
मदनदाहः — पार्वतीतपः, स्वयंवरलीला, देवस्तम्भनं, दिव्यचक्षुर्दानम्
Sūta raconte que le tapas de Pārvatī réjouit Śiva. Brahmā vient à son ermitage et la prie de cesser des austérités qui embrasent le monde, affirmant que Śiva lui-même la choisira. Śiva arrive alors déguisé sous la forme d’un dvija, console Pārvatī et promet de paraître à son svayaṃvara sous un aspect doux. Himālaya proclame le svayaṃvara ; devas, ṛṣis, gandharvas, yakṣas, nāgas et principes cosmiques s’assemblent. Pārvatī, assise et parée, voit Śiva devenir un enfant et se coucher sur ses genoux, ce qui suscite le doute puis l’attaque des devas. Indra, Agni, Yama, Varuṇa, Vāyu, Soma, Kubera, Īśāna, les Rudra, Āditya, Vasu, et même Viṣṇu armé du cakra sont « stambhita » (figés) par le simple jeu de Śiva ; Pūṣan perd ses dents sous son regard. Brahmā reconnaît la vérité, loue Śiva comme source de buddhi et d’ahaṅkāra, origine de Brahmā-Viṣṇu et de Prakṛti/Devī, et implore la grâce pour les devas abusés. Śiva les délivre, manifeste une forme divine merveilleuse, accorde le divya-cakṣus afin qu’ils puissent le contempler, et reçoit l’adoration par fleurs, tambours, hymnes et la guirlande de Pārvatī, conduisant le récit vers l’union sanctifiée et la réaffirmation de la suprématie de Śiva sur tous les ordres cosmiques.
Verse 1
इति श्रीलिङ्गमहापुराणे पूर्वभागे मदनदाहो नामैकाधिकशततमो ऽध्यायः सूत उवाच तपसा च महादेव्याः पार्वत्या वृषभध्वज प्रीतिश् च भगवाञ्छर्वो वचनाद्ब्रह्मणस्तदा
Ainsi, dans le vénérable Liṅga Mahāpurāṇa, dans le Pūrvabhāga, commence le cent-deuxième chapitre, nommé «La combustion de Madana (Kāma)». Sūta dit : «Ô Vṛṣabhadhvaja (au drapeau du Taureau), par l’austérité de Mahādevī Pārvatī, puis à la demande de Brahmā, le Bienheureux Seigneur Śarva (Śiva) fut satisfait».
Verse 2
हिताय चाश्रमाणां च क्रीडार्थं भगवान्भवः तदा हैमवतीं देवीम् उपयेमे यथाविधि
Pour le bien des āśramas et aussi pour le jeu divin, le Bienheureux Bhava (Śiva) prit alors, selon le rite prescrit, la Déesse Haimavatī (Pārvatī) pour épouse.
Verse 3
जगाम स स्वयं ब्रह्मा मरीच्याद्यैर्महर्षिभिः तपोवनं महादेव्याः पार्वत्याः पद्मसंभवः
Alors Brahmā lui-même—le Né du Lotus—se mit en route avec les grands ṛṣi, à commencer par Marīci, et se rendit à la forêt sacrée des austérités de Mahādevī Pārvatī.
Verse 4
प्रदक्षिणीकृत्य च तां देवीं स जगतो ऽरणीम् किम् अर्थं तपसा लोकान् संतापयसि शैलजे
Après avoir accompli la circumambulation autour de cette Déesse—l’araṇī, le bâton d’embrasement de l’univers—il dit : « Ô fille de la montagne, dans quel but brûles-tu les mondes par ton austérité ? »
Verse 5
त्वया सृष्टं जगत्सर्वं मातस्त्वं मा विनाशय त्वं हि संधारयेल्लोकान् इमान् सर्वान् स्वतेजसा
C’est par toi que tout l’univers a été engendré, ô Mère ; ne me détruis pas. Car c’est toi, en vérité, qui soutiens tous ces mondes par ton propre tejas, ta splendeur innée.
Verse 6
सर्वदेवेश्वरः श्रीमान् सर्वलोकपतिर्भवः यस्य वै देवदेवस्य वयं किङ्करवादिनः
Le glorieux Bhava—Seigneur de tous les dieux et souverain de tous les mondes—devant ce Dieu des dieux, nous ne sommes que des serviteurs, ne parlant qu’en tant que ses assistants.
