23
भृग्वाद्यैर्भूतसंघैश् च संवृतं परमेश्वरम् शैलजासहितं साक्षाद् वृषभध्वजमीश्वरम्
Ils virent Parameśvara en personne—entouré des cohortes d’êtres conduites par Bhṛgu, accompagné de Śailajā (Pārvatī) ; le Seigneur dont l’étendard porte le Taureau—Śiva, le Pati souverain, révélé au grand jour.
Verse 24
ब्रह्मेन्द्रविष्णुसोमाद्यैः सदा सर्वैर्नमस्कृतम् मातृभिर् मुनिभिश्चैव संवृतं परमेश्वरम्
Parameśvara, toujours honoré par les prosternations de tous—Brahmā, Indra, Viṣṇu, Soma et les autres dieux—se tenait entouré des Mères (Mātṛkās) et des sages : le Pati suprême, Maître de tous les paśus (âmes liées).
Verse 25
कृत्वा भक्त्या प्रतिष्ठाप्य यत्फलं तद्वदाम्यहम् सर्वयज्ञतपोदानतीर्थदेवेषु यत् फलम्
Après avoir établi (le Śiva-liṅga) avec bhakti, je dirai le fruit qui en procède : le même mérite que l’on obtient par tous les sacrifices, austérités, dons, pèlerinages aux tīrthas et adorations des dieux.
Verse 26
तत्फलं कोटिगुणितं लब्ध्वा याति शिवं पदम् तत्र भुक्त्वा महाभोगान् यावद् आभूतसंप्लवम्
Ayant obtenu ce mérite multiplié par un crore, le dévot atteint la demeure suprême de Śiva. Là, il jouit de vastes excellences divines jusqu’à la dissolution cosmique de tous les êtres ; puis, délivré du pāśa (lien), il repose en Pati, le Seigneur Śiva.
Verse 27
सृष्ट्यन्तरे पुनः प्राप्ते मानवं पदमाप्नुयात् नग्नं चतुर्भुजं श्वेतं त्रिनेत्रं सर्पमेखलम्
Quand revient un autre cycle de création, l’âme encore liée atteint l’état humain ; alors elle contemple le Seigneur—nu, à quatre bras, d’une blancheur rayonnante, aux trois yeux, ceint de serpents—le Pati qui desserre le pāśa et mène le paśu vers la délivrance.
Verse 28
कपालहस्तं देवेशं कृष्णकुञ्चितमूर्धजम् कृत्वा भक्त्या प्रतिष्ठाप्य शिवसायुज्यमाप्नुयात्
Ayant façonné (ou contemplé) le Seigneur des dieux—Śiva—tenant un crâne en sa main, aux boucles sombres et ondoyantes, puis l’ayant établi avec bhakti, on obtient le sāyujya avec Śiva (union intime avec le Pati suprême).
Verse 29
इभेन्द्रदारकं देवं सांबं सिद्धार्थदं प्रभुम् सुधूम्रवर्णं रक्ताक्षं त्रिनेत्रं चन्द्रभूषणम्
J’adore ce Dieu—Sambashiva, Seigneur souverain—qui dompte l’éléphant royal (l’ego), accorde l’accomplissement des buts, resplendit d’une teinte de fumée, a les yeux rouges, trois yeux, et la lune pour ornement. En tant que Pati, il tranche le pāśa (lien) et donne au paśu son véritable puruṣārtha.
Verse 30
काकपक्षधरं मूर्ध्ना नागटङ्कधरं हरम् सिंहाजिनोत्तरीयं च मृगचर्मांबरं प्रभुम्
Qu’on contemple Hara, le Seigneur, portant sur la tête la mèche en « aile de corbeau », orné du serpent comme parure; revêtu d’une peau de lion en manteau et d’une peau de daim en vêtement—lui, le Pati souverain qui délivre le paśu du pāśa.
