Adhyaya 83
Vastu-Pratishtha & Isana-kalpaAdhyaya 8353 Verses

Adhyaya 83

Chapter 83 — निर्वाणदीक्षाकथनम् (Description of the Nirvāṇa Initiation)

Ce chapitre fait la transition de la Samaya-dīkṣā à la Nirvāṇa-dīkṣā, en exposant une initiation orientée vers la délivrance (mokṣa) dans la praxis de l’Īśāna-kalpa. La séquence s’ouvre par le mantra-dīpana (activation) du mūla-mantra et les placements d’aṅga-nyāsa au cœur, à la tête et à la bouche; viennent ensuite des schémas de homa: une ou trois oblations, finales vaṣaṭ/vauṣaṭ et formules dhruvā, adaptées aux rites terribles, pacificateurs et de prospérité. Une technique centrale est le sūtra (fil) consacré, contemplé comme la Suṣumṇā et installé par des actions de mudrā (notamment la Saṃhāra-mudrā), des opérations sur les nāḍī et la protection d’avaguṇṭhana. Le texte vise à établir la sannidhi (présence divine) par des oblations en triade et l’usage du hṛdaya-mantra. Il développe ensuite des opérations de purification et de ligature: kalā-pāśa (le «lasso» des kalā), grahaṇa–bandhana (saisir et lier) et visualisations fondées sur les tattva, incluant des contemplations śāntyatīta (au-delà de l’apaisement). La conclusion prescrit des homa expiatoires, la conduite du disciple (orientation, bain, observances alimentaires), les rites de congé (visarjana, culte de Caṇḍeśa) et la clôture de la dīkṣā-adhivāsana (préparation nocturne), alliant précision rituelle et finalité de mokṣa.

Shlokas

Verse 1

इत्य् आदिमहापुराणे आग्नेये समयदीक्षाकथनं नाम द्व्यशीतितमो ऽध्यायः अथ त्र्यशीतितमो ऽध्यायः निर्वाणदीक्षाकथनं ईश्वर उवाच अथ निर्वाणदीक्षायां कुर्यान्मूलादिदीपनं पाशबन्धनशक्त्यर्थं ताडनादिकृतेन वा

Ainsi, dans l’Agni Purāṇa, s’achève le quatre-vingt-deuxième chapitre, intitulé « Exposé de l’initiation Samaya (Samaya-dīkṣā) ». Commence maintenant le quatre-vingt-troisième chapitre, « Exposé de l’initiation Nirvāṇa (Nirvāṇa-dīkṣā) ». Le Seigneur dit : Alors, lors de l’initiation au Nirvāṇa, on accomplira l’embrasement/l’activation en commençant par le Mūla (racine), afin de donner puissance au rite de ligature par le nœud coulant (pāśa) ; ou bien on pourra le faire au moyen de frappes et d’actes connexes.

Verse 2

एकैकया तदाहुत्या प्रत्येकं तत्त्रयेण वा वीजगर्भशिखार्धन्तु हूं फडन्तध्रुवादिना

Par une oblation unique pour chaque mantra, ou bien par trois oblations pour chacun, on accomplira les offrandes au feu au moyen des mantras comportant les parties bīja (graine), garbha et śikhā, avec les formules fixes (dhruvā) et les terminaisons « hūṃ » et « phaḍ », et autres du même ordre.

Verse 3

ॐ ह्रूं ह्रौं हौं ह्रूं फडिति मूलमन्त्रस्य दीपनं ॐ ह्रूं हौं हौं ह्रूं फडिति हृदय एवं शिरोमुखे

« Oṃ hrūṃ hrauṃ hauṃ hrūṃ phaḍ » : tel est le dīpana (embrasement) du mantra racine (mūla-mantra). « Oṃ hrūṃ hauṃ hauṃ hrūṃ phaḍ » : (à poser en nyāsa) sur le cœur, et de même sur la tête et sur la bouche.

Verse 4

प्रत्येकं दीपनं कुर्यात् सर्वस्मिन् क्रूरकर्मणि शान्तिके पौष्टिके चास्य वषडन्तादिनाणुना

Dans toute opération farouche (de type abhicāra), et de même dans les rites d’apaisement (śāntika) et d’accroissement (pauṣṭika), on accomplira le dīpana séparément pour chacun, en employant la syllabe-mantra appropriée marquée par la terminaison « vaṣaṭ » et autres du même genre.

