Adhyaya 52
Nagara KhandaTirtha MahatmyaAdhyaya 52

Adhyaya 52

Le chapitre 52, rapporté par Sūta, dessine une micro‑géographie sacrée centrée sur un sanctuaire : un roi installe Umā–Maheśvara et fait bâtir un temple, avec un bassin d’eau pure à l’avant. Il énumère ensuite, selon les directions, les lieux voisins dispensateurs de mérite : une vāpī (puits/bassin) hautement purificatrice près d’Agastya‑kuṇḍa (à l’est), la rivière Kapilā (au sud) associée à la siddhi issue du Sāṃkhya de Kapila, et un Siddhakṣetra où d’innombrables siddhas ont atteint l’accomplissement. Il présente aussi une Vaiṣṇavī śilā à quatre faces, destructrice de péchés. Le texte expose une théologie de la confluence : Sarasvatī se tient entre Gaṅgā et Yamunā, et une Triveṇī coule au-devant, accordant prospérité mondaine et délivrance. Il donne en outre des indications funéraires : la crémation et les rites accomplis à la Triveṇī sont dits conduire à la mokṣa, surtout pour les brāhmaṇas, et un signe visible semblable à une empreinte de veau (goṣpada) est cité comme preuve locale. Le discours culmine avec la légende de Rudrakoṭi/Rudrāvarta : des brāhmaṇas du sud de l’Inde, désireux d’obtenir la priorité du darśana, rencontrent Maheśvara manifesté en « koṭi » formes, d’où le nom du lieu. Sont prescrites des observances : visites à la caturdaśī (notamment en Āṣāḍha, Kārtika, Māgha et Caitra), rites de śrāddha, jeûne avec veille nocturne, don d’une vache kapilā à un brāhmaṇa qualifié, pratiques de mantra (japa du ṣaḍakṣara ; récitation du Śatarudrīya) et offrandes dévotionnelles de chant et de danse, sources de mérite.

Shlokas

Verse 1

। सूत उवाच । उमामहेश्वरौ तत्र स्थापितौ तेन भूभुजा । प्रासादं परमं कृत्वा साधुदृष्टिसुखप्रदम्

Sūta dit : Là, le roi installa Umā et Maheśvara ; puis, ayant édifié un temple d’une splendeur suprême, qui réjouit le regard des saints, il établit ce sanctuaire sacré.

Verse 2

तस्याग्रतः शुभं कुंडं तत्र चैव विनिर्मितम् । स्वच्छोदकेन सम्पूर्णं पद्मिनीखंडमंडितम्

Devant ce sanctuaire fut aussi creusé un beau bassin sacré (kuṇḍa), rempli d’une eau limpide et orné de touffes de lotus.

Verse 3

स्नात्वा तत्र नरो भक्त्या तौ पश्येद्यः समाहितः । माघशुक्लचतुर्दश्यां न स भूयोऽत्र जायते

L’homme qui s’y baigne avec dévotion et, l’esprit recueilli, contemple ce Couple divin—au quatorzième jour de la quinzaine claire de Māgha—ne renaît plus en ce monde.

Verse 4

तस्यैव पूर्वदिग्भागेऽगस्त्यकुण्डसमीपतः । अस्ति वापी महापुण्या सर्वपातकनाशिनी

Dans le quartier oriental de ce lieu, près du Kuṇḍa d’Agastya, se trouve un vāpī, puits à degrés d’un très grand mérite, qui anéantit tous les péchés.

Verse 5

तस्यां यः कुरुते स्नानं मासि वै फाल्गुने नरः । सोपवासः सिताष्टम्यां वांछितं लभते च सः

Quiconque se baigne dans ce vāpī au mois de Phālguna et observe le jeûne (upavāsa) au huitième jour de la quinzaine claire obtient la grâce désirée.

Verse 6

तस्या दक्षिणदिग्भागे तत्रास्ति कपिला नदी । कपिलो यत्र संप्राप्तः सिद्धिं सांख्यसमुद्भवाम्

Au sud de ce lieu coule la rivière Kapilā, là où Kapila obtint la siddhi spirituelle issue du Sāṅkhya.

Verse 7

कपिलायाश्च पूर्वेण सिद्धक्षेत्रं प्रकीर्तितम् । यत्र सिद्धिं गताः सिद्धाः पुरा शत सहस्रशः

À l’est de la Kapilā est célébré le Siddha-kṣetra, où jadis les Siddhas, par centaines de milliers, parvinrent à la perfection.