Verse 31
तीक्ष्णदंष्ट्रं गदाहस्तं कपालोद्यतपाणिनम् हुंफट्कारे महाशब्दशब्दिताखिलदिङ्मुखम्
Aux crocs acérés, tenant une massue en sa main et levant un crâne dans sa paume—en proférant le cri farouche «huṃ phaṭ», il fit retentir toutes les directions d’un fracas immense.
Verse 32
पुण्डरीकाजिनं दोर्भ्यां बिभ्रन्तं कम्बुकं तथा हसन्तं च नदन्तं च पिबन्तं कृष्णसागरम्
De ses deux bras, il portait un vêtement de fibres de lotus blanc; il tenait aussi une conque. Il riait et rugissait, et buvait l’océan sombre—révélant la līlā du Pati qui dissout le pāśa des paśu.
Verse 33
नृत्यन्तं भूतसंघैश् च गणसंघैस् त्वलंकृतम् कृत्वा भक्त्या प्रतिष्ठाप्य यथाविभवविस्तरम्
Après avoir façonné (l’icône/la forme de liṅga) parée des cohortes de bhūtas et des compagnies de gaṇas dansant en service, qu’on l’établisse, avec bhakti, lors de la consécration, selon ses moyens et avec l’ampleur rituelle convenable, afin que l’acte devienne une offrande digne à Pati, Śiva.
Verse 34
सर्वविघ्नान् अतिक्रम्य शिवलोके महीयते तत्र भुक्त्वा महाभोगान् यावदाभूतसंप्लवम्
Ayant franchi tous les obstacles, le dévot est honoré dans le monde de Śiva. Là, jouissant de délices divins sublimes, il demeure jusqu’à la dissolution cosmique des êtres.
Verse 35
ज्ञानं विचारतो लब्ध्वा रुद्रेभ्यस्तत्र मुच्यते अर्धनारीश्वरं देवं चतुर्भुजमनुत्तमम्
Ayant obtenu la vraie connaissance par l’examen discriminant, l’âme liée est délivrée là des forces de Rudra ; puis elle réalise le Seigneur sans égal — Ardhanārīśvara, le Deva suprême aux quatre bras, Śiva uni à Śakti.
Verse 36
वरदाभयहस्तं च शूलपद्मधरं प्रभुम् स्त्रीपुंभावेन संस्थानं सर्वाभरणभूषितम्
Qu’on contemple le Seigneur Suprême : mains accordant les dons et l’absence de crainte, portant le trident et le lotus ; établi dans une forme à la fois féminine et masculine, paré de tous les ornements, révélant l’unité inséparable de Śiva et Śakti, le Pati qui délivre le paśu du pāśa.
Verse 37
कृत्वा भक्त्या प्रतिष्ठाप्य शिवलोके महीयते तत्र भुक्त्वा महाभोगान् अणिमादिगुणैर्युतः
Ayant installé (le Śiva-liṅga) avec bhakti, on est honoré dans le monde de Śiva. Là, après avoir goûté aux plus grandes jouissances divines, on se trouve doté de pouvoirs commençant par aṇimā et des autres siddhis.
Verse 38
आचन्द्रतारकं ज्ञानं ततो लब्ध्वा विमुच्यते यः कुर्याद्देवदेवेशं सर्वज्ञं लकुलीश्वरम्
La connaissance qui demeure tant que subsistent la lune et les étoiles s’obtient de Lui; l’ayant reçue, on est délivré. Quiconque vénère Lakulīśvara—Seigneur des seigneurs des dieux, l’Omniscient, Pati—est affranchi du pāśa (lien).
Verse 39
वृतं शिष्यप्रशिष्यैश् च व्याख्यानोद्यतपाणिनम् कृत्वा भक्त्या प्रतिष्ठाप्य शिवलोकं स गच्छति
Entouré de disciples et de disciples de disciples, les mains levées pour exposer l’enseignement, celui qui établit (un tel ācārya) avec bhakti et l’honneur requis atteint le monde de Śiva.
