
Śrī Kāmākṣī–Mahātripurasundarī: Immanence of Śakti and Cosmic Administration (Lalitopākhyāna)
L’Adhyāya 40 du Lalitopākhyāna prend la forme d’un dialogue entre Hayagrīva et Agastya. Agastya interroge Mahātripurasundarī, connue comme Śrī Kāmākṣī : comment la Déesse, tout en demeurant sur le plan terrestre (bhūmaṇḍala), exerce-t-elle la souveraineté suprême ? Hayagrīva répond en affirmant son immanence : bien qu’« ici », elle réside dans le cœur de tous les êtres et distribue les fruits avec précision selon le karma. Le chapitre passe ensuite à un registre cosmologique et administratif : Tripurā et les autres śakti sont ses manifestations ; elle est identifiée à Mahālakṣmī, qui engendra jadis les « trois œufs » (aṇḍa-traya), signe d’une cosmologie à plusieurs niveaux. De ces sources naissent des principes en paires (Ambikā–Puruṣottama), et la Déesse ordonne les appariements fonctionnels—Indirā avec Mukunda, Pārvatī avec Parameśāna, Sarasvatī avec Pitāmaha—puis confie à Brahmā la création, à Vāsudeva la protection et à Trilocana (Śiva) la dissolution. Un récit exemplaire suit : Pārvatī couvre en jouant les yeux de Maheśa ; puisque le soleil et la lune sont liés à ses yeux, les mondes sombrent dans l’obscurité, les rites védiques s’interrompent, et Rudra prescrit une tapas expiatoire à Kāśī. Ainsi, le chapitre expose une cosmologie de la lumière, de l’ordre rituel et de la responsabilité divine dans le maintien du dharma.
Verse 1
इति श्रीब्रह्माण्डे महापुराणे उत्तरभागे हयग्रीवागस्त्यसंवादे ललितोपाख्याने एकोनचत्वारिंशो ऽध्यायः अगस्त्य उवाच श्रीकामकोष्ठपीठस्था महात्रिपुरसुन्दरी / कङ्कं विलासमकरोत्कामाक्षीत्यभिविश्रुता
Ainsi, dans le Śrī Brahmāṇḍa Mahāpurāṇa, partie Uttara, dans le dialogue d’Hayagrīva et d’Agastya, au Lalitopākhyāna, le trente-neuvième chapitre. Agastya dit : La Mahātripurasundarī, établie sur le pīṭha de Śrī Kāmakoṣṭha, renommée sous le nom de Kāmākṣī, accomplit une lila gracieuse avec l’oiseau kanka.
Verse 2
श्रीकामाक्षीति सा देवी महात्रिपुरसुंदरी / भूमण्डलस्थिता देवी किं करोति महेश्वरी / एतस्याश्चरितं दिव्यं वद मे वदतां वर
Cette Déesse, la Mahātripurasundarī, est appelée Śrī Kāmākṣī. La Maheśvarī qui demeure sur le disque de la terre, que fait-elle donc ? Dis-moi son récit divin et merveilleux, ô le meilleur des diseurs.
Verse 3
हयग्रीव उवाच अत्र स्थितापि सर्वेषां हृदयस्था घटोद्भव / तत्तत्कर्मानुरूपं सा प्रदत्ते देहिनां फलम्
Hayagrīva dit : Ô Ghaṭodbhava (Agastya), bien qu’Elle demeure ici, Elle réside dans le cœur de tous. Selon les actes de chacun, Elle accorde aux êtres incarnés le fruit qui convient.
Verse 4
यत्किञ्चिद्वर्तते लोके सर्वमस्या विचेष्टितम् / किञ्चिच्चिन्तयते कश्चित्स्वच्छन्दं विदधात्यसौ
Tout ce qui advient dans le monde n’est que le jeu de sa lila. Si quelqu’un ne pense qu’à peine à quelque chose, Elle-même, selon son libre vouloir, en ordonne l’accomplissement.
Verse 5
तस्या एवावतारास्तु त्रिपुराद्याश्च शक्तयः / इयमेव महालक्ष्मीः ससर्जाण्डत्रयं पुरा
Ses propres incarnations sont les Śakti telles que Tripurā et les autres. Elle-même est Mahālakṣmī, qui jadis engendra le triple aṇḍa, les trois « œufs » de l’univers.
Verse 6
परत्रयाणामावासं शक्तीनां तिसृणामपि / एकस्मादण्डतो जातावंबिकापुरुषोत्तमौ
Demeure de la triade divine et aussi séjour des trois Śakti : d’un seul aṇḍa naquirent ensemble Ambikā et Puruṣottama.
Verse 7
श्रीविरिञ्चौ ततो ऽन्यस्मादन्य स्माच्च गिराशिवौ / इन्दिरां योजयामास मुकुन्देन महेश्वरी / पार्वत्या परमेशानं सरस्वत्या पितामहम्
Puis, d’un autre aṇḍa naquit le vénérable Viriñca (Brahmā), et d’un autre encore surgirent Girā (Sarasvatī) et Śiva. Mahēśvarī unit Indirā (Lakṣmī) à Mukunda (Viṣṇu) ; par Pārvatī elle unit Parameśāna (Śiva), et par Sarasvatī elle unit Pitāmaha (Brahmā).
Verse 8
ब्रह्माणं सर्व लोकानां सृष्टिकार्ये न्ययुङ्क्त सा / वासुदेवं परित्राणे संहारे च त्रिलोचनम्
Elle assigna à Brahmā l’œuvre de la création de tous les mondes ; à Vāsudeva la protection ; et à Trilocana (Śiva) la dissolution (saṃhāra).
Verse 9
ते सर्वे ऽपि महालक्ष्मीं ध्यायन्तः शर्मदां सदा / ब्रह्मलोके च वैकुण्ठे कैलासे च वसंत्यमी
Tous, méditant sans cesse Mahālakṣmī, dispensatrice de paix, demeurent en Brahmaloka, en Vaikuṇṭha et au Kailāsa.
Verse 10
कदाचित्पार्वती देवी कैलासशिखरे शुभे / विहरन्ती महेशस्य पिधानं नेत्रयोर्व्यधात्
Un jour, la déesse Pārvatī, sur le sommet auspiceux du Kailāsa, s’ébattant auprès de Mahēśvara, posa un voile sur les deux yeux du Seigneur.
Verse 11
चन्द्रसूर्यौं यतस्तस्य नेत्रात्तस्माज्जगत्त्रयम् / अन्धकारावृतमभूदतेजस्कं समन्ततः
Car de ses yeux procèdent la lune et le soleil ; ainsi, lorsqu’ils furent couverts, les trois mondes furent enveloppés d’obscurité, privés d’éclat de toutes parts.
Verse 12
ततश्च सकला लोका स्त्यक्तदेवपितृक्तियाः / इति कर्त्तव्यतामूढा न प्रजानन्त किञ्चन
Alors, dans tous les mondes, les hommages aux dieux et aux ancêtres furent délaissés ; égarés quant au devoir, nul ne savait plus que faire.
Verse 13
तद्दृष्ट्वा भगवान्रुद्रः पार्वतीमिदमब्रवीत् / त्वया पापं कृतं देवि मम नेत्रपिधानतः
Voyant cela, le Bienheureux Rudra dit à Pārvatī : «Ô Devī, tu as commis une faute en voilant mes yeux.»