Verse 5

वषड्वौषट्समोपेतैः सर्वकाम्योपरि स्थितैः हवनं संवरैः कुर्यात् सर्वत्राप्यायनादिषु

On accomplira le havana (offrande au feu) avec les formules prescrites de saṃvara (enveloppement/protection), en employant des mantras munis des exclamations « vaṣaṭ » et « vauṣaṭ » et placés au-dessus du (rite) Sarvakāmya ; et cela doit être fait dans tous les rites, tels ceux d’āpyāyana (nourrissement et accroissement) et autres du même ordre.

Verse 6

ततः स्वसव्यभागस्थं मण्डले शुद्धविग्रहं अडिति ख, चिह्नितपुस्तकपाठः ॐ हूं हों हूं फडिति ग, चिह्नितपुस्तकपाठः३ ॐ हूं हां हां हूं फडिति ख, चिह्नितपुस्तकपाठः ॐ ह्रं ह्रीं ह्रं ह्रं फडिति ग, चिह्नितपुस्तकपाठः वषडन्तादिनात्मनेति ख, ग, चिह्नितपुस्तकपाठः शिष्यं सम्पूज्य तत् सूत्रं सुषुम्णेति विभावितं

Ensuite, dans le maṇḍala, on doit contempler la forme purifiée (de la divinité) établie sur son propre côté gauche. (Selon certaines leçons manuscrites signalées, le mantra est donné diversement : « oṃ hūṃ hoṃ hūṃ phaṭ », ou « oṃ hūṃ hāṃ hāṃ hūṃ phaṭ », ou « oṃ hraṃ hrīṃ hraṃ hraṃ phaṭ » ; et, dans quelques leçons, comme ayant la nature des syllabes commençant et s’achevant par « vaṣaṭ ».) Après avoir dûment vénéré le disciple, on doit consacrer ce fil (sūtra), en le méditant comme « Suṣumṇā » (le canal subtil central).

Verse 7

मूलेन तच्छिखाबन्धं पादाङ्गुष्ठान्तमानयेत् संहारेण मुमुक्षोस्तु बध्नीयाच्छिष्यकायके

Par le « mūla » (principe racine), on doit faire descendre cette ligature du chignon (śikhā-bandha) jusqu’à l’extrémité du gros orteil ; et, par le « saṃhāra » (résorption/recueillement), pour l’aspirant à la délivrance, elle doit être solidement « liée » dans le corps du disciple.

Verse 8

पुंसस्तु दक्षिणे भागे वामे नार्या नियोजयेत् शक्तिं च शक्तिमन्त्रेण पूजितान्तस्य मस्तके

Pour un homme, on doit disposer (le rite/le siège) du côté droit ; pour une femme, du côté gauche. Et, à la conclusion du culte, la Śakti doit être installée et vénérée au sommet de la tête de l’officiant au moyen du Śakti-mantra.

Verse 9

संहारमुद्रयाअदाय सूत्रं तेनैव योजयेत् नाडीन्त्वादाय मूलेन सूत्रे न्यस्य हृदार्चयेत्

Ayant saisi le cordon rituel (sūtra) au moyen de la Saṃhāra-mudrā, on doit le fixer par cette même (mudrā). Puis, prenant les nāḍī (canaux subtils) par le mūla, les déposant sur le cordon, on doit adorer (la divinité) au hṛd, le cœur.

Verse 10

अवगुण्ठ्य तु रुद्रेण हृदयेनाहुतित्रयं प्रदद्यात्सन्निधानार्थं शक्तावप्येवमेव हि

Après avoir accompli le rite de voilement/couverture (avaguṇṭhana) au moyen du mantra de Rudra, on doit ensuite offrir une triade d’oblations avec le mantra Hṛdaya (du cœur), afin d’établir la présence (sannidhāna) de la divinité ; même si l’on en a pleinement la capacité, c’est ainsi, et ainsi seulement, qu’il convient de procéder.