Verse 40
भुक्त्वा तु विपुलांस्तत्र भोगान् युगशतं नरः ज्ञानयोगं समासाद्य तत्रैव च विमुच्यते
Après y avoir goûté d’abondantes jouissances durant cent yuga, l’homme atteint le Yoga de la connaissance libératrice; et dans cet état même il est délivré : le pāśa est tranché par la grâce de Pati (Śiva).
Verse 41
पूर्वदेवामराणां च यत्स्थानं सकलेप्सितम् कृतमुद्रस्य देवस्य चिताभस्मानुलेपिनः
Cette demeure suprêmement désirée—recherchée même par les Devas d’autrefois—est la station de ce Seigneur qui porte la mudrā sacrée et s’oint de la cendre du bûcher funéraire. Il est Pati, le Souverain au-delà de tous les mondes, accordant la délivrance au paśu lié par le signe du renoncement (bhasma).
Verse 42
त्रिपुण्ड्रधारिणस्तेषां शिरोमालाधरस्य च ब्रह्मणः केशकेनैकम् उपवीतं च बिभ्रतः
Parmi eux se trouvent ceux qui portent le Tripuṇḍra; et il y a aussi le brahmane qui porte une guirlande sur la tête et ne revêt qu’un seul upavīta fait d’une mèche de cheveux, ainsi marqué par l’observance śaiva.
Verse 43
बिभ्रतो वामहस्तेन कपालं ब्रह्मणो वरम् विष्णोः कलेवरं चैव बिभ्रतः परमेष्ठिनः
De sa main gauche, il porta l’excellent crâne de Brahmā ; et le Seigneur Suprême (Parameṣṭhin) porta aussi le corps même de Viṣṇu, manifestant ainsi sa souveraineté absolue sur les dieux.
Verse 44
कृत्वा भक्त्या प्रतिष्ठाप्य मुच्यते भवसागरात् ओंनमो नीलकण्ठाय इति पुण्याक्षराष्टकम्
Ayant établi (le Liṅga) avec dévotion, on est délivré de l’océan du devenir. « Oṃ, hommage à Nīlakaṇṭha » : telle est la formule sacrée de huit syllabes.
Verse 45
मन्त्रमाह सकृद्वा यः पातकैः स विमुच्यते मन्त्रेणानेन गन्धाद्यैर् भक्त्या वित्तानुसारतः
Quiconque prononce ce mantra ne fût-ce qu’une seule fois est délivré des fautes. Par ce même mantra, avec bhakti, qu’on adore le Seigneur/le Śiva-liṅga avec parfums et autres offrandes, selon ses moyens.
Verse 46
सम्पूज्य देवदेवेशं शिवलोके महीयते जालन्धरान्तकं देवं सुदर्शनधरं प्रभुम्
Après avoir dûment adoré le Seigneur des dieux, on est honoré dans le royaume même de Śiva—pour avoir vénéré le Dieu qui terrasse Jalandhara, le Maître suprême qui porte l’auspicieux Sudarśana.
Verse 47
कृत्वा भक्त्या प्रतिष्ठाप्य द्विधाभूतं जलंधरम् प्रयाति शिवसायुज्यं नात्र कार्या विचारणा
Ayant accompli avec dévotion la consécration—l’acte qui fendit Jalandhara en deux—on atteint le Śiva-sāyujya, l’union à Śiva. Là-dessus, nul besoin de doute ni de réflexion supplémentaire.
Verse 48
सुदर्शनप्रदं देवं साक्षात्पूर्वोक्तलक्षणम् अर्चमानेन देवेन चार्चितं नेत्रपूजया
Ce Deva—qui accorde le sudarśana, la vision de bon augure, et qui se manifeste avec les signes décrits plus haut—fut adoré par la divinité qui officiait, au moyen du rite nommé Netra-pūjā, consécration et vénération des yeux divins.
Verse 49
कृत्वा भक्त्या प्रतिष्ठाप्य शिवलोके महीयते तिष्ठतो ऽथ निकुम्भस्य पृष्ठतश्चरणांबुजम्
Ayant accompli l’installation avec bhakti, il est honoré dans le monde de Śiva. Puis, se tenant derrière Nikumbha, il trouve refuge aux pieds de lotus du Seigneur, appui même de la délivrance des liens (pāśa).