Verse 7
स एवं परमेशानः स्वयं च वरयिष्यति वरदे येन सृष्टासि न विना यस्त्वयांबिके
Ce Parameśāna lui-même—le Seigneur suprême, souverain par lui-même—choisira et accordera de sa propre main le don, ô toi la plus haute dispensatrice de grâces. Car c’est par Lui que tu fus manifestée ; et sans toi, ô Ambikā, Il n’agit pas.
Verse 8
वर्तते नात्र संदेहस् तव भर्त्ता भविष्यति इत्युक्त्वा तां नमस्कृत्य मुहुः सम्प्रेक्ष्य पार्वतीम्
«Il n’y a nul doute en ceci : ton époux adviendra assurément.» Ayant ainsi parlé, il se prosterna devant elle et, maintes fois, posa sur Pārvatī un regard plein de vénération.
Verse 9
गते पितामहे देवो भगवान् परमेश्वरः जगामानुग्रहं कर्तुं द्विजरूपेण चाश्रमम्
Lorsque Pitāmaha (Brahmā) se fut retiré, le Bienheureux Parameśvara—le Seigneur Suprême—se rendit à l’ermitage sous l’apparence d’un brāhmaṇa, désireux d’accorder sa grâce.
Verse 10
सा च दृष्ट्वा महादेवं द्विजरूपेण संस्थितम् प्रतिभाद्यैः प्रभुं ज्ञात्वा ननाम वृषभध्वजम्
Et elle, voyant Mahādeva demeurer sous l’apparence d’un dvija (brāhmaṇa), reconnut le Seigneur par les signes de l’intuition intérieure et se prosterna devant Vṛṣabhadhvaja, Śiva dont l’étendard porte le taureau.
Verse 11
सम्पूज्य वरदं देवं ब्राह्मणच्छद्मनागतम् तुष्टाव परमेशानं पार्वती परमेश्वरम्
Après avoir honoré comme il se doit le Deva dispensateur de dons, venu sous le voile d’un brāhmaṇa, Pārvatī chanta la louange de Parameśāna—Parameśvara, le Seigneur Suprême, qui délie les liens du pāśa retenant le paśu (l’âme).
Verse 12
अनुगृह्य तदा देवीम् उवाच प्रहसन्निव कुलधर्माश्रयं रक्षन् भूधरस्य महात्मनः
Alors, ayant accordé sa grâce à la Déesse, il parla d’un ton doux, comme avec un léger sourire, maintenant le refuge du devoir de lignée (kula-dharma) et protégeant le magnanime Seigneur de la Montagne.
Verse 13
क्रीडार्थं च सतां मध्ये सर्वदेवपतिर्भवः स्वयंवरे महादेवी तव दिव्यसुशोभने
Pour le jeu divin, au milieu des êtres nobles, Bhava—Seigneur de tous les dieux—se manifesta dans ton svayaṃvara, ô Mahādevī, dans une beauté céleste éclatante.
Verse 14
आस्थाय रूपं यत्सौम्यं समेष्ये ऽहं सह त्वया इत्युक्त्वा तां समालोक्य देवो दिव्येन चक्षुषा
Revêtant une forme douce et de bon augure, le Deva dit : «Je m’unirai à toi.» Ayant ainsi parlé, il la contempla de son regard divin.
Verse 15
जगामेष्टं तदा दिव्यं स्वपुरं प्रययौ च सा दृष्ट्वा हृष्टस्तदा देवीं मेनया तुहिनाचलः
Alors elle se rendit à la demeure divine qu’elle désirait—elle retourna dans sa propre cité. Voyant la Déesse, le seigneur de la Montagne des Neiges (Himālaya), avec Menā, fut transporté de joie.
Verse 16
आलिङ्ग्याघ्राय सम्पूज्य पुत्रीं साक्षात्तपस्विनीम् दुहितुर्देवदेवेन न जानन्नभिमन्त्रितम्
L’enlaçant, respirant le parfum de sa tête et lui rendant un hommage complet—sa propre fille, ascète manifestée—il ne sut pas qu’elle avait été consacrée et bénie par le Seigneur des seigneurs, car le Deva-deva le lui avait voilé.
