Adhyaya 237
Nagara KhandaTirtha MahatmyaAdhyaya 237

Adhyaya 237

Ce chapitre prend la forme d’un dialogue théologique entre Brahmā et Nārada, qui codifie le temps rituel, la discipline éthique et l’intention dévotionnelle dans le culte de Viṣṇu. Nārada demande quand adopter prescriptions et interdits à proximité de Viṣṇu ; Brahmā répond en indiquant le repère calendaire de la « Karka-saṅkrānti » et prescrit l’adoration avec l’offrande d’arghya au moyen des fruits auspices du jambū, accompagnée d’une intention guidée par les mantras : l’abandon de soi à Vāsudeva. Brahmā établit ensuite le vidhi (injonctions védiques) et le niṣedha (retenue réglementée) comme deux normes complémentaires, affirmant que toutes deux sont fondées en Viṣṇu et doivent être pratiquées avec bhakti, surtout durant le cāturmāsya, décrit comme une période de bon augure universel. Lorsque Nārada interroge l’observance la plus féconde pendant le « sommeil » de la divinité, Brahmā désigne le Viṣṇu-vrata et élève le brahmacarya au rang de vœu essentiel et suprême, force centrale qui rend possibles tapas et dharma. Le chapitre dresse enfin un catalogue d’éthique : homa, respect des brāhmaṇas, satya (vérité), dayā (compassion), ahiṃsā (non-violence), non-vol, maîtrise de soi, absence de colère, détachement, étude des Veda, connaissance et esprit consacré à Kṛṣṇa. Un tel pratiquant est dit « libéré vivant » et sans souillure de péché. La conclusion souligne que même une observance partielle durant le cāturmāsya porte ses fruits, que le corps est purifié par le tapas, et que la dévotion à Hari est le principe unificateur de tout le système des vœux.

Shlokas

Verse 1

नारद उवाच । कदा विधिनिषेधौ च कर्तव्यौ विष्णुसन्निधौ । युष्मद्वाक्यामृतं पीत्वा तृप्तिर्मम न विद्यते

Nārada dit : «Quand, en la présence de Viṣṇu, faut-il entreprendre les prescriptions et les abstinences ? Ayant bu le nectar de vos paroles, ma satiété ne s’élève pourtant pas.»

Verse 2

ब्रह्मोवाच । कर्कसंक्रांतिदिवसे विष्णुं संपूज्य भक्तितः । फलैरर्घ्यः प्रदातव्यः शस्तजंबूफलैः शुभैः

Brahmā dit : «Le jour de Karka-saṃkrānti, lorsque le Soleil entre dans le Cancer, adorez Viṣṇu avec dévotion. Puis offrez l’arghya avec des fruits, surtout avec de beaux fruits de jambū, de bon augure.»

Verse 3

जंबूद्वीपस्य संज्ञेयं फलेन च विजायते । मन्त्रेणानेन विप्रेंद्र श्रद्धाधर्मसुसंयतैः

«Par ce fruit, il faut comprendre l’appellation “Jambūdvīpa”, car c’est du fruit de jambū qu’elle semble, pour ainsi dire, être “née”. Ô le meilleur des brāhmaṇas, que ceux qui sont bien réglés dans la foi (śraddhā) et le dharma l’accomplissent avec ce mantra.»

Verse 4

षण्मासाभ्यंतरे मृत्युर्यत्र क्वापि भवेन्मम । तन्मया वासुदेवाय स्वयमात्मा निवेदितः

«Si, d’ici six mois, la mort devait m’atteindre en quelque lieu que ce soit, alors, de mon plein gré, j’ai offert mon être même à Vāsudeva.»

Verse 5

इति मंत्रेणार्घ्यम् । ततो विधिनिषेधौ च ग्राह्यौ भक्त्या हरेः पुरः । चातुर्मास्ये समायाते सर्वलोकमहासुखे

«Telle est l’offrande d’arghya avec le mantra. Ensuite, avec dévotion, devant Hari, il faut adopter prescriptions et abstinences, lorsque vient le Cāturmāsya, grande félicité de bon augure pour tous les mondes.»

Verse 6

विधिर्वेदविधिः कार्यो निषेधो नियमो मतः । विधिश्चैव निषेधश्च द्वावेतौ विष्णुरेव हि

L’injonction doit être accomplie selon l’ordonnance védique ; l’interdit est compris comme niyama, la discipline de la maîtrise de soi. En vérité, injonction et interdiction—ces deux—ne sont nul autre que Viṣṇu lui-même.

Verse 7

तस्मात्सर्वप्रयत्नेन सेव्य एव जनार्दनः । विष्णोः कथा विष्णुपूजा ध्यानं विष्णोर्नतिस्तथा

Ainsi, de tout effort, c’est Janārdana seul qu’il faut servir : par le récit et l’enseignement sur Viṣṇu, par le culte rendu à Viṣṇu, par la méditation sur Viṣṇu, et de même par la prosternation devant Viṣṇu.