Verse 14
ऋषयस्त्यक्ततपसो हतसन्ध्याश्च वैदिकाः / सर्वं च वैदिकं कर्म त्वया नाशितमंबिके
«Ô Ambikā, les ṛṣi ont délaissé leur austérité ; les fidèles du Veda ont perdu le rite du sandhyā ; et toute œuvre védique, tu l’as anéantie.»
Verse 15
तस्मात्पापस्य शान्त्यर्थं तपः कुरु सुदुष्करम् / गत्वा काशीं व्रतं तत्र किञ्चित्कालं समाचर
Ainsi, pour apaiser le péché, accomplis une austérité très difficile. Va à Kāśī et observe là un vœu sacré pendant quelque temps.
Verse 16
पश्चात्काञ्चीपुरं गत्वा कामाक्षीं तत्र द्रक्ष्यसि / आराधयैतां नित्यां त्वं सर्वपापहरीं शिवाम्
Ensuite, rends-toi à Kāñcīpura ; là tu verras Kāmākṣī. Vénère-la chaque jour : Śivā l’auspicieuse, qui enlève tous les péchés.
Verse 17
तुलसीमग्रतः कृत्त्वा कम्पाकूले तपः कुरु / इत्यादिश्य महादेवस्तत्रैवान्तरधीयत
Place la tulasī devant toi et accomplis l’austérité sur la rive de la Kampā. Après cet ordre, Mahādeva disparut sur-le-champ.
Verse 18
तथा कृतवतीशानी भर्तुराज्ञानुवर्तिनी / चिरेण तपसा क्लिष्टामनन्यहृदयां शिवाम्
Ainsi agit Īśānī, fidèle à l’ordre de son époux. Longtemps éprouvée par l’austérité, elle demeura d’un cœur sans partage, vouée à Śiva.
Verse 19
अग्रतः कृतसांनिध्या कामाक्षी वाक्यमब्रवीत् / वत्से तपोभिरत्युग्रैरलं प्रीतास्मि सुव्रते
Kāmākṣī, se tenant devant elle, déclara : «Mon enfant, ces austérités si terribles suffisent ; ô toi au vœu excellent, je suis pleinement satisfaite de toi».
Verse 20
उन्मील्य नयने पश्चात्पार्वती स्वपुरः स्थिताम् / बालार्कायुतसंकाशां सर्वाभरणभूषिताम्
Lorsqu’elle rouvrit les yeux, Pārvatī la vit devant elle, debout; elle rayonnait comme des milliers de soleils naissants, parée de tous les ornements.
Verse 21
किरीटहारकेयूरकटकाद्यैरलङ्कृताम् / पाशाङ्कुशेक्षुकोदण्डपञ्चबाणलसत्कराम्
Elle était parée de couronne, de collier, de bracelets de bras, de bracelets et d’autres ornements; ses mains rayonnaient, tenant le lasso (pāśa), l’aiguillon (aṅkuśa), l’arc de canne à sucre et cinq flèches.
Verse 22
किरीटमुकुटोल्लासिचन्द्ररेखाविभूषणाम् / विधातृहरिरुद्रेशसदाशिवपदप्रदाम्
Sur sa couronne et son diadème resplendissait l’ornement du croissant de lune; c’est Elle qui accorde la dignité à Vidhātṛ (Brahmā), Hari (Viṣṇu), Rudra et Sadāśiva.
Verse 23
सगुणं ब्रह्मतामाहुरनुत्तरपदाभिधाम् / प्रपञ्चद्वयनिर्माणकारिणीं तां परांबिकाम्
On la dit Brahman doté d’attributs, portant le nom du Rang suprême et sans égal; cette Mère suprême (Parāmbikā) est celle qui façonne la double manifestation du monde.
Verse 24
तां दृष्ट्वाथ महाराज्ञीं महा नन्दपरिप्लुता / पुलकाचितसर्वाङ्गी हर्षेणोत्फुल्ललोचना
En voyant cette Grande Reine, elle fut submergée d’une joie immense; tout son corps se hérissa et ses yeux s’épanouirent de bonheur.
Verse 25
चण्डिकामङ्गलाद्यैश्च सहसा स्वसखीजनैः / प्रणिपत्य च साष्टाङ्गं कृत्वा चैव प्रदक्षिणाम्
Aussitôt, avec ses compagnes et avec Caṇḍikā, Maṅgalā et les autres, elle se prosterna selon l’hommage des huit membres et accomplit la pradakṣiṇā, tournant autour en vénération.
Verse 26
बद्धाञ्जलिपुटा भूयः प्रणता स्वैक्यरूपिणी / तामाह कृपया वीक्ष्य महात्रिपुरसुंदरी
Les mains jointes en añjali, elle se prosterna de nouveau, elle qui ne faisait qu’un avec Elle; Mahātripurasundarī la regarda avec compassion et lui adressa la parole.
Verse 27
बाहुभ्यां संपरिष्वज्य सस्नेहमिदमब्रवीत् / वत्से लभस्व भर्तारं रुद्रं स्वमनसेप्सितम्
L’enlaçant de ses deux bras, Elle dit avec tendresse : «Ma fille, reçois pour époux Rudra, celui que ton cœur désire».
Verse 28
लोके त्वमपि रक्षार्थं ममाज्ञाम नुवर्तय / अहं त्वमिति को भेदस्त्वमेवाहं न संशयः
Dans le monde, pour la sauvegarde, toi aussi suis Mon ordre. Quelle différence entre «Moi» et «toi» ? Toi, tu es Moi, sans aucun doute.
Verse 29
किं पापं तव कल्याणि त्वं हि पापनिकृन्तनी / आमनन्ति हि योगीन्द्रास्त्वामेव ब्रह्मरूपिणीम्
Ô toi la Bienheureuse, quel péché pourrait être tien ? Tu es celle qui tranche le péché. Les souverains des yogis enseignent que toi-même es de la nature de Brahman.
Verse 30
लीलामात्रमिदं वत्से परलोकविडंबनम् / इत्यूचिषीं महाराज्ञीमबिकां सर्वमङ्गला / भक्त्या प्रणम्य पश्यन्ती परां प्रीतिमुपाययौ
«Ma fille, ceci n’est qu’un līlā, une feinte qui ressemble à l’au-delà.» Ainsi Sarvamaṅgalā Abikā parla à la grande reine. Se prosternant avec bhakti et contemplant, elle atteignit une joie suprême.
Verse 31
स्तुवत्यामेव पार्वत्यां तदानीमेव सापरा / प्रविष्टा हृदयं तस्याः प्रहृष्टाया महामुने
Ô grand muni, tandis que Pārvatī chantait des louanges, à l’instant même cette Présence suprême entra dans son cœur, alors qu’elle exultait de joie.
Verse 32
अथ विस्मयमापन्ना चिन्तयन्ती मुहुर्मुहुः / स्वप्नः किमेष दृष्टो वा मया किमथ वा भ्रमः
Puis, saisie d’étonnement, elle se demandait sans cesse : «Est-ce un rêve ? L’ai-je vraiment vu ? Ou bien n’est-ce qu’une illusion ?»
Verse 33
इत्थं विमृश्य परितः प्रेरयामास लोचने / जयां च विजयां पश्चात्सख्यावालोक्य सस्मिते / प्रसन्नवदना सा तु प्रणते वदति स्म सा
Après avoir ainsi réfléchi, elle promena ses yeux tout autour. Puis, souriante, elle regarda ses amies Jayā et Vijayā. Le visage apaisé et rayonnant, elle parla à celles qui s’inclinaient avec respect.