Verse 8

यो यं काममभिध्याय तपस्तत्र समाचरेत् । षण्मासाभ्यंतरे नूनं स तमाप्नोति मानवः

Quel que soit le désir qu’un homme médite puis, là, accomplisse l’austérité (tapas), en l’espace de six mois, assurément, il atteint ce but même.

Verse 9

तस्याधस्ताच्छिला विप्रा विद्यते वैष्णवी शुभा । भ्रमन्ती चतुरस्रा च सर्वपातकनाशिनी

Au-dessous de ce lieu, ô brāhmanes, se trouve une dalle de pierre Vaiṣṇavī, de bon augure ; dans son parcours tournoyant elle est comme un cercle et aussi à quatre côtés, anéantissant tous les péchés.

Verse 10

सदा महानदीतोयक्षालिता मुक्तिदा नृणाम् । गंगायमुनयोर्मध्ये संनिविष्टा सरस्वती

Toujours lavée par les eaux du grand fleuve, elle accorde la délivrance aux hommes : Sarasvatī, établie entre la Gaṅgā et la Yamunā.

Verse 11

त्रिवेणी वहते तस्याः पुरतो भुक्तिमुक्तिदा । तस्यामुपरि दग्धानां ब्राह्मणानां विशेषतः

Devant cela coule la Triveṇī, dispensant à la fois jouissance terrestre et délivrance ; et tout particulièrement aux brāhmanes dont le corps est incinéré sur ses rives (tel est le mérite proclamé).

Verse 12

नूनं मुक्तिर्भवेत्तेषां चिता भस्मनि गोष्पदम् । दृश्यते तत्र तज्ज्ञात्वा संस्कार्या ब्राह्मणा मृताः

Assurément, la délivrance leur advient : là, dans les cendres du bûcher funéraire, on voit une marque semblable à une « empreinte de sabot de vache ». Connaissant ce signe, les brāhmanes défunts doivent y recevoir, comme il se doit, les rites funéraires et les saṃskāra appropriés.

Verse 13

तस्यैवोत्तरदिग्भागे रुद्रकोटिर्द्विजोत्तमाः । अस्ति संपूजिता विप्रै र्दाक्षिणात्यैर्महात्मभिः

Sur son flanc nord, ô le meilleur des brāhmanes, se trouve le lieu saint nommé Rudrakoṭi, honoré avec révérence par des brāhmanes au grand cœur venus du pays du Sud.

Verse 14

महायोगिस्वरूपेण दाक्षिणात्या द्विजोत्तमाः । चमत्कारपुरे क्षेत्रे श्रुत्वा स्वयमुमापतिम्

Ô meilleurs des brahmanes ! Les brahmanes du Sud, ayant appris qu’Umāpati (Śiva) lui-même demeurait dans le kṣetra sacré de Camatkārapura sous la forme d’un grand yogin, furent saisis du désir de s’y rendre.

Verse 15

ततः कौतूहलाविष्टाः श्रद्धया परया युताः । कोटिसंख्या द्रुतं जग्मुस्तस्य दर्शनवांछया

Alors, saisis d’une sainte curiosité et remplis d’une foi suprême, eux—au nombre de crores—se mirent promptement en route, aspirant à son darśana.

Verse 16

अहंपूर्वमहंपूर्वं वीक्षयिष्यामि तं हरम् । इति श्रद्धासमो पेताश्चक्रुस्ते शपथं गताः

«Moi d’abord ! Moi d’abord je verrai Hara !»—ainsi, emportés par leur foi, ils se firent entre eux un serment.

Verse 17

एतेषां मध्यतो यस्तं महायोगिनमीश्वरम् । चरमं देवमीक्षेत भविष्यति स पापकृत्

Parmi eux, celui qui verrait le Seigneur—le grand Yogin—en dernier deviendrait un auteur de péché.

Verse 18

ततस्तेषामभिप्रायं ज्ञात्वा देवो महेश्वरः । भक्तिप्रीतो हितार्थाय कोटिरूपैर्व्यवस्थितः

Alors, comprenant leur intention, le Seigneur Maheśvara—réjoui par leur bhakti—pour leur bien, se disposa en des formes au nombre d’un crore.