Verse 17
स्वयंवरं तदा देव्याः सर्वलोकेष्वघोषयत् अथ ब्रह्मा च भगवान् विष्णुः साक्षाज्जनार्दनः
Alors le svayaṃvara de la Déesse fut proclamé dans tous les mondes. Sur quoi Brahmā et Bhagavān Viṣṇu—Janārdana lui-même en personne—vinrent aussi.
Verse 18
शक्रश् च भगवान् वह्निर् भास्करो भग एव च त्वष्टार्यमा विवस्वांश् च यमो वरुण एव च
Et Śakra (Indra), le vénérable Vahni (Agni), Bhāskara (le Soleil) et Bhaga; de même Tvaṣṭṛ, Aryaman, Vivasvān, Yama et Varuṇa — tous sont à comprendre comme établis dans l’Ordonnance du Seigneur, agissant comme Ses puissances cosmiques dans la gouvernance ordonnée de la création.
Verse 19
वायुः सोमस्तथेशानो रुद्राश् च मुनयस् तथा अश्विनौ द्वादशादित्या गन्धर्वा गरुडस् तथा
Vāyu, Soma et Īśāna; les Rudras et les sages; les deux Aśvins, les douze Ādityas, les Gandharvas et Garuḍa aussi — tous sont comptés parmi les cohortes divines établies dans l’ordre cosmique sous le Seigneur (Pati).
Verse 20
यक्षाः सिद्धास्तथा साध्या दैत्याः किंपुरुषोरगाः समुद्राश् च नदा वेदा मन्त्राः स्तोत्रादयः क्षणाः
Yakṣas, Siddhas et Sādhyas; Daityas, Kiṃpuruṣas et êtres serpents; les océans et les fleuves; les Vedas; les mantras et les hymnes — et même les instants fugitifs du temps — tout est contenu en et dépend du Seigneur Suprême, Pati, qui transcende tout en pénétrant l’entière manifestation de la création.
Verse 21
नागाश् च पर्वताः सर्वे यज्ञाः सूर्यादयो ग्रहाः त्रयस्त्रिंशच्च देवानां त्रयश् च त्रिशतं तथा
Les Nāgas, toutes les montagnes, les rites sacrificiels (Yajñas) et les planètes à commencer par le Soleil—avec les dieux « trois fois onze » et de même les trois cent trois (cohortes divines)—sont tous inclus dans cette énumération sacrée. Ainsi, l’ordre cosmique tout entier est rassemblé comme relevant du domaine gouverné par Pati, le Seigneur Śiva, qui seul transcende et soutient toutes ces catégories.
Verse 22
त्रयश् च त्रिसहस्रं च तथान्ये बहवः सुरा जग्मुर् गिरीन्द्रपुत्र्यास्तु स्वयंवरमनुत्तमम्
Trois et trois mille, et bien d’autres devas encore, se rendirent au svayaṃvara incomparable de la fille de Girirāja—événement qui annonce l’union suprême de Śiva et Śakti, axe de la délivrance, où Pati mène le paśu au-delà du pāśa.
Verse 23
अथ शैलसुता देवी हैममारुह्य शोभनम् विमानं सर्वतोभद्रं सर्वरत्नैर् अलंकृतम्
Alors la Déesse, née de la Montagne (Śailasutā), monta un splendide vimāna d’or, faste et propice de toutes parts, orné de toutes sortes de joyaux.
Verse 24
अप्सरोभिः प्रनृत्ताभिः सर्वाभरणभूषितैः गन्धर्वसिद्धैर्विविधैः किन्नरैश् च सुशोभनैः
Entourée d’Apsaras dansant avec allégresse, resplendissantes de tous les ornements, et encore embellie par maints Gandharvas et Siddhas, avec de gracieux Kinnaras, l’assemblée divine rayonna dans la célébration du Seigneur (Pati).
Verse 25
बन्दिभिः स्तूयमाना च स्थिता शैलसुता तदा सितातपत्रं रत्नांशुमिश्रितं चावहत्तथा
Alors Śailasutā (Pārvatī), demeurant là tandis que les bardes la louaient, fut aussi éventée et abritée par un parasol royal blanc, étincelant de l’éclat des gemmes.