Verse 11

ॐ हां वर्णाध्वने नमो हां भवनाध्वने नमः ॐ हां कालाध्वने नमः शोध्याध्वानं हि सूत्रके

« Oṃ ». Hommage, avec la syllabe-graine « hāṃ », à la voie des phonèmes; hommage, avec « hāṃ », à la voie des mondes ou plans d’existence; « Oṃ ». Hommage, avec « hāṃ », à la voie du temps. En vérité, dans le Sūtra (le fil subtil/le principe), la voie à purifier est ainsi purifiée.

Verse 12

न्यस्यास्त्रवारिणा शिष्यं प्रोक्ष्यास्त्रमन्त्रितेन च पुष्पेण हृदि सन्ताड्य शिष्यदेहे प्रविश्य च

Après avoir accompli le nyāsa avec « l’eau-astra », et après avoir aspergé le disciple d’une eau rendue efficace par l’Astra-mantra, on frappera le cœur du disciple avec une fleur; et (la puissance du mantra) entrera dans le corps du disciple.

Verse 13

गुरुश् च तत्र हूङ्कारयुक्तं रेचकयोगतः चैतन्यं हंसवीजस्थं विश्लिष्येदायुधात्मना

Et là, le Guru—par l’expiration (recaka) jointe à la syllabe « hūṃ »—doit séparer (dissoudre) la conscience vitale (caitanya) demeurant dans la graine Haṃsa, en assumant la forme d’une arme, c’est-à-dire une force intérieure tranchante, portée par le mantra.

Verse 14

ॐ हौं हूं फट् आछिद्य शक्तिसूत्रेण हां हं स्वाहेति चाणुना संहारमुद्रया सूत्रे नाडीभूते नियोजयेत्

En proférant « Oṃ hauṃ hūṃ phaṭ », on doit trancher/sectionner (l’obstruction) et, au moyen du fil de śakti (śakti-sūtra), appliquer l’impulsion mantrique subtile, « atomique » : « hāṃ haṃ svāhā ». Ensuite, par la Saṃhāra-mudrā, on l’implantera dans le fil rendu opérant comme une nāḍī (canal subtil).

Verse 15

ॐ हां हं हां आत्मने नमः व्यापकं भावयेदेनं तनुत्राणावगुण्ठयेत् अपुस्तकपाठः ॐ हां पदात्मने नमः ॐ हां वर्णात्मने नमः ॐ हां मन्त्रात्मने नमः ॐ हां कालात्मने नम इति ङ, चिह्नितपुस्तकपाठः ॐ हां हौं हूं फट् इति ग, चिह्नितपुस्तकपाठः तन्मात्रेणावगुण्ठयेदिति ग, चिह्नितपुस्तकपाठः आहुतित्रितयं दद्यात् हृदा सन्निधिहेतवे

Avec le mantra « Oṃ hāṃ haṃ hāṃ—salutation à l’Ātman (le Soi) », on doit contempler ceci (divinité/mantra) comme omniprésent, puis accomplir l’avaguṇṭhana comme une armure protectrice du corps (tanutrāṇa). (Variantes manuscrites : « Oṃ hāṃ—salutation au padātman; … au varṇātman; … au mantrātman; … au kālātman », ainsi que « Oṃ hāṃ hauṃ hūṃ phaṭ » et « qu’on enveloppe par cela seul ».) Ensuite, on offrira trois oblations (āhuti) avec le mantra du cœur (hṛdā), afin de susciter la présence/manifestation divine.

Verse 16

विद्यादेहञ्च विन्यस्य शान्त्यतीतावलोकनं तस्यामितरतत्त्वाद्यं मन्त्रभूतं विचिन्तयेत्

Après avoir accompli le nyāsa en installant en soi le « corps de vidyā » (puissance mantrique), on doit contempler la vision qui transcende la paix; et, en elle, méditer les principes multiples, à commencer par « l’autre » (les tattva différenciés), comme ayant la nature du mantra.

