Adhyaya 44
Nagara KhandaTirtha MahatmyaAdhyaya 44

Adhyaya 44

Le chapitre 44, rapporté par Sūta sous forme de discours théologique encadré, s’ouvre sur la contestation de Menakā. Viśvāmitra lui répond par une admonestation morale sévère sur l’attachement et les périls de l’enchevêtrement sensuel, surtout pour ceux qui observent des vœux (vratin). Le récit culmine dans un échange de malédictions : Menakā voue Viśvāmitra à des signes de vieillesse prématurée, et Viśvāmitra réplique par une malédiction semblable. Le tournant décisif réside dans le tīrtha lui-même : en se baignant dans les eaux du kunda, tous deux sont purifiés et retrouvent leur forme première, attestant la puissance exceptionnelle de purification et de restauration du lieu. Reconnaissant le māhātmya du tīrtha, Viśvāmitra y installe un Śiva-liṅga nommé Viśvāmitreśvara et entreprend des austérités. Le texte énonce l’économie rituelle du site : le snāna et la pūjā du liṅga mènent à la demeure de Śiva, à l’obtention du devaloka et à la jouissance en compagnie des ancêtres. Le chapitre se clôt en proclamant la renommée du tīrtha à travers les mondes et sa capacité à détruire les péchés.

Shlokas

Verse 1

। मेनकोवाच । नूनं हि कामधर्मे त्वं न प्रवीणो महाद्युते । तेन मामीदृशैर्वाक्यैर्निवारयसि रागिणीम्

Menakā dit : Assurément tu n’es pas versé dans le dharma de l’amour, ô toi d’un grand éclat ; c’est pourquoi tu me retiens, moi qui suis pleine de passion, par de telles paroles.

Verse 2

सूत उवाच । एवमुक्तस्ततो भूयो विश्वामित्रोऽब्रवीदिदम् । कोपेन महता युक्तो निःस्पृहस्तत्परिग्रहे

Sūta dit : Lorsqu’elle eut ainsi parlé, Viśvāmitra répondit de nouveau, rempli d’une grande colère et sans désir de l’accepter.

Verse 3

विश्वामित्र उवाच । त्वं जीव गच्छ वा मृत्युं नाहं कर्तास्मि ते वचः । व्रतनाशात्तु यत्पापमधिकं स्त्रीवधाद्भवेत्

Viśvāmitra dit : «Vis et va-t’en — ou va vers la mort ; je n’agirai pas selon ta parole. Car le péché né de la rupture d’un vœu sacré (vrata) est dit plus grand que celui qui vient du meurtre d’une femme.»

Verse 4

प्रायश्चित्तं बुधैरुक्तं व्रतिनां स्त्रीवधे कृते । न संगात्तु पुनस्तासां तस्मात्त्वं गन्तुमर्हसि

Les sages ont enseigné une expiation (prāyaścitta) pour ceux qui observent des vœux, même si la mort d’une femme a eu lieu ; mais pour une nouvelle fréquentation avec elles, il n’est plus de remède—c’est pourquoi tu dois t’en aller.

Verse 5

न केवलं व्रतोपेताः स्त्रीसंगात्पापमाप्नुयुः । व्रतबाह्या अपि नराः सक्ताः स्त्रीषु पतंत्यधः

Ce ne sont pas seulement ceux qui sont liés par des vœux qui contractent le péché par la fréquentation des femmes ; même les hommes sans vœu, s’ils s’y attachent, chutent vers le bas.

Verse 6

संसारभ्रमणं नारी प्रथमेपि समागमे । वह्निप्रदक्षिणा व्याजन्यायेनैव प्रदर्शयेत्

Dès la toute première rencontre, une femme peut mettre en mouvement la roue de l’errance dans le saṃsāra—comme on fait tourner autour du feu sous prétexte de pradakṣiṇā (circumambulation rituelle).

Verse 7

तस्मात्स्त्रीभिः समं प्राज्ञः संभाषामपि वर्जयेत् । आस्तां तावत्समासंगं य इच्छेच्छ्रेय आत्मनः

Ainsi, l’homme sage doit éviter même la simple conversation avec les femmes; à plus forte raison une fréquentation prolongée—s’il recherche pour lui-même le bien suprême.

