
Ce chapitre, rapporté par Sūta, déploie un épisode héroïque au parfum de cour royale. Ghaṭotkaca arrive aux abords de Prāgjyotiṣa et aperçoit un palais d’or à plusieurs étages, éclatant, rempli de musique et d’assistants. À la porte, la gardienne Karṇaprāvaraṇā l’avertit que bien des prétendants ont péri en recherchant Maurvī, fille de Murā; elle lui propose même plaisirs et service, offre qu’il refuse car elle contredit son dessein, et il exige d’être annoncé comme atithi (hôte) digne d’un accueil rituel. Maurvī le fait entrer, mais le met à l’épreuve par une énigme généalogique incisive sur le lien de parenté — « petite-fille ou fille » — né d’une situation domestique moralement déréglée. Faute de réponse, Maurvī déchaîne des hordes d’êtres terrifiants; Ghaṭotkaca les repousse aisément, la maîtrise et s’apprête à la châtier, jusqu’à ce qu’elle cède, reconnaisse sa supériorité et offre son service. L’échange se tourne alors vers la légitimité sociale: Ghaṭotkaca déclare qu’une union cachée ou irrégulière est impropre; il demande l’autorisation formelle de ses proches (Bhagadatta) et conduit Maurvī à Śakraprastha. Là, avec l’assentiment de Vāsudeva et des Pāṇḍava, le mariage est célébré solennellement selon les règles prescrites; des réjouissances s’ensuivent, puis le couple retourne dans son domaine. Le chapitre se clôt sur la naissance et la croissance rapide de leur fils, nommé Barbarīka, et sur l’intention d’aller auprès de Vāsudeva à Dvārakā, reliant lignée, dharma et les voies futures du récit.
Verse 1
सूत उवाच । सोऽथ प्राग्ज्योतिषाद्बाह्ये महोपवनसंस्थितम् । सहस्रभूमिकं गेहमपश्यत हिरण्मयम्
Sūta dit : Alors, à l’extérieur de Prāgjyotiṣa, il aperçut un palais d’or aux mille étages, établi au sein d’un vaste bosquet de plaisance.
Verse 2
वेणुवीणामृदंगानां निःस्वनैः परिपूरितम् । दशसाहस्रसंख्याभिश्चेटीभिः परिपूरितम्
Il était empli des résonances des flûtes, des vīṇā et des mṛdaṅga, et foisonnait de servantes, au nombre de dix mille.
Verse 3
आयाद्भिः प्रतियाद्भिश्च भगदत्तस्य किंकरैः । किमिच्छन्तीति भगिनी पृच्छकैरभिपूरितम्
Il était bondé des serviteurs de Bhagadatta allant et venant, et de questionneurs disant : « Ma sœur, que désires-tu ? »
Verse 4
तदासाद्य स हैडंबिर्मेरोः शिखरवद्ग्रहम् । द्वारि स्थितां संददर्श कर्णप्रावरणां सखीम्
Parvenu à cette demeure—haute comme un sommet du mont Meru—le Haiḍambī vit, au seuil, une compagne nommée Karṇaprāvaraṇā, qui s’y tenait debout.
Verse 5
तामाह ललितं वीरो भद्रे सा क्व मुरोः सुता । कामुको द्रष्टुमिच्छामि दूरदेशागतोऽतिथिः
Le héros lui parla avec douceur : «Ô noble dame, où se trouve la fille de Mura ? Je suis un prétendant qui désire la voir, un hôte venu d’un pays lointain.»
Verse 6
कर्णप्रावरणोवाच । किं तवास्ति महाबाहो तया मौर्व्या प्रयोजनम् । कोटिशो निहताः पूर्वं तया कामुक कामुकाः
Karṇaprāvaraṇā dit : «Ô toi aux bras puissants, quel dessein as-tu avec cette fille de Mura ? Jadis, d’innombrables prétendants—amant après amant—furent mis à mort par elle.»
Verse 7
तव रूपमहं दृष्ट्वा घटहासं सदोत्कचम् । प्रणम्य पादयोर्वीर स्थिता ते वचनंकरी
Voyant ta stature—portant un rire âpre et moqueur, toujours prête à l’action—je me prosterne à tes pieds, ô héros, et demeure prête à accomplir ton ordre.