Verse 34
एतावन्तमलं कालं कुत्र याते युवां प्रिये / मया दृष्टां तु कामाक्षीं युवां चेत्किमपश्यतम्
«Mes chères, où êtes-vous allées si longtemps ? Moi, j’ai vu Kāmākṣī ; comment se fait-il que vous deux ne l’ayez pas vue ?»
Verse 35
सख्यौ तु तद्वचः श्रुत्वा प्रहर्षोत्फुल्ललोचने / पुष्पाणि पूजनार्हाणि निधायाग्रे समूचतुः
Ayant entendu ces paroles, les deux amis, les yeux épanouis de joie, déposèrent devant eux des fleurs dignes d’offrande et parlèrent d’une seule voix.
Verse 36
सत्यमेवाधुना दृष्टा ह्यावाभ्यामपि सा परा / न स्वप्नो न भ्रमो वापि साक्षात्ते हृदयं गता / इत्युक्त्वा पार्श्वयोस्तस्या निषण्णे विनयानते
«En vérité, à l’instant même, cette Suprême a été vue par nous deux; ce n’est ni un rêve ni une illusion: elle est entrée directement dans ton cœur.» Ayant ainsi parlé, ils s’assirent de part et d’autre d’elle, inclinés avec modestie et révérence.
Verse 37
एकाम्रमूले भगवान्भवानीविरहार्तिमान् / गौरीसंप्राप्तये दध्यौ कामाक्षीं नियतेन्द्रियः
Au pied d’un manguier, le Bienheureux Śiva, meurtri par la séparation d’avec Bhavānī, médita sur Kāmākṣī, les sens maîtrisés, afin de retrouver Gaurī.
Verse 38
तत्रापि कृतसांनिध्या श्रीविद्यादेवता परा / अचष्ट कृपया तुष्टा ध्यायन्तं निश्चलं शिवम्
Là même, la suprême Divinité de la Śrīvidyā, ayant établi sa présence, parla avec compassion et satisfaction à Śiva, qui méditait sans bouger.
Verse 39
अलं ध्यानेन कन्दर्पदर्पघ्न त्वं ममाज्ञया / अङ्गीकुरुष्व कन्दर्पं भूयो मच्छासने स्थितम्
«Assez de méditation, ô toi qui abats l’orgueil de Kandarpa. Par mon ordre, accueille de nouveau Kandarpa, désormais encore soumis à mon commandement.»
Verse 40
एकाम्रसंज्ञे मत्पीठे त्विहैव निवसन्सदा / त्वमेवागत्य मत्प्रीत्यै संनिधौ मम सुव्रत / गौरीमनुगृहाण त्वं कंपानीरनिवासिनीम्
Sur mon pīṭha nommé Ekāmra, demeure ici à jamais. Ô toi au vœu pur, viens toi-même pour ma joie, en ma présence; et accorde ta grâce à Gaurī, qui réside près des eaux de Kampā.
Verse 41
तापद्वयं जहीह्याशु योगजं तद्वियोगजम् / इत्युक्त्वान्तर्दधे तस्य हृदये परमा रमा
«Dissipe au plus vite la double brûlure de la peine : celle née du yoga et celle née de la séparation.» Ayant parlé ainsi, la suprême Rāmā se fondit et disparut dans son cœur.
Verse 42
शिवो व्युत्थाय सहसा धीरः संहृष्टमानसः / तस्या अनुग्रहं लब्ध्वा सर्वदेवनिषेवितः
Śiva se releva aussitôt, ferme et le cœur transporté de joie. Ayant obtenu sa grâce, il est Celui que servent tous les dieux.
Verse 43
हृदिध्यायंश्च तामेव महात्रिपुरसुन्दरीम् / यद्विलासात्समुत्पन्नं लयं याति च यत्र वै
Et la méditant au cœur, elle seule, la Mahātripurasundarī, de dont le jeu divin tout naît, et en qui, certes, tout retourne à la dissolution.
Verse 44
जगच्चराचरं चैतत्प्रपञ्चद्वितयात्मकम् / भूषयन्तीं शिवां कम्पामनुकंपार्द्रमानसाम्
Kampā, la Śivā au cœur attendri de compassion, ornait cet univers, le mobile et l’immobile, ce déploiement à double nature.
Verse 45
अङ्गीकृत्य तदा गौरी वैवाहिकविधानतः / आदाय वृषमारुह्य कैलासशिखरं ययौ
Alors, ayant accueilli Gaurī selon le rite sacré des noces, il la prit avec lui; monté sur le taureau Nandī, il se rendit au sommet du Kailāsa.
Verse 46
पुनरन्यं महप्राज्ञं समाकर्णय कुम्भज / आदिलक्ष्म्याः प्रभावं तु कथयामि तवानघ
Écoute encore, ô Kumbhaja, très sage; à toi, sans faute, je vais dire la puissance et la splendeur d’Ādi-Lakṣmī.
Verse 47
सभायां ब्रह्मणो गत्वा समासेदुस्त्रिमुर्त्तयः / दिक्पालाश्च सुराः सर्वे सनकाद्याश्च योगिनः
S’étant rendus dans l’assemblée de Brahmā, les trois Formes (Trimūrti) s’y assirent; les gardiens des directions, tous les dieux, ainsi que les yogins tels Sanaka et les autres, s’y réunirent aussi.
Verse 48
देवर्षयो नारदाद्या वशिष्ठाद्याश्च तापसाः / ते सर्वे सहितास्तत्र ब्रह्मणश्च कपर्दिनः / द्वयोः पञ्चमुखत्वेन भेदं न विविदुस्तदा
Les devarṣis tels Nārada et les autres, et les ascètes tels Vasiṣṭha et les autres, tous réunis là avec Brahmā et Kapardin (Śiva), ne surent alors les distinguer, car tous deux portaient cinq visages.
Verse 49
अन्योन्यं पृष्टवन्तस्ते ब्रह्मा कः कश्चशङ्करः / तेषां संवदतां मध्ये क्षिप्रमन्तर्हितः शिवः
Ils se demandaient l’un à l’autre : «Qui est Brahmā, et qui est Śaṅkara ?» Au milieu de leurs propos, Śiva disparut aussitôt.
Verse 50
तदा पञ्चमुखो ब्रह्मा सितो नारायणस्तयोः / उभयोरपि संवादस्त्वहं ब्रह्मेत्यजायत
Alors Brahmā aux cinq visages et Nārāyaṇa, d’une blanche splendeur, se tinrent l’un devant l’autre ; et, dans leur échange, naquit cette parole : « Je suis Brahmā ».
Verse 51
अ५मन्नाभिकमलाज्जातस्त्वं यन्ममात्मजः / सृष्टिकर्ता त्वहं ब्रह्मा नामसाधर्म्यतस्तथा / त्वं च रुद्रश्च मे पुत्रौ सृष्टिकर्तुरुभौ युवाम्
«Toi, né du lotus de mon nombril, tu es mon propre fils. Tu es le créateur ; et moi aussi je suis Brahmā, créateur, par la parenté du nom. Toi et Rudra êtes mes fils ; vous êtes tous deux artisans de la création.»