Verse 17

ॐ हां हौं शान्त्यतीतकलापाशाय नम इत्य् अनेनावलोकयेत् हे तत्त्वे मन्त्रमप्येकं पदं वर्णाश् च षोडश तथाष्टौ भुवनान्यस्यां वीजनाडीकथद्वयं

Avec la formule : « Oṃ hāṃ hauṃ—hommage au pāśa (lien) constitué de la série des kalā qui transcende la śānti », on doit accomplir l’avalokana (visualisation/inspection rituelle). Ô tattva ! Dans cette pratique, il existe aussi un mantra d’un seul pada ; il y a seize varṇa, ainsi que huit bhuvana ; et l’on y expose l’enseignement double concernant le bīja et la nāḍī.

Verse 18

विषयञ्च गुणञ्चैकं कारणं च सदा शिवं सितायां शान्त्यतीतायामन्तर्भाव्य प्रपीडयेत्

Après avoir fondu l’objet de méditation (viṣaya), la qualité (guṇa), le principe unique intégrateur et le fondement causal (kāraṇa) en Sadāśiva—dans la Śakti Blanche, dans l’état de « Paix transcendante »—on doit presser fermement, c’est-à-dire intensifier et stabiliser cette absorption.

Verse 19

ॐ हौं शान्त्यतीतकलापाशाय हूं फट् संहारमुद्रयाअदाय विदध्यात् सूत्रमस्तके पूजयेदाहुतींस्तिस्रो दद्यात् सन्निधिहेतवे

En récitant : « Oṃ hauṃ—au pāśa de l’assemblage des kalā au-delà de la śānti, hūṃ phaṭ », et en employant la Saṃhāra-mudrā, on doit fixer/disposer le fil consacré sur la tête; puis accomplir le culte et offrir trois oblations (āhuti) afin d’assurer la présence de la divinité.

Verse 20

तत्त्वे द्वे अक्षरे द्वे च वीजनाडीकथद्वयं गुणौ मन्त्रौ तथाब्जस्थमेकं कारणमीश्वरं

Dans le tattva, il y en a deux; deux syllabes; et l’exposé double concernant le bīja et les nāḍī. Il y a deux guṇa et deux mantras; et, de même, l’unique Seigneur demeurant dans le lotus est l’unique source causale.

Verse 21

पदानि भानुसङ्ख्यानि भुवनानि दश सप्त च एकञ्च विषयं शान्तौ कृष्णायामच्युतं स्मरेत्

Dans les rites d’apaisement (śānti), il faut se souvenir d’Acyuta (Viṣṇu) : en récitant des mots au nombre du Soleil (douze), en méditant les mondes comme dix, sept et un, et en fixant l’esprit sur l’unique objet de contemplation durant la nuit sombre (kṛṣṇāyām).

Verse 22

ताडयित्वा समादाय मुखसूत्रे नियोजयेत् जुहुयान्निजवीजेन सान्निध्यायाहुतित्रयं

Après l’avoir frappé puis saisi, on doit l’attacher au cordon de la bouche (mukha-sūtra) ; ensuite, avec son propre éventail ou chasse-mouches, on offrira trois oblations (āhuti) afin d’obtenir la proximité manifeste (sānnidhya) de la divinité.

Verse 23

विद्यायां सप्त तत्त्वानि पादानामेकविंशतिं षड् वर्णान् सञ्चरं चैकं लोकानां पञ्चविंशतिं

Dans cette science métrique (vidyā), il y a sept tattva (principes) ; vingt et une variétés de pieds (pāda) ; six classes syllabiques ; et une règle principale appelée « sañcāra » ; et elle expose encore vingt-cinq classifications des mondes.

Verse 24

गुणानान्त्रयमेकञ्च विषयं रुद्रकारणं अन्तर्भाव्यातिरिक्तायां जीवनाडीकथद्वयं

Trois sortes de qualités poétiques (guṇa) et un sujet (viṣaya) ; la cause dite « Rudra-kāraṇa » ; « antarbhāva » (inclusion) et « atirikta » (surplus) ; et la paire d’exposés sur le pouls de vie (jīva-nāḍī) — tout cela doit être expliqué.

Verse 25

अस्त्रमादाय दध्याच्च पदं द्व्यधिकविंशतिं लोकानाञ्च कलानाञ्च षष्टिं गुणचतुष्टयं

Ayant pris l’arme sacrée (astra), on doit méditer le « pada » cosmique comme étant au nombre de vingt-deux ; et les mondes ainsi que les kalā comme soixante ; et l’ensemble quadruple des guṇa.