Verse 8
तन्मया सह मोदस्व भुंक्ष्व भोगांश्च कामुक । दास्याम्यनुचराणां ते त्रयाणां च प्रियात्रयम्
«Ainsi, réjouis-toi avec moi ; ô prétendant, goûte aussi à ces plaisirs. Je te donnerai encore une triade de femmes bien-aimées pour tes trois serviteurs.»
Verse 9
घटोत्कच उवाच । कल्याणि किंवदंती ते प्रमुक्ता स्वोचिता शुभे । पुनर्नैतद्वचस्तुभ्यं विशते मम चेतसि
Ghaṭotkaca dit : «Ô dame de bon augure, quel est ce récit que tu viens de proférer, si inconvenant et si funeste ? Même à présent, tes paroles n’entrent pas dans mon cœur.»
Verse 10
वामः कामो यतो भद्रे यस्मिन्नुपनिबद्ध्यते । स चात्र नैव बध्नाति तद्वयं कि प्रकुर्महे
Ô dame vénérable, l’amour devient dévoyé lorsqu’il s’attache à un objet indigne ; et ici, il ne me lie nullement. Que devons-nous donc faire ?
Verse 11
अद्य ते स्वामिनी दृष्टा जिता वा क्रीडते मया । तया वा विजितो यास्ये पूर्वेषां कामिनां गतिम्
Aujourd’hui je verrai ta maîtresse : ou bien, l’ayant vaincue, je jouerai avec elle ; ou bien, vaincu par elle, j’irai sur la voie des anciens hommes asservis au désir.
Verse 12
कर्णप्रावरणे तस्माच्छीघ्रमेव निवेद्यताम् । यथा दर्शनमात्रेण पूजयंत्यतिथिं खलु
Aussi, murmure-le vite à son oreille et annonce-moi ; car, en vérité, l’hôte est honoré ne fût-ce que par la seule vision au premier regard.
Verse 13
इति भैमेर्वचः श्रुत्वा प्रस्खलंती निशाचरी । प्रासादशिखरस्थां तां मौर्वीमेवं वचोवदत्
Ayant entendu ces paroles du fils de Bhīma, la femme qui rôdait la nuit (la servante), trébuchant dans sa hâte, parla ainsi à Maurvī, debout sur le faîte du palais.
Verse 14
देवि कोऽपि युवा श्रीमांस्त्रैलोक्येष्वमितप्रभः । कामातिथिस्तव द्वारि वर्तते दिश तत्परम्
Ô Déesse, un jeune homme splendide, d’une splendeur incommensurable dans les trois mondes, se tient à ta porte tel un « hôte du désir ». Ordonne ce qu’il convient de faire.
Verse 15
कामकटंकटोवाच । मुच्यतां शीघ्रमेवासौ किमर्थं वा विलंबसे । कदाचिद्देवसंगत्या समयो मेऽभिपूर्यते
Kāmakaṭaṃkaṭa dit : «Délivre-le sur-le-champ — pourquoi tardes-tu ? Peut-être, par quelque concours divin, l’heure qui m’est assignée s’accomplit.»
Verse 16
इत्युक्तवचनाच्चेटी प्राप्यावोचद्घटोत्कचम् । व्रज शीघ्रं कामुक त्वं तस्या मृत्योश्च सन्निधौ
Ainsi instruite, la servante alla dire à Ghaṭotkaca : «Va vite, ô homme enfiévré de désir ; rends-toi auprès d’elle, jusque dans le voisinage même de la mort.»
Verse 17
इत्युक्तः स प्रहस्यैव तत्रोत्सृज्य स्वकानुगान् । प्रविवेश गृहं भैमिः सिंहो मेरुगुहामिव
Ainsi interpellé, il se contenta de rire ; laissant là ses compagnons, le fils de Bhīma entra dans la demeure, tel un lion entrant dans une caverne du Méru.
Verse 18
स पश्यञ्छुकसंघातान्पारावतगणांस्तथा । सारिकाश्च मदोन्मत्ताश्चेटीस्तां चाप्यपश्यत
Là, il vit des volées de perroquets, ainsi que des groupes de colombes ; il vit aussi des mainates, ivres d’exaltation, et cette servante.
Verse 19
रूपेण वयसः चैव रतेरपि रतिंकरीम् । आंदोलकसुखासीनां सर्वाभरणभूषिताम्
Elle paraissait enchanteresse par sa beauté et sa jeunesse, comme une incarnation qui attise le désir. Assise avec aisance sur une balançoire, elle était parée de tous les ornements.