Verse 8

अंगार सदृशा नारी घृतकुंभसमः पुमान् । अस्पर्शाद्दृढतामेति तत्संपर्काद्विलीयते

La femme est semblable à une braise ardente; l’homme, à un vase de ghee. Sans contact, il se raffermit; par le contact, il se liquéfie.

Verse 9

स्त्रियो मूलमनर्थानां सर्वेषां प्राणिनां भुवि । तस्मात्त्याज्या सुदूरेण ताः स्वर्गस्य निरोधकाः

On dit que les femmes sont la racine des calamités pour tous les êtres sur la terre; aussi faut-il s’en tenir très loin, car elles sont décrites comme faisant obstacle au ciel.

Verse 10

कुलीना वित्तवत्यश्च नाथवत्योऽपि योषितः । एकस्मिन्नंतरे रागं कुर्वंत्येताः सुचञ्चलाः

Même les femmes de noble lignée, riches, et même protégées par un époux—tant elles sont changeantes—peuvent, en un instant, porter leur attachement ailleurs.

Verse 12

न स्त्रीभ्यः किंचिदन्यद्धि पापाय विद्यते भुवि । यासां संगसमासाद्य संसारे भ्रमते जनः । नीचोऽपि कुरुते सेवां यस्तासां विजनेष्वथ । विरूपं वापि नीचं वा तं सेवन्ते हि ताः स्त्रियः

Sur la terre, rien n’est déclaré mener au péché autant que la fréquentation des femmes; parvenu à leur compagnie, l’homme erre dans le saṃsāra. Même un homme vil les sert en des lieux déserts; et les femmes, en vérité, s’attachent à un tel homme—qu’il soit laid ou de basse condition.

Verse 13

अनर्थत्वान्मनुष्याणां भयात्परिजनस्य च । मर्यादायाममर्यादाः स्त्रियस्तिष्ठन्ति भर्तृषु

À cause des conséquences funestes pour les hommes, et par crainte de leurs proches, même les femmes sans retenue demeurent dans les bornes de la bienséance auprès de leurs époux.

Verse 14

सूत उवाच । एवं संभर्त्सिता तेन मेनका कोपसंयुता । शशाप तं मुनिश्रेष्ठं स्फुरमाणोष्ठसंपुटा

Sūta dit : Ainsi réprimandée par lui, Menakā, saisie de colère, les lèvres frémissantes, maudit ce sage éminent.

Verse 15

यस्मात्त्वया परित्यक्ता सकामाहं सुदुर्मते । त्यजता कामजं धर्मं तस्माच्छापं गृहाण मे

« Puisque tu m’as abandonnée, moi qui demeure encore pleine de désir, ô esprit pervers, toi qui as rejeté le dharma né du désir, reçois donc ma malédiction ! »

Verse 16

अद्यैव भव दुबुर्द्धे वलीपलितसंयुतः । जराजर्ज्जरितांगश्च तुच्छदृष्टिर्विरंगितः

« Dès ce jour même, ô insensé, deviens ridé et couvert de cheveux blancs ; que la vieillesse brise tes membres, que ta vue s’affaiblisse et que ton teint se décolore. »

Verse 17

सूत उवाच । उक्तमात्रे तु वचने तत्क्षणान्मुनिसत्तमः । बभूव तादृशः सद्यस्तया यादृक्प्रकीर्तितः

Sūta dit : À peine ces paroles furent-elles prononcées qu’à l’instant même le sage éminent devint exactement tel qu’elle l’avait proclamé.

Verse 18

ततः कोपपरीतात्मा सोऽपि तां शप्तुमुद्यतः । कमण्डलोर्जलं गृह्य संतापाद्रक्तलोचनः

Alors, l’esprit envahi par la colère, lui aussi s’apprêta à la maudire ; prenant l’eau de son kamaṇḍalu, ses yeux rougirent sous l’ardeur de la détresse.

Verse 19

निर्दोषोऽपि त्वया यस्माच्छप्तोऽहं गणिकाधमे । तस्माद्भव त्वमप्याशु जराजर्जरितांगिका

Bien que je sois sans faute, puisque tu m’as maudit, ô la plus vile des courtisanes, toi aussi—bien vite—deviens celle dont le corps est brisé par la vieillesse.

Verse 20

सापि तद्वचनात्सद्यस्तादृग्रूपा व्यजायत । यादृशोऽसौ मुनिश्रेष्ठो वलीपलितगात्रभृत्

À ces seules paroles, elle prit aussitôt cette même apparence—semblable au plus éminent des sages, dont le corps portait rides et cheveux blanchis.