Verse 19

हेलया दर्शनं प्राप्तः सर्वेषां द्विजसत्तमाः । ततः प्रभृति तत्स्थानं रुद्रकोटीतिविश्रुतम्

Sans peine (sans effort), tous obtinrent son darśana, ô très éminents des brahmanes ; dès lors, ce lieu devint renommé sous le nom de « Rudrakoṭi ».

Verse 20

तदर्थं पठितः श्लोको नारदेन पुरा द्विजाः । रुद्रावर्तं समालोक्य प्रहृष्टेन द्विजोत्तमाः

C’est pour cette raison même, ô brahmanes, que Nārada récita jadis un śloka ; et, voyant le Rudrāvarta, les meilleurs des brahmanes furent transportés de joie.

Verse 21

आषाढीं कार्तिकीं माघीं तथा चैत्रसमुद्भवाम् । धन्याः पृथिव्यां लप्स्यंते रुद्रावर्ते चतुर्दशीम्

Bienheureux sur la terre sont ceux qui obtiennent la Caturdaśī (le quatorzième tithi) à Rudrāvarta, qu’elle tombe en Āṣāḍha, en Kārtika, en Māgha, ou qu’elle survienne au mois de Caitra.

Verse 22

आजन्मशतसाहस्रं कृत्वा पापं नरः क्षितौ । रुद्रावर्तं समालोक्य विपाप्मत्वं प्रपद्यते

Quand bien même un homme sur la terre aurait commis des péchés durant cent mille naissances, le seul fait de contempler le Rudrāvarta lui fait atteindre l’état de pureté, libre de péché.

Verse 23

रुद्रावर्त्ते नरो गत्वा दृष्ट्वा योगेश्वरं हरम् । शुक्लपक्षे चतुर्दश्यां विपाप्मा जायते ध्रुवम्

Celui qui se rend à Rudrāvarta et contemple Hara, le Seigneur du Yoga, au jour de Caturdaśī (quatorzième tithi) de la quinzaine claire, devient assurément exempt de péché.

Verse 24

यस्तत्र कुरुते श्राद्धं महायोगिपुरे द्विजाः । रुद्रावर्ते स चाप्नोति फलं शतमखोद्भवम्

Ô vous, deux-fois-nés : quiconque accomplit là le śrāddha à Mahāyogipura, en Rudrāvarta, obtient le fruit issu de cent sacrifices (Satamakha) d’Indra.

Verse 25

उपवासपरो भूत्वा यः कुर्याद्रात्रिजागरम् । कामगेन विमानेन स स्वर्गे याति मानवः

Celui qui, voué au jeûne, veille toute la nuit, cet homme gagne le ciel dans un vimāna céleste qui se meut selon le désir.

Verse 26

तत्र यः कपिलां दद्याद्ब्राह्मणायाहिताग्नये । स गणः स्यान्न संदेहो हरस्य दयितस्तथा

Là, quiconque donne une vache kapilā (fauve) à un brāhmane qui entretient les feux sacrés devient, sans aucun doute, l’un des gaṇa, serviteurs de Śiva, et devient cher à Hara.

Verse 27

षडक्षरं जपेद्यस्तु महायोगिपुरः स्थितः । मंत्रं तस्य भवेच्छ्रेयः षङ्गुणं राजसूयतः

Mais celui qui, demeurant à Mahāyogipura, récite le mantra de six syllabes, voit pour lui son bienfait devenir six fois supérieur à celui du sacrifice Rājasūya.

Verse 28

यस्तस्य पुरतो भक्त्या जपेद्वा शतरुद्रियम् । चतुर्णामपि वेदानां सोऽधीतानां भजेत्फलम्

Quiconque, avec dévotion, chante le Śatarudriya devant Lui obtient le fruit d’avoir étudié les quatre Veda.

Verse 29

गीतं वा यदि वा नृत्यं तत्पुरः कुरुते नरः । स सर्वेषां भजेच्छ्रेयो मखानां नात्र संशयः

Qu’il s’agisse de chant ou de danse, l’homme qui l’accomplit devant ce Seigneur obtient le bien suprême, égal au mérite de tous les sacrifices ; là-dessus, nul doute.

Verse 30

एवमुक्त्वा द्विजश्रेष्ठाः स मुनिर्ब्रह्मसंभवः । विरराम ततो हृष्टस्तीर्थयात्रां गतो द्रुतम्

Ayant ainsi parlé, ô meilleurs des deux-fois-nés, ce sage—né de Brahmā—se tut alors ; puis, dans la joie, il partit promptement en pèlerinage vers les tīrtha.