Verse 26

ॐ हां हौं हों शान्त्यतीतकलापाशायेति ग, चिह्नितपुस्तकपाठः मन्त्राणां त्रयमेकञ्च विषयं कारणं हरिं अन्तर्भाव्य प्रतिष्ठायां शुक्लयान्ताडनादिकं

« Oṃ hāṃ hauṃ hoṃ »—(le mantra) « pour apaiser les liens de l’ensemble transcendant des kalā »—ainsi est-il indiqué dans la leçon marquée du texte. Dans le rite d’installation (pratiṣṭhā), on doit employer trois mantras et encore un mantra unique supplémentaire, en y intégrant l’objet (viṣaya), la cause (kāraṇa) et Hari (Viṣṇu), avec des procédés tels que frapper/charger le yantra blanc et les actes connexes.

Verse 27

विधाय नाभिसूत्रस्थां सन्निधायाहुतीर्यजेत् ह्रीं भुवनानां शतं साग्रंपदानामष्टविंशतिं

Après avoir ordonné (le rite) avec le (nyāsa/mantra) établi au « fil du nombril » (nābhi-sūtra), et après avoir disposé à proximité les oblations (āhuti), on doit accomplir l’offrande. On emploiera le bīja « hrīṃ », avec cent (récitations/oblations) relatives aux bhuvana (mondes), et vingt-huit unités de padāni (unités métriques/mots) au complet.

Verse 28

वीजनाडीसमीराणां द्वयोरिन्द्रिययोरपि वर्णन्तत्त्वञ्च विषयमेकैकं गुणपञ्चकं

Il expose, pour chacun successivement, le principe (tattva), l’objet (viṣaya) et l’ensemble des cinq qualités (guṇa-pañcaka) se rapportant au vījana (éventail), à la nāḍī (canal tubulaire), aux vents (samīra), ainsi qu’aux deux sens (indriya).

Verse 29

हेतुं ब्रह्माण्डमन्त्रस्थं शम्बराणां चतुष्टयं निवृत्तौ पीतवर्णायामन्तर्भाव्य प्रताडयेत्

On doit insérer la formule « Hetu » (causale) dans le Brahmāṇḍa-mantra ; puis, dans le rite de Nivṛtti (retrait), après avoir enveloppé les quatre Śambara dans la visualisation de couleur jaune, on doit frapper/appliquer avec vigueur (contre l’obstruction).

Verse 30

आदौ यत्तत्त्वभागान्ते सूत्रे विन्यस्यपूजयेत् जुहुयादाहुतीस्तिस्रः सन्निधाय पावके

D’abord, après avoir posé (nyāsa) et adoré ce principe (tattva) à l’extrémité du sūtra (fil/formule rituelle), on doit ensuite offrir trois oblations (āhuti), le Feu (pāvaka) étant présent et correctement établi.

Verse 31

इत्यादाय कलासूत्रे योजयेच्छिष्यविग्रहात् सवीजायान्तु दीक्षायां समयाचारयागतः

Ainsi, après avoir pris le signe ou l’instrument rituel requis, on doit l’appliquer sur le kalā-sūtra (cordon/ligne des divisions rituelles), en le traçant à partir de la forme corporelle du disciple. Mais, dans une initiation « avec bīja » (syllabes-semences mantriques), il faut agir selon le samaya et l’ācāra établis, c’est-à-dire les vœux et la conduite rituelle prescrits.

Verse 32

देहारम्भकरक्षार्थं मन्त्रसिद्धिफलादपि इष्टापूर्तादिधर्मार्थं व्यतिरिक्तं प्रबन्धकं

Un « prabandhaka » (entreprise systématique) est ce qui se distingue des buts ordinaires : il est accompli pour la protection de l’existence incarnée et des actions entreprises, pour les fruits de l’accomplissement des mantras, et pour la finalité dharmique de rites tels que iṣṭa et pūrta.