Verse 50
वामेतरं सुविन्यस्य वामे चालिङ्ग्य चाद्रिजाम् शूलाग्रे कूर्परं स्थाप्य किङ्किणीकृतपन्नगम्
Plaçant correctement son bras droit et, de son bras gauche, enlaçant Girijā (Pārvatī), il posa le coude sur la pointe du trident, faisant tinter le serpent porté en ornement comme une petite clochette. Ainsi le Pati manifesta sa souveraineté sans effort, tandis que la Śakti demeurait inséparable à ses côtés.
Verse 51
सम्प्रेक्ष्य चान्धकं पार्श्वे कृताञ्जलिपुटं स्थितम् रूपं कृत्वा यथान्यायं शिवसायुज्यमाप्नुयात्
Voyant Andhaka se tenir à ses côtés, les paumes jointes en humble supplication, le Seigneur prit la forme convenable selon la règle sacrée; et ainsi Andhaka obtint le sāyujya, l’union à Śiva, par la grâce du Pati, au-delà des liens (pāśa).
Verse 52
यः कुर्याद्देवदेवेशं त्रिपुरान्तकमीश्वरम् धनुर्बाणसमायुक्तं सोमं सोमार्धभूषणम्
Quiconque façonne ou contemple le Devadeveśa, Seigneur des seigneurs, l’Īśvara suprême—Tripurāntaka, destructeur des trois cités—armé de l’arc et des flèches, rayonnant tel Soma et paré du croissant de lune comme ornement, obtient le fruit de la bhakti envers Śiva.
Verse 53
रथे सुसंस्थितं देवं चतुराननसारथिम् तदाकारतया सो ऽपि गत्वा शिवपुरं सुखी
Voyant le Seigneur divin solidement assis sur le char, avec Brahmā aux quatre visages pour cocher, il prit lui aussi cette même forme; puis, gagnant la cité céleste de Śiva, il devint bienheureux—délivré des liens qui entravent le paśu lorsqu’il s’approche de Pati.
Verse 54
क्रीडते नात्र संदेहो द्वितीय इव शङ्करः तत्र भुक्त्वा महाभोगान् यावद् इच्छा द्विजोत्तमाः
Nul doute : là, Śaṅkara se divertit comme s’il était un second Śiva manifesté. Là, il goûte aux grandes délices aussi longtemps qu’il le veut, ô meilleur des deux-fois-nés.
Verse 55
ज्ञानं विचारितं लब्ध्वा तत्रैव स विमुच्यते
Ayant obtenu la connaissance affinée par la juste investigation, l’âme liée est délivrée sur-le-champ—dans cette réalisation même—par la grâce du Seigneur (Pati).
Verse 56
गङ्गाधरं सुखासीनं चन्द्रशेखरमेव च
Méditez sur Śiva—Gangādhara, qui porte la Gaṅgā sacrée, assis dans une paisible béatitude; et sur Chandrashekhara, qui porte la lune sur sa couronne.
Verse 57
गङ्गया सहितं चैव वामोत्सङ्गे ऽंबिकान्वितम् विनायकं तथा स्कन्दं ज्येष्ठं दुर्गां सुशोभनाम्
Et il vit (le Seigneur) accompagné de Gaṅgā; avec Ambikā assise sur son giron gauche—ainsi que Vināyaka et Skanda, et encore Jyeṣṭhā et la resplendissante Durgā. Telle est la vision de Śiva en tant que Pati, dont la maisonnée de śaktis et de serviteurs manifeste sa souveraineté qui soutient les mondes.
Verse 58
भास्करं च तथा सोमं ब्रह्माणीं च महेश्वरीम् कौमारीं वैष्णवीं देवीं वाराहीं वरदां तथा
Qu’il invoque aussi Bhāskara (le Soleil) et Soma (la Lune), ainsi que les Mères divines—Brahmāṇī et Maheśvarī, Kaumārī, la déesse Vaiṣṇavī et Vārāhī—avec Varadā, celle qui accorde les grâces.