Verse 21

अथ तादृक्स्वरूपेण स्नाता तत्र जला शये । भूयोऽपि तादृशी जाता यादृशी संस्थिता पुरा

Puis, sous cette forme changée, elle se baigna là dans les eaux du lac ; et elle redevint comme auparavant, rétablie en son état d’origine.

Verse 22

तद्दृष्ट्वा परमाश्चर्यमतीव त्वरयान्वितः । सोऽपि तत्राकरोत्स्नानं संजातश्च यथा पुरा

Voyant ce prodige souverainement merveilleux, lui aussi—plein d’empressement—se baigna là ; et, de même, il redevint comme auparavant.

Verse 23

ततस्तौ तीर्थमाहात्म्याद्रूपौदार्यगुणान्वितौ । मिथ आमंत्र्य संहृष्टौ गतौ देशं यथेप्सितम्

Ensuite, par la grandeur de ce tīrtha, tous deux furent comblés de beauté, de noblesse et de vertu; puis, se saluant l’un l’autre avec joie, ils gagnèrent le lieu qu’ils désiraient.

Verse 24

एवं तीर्थस्य माहात्म्यं विज्ञाय भगवानृषिः । लिंगं संस्थापयामास देवदेवस्य शूलिनः

Ainsi, ayant compris la grandeur du tīrtha, le vénérable ṛṣi établit un liṅga de Śūlin—Śiva, le Seigneur des seigneurs.

Verse 25

तपश्चकार सुमहत्तस्मिंस्तीर्थवरे तदा । कुशस्तम्बेन कृतवांस्तत्सरो विपुलं विभुः

Alors, en ce tīrtha d’excellence, il accomplit de très grandes austérités; et ce puissant y créa un vaste lac au moyen d’une touffe d’herbe kuśa.

Verse 26

तत्र स्नात्वा नरो यस्तु पूजयेल्लिंगमुत्तमम् । विश्वामित्रेश्वरं ख्यातं स गच्छेच्छिवमंदिरम्

Quiconque s’y baigne et y vénère ce liṅga suprême—célèbre sous le nom de Viśvāmitreśvara—atteindra la demeure de Śiva.

Verse 27

अद्यापि दृश्यते तत्र गंगोदकसमं जलम् । सर्वपापहरं पुण्यं सर्वकामप्रदायकम्

Aujourd’hui encore, on y voit une eau égale à celle du Gaṅgā—sainte, qui efface tous les péchés et accorde tout désir légitime.

Verse 28

यस्तत्र कुरुते स्नानं श्रद्धापूतेन चेतसा । स देवलोकमासाद्य पितृभिः सह मोदते

Celui qui s’y baigne, l’esprit purifié par la foi, atteint le monde des dieux et se réjouit avec les ancêtres (pitṛ).

Verse 29

ततःप्रभृति तत्तीर्थं ख्यातिं प्राप्तं महीतले । पाताले स्वर्गलोके च रूपौदार्यप्रदं नृणाम्

Dès lors, ce tīrtha acquit la renommée sur la terre—ainsi qu’en Pātāla et au ciel—accordant aux hommes beauté et noblesse.

Verse 30

एतद्वः सर्वमाख्यातं यत्पृष्टोऽस्मि द्विजोत्तमाः । विश्वामित्रेश माहात्म्यं सर्वपातकनाशनम्

Ô meilleurs des deux-fois-nés, je vous ai entièrement rapporté tout ce que vous m’avez demandé : la grandeur de Viśvāmitreśa, qui détruit tout péché.

Verse 44

इति श्रीस्कांदे महापुराण एकाशीतिसाहस्र्यां संहितायां षष्ठे नागरखंडे श्रीहाटकेवरक्षेत्रमाहात्म्ये विश्वामित्रकुण्डोत्पत्ति विश्वामित्रेश्वरमाहात्म्यवर्णनंनाम चतुश्चत्वारिंशत्तमोऽध्यायः

Ainsi, dans le saint Skanda Mahāpurāṇa, dans la saṃhitā de quatre-vingt-un mille vers, au sixième livre—Nāgara Khaṇḍa—au sein du Māhātmya de la région sacrée de Śrīhāṭakevara, s’achève le quarante-quatrième chapitre, intitulé : «Origine de l’étang de Viśvāmitra et description de la grandeur de Viśvāmitreśvara».