Verse 52
इति मायामोहितयोरुभयोरन्तरे तदा / तयोश्च स्वस्य माहात्म्यमहं ब्रह्मेति दर्शयन् / प्रादुरासीन्महाज्योतिस्तंभरूपो महेश्वरः
Ainsi, tandis que tous deux étaient abusés par la māyā, entre eux, révélant sa propre majesté comme pour dire « Je suis Brahmā », Maheśvara apparut en une grande lumière, sous la forme d’un pilier.
Verse 53
ज्ञात्वैवैनं महेशानं विष्णुस्तूष्णीं ततः स्थितः / पञ्चवक्त्रस्ततो ब्रह्मा ह्यवमत्यैवमास्थितः / ब्रह्मणः शिरसामूर्ध्वं ज्योतिश्चक्रमभूत्पुरः
L’ayant reconnu comme Maheśāna, Viṣṇu demeura silencieux. Mais Brahmā aux cinq visages, plein de dédain, persista ainsi. Au-dessus des têtes de Brahmā, un disque de lumière apparut devant lui.
Verse 54
तन्मध्ये संस्थितो देवः प्रादुरासोमया सह / ऊर्ध्वमैक्षथ भूयस्तमवमत्य वचो ऽब्रवीत्
Au milieu de cela, le Dieu se manifesta avec Umā. Brahmā leva de nouveau les yeux vers le haut, avec mépris, et prononça des paroles.
Verse 55
तन्निशम्य भृशं क्रोधमवाप त्रिपुरान्तकः / विष्णुमेवं तदालोक्य क्रोधेनैव विकारतः
À cette nouvelle, Tripurāntaka (Śiva) fut saisi d’une colère très violente ; et, voyant Viṣṇu ainsi, sous l’effet même de l’ire, son être en fut bouleversé.
Verse 56
तयोरेव समुत्पन्नो भैरवः क्रोधसंयुतः / मूर्धानमेकं चिच्छेद नखेनैव तदा विधेः / हाहेति तत्र सर्वे ऽपि क्रन्दन्तश्च पलायिताः
De ces deux-là naquit Bhairava, armé de colère ; alors, d’un seul ongle, il trancha une tête de Vidhe (Brahmā). Tous, là, s’écrièrent « Hā ! Hā ! », pleurant et s’enfuyant.
Verse 57
अथ ब्रह्मकपालं तु नखलग्नं स भैरवः / भूयोभूयो धुनोति स्म तथापि न मुमोच तम्
Alors, le crâne de Brahmā resta accroché à l’ongle de Bhairava ; il le secoua maintes et maintes fois, mais ne parvint pas à s’en défaire.
Verse 58
तद्ब्रह्महत्यामुक्त्यर्थं चचार धरणीतले / पुण्यक्षेत्राणि सर्वाणि गङ्गाद्याश्च महानदीः
Afin d’être délivré du péché de brahmahatyā, il parcourut la terre, visitant tous les lieux saints et les grands fleuves, tels la Gaṅgā et les autres.
Verse 59
न च ताभिर्विमुक्तो ऽभूत्कपाली ब्रह्महत्यया / विषण्णवदनो दीनो निःश्रीक इव लक्षितः / चिरेण प्राप्तवान्काञ्चीं ब्रह्मणा पूर्वमोषिताम्
Mais Kapālī ne fut pas délivré de la brahmahatyā par ces lieux. Le visage accablé, pauvre et abattu, comme privé de toute splendeur, il parvint enfin, après longtemps, à Kāñcī, jadis demeure de Brahmā.
Verse 60
तत्र भिक्षामटन्नित्यं सेवमानः परा श्रियम् / पञ्चतीर्थे प्रतिदिनं स्नात्वा भूलक्षणाङ्किते
Là, allant sans cesse quêter l’aumône, il servait la Śrī suprême ; et chaque jour il se baignait au Pañcatīrtha, lieu marqué de signes sacrés sur la terre.
Verse 61
कञ्चित्कालमुवासाथ प्रभ्रान्त इव बिल्वलः / काञ्चीक्षेत्रनिवासेन क्रमेण प्रयताशयः
Il y demeura quelque temps, comme égaré autour du bilva ; mais, par la résidence dans le kṣetra de Kāñcī, son esprit devint peu à peu pur et recueilli.
Verse 62
निर्धूतनिखिलातङ्कः श्रीदेवीं मनसा वान् / उत्तरे सेवितुं लक्ष्म्या वासुदेवेन दक्षिणे
Ayant chassé toute inquiétude, il portait Śrīdevī en son esprit ; au nord il servait Lakṣmī, et au sud Vāsudeva.
Verse 63
श्रीकामकोष्ठमागत्य पुरस्तात्तस्य संस्थितः / आदिलक्ष्मीपदध्यानमाततान यतात्मवान्
Parvenu au Śrīkāmakōṣṭha, il se tint devant ce sanctuaire ; et, maître de lui, il déploya sa méditation sur les pieds d’Ādilakṣmī.
Verse 64
यथा दीपो निवातस्थो निस्तरङ्गो यथांबुधिः / तथान्तर्वायुरोधेन न चचाला चलेश्वरः
Tel une lampe en un lieu sans vent, tel l’océan sans vagues ; ainsi, par la retenue du souffle intérieur, Caleśvara ne vacilla point.
Verse 65
तैलधारावदच्छिन्नामनवच्छिन्नभैरवः / वितेने शैलतनयानाथश्रीध्यानसन्ततिम् / न ब्रह्मा नैव विष्णुर्वा न सिद्धः कपिलो ऽपि वा
Bhairava, sans interruption, tel un filet d’huile qui ne se rompt point, déploya la continuité de la méditation sacrée de Śrī envers la Souveraine, fille de la Montagne (Pārvatī). Ce ne fut ni Brahmā, ni Viṣṇu, ni un siddha, pas même Kapila.
Verse 66
नान्ये च सनकाद्या ये मुनयो वा शुकादयः / तया समाधिनिष्ठायां न समर्थाः कथञ्चन
Ni d’autres encore—Sanaka et les siens, ou les munis tels Śuka et les autres—ne sont, en aucune manière, capables de demeurer établis dans un tel samādhi.
Verse 67
अथ श्रीभावयोगेन श्रीभावं प्राप्तवाञ्शिवः / ततः प्रसन्ना श्रीदेवी प्रभामण्डलवर्तिनी / अर्धरात्रे पुरः स्थित्वा वाचं प्रोवाच वाङ्मयी
Alors Śiva, par le yoga du śrī-bhāva, parvint à l’état de śrī-bhāva. Puis Śrī Devī, demeurant dans le cercle de splendeur, s’en trouva apaisée; à minuit, se tenant devant lui, elle—incarnation de la Parole—fit entendre sa voix.
Verse 68
श्रीकण्ठ सर्वपापघ्न किं पापं तव विद्यते / मद्रूपस्त्वं कथं देहः सेयं लोकविडम्बना
Ô Śrīkaṇṭha, toi qui détruis tous les péchés, quel péché pourrait être en toi ? Puisque tu es de ma propre forme, comment ce corps pourrait-il être ? Ceci n’est qu’une dérision, une illusion jetée au monde.