Verse 8

सर्वमेव हरिप्रीत्या यः करोति स मुक्तिभाक् । वर्णाश्रमविधेर्मूर्तिः सत्यो विष्णुः सनातनः

Celui qui accomplit toute action dans l’intention de plaire à Hari devient héritier de la délivrance. Viṣṇu, éternel et toujours véridique, est la forme incarnée des prescriptions du varṇa et de l’āśrama (devoirs sacrés selon l’ordre et l’étape de vie).

Verse 10

नारद उवाच । किं व्रतं किं तपः प्रोक्तं ब्रह्मन्ब्रूहि सविस्तरम् । सुप्ते देवे मया कार्यं कृतं यच्च महाफलम्

Nārada dit : «Quel vœu et quelle austérité ont été prescrits ? Ô Brahmane, expose-les-moi en détail. Lorsque le Seigneur demeure dans le sommeil yogique, quelle pratique dois-je accomplir, celle qui porte un grand fruit ?»

Verse 11

ब्रह्मोवाच । व्रतं विष्णुव्रतं विद्धि विष्णुभक्तिसमन्वितम् । तपश्च धर्मवर्तित्वं कृच्छ्रादिकमथापि वा

Brahmā dit : «Sache que le vœu est un vœu de Viṣṇu, accompagné de dévotion à Viṣṇu. Et sache que l’austérité est la conduite ferme dans le dharma—ou bien des pénitences rituelles telles que le Kṛcchra et des disciplines apparentées.»

Verse 12

शृणु व्रतस्य माहात्म्यं वक्ष्यामि प्रथमं तव । ब्रह्मचर्यव्रतं सारं व्रतानामुत्तमं व्रतम्

Écoute la grandeur de ce vœu ; d’abord je te l’énoncerai. Le vœu de brahmacarya (continence sacrée) est l’essence des vœux — le plus élevé des observances.

Verse 13

ब्रह्मचर्यं तपः सारं ब्रह्मचर्यं महत्फलम् । क्रियासु सकलास्वेव ब्रह्मचर्यं विवर्द्धयेत्

Le brahmacarya est l’essence même de l’austérité ; le brahmacarya porte un fruit immense. Dans tout acte et tout rite sacré, il faut faire croître et maintenir le brahmacarya.

Verse 14

ब्रह्मचर्यप्रभावेण तप उग्रं प्रवर्त्तते । ब्रह्मचर्यात्परं नास्ति धर्मसाधन मुत्तमम्

Par la puissance du brahmacarya, l’austérité ardente devient efficace et s’accomplit. Il n’est pas de moyen plus élevé que le brahmacarya pour réaliser le dharma.

Verse 15

चातुर्मास्ये विशेषेण सुप्ते देवे गुणोत्तरम् । महाव्रतमिदं लोके तन्निबोध सदा द्विज

Surtout durant Cāturmāsya — lorsque le Seigneur demeure dans le sommeil sacré — cette observance devient souverainement méritoire. Sache-le toujours : dans le monde, on l’appelle le Grand Vœu, ô dvija (deux-fois-né).

Verse 16

नारायणमिदं कर्म यः करोति न लिप्यते । शतत्रयं षष्टियुतं दिनमाहुश्च वत्सरे

Cette pratique est dédiée à Nārāyaṇa ; celui qui l’accomplit n’est pas souillé par le péché. Et l’on dit qu’une année compte trois cent soixante jours.

Verse 17

तत्र नारायणो देवः पूज्यते व्रतकारिभिः । सत्क्रियाममुकीं देव कारयिष्यामि निश्चयः

Là, Nārāyaṇa, le Seigneur, est vénéré par ceux qui accomplissent le vœu sacré. (On se résout :) «Ô Seigneur, je ferai accomplir à coup sûr ce rite très saint.»

Verse 18

कुरुते तद्व्रतं प्राहुः सुप्ते देवे गुणोत्तरम् । वह्निहोमो विप्रभक्तिः श्रद्धा धर्मे मतिः शुभा

On dit qu’il faut accomplir ce vœu ; lorsque le Seigneur demeure dans son sommeil sacré, il devient supérieur en mérite. Offrandes au feu, dévotion envers les brāhmaṇas, foi dans le dharma et disposition intérieure propice : telles en sont les vertus d’appui.

Verse 19

सत्संगो विष्णुपूजा च सत्यवादो दया हृदि । आर्जवं मधुरा वाणी सच्चरित्रे सदा रतिः

Sainte compagnie, adoration de Viṣṇu, véracité et compassion au cœur ; droiture, parole douce et joie constante dans la conduite vertueuse : tels sont les signes de la discipline sacrée louée dans cet enseignement qui magnifie le tīrtha.