Verse 33

चैतन्यबोधकं सूक्ष्मं कलानामन्तरे स्मरेत् अमुनैव क्रमेणाथ कुर्यात्तर्पणदीपने

On doit contempler, dans les intervalles des kalā (moments rituels), le principe subtil qui éveille la conscience. Puis, en suivant ce même ordre, on accomplira les rites de tarpaṇa (oblations de satisfaction) et de dīpana (allumage/illumination).

Verse 34

आहुतिभिः स्वमन्त्रेण तिसृभिस्तिसृभिस् तथा ॐ हौं शान्त्यतीतकलापाशाय स्वाहेत्यादितर्पणं ॐ हां हं हां शान्त्यतीतकलापाशाय हूम्फडित्यादिदीपनं तत् सूत्रं व्याप्तिबोधाय कलास्थानेषु पञ्चसु

Ensuite, avec des oblations—trois et trois—en utilisant son propre mantra (assigné) : le tarpaṇa commence par « Oṃ hauṃ, à Śāntyatīta-kalāpāśa, svāhā » ; et le dīpana (allumage/activation) commence par « Oṃ hāṃ haṃ hāṃ, à Śāntyatīta-kalāpāśa, hūṃ phaṭ ». Ce sūtra (fil mantrique) sert à faire connaître la vyāpti (pervasion) dans les cinq lieux appelés kalā-sthāna.

Verse 35

ह्रीं त्रिभुवनाधिपानामिति ख, चिह्नितपुस्तकपाठः पदानामूनविंशतिमिति ग, चिह्नितपुस्तकपाठः आदौ सतत्त्वभावेनेति ग, चिह्नितपुस्तकपाठः ॐ हां हौं हौं इति ग, चिह्नितपुस्तकपाठः सङ्गृह्य कुङ्कुमाज्येन तत्र साङ्गं शिवं यजेत् हूम्फडन्तैः कलामन्त्रैर् भित्त्वा पाशाननुक्रमात्

Après avoir rassemblé la substance d’offrande avec du kunkuma (safran) mêlé au ghee, on doit y adorer Śiva avec ses aṅga (membres/aspects associés). Ensuite, au moyen des kalā-mantras se terminant par les exclamations « hūṃ » et « phaḍ », on doit percer et trancher, successivement et selon l’ordre prescrit, les pāśa (liens/entraves). (Des variantes notées dans des manuscrits marqués comprennent : « hrīṃ, (des) seigneurs des trois mondes… », « dix-neuf moins (un) syllabes/mots… », « au début, avec la disposition de sat-tattva… », et « oṃ hāṃ hauṃ hauṃ… ».)

Verse 36

नमो ऽन्तैश् च प्रविश्यान्तः कुर्याद् ग्रहणबन्धने ॐ हूं हां हौं हां हूं फट् शान्त्यतीतकलां गृह्णामि बध्नामि चेत्यादिमन्त्रैः कलानां ग्रहणबन्धनादिप्रयोगः पाशादीनाञ्च स्वीकारो ग्रहणं बन्धनं पुनः

Étant entré à l’intérieur (de l’espace rituel prescrit) et en concluant par la formule de salut (« namo … »), on doit accomplir le rite de « saisie et ligature » (grahaṇa–bandhana) avec le mantra : « oṃ hūṃ hāṃ hauṃ hāṃ hūṃ phaṭ ». En disant : « Je saisis ; je lie la kalā qui a dépassé l’apaisement », et par des mantras semblables—telle est l’application pour la saisie, la ligature et les opérations connexes concernant les kalā ; et l’on doit aussi, rituellement, prendre le lasso (pāśa) et les autres instruments. Ainsi, de nouveau, la saisie et la ligature sont exposées.

Verse 37

पुरुषं प्रति निःशेषव्यापारप्रतिपत्तये उपवेश्याथ तत् सूत्रं शिष्यस्कन्धे निवेशयेत्

Afin que la personne saisisse pleinement l’ensemble de la procédure dans tous ses détails, après l’avoir d’abord fait asseoir, on doit ensuite placer ce cordon sacré (sūtra) sur l’épaule du disciple.