Verse 20
तां विद्युतमिवोन्नद्धां दृष्ट्वा भैमिरचिंतयत । अहो कृष्णेन पित्रा मे निर्दिष्टेयं ममोचिता
La voyant, rayonnante comme un éclair, Bhaimi songea : «Ah ! Celle que mon père Kṛṣṇa m’a désignée est vraiment digne de moi.»
Verse 21
न्याय्यमेतत्कृते पूर्वं नष्टा यत्कामिनां गणाः । शरीरक्षयपर्याप्तं क्षीयते यदि कामिनाम्
«Il est juste, songea-t-il, qu’autrefois des multitudes d’amants aient péri, si, pour le désir, le corps même s’use jusqu’à la ruine.»
Verse 22
कामिनीनां कृते येषां क्षीयते गणनात्र का । एवं बहुविधं कामी चिंतयन्नाह भीमभूः
«Pour l’amour des femmes, lorsque les hommes se consument, quel compte pourrait-on faire de tels cas ?» Ainsi, songeant de mille façons, Bhīmabhū, frappé d’amour, prit la parole.
Verse 23
निष्ठुरे वज्रहृदये प्राप्तोऽहमतिथिस्तव । उचितां तत्सतां पूजां कुरु या ते हृदि स्थिता
«Ô toi, cruelle au cœur de foudre ! Je suis venu comme ton hôte. Accomplis l’accueil convenable, digne des gens de bien, celui qui demeure en ton cœur.»
Verse 24
इति हैडंबिवचनं श्रुत्वा कामकटंकटा । विस्मिताभूत्तस्य रूपात्स्वं निनिंद च बालिशम्
Entendant ces paroles de Haiḍambī, Kāma-kaṭaṅkaṭā fut saisie d’étonnement devant sa beauté ; puis elle se blâma elle-même, se traitant d’insensée.
Verse 25
धिगहं यन्मया पूर्वं समयः स कृतोऽभवत् । न कृतोऽभूद्यदि पुरा अभविष्यदसौ पतिः
Honte à moi, car jadis j’ai conclu cet accord ! S’il n’avait pas été fait auparavant, il serait devenu mon époux.
Verse 26
इति संचिन्तयन्ती सा भैमिं वचनमब्रवीत् । वृथा त्वमागतो भद्र जीवन्याहि पुनः सुखी
Ainsi songeait-elle, puis elle dit à Bhaimi : «Noble seigneur, tu es venu en vain. Retourne sain et sauf, garde la vie, et sois de nouveau heureux.»
Verse 27
अथ कामयसे मां त्वं तत्कथां शीघ्रमुच्चर । कथामाभाष्य यदि मां सन्देहे पातयिष्यसि । ततोऽहं वशगा जाता हतो वा स्वप्स्यसे मया
«À présent, si tu me désires, dis vite ce récit. Mais si, après l’avoir commencé, tu me jettes dans le doute, je ne me plierai pas à toi : ou bien je tomberai sous ton pouvoir, ou bien je te tuerai et tu gisiras comme endormi.»
Verse 28
सूत उवाच । इत्युक्तवचनामेतां नेत्रोपांतेन वीक्ष्य सः
Sūta dit : Après qu’elle eut prononcé ces paroles, il la regarda du coin de l’œil.
Verse 29
स्मृत्वा चराचरगुरुं कृष्णमारब्धवान्कथाम् । कस्यांचिदभवत्पत्न्यां युवा कोऽप्यजितेद्रियः
Se souvenant de Kṛṣṇa, précepteur de tout ce qui est mobile et immobile, il commença le récit. Dans la maison d’un certain homme vivait un jeune—qui n’avait pas encore dompté ses sens.
Verse 30
तस्य चैका सुता जज्ञे भार्या तस्य मृताऽभवत् । ततो बालकिकां पुत्रीं ररक्ष च पुपोष च
Il n’eut qu’une seule fille, et son épouse mourut. Ensuite, il protégea et nourrit cette petite enfant, sa propre fille.
Verse 31
सा यदाभूद्यौवनगा व्यंजितावयवा शुभा । प्रोल्लसत्कुचमध्यांगी प्रोल्लसन्मुखपंकजा
Lorsqu’elle parvint à la jeunesse—heureuse et aux membres bien formés—sa taille était encadrée par des seins naissants, et son visage, tel un lotus, rayonnait.
Verse 32
तदास्य कामलुलितमालानं प्रजहौ मनः । प्रोवाच तां च तनयां समालिंग्य दुराशयः
Alors son esprit, ébranlé et enlacé par le désir, perdit toute bienséance. Étreignant sa propre fille, cet homme au cœur mauvais lui adressa la parole.