Verse 69
श्वोभूते ब्रह्महत्यायाः क्षणान्मुक्तो भविष्यसि / इत्युक्त्वान्तर्दधे तत्र महासिंहासनेश्वरी
«Demain, en un instant, tu seras délivré du péché de brahmahatyā», dit la Souveraine du grand trône-lion; puis, ayant ainsi parlé, elle disparut en ce lieu même.
Verse 70
भैरवो ऽपि प्रहृष्टात्मा कृतार्थः श्रीविलोकनात् / विनीय तं निशाशेषं श्रीध्यानैकपरायणः
Même Bhairava, l’âme en joie, se sentit comblé pour avoir contemplé Śrī. L’ayant fait reposer toute la nuit, il demeura voué uniquement à la méditation sacrée sur Śrī.
Verse 71
प्रातः पञ्चमहातीर्थे स्नात्वा सन्ध्यामुपास्य च / पुनः पुनर्धूनुते स्म करलग्नं कपालकम्
À l’aube, après s’être baigné au Pañca-mahā-tīrtha et avoir accompli le culte de la Sandhyā, il secouait sans cesse le kapālaka, le crâne fixé à sa main.
Verse 72
तथापि तत्तु नास्रंसत्स निर्वेदं परं गतः / स्वप्नः किमेष माया वा मानसभ्रान्तिरेव वा
Pourtant, cela ne se détachait pas; il tomba dans un profond dégoût du monde. «Est-ce un rêve ? Est-ce māyā ? Ou bien une simple illusion de l’esprit ?»
Verse 73
मुहुरेवं विचिन्त्येशः शोकव्याकुलमानसः / स्वयमेव निगृह्याथ शोकं धीराग्रणीः शिवः
À force de penser ainsi, le Seigneur eut l’esprit bouleversé par le chagrin. Mais Śiva, le premier des vaillants, réprima de lui-même sa peine.
Verse 74
तुलसीमण्डलं नत्वा पूजयित्वा पुरः स्थितः / निगृहीतेन्द्रियग्रामः समाधिस्थो ऽभवत्पुनः
S’inclinant devant le maṇḍala de tulasī et l’ayant honoré en sa présence, il maîtrisa l’ensemble des sens et entra de nouveau en samādhi.
Verse 75
याममात्रे गते देवी पुनः सांनिध्यमागता / अलं समाधिना शम्भो निमज्जात्र सरोवरे
Quand un yāma se fut écoulé, la Déesse revint en sa proximité. «Assez de samādhi, ô Śambhu ; plonge dans ce bassin», dit-elle.
Verse 76
इत्या दिश्य तिरो ऽधत्त सो ऽपि चिन्तामुपागमत् / इयं च माया स्वप्नो वा किं कर्त्तव्यं मयाथ वा
Après ces paroles, elle se déroba à la vue ; et lui fut saisi de souci. «Est-ce māyā, ou bien un songe ? Que dois-je faire ?»
Verse 77
श्वोभूते ब्रह्महत्यायाः क्षणान्मुक्तो भविष्यसि / इत्युक्तं श्रीपरादेव्या यामातीतमिदं दिनम्
«Demain, en un instant, tu seras délivré du péché de brahmahatyā», ainsi parla Śrī Parādevī ; et ce jour-là s’écoula d’un yāma.
Verse 78
एवं सर्वं च मिथ्यैवेत्यधिकं चिन्तयावृतः / भगवान्व्यो मवाण्या तु निमज्जाप्स्विति गर्जितम्
Enveloppé par cette pensée : «Tout cela n’est que mensonge», il s’y enfonça davantage. Mais la parole du Bienheureux gronda : «Plonge dans les eaux !»
Verse 79
श्रुत्वा शङ्कां समुत्सृज्य तत्त्वं निश्चित्य शङ्करः / निममज्ज सरस्यां तु गङ्गायां पुनरुत्थितः
L’ayant entendu, Śaṅkara rejeta le doute et fixa la vérité. Il plongea dans le bassin, puis reparut dans le fleuve Gaṅgā.
Verse 80
तत्र काशीं समालोक्य किमेतदिति चिन्तयन् / स मुहुर्तं स्थितस्तूष्णीं नखलीनकपालकः
Là, ayant contemplé Kāśī, il se dit : «Qu’est-ce donc ?». Et, un moment, il demeura silencieux, le kapāla—crâne sacré—retenu au bout de son ongle.
Verse 81
ललाटन्त पमुद्वीक्ष्य तरणिं तरुणोन्दुभृत् / भिक्षार्थं नगरीमेनां प्रविवेश वशी शिवः
Relevant les yeux, portant au front le soleil et la jeune lune, Śiva, maître de lui-même, entra dans cette cité pour mendier l’aumône sacrée (bhikṣā).
Verse 82
गृहाणि कानिचिद्गत्वा प्रतोल्यां पर्यटन्भवः / सो ऽपश्यदग्रतः काञ्चित्काञ्चीं श्रीदेवताकृतिम्
Bhava (Śiva) alla vers quelques maisons et erra dans les ruelles; alors, devant lui, il vit une femme de Kāñcī, telle une incarnation de la déesse Śrī.
Verse 83
भिक्षां ज्योतिर्मयीं तस्मै दत्त्वा क्षिप्रं तिरोदधे / क्षणाद्ब्रह्मकपालं तत्प्रच्युतं तन्नखाग्रतः
Elle lui offrit une aumône toute de lumière, puis disparut aussitôt. En un instant, le kapāla de Brahmā se détacha et tomba du bout de son ongle.
Verse 84
तद्दृष्ट्वाद्भुतमीशानः कामाक्षी शीलमुत्तमम् / प्रसन्नवदनांभोजो बहु मेने मुहुः परम्
Voyant ce prodige, Īśāna (Śiva) loua la vertu suprême de Kāmākṣī. Le visage-lotus rayonnant de joie, il le jugea maintes fois d’une grandeur merveilleuse.
Verse 85
पुरी काञ्ची पुरी पुण्या नदी कंपा नदी परा / देवता सैव कामाक्षीत्यासीत्संभावना पुरः
La cité de Kāñchī est une ville sainte ; la rivière Kampā est une rivière suprême. La Divinité qui y réside est Kāmākṣī elle-même, et sa gloire se tient au premier rang.
Verse 86
इत्थं देवीप्रभावेण विमुक्तः संकटाद्धरः / स्वस्थः स्वस्थानमगमच्छ्लाघमानः परां श्रियम्
Ainsi, par la puissance de la Déesse, Dara fut délivré du péril. Rétabli et serein, il regagna sa demeure, louant la suprême splendeur.
Verse 87
पुनरन्यत्प्रवक्ष्यामि विलासं शृणु कुम्भज / प्रभावं श्रीमहादेव्याः कामदं शृण्वतां सदा
Je vais encore exposer un autre līlā ; écoute, ô Kumbhaja. Écoute la puissance de la vénérable Mahādevī, qui exauce les vœux de ceux qui l’entendent sans cesse.
Verse 88
अयोध्याधिपतिः श्रीमान्नाम्ना दशरथो नृपः / सन्तानरहितो ऽतिष्ठद्बहुकालं शुचाकुलः
Le souverain illustre d’Ayodhyā, nommé Daśaratha, était un roi resplendissant. Privé de descendance, il demeura longtemps accablé de chagrin.
