Adhyaya 255
Nagara KhandaTirtha MahatmyaAdhyaya 255

Adhyaya 255

Le chapitre 255 unit la théologie des tīrtha aux prescriptions rituelles de la vie domestique. Il affirme que le śāligrāma du fleuve Gaṇḍakī est svayaṃbhū, manifestation naturelle non façonnée, et associe la Narmadā à Mahēśvara, établissant ainsi une typologie sacrée des épiphanies de la nature. Le discours énumère ensuite les voies de la dévotion—écouter, réciter partiellement, réciter intégralement et lire avec droiture sans tromperie—comme efficaces pour atteindre l’« état suprême », défini comme l’absence de chagrin. Un régime centré sur le Cāturmāsya est exposé : culte particulier à Gaṇeśa pour les gains, à Sūrya pour la santé, et pratique pañcāyatana pour les maîtres de maison, avec des fruits intensifiés durant les quatre mois. Le chapitre met au premier plan l’adoration de Lakṣmī–Nārāyaṇa par le śāligrāma (avec la dvāravatī-śilā, la tulasī et le śaṅkha dakṣiṇāvarta), promettant purification, prospérité, stabilité de « Śrī » au foyer et résultats orientés vers la délivrance. La conclusion souligne que la bhakti suffit à tous, car adorer le Seigneur omniprésent revient à adorer l’univers tout entier.

Shlokas

Verse 1

गालव उवाच । एवं ते लब्धशापाश्च पार्वतीशाप पीडिताः । अनपत्या बभूवुश्च तथा च प्रतिमानवाः

Gālava dit : Ainsi, ayant encouru la malédiction et étant tourmentés par la malédiction de Pārvatī, ils devinrent sans descendance ; et, de plus, ils furent comme de simples effigies — de forme humaine, mais comme privés de toute continuité vivante.

Verse 2

शालग्रामस्तु गंडक्यां नर्मदायां महेश्वरः । उत्पद्यते स्वयंभूश्च तावेतौ नैव कृत्रिमौ

Le Śālagrāma se manifeste dans la Gaṇḍakī, et Maheśvara se manifeste dans la Narmadā. Tous deux sont svayambhū, nés d’eux-mêmes, et jamais façonnés par la main de l’homme.

Verse 3

चतुर्विंशतिभेदेन शालग्रामगतो हरिः । परीक्ष्यः पुरुषैर्नित्यमेकरूपः सदाशिवः

Hari, demeurant dans le Śālagrāma, est dit revêtir vingt-quatre formes distinctes. Pourtant, les dévots doivent toujours le reconnaître comme l’Unique—d’une seule essence—nul autre que Sadāśiva.

Verse 4

शालग्रामशिला यत्र गंडकीविमले जले । तत्र स्नात्वा च पीत्वा च ब्रह्मणः पदमाप्नुयात्

Là où se trouve la pierre de Śālagrāma dans les eaux pures de la Gaṇḍakī—en s’y baignant et en buvant cette eau, on atteint l’état sublime (pada) de Brahmā.

Verse 5

तां पूजयित्वा विधिवद्गंडकीसंभवां शिलाम् । योगीश्वरो विशुद्धात्मा जायते नात्र संशयः

Après avoir vénéré selon le rite prescrit cette pierre née de la Gaṇḍakī (le Śālagrāma), on devient seigneur parmi les yogin, l’âme purifiée ; il n’y a là aucun doute.

Verse 6

एतत्ते कथितं सर्वं यत्पृष्टोऽहमिह त्वया । यथा हरो विप्रशापं प्राप्तवांस्तन्निशामय

Ainsi t’ai-je exposé tout ce que tu m’as demandé ici. Écoute maintenant comment Hara (Śiva) en vint à recevoir la malédiction d’un brāhmane.

Verse 7

यः शृणोति नरो भक्त्या वाच्यमानामिमां कथाम् । गिरीशनृत्यसंबन्धामुमादेहार्द्धवर्णिताम्

Celui qui, avec dévotion, écoute ce récit récité—lié à la danse de Girīśa (Śiva) et décrivant Umā comme partageant la moitié de son corps—

Verse 8

ब्रह्मणः स्तुतिसंयुक्तां स गच्छेत्परमां गतिम् । श्लोकार्द्धं श्लोकपादं वा समस्तं श्लोकमेव वा

—et accompagné de la louange de Brahmā—il atteindra la voie suprême, qu’il entende (ou récite) un demi-vers, un quart de vers, ou même le vers entier.