Verse 20

वेदपाठस्तथाऽस्तेयमहिंसा ह्रीः क्षमा दमः । निर्लोभताऽक्रोधता च निर्मोहोऽममताऽर तिः

Récitation des Veda, non-vol, non-violence, pudeur, pardon et maîtrise de soi ; absence d’avidité et de colère, absence d’illusion, non-possessivité et détachement : telles sont déclarées les vertus qui soutiennent l’observance sacrée.

Verse 21

श्रुतिक्रियापरं ज्ञानं कृष्णार्पितमनोगतिः । एतानि यस्य तिष्ठंति व्रतानि ब्रह्मवित्तम

Savoir fondé sur les rites enseignés par la Śruti, et un esprit dont tout mouvement est offert à Kṛṣṇa : celui en qui ces observances demeurent fermes est proclamé connaisseur de Brahman, ô le meilleur des connaisseurs de Brahman.

Verse 22

जीवन्मुक्तो नरः प्रोक्तो नैव लिप्य ति पातकैः । व्रतं कृतं सकृदपि सदैव हि महाफलम्

Un tel homme est dit « jīvanmukta », libéré tout en vivant, et n’est point souillé par les péchés. Même un vœu accompli une seule fois porte, en vérité, un fruit immense et durable.

Verse 23

चातुर्मास्ये विशेषेण ब्रह्मचर्यादिसेवनम् । अव्रतेन गतं येषां चातुर्मास्यं सदा नृणाम्

Durant la saison de Cāturmāsya, tout particulièrement, il convient de pratiquer le brahmacarya et les disciplines qui s’y rattachent. Mais ceux pour qui le Cāturmāsya s’écoule sans aucun vœu—

Verse 24

धर्मस्तेषां वृथा सद्भिस्तत्त्वज्ञैः परिकीर्तितः । सर्वेषामेव वर्णानां व्रतचर्या महाफलम्

Pour eux, le dharma est déclaré « vain » par les hommes de bien et par les connaisseurs de la vérité. Pour toutes les varṇa, la conduite des vœux porte un grand fruit.

Verse 25

स्वल्पापि विहिता वत्स चातुर्मा स्ये सुखप्रदा । सर्वत्र दृश्यते विष्णुर्व्रतसेवापरैर्नृभिः

Même une observance légère, ô bien-aimé, accomplie durant Cāturmāsya, dispense la joie. Par les hommes voués au service des vœux, Viṣṇu est contemplé partout.

Verse 26

चातुर्मास्ये समायाते पालयेत्तत्प्रयत्नतः

Lorsque vient le Cāturmāsya, il faut l’observer avec un effort attentif.

Verse 27

भजस्व विष्णुं द्विजवह्नितीर्थवेदप्रभेदमयमूर्तिमजं विराजम् । यत्प्रसादाद्भवति मोक्षमहातरुस्थस्तापं न यास्यति भवार्कसमुद्भवं तम्

Vénère Viṣṇu—l’Inengendré, le Resplendissant—dont la forme est tissée du dvija (brāhmane), des feux sacrés, des tīrtha et des multiples divisions des Veda. Par Sa grâce, l’âme se repose sur le grand arbre de la délivrance (mokṣa) et n’est plus brûlée par l’ardeur née du soleil du devenir mondain (saṃsāra).

Verse 29

चातुर्मास्ये विशेषेण जन्मकष्टादिनाशनम् । हरिरेव व्रताद्ग्राह्यो व्रतं देहेन कारयेत् । देहोऽयं तपसा शोध्यः सुप्ते देवे तपोनिधौ

Dans le Cāturmāsya, tout particulièrement, cette observance détruit les peines de la naissance et autres semblables. Hari (Viṣṇu) seul doit être le but du vœu ; que le vœu soit accompli par le corps. Ce corps doit être purifié par le tapas, tandis que le Seigneur—trésor d’austérité—demeure en sommeil yogique.

Verse 237

इति श्रीस्कांदे महापुराण एकाशीतिसाहस्र्यां संहितायां षष्ठे नागरखण्डे हाटकेश्वरक्षेत्रमाहात्म्ये शेषशाय्युपाख्याने ब्रह्मनारदसंवादे चातुर्मास्यमाहात्म्ये व्रतमहिमवर्णनंनाम सप्तत्रिं शदुत्तरद्विशततमोऽध्यायः

Ainsi s’achève le chapitre 237, intitulé « Description de la gloire du vœu », dans le Skanda Mahāpurāṇa—au sein de la Saṃhitā de quatre-vingt-un mille vers—situé dans le sixième (Nāgara) Khaṇḍa, dans la glorification des tīrtha de la région sacrée de Hāṭakeśvara, dans l’épisode de Śeṣaśāyī, dans le dialogue de Brahmā et Nārada, au sujet de la grandeur de l’observance du Cāturmāsya.