Verse 33
प्रातिवेश्मकपुत्री त्वं मयानीयात्र पोषिता । भार्यार्थं सुचिरं कालं तत्कार्यं साधय प्रिये
«Tu es la fille d’un voisin, que j’ai amenée ici et élevée. Longtemps je t’ai gardée en vue d’une épouse ; accomplis maintenant ce dessein, ô bien-aimée.»
Verse 34
इत्युक्ता सा च मेने च तत्तथैव वचस्तदा । पतित्वेन च भेजे तं भार्यात्वेन स तां तथा
Ainsi interpellée, elle accepta ses paroles telles qu’il les avait dites. Elle se comporta envers lui comme envers un époux, et lui, de même, la prit pour épouse.
Verse 35
ततस्तस्यां सुता जज्ञे तस्मान्मदनरासभात् । वद सा तस्य भवति किं दौहित्री सुताऽथवा । एनं प्रश्नं मम ब्रूहि शीघ्रं चेच्छक्तिरस्ति ते
Alors, de ce rustre poussé par la convoitise, elle enfanta une fille. Dis-moi : pour lui, est-elle petite-fille ou bien fille ? Réponds-moi vite à cette question, si tu en as la capacité.
Verse 36
सूत उवाच । इति प्रश्नं सा च श्रुत्वा चिंतयद्बहुधा हृदि
Sūta dit : Ayant entendu cette question, elle la retourna en son cœur de bien des façons.
Verse 37
न च पश्यति निर्द्धारं प्रश्नस्यास्य कथंचन । ततः प्रश्नेन विजिता स्वां शक्तिं समुपाददे
Pourtant, elle ne put d’aucune manière parvenir à une décision certaine sur cette question. Vaincue par l’énigme, elle rassembla alors sa propre puissance.
Verse 38
अताडयद्रुक्मरज्जुं कराभ्यां दोलकस्य च । ततो रक्षांसि निष्पेतुः कोटिशो भीषणान्यति
De ses deux mains, elle frappa la corde d’or de la balançoire ; et alors, par myriades innombrables, des rākṣasas terrifiants jaillirent.
Verse 39
सिंहव्याघ्रवराहाश्च महिषाश्चित्रका मृगाः । समीक्ष्य तानसंख्येयान्खादितुं धावतो रुषा
Lions, tigres, sangliers, buffles et daims tachetés—voyant ces êtres innombrables—se ruèrent avec fureur, résolus à les dévorer.
Verse 40
अवादयन्नखौ भैमिः कनिष्ठांगुष्ठजौ हसन् । ततो विनिःसृतास्तत्र द्विगुणा राक्षसादयः
En riant, Bhaimī fit claquer son petit doigt et son pouce ; alors, à cet endroit même, des Rākṣasas et d'autres surgirent en nombre double.
Verse 41
तैर्मौर्वीनिर्मिताः सर्वे क्षणादेव स्म भक्षिताः । विजितायां स्वशक्तौ च बलशक्तिमथाददे
Tous ceux créés par Maurvī furent dévorés en un instant ; son propre pouvoir étant vaincu, elle saisit alors la force brute.
Verse 42
उत्थाय सहसा दोलात्खड्गमादातुमैच्छत । उत्तिष्ठंतीं च तां भैमिरनुसृत्य जवादिव
Se levantant brusquement de la balançoire, elle voulut saisir une épée ; mais alors qu'elle se levait, Bhaimī la poursuivit avec une rapidité fulgurante.
Verse 43
केशेष्वादाय सव्येन पाणिनाऽपातयद्भुवि । ततः कंठे सव्यपादं दत्त्वादाय च कर्तिकाम्
La saisissant par les cheveux de la main gauche, il la jeta à terre. Puis, posant son pied gauche sur sa gorge, il prit un couteau.
Verse 44
दक्षिणेन करेणास्याश्छेत्तुमैच्छत नासिकाम् । विस्फुरंती ततो मौर्वी मंदमाह घटोत्कचम्
De la main droite, il voulut lui couper le nez. Alors Maurvī, tremblante, parla doucement à Ghaṭotkaca.