Verse 89
रहस्याहूय मतिमान्वशिष्ठं स्वपुरोहितम् / उवाचाचारसंशुद्धः सर्वशास्त्रार्थवेदिनम्
Le roi, plein de discernement, fit venir en secret Vasiṣṭha, son propre purohita, et s’adressa à lui, pur dans sa conduite et connaisseur du sens de tous les śāstras.
Verse 90
श्रीनाथ बहवो ऽतीताः कालानाधिगतः सुतः / संततेर्मम संतापः संततं वर्धतेतराम् / किं कुर्वे यदि संतानसंपत्स्यात्तन्निवेदय
Ô Śrīnātha, Seigneur de la splendeur ! Bien des âges ont passé, et pourtant je n’ai point obtenu de fils. Mon tourment au sujet de la lignée ne cesse de croître. Que dois-je faire ? Si la grâce d’une descendance est possible, révèle-le-moi.
Verse 91
वशिष्ठ उवाच मम वंश महाराज रहस्यं कथयामि ते / अयोध्या मथुरा माया काशी काञ्ची ह्यवन्तिका / एता पुण्यतमाः प्रोक्ताः पुरीणामुत्तमोत्तमाः
Vasiṣṭha dit : Ô grand roi, je te confierai le secret de ma lignée. Ayodhyā, Mathurā, Māyā, Kāśī, Kāñcī et Avantikā : ces cités sont dites les plus saintes, les plus excellentes parmi les villes.
Verse 92
अस्याः सांनिध्यमात्रेण महात्रिपुरसुन्दरीम् / अर्चयन्ति ह्ययोध्यायां मनुष्या अधिदेवताम्
Par la seule proximité de cette cité, les hommes d’Ayodhyā rendent un culte à Mahātripurasundarī, la Divinité tutélaire suprême.
Verse 93
नैतस्याः सदृशी काचिद्देवता विद्यते परा / एनामेवर्चयन्त्यन्ये सर्वे श्रीदेवतां नृप
Ô roi, nulle autre divinité ne lui est comparable. C’est pourquoi tous les autres dieux ne l’adorent qu’Elle, comme Śrīdevatā, la Déesse de la splendeur et de la fortune.
Verse 94
ब्रह्मविष्णुमहेशाद्याः सस्त्रीकाः सर्वदा सदा / नारिकेलफलालीभिः पनसैः कदलीफलैः
Brahmā, Viṣṇu, Maheśa et les autres dieux, avec leurs épouses divines, offrent sans cesse des fruits—noix de coco, jacquiers et bananes.
Verse 95
मध्वाज्यशर्कराप्राज्यैर्महापायसराशिभिः / सिद्धद्रव्यविशेषैश्च पूजयेत्त्रिपुरांबिकाम् / अभीष्टमचिरेणैव संप्रदास्यति सैव नः
Avec profusion de miel, de ghee et de sucre, avec de grands amas de pāyasa, et avec des substances particulières déjà accomplies, qu’on vénère la Mère Tripurāmbikā ; elle-même nous accordera bientôt l’objet désiré.
Verse 96
इत्युक्तवन्तमभ्यर्च्य गुरुमिष्टैरुपायनैः / स्वाङ्गजप्राप्तये भूयो विससर्ज विशांपतिः
Après avoir honoré et vénéré le guru qui avait ainsi parlé par des présents agréables, le seigneur des hommes le congédia de nouveau, afin de recouvrer son propre fils.
Verse 97
ततो गुरूक्तरीत्यैव ललितां परमेश्वरीम् / अर्चयामास राजेन्द्रो भक्त्या परमया युतः
Alors, selon le rite enseigné par le guru, le roi des rois adora Lalitā, la Souveraine suprême (Parameśvarī), animé d’une dévotion très haute.
Verse 98
एवं प्रतिदिनं पूजां विधाय प्रीतमानसः / अयोध्यादेवताधामामशिषत्तत्र सङ्गतः
Ainsi, accomplissant chaque jour la pūjā le cœur réjoui, il demeura là, rassemblé à Ayodhyā, demeure des divinités.
Verse 99
अर्धरात्रे व्यतीते तु निभृतोल्लासदीपिके / किञ्चिन्निद्रालसस्यास्य पुरतस्त्रिपुरांबिका
Quand la moitié de la nuit fut passée, sous la petite lampe qui luisait dans le silence, tandis qu’il somnolait légèrement, la Mère Tripurāmbikā apparut devant lui.
Verse 100
पाशाङ्कुशधनुर्बाणपरिष्कृतचतुर्भुजा / सर्वशृङ्गारवेषाढ्या सर्वाभरणभूषिता / स्थित्वा वाचमुवाचेमां मन्दमिन्दुमतीसुतम्
La Déesse aux quatre bras, parée du lasso, de l’aiguillon, de l’arc et des flèches, riche de tous les atours et ornée de tous les bijoux. Se tenant debout, elle m’adressa, d’une voix douce, la parole à moi, fils d’Indumatī.
Verse 101
अस्ति पङ्क्तिरथ श्रीमन्पुत्रभाग्यं तवानघ / विश्वासघातकर्माणि संति पूर्वकृतानि ते
Ô seigneur glorieux et sans faute : il est pour toi une part de destinée, la bénédiction d’un fils. Mais il est aussi des actes karmiques de trahison de la confiance, accomplis par toi jadis.
Verse 102
तादृशां कर्मणां शान्त्यै गत्वा काञ्चीपुरं वरम् / स्नात्वा कम्पासरस्यां च तत्र मां पश्य पावनीम्
Pour apaiser de tels karmas, rends-toi à la noble Kañcīpura. Baigne-toi dans l’étang de Kampā, et là contemple-moi, moi la Pure, celle qui purifie les fautes.
Verse 103
मध्ये काञ्चीपुरस्य त्वं कन्दराकाशमध्यगम् / कामकोष्ठं विपाप्मापि सप्तद्वारबिलान्वितम्
Au cœur de Kañcīpura, tu verras le « Kāmakōṣṭha », situé entre la caverne et l’espace; même pour l’homme sans faute, c’est une grotte pourvue de sept portes.
Verse 104
साम्राज्यसूचकं पुंसां त्रयाणामपि सिद्धिदम् / प्राङ्मुखी तत्र वर्ते ऽहं महासिंहासनेश्वरी
C’est un signe de souveraineté pour les hommes et cela accorde aussi l’accomplissement aux trois. Là, je demeure tournée vers l’orient, Souveraine sur le grand trône de lion.
Verse 105
महालक्ष्मीस्वरूपेण द्विभुजा पद्मधारिणी / चक्रेश्वरी महाराज्ञी ह्यदृश्या स्थूलचक्षुषाम्
Sous la forme de Mahālakṣmī, à deux bras, portant le lotus; Souveraine du Cakra, Grande Reine, invisible aux regards grossiers.
Verse 106
ममाक्षिजा महागौरी वर्तते मम दक्षिणे / सौन्दर्यसारसीमा सा सर्वाभरणभूषिता
Mahāgaurī, née de mes yeux, demeure à ma droite; elle est la limite suprême de l’essence de la beauté, parée de tous les ornements.
Verse 107
मया च कल्पिताऽवासा द्विभुजा पद्मधारिणी / महालक्ष्मीस्वरूपेण किं वा कृत्यात्मना स्थिता
J’ai moi-même établi sa demeure : à deux bras, portant le lotus; sous la forme de Mahālakṣmī, par quelle œuvre—comme nature de son agir—demeure-t-elle ainsi?