Verse 9

यः पठेदविरोधेन मायामानविवर्जितः । स याति परमं स्थानं यत्र गत्वा न शोचति

Quiconque le récite sans esprit de querelle, exempt de tromperie et d’orgueil, parvient au séjour suprême ; une fois là, il ne s’afflige plus.

Verse 11

यथा ब्रह्मादयो देवा गीतवाद्याभियोगतः । परां सिद्धि मवापुस्ते दुर्गाशिवसमीपतः

De même que Brahmā et les autres dieux, par leur engagement dévot dans le chant et la musique instrumentale, obtinrent l’accomplissement suprême en présence de Durgā et de Śiva—

Verse 12

वर्षाकाले च संप्राप्ते भक्तियोगे जनार्दने । महेश्वरेऽथ दुर्गायां न भूयः स्तनपो भवेत्

Quand vient la saison des pluies, si l’on demeure dans le bhakti-yoga envers Janārdana, et de même envers Maheśvara et Durgā, on ne redeviendra plus un nourrisson ; autrement dit, on ne renaîtra plus.

Verse 13

गणेशस्य सदा कुर्याच्चातुर्मास्ये विशेषतः । पूजां मनुष्यो लाभार्थं यत्नो लाभप्रदो हि सः

L’homme doit toujours accomplir le culte de Gaṇeśa, tout particulièrement durant Cāturmāsya. S’il s’y applique en quête de prospérité, cet effort même devient, en vérité, dispensateur de gain.

Verse 14

सूर्यो नीरोगतां दद्याद्भक्त्या यैः पूज्यते हि सः । चातुर्मास्ये समायाते विशेषफलदो नृणाम्

Le Soleil accorde l’absence de maladie à ceux qui le vénèrent avec dévotion. Et lorsque survient la saison sacrée de Cāturmāsya, ce culte donne aux hommes un fruit tout particulier.

Verse 15

इदं हि पंचायतनं सेव्यते गृहमेधिभिः । चातुर्मास्ये विशेषेण सेवितं चिंतितप्रदम्

En vérité, ce culte du Pañcāyatana est pratiqué par les maîtres de maison. Lorsqu’il est accompli tout spécialement durant Cāturmāsya, il accorde ce que l’on a chéri et désiré dans le cœur.

Verse 16

शालग्रामगतं विष्णुं यः पूजयति नित्यदा । द्वारवतीचक्रशिलासहितं मोक्षदायकम्

Quiconque vénère chaque jour Viṣṇu présent dans le Śālagrāma, avec la sainte Cakra-śilā de Dvāravatī, vénère ce qui accorde mokṣa, la délivrance.

Verse 17

चातुर्मास्ये विशेषेण दर्शनादपि मुक्तिदम् । यस्मिन्स्तुते स्तुतं सर्वं पूजिते पूजितं जगत्

Durant le Cāturmāsya, tout particulièrement, la seule vision de Lui accorde la délivrance. Car lorsqu’Il est loué, tout est loué; lorsqu’Il est adoré, l’univers entier est adoré.

Verse 18

पूजितः पठितो ध्यातः स्मृतो वै कलुषापहः । शालग्रामे किं पुनर्यच्छालग्रामगतो हरिः

Lorsqu’Il est adoré, récité, médité ou simplement rappelé, Il dissipe assurément toute souillure. Combien plus encore lorsque Hari Lui-même est présent dans le Śālagrāma !

Verse 19

पुनर्हि हरिनैवेद्यं फलं चापि धृतं जलम् । चातुर्मास्ये विशेषेण शालग्रामगतं शुभम्

De plus, les offrandes (naivedya) faites à Hari — fruits et même l’eau tenue pour l’offrande — deviennent tout particulièrement propices durant le Cāturmāsya lorsqu’elles sont offertes à Hari présent dans le Śālagrāma.

Verse 20

तिलाः पुनंत्यर्पिताश्च शालग्रामस्य शूद्रज । चातुमास्ये विशेषेण नरं भक्त्या समन्वितम्

Ô fils d’un Śūdra, les graines de sésame offertes au Śālagrāma purifient. Tout particulièrement durant le Cāturmāsya, elles purifient l’homme doté de bhakti, la dévotion.

Verse 21

स लक्ष्मीसहितो नित्यं धनधान्यसमन्वितः । महाभाग्यवतां गेहे जायते नात्र संशयः

Lui, toujours accompagné de Lakṣmī et pourvu de richesses et de grains, naît — c’est-à-dire se manifeste — dans la demeure des très fortunés ; là-dessus, nul doute.