Verse 26
मालिनी गिरिपुत्र्यास्तु संध्या पूर्णेन्दुमण्डलम् चामरासक्तहस्ताभिर् दिव्यस्त्रीभिश् च संवृता
Pour Giriputrī (Pārvatī), Mālinī se tenait comme sa saṃdhyā sacrée, rayonnante tel le cercle de la pleine lune; et la Déesse était entourée de femmes célestes, les mains occupées à l’éventer de chāmaras.
Verse 27
मालां गृह्य जया तस्थौ सुरद्रुमसमुद्भवाम् विजया व्यजनं गृह्य स्थिता देव्याः समीपगा
Saisissant une guirlande née du suradruma, l’arbre céleste exauçant les vœux, Jaya se tint prête; et Vijaya, tenant un éventail, demeura tout près au service de la Déesse—manifestant l’ordonnance du service qui honore Śiva-Śakti.
Verse 28
मालां प्रगृह्य देव्यां तु स्थितायां देवसंसदि शिशुर्भूत्वा महादेवः क्रीडार्थं वृषभध्वजः
Dans l’assemblée des dieux, tandis que la Déesse se tenait présente, Mahādeva—lui dont l’étendard porte le taureau—prit une guirlande et, devenu comme un enfant, se livra à la līlā divine pour le seul jeu sacré.
Verse 29
उत्सङ्गतलसंसुप्तो बभूव भगवान्भवः अथ दृष्ट्वा शिशुं देवास् तस्या उत्संगवर्त्तिनम्
Le Seigneur Bhava (Śiva) dormit profondément sur ses genoux. Alors les Devas, voyant l’enfant reposant dans son étreinte, furent saisis d’émerveillement—reconnaissant le Pati caché : par sa propre māyā il apparaît comme un nourrisson, tout en demeurant le Seigneur suprême qui délie les pāśa retenant les paśu.
Verse 30
को ऽयम् अत्रेति संमन्त्र्य चुक्षुभुश् च समागताः वज्रमाहारयत्तस्य बाहुम् उद्यम्य वृत्रहा
Se concertant entre eux—«Qui est donc ici ?»—ils se rassemblèrent, troublés. Alors Vṛtrahā (Indra), levant le bras, abattit sur lui le vajra, la foudre.
Verse 31
स बाहुरुद्यमस्तस्य तथैव समुपस्थितः स्तम्भितः शिशुरूपेण देवदेवेन लीलया
Comme il levait le bras et s’avançait, il fut aussitôt arrêté—figé dans cette posture même—par le Dieu des dieux, qui, par līlā, apparaissait sous la forme d’un enfant.
Verse 32
वज्रं क्षेप्तुं न शशाक बाहुं चालयितुं तथा वह्निः शक्तिं तथा क्षेप्तुं न शशाक तथा स्थितः
Indra ne put lancer le vajra, ni même remuer son bras ; de même Agni, demeurant ainsi, ne put projeter sa śakti semblable à une lance. Devant le Pati suprême, les armes des dieux devinrent sans effet.
Verse 33
यमो ऽपि दण्डं खड्गं च निरृतिर्मुनिपुङ्गवाः वरुणो नागपाशं च ध्वजयष्टिं समीरणः
Ô le plus éminent des sages : Yama porte le bâton du châtiment et l’épée ; à Nirṛti aussi son arme est assignée ; Varuṇa tient le lacet-serpent ; et Samīraṇa (Vāyu) porte la hampe de l’étendard — ainsi les insignes divins sont ordonnés selon la loi cosmique de Śiva.
Verse 34
सोमो गदां धनेशश् च दण्डं दण्डभृतां वरः ईशानश् च तथा शूलं तीव्रमुद्यम्य संस्थितः
Soma se tint debout, la masse en main ; Dhanesha (Kubera), le premier parmi ceux qui portent le bâton de l’autorité, leva son sceptre ; et Īśāna, brandissant un trident farouche, prit position — prêt pour l’engagement divin. Dans l’entendement śaiva, ces armes signifient la maîtrise du Seigneur sur le pāśa (lien) et la protection du paśu (l’âme liée) sous la souveraineté de Pati, Śiva.