Verse 38

विस्तृताघप्रमोषाय शतं मूलेन होमयेत् शरावसम्पुटे पुंसः स्त्रियाश् च प्रणितोदरे

Pour l’effacement des fautes largement répandues, on doit offrir cent oblations (homa) avec la racine (mūla) prescrite ; ce rite s’accomplit dans un récipient couvert (śarāva-sampuṭa), posé sur l’abdomen d’un homme ou d’une femme.

Verse 39

हृदस्त्रसम्पुटं सूत्रं विधायाभ्यर्चयेद्धृदा सूत्रं शिवेन साङ्गेन कृत्वा सम्पातशोधितं

Après avoir préparé le cordon rituel, enveloppé et protégé par le mantra Hṛd-astra, on doit l’adorer avec le mantra Hṛd (du cœur). Ensuite, ayant conféré au cordon la puissance du mantra de Śiva avec ses membres auxiliaires (aṅga), et l’ayant purifié par le sampāta (aspersion/oblations mantrées), il devient ainsi nettoyé.

Verse 40

निदध्यात् कलशस्याधो रक्षां विज्ञापयेदिति शिष्यं पुष्पं करे दत्वा सम्पूज्य कलशादिकं

On doit placer le cordon/amulette de protection (rakṣā) sous le kalaśa (vase consacré) et instruire le disciple au sujet du rite de protection. Puis, mettant une fleur dans la main du disciple, on achève le culte du kalaśa et des instruments rituels associés.

Verse 41

प्रणमय्य वहिर्यायाद् यागमन्दिरमध्यतः मण्डलत्रितयं कृत्वा मुमुक्ष्वनुत्तराननान्

Après s’être prosterné avec vénération, on doit sortir du milieu de la salle sacrificielle ; ayant tracé le triple maṇḍala, le chercheur de délivrance doit adorer les divinités au visage sans égal.

Verse 42

भुक्तये पूर्ववक्त्रांश् च शिष्यांस्तत्र निवेशयेत् प्रथमे पञ्चगव्यस्य प्राशयेच्चुल्लकत्रयं

Pour le rite du repas, il doit y asseoir les disciples tournés vers l’est. Lors de la première occasion, il doit leur faire prendre le pañcagavya en trois petites portions.

Verse 43

पाणिना कुशयुक्तेन अर्चितानन्तरान्तरं चरुन्ततस्तृतीये तु ग्रासत्रितयसम्मितं

La main munie d’herbe kuśa, il doit offrir le caru consacré à intervalles réguliers ; et lors de la troisième occasion, la portion doit équivaloir à trois bouchées (grāsa).

Verse 44

अष्टग्रासप्रमाणं वा दशनस्पर्शवर्जितं पालाशपुटके मुक्तौ भुक्तौ पिप्पलपत्रके

On doit prendre la nourriture à la mesure de huit bouchées, en évitant le contact des dents. L’ayant placée dans une enveloppe de feuilles de palāśa, on l’offre, puis on la mange sur une feuille de pippala (aśvattha).

Verse 45

कुम्भमाज्येनेति ग, चिह्नितपुस्तकपाठः निदध्यान् पूर्ववद्धृदा इति ङ, चिह्नितपुस्तकपाठः हृदा सम्भोजनं दत्वा पूतैर् आचामयेज्जलैः दन्तकाष्ठं हृदा कृत्वा प्रक्षिपेच्छोभने शुभं

Avec le cœur (hṛdā), il doit offrir l’oblation prescrite—(certains manuscrits lisent) «(le vase) avec du ghee»—et méditer comme auparavant (une autre leçon est aussi signalée). Ensuite, avec le cœur, il doit faire l’offrande pour l’ācamana (rinçage rituel) puis se rincer avec des eaux purifiées. Ayant consacré intérieurement le bâtonnet dentaire (dantakāṣṭha), il doit le jeter en un lieu agréable et de bon augure.

Verse 46

न्यूनादिदोषमोषाय मूलेनाष्टोत्तरं शतं विधाय स्थिण्डिलेशाय सर्वकर्मसमर्पणं

Afin d’effacer les défauts tels que l’insuffisance dans le rite, on accomplira cent huit (108) oblations ou récitations avec le mūla-mantra ; puis l’on offrira et consacrera l’ensemble des actes du rite à Sthiṇḍileśa, le Seigneur présidant l’autel et le sol sacrificiel.