Verse 22

स लक्ष्मीसहितो विष्णुर्विज्ञेयो नात्र संशयः । तं पूजयेन्महाभक्त्या स्थिरा लक्ष्मीर्गृहे भवेत्

Sachez qu’Il est Viṣṇu avec Lakṣmī—sans aucun doute. Qu’on L’adore avec une grande dévotion; alors Lakṣmī demeurera stable au sein du foyer.

Verse 23

तावद्दरिद्रता लोके तावद्गर्जति पातकम् । तावत्क्लेशाः शरीरेऽस्मिन्न यावत्पूजयेद्धरिम्

Tant qu’on n’adore pas Hari, la pauvreté demeure dans le monde, le péché rugit à haute voix, et les afflictions persistent dans ce corps même.

Verse 24

स एव पूज्यते यत्र पंचक्रोशं पवित्रकम् । करोति सकलं क्षेत्रं न तवाऽशुभसंभवः

Là où Il est adoré, le saint circuit de cinq krośas est sanctifié. Il purifie tout le kṣetra; là, aucun mal ne peut naître pour toi.

Verse 25

एतदेव महाभाग्यमेतदेवमहातपः । एष एव परो मोक्षो यत्र लक्ष्मीशपूजनम्

Ceci seul est la fortune suprême; ceci seul est l’austérité la plus haute. Ceci même est la délivrance suprême: là où s’accomplit le culte du Seigneur de Lakṣmī.

Verse 26

शंखश्च दक्षिणावर्त्तो लक्ष्मीनारायणात्मकः । तुलसी कृष्णसारोऽत्र यत्र द्वारवती शिला । तत्र श्रीर्विजयो विष्णुर्मुक्तिरेवं चतुष्टयम्

Là où se trouve la conque tournant vers la droite (dakṣiṇāvarta), forme de Lakṣmī‑Nārāyaṇa; là où sont la Tulasī et la peau d’antilope noire; et là où se trouve la śilā sacrée de Dvāravatī—y résident les quatre grâces: prospérité (Śrī), victoire, présence de Viṣṇu et délivrance.

Verse 27

लक्ष्मीनारायणे पूजां विधातुर्मनुजस्य तु । ददाति पुण्यमतुलं मुक्तो भवति तत्क्षणात्

À celui qui accomplit le culte de Lakṣmī-Nārāyaṇa est accordé un mérite incomparable ; et à l’instant même il obtient la délivrance.

Verse 28

चातुर्मास्ये विशेषेण पूज्यो लक्ष्मीयुतो हरिः

Surtout durant le Cāturmāsya, Hari uni à Lakṣmī doit être vénéré.

Verse 29

कुर्वतस्तस्य देवस्य ध्यानं कल्मषनाशनम् । तुलसीमञ्जरीभिश्च पूजितो जन्मनाशनः

La méditation sur cette Divinité détruit les souillures ; et lorsqu’Il est honoré par des grappes de fleurs de tulasī, Il devient Celui qui anéantit la renaissance.

Verse 30

पूजितो बिल्वपत्रेण चातुर्मास्येऽघहृत्तमः

Durant le Cāturmāsya, lorsqu’Il est vénéré avec des feuilles de bilva, Il devient le suprême effaceur des péchés.

Verse 31

सर्वप्रयत्नेन स एव सेव्यो यो व्याप्य विश्वं जगतामधीशः । काले सृजत्यत्ति च हेलया वा तं प्राप्य भक्तो न हि सीदतीति

Avec tous nos efforts, c’est Lui seul qu’il faut servir : le Seigneur des êtres, qui pénètre l’univers entier. En son temps, Il crée et Il résorbe aussi toute chose, même sans peine ; l’âme dévote qui L’a atteint ne sombre jamais dans la ruine.

Verse 255

इति श्रीस्कांदे महापुराण एकाशीतिसाहस्र्यां संहितायां षष्ठे नागरखण्डे हाटकेश्वरक्षेत्रमाहात्म्ये शेषशाय्युपाख्याने ब्रह्मनारदसंवादे चातुर्मास्यमाहात्म्ये लक्ष्मीनारायणमहिमवर्णनंनाम पञ्चपञ्चाशदुत्तरद्विशततमोअध्यायः

Ainsi s’achève le chapitre intitulé « Glorification de Lakṣmī–Nārāyaṇa » dans le Śrī Skanda Mahāpurāṇa, au sein de l’Ekāśītisāhasrī Saṃhitā, dans le sixième livre, le Nāgara Khaṇḍa, à l’intérieur du Māhātmya du kṣetra de Hāṭakeśvara, dans l’épisode de Śeṣaśāyī, dans le dialogue de Brahmā et de Nārada, dans le Cāturmāsya Māhātmya—chapitre 255.