Verse 108
आपीठमौलिपर्यन्तं पश्य तस्तां ममांशजाम् / पातकान्याशु नश्यन्ति किं पुनस्तूपपातकम्
Contemple mon émanation, des pieds jusqu’au diadème; les fautes s’évanouissent aussitôt—à plus forte raison les fautes les plus graves.
Verse 109
कुवासना कुबुद्धिश्च कुतर्कनिचयश्च यः / कुदेहश्च कुभावश्च नास्तिकत्वं लयं व्रजेत्
Les mauvaises tendances, l’intelligence dévoyée et l’amas de raisonnements pervers; le corps mauvais et le mauvais naturel : l’incrédulité s’éteindra et se résorbera.
Verse 110
कुरुष्व मे महापूजां सितामध्वाज्यपायसैः / विविधैर्भक्ष्यभोज्यैश्च पदार्थैः षड्रसान्वितैः
Accomplis pour moi une grande pūjā, avec sucre, miel, ghee et payasa ; et avec maints mets et nourritures, pourvus des six saveurs.
Verse 111
तत्रैव सुप्रसन्नाहं पूरयिष्यामि ते वरम् / उपदिश्येति सम्राज्ञी दिव्यमूर्तिस्तिरोदधे
Là même, toute bienveillante, j’accomplirai pour toi le don promis. Disant : «Ainsi je t’enseigne», la reine, en forme divine, disparut.
Verse 112
राजापि सहसोत्थाय किमेतदिति विस्मितः / देवीमुद्बोध्य कौसल्यां शुभलक्षणलक्षिताम्
Le roi, se levantant soudain, s’écria avec stupeur : «Qu’est-ce donc ?» puis il éveilla la déesse Kausalyā, marquée de signes propices.
Verse 113
तस्यै तद्रात्रिवृत्तान्तं कथयामास सादरम् / तत्समा कर्ण्य सा देवी सन्तोषमभजत्तदा
Avec déférence, il lui raconta tout ce qui s’était passé cette nuit-là. L’ayant entendu, la reine fut alors comblée de satisfaction.
Verse 114
प्राप्तहर्षो नृपः प्रातस्तया दयितया सह / अनीकसचिवोपेतः काञ्चीपुरमुपागमत्
Au matin, le roi, empli de joie, partit avec son épouse bien-aimée, escorté de l’armée et des ministres, et gagna la cité de Kāñcīpura.
Verse 115
स्नात्वा कंपातरङ्गिण्यां दृष्ट्वा देवीं च पावनीम् / पञ्चतीर्थे ततः स्नात्वा देव्या कौसल्यया नृपः
Le roi, s’étant baigné dans la Kampātaraṅgiṇī et ayant contemplé la Déesse Pāvanī, la Purificatrice, se baigna ensuite à Pañcatīrtha avec la Déesse Kausalyā.
Verse 116
गोभूवस्त्र हिरण्याद्यैस्तत्तीर्थक्षेत्रवासिनः / प्रीणयित्वा सपत्नीकस्तथा तद्भक्तिपूजकान्
Par des dons de vaches, de terres, de vêtements, d’or et d’autres offrandes, le roi, avec son épouse, réjouit les habitants de ce tīrtha et de ce kṣetra ; et il honora de même ceux qui y rendaient un culte dévot.
Verse 117
अथालयं समाविश्य महाभक्त्या नृपोत्तमः / प्रदक्षिणत्रयं कृत्वा विनयेन समन्वितः
Alors le roi éminent entra dans le sanctuaire avec une grande dévotion ; après avoir accompli trois pradakṣiṇā, il demeura empreint d’humilité et de respect.
Verse 118
ततः संनिधिमागत्य देव्या कौसल्यया सह / श्रीकामकोष्ठनिलयं महात्रिपुरसुन्दरीम्
Puis il s’approcha de la Présence sacrée avec la Déesse Kausalyā, et contempla Mahātripurasundarī, demeurant en Śrīkāmakoṣṭhanilaya.
Verse 119
त्रिमूर्तिजननीमंबां दृष्ट्वा श्रीचक्ररूपिणीम् / प्रणिपत्य तु साष्टाङ्गं भार्यया सह भक्तिमान्
Le roi, empli de bhakti, contempla la Mère Ambā, génitrice de la Trimūrti, manifestée sous la forme du Śrīcakra ; puis, avec son épouse, il se prosterna en hommage selon le sāsṭāṅga.
Verse 120
स्वपुरे त्रैपुरे धाम्नि पुरेक्ष्वाकुप्रवर्तिते / दुर्वासा सशिष्येण पूजार्थं पूर्वकल्पिते
Dans sa propre cité, en la demeure sacrée de Traipura, ville établie par la lignée d’Ikṣvāku, le rishi Durvāsā, accompagné de son disciple, vint pour le culte préparé depuis un kalpa ancien.
Verse 121
दासीदासध्वजारोहगृहोत्सवसमन्विते / तत्र स्वगुरुणोक्तं च कृत्वा स्वात्मार्घपूजनम्
Là, parmi servantes et serviteurs, bannières dressées et fêtes de maison, suivant l’injonction de son guru, il accomplit l’offrande d’arghya et le culte de son propre ātman.
Verse 122
रात्रौ स्वप्ने तु यद्रूपं दृष्टवान्स्वपुरे महः / तदेवात्रापि संदध्यौ सन्निधौ राजसत्तमः
La nuit, en songe, le grand être vit dans sa cité une certaine forme; cette même forme, ici encore, le plus excellent des rois la rassembla en son esprit et la fit tenir en présence.
Verse 123
चिरं ध्यात्वा महाराजः सुवासांसि बहूनि च / दिव्यान्यायतनान्यस्यै दत्त्वा स्तोत्रं चकार ह
Après avoir longtemps médité, le grand roi lui offrit de nombreux vêtements exquis et des sièges d’essence divine; puis il composa et récita un stotra de louange.
Verse 124
पादाग्रलंबिपरमाभरणाभिरामेमञ्जीररत्नरुचिमञ्जुलपादपद्मे / पीतांबरस्फुरितपेशलहेमकाञ्चि केयूरकङ्कणपरिष्कृतबाहुवल्लि
Ô lotus des pieds, gracieux par l’éclat des gemmes des manjīra, embelli par des parures suprêmes descendant jusqu’au bout des pieds ! Drapée d’un vêtement jaune étincelant, ceinte d’une fine ceinture d’or; ses bras, tels des lianes, sont ornés de keyūra et de bracelets.
Verse 125
पुण्ड्रेक्षुचापविलसन्मृदुवामपाणे रत्नोर्मिकासुमशराञ्चितदक्षहस्ते / वक्षोजमण्डलविलासिवलक्षहारि पाशाङ्कुशाङ्गदलसद्भुजशोभिताङ्गि
Ô Mère divine : dans ta douce main gauche brille l’arc de canne à sucre; dans ta main droite, ornée d’anneaux de joyaux, tu tiens les flèches de fleurs. Ta poitrine s’illumine d’un collier blanc ravissant; et tes bras, portant le pāśa et l’aṅkuśa, magnifient ton corps.