Verse 45
प्रश्नेन शक्त्या च बलेन नाथ त्रिधा त्वयाहं विजिता नमस्ते । तन्मुंच मां कर्मकरी तवास्मि समादिश त्वं प्रकरोमि तच्च
Par ton questionnement, par ta śakti et par ta force, ô Seigneur, j’ai été vaincue de trois manières—hommage à toi. Délivre-moi; je suis ta servante pour accomplir ton œuvre. Ordonne, et j’exécuterai cela.
Verse 46
घटोत्कच उवाच । यद्येवं तर्हि मुक्तासि भूयो दर्शय यद्बलम् । एवमुक्त्वा मुमोचैनां मुक्ता चाह प्रणम्य सा
Ghaṭotkaca dit : « Si tel est le cas, tu es libérée. Montre encore quelle est ta puissance. » Ayant parlé ainsi, il la relâcha ; et, une fois délivrée, elle se prosterna et prit la parole.
Verse 47
जानामि त्वां महाबाहो वीरं शक्तिमतां वरम् । सर्वराक्षसभर्तारं त्रैलोक्येऽमितविक्रमम्
Je te connais, ô héros aux grands bras—le meilleur parmi les puissants—soutien et seigneur de tous les rākṣasas, à la vaillance incommensurable dans les trois mondes.
Verse 48
गुह्यकाधिपतिस्त्वं हि कालनाभ इति स्मृतः । षष्टिकोटिपतिर्जातो यक्षरक्षाकृते भुवि
Tu es en vérité le seigneur des Guhyakas, connu dans la mémoire sous le nom de Kālanābha. Né comme chef de soixante koṭis, tu demeures sur la terre pour la protection des Yakṣas.
Verse 49
इति मां प्राह कामाख्या सर्वं तत्संस्मराम्यहम् । इदं गेहं सानुगं मे दत्तं मयात्मना तव
« Ainsi me parla Kāmakhyā ; je me souviens de tout cela. Cette demeure—avec mes serviteurs—je te l’ai donnée, avec mon propre être. »
Verse 50
समादिश प्राणनाथ कमादेशं करोमि ते । घटोत्कच उवाच । प्रच्छन्नस्तस्य घटते न विवाहः कथंचन
«Ordonnez-moi, seigneur de ma vie ; j’accomplirai votre volonté.» Ghaṭotkaca dit : «Tant qu’il demeure caché, nul mariage ne peut avoir lieu — d’aucune manière.»
Verse 51
मोर्वि यस्य हि वर्तंते पितरौ बांधवास्तथा । तन्मां शीघ्रं वह शुभे शक्रप्रस्थाय संप्रति
«Ô Maurvī — puisque ses parents et ses proches sont présents — porte-moi vite, ô bienheureuse, à Śakraprastha, dès maintenant.»
Verse 52
अयं कुलक्रमोऽस्माकं यद्भार्या पतिमुद्वहेत् । तत्रानुज्ञां समासाद्य परिणेष्यामि त्वामहम्
«Telle est la coutume de notre lignée : que l’épouse choisisse et accueille l’époux. Ainsi, après avoir obtenu là-bas l’assentiment, je t’épouserai selon le rite.»
Verse 53
भगदत्तमथो नाथं ततो मौर्वी न्यवेदयत् । समादाय बहुद्रव्यं विससर्जाथ भ्रातरम्
Alors Maurvī en informa son seigneur, Bhagadatta. Ayant rassemblé d’abondantes richesses, elle dépêcha ensuite son frère avec celles-ci.
Verse 54
ततः पृष्ठिं समारोप्य घटोत्कचमनिंदिता । नानाद्रव्यपरीवारा शक्रप्रस्थं समाव्रजत्
Alors la dame irréprochable hissa Ghaṭotkaca sur son dos ; entourée de maints trésors et de nombreux serviteurs, elle se mit en route vers Śakraprastha.
Verse 55
ततोऽसौ वासुदेवेन पांडवैश्चाभिनंदितः । शुभे लग्ने पाणिमस्या जगृहे भीमनंदनः
Alors il fut honoré par Vāsudeva et par les Pāṇḍava ; à l’heure faste, le fils de Bhīma prit sa main selon le rite nuptial sacré.
Verse 56
कुरूणां राक्षसानां च प्रोक्तोत्तमविधानतः । उद्वाह्य तां तद्धनैश्च तर्पयामास पांडवान्
Selon les rites excellents prescrits tant pour les Kuru que pour les Rākṣasa, l’ayant épousée, il combla les Pāṇḍava de ces mêmes richesses.