Verse 35
रुद्राश् च शूलमादित्या मुशलं वसवस् तथा मुद्गरं स्तम्भिताः सर्वे देवेनाशु दिवौकसः
Les Rudras levèrent leurs tridents ; les Ādityas prirent des gourdins ; et les Vasus, de même, brandirent des maillets — mais tous ces habitants du ciel furent aussitôt arrêtés et figés par ce Deva (le Seigneur suprême), révélant qu’il est Pati, le seul qui dompte toute puissance.
Verse 36
स्तम्भिता देवदेवेन तथान्ये च दिवौकसः शिरः प्रकम्पयन् विष्णुश् चक्रम् उद्यम्य संस्थितः
Immobilisés par le Dieu des dieux, les autres célestes furent eux aussi maintenus. Alors Viṣṇu—secouant la tête d’étonnement—se tint prêt, levant son disque.
Verse 37
तस्यापि शिरसो बालः स्थिरत्वं प्रचकार ह चक्रं क्षेप्तुं न शशाक बाहूंश्चालयितुं न च
Même les cheveux de sa tête le rendirent raide et immobile. Il ne put lancer le disque, ni même remuer les bras.
Verse 38
पूषा दन्तान् दशन् दन्तैर् बालमैक्षत मोहितः तस्यापि दशनाः पेतुर् दृष्टमात्रस्य शंभुना
Pūṣan, égaré, serra les dents et fixa l’enfant; mais dès que Śambhu ne fit que poser Son regard, les dents mêmes de Pūṣan tombèrent. Ainsi le Pati (Seigneur) est-il invincible : le lien (pāśa) s’effondre par Sa seule volonté.
Verse 39
बलं तेजश् च योगं च तथैवास्तम्भयद् विभुः अथ तेषु स्थितेष्वेव मन्युमत्सु सुरेष्वपि
Alors le Seigneur qui pénètre tout (Pati), Maître suprême, immobilisa leur force, leur éclat et même leur puissance yogique. Et lorsque ces dieux—bien que présents—demeurèrent ainsi contenus, même remplis de colère, ils ne purent rien accomplir.
Verse 40
ब्रह्मा परमसंविग्नो ध्यानमास्थाय शङ्करम् बुबुधे देवमीशानम् उमोत्संगे तमास्थितम्
Brahmā, saisi d’un profond effroi, se mit en méditation sur Śaṅkara. Par cette absorption contemplative, il reconnut le Seigneur—Īśāna—demeurant là, assis sur les genoux d’Umā.
Verse 41
स बुद्ध्वा देवमीशानं शीघ्रम् उत्थाय विस्मितः ववन्दे चरणौ शंभोर् अस्तुवच्च पितामहः
Ayant reconnu que la Divinité était Īśāna, il se leva aussitôt, saisi d’émerveillement, se prosterna aux pieds de Śambhu, puis Pitāmaha (Brahmā) chanta des hymnes de louange.
Verse 42
बुद्धिस्त्वं सर्वलोकानाम् अहङ्कारस् त्वम् ईश्वरः भूतानामिन्द्रियाणां च त्वमेवेश प्रवर्त्तकः
Tu es la buddhi (l’intelligence illuminante) de tous les mondes ; Tu es l’ahaṅkāra lui-même, ô Seigneur. Et pour tous les êtres et leurs sens, ô Īśa, Toi seul es l’impulseur, l’initiateur : le Pati intérieur qui met en mouvement toutes leurs fonctions.
Verse 43
तवाहं दक्षिणाद्धस्तात् सृष्टः पूर्वं पुरातनः वामहस्तान् महाबाहो देवो नारायणः प्रभुः
De ta main droite je fus d’abord engendré, dès l’origine très ancienne ; et de ta main gauche, ô toi aux bras puissants, se manifesta le Seigneur Nārāyaṇa, le Deva souverain.
Verse 44
इयं च प्रकृतिर्देवी सदा ते सृष्टिकारण पत्नीरूपं समास्थाय जगत्कारणमागता
Cette Déesse Prakṛti elle-même est à jamais ta cause inséparable de la création ; prenant la forme de ton épouse, elle est venue comme fondement causal de l’univers.