Verse 59
इन्द्राणीं चैव चामुण्डां वीरभद्रसमन्विताम् विघ्नेशेन च यो धीमान् शिवसायुज्यमाप्नुयात्
Le dévot avisé qui contemple avec révérence Indrāṇī et Cāmuṇḍā—avec Vīrabhadra et Vighneśa—obtient le sāyujya, l’union totale avec le Seigneur Śiva.
Verse 60
लिङ्गमूर्तिं महाज्वालामालासंवृतम् अव्ययम् लिङ्गस्य मध्ये वै कृत्वा चन्द्रशेखरमीश्वरम्
Médite la forme du Liṅga comme impérissable, entourée d’une vaste guirlande de flammes; et, au cœur même de ce Liṅga, contemple Īśvara en Candraśekhara—le Seigneur qui porte la lune—Pati, le souverain suprême qui délivre le paśu (l’âme liée) du pāśa (l’entrave).
Verse 61
व्योम्नि कुर्यात् तथा लिङ्गं ब्रह्माणं हंसरूपिणम् विष्णुं वराहरूपेण लिङ्गस्याधस्त्वधोमुखम्
Qu’il visualise le Liṅga dans l’espace ouvert (de la conscience) : Brahmā au-dessus comme principe en forme de cygne, et Viṣṇu au-dessous comme principe en forme de sanglier—sous le Liṅga, tourné vers le bas. Ainsi le chercheur contemple l’ordre cosmique centré sur le Liṅga comme Pati (Śiva), avec les fonctions de création et de préservation ordonnées autour de lui.
Verse 62
ब्रह्माणं दक्षिणे तस्य कृताञ्जलिपुटं स्थितम् मध्ये लिङ्गं महाघोरं महाम्भसि च संस्थितम्
Sur son flanc méridional se tenait Brahmā, debout, les paumes jointes en salut respectueux; au centre était établi le Mahāghora Liṅga, posé dans cette immense étendue d’eaux—Pati (Śiva) apparaissant comme le signe saisissant par lequel les paśu (âmes liées) se détournent du pāśa pour se tourner vers l’adoration.
Verse 63
कृत्वा भक्त्या प्रतिष्ठाप्य शिवसायुज्यमाप्नुयात् क्षेत्रसंरक्षकं देवं तथा पाशुपतं प्रभुम्
Après avoir accompli le rite et L’avoir consacré avec bhakti, on obtient le sāyujya, l’union à Śiva, en établissant le Dieu gardien du kṣetra (domaine sacré), le Seigneur suprême en tant que Pāśupata, Pati de tous les paśu.
Verse 64
कृत्वा भक्त्या यथान्यायं शिवलोके महीयते
Ayant accompli le culte avec bhakti, selon la règle juste et le rite prescrit, on est honoré et élevé dans le monde de Śiva (Śivaloka).
That faithful, rule-based consecration (pratiṣṭhā) of Shiva in specific forms—supported by pūjā and mantra—yields graded loka-phala and culminates in Shiva-sāyujya (mokṣa).
It presents a tattva-and-element emanation mapped onto Shiva’s body: from Shiva arise prakṛti, buddhi, ahaṅkāra, tanmātras and indriyas, and the elements (pṛthivī, jala, vahni, etc.), framing the cosmos as Shiva’s līlā.
“Oṁ namo nīlakaṇṭhāya” is praised as a meritorious eight-syllable formula; reciting it even once is said to free one from sins, and worship with it leads to honor in Shiva-loka.
Lakulīśvara appears as a teaching form of Shiva surrounded by disciples, linking iconography with jñāna-yoga and the Pāśupata-oriented ideal of liberation through instruction and practice.
They function as mythic-ritual archetypes: installing these victorious forms symbolizes the destruction of inner obstacles and demonic forces, promising Shiva-loka enjoyment and eventual liberation.