Verse 126
वक्त्रश्रिया विजितशारदचन्द्रबिंबे ताटङ्करत्नकरमण्डितगण्डभागे / वामे करे सरसिजं सुबिसं दधाने कारुण्यनिर्झरदपाङ्गयुते महेशि
Ô Maheśī : la splendeur de ton visage surpasse la lune d’automne; tes joues sont ornées de pendants d’oreilles sertis de joyaux. Dans ta main gauche tu portes le lotus avec ses fibres; et de ton regard oblique ruisselle une cascade de compassion.
Verse 127
माणिक्यसूत्रमणिभासुरकंबुकण्ठि भालस्थचन्द्रशकलोज्जवलितालकाढ्ये / मन्दस्मितस्फुरणशालिनि मञ्जुनासे नेत्रश्रिया विजितनीलसरोजपत्रे
Ton cou, tel une conque de śaṅkha, brille d’un fil de rubis; ta chevelure noire est illuminée par le croissant de lune au front. Un doux frémissement de sourire éclaire ton joli nez; et la beauté de tes yeux surpasse les pétales du lotus bleu.
Verse 128
सुभ्रूलते सुवदने सुललाटचित्रे योगीन्द्रमानससरोजनिवासहंसि / रत्नानुबद्धतपनीयमहाकिरीटे सर्वाङ्गसुन्दरि समस्तसुरेन्द्रवन्द्ये
Ô toi dont les sourcils sont comme des lianes, au visage gracieux et au front orné de motifs délicats; ô Haṃsī qui demeures dans le lotus du mental des grands yogis. Tu portes une grande couronne d’or sertie de joyaux; belle en tous tes membres, tu es vénérée par tous les rois des dieux.
Verse 129
काङ्क्षानुरूपवरदे करुणार्द्रचित्ते साम्राज्यसम्पदभिमानिनि चक्रनाथे / इन्द्रादिदेवपरिसेवितपादपद्मे सिंहासनेश्वरी परे मयि संनिदध्याः
Ô dispensatrice de grâces selon le désir, au cœur attendri de compassion; ô Cakranāthā, Souveraine de la splendeur impériale. Le lotus de tes pieds est servi par Indra et les dieux; ô Reine du trône de lion, Suprême, demeure en moi.
Verse 130
इति स्तत्वा स भूपालो बहिर्निर्गत्य भक्तितः / तस्यास्तु दक्षिणे भागे महागौरीं ददर्श ह
Après avoir ainsi chanté la louange, le roi se leva et sortit au-dehors avec dévotion ; sur le côté droit de ce lieu, il aperçut Mahāgaurī.
Verse 131
प्रणम्य दण्डवद्भूमौ कृत्वा चास्याः स्तुतिं पुनः / दत्त्वा चास्यै महार्हाणि वासांसि विविधानि च
S’étant prosterné sur le sol, raide comme un bâton, il lui adressa de nouveau une louange ; puis il lui offrit des vêtements très précieux et variés.
Verse 132
अमुल्यानि महार्हाणि भूषणानि महान्ति च / ततः प्रदक्षिणीकृत्य निर्गत्य सह भार्यया
Il offrit encore de grands ornements, inestimables et très précieux ; puis, après avoir accompli la pradakṣiṇā, il sortit avec son épouse.
Verse 133
स्वगुरूक्तविधानेन महापूजां विधाय च / तामेव चिन्तयंस्तत्र सप्तरात्रमुवास सः
Selon le rite enseigné par son propre guru, il accomplit la grande Mahāpūjā ; puis, demeurant là, il passa sept nuits à ne penser qu’à Elle.
Verse 134
अष्टमे दिवसे देवीं नत्वा भक्त्या विलोकयन् / अम्बाभीष्टं प्रदेहीति प्रार्थयामास चेतसा
Le huitième jour, s’étant incliné devant la Déesse avec dévotion et la contemplant, il pria en son cœur : «Ô Mère, accorde-moi l’objet de mon désir».
Verse 135
सुप्रसन्ना च कामाक्षी सांतरिक्षगिरावदत् / भविष्यन्ति मदंशास्ते चत्वारस्तनया नृप
Alors Kāmākṣī, toute bienveillante, parla d’une voix venue des airs : «Ô roi, quatre fils naîtront, parts mêmes de mon essence».
Verse 136
इत्युदीरितमाकर्ण्य प्रमोदविकसन्मुखः / श्रियं प्रणम्य साष्टाङ्गमननन्यशरणः पराम्
Ayant entendu ces paroles, son visage s’épanouit de joie ; puis, se prosternant selon l’hommage des huit membres, il salua la suprême Śrī, n’ayant d’autre refuge qu’Elle.
Verse 137
आमन्त्र्य मनसैवांबां सस्त्रीकः सह मन्त्रिभिः / अयोध्यां नगरीं प्रापदिन्दुमत्यास्तु नन्दनः
Après avoir, par la seule pensée, pris congé de la Mère Ambā, et accompagné de son épouse et de ses ministres, le fils d’Indumatī parvint à la cité d’Ayodhyā.
Verse 138
एवं प्रभावा कामाक्षी सर्वलोकहितैषिणी / सर्वेषामपि भक्तानां काङ्क्षितं पूरयत्यलम्
Telle est la puissance de Kāmākṣī, qui ne cherche que le bien de tous les mondes : Elle accomplit pleinement les vœux de tous les dévots.
Verse 139
एनां लोकेषु बहवः कामाक्षीं परदेवताम् / उपास्य विधिवद्भक्त्या प्राप्ताः कामानशेषतः
Dans les mondes, nombreux sont ceux qui ont vénéré Kāmākṣī, la Divinité suprême, avec une dévotion conforme au rite ; et ils ont obtenu tous leurs désirs, sans rien omettre.
Verse 140
अद्यापि प्राप्नुवन्त्येव भक्तिमन्तः फलं मुने / अनेके च भविष्यन्ति कामाक्ष्याः करुणादृशः
Aujourd’hui encore, ô muni, les dévots obtiennent assurément le fruit; et dans l’avenir, nombreux seront ceux qui recevront le regard de compassion de Kāmākṣī.
Verse 141
माहात्म्यमस्याः श्रीदेव्याः को वा वर्णयितुं क्षमः / नाहं न शम्भुर्न ब्रह्मा न विष्णुः किमुतापरे
Qui donc serait capable de décrire la grandeur de cette vénérable Śrī Devī ? Ni moi, ni Śambhu (Śiva), ni Brahmā, ni Viṣṇu—à plus forte raison les autres.
Verse 142
इति ते कथितं किञ्चित्कामाक्ष्याः शीलमुज्ज्वलम् / शृण्वतां पठतां चापि सर्वपापहरं स्मृतम्
Ainsi t’ai-je dit quelque peu de la conduite lumineuse de Kāmākṣī. On se souvient que, pour ceux qui écoutent et ceux qui récitent, cela enlève tous les péchés.
It asserts dual-location theology: the Goddess is locally worshippable (tīrtha/seat on earth) while simultaneously immanent as the inner regulator who distributes karma-phala, making cosmology and ethics operate through the same śakti-principle.
By explicitly assigning Brahmā to sṛṣṭi, Vāsudeva to protection, and Śiva (Trilocana) to saṃhāra, while presenting Mahālakṣmī/Śakti as the sovereign power that authorizes and coordinates these offices.
Śiva’s eyes are linked to the sun and moon; covering them collapses cosmic illumination, which in turn disrupts ritual timekeeping and Vedic observance. The episode frames dharma as dependent on cosmic light and prescribes restoration through tapas and a Kāśī-vrata as corrective alignment.