Verse 45
नमस्तुभ्यं महादेव महादेव्यै नमोनमः प्रसादात्तव देवेश नियोगाच्च मया प्रजाः
Hommage à Toi, ô Mahādeva ; hommage, encore et encore, à la Grande Déesse. Ô Seigneur des Devas, c’est par ta grâce — et par ton ordre divin — que j’ai fait naître ces êtres, cette descendance.
Verse 46
देवाद्यास्तु इमाः सृष्टा मूढास्त्वद्योगमोहिताः कुरु प्रसादमेतेषां यथापूर्वं भवन्त्विमे
Ces êtres — à commencer par les Devas — ont été créés, mais ils se sont trouvés égarés par l’illusion née de ta puissance de Yoga. Accorde-leur ta grâce, ô Pati, afin qu’ils reviennent à leur état d’autrefois, comme auparavant.
Verse 47
सूत उवाच विज्ञाप्यैवं तदा ब्रह्मा देवदेवं महेश्वरम् संस्तम्भितांस्तदा तेन भगवान् आह पद्मजः
Sūta dit : Ayant ainsi présenté sa requête à Mahēśvara, le Dieu des dieux, Brahmā — né du lotus — parla alors, car ils avaient été immobilisés, retenus par Lui.
Verse 48
मूढास्थ देवताः सर्वा नैव बुध्यत शङ्करम् देवदेवम् इहायान्तं सर्वदेवनमस्कृतम्
Tous les dieux, demeurant dans l’illusion, ne reconnurent pas Śaṅkara—Devadeva—venu en ce lieu, Celui devant qui toutes les divinités se prosternent.
Verse 49
गच्छध्वं शरणं शीघ्रं देवाः शक्रपुरोगमाः सनारायणकाः सर्वे मुनिभिः शङ्करं प्रभुम्
« Allez vite chercher refuge auprès du Seigneur Śaṅkara, le Souverain, ô Devas conduits par Śakra. Allez tous ensemble, avec Nārāyaṇa parmi vous et avec les sages, vers le Seigneur auspicieux qui est Pati, le protecteur suprême au-delà de tout lien. »
Verse 50
सार्धं मयैव देवेशं परमात्मानमीश्वरम् अनया हैमवत्या च प्रकृत्या सह सत्तमम्
Avec moi, et avec cette Prakṛti Haimavatī (la Śakti née de la Montagne), adorez le Seigneur des dieux—Īśvara, le Soi suprême—le plus élevé parmi les élevés.
Verse 51
तत्र ते स्तम्भितास्तेन तथैव सुरसत्तमाः प्रणेमुर् मनसा सर्वे सनारायणकाः प्रभुम्
Là, retenus par cette puissance, les plus éminents des dieux demeurèrent tels qu’ils étaient ; et tous—avec Nārāyaṇa—s’inclinèrent en leur esprit devant le Seigneur suprême (Pati).
Verse 52
अथ तेषां प्रसन्नो भूद् देवदेवस्त्रियंबकः यथापूर्वं चकाराशु वचनाद्ब्रह्मणः प्रभुः
Alors Triyambaka, le Dieu des dieux, leur devint favorable ; et ce Seigneur souverain, sur la parole de Brahmā, rétablit aussitôt toute chose comme auparavant.
Verse 53
तत एवं प्रसन्ने तु सर्वदेवनिवारणम् वपुश्चकार देवेशो दिव्यं परममद्भुतम्
Alors, lorsque la situation fut ainsi apaisée, le Seigneur des Devas revêtit une forme divine, suprêmement merveilleuse : un corps qui contenait et maîtrisait tous les dieux, révélant le Pati, le Maître qui gouverne même les puissances célestes.
Verse 54
तेजसा तस्य देवास्ते सेन्द्रचन्द्रदिवाकराः सब्रह्मकाः ससाध्याश् च सनारायणकास् तथा
Accablés par Son éclat, ces mêmes dieux—avec Indra, la Lune et le Soleil—ainsi que Brahmā, les Sādhyas et aussi Nārāyaṇa, furent placés sous l’emprise de cette splendeur.