Verse 47

पूजाविसर्जनञ्चास्य चण्डेशस्य च पूजनं निर्माल्यमपनीयाथ शेषमग्नौ यजेच्चरोः

On accomplira aussi la clôture formelle et la congé rituelle (visarjana) de ce culte, et l’on vénérera également Caṇḍeśa. Ensuite, après avoir ôté le nirmālya —les restes floraux consacrés—, on offrira au feu la part restante du caru, l’offrande cuite.

Verse 48

कलशं लोकपलांश् च पूजयित्वा विसृज्य च विसृजेद्गणमग्निञ्च रक्षितं यदि वाह्यतः

Après avoir vénéré le kalaśa, le vase d’eau rituel, ainsi que les Lokapālas, Gardiens des Directions, puis les avoir congédiés selon le rite, on congédiera aussi les gaṇas assistants ; et le feu consacré—s’il a été entretenu à l’extérieur, hors de l’enceinte principale—devra être dûment sauvegardé et clôturé conformément à la règle.

Verse 49

वाह्यतो लोकपालानां दत्वा सङ्क्षेपतो बलिं भस्मना शुद्धतोयैर् वा स्नात्वा या गालयं विशेत्

À l’extérieur de l’enceinte sacrée, après avoir offert brièvement le bali aux Lokapālas, Gardiens des Directions, et s’être baigné soit avec de la cendre soit avec de l’eau purifiée, on entrera dans la yāga-śālā, la salle sacrificielle.

Verse 50

गृहस्थान् दर्भशय्यायां पूर्वशीर्षान् सुरक्षितान् हृदा सद्भस्मशय्यायां यतीन् दक्षिणमस्तकान्

Les gṛhasthas, maîtres de maison, doivent être déposés avec soin sur une couche d’herbe kuśa/darbha, la tête tournée vers l’est ; quant aux yatis, ascètes, ils doivent être déposés, avec une observance rituelle ferme, sur une couche de cendre sacrée, la tête tournée vers le sud.

Verse 51

शिखाबद्धसिखानस्त्रसप्तमाणवकान्वितान् विज्ञाय स्नापयेच्छिष्यांस्ततो यायात् पुनर्वहिः

Après avoir constaté qu’ils portent la śikhā correctement nouée et qu’ils sont munis d’armes avec les sept jeunes assistants (māṇavaka), il doit faire baigner les disciples ; ensuite, il doit de nouveau sortir au dehors.

Verse 52

ॐ हिलि हिलि त्रिशूलपाणये स्वाहा पञ्चगव्यञ्चरुं प्राश्य गृहीत्वा दन्तधावनं समाचम्य शिवं ध्यात्वा शय्यामास्थाय पावनीं

«Om—hili hili—au Porteur du Trident, svāhā.» Après avoir consommé le pañcagavya et le caru (offrande consacrée), puis saisi le bâtonnet pour se nettoyer les dents, après avoir accompli l’ācamana et médité Śiva, on doit s’étendre sur la couche purificatrice.

Verse 53

दीक्षागतङ्क्रियाकाण्डं संस्मरन् संविशेद्गुरुः इति सङ्क्षेपतः प्रोक्तो विधिर्दीक्षाधिवासने

En se remémorant la section rituelle (kriyā-kāṇḍa) relative à la dīkṣā (initiation), le guru doit ensuite se retirer pour se reposer. Ainsi, brièvement, a été exposée la procédure du dīkṣā-adhivāsana (rite préparatoire nocturne précédant l’initiation).

Frequently Asked Questions

The technical core is the activation (dīpana) and deployment of mūla/aṅga mantras through nyāsa and homa, centered on consecrating and installing a sūtra envisioned as Suṣumṇā, then performing kalā-pāśa purification and grahaṇa–bandhana operations to establish sannidhi and loosen bondage.

It frames initiation as a controlled purification-and-binding technology: the sūtra/nāḍī work, kalā-pāśa visualization, and seizing-binding rites function to reorganize subtle forces, establish divine presence, and progressively ‘pierce’ bonds (pāśa), making the procedure explicitly mokṣa-oriented rather than merely protective or prosperity-focused.