Verse 57
कुंती च द्रौपदी चोभे मुमुदाते नितांततः । मंगलान्यस्य चक्राते मौर्व्याश्च धन तर्पिते
Kuntī et Draupadī—toutes deux—se réjouirent profondément. Elles accomplirent pour lui des bénédictions de bon augure, et Maurvī aussi fut comblée par les richesses.
Verse 58
ततो विवाहे निर्वृत्ते प्रतिपूज्य घटोत्कचम् । भार्यया सहितं राजा स्वराज्याय समादिशत्
Lorsque le mariage fut achevé, le roi rendit honneur à Ghaṭotkaca en retour, puis lui ordonna—avec son épouse—de partir vers son propre royaume.
Verse 59
मौर्व्याऽज्ञां शिरसा गृह्य हैडंबिर्भार्ययान्वितः । शुभं हिडम्बस्य वने स्वराज्यं समुपाव्रजत्
Recevant l’ordre de Maurvī la tête inclinée, Haiḍambi—accompagné de son épouse—partit sous de bons auspices et obtint la souveraineté en la forêt de Hiḍamba.
Verse 60
ततो राक्षसयोषाभिर्वीरकांस्यैः प्रवर्धितः । महोत्सवेन महता स्वराज्ये प्रमुमोद सः
Alors, nourri et soutenu par les vaillantes femmes rākṣasa, il se réjouit de sa souveraineté et célébra une fête grande et splendide.
Verse 61
ततो वनेषु चित्रेषु निम्नगापुलिनेषु च । रेमे सह तया भैमिर्मंदोदर्येव रावणः
Ensuite, dans des forêts charmantes et sur les grèves sablonneuses des rivières, Bhaimi se divertit avec elle, tel Rāvaṇa avec Mandodarī.
Verse 62
एवं विक्रीडतस्तस्य गर्भो जज्ञे महाद्युतेः । हेडंबै राक्षसव्याघ्राद्बालसूर्यसमप्रभः
Tandis qu’il se divertissait ainsi, un enfant naquit à celui dont l’éclat était immense—de Heḍambā, du « tigre » parmi les rākṣasas—rayonnant comme le soleil levant.
Verse 63
स जातमात्रो ववृधे क्षणाद्यौवनगोऽभवत् । नीलमेघचयप्रख्यो घटास्यो दीर्घलोचनः
À peine né, il grandit aussitôt et atteignit la jeunesse : sombre comme un amas de nuages bleus, au visage de jarre et aux longs yeux.
Verse 64
ऊर्ध्वकेशश्चोर्ध्वरोमा पितरौ प्रणतोऽब्रवीत् । प्रणमामि युवां चोभौ जातस्य पितरौ गुरू
Les cheveux dressés et le poil du corps hérissé, il se prosterna devant ses parents et dit : «Je me prosterne devant vous deux—mes parents, mes maîtres vénérables—car je suis né».
Verse 65
भवतोर्हि प्रियं कृत्वा अनृणः स्यां सदा ह्यहम् । भवद्भ्यां दत्तमिच्छामि अभिधानं यथात्मनः
Car en accomplissant ce qui vous est cher, je serai à jamais sans dette envers vous ; c’est pourquoi je désire pour moi un nom, conféré par vous deux, selon ma propre nature.
Verse 66
अतः परं तु यच्छ्रेयं कर्तव्यं प्रोन्नतिप्रदम् । ततो भेमिस्तमालिंग्य पुत्रं वचनमब्रवीत्
«À présent, dis-nous ce qu’il y a de meilleur à accomplir, ce qui donne l’élévation et l’excellence véritables.» Alors Bhaimī étreignit son fils et dit ces paroles.
Verse 67
बर्बराकारकेशत्वाद्बर्बरीकाभिधो भवान् । भविष्यति महाबाहो कुलस्यानन्दवर्धनः
«Parce que ta chevelure a l’aspect sauvage et hérissé, tu seras nommé Barbarīka, ô toi aux bras puissants ; et tu accroîtras la joie de notre lignée.»
Verse 68
श्रेयश्च ते यत्परमं दृढं च तत्कीर्त्यते बहुधा विप्र मुख्यैः । प्रक्ष्यावहे तद्यदुवंशनाथं गत्वा पुरीं द्वारकां वासुदेवम्
Ce bien suprême et inébranlable pour toi est célébré de bien des façons par les plus éminents brāhmaṇas. Allons à la cité de Dvārakā et interrogeons Vāsudeva, Seigneur de la lignée des Yadu, à ce sujet.