Verse 55
सयमाश् च सरुद्राश् च चक्षुरप्रार्थयन् विभुम् तेभ्यश् च परमं चक्षुः सर्वदृष्टौ च शक्तिमत्
Alors les Sāyamas et les Rudras implorèrent le Seigneur omniprésent d’obtenir la vision ; et Il leur accorda l’Œil suprême, puissant dans la vue universelle, afin que tout pût être contemplé.
Verse 56
ददावंबापतिः शर्वो भवान्याश् च चलस्य च लब्ध्वा चक्षुस्तदा देवा इन्द्रविष्णुपुरोगमाः
Alors Śarva—Śiva, Seigneur d’Umā—accorda la vision divine ; et les Devas, conduits par Indra et Viṣṇu, ayant obtenu la vue, contemplèrent Bhavānī et le Seigneur, immuable au sein du monde mouvant.
Verse 57
सब्रह्मकः सशक्राश् च तमपश्यन्महेश्वरम् ब्रह्माद्या नेमिरे तूर्णं भवानी च गिरीश्वरः
Avec Brahmā et Śakra (Indra), ils virent Maheśvara. Brahmā et les autres dieux s’inclinèrent aussitôt ; et Bhavānī ainsi que Girīśvara se prosternèrent également, avec une rapide révérence.
Verse 58
मुनयश् च महादेवं गणेशाः शिवसंमताः ससर्जुः पुष्पवृष्टिं च खेचराः सिद्धचारणाः
Les munis, ainsi que les troupes de Śiva agréées par Mahādeva, et les Siddhas et Cāraṇas qui vont dans les airs, firent pleuvoir une pluie de fleurs en l’honneur du Grand Seigneur.
Verse 59
देवदुन्दुभयो नेदुस् तुष्टुवुर्मुनयः प्रभुम् जगुर्गन्धर्वमुख्याश् च ननृतुश्चाप्सरोगणाः
Les tambours célestes retentirent; les munis louèrent le Seigneur. Les Gandharvas les plus éminents chantèrent, et les troupes d’Apsaras dansèrent—célébrant le Pati, Śiva suprême, qui desserre les liens (pāśa) des paśus.
Verse 60
मुमुहुर्गणपाः सर्वे मुमोदांबा च पार्वती तस्य देवी तदा हृष्टा समक्षं त्रिदिवौकसाम्
Tous les chefs des gaṇas de Śiva se réjouirent, et Ambā Pārvatī fut elle aussi comblée de délice. La Déesse, rayonnante de joie, se tint ainsi sous les yeux mêmes des habitants du Tridiva—révélant l’harmonie auspicieuse de Śiva et Śakti qui, par la grâce du Pati, dénoue le pāśa du paśu.
Verse 61
पादयोः स्थापयामास मालां दिव्यां सुगन्धिनीम् साधु साध्विति सम्प्रोच्य तया तत्रैव चार्चितम्
Elle déposa aux pieds du Seigneur une guirlande divine et parfumée. S’écriant : « Bien, bien ! », elle l’adora sur-le-champ—honorant le Pati (Śiva) par le service révérencieux à ses pieds, porte par laquelle le paśu dénoue le pāśa.
Verse 62
सह देव्या नमश्चक्रुः शिरोभिर् भूतलाश्रितैः सर्वे सब्रह्मका देवाः सयक्षोरगराक्षसाः
Avec la Déesse, tous s’inclinèrent avec révérence, la tête posée au sol—tous les Devas avec Brahmā, ainsi que les Yakṣas, Nāgas et Rākṣasas.
The episode teaches that deva-power (aiśvarya) cannot override Śiva’s īśitva (supreme lordship). Their immobilization symbolizes ego-driven misrecognition; only when Brahmā realizes and praises Śiva does grace restore their powers.
Divya-cakṣu represents purified perception enabling true darśana of Parameśvara. It indicates that Śiva is not fully knowable by ordinary senses or status; right vision arises through grace (anugraha) and humility.
By foregrounding tapas, self-mastery, and Śiva’s transcendence over impulse and pride. The ‘burning’ motif extends beyond desire to the burning away of delusion (moha) in devas, preparing the ground for sacred union governed by dharma and Śiva-tattva.